- Speaker #0
Pourquoi est-ce si difficile de croiser, d'écouter, de s'inspirer de ceux qu'on ne connaît pas ? Pourtant, tant de femmes et d'hommes inconnus portent en eux des histoires puissantes, capables de raisonner en nous et de nous transformer. Hello, moi c'est Laure, passionnée par ces récits de vie et par cette quête de sens qui anime tant de personnes aujourd'hui. Alors non, je ne suis pas une experte, mais une exploratrice, guidée par ces rencontres qui me font tant vibrer. C'est l'envie de créer du lien au-delà des cercles habituels qui a donné naissance à Cap vers toi. Un podcast où je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu un moment de bascule, cet instant clé qui nous pousse à choisir, ou pas, de changer de trajectoire pour se réveiller ou se révéler. Alors, cap ou pas cap de te laisser inspirer par ces âmes que tu n'aurais peut-être jamais vues ? jamais croisé autrement. Es-tu prêt pour la rencontre du jour ? C'est parti ! Bienvenue dans ce nouvel épisode de Cap vers toi. Cet épisode, nous aurions dû l'enregistrer il y a plusieurs mois déjà. Nous avions passé près de deux heures ensemble en visio pour échanger sur son histoire et puis rien, comme si ce n'était pas le moment. Aujourd'hui, c'est le moment. le moment pour Lucie de venir partager au micro de Cap Vertois son histoire et les messages qui lui tiennent profondément à cœur. Ce qui me fascine chez elle, c'est sa façon de regarder le monde. Là où beaucoup s'arrêtent à ce qui est visible, elle perçoit toujours quelque chose de plus grand, de plus profond, de plus beau. Et quand je découvre son histoire, je comprends que ce regard ne s'est pas construit par hasard. Dans sa vie, plusieurs coups de téléphone ont marqué des tournants. à 20 ans Ici, c'est la gendarmerie, vous allez écouter ce que je vous dis et suivre mes instructions. À 28 ans, maman s'est suicidée. Et à 34 ans, c'est fini, elle est partie. Je crois sincèrement qu'une saison entière de Cap-Vertois pourrait lui être consacrée, parce qu'à travers son parcours, il y a des dizaines de messages qui mériteraient d'être entendus. Mais aujourd'hui, elle a choisi d'explorer une question qui nous concerne tous, tôt ou tard. Comment voir une épreuve en opportunité ? Alors je suis très heureuse de t'accueillir aujourd'hui au micro de Cap Vertois, Lucie. Bienvenue.
- Speaker #1
Merci. Merci Laure.
- Speaker #0
Nous sommes enfin réunies pour enregistrer cet épisode. Comment tu te sens ?
- Speaker #1
Heureuse, comme curieuse. Enfin, c'est quelque chose de léger, comme une petite enfant qui va avoir un cadeau. C'est rigolo. Et puis d'être là avec toi, qui est une amie. enterré, on va dire, il n'y a pas d'inconnu. Donc c'est plutôt confort.
- Speaker #0
Merci. Donc j'aimerais qu'on commence cette conversation en explorant quelques phrases importantes pour toi que tu m'as partagées quand on a préparé cet épisode et notamment celle-ci. « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien » . Qu'est-ce que cette phrase veut dire pour toi ?
- Speaker #1
Elle me prévient de suppositions, de choses que je pourrais imaginer en regardant le monde, en regardant les personnes avec qui je discute, en interprétant des moments du quotidien. Pour éviter ce biais qui fait qu'on se raconte des histoires et qui vont générer derrière de l'anxiété ou des fausses idées. Et que non, en fait, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il y a dans la tête de l'autre. Je ne sais pas ce que vit l'autre. Je ne sais même pas ce que moi, je vais vivre dans deux secondes. Si je reçois un nouveau coup de fil, voilà. Donc, sortir du mental, voilà, et juste vivre.
- Speaker #0
Avoir cette conscience-là, qu'est-ce que ça t'a permis pour toi dans ton parcours ?
- Speaker #1
Alors, ça me permet, déjà, je le dirais au présent, parce que ce n'est pas quelque chose que j'ai intégré, c'est quelque chose que je me répète régulièrement, parce que les pièges de s'y poser, de s'imaginer les choses, de se raconter des histoires sont toujours là. Il y a deux manières de le voir, de moi à moi. Ça me permet d'avoir une grande confiance, c'est-à-dire que je n'ai pas de prise sur ce qui peut se passer. Donc, ce n'est pas la peine d'aller essayer de contrôler. Je suis d'une nature plutôt contrôlante de ma construction. Et en fait, ça me rappelle que ça ne sert pas trop à grand-chose de faire des plans sur la comète et d'aller imaginer trop loin parce qu'au final, je ne sais pas. Donc ça m'amène de la légèreté, de la confiance et de me dire « Ok, vas-y, avance. Le scénario, de toute façon, il est écrit. Ce n'est pas toi qui vas le faire. » Et vis-à-vis de l'autre, ça me permet aussi d'être beaucoup plus facilement dans ce que est en train de vivre l'autre. dans ce qu'il peut se passer chez lui, pour lui, pour elle. Et donc, de ne pas être dans la réaction, moi, de choses qui peuvent se dire entre nous dans un échange ou de choses que je peux capter parce que je capte un regard, du non-verbal, quelque chose que j'entends. Enfin, voilà. Donc, vraiment d'être juste là et de ne pas être dans mon mental.
- Speaker #0
Et du coup, ça m'amène à une autre phrase que tu m'as partagée. La beauté est partout où tu choisis de regarder. Est-ce un choix que tu as toujours fait ou quelque chose que les épreuves t'ont appris ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas si c'est les épreuves, mais clairement, c'est le chemin de vie. Parce que je ne me rappelle pas avoir grandi en me disant « la vie est belle, tu peux choisir de voir la vie de cette manière » , etc. Non, non, c'est vraiment quelque chose qui est arrivé à force de développement personnel. Mais c'est vrai que c'est plus une conclusion de Zira. OK, donc on subit, on peut subir. Il y a des épreuves dans la vie qui arrivent et qu'on ne choisit pas. Il y a des réactions qui arrivent émotionnelles qu'on ne choisit pas. Et donc, au bout d'un moment, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que juste on subit et donc on part très vite dans le négatif ? Ou est-ce qu'on peut avoir un moyen d'action ? Et c'est vraiment là où j'ai choisi de regarder. C'est mon moyen d'action. Dans ma réaction, on va dire primaire au niveau de l'émotion, je sais que je vais avoir du mal à choisir, donc je l'accueille. Et derrière, c'est qu'est-ce que j'en fais ? Est-ce que je reste dans cette émotion difficile, négative, ou comment je peux la transformer ? Et donc, en reculant encore, en prenant une position encore plus méta, de dire, OK, donc, il est arrivé ça, clairement, c'est quelque chose. de négatif. On pense toujours quand il y a une épreuve difficile, je vais parler après des épreuves positives aussi, mais une épreuve difficile, on va de suite penser au triste, à la colère, à l'injustice, à tout ce que ça génère de négatif. Mais si on regarde ça de plus large, c'est qu'est-ce que cette épreuve va me permettre de traverser, qu'est-ce qu'elle va m'apporter en fait en compréhension. J'aime bien la pratique bouddhiste ou du moins ce qu'il propose et de dire que tout est enseignement. Et donc là, c'est dans cette épreuve, qu'est-ce que je vais venir apprendre ?
- Speaker #0
Et du coup, ça me ramène à cette troisième phrase que tu aimes bien. Merci pour les transitions qui sont plutôt faciles avec toi. Tu aimes bien cette phrase, tu n'es pas ce qui t'arrive, tu es ce que tu en fais. Et qu'est-ce qu'elle raconte de ton parcours ?
- Speaker #1
Alors, ça me rassure que les transitions soient fluides parce que du coup, je me dis que je suis quelqu'un de cohérent. Je prends une manière de penser. Moi qui peux me disperser, partir dans tous les sens. Cette phrase, effectivement, parce qu'on a très vite fait de se définir par ce qu'on va traverser dans la vie. Et donc, typiquement, si je parle de moi, mon parcours de vie, entre un à vingt ans, quand on se retrouve à devoir aller, enfin à devoir, à choisir d'aller. régulièrement en prison pour soutenir quelqu'un qui nous est cher. Quand à 28 ans, on perd la personne qui nous est la plus chère au monde, enfin voilà, originellement parlant. Quand en 34 ans, on perd une amie qui laisse deux petits-enfants derrière. On a vite fait de se faire la courcie de se dire que la vie est dure, la vie est injuste, la vie est difficile, et donc d'être dans quelque chose de triste, très simplement, d'anxiogène. Et du coup, de peur de ce qui va arriver demain, de vivre dans quelque chose de très anxiogène, c'est vraiment ça qui me vient. Et donc, après avoir vécu là-dedans pendant des années et de voir que ça ne m'aidait pas du tout, donc j'avais plutôt tendance à partir vers quelque chose de gris, en fait, je vivais avec un voile gris. Au bout d'un moment, je me suis dit, après plusieurs coups de pelle, on va dire, de descendre, à chaque fois tu as l'impression que tu touches le bas, et puis non, il y a une nouvelle chose, un nouvel événement qui fait que, en fait, tu as l'impression de ne plus avoir cette spontanéité, plus de joie. Donc j'ai beaucoup fait aussi de développement personnel qui passait par des stages, par des cercles de femmes, des choses comme ça, donc qui m'ont amené beaucoup de positifs, mais qui derrière ne réglaient pas plein de questions. En fait, c'était positif quand j'y étais dedans, sauf que ça ne réglait pas ma vie au quotidien. Et donc, déjà, j'ai commencé par la première chose, ça a été de me foutre la paix. Cette première phrase qui m'est venue un jour de dire, ok, bon, mais fout-toi la paix, arrête de chercher. Arrête de réfléchir, parce qu'en fait, plus je réfléchissais, plus j'analysais et plus ça maintenait ce climat anxiogène. Donc la première chose, ça a été de me foutre la paix, de dire OK, lâche tout ça, lâche la personne plus évoluée que tu dois être pour être plus heureuse. Je lis beaucoup ça. Donc j'ai lâché ça, parce que tous ces enseignements, toutes ces pratiques, c'est acquis. Une fois que tu les as compris, c'est acquis, c'est bien. Ce n'est pas pour autant que tu vas les incarner de suite. Et donc, si tu ne les incarnes pas, tu te juges. Et donc, si tu te juges, ça rajoute une couche. Donc, je me suis dit, OK, fous-toi la paix, autorise-toi à vivre comme quand tu avais 15 ans, 20 ans, et juste à t'amuser, à profiter de la vie. Et donc, j'ai repris des activités, renouer une vie sociale, on va dire, plus basée sur... J'assume à 40 ans celle que je n'aurais pas assumée d'être à 20 ans. Par contre, je veux le même fun, quoi. Et donc, ça m'a fait beaucoup de bien, ça, d'une part. Et derrière, ça m'a permis de prendre un petit peu du recul. recule avec cette situation et de dire « Ok, il est où mon pouvoir d'action là-dessus ? Ce n'est pas possible de subir une vie. Je ne suis pas ok. Je ne suis pas ok tout simplement parce que mon parcours de vie fait que j'ai une maman qui a subi sa maladie toute sa vie. Alors, elle l'a subie tout en se battant, donc pas tant que ça. Mais au final, le chapitre, le dernier chapitre, ça a été le suicide. On en a parlé au début. Moi, je n'ai pas envie de ça. Je n'ai pas envie que ce soit mon dernier chapitre. Donc, il est où mon pouvoir d'action là-dedans ? Et donc, ça a été de dire, OK, mais j'ai envie de voir les choses autrement. Toutes ces choses que j'ai apprises dans des stages, dans mes lectures, dans mes enseignements, voilà, je veux qu'ils me servent à voir la vie autrement. Je choisis de voir la vie autrement. Et ce n'est pas se dire... Tu fermes les yeux sur ce qui se passe, tu ne te sens pas concernée par ce qui se passe dans le monde, les guerres, les malheurs. Mais bien sûr que si, je me sens concernée. Non, je ne me sens pas concernée d'ailleurs. Je suis pleinement consciente du malheur qui existe dans le monde. Mais ça sert à quoi, en fait, de m'y relier ? Moi, ça ne m'apporte rien de positif. Et si ça ne m'apporte rien de positif, je ne vais rien amener de positif autour de moi. Donc, je vais revenir à cette phrase de Gandhi qui a été la première qui m'a marquée, c'est « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » . Moi, j'ai envie que le monde rayonne, donc j'ai envie de rayonner. Et pour rayonner, je choisis de voir le positif partout où je peux. Et donc aujourd'hui, chaque épreuve qui m'arrive, c'est OK, j'encaisse, je me laisse le temps, les jours, les semaines qu'il faut, mais derrière, c'est OK, j'en fais quoi ? J'en fais quoi de positif ? Et voilà. Pourquoi je dis que tu n'es pas ce que la vie t'amène, mais comment tu choisis de le traverser.
- Speaker #0
Oui, merci. Tu parles d'enseignement, de pratiques qui t'ont beaucoup aidé. Donc, on reviendra après sur ce qui t'a aidé, toi. Là, aujourd'hui, on l'a compris, tu as eu plusieurs coups de téléphone qui ont changé ta vie. Là, avec du recul, comptent-ils tous en commun ? au-delà de l'événement lui-même ? Qu'est-ce qui t'ont permis ? Alors, tu as déjà répondu un petit peu, mais est-ce que tu aimerais rajouter quelque chose ?
- Speaker #1
On revient à cette conscience que tout peut basculer dans la minute qui suit. Et juste cette conscience-là, voilà. Et de ne pas se projeter dans ce que ça peut générer à l'intérieur, qui là va être anxiogène, non, de dire, voilà, rien n'est acquis, on ne sait rien, et tout peut basculer. Et ça, je pense que pour vivre, pour relativiser, pour... Prendre la vie du bon côté, je pense que c'est essentiel d'avoir ça à l'esprit.
- Speaker #0
Merci. J'aimerais qu'on aille un peu plus explorer, si tu es OK. La femme que tu étais avant, ce que j'entends, c'est une femme peut-être qui subissait les événements de la vie. Donc, qui étais-tu à ce moment-là et quelle femme es-tu devenue aujourd'hui ? Tu veux commencer par quoi ?
- Speaker #1
On va le prendre de manière... chronologique parce que la vie est un chemin en avance. Donc, disons que je suis une enfant très introvertie, très timide, très hypersensible et débordée par mes émotions. Je n'avais pas du tout de méthode pour dépasser ces émotions qui me submergeaient au quotidien. Je ne passais pas un jour sans pleurer. Si on me parlait, si quelqu'un autre que mon cercle très étroit de la famille me parlait, je rougissais, j'étais mort de trouille, je ne savais pas comment réagir. En fait, tout me paraissait insurmontable en termes d'émotions. Et mon seul moyen de réconfort était ma mère. Clairement, c'était ses câlins, sa sécurité. Sa sécurité étant le cadre de la maison. Mon père travaillait, comme à cette époque, tous les papas très actifs, une maman à la maison, au foyer, qui du coup représente tout ça. Et donc voilà, très peu confiance en moi, sans conscience de ça, mais de toute façon, à l'époque, je ne me posais pas de questions. Donc, grosse blessure du rejet, très compliqué de me faire des amis. Alors, dans mon école, avec ceux avec qui... Les copines avec qui j'ai grandi, on va dire que ça a été quand j'arrive à l'école à 3 ans, jusqu'à l'âge de 7 ans, ça va parce qu'on grandit ensemble et qu'on se découvre. Et puis pour des raisons professionnelles, à 7 ans, je change d'école pour suivre ma mère qui reprend un emploi et qui ouvre un magasin. Du coup, je me retrouve à changer d'école. Et là, j'arrive dans un univers où je suis la nouvelle. finalement, je ne connais rien, je ne connais personne, je ne connais pas les lieux. Donc, je me retrouve dans une posture très inconfortable. Et là, je me sens complètement livrée aux autres. En fait, j'ai l'impression que les autres tiennent ma vie entre leurs mains. Donc, en fait, je passe les années qui suivent à subir. « Ouais, t'es ma copine, t'es pas ma copine. » Comme on peut être très injuste quand on est enfant. J'ai grandi en ayant peur d'être dans un groupe. Donc j'y vais parce que je suis attirée par le groupe. Par contre, derrière, je trinque terriblement. Et puis même à la maison, en fait, j'ai un grand frère et une grande sœur. Une grande sœur qui part quand j'ai huit ans de la maison parce qu'elle est interne. Donc très vite, je me retrouve qu'à mon frère, dont je recherche toujours la présence, mais qui me fait vivre un enfer. On est comme chien et chien, on se dispute tout le temps. En fait, j'ai l'impression que je grandis avec un univers où tout n'est que désagrément, difficile de trouver de la joie, si ce n'est avec des animaux ou auprès de ma maman ou d'amis quand ça se passe bien quand même. Je passe des bons moments quand même avec les autres. Mais voilà, c'est quand même compliqué. Donc, j'arrive après, je passe l'adolescence, je me construis. Le collège a été très difficile, une période difficile. Et puis j'arrive au lycée, c'est un peu plus facile parce que je me rends compte que physiquement, j'ai un atout, je ne suis pas trop repoussante. Donc tiens, j'ai une nouvelle manière de faire venir les autres à moi, autant filles que garçons, parce que du coup, tu peux rentrer dans des groupes, tout ça. Donc j'essaie de me construire de cette manière-là. Bon voilà, ça a les effets que ça a. Je ne gagne pas en confiance en moi, ni en estime de moi. Bon, par contre, j'ai des amis, j'ai des connaissances, j'ai des petits copains. Voilà, mais ça continue comme ça. En gros, je dirais que jusqu'à, je rencontre donc mon premier copain, puis qu'il laisse place à celui qui deviendra mon mari, qui est Fabrice. Et en fait, finalement, je reste la fille pas sûre de moi, qui vit, qui a intégré la vie de mon mari, ses amis. Je sais très bien être la personne qu'on attend que je sois. Voilà, donc je m'adapte aux situations. Tiens, je vois que mon copain aime bien quand je suis rigolote. Tiens, je vais me mettre à être rigolote. Tiens, mais là aussi, ça marche avec de l'humour. Donc, je rentre dans des groupes comme ça. Donc, je me dis, tiens, c'est bien. Voilà, là, par contre, il faut que je... Ah non, j'ai dit un truc un peu trop fort. J'ai râlé un peu trop fort. Tiens, on ne me parle plus pendant deux jours. Donc, ça, il ne faut plus que je le fasse. J'arrête. Bon, et je passe ma vie à m'adapter comme ça. Jusqu'au moment... Première étape, effectivement, à 20 ans, quand je me retrouve pour soutenir une personne que j'aime énormément et qui fait partie de mon cercle très proche de famille, je me retrouve à aller en prison moyenne une fois par mois. Du coup, ça m'oblige déjà à lâcher beaucoup de croyances, beaucoup de principes, de jugements, parce que la notion du bien et du mal dans mon éducation, dans ma vie, elle était très présente. Donc là, je me retrouve à soutenir quelque part le mal. sauf que je ne le conçois pas comme du mal puisque c'est quelqu'un que j'aime énormément donc tout se mélange et donc je me retrouve dans un univers carcéral où on voit de tout du coup tous les principes, toutes les croyances qu'on a tous les castes du coup elles n'existent plus et je suis juste là pour venir soutenir quelqu'un et je prends beaucoup sur moi parce que d'un côté je ne peux pas faire autrement c'est inconcevable que je fasse autrement. Ma place, elle est là. Mais du coup, ça me challenge beaucoup parce que ça me fait lâcher déjà... C'est vraiment la grosse épreuve qui me fait dire que le jugement, tous les grands principes, tout ce qu'on croit, la vie nous amène à tout lâcher.
- Speaker #0
Et juste cette épreuve-là, 20 ans, quel enseignement tu en tires ? Parce que finalement, c'était quand même contre-nature de ce que tu pouvais être jusque-là. Mais là, tu prends position, tu assumes cette envie de soutenir malgré les jugements. Quel est l'enseignement, là, 20 ans ? Parce que c'est le début de la femme que tu allais devenir quelques années plus tard ?
- Speaker #1
Oui, clairement. Clairement, je prends conscience que ce n'est pas tout blanc ou tout noir. Et que la vie, en fait, parce qu'elle te fait vivre, tu fais des choix qui ne sont pas toujours les bons. Mais en tout cas, que la personne en face, elle peut être toute autre chose que ce que tu crois qu'elle est. Ou alors, il peut y avoir une part d'ombre immense. Et cette part d'ombre, c'est le début de la psychologie, de ce qui m'intéresse. C'est pourquoi elle est là, cette part d'ombre ? Pourquoi il n'y a pas que la part lumineuse que moi, je voyais ? Voilà, d'où elle tient sa source et pourquoi, en fait ? Et comment on peut être et lumière et ombre ? Parce que pour le coup, cette personne-là, c'est vraiment ça. Pour moi, c'était quelqu'un de beau, c'était une figure paternelle. Et comment on peut être ça en même temps ? Et donc, ça va beaucoup m'amener à réfléchir, à me renseigner sur l'humain, sur la psychologie. Voilà, et 20 ans après, ça ne fait que continuer sur ce parcours-là.
- Speaker #0
Donc là, tu chemines 20 ans, cette première épreuve qui t'amène sur, finalement, le chemin de la femme que tu es aujourd'hui. Est-ce qu'il y a d'autres choses dans cette période que tu aimerais rajouter pour basculer sur qui tu es aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, le moment de bascule principal, je pense, celui qui m'a fait lâcher sur plusieurs années, qui m'a fait grandir vraiment, devenir femme, ça a été la mort de ma mère. La mort de ma mère sans cette possibilité d'être prévenue. Cette violence de tout d'un coup, ma grande sœur m'appelle pour me dire que c'est terminé, que ma mère n'est plus. C'est terrible. C'est terrible parce que là, je crois qu'avec la perte d'un enfant ou d'un être très cher, c'est vraiment le pire des événements qui jusque-là m'aurait fait dire que je n'aurais pas pu m'en relever. On m'aurait dit, tu vas perdre ta mère dans la seconde. Non, pour moi, c'était inconcevable. puisqu'elle était ma sécurité, elle était mon rock, elle était un exemple de je tiens bon face à la maladie, et malgré tout j'ai le sourire, je suis une force de la nature, j'ai de l'humour, je suis présente pour mes enfants, et du coup, encore une fois, beaucoup de choses s'écroulent, je suis obligée de lâcher, de survivre, donc ok c'est possible, du coup il faudrait écrire un monde sans elle. Sans elle et sans mon père, parce que ça a tout cassé. C'est vrai que ça a été une période compliquée. Donc, tu perds ta mère et tu perds ton père aussi, parce que ton père, il faut qu'il se sauve aussi, et qu'il a son univers à lui, et que son univers, du coup, pour l'instant, t'en fais pas trop partie. Donc, en fait, l'enfant en moi, là, est complètement déroulé. Sauf que la femme, c'était maman de deux enfants, et pour moi, j'étais encore une enfant, en fait. Et ça a été vraiment le début de « je deviens la femme » . Parce que je coupe le cordon, pour de bon, par la force des choses. Et je dois tout écrire. Parce que quand je ne sais pas faire en tant que maman, il n'y a personne pour me conseiller. Quand je ne sais pas faire en tant qu'épouse, il n'y a plus personne pour m'écouter. Et puis quand je ne sais pas faire en tant qu'amie, il n'y a plus personne pour me consoler. Donc voilà, j'écris un nouveau chapitre de ma vie de femme. Et là, vraiment, pour le coup, j'ai l'impression de naître. Que la femme naît à ce moment-là.
- Speaker #0
Merci, c'est beau. Dans cette épreuve qui est tellement triste, il y a aussi ce côté renaissance et c'est ça que je trouve hyper beau. Ok, tu deviens femme à... Tu avais quel âge ?
- Speaker #1
28 ans.
- Speaker #0
Donc Lucie devient femme à 28 ans. Et comment, du coup, tu évolues après ça ?
- Speaker #1
J'avance comme je peux. J'ai la grande chance dans cette épreuve d'avoir une fratrie. Je ne suis pas toute seule à vivre ça. J'ai mon frère et ma sœur de qui je suis très très proche. On parle beaucoup, on traverse ça ensemble. J'ai deux enfants qui ont à ce moment-là 6 mois et 4 ans qui ont besoin de moi et avec qui je dois avancer. Un mari qui, pour le coup, va être sacrément perturbé à partir de là. va être challengé parce que je deviens femme, donc je diffère de celle qu'il a connue jusque-là. Et grosse période d'adaptation pour lui, qui a duré quand même pendant des années, où moi je bouge et du coup il est obligé de bouger autour de moi, sauf qu'il ne sait pas comment faire. Donc il ramasse les pots cassés quand je ne suis pas bien, il découvre en marchant sur des oeufs quand je vais bien. et puis... Oui, il y a du positif, mais ça a généré beaucoup d'insécurité pour lui pendant des années, en attendant de voir que la femme que je suis devenue, c'est pas mal, c'est sécurisant pour lui, c'est un rock aussi. Et puis, je suis amenée aussi à refaire toute l'éducation de mes enfants parce que du coup, j'ai plus trop... Alors, c'est l'avantage aussi, c'est que quand on n'a plus trop les parents au-dessus pour donner leur avis, on écrit un petit peu l'éducation comme on... finalement, on a envie et pas comme on a connu. Donc, je découvre à ce moment-là la communication non-violente parce que mon deuxième, il n'est pas facile et que l'autorité, ça ne fonctionne pas. Donc, je découvre ce formidable mode de communication qui va énormément m'aider à moi dans ma vie, à communiquer avec les autres, à communiquer avec moi, à aider à écouter mes enfants différemment, à écouter mon mari différemment. Et ça, c'est pareil, c'est quelque chose qui va me suivre et qui aujourd'hui fait partie de moi et qui m'aide à vivre, en fait, à vivre bien avec moi et avec les autres. Il y a un sujet aussi important dans la chronologie dont je n'ai pas parlé, c'est que dans la grossesse de Maxime, donc quand j'étais enceinte de trois semaines de Maxime, donc je venais d'apprendre que j'étais enceinte, j'ai commencé à avoir des hémorragies qui ont fait que j'ai dû rester alitée jusqu'à l'échographie des deux mois et demi, où je suis allée jusqu'à la clinique pour passer. Passer l'échographie et puisque c'était la première fois depuis plus de deux mois que je sortais de la maison, on s'est dit avec Fabrice qu'après l'échographie, on allait fêter ça, faire un restaurant. Et puis, sauf que c'était trop, la voiture plus le restaurant. À la fin du restaurant, quand je me suis levée pour partir, une énorme hémorragie à nouveau qui est arrivée. Et donc, la hospitalisation derrière. Et puis, l'annonce qui tombe qu'il fallait que je me prépare et que c'était terminé et que j'avais perdu le foetus. Et donc là, ça a été terrible parce que pour moi, c'était le premier deuil que je vivais. Et donc, beaucoup de pleurs, 24 heures à se dire, bon, ben voilà, il va falloir faire avec ça, comment on se reconstruit. Voilà, certes, il n'a que deux mois le fœtus, mais on se projette, on se projette. Surtout quand on est déjà maman, on sait ce que c'est une première fois. Le deuxième, on écrit déjà tout à l'avance. Et puis vient un autre médecin de garde et qui, lui, me dit juste une phrase. Il dit, vous savez, moi, j'ai eu une patiente un jour. Elle a eu la même chose que vous, un hématome qui était cinq fois plus grand que le fœtus. Elle est restée tranquille, elle est restée allongée. Et puis, au bout de quelques mois, le fœtus a réussi à dépasser la taille de l'hématome. Et c'est le fœtus qui a écrasé l'hématome et non pas le contraire. Et en fait, en 30 secondes de discours, il m'a donné une bouffée. Et je me suis dit, c'est à ça que je vais m'accrocher. Voilà, c'est ça que je veux écouter. Et du coup, je suis restée alitée. Donc voilà, effectivement, le fœtus n'est pas mort de cette hémorragie. Il a tenu le coup dans le week-end. Et je suis restée allongée grâce à mon mari, qui a tout géré avec le grain et qui a été formidable, à mes parents et à mes beaux-parents, qui nous ont beaucoup aidés à l'époque. Et à quatre mois et demi de grossesse, à Noël, quand je suis allée passer l'échographie avec mon médecin qui m'avait dit qu'il fallait que je me fasse à l'idée que le fœtus était mort. était décédée, et bien en fait, elle m'a dit, écoutez, c'est formidable, vous êtes sorti d'affaires, il est sorti d'affaires, et vous pouvez reprendre une grossesse normale, recommencer à vivre, voilà. Et au final, j'ai mis naissance à terme à un petit bébé en pleine forme et qui aujourd'hui est un garçon pleinement épanoui et qui m'a amené encore beaucoup de joie et beaucoup de remise en question dans la vie. Et donc je me dis, si cette phrase de ce médecin n'avait pas été là à ce moment-là, voilà. Et si je n'avais pas choisi, si j'avais choisi de me raccrocher au scénario pessimiste plutôt qu'à celui qui était plus joli, je n'en serais pas là. Ça a été la première belle épreuve. Ce petit Maxime, il est né quand même six mois avant que ma mère m'ait fait un séjour. C'était important pour moi de l'avoir dans ma vie.
- Speaker #0
Merci. Les rencontres font que parfois, ça nous guide vers des choix, des décisions. Et là, en l'occurrence, ce médecin qui... Tu as partagé cette phrase qui s'est rattachée plutôt du côté de la vie par rapport à ta situation et l'autre médecin qui s'est rattaché plutôt du côté pessimiste de ta situation. Mais en fait, ça change tout. Et est-ce qu'aujourd'hui, on peut dire que finalement, être dans cette ouverture, être dans ce côté plus de la vie, dans les épreuves, ça porte en nous un élan différent ?
- Speaker #1
Alors oui, je vois ce que tu veux dire. Alors je dirais oui, mais en deux temps. C'est-à-dire que déjà de voir la vie du bon côté, ça envoie des bons signaux dans le corps. Je suis intimement persuadée que...
- Speaker #0
Les maladies viennent de choses non dites ou difficilement vécues ou d'autres choses mais qui sont entretenues par un mal-être. Je l'ai vu avec la maladie de ma mère pendant 25 ans de maladie. Donc à 35 ans, quand on a Parkinson, ça dure, ça dure et évidemment ça peut évoluer plus ou moins vite. Alors ça, ça fait partie aussi de mon fonctionnement. C'est que je ne me fie pas à la science, je ne me fie pas à ce que je peux lire, à ce qu'on peut me dire. Je me fie à mon expérience. Et pour moi, c'est la seule vérité. Alors j'ai du mal à l'expliquer, du coup, à la justifier scientifiquement parlant, mais c'est mon expérience et c'est ce qui fait mon intime conviction. Et donc j'ai vécu des années aux côtés de ma mère malade, mais qui par sa force de caractère a combattu la maladie d'une manière extraordinaire. Et il y a eu plusieurs étapes dans cette maladie, avec des longs séjours, elle revenait avec un nouveau traitement qui était difficile. Il y a eu l'opération du cerveau qui a été terrible, une épreuve terrible, avec derrière encore d'autres conséquences. Mais cette force de caractère a vraiment aidé jusqu'au bout, jusqu'au moment où il y a l'abandon, on arrête, ça ne vaut plus le coup de se battre. Et je l'ai vécu aussi, c'est-à-dire qu'au niveau de ma vie, je l'ai vécu pendant la grossesse de Maxime, comment je choisis de vivre la situation. Il y a eu, après cette hémorragie dont on a parlé, il y en a eu encore une autre. J'attendais un coup de fil professionnel. Disons que c'était une situation inconfortable, professionnellement parlant. Et il fallait un dernier coup de fil pour la passation, puisque j'étais en arrêt, j'allais être en arrêt pendant des mois. Je n'avais pas eu d'hémorragie depuis plusieurs semaines, en fait. Et puis, on avait un rendez-vous à midi ce jour-là pour s'appeler. Le téléphone sonne, je me lève et une hémorragie qui arrive. Et là, j'ai compris, en fait. Je me faisais tellement de sang d'encre. au sujet de ce coup de fil, de tout ce que ça allait me générer comme émotion. Voilà, l'hémorragie est arrivée. Ce sont des petits événements comme ça. Je faisais énormément d'angines quand j'étais jeune. Je pense que j'en faisais une par mois. Et puis petit à petit, j'ai appris à comprendre que les angines, c'était une expression du chakra de la communication. Quelque chose qui avait du mal à sortir ou du mal à avaler, quelque chose. Donc au fur et à mesure, je me suis dit bon... « Ok, là, je commence à avoir mal à la bûche. Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que je peux ne pas avoir exprimé ? Ou qu'est-ce qui s'est passé ces derniers jours ? » Et en fait, en conscientisant, en regardant tout ça, on arrive à envoyer d'autres signaux dans le cœur, dans le corps. Donc, voir la vie de manière positive, ça fait du bien. Et derrière, j'en viens à l'étape numéro 2. Ça fait du bien dans le corps. Ça amène une magie aussi. J'ai lu... plusieurs livres, bien évidemment, dans ma vie. Il y en a un qui m'a marqué, c'était le pouvoir du moment présent et le pouvoir aussi de l'attraction. Et en fait, je me suis rendue compte que quand on est dans quelque chose de beau, qu'on est tranquille, qu'on a confiance en la vie, que même s'il y a quelque chose de négatif qui arrive en suivant, en contre-cœur, en se disant « c'est pas grave, on a les capacités de le passer » , parce que ça aussi c'est important, c'est que j'ai l'intime conviction, de par mon expérience, que la vie Merci. nous amène des choses qu'on est en mesure de dépasser. Et que si on ne les dépasse pas, c'est qu'on choisit de ne pas les dépasser. Et c'est encore un autre chemin. Et donc, quand on part du principe que même s'il y a des choses difficiles qui arrivent, on va les dépasser et derrière il y a quelque chose de positif parce qu'on va la transformer, ça va nous permettre de comprendre des choses ou de grandir. Bizarrement, la vie est très simple. On fait des choix, des choix qui ne sont plus basés à partir de la peur, mais à partir de quelque chose qui nous fait vibrer, qui a du sens, qui est important pour nous. Et quand on prend des décisions à partir de là, on est dans la confiance de constater que les choses s'alignent super bien. Et plus tu as confiance et plus tu as raison d'avoir confiance et plus tu seras dans la confiance.
- Speaker #1
La vie n'est pas plus simple, mais en tout cas, on apprend de la vie d'une autre manière avec beaucoup plus de légèreté.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et on transforme. La vie est belle. Du coup, tu regardes différemment chaque chose, chaque objet, chaque personne.
- Speaker #1
Et donc, qui es-tu aujourd'hui, Lucie ? Comment tu te définirais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, il y a les définitions, on va dire, sociales des étiquettes. Je suis une femme de 44 ans, mariée, deux enfants de 20 ans et 16 ans, Jean et Maxime, mariée depuis 24 ans à Fabrice. Je travaille dans ce que je sais faire depuis toujours, c'est-à-dire la bureautique, l'accompagnement, l'organisation et gestion. Ça, c'est le côté social. C'est les étiquettes qu'on va me mettre. Donc qui je suis dans ça ? Je suis une maman aimante qui reçoit autant qu'elle donne ou qui donne autant qu'elle reçoit, on le dit dans le sens qu'on veut. Je me sens extrêmement chanceuse d'avoir eu les deux garçons que j'ai eus qui, chacun, sont tellement différents et m'apportent énormément. Et quand ils m'apportent, ce n'est pas un cadeau de la fête des mères, un petit clin d'œil parce que... Quand on a deux garçons, souvent les cadeaux, il faut la fête des mères en ce soit dessus. Non, ils m'apportent un cadeau dans leur manière d'être, dans ce qu'ils vont pouvoir me dire, leur questionnement, leur titillement, mais aussi leur joie, tout ce qu'ils peuvent traverser en fait. Ça c'est vraiment, je m'épanouis en tant que maman, j'ai la chance du coup d'être une jeune maman. Donc voilà, beaucoup d'amour là-dedans. Encore un peu de boulot, de boulot dans le sens, des fois c'est difficile d'être maman, c'est difficile de ne pas trouver les mots. ou d'avoir l'impression d'avoir les bons mots et que ce n'est pas reçu comme on voudrait. Mais en tout cas, une maman épanouie et très aimante. Et très aimée aussi. Une épouse, je dirais, très chanceuse. Parce que dans tout ce qu'on a traversé ensemble, on a mis en place un équilibre, un équilibre homme-femme qui est magnifique. Où chacun vit sa vie en faisant attention à ce que ça peut générer chez l'autre. Mais sans culpabilité, sans crainte, juste en prenant le soin de l'autre. Pas de privation. On vit des loisirs ensemble, mais aussi chacun de son côté. Des amis ensemble, mais aussi chacun de notre côté. Pas de jugement, un peu de peur, ça reste. Mais avec les années, ça continuera à passer. Je me dis qu'au bout de 50 ans, normalement, on devrait être plus que tranquille. Mais voilà, une épouse épanouie, équilibrée. Et ça, c'est encore un petit peu le côté social, on va dire, mais plus à l'intérieur. Et donc, pour venir vraiment de moi à moi, qui je suis. Je suis un bouillon d'hypersensibilité, mais hypersensibilité a un côté positif aussi, c'est-à-dire que je capte beaucoup de choses qui sont très riches pour moi, qui me génèrent beaucoup de réflexions. J'adore penser, j'adore réfléchir, j'adore analyser. Même si je dois me rappeler régulièrement que je dois me foutre la paix, parce que sinon je repars dans mes travers. Je suis pétillante, spontanée. J'adore la vie, j'adore rire. Je crois que le rire est ce qui me fait le plus de bien. Le rire des autres et le mien, de danser, de m'amuser. Les amis ont une grande, grande place pour moi. Je suis quelqu'un qui a su d'une peur de l'autre. Quand elle était petite, elle a transformé en une richesse. C'est-à-dire que je me nourris des autres, j'apporte aux autres. Et je crois que je suis très bien toute seule. Je me ressource toute seule. J'ai besoin d'être seule. Mais par contre, j'ai besoin d'être seule pour être moi et pour être mieux avec les autres. Et d'avoir réussi à trouver cet équilibre où j'ai besoin de mon moment seul. Et après, j'ai besoin d'être avec les autres. Parce que je sais qu'ils peuvent m'apporter et je sais que je peux leur apporter. C'est vraiment comme ça que je me sens complète.
- Speaker #1
Merci Lucie. Tu m'as partagé. qu'une vie sans épreuves, je pense que ça n'existe pas. Mais en tout cas, toi, tu y vois à chaque fois une chance d'évoluer. Pourquoi, d'après toi, nous avons besoin d'être secoués pour commencer à nous rencontrer vraiment ?
- Speaker #0
Alors, déjà, je dirais qu'on n'a pas besoin de souffrir pour grandir. Moi, mon expérience, c'est à partir des souffrances et des épreuves qui mettent un coup d'arrêt, en fait, dans la vie. Je crois que c'est ça, en fait. c'est que... La vie va très vite, la routine, le quotidien, et avec ça, les futilités. On rentre vite dans un jeu de l'ego, on se focalise sur des choses pas très importantes mais qui deviennent une priorité pour nous, on perd l'axe principal, le sens de la vie. Enfin, en tout cas, je vais arrêter de dire « on » , je vais dire « je » . Je sais que dans le quotidien, si j'ai pas des moments d'arrêt comme ça dans ma vie pour dire « stop » . Finalement, je continue, je suis quoi ? Je suis une femme qui n'a pas confiance en elle, qui continue à grandir avec des enfants qui grandissent et donc avec des peurs que je vais leur transmettre, avec mes craintes, ma culpabilité, tout ce que je peux amener finalement, puisque je ne me remets pas en question, je continue dans mes travers quelque part. et donc une épouse jalouse ou qui prive de liberté, une amie exclusive. Enfin, voilà. Je pense que naturellement, j'aurais eu tendance à pouvoir vivre comme ça. Sauf que chaque événement de ma vie m'a fait me remettre en question et me dire « ok » . Et sortir un peu plus à chaque fois de l'ego. J'y suis toujours, j'y serai toujours. Mais j'ai cette conscience quand même. Et de pouvoir se dire « parce que les épreuves m'ont obligée à mettre un coup d'arrêt dans ma vie à plusieurs reprises » . Maintenant, de pouvoir me dire « Ok, j'ai cette capacité-là » et de me dire « Ok, j'arrête, et là » . C'est une grande chance, c'est qu'à force de méditation, à force de réfléchir à la pleine conscience, de s'y entraîner, d'en faire quelque chose qui n'est pas naturel, de le rappeler tous les jours dans mon quotidien, maintenant, j'ai juste à me dire… Je pense à la conscience et là je m'arrête. Ok, c'est quoi le principal pour moi ? C'est quoi le sens de ma vie ? Qu'est-ce qui compte le plus pour moi ? Je me prends la tête avec mon petit parce qu'il fait des conneries, parce qu'il aime plus s'amuser que de faire attention à sa propre sécurité. Et il transgresse les règles parce que la vie sinon elle n'est pas fun. Et du coup, qu'est-ce que je fais de ça ? Il a envie, il est épanoui. Et ça, c'est ce qui est le principal pour moi. Et qu'est-ce que je peux en dire ? Il s'éclate, il a 16 ans. Et moi, je n'étais pas du tout épanouie à 16 ans. Mais lui, il a une belle vie. Et je prends des leçons de ça aussi. Alors bien sûr, il n'y a pas que ça. Il doit aussi prendre des leçons de nous et de ce qu'on a à lui apporter. Mais voilà. Et c'est chouette.
- Speaker #1
Oui, c'est chouette. Et donc là, on arrive tout doucement à la fin de cet épisode. Donc, si je reviens à la question comment voir une épreuve, une opportunité ? Quelle réponse là, tu aimerais apporter à cette question ?
- Speaker #0
Alors j'aime bien cette phrase d'Anne, jusqu'ici tout va bien. C'est tout va bien et quoi qu'il arrive, chacun a la force en fait de passer ce qui va arriver. Voilà, d'avoir confiance en la vie, de se dire ok, on ne me présentera que des choses que je suis en mesure de traverser. Et confiance en soi, de se dire que j'ai la force en fait, j'ai la force à l'intérieur de moi. Oui, je suis faible. Oui, je suis fragile. Oui, je suis vulnérable. Mais je ne suis pas que ça. Je suis aussi cette force qui sera là au bon moment. Et donc, cette confiance-là, de se dire qu'on a cette force à l'intérieur, on l'a tous. Et ensuite, de se dire, OK, quand j'aurai passé la vague, quand j'aurai réussi à passer la vague, derrière, il y aura quelque chose de beau, il y aura un enseignement qui sera beau, qui sera grand. Et du coup, ça vaut le coup. Voilà, moi je suis aujourd'hui reconnaissante des épreuves, je dirais pas... merci à ma mère du geste qu'elle a eu et de ce qu'elle a fait. Par contre, je suis reconnaissante de tout ce que ça a engendré derrière et de la femme que j'ai pu devenir grâce à ça, même si ce n'était pas son objectif, bien évidemment. Et au quotidien, se dire qu'on a la force en nous et que derrière, ce sera beau.
- Speaker #1
Merci. Tu parlais tout à l'heure d'enseignement et de pratiques qui t'ont beaucoup aidé aussi à voir la vie ainsi. Est-ce que là, tu pourrais partager et... Une ou deux pratiques qui t'ont vraiment aidé, toi, personnellement ?
- Speaker #0
Les deux pratiques, ça a été la pleine conscience. Ce livre, Le pouvoir du moment présent, m'a fait me rendre compte qu'on pouvait mettre un coup d'arrêt nous-mêmes sans avoir besoin des événements. Juste en regardant un arbre, juste en regardant un oiseau, juste en regardant nos doigts, n'importe quoi. Là où le regard se pose, à ce moment-là, je me dis, respire, juste ça. Et en fait, déjà, rien qu'en faisant ça en deux, trois secondes, tout redescend. Alors, je ne sais pas, c'est peut-être des années de pratique qui font que c'est aussi rapide au bout de deux, trois secondes et que le mental se calme. J'ai aussi beaucoup médité. Je me suis beaucoup battue pour méditer parce que c'est compliqué d'arrêter le flot de pensée. Et puis finalement, je me suis dit qu'en fait, c'était trop compliqué de méditer parce que je mettais trop de temps à calmer ce cerveau. J'ai un cerveau de... TDAH, pour mettre une petite étiquette de plus dessus, qui ne s'arrête jamais. Et finalement, la pleine conscience me va beaucoup mieux. Juste de dire, OK, là où je suis, j'ai besoin de rien. Je suis au boulot, je suis avec quelqu'un. Peu importe, je m'arrête, je regarde à un endroit, je respire ou je ferme les yeux et c'est OK. Et ça me reconnecte juste à là où je suis et ça me fait faire une pause. Donc ça, ça a été vraiment très aidant pour moi, cette pleine conscience. Ça l'est toujours, ça le restera. Et ensuite, j'en ai parlé tout à l'heure, la communication non-violente, qui est un terme très abstrait finalement par rapport à ce que ça permet de vivre. Ça m'a permis de comprendre les émotions, les réactions que ça générait chez moi, aller regarder mes besoins, quels sont les besoins qui sont importants pour moi, qu'est-ce qui se joue dans telle ou telle situation. parce que ça m'a permis de comprendre, de me découvrir et de comprendre mon fonctionnement. Et quand on se comprend mieux, c'est beaucoup plus simple à vivre. Et encore plus, quand on arrive à se comprendre, on arrive à commencer à comprendre les autres, à les regarder différemment, à faire preuve d'indulgence, d'empathie, d'écoute. Et ça, c'est une qualité de présence qui contribue au rayonnement, à être mieux pour les autres aussi. Donc, pour résumer, la pleine conscience et la communication non-violente.
- Speaker #1
Dernière question. Aujourd'hui, vers quoi mets-tu le cap dans ta vie, Lucie ?
- Speaker #0
Comme je l'ai dit, je suis dans une phase de fin de première étape de maman. Là, je me prépare plutôt à une étape de grand-mère dans les années à venir. Non, du coup, je peux beaucoup plus penser à moi et aux autres. Et donc, la prochaine étape de vie, c'est un cap professionnel. On en a parlé, tout ce travail sur moi, cette compréhension, ce besoin de comprendre la psychologie humaine, les autres, fait que je pars vers une reconversion professionnelle où je vais me consacrer aux autres et venir en même temps nourrir. un besoin de sens qui devient primordial pour moi aujourd'hui. On passe beaucoup de temps au travail. Et aujourd'hui, passer 8 à 10 heures devant un ordinateur à gérer des process, ça n'a plus de sens pour moi aujourd'hui. Ça en a eu, mais je laisse ça aux autres. Pour moi, aujourd'hui, mon cap, il est vers l'humain. Je vais être 100% tournée vers l'humain parce que l'humain, c'est l'avenir. Voilà où je vais mettre mon énergie.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Lucie. Merci pour ta sincérité. pour ton regard, pour tout ce que tu nous as partagé en toute authenticité est-ce que là tu aurais un dernier petit mot à rajouter ?
- Speaker #0
Oui je crois que le message que je veux passer qui est plus fort que tout en fait c'est aimez-vous aimez-vous parce que personne ne vous aimera mieux que vous n'allez pas chercher chez les autres ce qui vous manque vous l'avez à l'intérieur de vous et quand on a cet amour de soi qui n'est pas être égoïste ou égocentré. C'est juste venir nourrir soi-même les propres besoins qui sont vitaux pour être mieux avec les autres. Donc aimez-vous et après la vie se chargera du reste.
- Speaker #1
Merci. Merci infiniment. Et en t'écoutant, je me dis que finalement, nous avons tous reçu ou nous allons peut-être recevoir un jour ce fameux coup de téléphone. Alors peut-être pas forcément d'une gendarmerie ou... pas forcément l'annonce d'un deuil ou d'une séparation, mais ce moment où la vie vient frapper à notre porte et nous rappelle que rien n'est acquis, que tout peut basculer. Et ce que tu nous rappelles aujourd'hui, Lucie, c'est que ce qui nous arrive ne nous définit pas. Et c'est souvent aussi une occasion pour avancer sur le chemin qui nous est propre et destiné. Ce qui nous définit finalement, c'est ce que nous choisissons d'en faire. Alors peut-être que la vraie question n'est pas pourquoi cela m'arrive, mais plutôt qui ai-je envie de devenir à travers ce que je suis en train de vivre. Voilà, cet épisode se termine maintenant. S'il t'a inspiré, partage-le un peu partout autour de toi, sur Instagram, sur Facebook, sur LinkedIn. N'hésite pas à laisser une note et un commentaire sur ta plateforme d'écoute préférée. Je te dis à très vite dans le prochain épisode de Cap vers toi. Adishatz !