- Frédéric
On fait des choses qui ont du sens, qui ont du sens pour l'entreprise, qui ont du sens pour les collaborateurs. On va toujours chercher l'impact positif. On n'utilise plus d'eau potable pour fabriquer nos plaques de plâtre. Si un industriel dans notre secteur attend les normes, je pense qu'il a tout faux. Je suis hyper excité par ce qui se passe et par les discussions qu'on peut avoir qui me poussent à être très positif pour l'avenir de notre filière.
- Eric
Bienvenue dans Cap Regen. Je suis Eric Duverger, le fondateur de la CEC. Une association qui existe pour rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Tout le monde en parle de cette nouvelle économie qui régénère au lieu d'extraire, mais le défi est immense. Dans cette saison 2 de Cap Regen, on va élargir les récits pour aborder de nouveaux modèles d'affaires, pour approfondir sur le social et sur la biodiversité. Bref, plus de régénération. Avec Cap Regen, nous donnons la parole à des dirigeants engagés au cœur de l'action. Bonjour Frédéric.
- Frédéric
Bonjour Eric.
- Eric
Alors je te propose de faire un pacte. Ce pacte, il tient en trois mots. Courage. Il en faut du courage pour s'embarquer dans l'aventure de cette nouvelle économie. Authenticité. Authenticité de notre échange, qui soit le plus direct possible. Et pragmatisme, parce qu'on veut rendre concrète cette nouvelle économie. Et on va essayer de trouver des exemples. Je sais que tu en as déjà plein en tête. Donc on va essayer d'être dans le très concret. Voilà, courage, authenticité, pragmatisme. Ça fait cap. Alors Frédéric, cap ou pas cap ?
- Frédéric
Totalement cap.
- Eric
Alors on se lance. Je te présente rapidement Frédéric, tu es diplômé de l'ESSEC. Tu as 30 ans d'expérience dans des postes de direction générale, dans la construction, les matériaux de construction, dans des univers parfois B2B, B2C. Tu as été nommé PDG du groupe ETEX France en 2024.
- Frédéric
Je vais juste corriger un peu. Je suis PDG d'ETEX Building Performance France. Parce que le groupe Etex a trois sociétés en France et j'en dirige une.
- Eric
Ok, et tu as une particularité, c'est que tu es un redoublant de la CEC. Tu as participé à la première CEC en 2021-2022 au titre de directeur général d'Axo Nobel France à l'époque. Et puis actuellement, tu participes au parcours CEC dédié au secteur du bâtiment immobilier. C'est donc en fait ton deuxième parcours CEC. Je te dis doublement merci.
- Frédéric
Et mille fois merci à toi d'avoir créé la CEC.
- Eric
Alors, on se lance. Frédéric, est-ce que tu peux nous partager un lieu de nature où tu aimes aller te ressourcer ?
- Frédéric
En fait, c'est très, très simple. C'est Carnac, donc en Bretagne, dans la Baie de Quiberon. C'est un lieu où la famille se réunit depuis plus de 100 ans. Et à Carnac, ce n'est pas la plage, c'est un dériveur ou un petit bateau de croisière. Je suis sur l'eau, je coupe tout. Je me bats ou je gère les éléments et je me fais un énorme plaisir d'avancer vite en bateau, de prendre des embruns, de sentir le vent, de sentir la nature et d'avoir la chance d'être dans un univers où je suis libre et où je me fais plaisir. Et j'étais particulièrement inspiré, on a accompagné un marin du Vendée Globe qui s'appelle Conrad Coleman. qui a une particularité, c'est-à-dire que c'est le seul qui a fait le Vendée Globe sans énergie fossile. Et donc, on l'a aidé lors du dernier Vendée Globe. Et ce n'est pas les gros budgets à 25 ou 30 millions d'euros. Toutes les équipes, lui, sont 3-4. Il a un vieux bateau. Il le répare avec ses copains, collègues. Et il a fait le tour du monde. Et bien, parce que ça a été le troisième bateau à dérive, avec aucune énergie fossile sur le bateau.
- Eric
Alors... On va parler de ton entreprise actuellement et donc de cette partie de l'entreprise dont tu t'occupes. Peut-être, est-ce que tu peux nous présenter cette activité en quelques mots, quelques chiffres clés pour qu'on se rende compte d'où tu parles ?
- Frédéric
Voilà, donc Etex, c'est un groupe belge familial et ça c'est important. Nos actionnaires sont familiaux et on les croise, on les connaît. Et c'est toujours important de savoir pour qui on travaille et il donne du sens. On est un groupe de 4 milliards d'euros. En France, on est un des leaders de la plaque de plâtre. Donc la plaque de plâtre, c'est un produit fabuleux parce que tout d'abord, on extrait du gypse. Donc c'est une ressource naturelle. On le transforme pour faire des plaques de plâtre à quelques kilomètres des carrières. Donc tout est fait en France. On le vend, il est utilisé pour améliorer l'habitat. Et c'est important, c'est de la construction légère. Donc elle est vraiment dans le sens de la construction moderne et avec beaucoup de propriétés qui peuvent améliorer l'habitat. Et ensuite, quand c'est terminé, on est en capacité de le recycler et de réutiliser à 100% les matériaux. Donc ça veut dire qu'on est totalement dans une économie circulaire.
- Eric
Alors on va creuser et aussi on va comprendre les tenants aboutissants de cette circularité, puisqu'il faut l'organiser. Peut-être au niveau de cette filiale d'ETEX. Est-ce que tu peux nous dire la taille de l'entreprise, le nombre de collaborateurs en quelques chiffres clés, peut-être de clients aussi, puisque vous avez peut-être une myriade de clients ?
- Frédéric
On a une myriade de clients. Donc nos clients, c'est nos installateurs, c'est les plastiquistes. Les clients qu'on facture, c'est les négociateurs matériaux, parce qu'ils leur apportent le service sur leur chantier. On est 1200 collaborateurs. Nous avons 12 sites industriels, 4 carrières de gypses et des usines dans toute la France pour aussi être le plus proche de nos clients, éviter le transport. Et en France, ce qui est fabuleux, c'est qu'on a notre centre de R&D monde. Donc toutes les belles innovations qui vont vers un sens d'une économie décarbonée et plus circulaire sont faites en France. Donc on conçoit en France, on extrait le gypse en France, on le produit et on le vend sur le marché français.
- Eric
On sent quand on se renseigne sur Etex et on va sur votre site qu'il y a peut-être, alors c'est une entreprise de droit belge, peut-être pas une entreprise à mission, mais qu'il y a une mission particulière que se donne cette entreprise, peut-être une âme que se donne cette entreprise. Toi, comment tu as vécu ça puisque tu es arrivé finalement assez récemment dans ce groupe ?
- Frédéric
Moi, je ne veux que ça parce que je vais te donner une anecdote. J'ai rencontré au mois d'octobre un des actionnaires familiaux. Donc c'est deux familles, je pense, qui sont 150. Il me dit, Frédéric, ta mission, c'est de travailler pour mes petits-enfants. Et aujourd'hui, il y a tellement de groupes que je ne critique pas, où le cours de bourse est affiché dans l'ascenseur, et quand on va au 18ème étage, durant deux minutes, on a vu le cours de bourse. Et quand le cours de bourse décroche, on sent qu'il y a une tension, ça stresse tout le monde, et quand il augmente, tout le monde est content. Aujourd'hui, moi, on ne parle pas du tout de cours de bourse. Il faut bien sûr créer de la valeur pour les actionnaires parce qu'ils investissent leur argent chez nous. On a 25 millions d'euros de capex par an. Au moins 20% de ces capex, c'est pour le développement durable. Donc, il est normal qu'on reçoit une société profitable, mais la vision, elle est à long terme. Et ça, c'est très agréable comme dirigeant d'être travaillé pour une entreprise qui a une vision à très long terme.
- Eric
Pour parler de ton expérience CEC, puisque tu as eu deux déclics pour la première CEC et la Deuxième, est-ce que tu peux nous dire qu'est-ce qui a fait que tu t'es lancé ? Quelle intuition, en fait, dans le premier parcours CEC, qui était tout nouveau à l'époque, en 2021, d'où c'est venu ?
- Frédéric
Il n'y avait aucune intuition. C'est-à-dire que c'est Catherine, que tu connais bien, qui est venue me voir et me dit Frédéric, il faut que tu fasses la CEC, c'est super, ça va t'apporter des choses. Je connais les gens et ça va, surement, changer un peu ta façon de... voir les choses. Donc, je fais quelques rencontres, je me dis, ça se tente. Et j'ai avec mon planète championne, Myrile, et il me dit dans la voiture, le premier soir, il me dit, si c'est nul, je ne serai pas là demain. Donc, c'était un jeudi soir. Et donc, moi, je ne l'avais pas traîné, mais j'avais essayé de le convaincre, donc tout de suite, très direct, il est français, mais d'origine hollandaise, donc il m'a tout de suite dit les choses. Et aujourd'hui, il n'a tellement pas quitté la CEC, c'est qu'il a totalement basculé et travaille pour une entreprise qui fait de la mesure environnementale. Il est directeur marketing monde, donc ça a totalement changé sa vie.
- Eric
Donc elle n'était pas ratée cette soirée ?
- Frédéric
C'est une soirée assez clé. Et puis le souvenir, c'est le vendredi soir, on a des amis où on vit en région parisienne qui font toujours une soirée de rentrée. Et je sortais de la première session journée. Et je pense qu'en fait, je me suis aperçu qu'au fil de la soirée, tout le monde s'éloignait de moi parce que je parlais que de la planète. J'avais pris la claque et puis on est parti assez tôt et j'étais dans une autre planète. Maintenant, je l'analyse, mais j'avasi totalement basculé. Je ne suis plus la même personne dans ma vie personnelle et dans ma vie professionnelle après ces deux premières journées. J'ai fait le reste du parcours, mais la clé, ça a été... C'était ce déclencheur. Quand tu dis claque, c'est une claque. Parce que je savais tout. Est-ce que j'ai appris beaucoup de choses ? Non. Mais de prendre conscience collectivement...
- Eric
Tu nous parlais tout à l'heure de l'aspect générationnel, en parlant de ton actionnaire qui te disait tu travailles dans deux générations. Il y a cet exercice de la lettre à un enfant du futur dans la première session. Et puis, tu as eu un article dans la presse nationale récemment avec ta fille, je crois. Est-ce que sur cet aspect intergénérationnel, tu veux aussi nous partager ce que tu ressens ? Oui,
- Frédéric
parce que c'est vrai que dans ma carrière, j'ai été jusqu'à voyager 200 jours par an. Je prenais l'avion comme le métro et j'étais très très intense et puis je ne me posais aucune question. À l'époque, pour moi, l'écologie, elle était politique et elle était étatique. C'est-à-dire que ce n'est pas la peine d'avoir une conscience parce que c'était aux politiciens ou aux dirigeants, à l'administration de faire les choses. et que ce n'était pas mon affaire. Et je n'ose pas penser de mon bilan carbone à cette époque, parce que j'étais capable de passer le week-end à Dubaï et d'être le lundi matin à New York. Donc c'était totalement hors sol. Maintenant, je ne pourrais plus le faire, mais c'était ma vie. Et puis j'ai ma fille, alors elle se présente aux élections de la ville pour le conseil municipal jeune. Elle vient nous voir, elle dit « je veux un programme écologique » . On regarde, elle avait 10 ans, ce qu'elle écrit, C'est... tout sauf bête. Et c'est vrai que ça a été une petite musique qui tournait en disant, une gamine de 10 ans qui n'a pas forcément accès à tout, mais qui est capable d'avoir une certaine conscience et surtout de dire des choses intellectuellement solides. Moi, ça m'a marqué. Quand la CEC est arrivée, c'est arrivé au bon moment dans ma vie. Ça arrivait en disant il faut peut-être que je creuse.
- Eric
Et là, maintenant, simplement pour creuser un tout petit peu, quelques années plus tard, comment a évolué ta relation avec ta fille sur cet enjeu-là ?
- Frédéric
Oh. C'est amusant pour être honnête, ma fille est un peu moins consciente. Elle va dans les recycleries. Elle est moins engagée que je peux l'être. C'est-à-dire les choses que je ne fais plus. Aller à Toulouse en avion, ce n'est pas possible.
- Eric
Peut-être te poser une question Frédéric. C'est la première fois que je pose cette question. Puisque tu es la première personne, c'est finalement, qu'est-ce qui t'a poussé à faire un deuxième parcours CEC ?
- Frédéric
Parce qu'en fait, ce que je retiens de la CEC, c'est que j'étais dans un groupe international. Donc on a bougé les choses, mais on a bougé... beaucoup de choses culturellement au sein de la Xenobel France. C'est-à-dire, tout le monde a été fresqué, on a fait beaucoup d'initiatives qui étaient locales. Je suis convaincu que la CEC, elle n'est pas que dans une totale transformation d'entreprise, parce que toutes les personnes qui participent à la CEC ne sont pas forcément capables, ou il peut y avoir des contraintes économiques, des contraintes de secteur, des contraintes d'actionnariat, qui ne leur permettent pas de tout faire. Par contre, changer les mentalités et changer la façon de voir de l'ensemble des colaborateurs, Ça, c'est totalement dans ma mission de dirigeant. Et on avait beaucoup travaillé sur le changement culturel pour que chaque petite décision qui puisse être prise chez Axo Nobel ait un prisme planète, développement durable. Donc, on est passé en énergie d'origine 100% renouvelable. On a fait plein de choses sur les déplacements. Donc, plein de petites choses. Mais quand on fait l'atelier 2 tonnes, on s'aperçoit que les petites choses, c'est plutôt pas mal. J'avais déjà ce point. j'avais envie de faire monter en... en conscience l'ensemble de l'organisation. Et puis, c'était ce qui est super intéressant avec le parcours bâtiment immobilier, c'est mes pairs. Donc, on avance super vite. C'est-à-dire que dans mon groupe, j'ai Anarchie, j'ai Bouygues, j'ai Action Logement. Donc, Et ce qui est assez incroyable, c'est que maintenant, j'ai des clients ou des gens de mon écosystème qui ont fait la CEC. C'est un petit club. C'est-à-dire qu'on parle de notre expérience, de notre lac, de qu'est-ce qu'on fait. Et les discussions changent totalement. Bien sûr, parler de prix, de conditions, mais c'est qu'une partie de la discussion. L'autre partie, c'est qu'est-ce que tu fais avec tes transports ? Qu'est-ce que tu fais sur les chantiers ? Qu'est-ce que tu fais pour convaincre des donneurs d'ordres, de payer un peu plus cher pour avoir des produits qui ont un impact plus positif. Donc on change totalement notre façon de parler et notre façon d'aborder les sujets.
- Eric
C'est ce qu'on essaye de promouvoir à la CEC, c'est finalement un nouveau paradigme, c'est une nouvelle grammaire du monde économique. Et c'est vrai qu'on sent qu'il y a beaucoup d'entrepreneurs qui ont fait la CEC, qui aimeraient avoir comme partie prenante et travailler sur les projets de coopération entre entreprises de la CEC pour être sur ce même niveau de conscience et d'envie aussi de coopérer.
- Frédéric
Ça entraîne, tu vois, moi je suis, comme on est l'une des plus grosses entreprises du Vaucluse, donc je suis au Medef Vaucluse, et on était en conseil d'administration jeudi, le président CGSE, qui est une entreprise de construction bcorps, entreprise à mission, ils ont tous fait la CEC 12 fois, et on était en train de dire à l'ensemble des entrepreneurs du Vaucluse, faites la CEC. Ils nous ont posé la question parce qu'ils ont une image un peu... Moi, j'ai mes problématiques, toutes mes problématiques de chef d'entreprise. Pourquoi j'irais passer six fois deux jours ? Il leur explique des clés. Donc, on espère qu'un ou deux vont s'inscrire au parcours PACA. Alors,
- Eric
on va aborder les enjeux très concrets de transformation, à la fois sous l'angle de ton entreprise, Etex, des leviers que tu as. Et là, on va aborder aussi les enjeux d'écosystème. Déjà, sur les leviers actuels, quels seraient les grands leviers de transformation que tu mets en œuvre actuellement chez Etex ?
- Frédéric
En fait, on prend tous les sujets sur la notion d'impact. On fait des choses qui ont du sens, qui ont du sens pour l'entreprise, qui ont du sens pour les collaborateurs, mais qui ont un impact positif et on va toujours chercher l'impact positif. Par exemple, je vais prendre un sujet, l'eau. On utilise dans une usine de plaques de plaques à peu près 50 piscines olympiques d'eau potable. On a créé un projet avec la mairie de Saint-Loubès, à côté de Bordeaux, où on s'est connecté à la station d'épuration et aujourd'hui, 99% de l'eau utilisée pour la fabrication des plaques de plâtre. et de l'eau qui a été rejetée. On n'utilise plus d'eau potable pour fabriquer nos plaques de plâtre. C'est un projet qu'on va dupliquer à Carpentras, notre usine du sud de la France. Dans deux ans, c'est une usine qui sera totalement autonome en eau, donc plus d'eau potable. Donc c'est des choses très très simples. Quand tu regardes le ROI, il n'est pas fabuleux, mais il est défendable. Il y a mieux, mais il est défendable. Et il y a un vrai impact. Et surtout aujourd'hui, avec le changement climatique, il y a un vrai impact. Donc c'est trouvé. plein de choses. Par exemple, aujourd'hui, depuis neuf mois, on ne commande que des voitures électriques. On a plus de 250 voitures dans la société. Au catalogue, il n'y a que des voitures électriques, sauf une voiture hybride, mais personne ne la prend. Ce n'est pas uniquement contraindre les gens à avoir une démarche plus en ligne avec la planète. On leur explique et après, on vous donne quand même un peu le choix, mais personne ne la commande.
- Eric
Vous créez les conditions pour faire bouger les lignes. Et peut-être... Si on va sur vos produits. Donc, dans les matériaux de construction, on a pu voir une communication LinkedIn récemment sur une plaque un peu révolutionnaire. Je crois que ça s'appelle le Viva Pur. Est-ce que tu peux nous dire comment elle a été conçue, ce qu'elle apporte et quel est son potentiel ?
- Frédéric
Voilà, donc en fait, je te parlerai plus globalement de la gamme Viva, qui est en fait nos gammes qui sont soit circulaires, Sois qui permettent une économie plus circulaire ou qui permettent une décarbonation. En fait, toutes nos innovations partent d'un centre de R&D qui est à Avignon. Ils créent les idées et après on a un outil unique au monde, c'est une mini ligne de plaque. Une ligne de plaque, c'est des centaines de mètres, c'est des dizaines voire beaucoup plus millions d'investissements. Donc on a créé une mini-usine qui nous permet de tout tester. Des idées par les chercheurs, après on la teste sur la mini-usine. Donc on a fait une vingtaine de tests. Et derrière On a une plaque qui, sortie usine, est carbone négatif. Parce qu'on met, alors je ne vais pas donner les proportions, mais on met des copeaux d'un bois spécifique à l'intérieur qui captent le carbone et donc qui nous permet d'avoir une plaque décarbonée sortie usine. Et derrière cette plaque de plate, on est en train de travailler sur le transport pour, à terme, pouvoir qu'elle soit à ce niveau de performance ou proche de ce niveau de performance sur les chantiers. Donc ça, c'est innovation, mais on prend toutes nos gammes, en fait l'ensemble de nos gammes, et on essaye de voir qu'est-ce qu'on peut faire. Donc il y a la plaque vivacique qui est 100% recyclée. Donc on n'extrait pas de gypse pour cette plaque, mais elle vient d'origine 100% recyclée. Donc on a une collecte d'anciennes plaques de plâtre, et on fabrique cette plaque. Aujourd'hui, on a une gamme de montants avec de l'acier décarboné qui vient d'usines qui utilisent l'électricité pour leurs fours. Et on vient de lancer le premier montant en carton. Donc on dit, ça va faire un carton, mais on espère. Donc là, on enlève totalement l'acier du système. Et on travaille sur toutes nos gammes. En fait, il y a les gammes classiques. Les plaquistes nous font confiance depuis des années. Et on va donner une option, aussi bien aux plaquistes, aux donneurs d'ordre, de dire, si je veux un bâtiment qui est un peu plus en ligne avec les objectifs qu'ils peuvent avoir, vous avez des options chez Signat. Donc c'est ça la stratégie. On n'a pas la capacité, parce que c'est des produits qui aujourd'hui coûtent plus cher. On ne peut pas dire qu'on arrête nos produits classiques, parce qu'on met par terre l'entreprise. Moi, c'est très clair que je suis responsable de 1200 personnes, donc je suis responsable des résultats économiques. Et si je fais tout pour la planète et qu'on doit licencier des dizaines de personnes, j'ai tout raté. C'est-à-dire que j'ai vraiment un engagement... Il faut conserver la pérennité économique de ta responsabilité. Voilà, c'est vraiment... Mais je suis persuadé qu'on peut avoir des modèles économiques qui sont rentables. pérennité pour les collaborateurs et être beaucoup plus en ligne avec nos objectifs planétaires. J'en suis de plus en plus persuadé. Ce qui était un peu pour moi, avant ma claque, grâce à toi Eric, merci, totalement contre-intuitif. Il y avait une opposition très très forte entre faire de la rentabilité et avoir une conscience et mettre en place des actions plus en ligne avec les objectifs de la planète.
- Eric
Est-ce que ça, ton équipe, je veux dire le comité exécutif, ton équipe a aussi eu cette prise de conscience et qu'en est-il des collaborateurs ? Est-ce que c'est redescendu cette vision-là auprès de toute l'entreprise ?
- Frédéric
C'est ce qu'on est en train de faire. Aujourd'hui, c'est pour ça qu'on est en train de devenir entreprise à mission. On est accompagné par ma première Cofa de ma première CEC, Alexandra Luth, qui accompagne notre entreprise pour devenir entreprise à mission. C'est la beauté d'être dans un groupe familial parce que... À un moment, il faut changer les statuts de la société. Et je fais un mail à la directrice juridique groupe, au directeur financier et à mon patron. Je leur explique ce que c'est qu'une entreprise à mission. 48 heures après, c'est génial, Frédéric, vas-y.
- Eric
Donc on va saluer nos amis de la communauté des entreprises à mission, parce que là, c'est le rêve, une décision en 48 heures de cette magnitude. Donc, vous allez être officiellement entreprise à mission avec un comité de mission. Et ça, ça permet d'infuser dans l'entreprise.
- Frédéric
Voilà. En fait, aujourd'hui, pour écrire notre mission, Alexandra, avec notre DRH et Pascal, qui est la responsable de développement durable, font beaucoup d'ateliers. Donc, on est en train d'embarquer tout le monde. on a fixé Ça a été finalisé la semaine dernière, nos objectifs. On va faire un questionnaire auprès de l'ensemble des collaborateurs. Ce sera aussi disponible en usine pour les personnes qui n'ont pas d'ordi, pour voir leur avis sur notre mission. Donc, c'est vraiment un élan collectif. Et ce qui est génial, c'est qu'il y a des services qui sont en train de voir la démarche. Ils appellent Fabien et ils disent, on pourrait faire un petit déjeuner. On aimerait passer une heure pour comprendre ce que c'est. Donc, pourquoi entreprise à mission ? Alors, ce n'est pas du greenwashing. C'est aussi démontrer tout ce qu'on fait déjà bien et nous pousser à aller encore plus loin. Par exemple, index homme-femme, 92%. C'est-à-dire que la loi demande un minimum de 70%. Donc on fait pas tout bien, surtout pas. On fait déjà pas mal de choses pas mal. Donc l'entreprise à mission va nous permettre déjà de se positionner sur le fait qu'on fait déjà beaucoup de choses positives et d'aller beaucoup plus loin. Donc les collaborateurs, les engager pour qu'ils prennent en permanence les décisions qui vont vers notre mission. Notre mission est assez simple, c'est de satisfaire nos clients. La mission principale d'une entreprise, c'est d'être le partenaire de nos clients et de développer le business ensemble. On a une image chez Etex, Building Performance, c'est un arbre. Notre objectif, c'est de faire grandir l'arbre. L'arbre, c'est le client. Tout ce qu'on met en œuvre, c'est pour faire grandir nos clients. L'entreprise à mission, c'est faire grandir nos collaborateurs, qui permettent de faire grandir l'arbre, grandir nos produits, nos innovations qui vont permettre aussi d'apporter des nouvelles choses aux clients. Donc on est vraiment dans cet écosystème. Après, en termes de recrutement, on a un talent de programme des jeunes qu'on va prendre pendant deux ans avec quatre missions de six mois. On parle d'entreprises à mission, on parle de la CEC, des jeunes diplômés hyper brillants, on parle de tout ce qu'on fait, ils ont hyper envie d'aller chez nous. Et on est peut-être plus sexy que des entreprises hyper connues du CAC 40. Et c'est notre écosystème, c'est monter des projets. Là, on vient de signer un partenariat avec Bouygues sur une innovation. Et on devient le partenaire un peu naturel de nos clients pour une construction plus durable, pour des projets, parce qu'on est hyper excité par ça, on est ouvert, on travaille ensemble. Donc l'entreprise à mission, c'est avec un comité de mission, il y aura des parties prenantes importantes du monde de la construction. C'est vraiment créer un élan collectif. Sur l'image de l'entreprise, en interne, une fierté. On est une entreprise qui a 122 ans. J'ai des collaborateurs, le grand-père travaillait dans la boîte, le père travaillait dans la boîte, il travaille dans la boîte. C'est une fierté pour moi de diriger une entreprise où les personnes sont là depuis longtemps, qui a ancré dans son territoire, du Vaucluse. On s'est appelé plâtrière du Vaucluse il y a très longtemps. Moi, je suis plus proche de la retraite que le début de ma carrière. Il me dit que dans 20 ans, 25 ans, je passerai devant. les usines et que je verrais toujours la fumée dans les usines et peut-être je croiserais des gens que j'ai connus jeunes qui sont toujours là. Ça donne vraiment du sens à ma mission de dirigeant.
- Eric
On voit cette implication de toute l'entreprise. Peut-être si on va maintenant sur l'aspect justement en filière. La question qu'on peut se poser quand on voit ces innovations et le potentiel, c'est peut-être est-ce que c'est possible d'envisager une filière du bâtiment à visée régénérative ? sachant que c'est le secteur, y compris le logement, qui contribue le plus au gaz à effet de serre. Donc peut-être la première question, c'est justement sur toi, ta compréhension de l'économie à visée régénérative par rapport à ce que tu vois, pas seulement de ton entreprise, mais du secteur. Où est-ce qu'on en est ? Quels sont les enjeux ? Et est-ce que oui, ce serait possible d'imaginer faire de construction à visée régénérative ?
- Frédéric
J'essaie d'être assez pragmatique. En fait, je me dis, faisons tout déjà avec la technologie et notre écosystème, avec les contraintes qu'on peut avoir pour améliorer l'existant. Et c'est ce qu'on fait avec toutes les innovations, les filières de recyclage. Je sais que Serfim, qui est un gros acteur, est très impliqué dans la CEC. Aujourd'hui, la technologie, les modes constructifs, on n'en est pas encore à cette visée régénérative. Donc, il y a deux façons de voir les choses. D'être découragé. de se dire, c'est encore un peu loin, de se dire, bon, je suis à la pointe des échanges, je suis à la pointe de l'innovation, à l'écoute, je suis prêt à faire des choses différentes. Sans casser le modèle. Parce qu'une nouvelle fois, c'est 12 usines en France, c'est 1200 personnes, et je ne peux pas tout casser. Il y a trop de risques. Et de toute façon, le marché n'acceptera pas. Le marché a du mal à accepter une plaque 100% recyclée qui est plus chère qu'une plaque normale. Donc, éduquons, soyons des leaders avec notre écosystème. Ça va être des accords avec d'autres acteurs de la construction. Participons à la CEC, trouvons... Beaucoup d'idées, on va beaucoup travailler sur la réhabilitation, la rénovation. Parce qu'un des enjeux, c'est de moins construire. Dans 10 ans, j'ai retenu mon cours de la deuxième CEC, dans 10 ans, on n'aura pas forcément, 15 ans ou 20 ans, on n'aura pas forcément besoin de mètres carrés. Mais on aura besoin que nos mètres carrés soient beaucoup plus en adéquation avec les enjeux climatiques. Donc c'est comment nous, Etex, on peut être un acteur majeur de ça. C'est comment on est plus performant sur la rénovation. et comment même on peut faire des rénovations énergétiques avec les personnes habitant dans le logement.
- Eric
On en profite pour passer l e bonjour à un ami de la CEC qui s'appelle Fabrice Bonifet, qui a œuvré pendant 35 ans sur ces enjeux-là au sein du groupe Bouygues. Énormément de projets ont été lancés et dans un secteur qui a énormément d'impact et d'enjeux. Alors, les lignes bougent et là on parle justement du secteur. Quand on veut faire bouger une filière et quand on est avec ses pairs, ce n'est pas toujours facile. La coopération, c'est exigeant. il faut accepter de bouger, d'écouter l'autre, voire d'autres points de vue. Comment tu as vécu, toi, ce déclic de la coopération ? Et quel est le potentiel que tu vois sur cette filière, en tout cas en France ?
- Frédéric
Alors aujourd'hui, déjà, je n'ai pas le droit et je ne parle pas avec mes concurrents. Donc c'est déjà un principe de base, ce n'est pas légal. Aujourd'hui, nous, très clairement, nous positionnons comme le leader sur ce domaine pour avoir une visée... beaucoup plus en ligne avec les enjeux climatiques. Donc on innove, on explique, on forme nos clients, on a énormément d'actions tous les jours pour aller dans ce domaine. Et on invite l'ensemble de nos concurrents, qui sont deux très belles entreprises, ils vont le faire, ils le font. peut-être, je pense, mais c'est normal que je pense qu'on est plus avancé, mais ils font aussi des choses. Quand il y a un acteur de la filière qui essaye d'être très en avance sur un domaine, généralement la filière, elle suit. Et nous, il y a d'autres domaines où mes confrères ne sont pas mauvais, on les regarde et puis on essaye de faire mieux. C'est de la saine compétition.
- Eric
De la saine émulation.
- Frédéric
Émulation, voilà, pas de compétition, émulation.
- Eric
On parle souvent dans le secteur, surtout dans le secteur de la construction, des normes qui peuvent être posées par le législateur. Et souvent, on dit que pour qu'un secteur bouge, il faut que les normes bougent. Est-ce que toi, tu penses que c'est le ressort le plus actif ? Ou est-ce que finalement, la partie émulation qu'on voit entre acteurs innovants du secteur, c'est peut-être ça qui peut faire une course au sommet ?
- Frédéric
Je pense que les normes sont importantes parce que ça permet de réguler et d'éviter que de temps en temps n'importe quoi soit fait. Par contre, si un industriel dans notre secteur attend les normes, je pense qu'il a tout faux. Je vais donner un exemple, c'est mon premier exemple, je n'étais pas totalement conscient du truc, mais j'ai eu un impact. C'est chez Bostik, on était leader de la colle sol pour les revêtements de sol PVC et la R&D sort une colle sans solvant. Donc c'était que des cols solvantés et on la lance et puis on se dit c'est une énorme innovation, on va la vendre un peu plus cher que la colle avec solvant, on n'en vend pas. On décide de la vendre au même prix. Aujourd'hui il n'y a plus une colle, à mon avis colle sol solvantée en France. Donc tous les soliers, il n'y a plus d'émanation. Parce qu'on avait la possibilité en formulant, en travaillant de la faire au même prix et ça a totalement basculé. On n'a pas entendu les normes. Peut-être que les normes elles existent maintenant mais on n'a pas attendu. Il y a eu un énorme changement. parce qu'avant, le solier, si ça n'émanait pas, ça veut dire que ça ne collait pas.
- Eric
Oui, mais cette phrase, elle est marquante. Tu viens de dire, si un industriel attend les normes, il a tout faux. Donc, c'est prendre un coup d'avance et faire ce qui est bien et ce qui est possible avant d'attendre qu'il y ait une loi qui tombe d'en haut.
- Frédéric
Et puis, de temps en temps, on doit se battre contre des lois hors sol par rapport à nos contraintes qui coûtent beaucoup d'argent, qui n'ont pas vraiment de sens en termes de développement durable. Et c'est toujours un peu le souci, c'est faire confiance aux acteurs du marché. On n'est pas que des affreux pollueurs, on est des entreprises responsables. Et mes concurrents sur le marché de la plaque de platre en France sont des acteurs responsables. Donc faites-nous un peu confiance et puis on peut faire des belles choses tous ensemble.
- Eric
Est-ce qu'au sein de ton groupe ETEX, sur les enjeux biodiversité, alors que ça soit sur ce que vous aidez à construire, Mais ça soit aussi sur votre empreinte, votre outil industriel. Est-ce que vous avez des actions de connexion ou de protection de la biodiversité ? Ce sujet, comment vous l'abordez ?
- Frédéric
Alors, on en a énormément parce qu'on exploite des carrières. Et dont la plus grande carrière, c'est l'ouverture de Gypse à Mazan, à Carpentras, où on fait énormément d'études parce qu'on extrait du Gypse pour être sûr que la biodiversité autour du site, dans le site, soit respectée. C'est-à-dire que les chauves-souris qui adorent les tunnels de notre carrière puissent continuer à vivre leur vie de chauves-souris, malgré le fait qu'on arrive avec des gros camions qui font rêver tous les enfants de moins de 10 ans. Donc on fait beaucoup d'études et on est très très accompagnés. Et alors c'est une partie réglementation, une partie en plus de la part d'Etex. Et on a des rapports de biodiversité. On travaille sur l'eau, on travaille sur nos impacts de bâtiments. donc c'est un sujet qui est clé particulièrement dans les carrières. Comme on est un groupe familial on a une demande forte de nos actionnaires d'être en ligne avec les enjeux et en ligne avec les lois locales. Donc on ne va pas jouer et on préfère faire un peu plus que d'essayer de jouer un peu avec les limites.
- Eric
Est-ce que justement sur les leviers, tout ce qui est intégré dans votre feuille de route, est-ce que tu as d'autres leviers en tête que tu es en train d'activer ? dans votre entreprise, au niveau de cette redirection. Est-ce qu'il y a d'autres exemples concrets d'actions que vous menez que tu voudrais nous citer ?
- Frédéric
Il y a l'impact sur l'eau, il y a aussi tout un impact qui est beaucoup moins vu. C'est en fait, on utilise beaucoup d'énergie et c'est comment continuer à produire de la qualité des produits avancés qui sont attendus par nos clients en utilisant moins d'énergie. Ce n'est pas qu'une question de coût, c'est une question d'impact. Il y a les deux et avec ce qui se passe aujourd'hui, c'est sûr que c'est un enjeu. Donc en fait... Les actions, elles sont quotidiennes. Et pour limiter nos impacts, c'est comment je réduis chaque année de quelques pourcents ma consommation d'énergie. Parce que j'ai un nouveau process industriel, parce que j'utilise des composants dans la plaque de platre qui me permettent de limiter. C'est l'utilisation du papier, c'est l'utilisation de l'énergie dans nos locaux. C'est beaucoup, beaucoup, beaucoup d'actions. Quand je parlais de... L'intérêt de la CEC, c'est le changement culturel. Et l'entreprise à mission, pour moi, c'est l'étape d'après de la CEC. C'est-à-dire qu'en fait, c'est formalisé. Et moi, je crois totalement à l'énergie collective. Donc, je la vis avec la CEC et j'adore mes moments à la CEC. Et je veux la même chose dans l'entreprise. C'est-à-dire qu'il y a une énergie collective, mais ce ne soit pas Frédéric Guétin qui en permanence dise « Fais ci, fais ça » . Moi, ma fierté, c'est que quand je quitte le bureau, je suis souvent le dernier, je ne vois pas de lumière allumée. C'est très con, hein ? Mais ça prouve que tout le monde a éteint ses lumières. C'est une petite chose. en fait Ce que j'ai appris à la CEC, c'est que toutes ces petites choses font une entreprise plus responsable. J'avais dit en sortant de la première CEC, je voulais que chacun soit directeur de la RSE de DETEX. Et je crois totalement à ça. C'est important d'avoir, pour le savoir, pour la direction, d'avoir des personnes à la tête de la RSE. Mais ce qui est surtout important, c'est qu'il y ait 1200 collaborateurs qui y pensent.
- Eric
Donc 1200 responsables RSE au sein d'ETEX. Ça, c'est ton rêve.
- Frédéric
Oui, c'est ma mission.
- Eric
C'est ta mission. Non,
- Frédéric
mais vraiment. Non, non, mais je... Je pense que la culture est le plus important. Si tous les collaborateurs français ont cette conscience et cette envie dans leur vie professionnelle, mais surtout dans leur vie privée quelque part, c'est important.
- Eric
C'est sûr, c'est aussi la théorie du changement de la CEC. Il y a une expression qui est souvent prise, qui est à la CEC, mais il y a beaucoup d'autres associations qui disent qu'il faut sortir la RSE du placard. Parce que dans certaines entreprises, c'est un placard. Et là, toi, c'est encore mieux. c'est Il faut que tout le monde prenne la responsabilité RSE de l'entreprise. Et effectivement, puisqu'on sait qu'il y a plein de décisions qui sont prises, que tu ne vois même pas au cœur du terrain. Et ce que tu veux, c'est que la culture fasse que ça soit naturellement, et un peu partout, que ça soit pris dans le bon sens. Voilà,
- Frédéric
c'est une vraie envie. C'est-à-dire qu'on est en train de... On m'a présenté les goodies pour les clients qu'on leur offrira dans quelques semaines. Tous les goodies, ils sont... Ce n'est pas un gadget qui vient d'une province chinoise. Donc, tout est globalement fabriqué en France, éco-responsable. Et je n'ai même pas fait de demande. C'est-à-dire que ma responsable marketing, elle n'imaginait pas aller me présenter autre chose.
- Eric
C'est important parce que c'est des petits objets qui donnent un signal aussi aux plaquistes, enfin, toute cette population de votre écosystème. Est-ce que peut-être tu peux nous dire, toi, à horizon de 10 ans, L'horizon, en enlevant un peu le jeu de contraintes, ce secteur, son évolution idéale de la construction, il ressemblerait à quoi ? Un peu l'étoile polaire du secteur de la construction.
- Frédéric
C'est une bonne question. Je suis quand même à la deuxième session de la CEC, donc repose-moi la question à la sixième. Justement, déjà,
- Eric
donne tes premières intuitions, mais même tu peux visualiser. En fait,
- Frédéric
la première intuition, c'est que je suis très étonné, mais positivement étonné, Je le vois à la CEC, je le vois avec des personnes qui ont fait la CEC ou un peu l'écosystème, parce que quand on rentre un peu dans l'écosystème des entreprises à mission, de tout ce qui est en train d'être fait, et d'une envie forte, même des profils aujourd'hui qu'on rencontre dans le monde de la construction. Il y a 15 ans, c'était des personnes venant de chantiers assez traditionnels, qui n'imaginent pas construire différemment que leur père, leur grand-père. Là, on voit des profils assez atypiques chez tous les grands acteurs et qui ont une vraie envie de bouger les choses. Donc, est-ce qu'on a les solutions aujourd'hui et qu'est-ce que ça sera dans 10 ans ? C'est assez difficile à savoir. Par contre, l'énergie et le type de profil extrêmement brillant, qui regarde des choses différemment, qui sont en train de rentrer dans l'écosystème de la construction, c'est incroyable. Il y a des profils un peu différents qui s'intéressent à notre secteur. Et ça, pour moi, c'est très rafraîchissant. Et c'est un secteur qu'il faut aussi, on se dit, on a eu beaucoup d'aide. C'est aussi un peu s'affranchir et trouver notre... une économie qui puisse être soutenable. Et après, à un moment ou à un autre, il faut aussi une prise de conscience. Pour l'instant, et on va tout faire pour réduire ça, avoir des bâtiments qui sont plus en ligne avec les enjeux climatiques coûte plus cher. Et ça, c'est l'industriel. Et tous les jours, on essaye de gagner un demi%, 1% pour arriver à ce qu'on a réussi avec la colle, chez Bostik, il y a 15 ans, à dire... Pour le même prix, vous avez des matériaux beaucoup plus responsables. Pour moi, c'est vraiment le pivot. C'est difficile à voir où sera le bâtiment dans 10 ans. Il faut déjà savoir... Est-ce qu'on construira toujours ? Il y a la loi zane. Est-ce qu'on fera plus de rénovations ? Moi, j'ai encore un peu de mal à avoir une bonne vision, mais je suis plutôt dans l'action concrète de dire on améliore les choses. Et je vois beaucoup d'acteurs qui sont dans cette dynamique extrêmement forte. Parce que tous les jours, quand on regarde, il y a de l'innovation, il y a du béton bas carbone. Tout le monde travaille dessus.
- Eric
Ce que tu es en train de dire, ça résonne beaucoup avec le tout premier épisode de ce podcast avec Arnaud de Tikamoon. il disait aux étudiants ingénieurs ou école de commerce, engagez-vous parce qu'on vit un défi et on doit trouver des solutions. En fait, on est forcé de trouver des solutions et ça, c'est enthousiasmant. Parce qu'en fait, on réinvente, on doit faire une réinvention profonde. Et donc, c'est un défi. Je dirais que ce n'est pas pour les prochaines générations, c'est pour maintenant. Il faut vraiment se mettre en route.
- Frédéric
Mais je vois une vraie ouverture. Moi, ça fait plus de 30 ans que je suis dans ce secteur. On a des discussions qu'on n'avait pas il y a 5 ans. Et dans cinq ans, on aura des discussions qu'on n'a pas aujourd'hui. Donc, il y a une vraie appétence au secteur, pas contrainte, mais une prise de conscience. Et je ne suis pas persuadé que tous les secteurs aient cette prise de conscience. Donc, je suis hyper excité par ce qui se passe et par les discussions qu'on peut avoir qui me poussent à être très positif pour l'avenir de notre filière.
- Eric
Alors, je ne sais pas si tu es prêt, mais je vais te poser la question la plus difficile de ce podcast. on va se reprojeter peut-être avec ta fille quand elle avait 10 ans. Mais donc, cette économie, cette nouvelle économie à visée régénérative, dont, en t'écoutant, on se dit qu'elle est possible. Mais toi, comment tu l'expliquerais avec des mots les plus simples possibles, justement, à une enfant de 10 ans ? Qu'est-ce qu'elle fait, cette économie ?
- Frédéric
Pour moi, cette économie régénérative, c'est plus... Elle est bien complexe. Je suis toujours, en fait, je reviens toujours beaucoup sur le comportemental. C'est-à-dire que c'est une économie qui fait en sorte d'impacter le moins possible les ressources de la Terre pour faire ce qu'on a à faire. Moi, j'avais été gêné sur la première CEC et je l'entends beaucoup moins sur la deuxième, ce qui me plaît bien. On parlait beaucoup de décroissance et que le modèle, c'était de la décroissance. Je ne suis pas totalement à l'aise avec ça et je n'ai pas envie de l'expliquer comme ça à ma fille. On peut faire de la croissance, on peut faire du progrès, on peut faire plein de choses positives tout en ayant cette conscience. Et donc, il faut absolument avoir une économie régénérative, il faut absolument... Puiser de moins en moins dans les ressources de la Terre, de moins en moins les détruire quand on fait des actions, quand on construit des bâtiments. Mais ça ne veut pas dire faire de la décroissance. Et je n'ai vraiment pas envie d'opposer les deux. Peut-être que j'ai tort, peut-être que des experts, je suis persuadé pour me prouver le contraire. Il faut être conscient des impacts de ce que tu fais, mais pas forcément vivre une vie de moine.
- Eric
Mais c'est un débat qui peut être intéressant justement, mais il faut le dépasser ce débat. Il est sûr que ce n'est pas une fin en soi la décroissance.
- Frédéric
Et moi, je voudrais, le dernier mot, te remercier. Parce que, voilà, t'as un peu changé la vie de beaucoup de gens. Ou du moins, quand on se parle entre nous, on parle de la CEC avec des yeux qui brillent. Et le courage, ce que tu fais à la CEC, tu sers le bien commun. Tu m'aides, tu aides plein de gens à prendre conscience. J'ai sûrement pas tout compris. Peut-être, on ne prend pas tous les jours les bonnes voies, mais on a une conscience. On a une base de connaissances, une base de raisonnement, une base de prise de conscience qui nous permet d'aller dans dans le bon sens. Et ça, vraiment, un énorme merci pour ce que tu fais.
- Eric
Merci Frédéric. Alors pour clore cet épisode, moi aussi, je veux te remercier pour le courage, le courage de toutes les décisions que tu prends et aussi de t'être investi dans ce secteur et d'aller transformer ce secteur avec toutes tes équipes. Merci pour l'authenticité. Tu nous as parlé au début de ce qui a été ton déclencheur. Tu as fait aussi des confidences sur ton empreinte carbone avant la CEC. Et merci pour le pragmatisme. On était vraiment sur un épisode avec plein d'exemples concrets. On a été dans une carrière de giste, de gypse, et puis on a aussi compris comment vous produisiez. Et cette filière, qui est hyper concrète, qui touche tous les Français, notre habitat, on s'aperçoit qu'elle a énormément de leviers, beaucoup de chemins à parcourir. C'est hyper encourageant. Donc, merci pour ça. Courage, authenticité, pragmatisme. On va en route vers le Cap-Régen. Et quand même, on va garder cette phrase pépite pour tous les industriels qui nous écoutent. Si un industriel attend les normes, il a tout faux.
- Frédéric
Merci.
- Eric
J'espère que cet épisode vous a inspiré. Si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute et en partageant l'épisode autour de vous. Vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Merci.