- Speaker #0
Bienvenue dans Histoire d'entrepreneur, le format bonus de 4 vers 3. Dans ces épisodes, mon objectif n'est pas simplement de vous faire découvrir une activité ou une entreprise. Je propose à des entrepreneurs de s'offrir un espace de temps. espace de visibilité différent, loin des discours commerciaux traditionnels. L'objectif est de mettre en lumière le parcours, les valeurs et la vision qui se cachent derrière une entreprise, parce qu'au fond, on choisit rarement un professionnel uniquement en pour ce qu'il fait, on le choisit aussi pour la personne qu'il est, pour l'énergie qu'il dégage et pour la confiance qu'il inspire. Ces épisodes sont donc une occasion de découvrir l'humain derrière l'entrepreneur, de mieux comprendre ce qu'il anime au quotidien et de permettre à davantage de personnes de découvrir son univers, son expertise et l'impact qu'il souhaite avoir auprès de ses clients. Alors ensemble, nous allons partir à la rencontre de femmes et d'hommes passionnés qui ont choisi de transformer mais ce qui les anime profondément en activités professionnelles. Et peut-être qu'au fil de ces échanges, vous découvrirez des parcours inspirants, de belles personnes à suivre ou à recommander autour de vous, et parfois même quelques clés pour avancer sur votre propre chemin. Pour ce deuxième épisode d'Histoire d'entrepreneur, j'ai le plaisir d'accueillir Adèle Zamblé-Bi, qui est psychologue. Bienvenue Adèle. Merci. Je suis particulièrement heureuse de t'accueillir ici au micro de Cap vers toi pour la deuxième fois, mais cette fois pour mettre en lumière ton activité et pour raconter l'histoire qui se cache derrière ton parcours entrepreneurial. Alors, peux-tu te présenter et nous présenter ton activité professionnelle ? Merci Laure,
- Speaker #1
c'est un plaisir, plaisir partagé d'être à nouveau à tes côtés et vraiment je t'en remercie. Je suis très heureuse de pouvoir parler du métier que je fais, qui me passionne, il me nourrit autant dans ma vie professionnelle que dans ma vie personnelle. Donc je suis psychologue clinicienne depuis 17 ans, diplômée de l'université de Paris V en psychologie clinique et psychopathologie. J'aime bien préciser que je suis clinicienne parce que c'est ce que j'aime particulièrement dans ce métier. Clinique signifie au chevet du patient, c'est cette pratique de soins au plus près de la personne. À côté de ce métier, je suis maman de deux enfants incroyables, qui m'apprennent à vivre ma vie au quotidien. Bon, j'ai un petit défaut, je l'avoue. Je peux être beaucoup dans ma tête, en quête de compréhension et de réponse sur le monde, plutôt que dans l'instant présent. Mes enfants me font un bien énorme. Ils me réapprennent à jouer, à être dans la légèreté. Et ils me rappellent l'essentiel. Si je fais ce métier, c'est pour accompagner vers un mieux-être. Alors, si moi-même, je ne... profite pas de ce qui m'est précieux, alors ça n'a plus vraiment de sens. Je suis avec mon mari depuis que je suis psychologue, donc 17 ans. Le couple est pour moi un lieu magnifique d'évolution et de vérité sur soi. Cette intimité partagée au quotidien fait que l'autre nous voit tel que nous sommes et non tel que nous aimerions être. On n'échappe pas au regard de l'autre, alors autant en faire un lieu où on se regarde réellement pour avancer plutôt qu'un endroit où on se dérobe. C'est une belle thérapie. A condition bien sûr que ce regard vienne de la tendresse amoureuse, sinon d'un lien toxique ou dysfonctionnel. Bon, je crois que vous l'aurez compris, mon métier déborde dans toutes les sphères de ma vie. Au fond, plus qu'un métier, c'est pour moi une manière d'être au monde. Et puis j'ai une règle d'or aussi, que je me suis fixée. Avant d'accompagner les autres, commencez par soi. C'est ce que disait Carl Jung. Le thérapeute ne peut conduire l'autre que jusqu'au point où il est allé lui-même. Alors j'ai un travail à faire sur moi en permanence pour pouvoir accompagner toutes les personnes qui viennent me consulter.
- Speaker #0
Ouais, merci infiniment pour ce partage sincère. J'ai justement envie de mieux comprendre le chemin qui t'a mené jusqu'ici. Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel ?
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Au départ, j'ai fait le choix de travailler en institution. Je voulais évoluer au sein d'une équipe pluridisciplinaire et j'avais à cœur de défendre l'idée d'un soin exigeant. Gratuit et accessible à tous. J'ai exercé pendant 9 ans en pédopsychiatrie au sein de la Fondation Santé des étudiants de France, ça s'appelle la FSEF. C'est dans les Hauts-de-Seine, au sein d'un service gratuit et anonyme destiné aux jeunes de 12 à 25 ans. L'objectif premier restait de soutenir la capacité du sujet à redevenir l'acteur principal de sa traversée. A la suite de la naissance de mes enfants, j'ai souhaité quitter la région parisienne pour un cadre plus souple. Fort de ces neuf années d'expérience institutionnelle, j'ai tenté l'aventure du libéral, qui me semblait permettre plus de liberté et de créativité tout en gardant au centre la pratique clinique. Donc je me suis installée d'abord à Bordeaux et puis aujourd'hui à Arcachon.
- Speaker #0
En t'écoutant, on sent à quel point ce métier est ancré dans une vraie conviction. Comment présentes-tu ton métier lorsqu'on te demande ce que tu fais ?
- Speaker #1
Je réponds que j'offre un espace de parole que la vie sociale ne permet presque jamais. Un lieu où tout peut être dit et entendu, et où l'on peut se montrer tel que l'on est vraiment, en toute confidentialité, dans un respect absolu et sans jugement. Prendre le temps de... parler et faire l'expérience d'être véritablement entendu, pas écouté distraitement, ce n'est pas d'abord une technique que j'applique à quelqu'un. C'est une écoute dans un cadre particulier. Bon, mon travail n'est pas de guérir au sens de réparer, comme si j'avais le savoir de la pièce qui manquerait à la personne pour aller bien. Mon travail est de me tenir auprès d'elle, de l'accompagner sur ce qui fait souffrance, de mettre des mots avec elle sur ce qui se joue en elle. de questionner, d'aider à remettre du mouvement là où il y a un blocage, une difficulté ou une impossibilité à avancer.
- Speaker #0
Et quand je t'entends, ton métier demande énormément d'écoute. Quelle différence fais-tu entre une psychologue et un autre praticien spécialisé dans la relation d'aide ? Finalement, quel est le super pouvoir du psychologue ?
- Speaker #1
Eh bien écoute, moi je crois qu'un des super pouvoirs du psychologue, c'est effectivement cette qualité d'écoute. Après, je pense que toute personne qui travaille dans la relation d'aide, c'est écouter. Ce qui fait la vraie différence à mon sens, c'est la nature de cette écoute et ce qu'elle vise. L'objectif de l'écoute du psy, c'est la compréhension, sans a priori et sans chercher à mettre tout de suite dans des cases. Le psy n'écoute pas pour juger ou conseiller ou trouver une solution immédiate. Il entend ce qui se dit, mais aussi les silences, les hésitations, les paradoxes. Et il a la capacité de rester auprès de la souffrance sans en avoir peur, sans se précipiter, pour assurer ou réparer. Là où socialement on peut fuir ce qui fait mal et donc dire des phrases telles que ça va aller, voilà ce que tu dois faire. L'autre grande spécificité... du psy pour moi c'est l'alliance thérapeutique, la relation elle-même et le moteur du changement. Une présence authentique, une empathie profonde et c'est ce que Carl Rogers appelait la considération inconditionnelle. La considération inconditionnelle c'est accueillir l'autre exactement tel qu'il est sans jamais le juger. Et franchement ne pas juger est bien plus difficile qu'il est pareil. Parce qu'il faut déconstruire toutes nos idées reçues. et nos habitudes devenues des certitudes. Et c'est loin d'être humain, ça fait.
- Speaker #0
Y a-t-il autre chose ? D'autres techniques particulières, spécifiques aux psychologues ?
- Speaker #1
Écoute, le psychologue, il peut avoir plein d'outils. Des techniques comme l'EMDR, la PNL, la TCC, la thérapie des schémas, thérapie systémique. Tu vois, il y a plein de trucs. Mais avant de proposer une technique aussi aidante soit-elle, il est important, en tout cas selon moi, De comprendre quel pourrait être le meilleur levier pour la personne qui consulte. Plutôt que de proposer le même outil à tout le monde, pour moi ça demande de l'humilité de réorienter vers d'autres praticiens quand c'est au plus juste pour le patient. Il y a donc l'écoute qui est le socle, mais il y a aussi l'art de poser des questions et de se placer comme un tiers réflexif. Je ponctue la parole, je fais résonner un mot, j'introduis un écart, un pas de côté depuis lequel la personne peut s'entendre. se voir. C'est créer l'espace où quelqu'un peut penser. Une question bien posée agit comme une clé. Elle invite à interroger ses propres certitudes sous un angle inédit. Ce n'est pas une question qui pousse à se justifier, mais qui ouvre un espace qui déplie la pensée. Elle aide à mettre des mots sur des non-dits, comme par exemple « qu'est-ce qui se joue pour vous ? » derrière cette colère. Et puis, elle peut éclairer les paradoxes sans les juger, comme par exemple Comment cette situation qui vous fait souffrir peut aussi vous protéger ? Et on tente de faire émerger le savoir que la personne porte déjà en elle, sans le savoir. Bien posé au bon moment, dans un cadre sécurisant, une seule question peut faire basculer une perspective, lever un blocage et remettre le sujet en mouvement. C'est l'art de faire advenir la vérité du patient par sa propre parole.
- Speaker #0
C'est fascinant cette idée de la question comme clé. Du coup, Adèle, quelles sont à toi tes approches ?
- Speaker #1
Écoute, moi, venant de Paris 5, c'est avant tout une approche plutôt psychanalytique. Mais en fait, moi, j'ai surtout envie de me définir comme une approche intégrative. Intégrative, c'est-à-dire que tu prends les approches de plusieurs écoles, de plusieurs courants de pensée pour en faire ton approche. Et donc, ces différentes approches, celles que j'aime bien, c'est l'approche systémique, l'approche de Palo Alto. J'aime bien aussi l'approche psychogénéalogique. Et puis, j'aime aussi l'approche des neurosciences. Je trouve que c'est passionnant. Ça nous explique comment notre cerveau fonctionne. Donc, voilà. Et puis après, c'est moins des approches, mais c'est des courants comme la psychologie humaniste existentielle que je trouve passionnant, qui met vraiment l'humain au centre de son parcours de soins. Donc, c'est avant tout une approche intégrative.
- Speaker #0
Ok. Et donc, si tu devais résumer tout cela en une phrase, sur... qui tu es en tant que psychologue, laquelle choisirais-tu ?
- Speaker #1
Écoute, moi, j'aurais envie de dire que je suis une empêcheuse de tourner en rond. Bon, bienveillante, bien sûr, évidemment.
- Speaker #0
Tu es donc une empêcheuse de tourner en rond bienveillante, j'adore. À qui t'adresses-tu principalement à travers tes accompagnements et quels problèmes aides-tu principalement à résoudre ?
- Speaker #1
Grâce à ma spécialisation. En psychologie clinique, je reçois des personnes en souffrance psychique. Les raisons peuvent être très diverses. Ça peut être des blessures traumatiques, comme malheureusement des viols, des abus, des violences, des troubles psychiques, et ça peut aussi être des plaintes psychosomatiques, des plaintes, tu sais, dans le corps, mais qui n'ont pas de cause médicale, ou un mal-être plus défus. Certaines viennent aussi dans des moments de bascule, choisis ou subis, comme des désirs d'enfant, devenir parent, un déménagement. une rupture, un deuil. Ou aussi autour des questions du lien à l'autre. Ça peut être dans le couple, avec les enfants, avec ses parents, avec ses amis, même avec ses collègues. Et certaines personnes viennent tout simplement pour un travail introspectif sur elles-mêmes. J'ai également fait une spécialisation en périnatalité qui me permet d'accompagner des personnes et des couples ayant un désir de grossesse, durant la grossesse et dans les premiers temps de l'enfant. Devenir parent, c'est une période souvent bouleversante qui mérite, je trouve. Une attention particulière. D'ailleurs, tu te souviens, je te le raconte de manière plus personnelle dans l'épisode 6 du podcast Cap vers toi.
- Speaker #0
Oui, je me souviens. C'est jamais vraiment simple d'aller voir un psychologue. Et du coup, qu'est-ce qu'il fait selon toi que les personnes franchissent le pas ?
- Speaker #1
On vient généralement me voir lorsque la souffrance persiste, s'aggrave ou se répète malgré tous les efforts déjà fournis. C'est souvent le moment où les symptômes finissent par entraver le quotidien, quand l'angoisse, la tristesse ou certains mécanismes de défense deviennent si lourds qu'ils empêchent par exemple de travailler sereinement, d'aimer pleinement, parfois même qui empêchent de dormir ou d'être simplement en lien. Il y a des choses qu'on ne peut pas confier ni à un ami, ni à un parent, ni à un conjoint tout simplement parce qu'ils sont impliqués émotionnellement. Ils cherchent naturellement à vous rassurer ou à vous conseiller et sans le vouloir ils orientent. Les réponses. Et parfois, ils ne peuvent tout simplement pas accueillir cette souffrance. Et ce n'est pas par manque d'amour, c'est parce que ça peut être trop dur pour eux. C'est là la spécificité du psy. Accueillir l'affect sans avoir peur, le laisser être vécu pleinement sans être submergé ou accablé. Et c'est ce qu'on appelle l'empathie. Pour répondre peut-être plus précisément à pourquoi se tourner vers moi plutôt qu'une autre ou un autre psychologue, Je répondrai par le retour de... que mon fait, mes passions, ma douceur et mon implication authentique. Surtout, j'aimerais juste rappeler, consulter, c'est toujours une rencontre. Et le plus important, c'est d'abord de se sentir suffisamment à l'aise avec la personne qu'on a en face pour pouvoir tout lui raconter. Et que ce professionnel soit dans une déontologie et une éthique de non-jugement, de respect de votre dignité et de votre liberté surtout.
- Speaker #0
J'aime dire que derrière chaque entrepreneur se cache une histoire. Quelle est celle, toi, qui t'a conduite jusqu'à ce métier ? Est-il né d'une évidence ou s'est-il construit progressivement ?
- Speaker #1
Écoute, c'est né avant tout d'un besoin de comprendre. Besoin de comprendre ce qui pousse l'être humain à commettre le pire ou au contraire à aider l'autre au PL de sa vie. En fait, comprendre pour mieux naviguer dans ce monde parce que quand j'étais enfant, je pouvais me sentir un peu perdue entre tous ces adultes dont je ne comprenais pas très bien les comportements. J'avais beaucoup d'incompréhension, un sentiment d'étrangeté face au comportement humain, ce qui est, je dois bien dire, un peu encore parfois le cas aujourd'hui, d'une certaine manière. Et puis, enfant, je ne voulais pas devenir adulte. Je crois que j'aimais mon innocence et je savais déjà qu'elle était précieuse. Puis le déclic est venu au collège en cours d'histoire, tu sais les cours d'histoire sur la seconde guerre mondiale avec Hitler. Et comment, sacrée question, comment Hitler est devenu l'homme qu'il a été ? Pourquoi autant d'hommes l'ont-ils suivi ? Pourquoi certains ont fui, d'autres sont restés ? Certains ont collaboré, d'autres ont résisté ? Nous avait fait lire à l'époque, je me rappelle très bien La mort et mon métier de Robert Merle, qui retrace la fabrication d'un bourreau. par l'obéissance et l'abdication de toute conscience morale. Ce livre m'avait vraiment passionnée et en même temps il m'avait aussi remplie d'effroi. Il explique très bien comment on peut faire de la mort son métier. Il explique comment cela devient possible mais restait quand même à l'intérieur de moi une sacrée question est-ce qu'il aurait pu faire autrement ? Voilà, c'est en cela que j'ai choisi la psychologie pour cultiver mon libre arbitre, affiner la perception de moi-même et apprendre tout ce qui a déjà été découvert sur l'humain. Et le but, c'était de mieux comprendre et d'être en capacité de discernement plus juste. Pour moi, on n'est pas que le fruit de notre éducation. Nous avons une conscience qui peut nous défaire de ce qui nous a fait souffrir pour ne pas répéter la même histoire. J'ai eu mal, donc je fais mal. J'ai été dominée, donc je domine. J'ai été privée de pouvoir, donc je prends le pouvoir. Bon, c'est que ma vérité sur ça, mais en tout cas, c'est le chemin que j'ai choisi et qui m'anime chaque jour. Donc, ce métier de la psychologie, quelque part, oui, une évidence. C'était le métier qui me semblait pouvoir le mieux répondre à mes questions. Donc, dans un premier temps, je l'ai fait par besoin et par curiosité personnelle, par quête de sens. Puis, c'est au travers de mes études que j'ai découvert vraiment le métier. Donc, la psychologie, c'est un champ de connaissances qui nourrit et qui m'amène chaque jour à confronter ma... recherche de justesse dans l'accompagnement que je souhaite proposer parce que je veux qu'il soit au plus juste pour la personne qui le reçoit.
- Speaker #0
Et avec le recul, quel fil conducteur relie ton histoire personnelle à ton activité aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je crois que le fil conducteur, c'est la compréhension. Avec l'idée que la compréhension permet de se libérer. La souffrance qui existe dans toute vie agit comme des œillères. Elle peut nous empêcher de prendre la direction au plus proche de nos aspirations. Bon, je précise. La souffrance dont je parle, il y a celle qu'on peut accueillir comme la perte de quelqu'un qu'on aime et puis il n'y a rien à faire, c'est juste douloureux. Puis il y a une autre souffrance, celle qui vient des blessures, de manques, de rejets, d'abandons, d'injustices, celle qui nous font agir de manière impulsive ou répétitive ou irrationnelle, qui nous fait prendre des choix qui ne nous conviennent pas ou même qui peuvent nous faire du mal. Spinoza disait que nous sommes esclaves de ce que nous ne comprenons pas. Ces blessures, tant qu'elles restent obscures, nous traversent et nous déterminent de l'extérieur, comme une cause qu'on n'a jamais identifiée. Elles nous font vivre en réaction plutôt qu'en action. Et une souffrance comprise cesse d'être purement subie. Elle devient un peu plus nôtre et puis ça dessert l'emprise de cette souffrance.
- Speaker #0
Quelles sont les valeurs qui te guident au quotidien dans ton travail ?
- Speaker #1
Les valeurs, c'est la liberté. Le respect, la dignité humaine, en gros, c'est les piliers de l'éthique du psy. C'est aussi pour ça que j'aime ce métier.
- Speaker #0
Alors, tu as déjà jusque-là dit beaucoup de choses, mais là, est-ce qu'il y a une philosophie qui t'est propre au-delà de ton métier ?
- Speaker #1
Écoute, moi, je dirais la philosophie de la liberté. Par exemple, la liberté dans mon couple qui pourrait prendre la forme d'un amour qui ne cherche pas à posséder l'autre. La liberté dans ma vision du soin qui prend la forme d'un respect profond pour la diversité des accompagnements. La liberté dans mon accompagnement au patient qui prendrait la forme d'un respect de son libre arbitre. Et puis dans mon quotidien, ça pourrait être celle d'une curiosité de la différence.
- Speaker #0
Et à l'inverse, qu'est-ce que tu refuses dans ta pratique ?
- Speaker #1
Alors moi, vraiment, ce que je refuse, c'est la prise de pouvoir sur le patient. Ça m'agace. Une personne qui vient consulter est souvent dans un moment de fragilité. C'est justement parce qu'elle doute qu'elle est en recherche. qu'elle vient chercher l'aide. Et cette vulnérabilité crée une asymétrie assez naturelle. On donne à celui qui écoute une forme d'autorite, parfois même sans s'en rendre compte. Mon rôle, c'est surtout pas de décider ce qui compte pour quelqu'un, mais de l'aider à retrouver sa propre voix, même fragile, même hésitante, étouffée par des années de doute sur elle-même. Un accompagnement juste ne rend jamais quelqu'un dépendant de moi. Il fait justement l'inverse. Il lui redonne la capacité de faire ses propres choix, avec ses propres critères. et s'en remettre de moins en moins à quelqu'un d'extérieur pour savoir ce qui est juste pour elle.
- Speaker #0
Donc maintenant, on va passer dans le concret. Si on veut venir te voir, Adèle, où peut-on te trouver ? Écoute, dans mon cabinet,
- Speaker #1
cachant, en visio ou en présentiel. Donc ça, c'est vraiment le cœur de ma pratique. Et puis, je propose aussi depuis peu des séances de walking therapy. Donc ça, c'est vraiment en présentiel, il n'y a pas le choix. C'est une thérapie qui est apparue au milieu des années 2000. Bon, le principe, il est très simple, il est dans l'énoncé. C'est une thérapie qui se déroule en marchant. Voilà, on est côte à côte, on n'est plus face à face. Et parfois, ça permet une parole plus fluide. Et puis, il y a le mouvement du corps. On marche. Et ça, ça peut mettre aussi l'esprit en mouvement. Ça peut aider à réguler le stress, à apaiser les ruminations et aborder certaines difficultés sous un angle différent. Puis aussi, il y a les ateliers que je crée pour les femmes, comme les nouveaux ateliers que je vais faire qui s'appellent Présence à soi. C'est un cycle de quatre séances pour celles qui traversent un épuisement émotionnel et psychique. Un temps pour souffler, se relier, se remettre en contact. d'elles-mêmes, sont des espaces plus collectifs, portés par la même intention qu'en individuel, permettent d'être profondément soi-même au-delà des rôles et des images. J'accompagne aussi d'autres professionnels, j'anime des groupes d'analyse de pratiques, j'assure des supervisions. Puis aussi, j'aime beaucoup transmettre, donc j'enseigne. Et j'adore les questions des étudiants qui me ramènent souvent à des évidences que j'avais cessé de questionner.
- Speaker #0
Quand les personnes... On vient de te voir, on s'est souvent sur des accompagnements plutôt longs. Et donc après tout ce chemin fait avec toi, qu'est-ce qui change chez les personnes que tu as accompagnées ?
- Speaker #1
Écoute, sacrée question. Parce que les problématiques des personnes qui viennent me consulter sont très différentes. Et donc les changements qu'ils peuvent ressentir vont être multiples. Parfois ça peut être une rupture amoureuse. Et puis parfois c'est une réconciliation, le changement. Parfois c'est un changement de travail et parfois c'est plutôt une reprise ou parfois un arrêt de travail. Parfois c'est l'arrivée d'un enfant ou parfois c'est la décision d'un IVG. Et à d'autres moments c'est un apaisement des symptômes, l'acceptation d'une réalité douloureuse ou parfois le choix de faire appel à la justice. Et c'est bien là je crois ce qui change vraiment. Pas tant la situation extérieure, même si elle change souvent aussi. Mais le rapport que la personne entretient avec elle-même au moment de choisir. Elle prend sa décision en sachant pourquoi, avec ce qu'elle est vraiment et non plus avec ce qu'une blessure ancienne exigeait d'elle. Il n'y a plus une bonne direction, il y a la direction qui enfin lui appartient.
- Speaker #0
Elle reprend pouvoir sur elle-même.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Y a-t-il un souvenir qui te reste particulièrement ?
- Speaker #1
Ce n'est pas facile de choisir parce que j'ai plein de souvenirs de mes patients. Mais voilà, un souvenir très mignon, c'est une petite fille de 8 ans qui, à la fin du rendez-vous, me prend dans ses bras et me dit « Je m'aime maintenant, depuis que je viens de te voir et que tu écoutes pour de vrai ce que je dis. » C'est magique ! Ah oui, c'est magique ! Donc voilà, pourquoi cet exemple ? Parce que déjà, ça m'a beaucoup émue. Et puis parce que ça montre en fait la force juste d'être. entendue. Et voilà, parce que ça me permet aussi peut-être de vous transmettre à vous qui écoutez qu'être entendue par ses parents, la personne qu'on aime, un ami, un patron est un geste simple qui répare qu'on peut tous faire. Beaucoup de souffrances peuvent venir du sentiment de ne pas être important pour l'autre. Et quand vous prenez le temps d'écouter vraiment la personne en face de vous, vous lui envoyez un message qu'elle a de la valeur.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te touche le plus au fond dans ton métier ?
- Speaker #1
Ce qui me touche, c'est vraiment de voir l'apaisement des personnes au fur et à mesure des séances. Quand elles finissent par ne plus être dans un jugement sévère et intransigeant vis-à-vis d'elles et qu'elles s'aiment de manière plus apaisée. Accepter de ne pas être parfait, de ne pas tout savoir, de se tromper. Surtout quand l'intention est simplement d'essayer ou de trouver sa voie pour soi et pas contre les autres.
- Speaker #0
Au-delà de ton activité, quel message souhaites-tu transmettre ?
- Speaker #1
Que chaque personne est précieuse, qu'elle n'a pas à demander l'autorisation d'exister, à qui que ce soit. Et je souhaite à chacun et chacune de prendre sa place. Nous en avons tous une autour de cette terre. Peu importe votre histoire, peu importe ce qui vous a été dit et la façon dont on vous a aimé, vous avez de la valeur. et une place dans ce monde.
- Speaker #0
Si tu avais une baguette magique, qu'est-ce que tu aimerais faire évoluer dans ta profession ?
- Speaker #1
Mais en fait, j'ai envie de répondre à ta question au sens large. Ce que j'aimerais voir évoluer dans le domaine de la santé, c'est l'interdisciplinarité. J'ai un profond respect pour la diversité des accompagnements. C'est une différence de nature, pas de valeur. Beaucoup de praticiens apportent une méthode, une technique, un outil précieux. J'aime l'idée d'un parcours de soins où la personne peut consulter différents praticiens selon ce qu'elle a besoin. à un moment donné dans son chemin. Et donc c'est pour ça, depuis un an, j'ai rejoint un label qui s'appelle Samed, S-A-M-E-D, comme Samed, ce lamed. Et ça promeut les pratiques de soins non conventionnelles par un encadrement clair. Le constat, il est assez simple, ces pratiques sont en forte croissance et le manque de cadres peut générer parfois des dérives, malheureusement. Et Samed a créé son label pour offrir un repère fiable et transparent aux praticiens comme au grand public. et garantir un accompagnement encadré, sécurisé et bienveillant, hors d'un champ médical conventionnel, parce qu'il y a déjà toutes les conventions qui sont claires, avec des prérequis de formation d'expérience et une application stricte de la déontologie. Et c'est cette exigence professionnelle et éthique qui m'a vraiment donné envie de faire partie de Samed. Donc faire évoluer mon domaine, pour moi, ce n'est donc pas défendre une approche contre une autre, c'est construire les ponts, les cadres qui permettent à chaque... personne de trouver l'accompagnement qui est le plus juste pour elle.
- Speaker #0
Et justement, en parlant d'idées reçues, quelle idée reçue aimerais-tu déconstruire ?
- Speaker #1
Alors là, je dévie, enfin je change par rapport à tout ce que j'ai dit. Là, je vais parler d'amour. Ce que j'aimerais déconstruire, c'est que l'amour pourrait être un problème. On peut venir voir un psy en voulant guérir de cet amour qui a fait tant souffrir. Comme si notre capacité d'aimer pouvait être le problème. Mon travail... Je vous le dis, il ne sera jamais d'amputer cette capacité d'aimer, bien au contraire. Il sera de faire en sorte qu'elle ne meure pas avec le récit qui l'a recouverte, avec la relation qui l'a blessée. Et tenter d'empêcher que la souffrance est le dernier mot. Je ne peux pas guérir quelqu'un de ce qu'il a vécu, mais j'œuvre pour que sa capacité de vivre, d'aimer, de désirer, de se lier ne s'effondre pas. en proposant justement un espace où ce qui est vivant en la personne ne soit pas enseveli avec sa peine.
- Speaker #0
Oui, merci. Vive l'amour ! Vive l'amour ! On arrive à la fin de cet épisode Histoire d'entrepreneur. As-tu des projets pour les prochains mois, Zelle ?
- Speaker #1
Évidemment, plein ! Mais il y en a un qui me tient particulièrement à cœur. Et il sera avec toi, ce projet, lancé un podcast. Ce projet pour moi, c'est un prolongement de ma pratique et en même temps, j'y mets une touche plus personnelle. Je sors du cadre de la neutralité pour tenter de répondre à des questions. En cabinet, j'accompagne des personnes qui souffrent souvent d'un cadre devenu trop étroit, de croyances héritées, de rôles qu'on leur a assignés, de certitudes qui ne leur appartiennent plus, mais qu'elles portent toujours. Et mon travail est souvent de remettre du mouvement là où il y avait de la rigidité et en ouvrant le champ des possibles. Donc le podcast, j'ai envie de l'appeler « déstructuré » , qui va dans cette même idée. Et si nos certitudes n'étaient pas des vérités, mais des angles de vue ? Et si accepter de se déstructurer un peu, de se remettre en question n'était pas se perdre, mais se remettre en mouvement et trouver une structure plus souple ? Il y a autre chose qui m'anime dans le fait de créer un podcast, faire du lien. Là, je ne suis plus dans l'intimité d'un entretien à deux, mais dans le partage au plus grand nombre. Et si ce podcast peut aider à se questionner pour mieux se comprendre, afin qu'une bonne connaissance de soi-même amène une plus grande acceptation de l'autre dans sa différence, alors j'aurai le sentiment d'avoir fait ma petite part de colibri. Le monde, je crois aujourd'hui, souffre d'un manque de lien et de douceur dans les liens. Et si, c'est ma conviction, la compréhension de soi, était l'une des clés pour se relier.
- Speaker #0
Merci. Merci infiniment de ta confiance pour ce projet qui va sortir très bientôt pour octobre. Pour finir, si toutes les personnes qui nous écoutent devaient retenir une seule chose de cet échange, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Oh, ma liberté chérie !
- Speaker #0
Merci. Merci Adèle pour cet échange. Ce que j'apprécie particulièrement dans l'histoire d'entrepreneur, c'est cette possibilité d'aller au-delà de l'activité elle-même pour découvrir le parcours, les valeurs, les expériences qui ont façonné un projet professionnel. Et là, dans cet épisode aussi, aller découvrir un métier. qui est la psychologie, qui peut être un peu floue pour certains. Et donc là, tu as mené aussi de la clarté sur ce métier. Donc, merci. Aujourd'hui, tu n'accompagnes pas seulement des personnes en difficulté, tu les aides à retrouver un espace de parole libre, à se comprendre plus profondément et parfois même à se réconcilier avec elles-mêmes. Et oui, je te rejoins cette idée, cette conviction que la compréhension de soi est l'une des clés pour se relier. Je suis totalement d'accord avec ça. Alors, si cet épisode a fait écho à ce que vous vivez, n'hésitez pas à contacter Adèle pour découvrir son accompagnement. Et si cet échange vous a plu, pensez à le partager autour de vous. Peut-être connaissez-vous un proche qui pourrait bénéficier de l'accompagnement d'Adèle. Après tout, les plus belles découvertes se font souvent grâce à une recommandation. Et parfois, un simple partage peut être le point de départ d'un vrai changement. Et si vous êtes entrepreneur, indépendant ou porteur de projet et que vous souhaitez vous aussi mettre en lumière votre activité à travers votre parcours, votre histoire, je serai ravie d'en discuter avec vous. A très bientôt pour une nouvelle histoire d'entrepreneur. Adi Ausha ! Adi Ausha !