- Caroline
Et si on prenait le temps d'explorer des récits de bascule collective, de raconter comment des organisations d'un même secteur ou d'un même territoire ont décidé de s'allier, de coopérer, de dépasser la logique de concurrence pour réussir ensemble une mission plus grande qu'eux et utile au monde ? Bienvenue dans Cap Regen, le podcast qui concrétise l'économie régénérative à travers des histoires de coopération nées au sein de la CEC, la Convention des entreprises pour le climat. Je suis Caroline Maert, déléguée générale de la CEC, et si je suis convaincue des pratiques et des postures de coopération, je suis aussi curieuse d'écouter les témoignages de mes invités sur leur expérience concrète de coopération, et surtout sur les effets de base du collectif, produit ou attendu. Dans ce troisième épisode, nous allons parler du projet Graines de Valeurs. Et pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Pauline Maupu et Quentin Baudouin. Bonjour Pauline !
- Pauline
Bonjour !
- Caroline
Tu es responsable filière, certification et impact chez les deux vaches, marque de yaourt engagée. Si tu devais te présenter en quelques mots, tu dirais quoi ?
- Pauline
Bio, équitable, normand, ah non ça c'est les yaourts, c'est pas moi. Moi je dirais agroécologie, c'est quelque chose d'extrêmement fort en quoi je crois et qui a été le fil rouge de toute ma carrière. Filière, parce que je trouve qu'il est absolument passionnant de travailler cette problématique justement de l'agroécologie. En mettant bout à bout tous les maillons du champ jusqu'à l'assiette et que notamment la relation avec l'amont agricole et en ce qui me concerne aujourd'hui avec les éleveurs laitiers qui fournissent du lait pour nos yaourts est passionnante et vraiment au cœur de ma motivation au quotidien. Et puis le dernier mot, l'enthousiasme parce que je trouve que c'est un des moteurs les plus puissants d'action et qu'on en a beaucoup, beaucoup au sein de ce collectif dont on va vous parler aujourd'hui.
- Caroline
J'ai l'impression effectivement que le mot enthousiasme est au cœur. Bonjour Quentin, tu es le directeur d'Actes Agri+, un cabinet de conseil en agroécologie et même question, si tu devais te présenter en quelques mots, tu dirais quoi ?
- Quentin
Alors moi je commencerais par dire que je suis fils d'agriculteur, puisque donc c'est quand même dans mes gènes et j'ai grandi dans une ferme. Après de toute ma carrière et depuis l'enfance, je suis passionné par le monde agricole et ses enjeux. Et j'ai construit ma carrière et ma vie personnelle aussi en suivant cette ligne de compréhension des enjeux du monde agricole et participer à leur développement. Et après, plus personnellement, je dirais que je suis optimiste par nature, confiant dans la capacité des gens à travailler ensemble. Et c'est peut-être mon côté un peu utopiste parfois, néanmoins qui donne de l'espoir pour sauter les barrières et avancer vers un monde meilleur et plus juste.
- Caroline
Tous les deux, vous avez embarqué dans une aventure du parcours de la CEC qui s'appelait Agri-Agro et qui s'est terminée en novembre 2025. D'où est né ce projet Graines de Valeurs ? Est-ce que déjà vous pouvez nous en dire un peu plus sur Graines de Valeurs, son intention, ses membres ?
- Quentin
Alors, Graines de Valeurs, à l'origine, a été de travailler autour de filières régénératrices. Donc les filières régénératrices, c'est très large, donc il y a eu beaucoup de débats au début. Mais l'objectif, c'était en fait de bâtir une filière alimentaire. Entièrement régénératrice, désirable pour l'ensemble des acteurs et donc les membres impliqués lors du projet coopératif initié lors du parcours CEC étaient très diverses. Ça allait des producteurs agricoles ou les opérateurs vraiment de l'amont, des transformateurs ou des marques destinées au grand public et ensuite quelques opérateurs aussi de conseils ou des financeurs qui se sont lancés dans cette discussion et ce projet Graines de Valeurs.
- Pauline
D'accord. Et quel était le constat de départ ou la problématique que vous aviez envie d'adresser ? Tous les acteurs qu'on a rencontrés au sein de ce super parcours agri-agro de la CEC avaient l'envie de progresser vers plus d'agriculture régénératrice, plus d'agroécologie. Et chacun à son niveau rencontrait des freins. Et le gros frein qui bloquait tout le monde, c'était cette question de trouver le juste équilibre entre... Engagement dans une transition agroécologique et déboucher compétitivité. C'était vraiment un nœud commun que chacun regardait à sa manière, avec ses problématiques, etc. Mais cette volonté était vraiment commune et on s'est tous rassemblés autour de l'envie de trouver ensemble des solutions. En se disant, chacun dans notre coin, on trouve des points de blocage, mais peut-être qu'en se mettant tous autour de la table, en gommant nos aspérités ou en tout cas en trouvant des points communs, parce qu'il y en a qui étaient des pros de la bio, d'autres des pros de l'agriculture régénératrice, sur des filières très différentes, avec des enjeux variables. Mais tous, on s'est dit, si en fait on arrive à trouver une manière commune de se parler entre nous et de parler à l'extérieur, et qu'on met toutes nos forces dans la même direction, on va trouver une solution face à cet enjeu qui est principalement économique. D'accord, et donc il y a une très forte ambition que vous avez choisi d'adresser pour ce projet. Et qu'est-ce que vous avez choisi précisément d'expérimenter ?
- Quentin
Ce qu'on a choisi d'expérimenter, c'était la construction d'un nouveau modèle économique pour essayer de clore les gaps entre, d'un côté, la volonté, comme l'a expliqué Pauline, de transition vers un modèle plus régénératif au niveau de la production agricole et en même temps de garder un coût et un prix du produit final accessible pour les consommateurs et pour les utilisateurs. Le constat et l'hypothèse de base, c'était de dire que c'est très difficile aujourd'hui d'avoir une production régénératrice ou bio, ou en tout cas très vertueuse au niveau de la production agricole, et en même temps d'avoir un coût accessible. Et donc très vite, l'hypothèse, c'était de dire comment est-ce qu'on réussit à faire le lien entre les deux. Et du coup, sur la partie prix accessible consommateur, on a défini le concept de prix moteur. Et ensuite, comment est-ce qu'on essaye d'identifier les gaps ? entre justement les coûts de production vers une agriculture plus régénératrice et un prix moteur accessible pour le consommateur. Et en modélisant économiquement ce système-là, de pouvoir l'adresser aussi à des opérateurs extérieurs qui auraient un intérêt à co-financer ces actions-là. Donc ça, c'est l'ambition de base, qui est assez vaste, mais ensuite, la façon dont on l'a abordé méthodologiquement, c'est de se focaliser sur deux cas pratiques. Donc très vite est ressorti le fait qu'on voulait adresser deux filières, et on a voulu aussi adresser deux filières différentes. Donc une animale, une végétale, une bio et une non-bio, sur deux territoires distincts. La notion de territoire est venue assez vite parce que c'est là qu'on considère qu'on peut avoir le plus d'impact et embarquer aussi des acteurs économiques avec concrètement une opérabilité de territoire. Et du coup, vraiment l'enjeu c'est de travailler sur ces deux cas concrets pour ensuite pouvoir extrapoler cette méthodologie qu'on arriverait à construire vers d'autres territoires, d'autres filières et embarquer et enclencher justement cette dynamique-là.
- Caroline
Alors au démarrage de cette idée, vous avez voulu faire ensemble, puisque c'est vraiment dans les parcours CEC, c'est comme ça qu'on active ces projets de coopération. Est-ce que vous pouvez nous raconter un peu plus comment s'est passé votre travail en commun et comment vous avez coopéré les uns avec les autres ?
- Quentin
Au début, on avait un assez gros groupe puisqu'on a démarré avec une vingtaine de personnes intéressées par cet enjeu de filière régénératrice et avec des acteurs très divers. Donc comme l'a dit Pauline, avec vraiment des gens très orientés amont, avec des producteurs et... Ensuite des industriels ou des marques qui étaient beaucoup plus orientées à Val. Et ensuite avec des acteurs du bio et du conventionnel. Donc avec des débats assez importants sur est-ce qu'on doit limiter l'approche que sur le bio ? Est-ce qu'on doit être plus englobant ? Et bien sûr après avec des intérêts différents des différents acteurs, chacun venant avec ses problématiques pour ses filières. Donc c'est vrai que côté amont, on était plus sûr comment est-ce qu'on finance la transition ? comment est-ce qu'on... transitionne avec des volontés diverses et des visions assez diverses entre les bio, les non-bio. Et côté aval, vraiment cette notion d'accessibilité qui est remontée très vite et cette notion de prix moteur qui est pas mal émergée.
- Pauline
Moi, je voudrais ajouter qu'il y avait beaucoup d'agriculteurs qui portaient la volonté de s'inscrire dans une transition, dans des démarches plus respectueuses des sols, avec moins d'intrants, etc. Et eux-mêmes exprimaient de manière très sincère de soit avoir déjà entamé le chemin, soit de vouloir le faire, mais de se retrouver un peu seul face à cette volonté, sans partenaire que ce soit au sein de leur filière ou bien de leur territoire, pour les soutenir. Parce qu'en fait, ce genre de transition nécessite des prises de risques, des investissements, etc. et une exploitation agricole seule. et en tout cas les exploitants qui étaient présents, témoignaient du besoin de soutien. Donc ça, c'était quand même quelque chose d'hyper fort et quelque chose, je pense qu'on doit peut-être le reconnaître et le dire, auquel aujourd'hui le PCT n'a pas trouvé de solution. Parce qu'on est parti sur une approche filière et territoire et qu'en fait, la diversité des fermes qui participaient à la CEC était énorme. entre justement différents territoires, différentes productions, etc. On n'a pas réussi à monter la filière magique qui aurait regroupé tout ce collectif de producteurs qui ont participé à la CEC au sein de cette dynamique. Par contre, d'une part, leur envie, leur motivation et ce témoignage extrêmement fort qu'ils ont fait au démarrage de Graines de Valeurs nous a beaucoup porté. et puis ensuite... leur expertise, leur réseau, etc. a été très utile. Et aujourd'hui, on continue à les associer, à prendre leur avis, à prendre leurs orientations pour la suite.
- Quentin
Ça permet d'apporter aussi une crédibilité technique de mise en place de ce qu'on peut imaginer d'un point de vue technico-économique, de réalisation sur le terrain, de la transition aussi et des freins associés.
- Caroline
Justement, ça donne vraiment envie d'en savoir plus. Alors, tu as évoqué le mot PCT, donc c'est Projet de Coopérative Thématique. Est-ce que vous pourriez nous raconter où vous en êtes aujourd'hui ? Quels seraient vos prochains pas, notamment sur les deux filières pilotes qui sont dans ce projet ? Et puis la méthode que vous utilisez peut-être ?
- Quentin
Oui, pour rentrer dans le concret, on a identifié deux filières pilotes. On a vraiment une filière animale qui est le lait bio en Normandie, donc avec Pauline Desdevaches qui est aussi la personne ressource sur cette filière-là. Et la seconde filière, c'est une filière de lin oléagineux dans les Charentes. avec la marque Bleu Blanc coeur. On a la présidente de Bleu Blanc coeur, Nathalie Carroas, qui participe, et d'autres acteurs comme Maëllen et Aude Gaillard, une des administratrices qui nous accompagne sur ce sujet. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a deux filières très différentes. Donc la filière Les Deux Vaches est très structurée et très intégrée, puisque Pauline a globalement le contact des producteurs jusqu'à... à ses clients de la grande distribution. Donc ça c'est facilitant d'un point de vue modélisation sur la partie de données et sur un système bio et équitable qui est assez avancé d'un point de vue régénératif. Sur la partie bleu blanc coeur, on est sur un modèle qui est très accessible au niveau de l'aval et du consommateur, puisque un produit... L'estampillé bleu blanc coeur aujourd'hui n'est pas beaucoup plus cher qu'un produit standard en supermarché, mais par contre la filière jusqu'à l'amont agricole, jusqu'au producteur de lin, est beaucoup plus longue et d'une certaine manière moins contraignante d'un point de vue agroécologique. Aujourd'hui, dans les cahiers des ressources, ils appellent ça les cahiers des charges bleu blanc coeur, c'est les cahiers des ressources qu'ils proposent. Donc méthodologiquement, ce qu'on a fait, c'est de découper l'approche en... Quatre grandes étapes successives. La première, ça a été pour chaque filière d'avoir une analyse macro, très globale, du positionnement de la filière dans son contexte, qui est une étape extrêmement importante au début pour poser les acteurs, leurs enjeux et comprendre globalement où en est la situation actuellement. Ça permet aussi ensuite de pouvoir présenter simplement le contexte du projet dans son environnement. La deuxième étape, c'est l'analyse. de l'état de situation actuelle, puisqu'en fonction de la filière, bien sûr, le contexte est très différent. L'état d'avancement sur l'aspect agroécologique et régénératif va être très variable en fonction du territoire, du contexte et des opérateurs concernés. Et donc là, l'objectif, c'est d'identifier l'état actuel de la filière et de pouvoir la confronter et identifier les gaps qui seraient à franchir pour aller vers une production plus régénérative. donc ça c'est un travail à la fois technique et agronomique pour identifier les gaps, mais aussi le lier à la partie économique et les coûts associés à cette transition, qui peuvent être des coûts d'investissement s'il y a besoin d'investir dans des matériels spécifiques, ça peut être des coûts opérationnels aussi au long cours, ou ça peut être aussi des coûts potentiellement de formation ou d'accompagnement qui peuvent être nécessaires. Le troisième point, et c'est là où on est dans une démarche globale, c'est de pouvoir faire un focus aussi côté aval sur les produits phares. Donc on pousse le curseur en identifiant pour chacune des filières des produits phares qui permettent d'avoir une analyse économique jusqu'aux produits finis et de pouvoir dire du coup, si on change telle pratique au niveau de l'amont agricole, ça a telle incidence sur le coût du produit final et plus X centimes sur le prix du yaourt ou sur la bouteille d'huile. Donc ça, c'est les trois premières étapes. Et la dernière, qui est la plus importante et la plus challengeante, c'est l'étape d'imagination et de construction des modèles économiques qui se basent sur ces trois premières étapes pour justement se projeter vers l'avenir et innover dans ces modèles-là.
- Caroline
Et peut-être Pauline, le fait que Quentin t'ait cité comme personne ressource aussi de les 2 vaches, peut-être tu peux nous partager aussi ta vision de ce que représente ce projet par rapport à la filière que tu occupes.
- Pauline
Oui, chez les deux vaches, c'est une marque qui existe depuis 20 ans, en fait, nos 20 ans cette année. Ça fait 20 ans qu'on s'est construit sur un modèle bio, qui va même au-delà de la bio, parce qu'on a un cahier des charges contractuel qui exige des choses plus exigeantes que le cahier des charges bio strictes. Plus de pâturage, de l'alimentation bio et 100% française, ce genre de choses. On a développé petit à petit aussi une démarche équitable en parallèle de la démarche bio pour assurer un revenu aux producteurs, leur donner une certaine sécurité permettant justement de faire des investissements pour aller toujours plus loin dans la transition agroécologique. Toute cette progression dont je vous parle, c'est un investissement qu'a fait la marque dans sa filière. Donc vraiment de manière linéaire, ça passe par le prix du lait, ça passe par des projets que l'on finance pour... accompagner les fermes dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, sur le bien-être animal, sur la santé des sols, etc. Et tout ça, c'est des ressources qui sont mobilisées par la marque. Et au fil des années, au fil aussi d'une crise récente du débouché bio qu'il y a eu aujourd'hui, on n'a plus la capacité d'investir plus. Et pourtant, malgré tout le chemin parcouru, malgré tous les investissements faits ces dernières années, On sait qu'il y a encore... Beaucoup de chemin à faire pour arriver à un bon état agroécologique ou à un état régénératif. Seulement, nous aujourd'hui, dans le contexte de débouchés dans lequel on est, donc principalement dans la grande distribution en France, où il y a une certaine guerre des prix qui a lieu, on n'arrive pas à créer de la marge pour pouvoir... continué à investir davantage et on a clairement ressenti le besoin de trouver des relais. La question c'est, où est-ce qu'on va aller trouver ces relais ? Quelles garanties il faut qu'on apporte pour leur donner confiance et envie de travailler avec nous et d'investir soit dans la transition des fermes avec lesquelles on travaille, soit dans le débouché de nos yaourts pour que ça permette ensuite de cascader cette valeur jusqu'à l'amont. Donc c'est vraiment avec cette problématique-là qu'on s'est trouvé au parcours CEC, convaincu qu'on est dans la bonne direction, convaincu qu'il faut aller plus loin, mais en questionnant tout le business model. Parce que malgré tout, on est des fabricants de yaourts, notre enjeu c'est de les mettre sur le marché, de le faire certes pour mettre en route toute une démarche avec l'amont, mais surtout. pour les mettre sur le marché. Donc il faut qu'on reste compétitif si on veut pouvoir être toujours là demain et de pouvoir toujours soutenir les producteurs avec lesquels on travaille. Donc c'était vraiment avec cette problématique-là qu'on est arrivé, qu'on a mis sur la table de ce projet, de ce collectif Graines de Valeurs et donc que petit à petit on a construit les briques, la méthodo, etc. pour pouvoir aller plus loin avec tout ce monde-là.
- Caroline
Et l'approche du financement, c'est une approche clé. Il y a des premiers pas qui ont commencé là-dessus pour essayer de défricher ce terrain ?
- Quentin
Alors oui, pour l'instant, les premiers pas ont été très exploratoires. On a pu s'appuyer aussi sur le réseau de la CEC et notamment avec les autres parcours qui avaient eu lieu, avec le monde financier, etc. Donc, qui nous a permis de confronter nos... Premières étapes par rapport à ce qui pouvait être attendu. Donc on arrive vraiment au cœur dorénavant du réacteur où on a construit toutes les briques initiales qui permettent d'alimenter la proposition justement apportée à des financeurs, à des acteurs économiques externes à la chaîne de valeur agroalimentaire. Mais maintenant c'est tout l'enjeu de ce déploiement et c'est là où on a besoin aussi de construire les récits qui sont associés à ça, comme le disait Pauline. c'est Quels sont les indicateurs, les bénéfices potentiels qui peuvent avoir un intérêt pour eux et qui pourraient résonner avec le projet qu'on est en train de construire ? On croit beaucoup finalement que sur un territoire, on peut réussir à créer des synergies, à casser des silos qui permettent de créer des dynamiques positives autour de ces sujets-là. Mais c'est très vite tentaculaire comme sujet, avec des indicateurs d'intérêt qui peuvent être très variables. Et donc on... On essaye de se rapporter toujours quand même à des sujets très pragmatiques pour avoir des indicateurs et des éléments qui soient tangibles pour les différents acteurs de la filière. Mais rien qu'aujourd'hui, alors Pauline parlait des deux vaches qui est assez intégrée, donc avec une vision très transverse. Si je parle un petit peu de Bleu blanc cœur, parce que c'est l'autre filière avec qui on travaille, donc eux, c'est une chaîne qui est beaucoup plus découpée. puisque Bleu Blanc coeur est une marque, un label qui est apposé sur le produit fini, mais dans la filière a énormément d'interlocuteurs. Puisque si on parle de la graine de lin, on a le producteur qui vend sa graine de lin à un organisme stockeur, qui le revend à un industriel qui va faire un processus, par exemple d'extrusion, pour en faire un aliment pour le bétail, qui ensuite arrive chez l'éleveur qui va faire le produit final. l'œuf ou le lait ou la viande qui va ensuite être estampillé bleu blanc coeur. Donc les chaînes sont beaucoup plus longues. Ce qui est très intéressant, c'est qu'au sein de cette chaîne, déjà quand on commence à parler avec les différents acteurs, à échanger et à dé-siloter les maillons, on se rend compte que déjà on arrive à agglomérer des informations, à faire parler les acteurs entre eux et à identifier des leviers pour certains qui sont déjà relativement faciles à enclencher, déjà au sein de la filière. Donc c'est une première étape. Un premier gap qui est franchissable juste par de l'alignement de ces acteurs-là. Et ensuite, tout l'enjeu, c'est de créer un discours commun à la filière qui est portable vers l'extérieur et donc vers des acteurs économiques du territoire connectés à cette filière-là. Donc ça, c'est vraiment la première étape dont on s'aperçoit, où on sent quand même une dynamique et une envie des acteurs qui réagissent quand même à cette démarche-là et qui s'impliquent. Du coup... Ça ouvre les réseaux, ça recrée du coup des idées et des projections. Ah, mais on pourrait prendre la problématique de telle manière ou il faudrait peut-être contacter telle politique ou tel acteur économique qui pourrait être intéressé par tels aspects. Et ça, c'est vraiment le but ensuite de collaborations qui permettent d'ouvrir des portes et de créer des dynamiques communes.
- Pauline
Et si je peux revenir sur... Sur l'historique de la construction de ce collectif et de ce projet, on disait tout à l'heure qu'il y a une vingtaine de personnes dans la salle au sein du parcours agri-agro intéressées pour travailler sur cette thématique. Et on a dû, à un moment donné, choisir sur quelle filière on allait travailler. Le principe sur lequel on était partis, c'est que les deux vaches, de par sa maturité, son... intégration, même si je n'aime pas du tout habituellement ce mot, mais en tout cas, notre maîtrise de la chaîne de valeur depuis les prairies normandes jusqu'aux grands magasins, nous donnait accès aux données, aux acteurs. Et donc, en fait, on était quelque part une filière facile sur laquelle démarrer parce que tous les acteurs en présence étaient là, toutes les données étaient là. Et donc, l'idée, c'était de se servir de cet exemple pour construire une méthode. et d'ensuite être en mesure de décliner la méthode à d'autres filières, à d'autres contextes territoriaux, etc. Et Bleu Blanc coeur a été un des premiers à lever la main à ce moment-là et il y en avait d'autres. Et en fait, on a sélectionné aussi Bleu Blanc coeur parce que, bien sûr, il y avait une superbe envie de participer au projet, mais aussi parce qu'ils avaient un certain niveau de maturité. Il y a d'autres filières qu'on a... dans le pipe derrière et que j'espère on aura l'occasion d'activer ensuite. Et puis s'il y a d'autres volontaires, on accueille avec grand plaisir d'autres filières dans le collectif. Mais l'idée était aussi de pouvoir travailler sur quelque chose d'activable assez facilement pour profiter de la dynamique. Parce que si on avait fait juste les deux vaches sans rien faire, Rien derrière, ça aurait peut-être donné un petit peu envie à des personnes de s'intéresser au sujet, mais en se disant, ah mais ça peut marcher qu'eux parce que c'est les deux vaches. Donc c'était hyper important d'avoir à minima une autre filière prête et suffisamment active pour avancer rapidement dans le sujet. Donc clairement, la Bleu Blanc Coeur nous ont bluffé. Ils ont été hyper rapides, ils ont une super dynamique. Et donc l'idée, c'est une fois qu'on aura éprouvé la méthode sur ces... sur ces deux filières-là, de pouvoir décliner à l'infini. Et en plus, les filières qui suivront vont pouvoir bénéficier, en particulier sur la partie financement, des contacts qu'on aura déjà pris, des mauvaises expériences qu'on aura déjà eues, mais aussi des bonnes. Et donc, ça devrait permettre aussi d'accélérer la dynamique et donc de démultiplier la dynamique et, in fine, la transition régénérative.
- Caroline
En tout cas, on sent de l'ambition dans ce projet. On approche à la fin de ce podcast et j'aimerais qu'on prenne un peu de hauteur sur votre expérience de coopération et que vous puissiez partager avec celles et ceux qui nous écoutent vos retours d'expérience. Peut-être un frein ou une difficulté que vous avez levée ou qui est encore présente et puis surtout une pépite à garder.
- Quentin
Au niveau des freins, ce qui est difficile dans un projet coopératif comme ça, qui s'enclenche en plus dans une dynamique de parcours CEC, c'est de garder justement le rythme, la coordination. avec les différents acteurs, puisqu'on était quand même un gros groupe, et de pouvoir identifier des leads qui tiennent le rythme et savent mobiliser. Donc il faut réussir à créer cette mini-gouvernance qui arrive à tenir le cadencement pour que le projet avance. Et après, je pense qu'il y a un enjeu de réussir à mobiliser, c'est-à-dire de ne pas mobiliser... Tout le monde trop souvent et de pouvoir avancer en individuel sur certains aspects, mais par contre de remobiliser régulièrement l'ensemble des membres pour pouvoir poursuivre. Donc c'est la principale difficulté après, c'est ça, c'est le temps pour tout le monde.
- Caroline
Puis la pépite ?
- Pauline
La pépite, c'est l'engouement, c'est l'enthousiasme de ce collectif. Je pense qu'on a bénéficié, on bénéficie toujours et j'espère qu'on bénéficiera encore plus par le futur de... de cette envie commune de tous pousser dans la même direction. On est quand même dans un contexte politique, géopolitique, qui n'est pas facile actuellement. Je pense que quasiment tous les acteurs qui ont été engagés dans un parcours CEC ces dernières années rencontrent des difficultés à l'heure actuelle. Et en fait, de pouvoir travailler ensemble, en mettant en commun nos forces, ça nous aide à surmonter nos difficultés, déjà au quotidien, dans la motivation et dans la niaque pour continuer à avancer. Mais aussi parce qu'ensemble, on est plus fort et donc on a tous une petite pierre à apporter à l'édifice pour le faire avancer.
- Quentin
Et on sent qu'on a un écho. Quand on présente le projet concrètement et qu'on rentre dans les détails, ça intéresse quand même dans les chaînes de valeur agroalimentaire, dans les filières, ça intéresse les acteurs. Donc ça, c'est très rassurant. dans notre modèle et ça pousse à continuer et à pousser les curseurs et on sent cette dynamique collective. Après on arrive dans la phase la plus difficile qui est justement de construire le modèle en lui-même, de l'aboutir dans la démarche, mais c'est là où on sait que de toute façon c'est impossible qu'un acteur réussisse à le faire tout seul. Donc c'est là où il faut les bonnes personnes autour de la table, les bonnes complémentarités et savoir activer aussi des ressources qui soient percutantes pour... pour avancer sur ce dossier-là ?
- Pauline
Oui, en effet, ce dont on vient de parler pendant tout ce podcast, c'est de toutes les briques qu'on a commencé à mettre en place. Et ces briques-là, c'est quelque part les briques les plus faciles, mais qui sont fondamentales pour aller chercher la suite, qui est craquer ce modèle économique. Et pour craquer le modèle économique, enfin, spoiler alert, on ne va pas trouver une solution magique qui va fonctionner pour tout le monde. qu'en mettant autour de la table plein de gens avec plein de solutions diverses, en faisant un cocktail de solutions qu'on va arriver à avancer. Et donc l'enjeu, c'est vraiment d'activer ce collectif, d'essayer d'identifier toutes les possibilités et de trouver le bon puzzle qui va permettre d'accélérer la transition et de faire avancer toutes ces entreprises, que ce soit des fermes, des transformateurs, des distributeurs, dans le bon sens.
- Caroline
Alors, c'est justement le sujet de faire corps ensemble et faire le lien. Je vais faire un lien pour cette transition. La prochaine question, c'est que lors du précédent podcast, où j'avais reçu le conseil Regen, je leur avais demandé une question signature. C'est la question qu'ils souhaitent transmettre aux prochains invités. Alors, je l'ai légèrement reformulée pour vous, mais la question qu'ils souhaitaient poser est quels sont les meilleurs arguments pour convaincre une filière de pouvoir concilier exigence économique et besoin de bascule vers le régénératif ?
- Pauline
Pour moi, il n'y a pas besoin de convaincre les gens sur le besoin de la transition. Il y a les gens qui sont intimement convaincus qu'il faut y aller, mais qu'ils ne trouvent pas les moyens de le faire. Et il y a les gens qui se voilent la face, qu'ils ne veulent pas le voir parce qu'ils ont des intérêts court terme qui sont plus importants que le long terme. Par contre, il faut trouver des solutions et il faut trouver la manière de convaincre l'économique, de trouver des solutions économiques, ou de manœuvrer autour de l'économique pour prendre en compte la question des ressources et du long terme, pour sortir d'une réflexion économique court-termiste. Parce qu'à partir du moment où on regarde, et encore je parle du long terme, mais le long terme se rapproche à vitesse grand V, avec le changement climatique, avec tout ce qui nous arrive d'un point de vue géopolitique en ce moment, il faut qu'on apprenne à travailler différemment des modèles économiques sur le plus long terme, et où qui intègrent les capitaux sociaux et environnementaux.
- Quentin
Oui, je suis tout à fait d'accord. Ce n'est pas tant une question peut-être de convaincre, mais plutôt d'identifier le... Donc, il y a deux notions. Je pense qu'il y a une notion de narratif, de comment on présente les choses pour que ce soit compris par l'interlocuteur. Et certainement que le narratif à utiliser et les termes et les bénéfices associés à employer vont être différents en fonction de l'acteur auquel on parle. puisque forcément il n'est pas dans le même contexte, il n'est pas dans les mêmes problématiques. Donc ça je pense que c'est très important et on le sous-estime souvent. Quand on parle de transition, c'est plus pour lui, qu'est-ce que ça peut apporter ? Donc il y a cette notion vraiment de narratif un petit peu marketing, si on peut utiliser ce terme-là. Et ensuite il y a les indicateurs associés. C'est vrai que les indicateurs aujourd'hui, il y en a des multiples. C'est très difficile vu qu'on est sur une approche systémique. de pouvoir lier des indicateurs cohérents sur des pratiques justement agroécologiques ou régénératives. Mais c'est là où il faut, je pense, raccrocher des indicateurs qui soient pragmatiques et qui soient liés au narratif pour que ça fasse sens pour l'interlocuteur. Et ça, comme ça, ça paraît simple à dire, mais en fait c'est vraiment le cœur du sujet et c'est très complexe à faire simplement pour que ça paraisse simple à la fin.
- Pauline
Donc au-delà du collectif Graines de Valeurs, il nous faut aussi l'alliance du Beignet, qui est issue du CEC Nouveaux Imaginaires, et puis l'alliance dont j'ai oublié le nom, qui est issue de la CEC sur la finance, le monde financier. Mettons tous ces collectifs en œuvre, et c'est ce que fait la CEC très bien, mais c'est comme ça qu'on va y arriver.
- Caroline
Alors pour vous, quelle serait la question signature que vous avez envie de poser aux prochains habités ?
- Quentin
Eh bien du coup, on a pas mal parlé de... d'indicateur. Moi, le challenge que je mettrais, parce que c'est presque utopique, c'est mon côté optimiste et utopique du début, ce serait comment embarquer justement les financeurs sur des projets à impact, mais tout en sortant justement de la mesure et de cette notion de pur indicateur tel qu'on le crée jusqu'à maintenant. Et ça, c'est une vraie question.
- Caroline
Eh bien, j'espère qu'ils sauront y répondre. En tout cas, amener des amorces de réponses. Merci Pauline, merci Quentin. Je vais tenter de reprendre quelques-uns de vos messages clés pour clôturer cette conversation. J'ai entendu beaucoup d'enthousiasme, déjà à vous écouter, et surtout l'enthousiasme du projet, l'enthousiasme du collectif qui est derrière. J'ai compris que vous travaillez vraiment sur des transversales filières où tout le monde gagne, donc c'est vraiment chaque élément doit être gagnant. J'ai entendu beaucoup de professionnalisme aussi dans votre approche, avec une organisation projet, des phases de réflexion, des méthodos, d'expérimentation. J'ai senti beaucoup de pragmatisme en partant des forces existantes, donc tu en as parlé tout à l'heure Pauline sur les deux vaches, on est là, mais Bleu Blanc Coeur aussi. et donc partir sur ce qui existe. J'ai senti qu'il y avait une envie de créativité, notamment sur le modèle éco, qui est à inventer. Et puis aussi une recherche de crédibilité avec cette recherche d'indicateurs parce que c'est aussi comme ça qu'on fait passer les choses. Donc merci, j'espère que cet épisode vous a inspiré et si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute et en partageant l'épisode autour de vous. Et vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Merci, merci Pauline, merci Quentin.
- Pauline
Merci beaucoup.