- David
Les nouveaux élèves qui arrivent, c'est de leur dire, ne prenez pas la réponse de l'IA, soyez la réponse à l'IA, soyez en responsabilité. Est-ce que je peux ne pas faire ? Est-ce que c'est vraiment utile ? Est-ce que ça va vraiment apporter ? Je pense qu'il y a beaucoup, beaucoup d'espace encore à conquérir, à franchir, à maîtriser pour se rapprocher des autres. On ne peut pas poursuivre le projet de l'humanité sans s'interroger sur les points d'inflexion dramatiques qui peuvent se passer avec un usage non réfléchi de l'IA.
- Eric
Bienvenue dans Cap Regen, je suis Eric Duverger, le fondateur de la CEC, une association qui existe pour accélérer la bascule vers une nouvelle économie, plus vivante, plus juste, plus robuste. Dans cette saison 3 de Cap Regen, je donne la parole à celles et ceux qui sont dans l'action, pour aller au cœur des nouveaux modèles d'affaires. Si cette conversation vous inspire, vous pouvez nous aider en mettant une évaluation et en partageant l'épisode. Bonjour David. Bonjour Eric. Je te propose de faire un pacte, David. Il tient en trois mots. D'abord, le courage. Il en faut du courage quand on s'embarque dans cette aventure de la transformation de l'économie. L'authenticité. Authenticité de notre échange. On va se dire vraiment tout ce qu'on ressent. Et le pragmatisme. On veut rendre très concrète cette nouvelle économie et on va essayer d'avoir des exemples et parler de leviers concrets. Alors, ça fait trois initiales. Courage, authenticité, pragmatisme, cap. Alors, David, cap ou pas cap ?
- David
Cap.
- Eric
David, je vais retracer très rapidement ton parcours. Tu as un DEA d'Histoire et de Philosophie des sciences. Tu as fait l'essentiel de ta carrière dans le domaine de la formation et du journalisme. Tu diriges le Digital Campus depuis plus de 8 ans. Tu es aussi un alumni de la première CEC. Très bon connaisseur du digital et de l'IA, pas seulement du point de vue technique, mais aussi sur les enjeux sociétaux, économiques et éducatifs du digital. Des enjeux énormes pour notre société. Ton point de vue va être très éclairant pour nous, et puis aussi pour l'anecdote, on est ici chez toi, dans le studio du Digital Campus, merci pour ça.
- David
Vous êtes toujours les bienvenus.
- Eric
Alors, on va commencer par notre traditionnelle question. Déjà, est-ce que tu peux nous dire s'il y a un lieu de nature où tu aimes te ressourcer ?
- David
Oui, déjà je suis un Parisien de naissance, avec des attaches dans le sud-ouest. Et je me suis reconstruit au fur et à mesure des années ces racines dans le sud-ouest, donc c'est un peu artificiel mais c'est des belles racines. Et j'ai la chance d'avoir une jolie maison qui a une vue d'environ 80 km des Pyrénées. Donc je regarde les Pyrénées, j'ai une dimension un peu cosmique dans la grandeur de cette nature, du ciel, etc. Et quand je regarde les Pyrénées... Et de temps en temps, je pense à une phrase d'Élisée Reclus, qui est très belle d'ailleurs, qui débute un ouvrage magnifique qui s'appelle « L'histoire d'une montagne » . Lui aussi était du coin et lui aussi regardait les Pyrénées. Et il disait « Dans quelques millions d'années ou milliards, je ne sais plus, enfin quelques millions d'années, ce sera du sable. » Et donc je considère à la fois l'immensité et la beauté du paysage qui s'offre à moi et en même temps le fait que tout ça va disparaître.
- Eric
Tu as été formé en philosophie des sciences, donc on sent qu'on va avoir une conversation profonde. Alors, est-ce que tu pourrais nous présenter le Digital Campus que tu diriges ?
- David
Digital Campus, c'est une belle aventure qui a commencé il y a une trentaine d'années, qui s'est répandue, diffusée dans toute la France avec une dizaine de sites et on offre des formations dans les domaines du marketing digital, du design digital et du développement digital. Donc on est à fond sur deux choses clés aujourd'hui, la data et l'IA. On y fait des bachelors, on y fait des masters, on y suit des formations continues. Et là, on vient de lancer nos premières offres pour les entreprises qui sont en train de muter, de se transformer, non seulement le régénératif, mais aussi vers l'IA.
- Eric
Est-ce que tu peux nous dire en quelques chiffres pour qu'on se rende compte de qui passe entre vos mains ?
- David
On compte 1500 apprenants dans toute la France. Nous avons une moyenne d'âge qui tourne autour de 23-24 ans. On a un très bel équilibre filles-garçons qui n'est pas donné dans la tech, mais c'est pour dire aussi que notre ADN est assez créat, assez marketing. Ce sont tous ces métiers très nombreux, on en recense environ 80-100 métiers différents, qui représentent un million d'emplois à peu près en France, que tu trouves dans toutes les entreprises, les grandes, les petites, les moyennes, les agences, etc. Voilà, à tous les niveaux. Le digital, ça envahit tous les postes de travail, ça fait partie des compétences quasi indispensables pour tout un chacun. Et on a aussi besoin d'experts, c'est ce que nous formons, pour construire les plateformes, les dispositifs digitaux. Notre orientation actuelle, elle est fortement engagée sur l'idée et les principes que tout ça ce sont des outils et que ce sont des outils avec cette ambivalence, qu'ils ont aussi la capacité de transformer le monde, les relations entre les humains, etc. Et que si on ne les ordonne pas ou qu'on ne s'en sert pas avec une vision, une intentionnalité bien construite, Ça se retourne assez vite contre nous. Donc l'engagement qu'on comprend ici à l'école, c'est de faire en sorte qu'on utilise les outils à bon escient, avec un pacte et pas l'inverse.
- Eric
Alors, on est déjà un peu dans le cœur du sujet. Peut-être un petit détour sur la culture du Digital campus, puisque là, quand on vient dans vos locaux à Paris, il y a des noms de salles qui sont un peu particuliers. Est-ce que tu peux nous en parler et dire finalement pourquoi vous les avez appelés comme ça ?
- David
On est dans la salle Alan Turing, j'ai donné d'autres exemples, on a un panachage, hommes-femmes aussi, on fait attention à ça. Je vais révéler un grand secret qui a été très peu diffusé, je ne vais pas le dire tout de suite. Je vais vous dire en gros comment les choses se sont faites, c'est effectivement mon parcours de philosophe, épistémologue et de journaliste qui m'a petit à petit convaincu que tout ce qui s'est fait dans la technologie dans le web, l'internet aujourd'hui, c'est le fait de gens qui ont porté une intention et qui avaient un projet et qui l'ont rendu concret à travers les inventions ou les idées qu'ils ont eues. Donc ça c'est très important parce que le monde n'est pas reçu tel que, comme les étudiants peuvent parfois le penser en disant, voilà les choses sont là et je prends, etc. Non, le monde est le résultat d'une intention, d'une multiplicité d'intentions. Et donc je raconte à mes étudiants qu'il y a une salle Blaise Pascal parce que le père de Blaise Pascal était collecteur des impôts et mathématicien par ailleurs. Il faisait un énorme travail de collecte de chiffres et il s'épuisait les yeux, ses soirées, etc. Et le jeune Pascal qui était, comme certains le savent, un jeune surdoué, a pris peine pour son père qui le voyait souffrir sur ses cahiers. Et il a petit à petit imaginé une calculette qui s'appelle la... Pascaline qui est le premier ordinateur mécanique créé dans l'histoire humaine. Il en a édité 17 versions qu'il a essayé de vendre. C'est aussi le premier start-up français. Not successful, mais voilà et elles sont magnifiques.
- Eric
Il est comme Ressais la postérité, pas forcément là-dessus.
- David
Et puis j'ai quelques belles figures aussi, notamment Edward Snowden et j'essaie d'expliquer le rapport que Snowden a pu démontrer de la relation à la vérité, à la citoyenneté, etc., à travers les révélations qu'il a faites sur le système de surveillance américain. C'est passionnant aussi de voir aujourd'hui les usages de la data qui imprègnent toute notre vie au quotidien, mais aussi nos relations avec le politique. Je ne vais pas développer là-dessus, c'est compliqué. Oui,
- Eric
on pourrait faire 14 épisodes de podcast sur chacun des personnages.
- David
Et donc toutes ces salles, et donc à l'étage où nous nous trouvons, il y a effectivement une salle Alan Turing, il y a une salle Edward Snowden, il y a aussi une salle Bernard Stiegler, et il y a une salle Chelsea Mannings. Et ces quatre personnes ont un point commun, ça c'est le secret, c'est qu'elles ont toutes eu maille à partir avec la justice, ou elles ont fait de la prison, ou elles ont été condamnées, etc. Et c'est aussi...
- Eric
Alors Alan Turing c'était pour son homosexualité ?
- David
Chelsea Manning c'est pour également avoir révélé des des informations confidentielles dans le cadre de son travail d'agent du renseignement américain pendant la guerre en Irak, donc elle a révélé certaines exactions de la main américaine en Irak. Bernard Stiegler, bon, il avait un passé de cambrioleur, voilà, mais bon, c'était intéressant d'avoir quelqu'un qui s'était assagi et qui avait retrouvé une voie à travers la philosophie, justement, et sur la technique, c'est quelqu'un d'indispensable. Edward Snowden, on connaît son histoire aujourd'hui, il est depuis Donc, 2013, plus ou moins enfermé en Russie, ce qui est une situation incroyable.
- Eric
Merci pour ça, parce que finalement, on sent un peu l'âme de cette organisation. Et peut-être justement, une question sur les enjeux IA. Qu'est-ce que tu nous dirais aujourd'hui, vraiment en dézoomant au maximum, sur finalement ce qu'il faut avoir peur, être excité par l'IA ? Tu nous diras l'ordre 1 sur l'accélération de l'IA.
- David
L'ordre 1, je dirais que c'est un changement d'échelle dans la matérialité dont on pressent le dimensionnement. Alors, pour donner l'échelle, c'est important. L'ordre de grandeur dans l'économie de l'IA, c'est le gigawatt. Quand on parle de gigawatt comme ça, il y a assez peu de gens qui voient tout de suite qu'un gigawatt, c'est une centrale nucléaire. Et quand un Sam Altman, le patron d'Open IA, ou Elon Musk, parle de résultats positifs de l'IA, il pense en dizaines de gigawatts. Donc on est sur des chiffrages d'investissement qui relèvent de centaines de milliards de dollars ou d'euros. Ils mettent en équation, je pense que c'est un cadrage important à avoir en tête, ils mettent en équation face à ça et disent si tu me donnes 10 gigawatts de puissance de calcul, donc x centaines de milliards d'investissement, je te donne une réponse au cancer. Donc je résous les problèmes de santé. Donc quelque part, j'apporte... énormément à la société, en termes de sécurité, de confort, etc. Donne-moi 10 gigawatts de plus, dit Sam Altman, et je te résous tous les problèmes d'éducation. Quand on regarde la structure des États, de notre impôt, de nos sociétés, on s'est construit, d'abord, on a levé de l'argent pour faire de la police et l'armée, puis ensuite, on a ajouté d'autres choses, l'éducation, la santé. Ça a pris quelques siècles, mais aujourd'hui on a construit nos états et nos sociétés là-dessus. Là, tout d'un coup, on a des acteurs qui arrivent en disant « Donne-moi de la puissance, je te donnerai des solutions sociales, sociétales. » Donc cette équation, elle pèse dans la tête des dirigeants et elle a un poids qui va toucher l'inconscient, qui va toucher le mécanisme économique à grande échelle, etc. Et qui aussi touche les mécanismes géostratégiques. Si on a deux minutes, je veux dire que les Américains ont fait un pari sur de l'IA propriétaire et que pour les contrariés, plus que par conviction je pense, les Chinois ont fait un pari sur de l'IA open source. Pour résumer, on est pris en étau entre les deux et l'Europe a fait un pari quand même, mais qu'on peut résumer en deux lignes, j'y viens tout de suite, juste pour expliquer que cette équation elle est stratégiquement... délétère pour énormément de choses concernant la matérialité même de la physique de l'IA parce que ça va bouffer énormément de ressources dont on aura peut-être besoin pour un meilleur usage. On est parti là-dessus. Les Chinois accouplent à cette puissance le fait qu'ils sont les premiers producteurs d'énergie renouvelable de toute la planète. Ils ont plus de 50% de la capacité qui est déjà installée et qui fonctionne. Donc ils ont une capacité à produire de l'IA, du token, à un coût qui va... de toute façon décroître chez eux mécaniquement. A l'inverse, les Etats-Unis reposant sur du propriétaire, donc il faut rémunérer tout ça, plus le fait qu'ils ont plutôt tendance à choisir de l'énergie carbonée qui ne pourra que se renchérir, ils ont un coût qui va augmenter. Donc on a deux modèles qui s'opposent, qui ne sont pas des modèles politiques finalement, qui sont des modèles énergétiques et économiques, avec la transformation de cette puissance en valeur ajoutée pour les entreprises. Le modèle européen, c'est celui de Von der Leyen et il n'y en a pas d'autre pour le moment. C'est un peu décevant, mais on va en faire de l'IA parce qu'on a besoin de recréer de la valeur dans l'entreprise. Là, je viens au point qui est le plus important aujourd'hui, c'est que ce n'est pas juste un modèle de production de puissance de calcul et d'énergie, c'est aussi un modèle de transformation de nos cycles de production de valeur ajoutée. Et là, on est dans une phase... que je pourrais comparer parce que je l'ai vécu en tant que start-up-er les années 2000, une phase comparable à la bulle de l'internet, c'est-à-dire qu'il va y avoir de la création de valeurs tous azimuts. Des déplacements de focus sur où est la valeur, etc. Je ne sais pas du tout où on va. Tout ce que je sais et ce que je porte, je pense que l'encyclique du pape Léon XIV est très éclairante sur le sujet, c'est qu'on ne peut pas poursuivre le projet de l'humanité sans... s'interroger sur les points d'inflexion dramatiques qui peuvent se passer avec un usage non réfléchi de l'IA.
- Eric
Merci, parce que tu nous as fait en cinq minutes une synthèse géopolitique et des enjeux, c'est très précieux. Pour creuser, je te propose qu'on vienne justement sur ce que ça peut transformer, du point de vue toi, dirigeant d'entreprise, donc dirigeant de Digital Campus, cette révolution. Et peut-être avec une double question, c'est qu'est-ce qui est en train de changer dans le projet éducatif ? Comment transmettre des compétences aux étudiants ? Et finalement, qu'est-ce qui ne changera pas ? Est-ce que tu pourrais nous tracer les lignes directrices de ce qui va changer et ce qui restera intangible ?
- David
Merci pour cette question et c'est important d'apporter cette nuance. Déjà au niveau du fonctionnement d'une école comme nous, On est 1500 en France, on a une production de contenu, de programmes, une organisation qui est relativement complexe mais des équipes légères. On a du mal quand même à se passer de tout ce que peut nous apporter l'IA. Comme on a un peu les mains dedans depuis le début, on n'a pas tardé à essayer de tirer profit pour augmenter notre lisibilité du marché, des besoins, mieux comprendre par exemple les attentes des entreprises en matière de compétences. Donc on met en place des agents, les équipes se forment pour pouvoir produire des tables de bord dynamiques, pour avoir, on va le dire en fait tout simplement, un niveau d'intelligence, le mot est choisi à dessein mais il ne faudrait pas s'arrêter là, un niveau d'intelligence sur leurs tâches, sur leurs fonctions et leurs missions, qui est relevé d'un ou deux crans. C'est-à-dire que... En gros, si on prend une comparaison avec la structuration d'une entreprise, on demande à des gens qui ont un niveau X de passer au niveau N plus 2 en vision stratégique, en matière opérationnelle. Ça ne se fait pas en deux minutes. Tout le monde n'est pas prêt à utiliser ces outils, mais c'est vraiment à la portée de tout le monde. Donc on a entamé cette transition. C'est une transition qui s'appuie aussi sur le fait que... L'emploi va se déstructurer progressivement. Donc moi, mon discours à l'égard des équipes, c'est de dire, on va s'équiper tous ensemble, un peu comme si on allait escalader un truc compliqué, mais on va le faire tous ensemble. C'est pour le bien de chacun, indépendamment même de la structure. Second point, nous, on avait un parti pris très fort dès le départ. On s'est dit qu'on allait y aller à 200%. Bon, évidemment, comme toutes les écoles, on a... Deux effets complètement dissociés, il y a les grands, entre guillemets, les masters, les élèves, les plus âgés, qui ont un usage réfléchi, posé, contrôlé, maîtrisé, et qui nous font la démonstration chaque année qu'eux, ils savent ce que c'est qu'un outil, et qu'ils considèrent l'IA comme un outil. Donc ici, dans cette école, chaque année, on a un événement qui s'appelle la Maker Week, où on met en relation les grands éditeurs Autodesk, Adobe, etc., avec des projets à impact. qu'on vient sourcer chez HOK, Singa, etc. Et les élèves ont l'occasion, pendant cette semaine de l'impact, de transformer une techno en livrable à impact pour une boîte ou une organisation qui en a besoin. Et c'est là que je vois les projets, puisqu'il y a une production énorme, il y a 90-100 projets qui sont faits, et quand je regarde les projets, je vois que l'IA est à sa place. Donc ça, c'est fait d'un côté. De l'autre côté, on a des jeunes étudiants qui nous arrivent du bac, et là... Bon, on a beaucoup de questions on va dire, c'est-à-dire qu'effectivement on a l'impression d'avoir une perte de repères dont on se demande comment on va parvenir à la compenser Or, là la vision éducative elle est simple j'avais écrit un papier il y a quelques années sur le sujet pour une revue spécialisée mais je réitérerai quasiment les mêmes termes c'est que notre intelligence humaine dans sa meilleure forme, disons, c'est une capacité à relier des points qui sont dispersés dans un espace, un paysage. Et cette mise en relation, elle nous permet de regarder les yeux dans les yeux, de deviner la pensée qui est la tienne, de la comparer et d'arriver à construire une pensée commune, un monde commun, etc. Pour moi, l'intelligence, c'est ça. Et c'est vrai qu'on le porte avec notre culture, notre langue. L'enjeu, il est premièrement, d'abord... de dire, en fait, vous êtes déjà intelligent, équipé, etc. Ne vous laissez pas prendre cette intelligence qui est encore en gestation par des machines qui arrivent avec des résultats ou des réponses toutes faites, bien faites, sans doute mieux faites du point de vue du cadre formel de l'école. Donc le sujet, là, tout de suite, pour les nouveaux élèves qui arrivent, c'est de leur dire, ne prenez pas la réponse de l'IA, soyez la réponse à l'IA, soyez en... responsabilité, c'est ce mot clé de réponse responsabilité.
- Eric
Qu'est-ce qui va rester intangible dans la manière d'éduquer ces jeunes qui arrivent ? Qu'est-ce qui ne changera pas dans cette recette dans dix ans par rapport à aujourd'hui ?
- David
C'est précisément ce que je disais à l'instant, c'est-à-dire, quand on regarde ce que c'est que l'intelligence ou notre intelligence collective, ce qui fait société chez nous, Ce sont les choses qu'on va regarder à 10 ans, à 20 ans, à 30 ans, c'est-à-dire quelle est la société dans laquelle on a envie de continuer à évoluer, quelles sont les valeurs ou les choses qu'on veut défendre. C'est ce qui va nourrir la projection que les étudiants vont avoir, donc leur vision, donc leur intentionnalité, etc. Tout le sujet, c'est d'arriver à dire, bon, qu'est-ce que c'est qu'un beau design, qu'est-ce que c'est qu'une campagne marketing ? C'est pas simplement persuasive mais aussi convaincante, qu'est-ce que c'est qu'un bon développement, un bon code, et voilà. Donc c'est le faire, donc agir, le bien faire, agir conformément à des codes formels que les humains apprécient de partager ensemble, et faire avec sens, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on porte derrière comme intentionnalité, si on ne fait pas les trois, il y a un truc qui ne va pas bien se passer. On va garder cette dimension-là, cette dimension métier. Derrière chaque métier, pour aller jusqu'au bout de ma pensée, il y a une vision du monde. Derrière chaque manière de faire, il y a une vision du monde. Il faut être capable de l'incarner et de justifier cette manière de faire au regard de cette vision du monde.
- Eric
Ça veut dire que finalement, dans dix ans, quand vous allez avoir des nouvelles promotions d'étudiants, vous aurez toujours cette mission, suivant le métier, suivant l'application, suivant le champ d'application, le paysage que tu disais tout à l'heure, de... permettre à ces étudiants d'avoir une représentation, une intentionnalité par rapport à ce paysage en tant qu'ingénieur, en tant que marketeur, en tant que développeur, et donc d'avoir cette représentation de l'utilité et de ce qui est réussi dans ce métier, et donc de replacer les outils, alors le digital, l'IA, comme une manière de produire du beau dans cette représentation du monde, pour une entreprise ou pour une organisation. Et donc finalement... Le « why » , le « pourquoi on fait les choses » , celui-là, il faudra toujours l'inculquer, cette prise de hauteur. Et c'est les outils pour y aller qui vont changer, effectivement, avec des gains de temps énormes qui changent la donne. Parlons de ta responsabilité vis-à-vis du corps professoral. Ça ne doit pas être facile non plus de gérer ce tsunami qui arrive. Est-ce que tu sens toi, ton corps professoral Digital Campus qui prend cette vague ? Plutôt avec envie, plutôt avec appréhension, comment tu ressens les choses ?
- David
Nous, on a un corps professoral qui est essentiellement constitué de professionnels en activité. Donc, ils ont intégré les pratiques de l'IA assez rapidement. En tout cas, ils ont une posture qui professionnellement les oblige à prétendre en être capables. Donc, ça, c'est un premier point. En fait, moi, j'ai une démonstration assez simple. quand mes élèves font et font bien. Je regarde le résultat de ce qu'ils produisent et qu'ils ne viennent pas dans mon bureau pour me dire que les profs sont à côté de la plaque. C'est que les profs font correctement le travail. Sinon, j'entendrai tout de suite qu'il y a une dissonance. Et ça, pour moi, c'est une preuve de bon fonctionnement. Maintenant, je nuance quand même. On a accompagné dès janvier 2023, donc exactement un mois et demi après l'annonce de ChangeGPT par OpenAI. Et on a fait beaucoup, beaucoup, beaucoup d'ateliers. On s'est posé beaucoup de questions avec les intervenants à l'école pour voir comment on repatouillait les cours, comment on repensait les compétences à partir de l'arrivée de ces outils qui simplifiaient tout. Donc, nous, notre travail, ça a été de rendre obligatoire la pensée, autour de la compétence augmentée avec l'IA. Donc, on les a inscrites dans la structure des syllabies, comme on avait inscrit auparavant la question de la RSE dans la structure des syllabies. Donc, en fait, on l'a écrit en dur dans nos matrices système, de façon à confronter chacun à cette question-là. Donc, c'est un accompagnement qui est collégial, en quelque sorte, professionnel, et qui dit qu'est-ce qui va trancher, c'est l'éthique du professionnel ou l'éthos professionnel de chacun. qui doit permettre de trancher sur si c'est un bon usage ou un mauvais usage. Le dernier point, c'est que les facilités qu'on pouvait avoir avec les QCM, avec les devoirs faits à la maison, sur ordinateur, etc., c'est terminé. On est obligé de reprendre soit des vieilles méthodes, soit de mettre en place des outils plus sophistiqués pour tenter d'évaluer la connaissance qui est à l'intérieur du cerveau et pas celle qui est au bout des doigts.
- Eric
Tu m'offres une transition, une deuxième partie de cette conversation qui est Et maintenant qu'on a un peu le décor, et ce décor qui est complètement bouleversé par l'IA, comment rediriger les activités de Digital Campus à l'intérieur des limites planétaires et aussi donner du sens aux activités pour les étudiants ? Ça fait quatre ans que tu as remis la feuille de route CEC en 2022, à la fin du parcours. Donc peut-être, est-ce que tu peux nous donner quelques exemples d'actions qui ont pu être menées ? de levier de redirection du côté de ton organisation. Finalement, qu'est-ce que ça a changé, la CEC, pour toi et pour Digital Campus ?
- David
Déjà, première chose... Ce qui est très important, c'est de dire merci à tous ceux qui étaient là, à toute l'organisation pour ce formidable moment de transformation, de prise de confiance en soi, de sens du collectif vraiment extraordinaire. Et je ne l'oublierai pas, je le redis parce qu'il est encore vivant en moi. Le sujet ne m'était pas du tout étranger. Je pense que le premier truc que j'ai écrit sur le sujet, c'était en 96. Donc, j'ai baigné aussi dedans, mais j'ai quand même pris la claque et j'ai quand même pris le soutien des uns et des autres. Et donc, ça, c'était fabuleux. La deuxième chose qui était importante, c'était que je me disais, bon, j'ai envie de le faire, mais je ne sais pas vraiment comment le faire parce que je n'avais pas d'impact, médias, etc. Et on a conceptuellement trouvé des mécaniques, notamment l'impact au carré. Tous les jeunes que nous formons vont avoir un impact. dans leurs entreprises plus tard. Et ça a été le déclic et on s'est dit ok, on doit penser comme ça. Le deuxième point, c'est qu'on ne forme pas des ingénieurs, on n'est pas une grande école. Donc on a des élèves qui n'ont pas le bagage intellectuel ou scientifique pour faire tout le parcours top-down en comprenant ce que c'est que les gaz à effet de serre, etc. et toutes les limites planétaires. Donc on ne pouvait pas passer par là. Donc ça, il y a eu un blocage académique en quelque sorte. On n'a pas le temps. O n n'a pas les ressources, et on n'a pas le public. Donc notre premier choix, ça a été de dire, de faire ce qu'on a toujours fait, apprendre en faisant. Donc il fallait outiller les étudiants avec les leviers de mesure d'impact intégrés dans les outils qu'ils utilisent au quotidien. Et c'est ce qu'on a fait, c'est qu'on a construit des petits ateliers, il y a quand même un minimum d'éducation académique pour comprendre de quoi on parle. Et puis ensuite, on a déployé des ateliers avec des cas réels, des entreprises. On a poussé les exercices en disant qu'est-ce qu'on fait pour réduire l'impact du poids de l'image, du calcul, comment on travaille le code et ainsi de suite. On est finalement parvenu à produire un référentiel complet. en travaillant avec l'ARCOM, l'ARCEP, l'ADEME et en récupérant tous ces éléments-là. Et comme ça, c'est un truc qu'on sait faire, construire ce référentiel. Et aujourd'hui, les étudiants sont équipés en fin de cycle d'un outil d'auto-évaluation d'impact de leur projet qui leur enseigne et qui leur permet d'avoir une mesure de leur impact. Donc ça, c'était mon souhait ultime, c'est que non seulement ils sachent tomber un business plan, un cahier des charges techniques, etc., mais aussi de prévoir la mesure d'impact. Nous, c'est vraiment la. RSE au sens social et environnemental, puisque l'impact social du digital est énorme.
- Eric
Bien sûr. C'est top parce que finalement, c'est intégré dans les outils, cette vigilance impact. Est-ce qu'il y a d'autres leviers que vous avez activés ? Je ne sais pas, au niveau peut-être des étudiants, du corps professoral, ou même dans vos modes de fonctionnement, où finalement, ce référentiel, vous l'êtes appliqué à vous-même ?
- David
Bon, je vais... Notre levier principal c'est quand même de faire beaucoup beaucoup beaucoup de projets réels et 80% de nos projets réels sont des projets issus de portés par des gens qui ont envie d'avoir de l'impact donc il y a un point très important qui est un des points les plus difficiles à craquer comme on dit aujourd'hui dans l'éducation c'est que je ne peux pas orienter toute l'éducation en disant nous sommes une école écolo voilà ça ne passerait pas et c'est un message qui peut pas passer on peut pas dire non plus on cherche à être plus utile ou moins dépensé de ceci, voilà. On le dit quand même mais ça ne peut pas être affiché comme ça. L'important, c'est de faire venir des humains dans l'école qui portent des projets, qui ont des visions très variées, très diverses de ce qui est utile, bon, juste, beau, etc. Et en revanche, de s'attacher à ce qui n'est pas uniquement une attente égoïste ou financière de résultat. Et donc, c'est en croisant ces regards Ça a l'air de rien, mais c'est un gros boulot. Croisant ces regards avec ceux des étudiants, en les amenant à regarder en même temps dans la même direction que ces porteurs de projet, qu'on leur donne cette capacité à se dire « Ah bah oui, c'est utile. Ah bah oui, je suis utile. Ah bah oui, je suis capable de faire ça. » Oui,
- Eric
c'est un peu comme une boussole. Une boussole de discernement pour ces futurs citoyens qui vont être actifs dans l'économie.
- David
Exactement. Le souhait ultime de l'éducateur, c'est qu'à la fin d'un projet, quand il est terminé, que le porteur de projet, le bénéficiaire, comme on l'appelle chez nous, et les étudiants qui ont travaillé pour ce bénéficiaire, puissent ensemble regarder le résultat en considérant le progrès qui a été fait, réaliser le bénéfice, et que l'adéquation entre les deux, qui est notre résultat le plus haut. Donc c'est les tips. Ce qu'on a par rapport à ça, c'est beaucoup de projets, beaucoup de gens qui viennent de l'extérieur raconter comment ça se passe à l'extérieur, ce que c'est que le réel, ce que c'est que la vie qui est difficile pour certains, les injustices, les choses à réparer, etc. C'est eux qui le portent et on apporte la solution.
- Eric
Ça me donne envie de revenir sur quelque chose que tu as évoqué tout à l'heure, c'était l'Impact Week, je ne sais plus exactement. La Maker week, Tu parlais de projets aussi en lien avec des associations ou des projets à impact sociétal, où finalement le digital et l'IA étaient mis au service de ces projets. Est-ce que tu peux nous donner quelques exemples de projets qui t'ont dit, tiens là, je sens qu'on est dans le vrai, et justement, cette boussole décisionnelle donnée aux étudiants, tu sens qu'elle s'applique justement au bénéfice de la société ?
- David
J'ai un bon exemple, je vais vous donner celui-là, parce que c'est le grand prix de l'année dernière, enfin de juin 2026. C'est Ashoka qui nous avait confié comme projet de les aider à produire une veille dans leur domaine. Donc Ashoka, je rappelle, c'est une association qui accompagne des projets à impact à grande échelle.
- Eric
Il se trouve que je suis fellow Ashoka. J'étais choisi par Ashoka, donc j'ai fait partie des 80 en France qui sont suivis par Ashoka. Donc on peut les remercier ici.
- David
Les étudiants ont d'abord interviewé les gens d'Ashoka sur quel type de sources de données ils cherchaient, etc. Et puis ensuite, ils leur ont construit une veille automatisée accessible sur leur téléphone pour chacun, configurable, ainsi de suite. Ils ont fait ça en deux ou trois jours. Et les remerciements d'Elsa Dacosta et de son équipe après ça. Ils étaient merveilleux parce qu'on sentait que c'est quand même tendu de mener des associations, d'aller chercher des fonds, de faire tout ça. Donc on n'a pas le temps, on n'a jamais le temps de faire ce genre d'outils. Et ils avaient l'impression qu'ils avaient changé de vie. Évidemment, j'exagère un peu, mais en tout cas que leur quotidien allait complètement être transformé par cet outil. C'était fait, c'était là, c'était utile. On pourrait décliner l'exemple sur d'autres cas, mais ils ne viennent pas à l'esprit tout de suite. mais cette libération du temps, des capacités, de l'intelligence. pour faire ce qu'on se lève le matin en tant qu'associatif, en tant que meneur d'un projet Impact. Voilà, ça crée ce genre de satisfaction. Je remercie encore Elsa pour son sourire.
- Eric
Un clin d'œil à Alessa D'Acosta, qui aussi prend la parole très souvent pour le monde associatif en France. Donc, merci à elle, merci à Ashoka. Je te propose de creuser une idée que tu as évoquée. C'est cette idée, finalement, tu as dit Digital Campus. On ne veut pas s'afficher comme une école de l'écologie ou de l'impact. On est d'abord là pour donner des compétences, des savoir-faire, une vision du monde à des étudiants dans le domaine du digital, de l'IA, pour qu'ils fassent des choses. C'est ce que certains philosophes appellent une écologisation de la société. C'est-à-dire qu'on ne sépare pas l'écologie d'un côté et le monde réel de l'autre. on dit comment on vient donner une boussole pour prendre des décisions qui remettent dans les limites planétaires, qui sont bonnes pour la société, mais qui sont finalement appliquées à tout type de projet. Est-ce que tu peux nous dire quelle tendance tu vois sur ce phénomène ? Ou ça s'intègre dans le cursus sans que ça soit plaqué ? Quels seraient les conseils que tu pourrais donner ?
- David
J'adore cette question. C'est vraiment la plus belle question du philosophe, technologue et de l'éducateur dans la technologie qu'on puisse avoir. C'est une question de design aussi. La question de design, c'est une question de quelle est la finalité et quels sont les moyens. Le ratio entre le bénéfice final, les moyens employés, l'énergie. La première question du designer, c'est presque la question d'Heidegger, c'est pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Et pourquoi y a-t-il plutôt rien que quelque chose ? Est-ce que je peux ne pas faire ? Est-ce que c'est vraiment utile ? Est-ce que ça va vraiment apporter quelque chose ? Quand on commence à bouger des masses... de la matérialité, etc. et avoir de l'impact, la première question, c'est pourquoi je ne ferais pas plutôt rien ? Et c'est une question très compliquée dans le monde dans lequel nous sommes. Est-ce qu'on est capable de faire en autonomie ? Est-ce qu'on est capable de faire la première pièce, la deuxième, et jusqu'à la totalité de l'ensemble du système que l'on va produire pour répondre à une question ? Donc ça, nous, on l'explore dans la pédagogie en disant, Tiens, alors... On a un projet, je voudrais un indicateur qui permet de mesurer l'impact carbone de tous les déplacements des étudiants, entre chez eux et l'école, chez eux et l'alternance, etc. Comment on fait ? Donc il y en a qui arrivent en disant c'est formidable, Google trace tout le monde, donc on met ça, on met les datas de Google dans le système, on va chercher le référentiel de l'ADEME. C'est génial Google, parce qu'il sait si t'es en bus, en trottinette ou à pied, puisque tout ça, ça se calcule. Et donc, la donnée est là, on a tout. Le petit truc qu'on a perdu au passage, c'est qu'effectivement, on a filé toutes les données à Google et on a perdu de l'autonomie, on a gagné en facilité, super. Et puis, quand on a essayé de faire la même solution, mais cette fois-ci en faisant super gaffe à la donnée, etc., on a vu que c'était beaucoup plus compliqué. Donc, peser le coût de l'autonomie d'un côté et le coût de la perte d'autonomie de l'autre, Donc, une des tendances qu'on a en ce moment, je vais prendre le sujet de l'IA et je pense que c'est un des plus intéressants, et c'est dans la suite de la question sur l'Europe et qui nous sommes en Europe. Il y a des choses que j'ai dites dans l'interview mais que je n'ai pas relevé complètement. La première, c'est la question de la culture. Je la remets ici et ça a l'air d'être un gros mot quand on parle d'IA. Mais en fait, quand on se pose deux secondes sur le sujet, ce mimétisme... de l'agent IA, de la machine, de l'algorithme versus ce que nous produisons, compris que les IA calculés à partir de ce que nous avons déjà produit, ce mimétisme va se substituer ou il risque de se substituer à ce qui fait notre culture. Donc ce qui fait cette capacité que nous avons de relier les points ensemble, etc. Dans notre langue maternelle, avec la littérature... Oui,
- Eric
donc il peut nous tirer vers le bas.
- David
Complètement, il peut nous enlever tout ça, il peut nous déshumaniser littéralement. Et sans qu'on le voit vraiment. Je pense que là, il y a un vrai sujet de préoccupation. Voilà le premier point. Le second point, c'est qu'on va faire de l'IA. Très bien. Dit von der Leyen, dit tout le monde, il faut en faire. Parce que productivité, machin, on poivre. Qu'on reste à niveau par rapport au reste du monde. Il faut le faire. Et puis, la piste, c'est qu'on aimerait bien le faire. Mais il ne faut pas que la valeur parte chez les Chinois. Ou que déjà parte chez les Chinois. Et les euros chez les Américains. Donc, comment on fait, nous ? Et donc là, ce qu'on essaie de faire au niveau de l'école, c'est qu'on a créé un petit lab IA, on a acheté des machines américaines, je le concède, et on se dit, on va essayer de mettre du logiciel open source, libre dessus, et on va dire aux étudiants, regardez, bon, on mettrait un panneau solaire sur le toit, on alimenterait, on serait en quasi... En autonomie. pas complète, pas en autonomie mais en autarcie on va dire, c'est le mot peut-être plus adapté voilà, et donc juste dire un peu la manière d'un permaculteur on peut le faire avec une plus grande autonomie et ainsi de suite.
- Eric
Merci beaucoup. On approche de la fin de cette conversation. On est passé pas mal du côté de la philosophie. Quel message d'espoir tu voudrais nous proposer de là où tu regardes avec tous ces contacts avec la jeunesse et quand on voit un monde qui semble de plus en plus chaotique ? C'est quoi ta ligne directrice, ton message d'espoir que tu voudrais nous partager ?
- David
Paradoxalement, l'usage effréné des écrans, le fait, dans le mot écran, il y a une apophonie approximative avec écraser. Et donc, je crois qu'on s'écrase un peu là-dedans. Donc, on rétrécit nos dimensions, nos perspectives, nos manières de penser. Je pense qu'on est un peu dans une époque de transition par rapport à ça. Mon message d'espoir, et je pense à mes étudiants, qu'arrivé au bout de leur parcours, où ils se sont équipés, outillés, ils se sont mis en capacité de faire des choses, ils puissent relever la tête, sortir des écrans, regarder l'horizon et se mettre à marcher. Là, moi, aujourd'hui, le cadeau que j'ai envie de leur faire, je vais le faire d'ailleurs, c'est de leur offrir un beau sac à dos et d'oublier un peu ce qu'ils ont appris, ce qu'ils ont vécu et de se mettre en marche pour aller à la rencontre des autres. C'est mon petit côté amoureux de la littérature de voyage qui revient, mais je pense vraiment qu'il est absolument temps de faire son tour de France de compagnon du digital. Donc ils ont appris des tas de choses. Maintenant ils peuvent aider les autres. Une année sabbatique avant de rentrer en emploi, et mesurer ce qu'ils sont capables d'apporter au monde, le bénéfice tout de suite. C'est vraiment le message que je leur adresse et je pense qu'il y a beaucoup d'espace encore à conquérir, à franchir, à maîtriser pour se rapprocher des autres.
- Eric
On va se quitter sur cette pépite, les deux pépites qui ressortent le plus pour moi, c'est ce que tu viens de dire sur... Le Tour de France des compagnons de l'IA, c'est pas le compagnon IA, c'est les compagnons de l'IA qui en fait recréent du lien humain et remettent l'IA à sa bonne place. Et puis le deuxième, c'est à un moment donné, tu as parlé d'un concept qui est très important dans la CEC, qui est l'impact au carré. En fait, toutes les entreprises qui sont dans le conseil, notamment, beaucoup, beaucoup d'impact au carré vis-à-vis de leurs clients, qu'ils vont conseiller. Vous, dans l'éducation. Il y a plein d'autres exemples où en fait, on se rend compte que des entreprises ont un super pouvoir d'influence de la société, cet impact au carré et qu'il faut vraiment aller l'habiter, le stimuler. Et donc, c'est comme ça qu'on va pouvoir accélérer en route vers le cap régen. Merci beaucoup.
- David
Merci infiniment, Eric.
- Eric
J'espère que cet épisode vous a inspiré. Si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute. et en partageant l'épisode autour de vous. Vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Merci.