- Speaker #0
Aujourd'hui, c'est un espace un peu particulier dans ce podcast. Nous parlons de management, de recrutement, de politique RH, de stratégie d'entreprise, chaque semaine. Mais n'oublions pas que derrière chaque décision, il y a des femmes et des hommes qui vivent ces choix au quotidien. Alors régulièrement, nous donnons la parole aussi à des salariés, pour comprendre ce que produisent réellement nos décisions managériales, pour comprendre ce que vivent ceux et celles qui composent nos organisations. pour comprendre là où les mentalités doivent évoluer, celles des salariés, mais aussi parfois celles des dirigeants. Si vous êtes DRH, dirigeant ou manager, ces témoignages sont une opportunité précieuse pour vous, celle d'entendre un point de vue que l'on capte rarement dans les comités de direction et qu'il faut savoir entendre et prendre en compte pour en faire quelque chose. Je vous souhaite bienvenue dans Capital Humain, Parole aux salariés. Et c'est vrai que je me suis sentie un petit peu bizarre, puisque j'avais l'impression que je comprenais très bien ce qu'il me disait, mais j'avais peur que lui ne me trouve pas assez compétente. Si vous voulez savoir pourquoi Tabitha pense ça, alors qu'elle est une salariée brillante, qui travaille dans la tech, dans une licorne tech française, cet épisode est fait pour vous. Et si vous voulez savoir comment faire pour aider les femmes à prendre... plus de place dans la tech si vous considérez que c'est un enjeu sociétal. Alors restez bien jusqu'à la fin de l'épisode. Tabitha vous explique ce qui lui aurait facilité la vie. Je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Tabitha.
- Speaker #1
Bonjour Magali.
- Speaker #0
Tabitha, vous êtes comment j'allais dire un objet rare, c'est moche de dire ça mais c'est un peu cette idée-là. On s'est croisés dans une conférence, vous étiez derrière moi. Et vous avez levé la main, vous avez dit « Bonjour, je suis Tabitha » . Et derrière, vous avez dit quelque chose qui a totalement attiré mon attention, alors que ça ne devrait pas. Ça devrait être quelque chose qui semble tellement normal. Qu'est-ce que vous avez dit derrière ? Et est-ce que vous pouvez en profiter pour vous présenter ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors, je me souviens très bien, c'était un événement avec Thomas, qui est donc mon ancien directeur à l'Illerie. à l'Institution libre des relations internationales. Il était directeur pour compétences et développement. Et effectivement, j'avais posé une question sur la tech et la littérature aujourd'hui, l'impact du numérique au sein de la littérature. Et je m'étais présentée, j'avais expliqué qu'aujourd'hui je travaille dans la tech et que je code des IA, je code des intelligences artificielles. Et c'est vrai que c'est un profil qui est assez rare, puisque je viens d'un domaine très affaires publiques, très sciences politiques, et je me suis convertie dans la tech. Donc, c'est vrai que c'est des profils qu'on ne voit pas souvent, mais qui existent, puisque je suis là. Donc, c'est comme ça qu'on a fait connaissance.
- Speaker #0
Et c'est super, et ça va être le fil conducteur de cet épisode. Ce dont j'ai envie, c'est qu'aujourd'hui, nos auditrices et nos auditeurs... comprennent ce qui vous a attiré, comment on se convertit, parce qu'effectivement, vous n'avez pas fait l'école 42, en tout cas, je ne crois pas, et pas en première intention de parcours. Et puis, pour les DRH qui nous écoutent, comment on attire justement d'autres profils dans la tech pour avoir la diversité ? Alors, est-ce que vous pouvez déjà nous raconter un peu votre parcours ? Bien sûr. Et après, on parlera de votre métier.
- Speaker #1
Ok, très bien. Alors, mon parcours, il est… Pas très linéaire, parce qu'on commence en sciences politiques, donc j'ai un master premièrement en affaires publiques européennes et internationales, donc j'ai pu travailler au sein d'administrations dans des directions des affaires internationales, où j'ai développé une solide base en stratégie, en analyse et en relations internationales. Mais je sentais, c'est vrai, que le besoin d'ajouter des compétences très techniques à mon profil devait être effective pour être... beaucoup plus efficace dans un monde qui est de plus en plus digitalisé, de plus en plus numérisé. Et donc, j'ai commencé comme ça un peu à m'intéresser à la tech, en participant à des forums comme VivaTech, qui est le plus grand forum de la tech en Europe. Également à des sommets IA, donc je regarde un petit peu les événements sur LinkedIn ou encore sur Eventbrite, qui recense un peu tous les événements tech à Paris et en Europe et des événements… sectorielles. Et donc ça, ça m'a un peu imprégnée, je dirais, de l'énergie et des opportunités du domaine. Et pour aller plus loin, donc, dans mes compétences et dans ma formation, je me suis à côté donc formée en master spécialisé. Donc, je fais un deuxième master en innovation et transformation à Central Superlake pour avoir encore ce côté très théorique, mais aussi... très professionnelle, je dirais, et surtout avoir une légitimité, puisque je venais d'un domaine qui était très affaires publiques, et je voulais un peu avoir cette légitimité d'une grande école, d'une grande institution comme Centrale Supélec. Et donc ça m'a bien aidée, et ça m'a donné surtout les compétences un peu en termes de transformation digitale, en termes d'automatisation. Et donc cette transition entre affaires publiques et... tech m'a permis vraiment d'allier deux domaines qui sont différents, mais qui sont finalement complémentaires, parce que que ce soit dans les affaires publiques, on a aussi besoin de compétences et de profils technologiques. Et aujourd'hui, je voulais vraiment avoir de l'impact, mais au quotidien et tout de suite. Et donc, c'est pour ça que je me suis intéressée à toutes les entreprises un peu tournées technologie et numérique, comme Miracle. Donc aujourd'hui, je travaille chez Miracle. qui est une entreprise, une licorne, une licorne tech. Pour celles et ceux qui ne sont pas forcément familiarisés avec le terme de licorne tech, est appelée licorne tech une entreprise qui est privée, qui est non cotée en bourse, mais qui est valorisée à plus de 1 milliard de dollars. Et donc Miracle aujourd'hui est considérée comme une licorne puisqu'elle a franchi ce seuil de valorisation depuis un petit moment. grâce à ses levées de fonds et à une croissance qui est très rapide. Et je m'intéressais un petit peu à Miracle parce que ça va allier, c'est une entreprise qui va allier un peu deux côtés, puisque c'est une entreprise française, mais très tournée vers l'international, puisqu'on a des bureaux un peu partout. Et c'est une scale-up française qui est leader mondiale des marketplaces SAS, mais avec une présence très internationale. des géants comme Carrefour ou le Roi Merlin. Donc, c'est vraiment ces deux côtés-là qui m'ont intéressée chez Miracle. Donc, après mes études en affaires publiques, qui étaient très théoriques, je voulais vraiment un terrain un peu agile, où je pouvais avoir de l'impact immédiatement. Et Miracle coché vraiment toutes ces cases. Donc, côté français, c'est l'excellence à la française, puisque ça fait partie de la French Tech. qui rayonnent à l'international. Donc, je voulais vraiment apprendre un petit peu l'innovation à grande échelle dans une boîte qui grandit vite. Et voilà comment je me suis retrouvée chez Miracle. Alors,
- Speaker #0
super. Mais si je comprends bien dans votre parcours, le master à Centrale Supélec, vous avez appris à coder là ?
- Speaker #1
Alors non, je n'ai pas appris à coder. J'ai appris la transformation et donc la transformation au sein d'une de... d'une organisation et donc on nous a vraiment appris concrètement comment avoir de l'impact et comment en fait allier nos compétences techniques au sein d'une grande organisation. Le codage, je l'ai appris sur le tas, à Miracle. Sur le tas, d'accord,
- Speaker #0
sur le tas à Miracle, parce qu'aujourd'hui vous codez.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait, donc j'utilise des langages de programmation comme Python, non seulement pour coder certaines intelligences artificielles, mais également pour mettre en place... que ce soit des automatisations ou d'autres choses en interne. Donc oui, j'ai appris sur le tas et je me suis formée à côté aussi, en autodidacte. Donc lorsque je suis arrivée chez Miracle, première mission, automatisation. Donc je devais utiliser un outil no code pour le coup. Donc il y en a plusieurs, nous on utilise N8N par exemple, pour aider un petit peu l'équipe support sur certaines tâches qui étaient un peu répétitives et je ne connaissais pas N8N. avant d'arriver chez Miracle. Et ma manager, elle a été vraiment très, très, très compréhensive. Et elle a compris, elle m'a expliqué aussi que je pouvais prendre mon temps pour apprendre cet outil-là. Et effectivement, lorsqu'elle m'a parlé un petit peu de la première tâche, j'ai regardé, je me suis formée à côté sur YouTube. J'ai regardé des vidéos d'automatisation, parce que je n'avais vraiment jamais fait d'automatisation. J'ai regardé et étant donné que j'avais déjà... quelques compétences à côté en codage parce que je me formais quand j'étais un peu plus jeune et je créais des sites internet. Donc vraiment rien à voir avec la tech pour le coup, mais je créais des sites internet avec des langages de programmation, que ce soit en HTLM ou en Python. Et donc là, c'était un outil qui était complètement différent. Donc j'ai regardé un petit peu sur YouTube comment ça fonctionne et j'ai compris très, très rapidement et j'ai pu effectuer donc mon automatisation. Et derrière, on avait également une autre mission qui était d'aider un petit peu à la migration. de données d'une plateforme à une autre. Et pour ça, il fallait que j'utilise... D'abord, on a essayé avec l'outil N8N, donc l'automatisation. Ça ne fonctionnait pas parce que c'était une grosse base de données. Et là, mes compétences en Python ont dû être mises en avant, je dirais, pour aider à cette migration de données. Et c'est là, justement, que j'ai pu utiliser Python pour aider à cette grande, grande migration. Et donc, j'ai vraiment réappris, encore une fois, sur le tas. Parce que là, c'est un autre process. Je n'ai pas codé un outil. Je n'ai pas codé, je veux dire, un site Internet. Là, c'était vraiment des migrations de données. Donc, ça n'avait rien à voir. Mais encore une fois, j'ai dû apprendre sur le tas. Et j'ai dû un peu, je dirais, réapprendre encore un peu sur le tas.
- Speaker #0
Alors, comme ce podcast n'est pas filmé, vous ne pouvez pas voir qu'à chaque fois que Tabitha dit qu'elle a dû apprendre, elle a un grand sourire. voilà donc on sent que il y a une attirance pour le fait effectivement de progresser d'apprendre de nouvelles choses est-ce que c'est très lié au métier de tech, c'est à dire qu'est-ce qu'aujourd'hui quand on travaille dans la tech il y a une obligation de curiosité d'apprentissage perpétuel ?
- Speaker #1
Oui, on a effectivement alors la tech c'est un grand je veux dire il y a beaucoup de choses à prendre en compte Mais dans le cadre d'une licorne comme Miracle, par exemple, on est en pleine croissance, puisqu'il y a aussi la course à l'IA, la course à des nouveaux outils. Et on change souvent de nouveaux outils, par exemple en interne, qu'on doit réapprendre, on doit se réadapter facilement. Et effectivement, c'est une compétence qui est attendue, l'adaptation. Parce que si on est en pleine croissance, on est en train de grandir, l'entreprise grandit, ouvre des bureaux un peu partout. Et donc, il y a aussi des nouveaux outils un petit peu qui sont, je veux dire, mis en place chaque jour. Et donc, il faut qu'on apprenne. Donc, effectivement, il faut vraiment être très… avoir cette conviction, cette adaptabilité chaque jour pour ne pas être laissé derrière. Mais effectivement, je pense aussi qu'il y a des choses qui sont mises en place en interne, que ce soit au sein de la direction ou au sein des managers, pour ne pas qu'on soit laissé sur compte. On est formé, il y a de la documentation. qui explique de A à Z les nouveaux process, qui explique un petit peu les nouveaux outils. Donc, on n'est pas laissé pour compte. Mais c'est vrai que c'est important de suivre un petit peu la cadence pour ne pas être perdue. Mais moi, c'est quelque chose qui m'intéresse. Et c'est justement pour ça que j'ai été attirée vers la tech. Parce que c'est vraiment cette soif d'apprendre des nouveaux outils, cette soif de me former et de monter en compétence qui m'a vraiment intéressée.
- Speaker #0
On a bien compris que Miracle, c'est la French Tech, c'est une licorne. Maintenant, au quotidien aujourd'hui, je suppose que vous êtes dans une équipe majoritairement masculine.
- Speaker #1
Alors, dans l'équipe support, ça va. C'est assez hétérogène. Il y a un peu de tout. Donc moi, je suis à l'intersection. On est un peu mélangé. Mais c'est vrai qu'il y a des équipes, par exemple l'équipe Lab, Wouah ! l'équipe des développeurs, où il y aura beaucoup plus d'hommes que de femmes. Donc, ça va dépendre des équipes. Moi, je suis au niveau de l'équipe Customer Service, Customer Support. Effectivement, c'est un peu plus hétérogène. Mais donc, ça va. On est un peu mélangés, je dirais.
- Speaker #0
Et en tant que femme qui évolue dans une entreprise de la tech, Est-ce que les équipérages de Miracle font des choses spécifiques pour les femmes ? Est-ce que les équipérages de Miracle essayent d'attirer des femmes dans la tech ? Ou est-ce que vous avez été recrutée mais qu'il n'y a pas d'intention spécifique de diversité ?
- Speaker #1
Alors pour être tout à fait honnête, il n'y a pas vraiment d'intention de diversité. On est vraiment recrutée sur nos compétences et évidemment sur notre volonté. à vouloir impacter, à vouloir apporter un peu de changement au sein des équipes. Mais il n'y a pas vraiment de programme qui sont mis en avant pour les femmes spécifiquement. Et c'est vrai que ça pourrait être une bonne idée d'ailleurs, puisque en tant que femme, ce n'est pas forcément évident. Alors avant moi, par exemple, mon collègue, c'était un homme qui lui, pour le coup, avait une formation très, très technique. Vraiment 100% ingénieur et lorsque j'ai discuté avec lui avant de prendre le poste, j'ai pris un peu peur au début. J'ai eu un peu peur, je me suis dit peut-être que je ne vais pas être à la hauteur de ses compétences à lui. Mais c'est vrai que j'ai été très vite rassurée par ma manager, puisque je pense qu'elle fait aussi du bon travail. Mais c'est quelque chose effectivement qu'on pourrait mettre en place, des programmes où on aide un petit peu les femmes à s'insérer plus facilement au sein des équipes. Parce que c'est vrai qu'on peut se sentir un peu illégitime par moment.
- Speaker #0
Pourquoi ? Alors, je vais me faire une trouve. Très intéressant ce que vous nous dites. Alors, j'ai deux questions et j'en ai plein dans ma tête, mais je vais en sortir deux. Un, pourquoi une femme pourrait se sentir un peu illégitime ? Et deux, si je suis DRH et que je vous écoute, qu'est-ce que je mets dans mon programme qui atteint l'objectif ?
- Speaker #1
C'est une très bonne remarque. Qu'est-ce qui ferait qu'on se sentirait illégitime ? Je dirais le fait de devoir un peu prouver.
- Speaker #0
Plus qu'un homme.
- Speaker #1
Oui, plus qu'un homme qu'on est compétente.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, qu'on est compétente. Et alors, je ne sais pas si c'est parce qu'on a un peu ce syndrome parfois de l'imposteur, mais c'est vrai qu'une fois, j'ai eu une mission avec un collègue masculin qui me demandait de l'aider à mettre en place, à créer un agent IA pour des tableaux SQL. enfin bon Et c'est vrai que je me suis sentie un petit peu bizarre, je dirais, puisque j'avais l'impression que... Je comprenais très bien ce qu'il me disait, mais j'avais peur que lui ne me trouve pas assez compétente.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Donc, en fait, ce n'est pas que vous, vous ne vous sentiez pas assez compétente, c'est que vous aviez peur que l'autre vous juge pas assez compétente. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. C'est tout à fait ça. Et donc, j'ai dû faire un véritable travail sur moi-même pour me dire, ah non, mais j'ai ma place. Je ne l'ai pas volée, j'ai ma place, je suis compétente, je suis méritante. Et j'ai tout à fait ma place au sein de cette équipe et je peux faire cette mission qu'il me demande. Mais c'est vrai que souvent, quand on est face à un homme qui, lui, a surtout de l'expérience, parce que pour le coup, c'était un manager. pas mon manager direct, mais c'était quand même un manager, il gérait une grande équipe. Mais face à lui, je me sentais diminuée, alors qu'il ne m'a pas forcément montré ou il n'a pas été plus, je dirais, il n'a pas été plus virulent ou quoi que ce soit. Mais c'est vraiment moi dans ma place de femme où à un moment, je me suis sentie illégitime. Et pourtant, ce sentiment, je ne le ressens pas lorsque je suis face à une collègue manager femme.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant.
- Speaker #1
donc je pense qu'il y a un travail qu'on doit véritablement faire déjà en tant que femmes sur nous-mêmes et effectivement c'est quelque chose qui pourrait être pensé au sein des équipes, au sein des ressources humaines pour qu'on se sente plus à l'aise,
- Speaker #0
plus légitime comment il serait ce programme ? si vous aviez une baguette magique Tabitha parce que ce que j'entends et que je partage assez c'est de dire Finalement, c'est systémique. C'est-à-dire, c'est pas vous, c'est pas lui. C'est quand il y a une interaction sur un sujet tech, il y a une espèce de système, entre autres éducatif, qui fait qu'on se demande si on est légitime, de la même façon que quand vous levez la main en disant que vous travaillez sur du codage d'outils d'intelligence artificielle, ça attire immédiatement mon attention, parce que je considère que c'est rare. Donc, on voit bien qu'on est dans un système où la tech... et plutôt masculine. Donc bon, voilà, c'est comme ça. Maintenant, partons du principe pour la fin de cet épisode que c'est un système qu'on veut changer. Vous avez une baguette magique, qu'est-ce que vous faites ? Oui, je sais, c'est pas une question facile, mais quand même !
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Je dirais, effectivement, les DRH aujourd'hui ont un rôle plutôt à jouer dans la manière dont on peut se sentir, je dirais, en tant que femme en entreprise. Qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place ?
- Speaker #0
C'est-à-dire, alors, si on reprend la situation, donc, vous êtes affectée à cette tâche avec ce collègue. Euh... Est-ce qu'il y aurait une façon de vous accompagner dans cette première fois, qui fait qu'il y aurait plus de confort plus vite ? Qu'est-ce que ça pourrait être ? Comment est-ce qu'on vous a… Est-ce que votre manager vous a dit, vous a rassuré en vous disant « Voilà, on te demande de faire ça, mais parce qu'on sait que tu es capable, que tu vas y arriver » ? Ou est-ce que l'entreprise a considéré, et a raison aussi, qu'on vous a affecté sur un projet et que ça ne faisait pas de différence ? C'est-à-dire que la différence, elle est dans votre tête, mais elle est dans la tête de beaucoup de femmes. Donc, on peut toujours se dire que les femmes ont tort de penser comme ça, mais ça ne fera pas avancer tellement notre sujet. Finalement, si vous vous remettez dans cette situation-là, dans ce moment-là, qu'est-ce qui vous, Tabitha, vous aurait aidé à être plus vite confortable dans la situation ?
- Speaker #1
Je comprends mieux la question. alors peut-être un accompagnement dès le début ou des temps d'échange, de partage avec peut-être une personne qui est dédiée justement à l'accompagnement des femmes ou à l'insertion des femmes dans notre poste, mais dès le départ, je pense. Peut-être un système de mentorat en interne et qu'on puisse peut-être prendre de mes nouvelles, voir un petit peu comment est-ce que je me sens, mais de manière un petit peu, peut-être tous les trois mois, tous les six mois, ou peut-être mettre en place une box où on peut poser ses questions, où on peut échanger sur ce qu'on ressent.
- Speaker #0
Vous auriez dit, dans une boxe, vous auriez dit, je suis affectée sur un sujet avec un collègue garçon, homme, je ne me sens pas hyper confortable, vous auriez posé cette question-là ?
- Speaker #1
Si la boxe était anonyme,
- Speaker #0
si c'était anonyme, effectivement. C'est un ressenti qui n'est pas forcément évident à partager. Ce n'est pas évident,
- Speaker #1
c'est tout à fait ça. Ce n'est pas évident et surtout, là j'en parle puisqu'on a échangé. C'est quelque chose que j'ai ressenti sur le moment, mais que je n'ai pas forcément verbalisé. Verbalisé, tout à fait, je l'ai ressenti. Et puis, je suis passée à autre chose entre temps. Mais c'est vrai qu'en échangeant avec vous maintenant, je me rends compte que, ah oui, c'est vrai que j'ai ressenti ça à l'instant T. Mais je ne me rendais pas forcément compte que ça a eu peut-être un petit impact derrière sur ma mission. Et que j'ai eu... C'est vrai que... par la suite, j'ai eu un peu peur de mettre en place ce qu'il m'avait demandé, de peur justement de ne pas, de faire n'importe quoi ou ce qu'il me demandait n'était pas assez satisfaisant. Mais je ne me rendais pas compte que ça, c'était lié au sentiment d'imposteur que j'ai eu auparavant.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et c'est ça qui est un peu délicat, je dirais. Donc, oui, peut-être mettre en place une boxe anonyme où on peut échanger sur nos ressentis et... peut-être derrière avoir effectivement un accompagnement.
- Speaker #0
Comment vous avez surmonté ça toute seule finalement ? Qu'est-ce que vous avez fait ? Est-ce que ça a passé ? Est-ce que ce sentiment a passé ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui ? Et qu'est-ce que vous avez fait pour le surmonter finalement ?
- Speaker #1
Eh bien, j'ai fait un travail entre moi et moi-même. Je me suis répétée que j'étais légitime, que je suis capable de le faire. Et ce qui m'a aussi, je pense, un peu aidée, c'est que lorsque j'ai soumis le travail qui m'était demandé, eh bien, il a été satisfait. Et ça m'a réconfortée dans l'idée que j'avais bien ma place au sein de l'équipe, que je ne faisais pas n'importe quoi, que j'avais très bien compris. Mais encore une fois, ça a été à travers son regard à lui que j'ai pu obtenir satisfaction, vous voyez. Et c'est ça qui est un peu compliqué. à déconstruire, c'est qu'on se dit que non, ce n'est pas parce que c'est un homme qui a validé mon travail que mon travail est légitime. Il est légitime et bien fait parce que je l'ai fait correctement. Vous voyez ? Et c'est en fait une déconstruction mentale qu'on doit effectuer seul, je pense, mais tout le monde n'arrive pas à faire cela, évidemment. Donc, c'est pour ça que c'est important, je pense, d'avoir des temps de débrief ou peut-être des mentorats avec le manager ou avec les DRH. ou les ressources humaines plutôt, pour faire ce travail-là et nous accompagner. Parce que c'est vrai que c'est pas... Évidemment, j'ai dû me le répéter plusieurs fois et me dire, non, mais tu fais du bon travail, tu n'es pas un imposteur. Donc c'est un peu... C'est un travail qui doit être fait entre soi et soi, je pense.
- Speaker #0
Tabitha, je ne vais rien rajouter parce que c'est parfait, c'est interpellant aussi. Et ça montre que nous, vos possibles mentors, parce que plus âgés, on a encore un peu de boulot. Merci beaucoup Tabitha.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour cet échange, c'est très intéressant et ça m'a aussi permis de comprendre certaines choses ou certaines limitations que je pouvais, dont je n'avais pas forcément conscience. Et c'est aussi intéressant justement d'avoir ces échanges-là pour voir qu'effectivement il y a un travail qui peut être fait à ce niveau-là, donc c'est très intéressant.
- Speaker #0
Merci. Merci pour ce témoignage, je sais que... Ça demande souvent du courage de dire les choses. Et ça permet de se souvenir que derrière chaque politique RH, il y a aussi des histoires individuelles et parfois des impacts que l'on n'avait pas anticipés. Alors si vous nous écoutez, que vous êtes des RH, peut-être posez-vous cette question. Qu'est-ce que mes décisions produisent vraiment sur le terrain ? C'est une question difficile parce qu'on a du mal à mesurer tous les impacts. Mais c'est une question importante pour donner du sens et générer de l'engagement. À très vite pour un nouveau témoignage dans Parole aux salariés, un épisode de Capital Humain.