- Speaker #0
On les appelle CEO, on les admire, on les écoute, on les cite, mais on oublie souvent que derrière le titre, il y a une personne, une vie et une histoire. Faites de choix pas évidents et de peur qu'on ne partage pas. CEO Recto Verso, c'est le podcast qui explore ces deux faces. Au recto, l'image publique, l'expertise, les réussites. Au verso, ce qu'on sait et ce qui nous forge vraiment. Je suis Lola Latar, fondatrice de l'agence de communication Kerencia. Et dans chaque épisode, je tends le micro à celles et ceux qui dirigent un projet, une entreprise ou un mouvement. On y parle communication, stratégie, décision.
- Speaker #1
mais aussi doute, solitude, virage et conviction. Parce que derrière chaque réussite, il y a ce qu'on ne montre pas. Et c'est souvent là qu'il y a le plus à comprendre et à apprendre. Alors bonne écoute !
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Claire Depagnan. Claire que j'accompagne depuis un petit bout de temps maintenant et que j'avais très à cœur de recevoir sur le podcast puisque Claire a eu une carrière de 30 ans en tant que DRH et qu'elle s'est lancée dans l'entrepreneuriat. Et donc, je peux vous dire qu'elle a beaucoup de choses. à vous dire, à vous partager. Hello Claire.
- Speaker #1
Hello Lola.
- Speaker #0
Avant qu'on parle de ton activité d'aujourd'hui en tant qu'entrepreneur, j'aimerais qu'on remobile un petit peu le fil et que tu nous remettes un peu dans le contexte, dans ton parcours de ce que tu as fait, qu'est-ce que tu avais comme rôle concrètement au sein des différentes entreprises dans lesquelles tu as travaillé, pour qu'on situe bien un peu l'ampleur de la carrière qu'il y a avant.
- Speaker #1
Merci. Alors l'ampleur donc relate beaucoup d'années. J'ai passé en fait 30 ans dans la fonction RH, donc plus de 20 ans dans des postes de DRH. J'ai travaillé 15 ans dans les services, 15 ans dans l'industrie, principalement sur des périmètres français dans les services et l'international, compte international, donc sur quatre continents dans le monde industriel. Parmi les grands noms, parmi lesquels les plus connus, Capgemini, Bureau Veritas, Clarence, Rodillard, achetés par le groupe Solvay. et d'autres un petit peu plus confidentiels, mais dans le digital, qui fut ma dernière entreprise chez SQLI. Et Donan Brasserie dans la formation économique et financière. Dans ce job-là, j'ai été en charge opérationnellement de la gestion RH des ressources. Donc ça représente, selon les périmètres, entre 300 et 5000 ou 6000 personnes, ce qui fait un nombre de situations humaines. rencontrés au cours de 30 ans, très variés, avec des enjeux soit de restructuring, ce qu'on appelle le restructuring, c'est donc plutôt des phases de décroissance de l'activité où on va avoir des enjeux de retrouver un équilibre économique dans un marché qui se tend, ou alors des enjeux de croissance et accompagnement du développement des talents pour accompagner la croissance de l'entreprise ou du groupe à l'international ou en France.
- Speaker #0
Mais tu n'as pas dû t'ennuyer pendant tout ce temps ? Ces années, c'est vrai que ce qui m'a le plus marquée quand on s'est rencontrées, c'est passer de grosses structures où tu accompagnais énormément de salariés à solo. Des fois, je me dis que ça peut faire peur, ça peut être vertigineux. Qu'est-ce qui t'a donné envie ou qu'est-ce qui t'a poussé à arrêter ta fonction RH au sein de grandes entreprises pour te lancer dans l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Ça a été en deux temps. Il y a une douzaine d'années, j'ai fait le choix de quitter un groupe que j'adorais, qui était le groupe Rodia, qui avait été racheté par un groupe belge dans le cadre d'une OPA amicale. Mais les évolutions qu'on me proposait n'étaient pas nécessairement ce dont j'avais envie, donc je suis partie. Et j'ai vécu à cette époque-là, pour la première fois, ce qu'on appelle un outplacement. Donc j'ai été accompagnée par un cabinet spécialisé pour ma recherche d'emploi. Et au bout de quelques mois... on a évoqué comme projet de les rejoindre comme coach. Alors, je n'étais pas du tout formée au coaching, mais en tout cas, ma posture de DRH pouvait être une vraie valeur ajoutée pour ce cabinet à l'époque. Ce qui m'a freinée à ce moment-là, c'est le sentiment de ne pas avoir encore fait le tour de la fonction RH. Donc, il me restait encore des choses à vivre, à expérimenter, des contextes que je n'avais pas connus et puis aussi des positionnements, parce que je n'avais jamais été numéro un. c'est-à-dire DRH avec au-dessus pas d'autres DRH. Et puis aussi des raisons économiques, parce que le fait de se lancer, de quitter le monde du salariat aurait eu des répercussions, en tout cas à court terme, sur mon niveau de rémunération. Donc ça, ça a été la première étape. Mais quelque part, la graine était semée. Et donc, dix ans plus tard, là pour le coup, suite à un choc, puisque j'ai perdu mon job en quelques heures, ça a été un vrai tsunami intérieur. J'avais à l'époque 53 ans. Mes enfants étaient élevés, c'est-à-dire bien engagés dans leur vie professionnelle et où la fin de leurs études. Et là, je sortais d'un job de numéro un et je me suis dit, c'est peut-être le moment, si je n'y vais pas finalement. Je vais me raconter ou je vais me trouver des excuses pour ne pas franchir le pas. Voilà. Donc, je me suis lancée. C'est vrai que ça change beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Et c'est sans doute l'objet de la prochaine question.
- Speaker #0
Complètement, parce que là, moi, je connais un peu les réponses, mais j'ai envie d'aller encore, de creuser encore. Parce que quand tu as travaillé au sein de grandes entreprises pendant plus de trois décennies et que tu passes en solo, Finalement, Qu'est-ce que t'emportes avec toi en tant qu'expérience, en tant que savoir-être et puis de ce que t'as pu faire ? Et comment tu viens construire un business, construire des offres quand tu pars de zéro finalement ?
- Speaker #1
Alors ce que j'ai emporté, c'est beaucoup de choses. C'est déjà une très grande connaissance des mondes corporettes, puisque j'y ai vécu, j'y ai sévi, dirais peut-être certains, pendant 30 ans. Donc je connais parfaitement les arcanes des entreprises, que ce soit des grands groupes, des grandes entreprises, d'entreprises cotées, d'entreprises familiales, puisque j'ai aussi travaillé chez Carins, des ETI. Et ça, c'est un énorme atout pour l'accompagnement que je propose moi aujourd'hui à mes clients. Et mes clients, je les considère autant les décideurs prescripteurs que sont des DRH ou des CEOs ou des dirigeants opérationnels. que les personnes que j'accompagne qui peuvent être à des niveaux moindres de l'organisation ou des candidats que je vais aller chercher dans le cadre de la chaise de tête. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est la multitude, et elle est inchiffrable, de situations humaines que j'ai rencontrées, puisque autant à une époque et au tout début de ma carrière, mon rôle était peu d'être dans l'accompagnement des individus, autant à un moment donné, j'ai bifurqué vers une raison d'être même, quasiment de mon... poste qui était d'accompagner la carrière des cadres de mon périmètre et donc de connaître et leur parcours et leurs appétences, leurs aspirations, leurs rêves, leurs contraintes, etc. Et d'accompagner les opérationnels managers sur l'évolution de leur talent. Donc ça, ça me sert tout le temps en fait aujourd'hui dans mon quotidien. Quand j'ai choisi de me lancer, je me suis dit qu'est-ce que je vais faire concrètement ? Au départ, j'étais plutôt sur du conseil RH. Et en fait, le conseil n'était pas pour moi assez proche de ce que j'aime le plus dans la fonction RH. Donc j'ai choisi d'avoir justement une proposition de valeur qui soit autour de l'accompagnement, soit par la chasse de tête, vous avez un job difficile à pourvoir, et vous cherchez quelqu'un qu'il va falloir appâter dans un marché concurrentiel. Et typiquement, j'ai suffisamment de connaissances de tous les métiers existants jusqu'en 2022. Je reste modeste par rapport à tous ceux qui ont été créés depuis. Et puis, de l'autre côté, l'accompagnement, donc le coaching ou la coaching de transition professionnelle, donc l'outplacement. Et ça, ça fait complètement du sens avec ce que j'ai, moi, vécu, prescrit, décidé, recruté, accompagné et vécu moi-même, évidemment, en tant que candidate et outplacée.
- Speaker #0
Oui, et puis, tu vois, ce que je me dis, c'est que là, les entreprises qui font appel à toi, il y a de la preuve sociale derrière, c'est-à-dire que tu ne débarques pas, mais tu as quand même de la bouteille sur un certain nombre de secteurs, d'expertises, d'univers aussi au sein de l'entreprise qui te permettent aujourd'hui de proposer des choses ou en tout cas d'accompagner au plus proche des besoins parce que tu les connais et tu l'as aussi vécu derrière.
- Speaker #1
Alors c'est vrai que je suis passée en plus, et c'est une particularité de mon parcours pour le coup, Dans beaucoup de secteurs. J'ai commencé dans la formation économique et financière. Je suis passée en ESN, on disait SS2I à l'époque. De là, je suis passée dans l'industrie chimique, donc un univers totalement différent, extrêmement industriel et avec des problématiques et de sécurité d'environnement que je n'avais pas encore rencontrées dans le monde du service. J'ai bifurqué de là dans la sécurité de la construction chez Bureau Veritas. parler et ensuite dans la cosmétique, dans un groupe familial privé. Donc peu grand chose, peu de commun entre tous ces groupes. Et là, je suis allée ensuite en agence de communication. Donc on est encore dans un autre univers et ça va te parler à toi. Et pour finir dans le digital. Voilà. Donc la diversité des secteurs adressés fait que forcément ça accentue ou ça démultiplie Merci. le nombre de situations humaines rencontrées parce qu'elles sont en plus dans des univers très différents.
- Speaker #0
Et tu vois, ça me fait penser, je regardais un peu sur LinkedIn et tu as beaucoup, de plus en plus, je trouve, de cabinets d'outplacement, de chasse, etc. qui se... Niche, finalement, dans un secteur. Toi, est-ce que ça a été un questionnement que tu as eu de te nicher sur l'industrie, sur la cosmétique, le pharmaceutique, etc. Ou c'est vraiment un choix de justement t'adresser à toutes ces cibles-là ?
- Speaker #1
Alors, c'est amusant, cette question, parce que c'est un choix et un non-choix selon l'activité. C'est plutôt un choix sur la partie recrutement, parce que je trouve l'approche... du monde industriel, plus proche de qui je suis en termes d'ADN sur la recherche de candidats. Et typiquement, tout ce qui tourne autour de la chimie. Donc, ça va adresser évidemment la chimie pure, mais aussi la cosmétique, la santé. À l'inverse de l'accompagnement, soit à la partie coaching ou outplacement, où là, je considère que vu mon vécu, vu mon expérience et vu ma connaissance de l'ensemble de ces secteurs, je peux adresser... tous les secteurs. Le sujet à ces moments-là n'est pas de s'enfermer dans un secteur. Au contraire, il va être d'ouvrir les chakras et d'aller vers l'exploration de qui on est en tant que personne et pas qui on est dans tel ou tel secteur. Et cette personne, en plus, peut potentiellement, notamment en outplacement, évoluer vers d'autres secteurs que celui d'où elle vient. Donc, raison de plus pour être très ouverte à l'ensemble des secteurs.
- Speaker #0
Et puis, tu vois, Moi, j'ai tendance, quand je vois des entreprises ou même des entrepreneurs qui se nichent, je me dis, mais comment font-ils pour ne pas s'ennuyer ? Je pense que... Après, on se connaît, Claire, donc tu vois un peu le personnage que je suis. Mais il y a aussi ce côté-là, de se dire, si je fais toujours le même secteur, au bout d'un moment... Moi, en tout cas, c'est un peu la réflexion ou la pensée première que j'ai. Quand je vois une entreprise qui est nichée vraiment sur une cible ou un secteur en particulier. Je ne sais pas si tu as fait ça toi.
- Speaker #1
Alors, je peux l'avoir, je pourrais l'avoir. Et en même temps, je vois que par exemple en recrutement, je vais beaucoup plus aujourd'hui faire des postes en recherche et développement. Alors, pour une raison qui m'est très personnelle, c'est que je n'imprime pas. C'est-à-dire que je ne retiens pas ce qu'ils font. Donc, j'adore qu'ils m'expliquent ce qu'ils font parce que je me sens intelligente pendant une heure. Parce que ce n'est pas du tout mon background de formation. Je suis plutôt littéraire après un bac économique et social. Et j'ai fait deux écoles de commerce. Donc, je suis très loin du monde scientifique. Et j'adore rencontrer typiquement des chercheurs parce que je ne comprends pas ce qu'ils font. Ça me fascine. Ils peuvent, je peux discuter avec 50 personnes différentes. À chaque fois, c'est la découverte. Donc, comme c'est la découverte, je ne m'ennuie pas. Et en plus, je n'imprime pas plus, donc je peux recommencer Ad vitam aeternam. Et je peux de ce fait tester très simplement leur capacité à être justement pédagogue, à savoir vulgariser leur domaine, à savoir être compris dans des conventions, dans des salons quand il ne va pas y avoir que des experts scientifiques comme eux. Donc ça, cette dimension-là, pour moi, c'est une vraie force finalement, alors qu'au départ, c'est une faiblesse. Et sur la problématique de niche, autant que telle, Je pense que c'est propre à chacun. Je connais des confrères qui sont spécialisés sur un domaine particulier, très pointu. Ça a d'ailleurs été un conseil qu'on m'a donné au début. Michez-vous, spécialisez-vous, hyper spécialisez-vous. Et là, Claire, en tant que personne, a un vrai sujet. C'est que ce n'est pas que je m'ennuie assez vite, mais il me faut de la variété. Et que mon job de DRH m'a appris cette variété ou nourri cette curiosité. par la diversité des sujets que j'adressais dans une seule journée. Évidemment, entre ce que j'avais prévu et ce qui allait se dérouler, globalement, 95 % étaient non prévus. Mais justement, passer d'une problématique de paye à une problématique d'embauche, à un licenciement, une négo collective, peu importe, fait que j'ai pris ce pli-là et j'ai besoin de cette variété. D'où aussi le fait d'avoir fait le choix de deux activités et pas d'une seule. contrairement à ce que me disaient aussi tous les gens du business que j'ai rencontrés avant de créer E-Aid, qui me disaient, mais Claire, vous faites trop de choses. Vous faites du recrutement, vous faites du coaching, vous faites de la haute, mais ne faites pas tout ça. On ne sait plus où vous êtes. OK, c'est là que tu es intervenue pour m'aider aussi à comprendre finalement ce que je fais, mais à en parler aussi autrement. Et c'est vrai que ça vient nourrir qui je suis. se lancer dans l'entrepreneuriat sans répondre à qui on est fondamentalement, pour moi, c'est une aberration. Il faut que je reste sur ce... sur ce modèle-là. Et en même temps, évidemment, il y a la logique économique, business, et il faut que ça puisse fonctionner. Donc, voilà, il faut trouver l'équilibre et la ligne de crête.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Je me rappelle de la Claire d'il y a... Ça fait quoi ? Ça fait un an maintenant ? Un an. Le temps passe si vite. Quand on a travaillé sur sa stratégie, alors elle faisait ci, ça, ça. Oui, non, mais alors ici, et puis en plus ça. Et j'étais là, OK, il va falloir qu'on... package un peu tout ça, qu'on vienne structurer le message, les contenus pour que ce soit... Parce que finalement, cet enjeu-là, c'est que oui, tu peux avoir cette variété, mais il faut que ce soit clair, en tout cas pour les gens que tu cibles et que tu as envie d'attirer.
- Speaker #1
C'est ça. Et en même temps, j'ai la chance d'avoir un prénom formidable pour ça. Voilà, comme tu le dis, il faut que ce soit clair. Donc, moi-même. Et que ce soit explicite pour les autres. Et c'est vrai que ce prénom, finalement, qui fait beaucoup sourire toutes les personnes que j'accompagne, puisque très souvent, elles me disent « c'est clair » . Et évidemment, tout le monde s'en veut de faire un jeu de mots sur mon prénom, mais il n'y a pas de raison. En fait, c'est très cohérent pour moi. Et de fil en aiguille, je me rends compte que, quand ça doit être clair, ça doit être qui je suis, ça ne plaira pas à tout le monde, ça ne conviendra pas à tout le monde. Et c'est OK, en fait. Il n'y a pas de sujet pour moi. Et c'est presque une bonne nouvelle. Si j'arrive, et si nous arrivons, grâce à ton aide aussi, à faire attirer vers moi des personnes qui ont envie et qui se reconnaissent, c'est comme ça qu'on peut travailler le mieux. Sinon, c'est imposé. Et c'est une grande différence versus le rôle du DRH, où vous avez votre DRH, il vous plaît, il ne vous plaît pas. C'est ça, en fait. Qui est là.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'allais dire, en fait. En tant que... qu'entrepreneur, maintenant que tu as créé E-Aide, ton entreprise, c'est que le discours que tu tiens, la communication que tu portes, va aussi servir de filtre naturel dans les choix rédactionnels que tu vas faire, ce dont tu vas parler, comment tu vas le dire. Ça va plaire à certains, ça va éliminer d'autres, mais c'est aussi j'ai envie de dire un avantage parce qu'en étant à ton compte, je pense que tu n'as pas envie d'être là pour s'ouvrir et de travailler avec des gens avec qui que... Ça ne matche pas. Et donc, ça sert aussi à ça, je trouve, la communication.
- Speaker #1
Oui, oui, la communication est clairement un très bon vecteur pour créer une sorte de filtre naturel. Après, évidemment, il y a l'authenticité de la communication, la sincérité des propos, les thèmes abordés, etc. Moi, je me dis toujours que si un poste aide en même temps quelqu'un, même si la personne ne me contacte pas, c'est aussi gagné parce que comme ça, ça enrichit. le réseau social LinkedIn, puisque c'est le vecteur aujourd'hui. Mais c'est aussi moi que ça a enrichi finalement, parce que ça préserve mon temps, ça préserve mon énergie. Et à un moment donné, travailler avec les bonnes personnes ou travailler avec les personnes qui se sentent à leur juste place avec moi, ça fait du sens pour les amener aussi à retrouver leur juste place pour le futur. Donc c'est tout BDF pour tout le monde.
- Speaker #0
gagnant-gagnant. Et quand on se lance à plus de 50 ans comme ça dans l'entrepreneuriat, il n'y a pas un moment où tu te dis qu'est-ce que je fais ? Parce que oui, tu as ton métier, tu as ton expertise, mais en fait, être entrepreneur, j'ai tendance à dire que c'est un métier à part entière où tu as la casquette de compta, de communicant. Comment tu as géré un peu ces débuts-là ?
- Speaker #1
Alors déjà, je n'ai pas géré tout de suite. C'est-à-dire que j'ai appris en avril que j'allais perdre mon job. Le temps que la procédure se fasse, que la sortie s'organise, etc., il s'est passé presque un mois. Donc ça a été un mois dans ce que j'appelle moi le jeu de tambour de la machine à laver le linge. Donc là, vraiment l'impression d'être KO pendant un mois parce que ça a été un vrai choc. Et c'était un groupe où j'avais le sentiment d'avoir plein de choses à faire. et où je me sentais très bien. J'ai pris après vraiment le temps de la réflexion. Et j'ai eu une chance folle à ce moment-là, c'est que j'ai été chassée pour la deuxième fois en trois ans pour le même poste, donc je vais le taire. Et la première fois, j'avais été shortlistée, donc on n'était plus que deux, donc ils avaient choisi l'autre personne. Et trois ans plus tard, changement de direction, donc je suis recontactée. J'y suis allée vraiment à reculons, sauf que c'est clair. Je rencontre quelqu'un sur qui je flash en me disant « je me vois très bien bosser avec cette personne, donc j'accepte de poursuivre le processus » . Je rencontre quatre autres personnes et il y a une des personnes avec lesquelles ça ne matche pas. Mais ça ne matche pas dans les 30 secondes pour moi. C'est-à-dire que je ne vais faire aucun effort pour être la meilleure version de moi-même devant lui. Et donc, le cabinet m'appelle en me disant que je ne suis pas retenue. Et à ce moment-là, je suis tellement contente de ne pas être retenue que j'ai ma réponse. Est-ce que j'y vais ou est-ce que j'y vais ? Le déclencheur, il est dans la réponse négative. Ce qui est d'ailleurs une expérience personnelle qui me sert beaucoup pour accompagner des gens aujourd'hui qui sont dans des processus pour utiliser l'émotion qui arrive, les pensées, comment transformer ça en énergie au lieu de se reprendre un seau d'eau sur la figue. Néanmoins, une fois cela passé, on était quand même fin juin, quelque chose comme ça, je me suis donné l'été en me disant, il faut laisser décanter en fait. Voilà, c'est un choc qui est trop grand. C'est très engageant comme décision. Je suis seule revenue à la maison. J'ai trois grands-enfants, mais quand même une aînée qui fait médecine qui n'est pas tout à fait au bout. Donc, il y a encore de l'aide et du support. Une petite dernière qui est en avant-dernière année. Et encore, elle a décidé après d'en faire encore deux. Donc, il y a beaucoup d'impacts familiaux. Et c'est là que vient cette phrase de « si je n'y vais pas, je me charge des excuses » . Et en même temps, qu'est-ce que je mets dedans ? Le nom de aide est venu en marchant, parce que je suis partie marcher pendant plusieurs jours et beaucoup de kilomètres par jour. La marche est aussi un outil que j'utilise dans des accompagnements aujourd'hui, parce que ça permet de réfléchir autrement et de porter un autre regard sur sa situation. Et là, j'ai pris la décision de me lancer en me disant « je vais mettre quatre activités » . Et j'ai commencé une tournée de rencontres avec des CEOs notamment. Et beaucoup me disaient spécialisez-vous, spécialisez-vous. Il fallait quand même que je passe par une forme d'expérience personnelle, de vécu personnel. Et quand on s'est rencontrés, toi et moi, c'était donc il y a un an. Ça faisait deux ans que j'avais créé EED. Et je sentais justement que je glissais doucement vers plus de spécialisation, mais j'avais besoin de le... de le challenger, de l'avoir vécu. Ça a bien marché au début, mais ça marche encore mieux en étant plus spécialisé aujourd'hui. Donc, il y a de l'itération. Je ne pouvais pas passer du jour au lendemain de 30 ans à boum, et j'ai tous les codes et je sais comment faire, etc.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
mais après les autres métiers de l'entrepreneur... La Comtat, j'ai pris un cabinet, ça fonctionne très bien à distance, tout est efficace, ça me va très bien. Il y a quelqu'un de spécialisé en IT pour me dépatouiller quand ça va perdre. Et globalement, après, support moral, mental des amis, de la famille et de mes enfants en priorité, parce que ça a été hyper important pour moi qu'ils comprennent et qu'ils le supportent. Et j'ai la chance d'avoir, j'ai parlé de mon aîné, de ma dernière, au milieu, un fils qui, lui, est commercial. Et donc, voilà, ça m'arrive aussi d'être challengée par lui sur certains aspects, mais super, en fait. Donc, j'apprends et du coup, ça nourrit ma curiosité.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais dire. Au moins, ça vient nourrir et constamment enrichir cet aspect de ta personnalité qui a besoin de curiosité, qui a besoin de se nourrir, d'être dans l'apprentissage. D'ailleurs, je me suis tout de suite reconnue quand on a échangé sur ça les premiers temps. Mais du coup, est-ce que tu dirais, parce que là, on sent quand tu parles que tu t'es lancée, il y a eu itération, il y a eu tête, mais quand même, tu t'es constituée une team autour de toi, c'est-à-dire que tu as été chercher de l'aide. Est-ce que ça a été difficile pour toi ? par rapport à l'égo, parce que tu avais envie de faire toute seule, d'aller justement chercher de l'aide extérieure sur différents sujets ?
- Speaker #1
Alors non, non, parce que j'ai une grande propension à aller chercher de l'aide facilement. Mais aussi parce que j'ai une longue expérience de travail avec des équipes pluridisciplinaires. Je ne suis pas une experte de paye, je ne suis pas une experte en droit social, je ne suis pas une experte en compagnie de bain, ni en mobilité internationale. Donc je suis habituée à travailler. avec des gens qui sont plus experts que moi. Ça, ça n'a pas été compliqué. Ce qui a été plus difficile, c'est d'aborder le sujet du commercial. Parce que là, pour le coup, je ne me voyais pas trop, justement, confier ça à quelqu'un d'autre. Donc, je me suis aussi... Il m'a fallu quand même un certain temps, il m'a fallu plus d'un an et demi pour intégrer que ça, ma démarche spontanée, naturelle, n'était pas forcément la meilleure ou en tout cas la plus efficace. Et là, de structurer. Donc c'est là que je suis rentrée dans un mastermind avec d'autres dirigeants. Et en fait, le sujet sur la partie commerciale, elle est beaucoup liée aux croyances, à ce que tu te racontes. Et typiquement, une DRH, ça ne s'est pas recruté. Ça, c'est pas recruter des clients, ça, c'est recruter des candidats, mais les candidats, ils viennent à vous. Vous avez passé une annonce. Vous ne passez pas une annonce pour dire venez travailler avec moi, vous DRH, si vous avez besoin de faire accompagner quelqu'un dans vos équipes. Donc une DRH, ça, c'est pas prospecter. Une DRH, c'est pas une commerciale. Une DRH, c'est une fonction support. C'est pas une fonction business. Voilà. Donc il y avait toutes ces croyances et limites que moi, je me posais. Ça prend du temps. Ça prend clairement du temps. Il y a des moments de... de doute, il y a des moments de down, mais il y a aussi des moments, les bras levés en victoire au bout de la ligne. Pas forcément pour grand-chose en termes de chiffres, mais parce que on tente de décrocher telle mission, d'accompagner telle personne, de travailler avec tel groupe, voilà. Et donc, sur la partie commerciale, c'est sur cette partie-là que ça a été la plus compliquée.
- Speaker #0
Oui, parce que, comme tu dis, en tant que DRH, en tout cas les fonctions RH, elles sont J'allais dire, elles ne sont pas en première ligne d'un point de vue clientèle, mais c'est plus en interne que ces fonctions-là agissent. Et donc, ça t'a mis combien de temps, tu vois, à casser... Alors, pas casser, je n'aime pas ce mot, casser les croyances, mais en tout cas, à apprivoiser ces croyances-là et à être beaucoup plus à l'aise dans le commercial, le business, etc.
- Speaker #1
Je pense que ça m'aura pris quasiment trois ans. Alors, c'est une conjonction de plein d'événements personnels, professionnels, de rencontres, d'aides demandées de ce collectif de mastermind. Et je parle au pluriel parce que j'ai repiqué pour une année, mais pas que. Et en fait, c'est tout un chemin personnel, c'est-à-dire qu'en même temps que je fais grandir mon business, en même temps que je fais... j'accompagne mes clients dans leur propre croissance, je grandis moi-même, en fait. Et bon, ça serait beaucoup trop long. Et puis, il y a aussi beaucoup de choses très personnelles. Donc, je n'ai pas forcément envie d'étaler. Mais ça m'aura pris, je pense, presque trois ans. Maintenant, je n'ai aucun regret, typiquement, sur le fait que ça ait pris trois ans. Il fallait ce temps-là. J'avais sans doute besoin de ce temps-là. Et ce temps long est un... temps justement très différent aussi du temps du DRH ou de la DRH que j'étais parce que tout est toujours pour hier. Le visa, ça n'attend pas. Le profit warning quand vous êtes coté, c'est tout de suite. Et donc les mesures à prendre, c'est tout de suite aussi. J'ai vécu dans des univers où on prenait des décisions lundi, jeudi, on disait stop. Vendredi, on disait pourquoi vous n'avez pas tout fait. Bon, donc c'est un temps différent. et c'est un temps à la fois très court parce qu'il y a toujours évidemment la problématique du chiffre et du résultat et en même temps c'est un temps long de croissance personnelle qui me permet d'accompagner vraiment la croissance des gens avec qui je travaille.
- Speaker #0
L'entrepreneuriat c'est aussi une croissance. J'ai eu l'impression quand je me suis lancée qu'un an en tant qu'entrepreneur c'était une évolution personnelle et intérieure de 5-6 ans. tellement tu n'as personne au-dessus de toi. Tu n'as personne qui te dit tu dois faire ci, tu dois faire ci, tu n'as rien. Tu n'as pas la fiche de paye à la fin du mois qui est assurée, validée. Si tu es en forme, pas en forme, peu importe, ça tombe quand même sur le compte en banque. Quand tu es entrepreneur, il faut quand même se retrousser les manches et tu n'as personne qui te dit quoi faire, quand, comment. Et ça demande un travail personnel. Pour moi, l'entrepreneuriat, c'est un peu l'école de la vie, entre guillemets. Ça te permet d'avancer tellement vite sur toi et sur énormément de sujets.
- Speaker #1
Alors, si une année d'entrepreneuriat, c'est 5-6 ans pour toi, moi, je suis à la rentrée de plus belle lurette, maintenant, puisque j'ai 56 ans. Mais ce que tu dis me renvoie à une remarque que m'avait faite... Un jeune chef d'entreprise qui avait créé sa société un an ou deux à peine avant, mais qui était...
- Speaker #0
qui était jeune, il avait moins de 35 ans. Et il m'avait dit, le plus difficile, c'est d'avoir la discipline et de se mettre au boulot le matin parce que vous n'avez personne pour. Et alors là, rétrospectivement, je me dis, là, je n'ai pas compris cette phrase parce que pour moi, c'était une telle échéance, parce que j'avais aussi 30 ans dans les jambes, en fait. Donc, j'ai toujours été au boulot, en fait. Et le fait en plus d'avoir repris une formation certifiante au début, de ma société. Je m'étais formée au coaching dix ans avant. Je voulais une certification professionnelle justement pour, en me disant un jour ce métier sera plus réglementé qu'il ne l'est aujourd'hui. Et je me suis dit aussi, fais-le maintenant tant qu'il n'y a pas encore trop de clients parce que d'abord ça occupe, ensuite ça fait des choses à raconter et puis trois, tu as du temps, donc vas-y. Et donc comme je me suis lancée là-dedans quasiment 15 jours à peine après avoir créé ma société, forcément, j'ai été tout de suite, je ne vais pas dire noyée, mais en tout cas avec énormément de choses, énormément de travail à faire, y compris des coachings école, qui du coup me mettaient déjà dans la pratique quotidienne de ce que je proposais finalement.
- Speaker #1
Parce que tu as trouvé des clients tout de suite quand tu t'es lancée ?
- Speaker #0
Oui, j'ai trouvé. Les coachings école sont non payants. C'est beaucoup plus facile de trouver des clients. forcément, mais les cas étaient des cas bien réels. J'ai eu deux personnes qui étaient en transition et une personne qui était en job dans un très grand groupe bancaire. C'est SADRH qui m'a confié le dossier. Ce qui était très différent de la pratique habituelle du coaching, c'est que dans le cadre d'une formation, il y a des rapports à rendre, ce qui n'existe pas après quand on est vraiment en coaching professionnel. Et ces rapports étaient très développés. Donc oui, j'ai eu beaucoup, beaucoup de travail dès le départ, en fait. Et ça, c'était aussi un vrai bouleversement, parce que pour le coup, je m'étais formée au coaching en étant en poste, donc en cours vendredi ou trois jours par semaine, ou trois jours par mois, sur plus de deux ans. Là, d'un coup, c'était, je ne vais pas dire H24, mais presque. C'est-à-dire que quand j'avais fini ma prospection, ma com, les premiers éléments de compta ou la structuration juridique, je bossais le soir, le week-end. Et mon cerveau avait oublié ce que c'était que d'apprendre. Ces démarches de regarder des tonnes de tutos, des vidéos à distance, des QCM à n'en plus finir, la rédaction, la correction, etc. Donc c'était assez déstabilisant à 53 ans de retrouver ça pour le coup. C'est un vrai...
- Speaker #1
J'allais dire déstabilisant et hyper courageux aussi. Parce que ça te met dans une situation un peu d'inconfort aussi. De te challenger comme ça.
- Speaker #0
Oui, alors courageux, je te laisse la maternité du propos. Même si courage fait clairement partie en tout cas de mes valeurs. Mais le... Oui, il y a un vrai inconfort parce que je me souviens du dernier module qui était sur les neurosciences où il y avait 250 pages à « mémoriser » . C'est bien rapide et la prétention n'est pas d'être du tout expert sur les neurosciences au bout de 250 pages. Je pense qu'il faut des années et des années d'études. Mais c'était des concepts très nouveaux et j'avais vraiment l'impression que mon cerveau buguait, forçait en fait. Ça devenait une matière très dure. C'est de l'inconfort. Mais c'est un inconfort qui est le principe même de l'agrandissement de la zone de confort. L'inconfort, vous l'avez là, autour, vous avez vos peurs, puis vous faites des apprentissages, et puis vous vous retrouvez dans une zone de confort élargie. Et là, vous pouvez recommencer et aujourd'hui, je suis très à l'aise avec ça. enrichi de mon expérience, enrichi de ces passages. Et j'ai presque envie de dire de ces passages en deux mots avec un S à sage.
- Speaker #2
La langue des oiseaux.
- Speaker #1
Je voulais te demander aujourd'hui, avec du recul, donc ça fait trois ans que tu as créé E-Aide, est-ce qu'il y a un regret de ne pas avoir pris ce poste ? Ce poste salarié qui aurait pu être le tien s'il n'y avait pas eu ce stop, enfin ce red flag entre guillemets avec l'une des personnes pendant le process. Ou est-ce qu'il y a un regret ou un « et si j'avais » ?
- Speaker #0
Alors parfois, ça peut arriver qu'il y ait « et si j'avais » et c'est pas tant « et si j'avais » plutôt que « et si j'étais » déjà. Mais en fait, c'est très, très vite gommé déjà par la totale indépendance. Alors, toutes les limites de l'indépendance et tu évoquais la fiche de paye qui tombe pas tous les mois. Et en fait, c'est peut-être juste ça. Et dans le principe, il se trouve que dans ma fonction et compte tenu de mon parcours, je rencontre énormément de DRH que j'admire, mais encore plus qu'avant parce que je sais la complexité dans laquelle il et elle naviguent en permanence avec tous les enjeux et toutes les injonctions contradictoires et les réglementations, etc. Et j'admire vraiment sincèrement qu'il reste... ou que certains aient même encore envie, il est très jeune, de se lancer dans cette fonction. Mais je n'ai pas envie d'y retourner. Donc, il n'y a pas de regret sur le move. Il n'y a pas de regret sur la fiche de paye. Parce que oui, c'est très confortable d'avoir un très gros salaire, de très bien vivre. Ça a beaucoup de contraintes aussi. Moi, je n'ai pas vu mes enfants pendant 4-5 ans. Alors, j'adorais ça. Je voyageais dans le monde entier. C'était extrêmement épanouissant. Et pour rien au monde, je ne renierais ni ne regrette cette période. Mais quand j'ai entendu mes enfants me dire, le samedi soir, tu partais et on ne voyait pas le week-end et on pleurait. Alors aujourd'hui, ils sont adultes, mais à l'époque, ils étaient jeunes. Et voilà, donc on n'a rien sans rien. Je pense que c'est à l'heure de se dire, je vais avoir un méga salaire et j'ai zéro contrainte. Et en même temps, je pense qu'on peut aussi très bien vivre. Et tout dépend de ce qu'on entend par bien vivre. Est-ce que c'est la fiche de paye ? Est-ce que c'est la façon de vivre ? Est-ce que c'est le rythme de vie ? Est-ce que c'est l'organisation personnelle ? Enfin, chacun ses critères, en fait. Oui,
- Speaker #1
tout à fait.
- Speaker #0
Il y a cette petite réminiscence, questionnement, mais elle est très fugace. Et je pense qu'elle est finalement là pour me rappeler, vas-y, continue et ça paye. Donc, vas-y.
- Speaker #1
Oui, et puis tu vois, tu dis bien vivre, mais bien vivre avec le même... Enfin, tu ne vis pas aussi bien avec X salaire quand tu es perdu au fin fond de la campagne bretonne que quand c'est en plein Paris, tu vois. Donc, c'est aussi, j'ai envie de dire, ce n'est pas forcément le montant du salaire, mais de combien on a besoin pour... vivre. Et quand je dis vivre, ce n'est pas survivre, c'est vivre, pouvoir profiter et ne pas passer sa vie à cravacher et puis à ne pas lever le nez, j'ai envie de dire. Et aujourd'hui, qu'est-ce que tu préfères ? Qu'est-ce que tu préfères dans ton quotidien d'entrepreneur ? Maintenant que tu es toute seule, tu n'as pas de... Alors, tu as des contraintes, mais j'ai envie de dire quand tu es entrepreneur, c'est aussi que tu as plus de choix sur le... sur les contraintes, et elles te sont moins imposées que quand tu es salarié, qu'est-ce qui t'épanouit le plus dans ton statut d'entrepreneur ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. Ça ne m'étonne pas de toi de me la poser.
- Speaker #1
Tu es claire à l'habitude de mes questions, toujours un peu tirées par les cheveux et où je creuse toujours plus.
- Speaker #0
Non, ce n'est pas tirées par les cheveux, c'est creusées. Mais c'est une très bonne question. En fait, j'ai envie de répondre tout. C'est à la fois la liberté de m'organiser, la liberté de travailler d'où je veux, une forme de liberté aussi par la communication et l'approche finalement d'attirer vers moi des personnes qui ont envie de bosser avec moi et avec qui j'ai envie de travailler. Parce que, évidemment, c'est dans les deux sens que ça doit se passer. Il y a aussi le fait de toucher à plus de sujets finalement qu'avant, qui sont des sujets de la fonction RH. Donc la communication, par exemple, forcément, c'est des sujets qu'on a abordés en com' interne. Mais comment se projeter vis-à-vis de l'extérieur, pour moi, c'est très nouveau, en fait. Donc ça vient nourrir encore une fois la curiosité. Je n'ai pas tellement de sujets de... D'inquiétude, mais j'ai aussi la chance, ou en tout cas j'ai fait un choix délibéré, de me lancer à un moment où mes charges à moi diminuaient. C'est là que j'admire beaucoup les jeunes entrepreneurs comme toi qui se lancent avant ou au début d'une vie, de la vie professionnelle. Parce que la vie, en tout cas chacun a sa vie et elle peut être très différente de la mienne. Mais si je projette la mienne, je n'aurais pas osé, moi, avec qui je suis, me lancer quand j'avais mes trois enfants petits. Ce n'était pas jouable, j'aurais eu trop peur. Donc aujourd'hui, c'est possible pour cette raison-là, justement. Ils sont lancés, leurs études sont terminées, c'est payé. Oui, tout, en fait. Je fais juste ce pour quoi je suis faite. Et c'est merveilleux. C'est le kiff total. Mais du coup, ce qui est très amusant, c'est que quand j'ai des clients, notamment en outplacement, qui m'exposent et avec lesquels je travaille, sur leurs doutes ou leurs peurs, etc. et qui me demandaient, toi, comment tu as fait ? Et que je leur dis ça, en fait, c'est... Beaucoup l'entendent comme un message d'espoir, en fait. Parce que tu es née d'une situation extrêmement difficile, qui a été accentuée par une situation personnelle, je veux dire, encore plus difficile, puissance 10, un an après. Et que malgré ces deux passages très compliqués, aujourd'hui, je suis très heureuse dans ce que je fais. et j'ai vraiment le sentiment de faire ce pourquoi je suis faite. Et ce à quoi, finalement, toute ma vie m'a préparée pour être prête aujourd'hui.
- Speaker #1
Et du coup, je voulais te poser cette question aussi parce qu'on en avait parlé un peu en off, mais ça change quoi, tu vois ? Parce que quand tu étais DRH dans une boîte, finalement, tu parlais au « nous » . C'était « nous » , l'entreprise, etc. Et quand tu es entrepreneur, tu parles plutôt aux jeux, je pense notamment dans ta communication. Et il y a aussi, finalement, les gens, ils viennent te chercher toi, ils ne viennent pas chercher l'entreprise. Et donc, est-ce que ça a été une difficulté pour toi, justement, de te mettre davantage en avant, toi, Claire, de parler aux jeux, de prendre la parole en ton nom, de prendre position aussi sur certains sujets ? Est-ce qu'il y a eu un moment... Un peu, j'y vais, j'y vais pas, oui, non, mais peut-être.
- Speaker #0
Il y a deux questions pour moi dans ta question. La première sur le passage du « nous » au « je » . Il se trouve qu'en tant que DRH, tu fais aussi partie d'une équipe de direction. Et donc, exprimer ton point de vue avec « je » . C'est-à-dire, ma fonction, mes « je » pensent que c'est quelque chose que j'ai toujours vécu. Donc, on n'est pas dans... En tant que DRH, tu prends la décision, boum, et puis elle s'impose et débrouille-toi, etc. Ça peut arriver, bien sûr, mais pas toujours et certainement pas majoritairement. Donc l'habitude de m'exprimer sur le jeu, moi j'ai dû la prendre en interne. Je me souviens, j'avais 30 ans ou 31 ans. Je venais d'arriver chez CAP à l'époque et c'était mon premier comité de direction. Sauf que j'avais 30 ans. Et autour de moi, j'avais que des cadras hyper experts, etc. Et donc, je n'osais pas exprimer mon point de vue. Sauf qu'évidemment, je l'exprimais dans le couloir à une ou deux personnes à qui je m'entendais bien, en qui j'avais confiance. Et un jour, c'est revenu aux oreilles de notre CEO commun à tous et qui m'a pris entre quatre yeux en me disant « J'apprends que tu as un avis quand même très pertinent, donc pourquoi tu ne le dis pas en codire ? » Donc, il m'a obligée à sortir le jeu. Et ça a été un chemin d'apprentissage aussi, parce qu'il faut savoir le présenter, trouver la bonne tactique, le bon moment, les stratégies d'influence, etc. Mais néanmoins, j'ai appris à faire ça. Donc, passer du « nous » au « je » , quand on a été forcé quasiment à passer du « je » d'abord au « je » , c'est OK. Là où c'est plus compliqué, ça a été au début. Enfin, au début, et le début a bien duré deux bonnes années. de Aide, c'est de ne pas confondre la réponse négative entre moi et moi. C'est-à-dire, quelqu'un qui choisit pour être accompagné, il n'a pas envie de travailler avec moi. Mais OK, je ne vais pas remettre en question non plus qui je suis, parce que l'autre n'a pas envie de travailler avec moi. Il y a 8 milliards d'individus sur Terre, donc je vais bien en trouver quelques-uns qui ont envie de travailler avec moi. Et c'est le cas. Et ça se passe très bien. Donc le vrai sujet, c'est la non-confusion entre je te dis non en tant que, soit sur la méthode O, soit parce que quelque part j'ai rencontré quelqu'un avec qui j'ai plus de fit, et c'est ok. Et de ne pas me mettre moi. en cause intégralement en tant que personne. On peut toujours tout améliorer, à commencer par la com, la présentation, l'écoute, les questions, enfin tout ce qu'on veut, mais ça ne doit pas remettre en cause qui je suis en tant que Claire. Et ça doit être très clair pour l'autre.
- Speaker #1
Et j'allais répondre, c'est très clair, tu vois. On pourrait en parler pendant de longues heures encore, parce qu'on parle toujours beaucoup avec Claire quand on sait en vidéo. Et je voulais quand même te demander, s'il y a une personne qui a 20-30 ans de carrière dans une entreprise, qui hésite, qui a cette petite voix dans la tête qui se dit « j'ai envie de me lancer, mais je n'ose pas parce que x, y, z » , qu'est-ce que tu aurais envie de lui dire toi avec le recul et l'expérience du coup ?
- Speaker #0
La première chose, c'est de prendre le temps de la réflexion. C'est vraiment de prendre le temps de la réflexion. Il y a peser le pour et le contre, qui est le côté très cartésien, rationnel. Mais il y a aussi de suivre son instinct. Parce que cette petite voix intérieure qui peut pousser, mais ces petites clochettes intérieures qui peuvent aussi alerter sur tel ou tel sujet. sont aussi, voire plus importantes pour moi, que le plus ou moins très pratico-pratiques du matériel, du salaire, du contrat, etc. Donc, prendre le temps, pour moi, c'est essentiel. Tester aussi son idée ou ses idées. Aller rencontrer du monde, voir comment on se sent quand on en parle, voir comment... faire attention à comment on se sent quand on vous répond, quand on vous donne un avis dans tel ou tel sens. Typiquement, quand je te dis certains m'ont dit focus une seule chose et moi j'ai dit c'est pas possible, j'y arrive pas en fait. Ok, et chacun son chemin mais le message principal c'est suivez vos rêves en fait. S'il y a quelque chose qui vous appelle et que vous vous sentez appelé vers une mission ou vers une façon de vivre votre vie d'abord on n'en a qu'une. et ensuite la vie des autres c'est la vie des autres donc moi j'ai entendu x fois y compris de très proches mais pourquoi t'as quitté telle boîte mais c'était tellement bien t'as choisi de quitter tel nom bah
- Speaker #1
oui mais venez vivre ma vie en fait voilà c'est la projection de leur propre peur sur toi mais en fait toi c'est toi et c'est tes décisions, ta vie,
- Speaker #0
tes choix Donc c'est ça, c'est suivez vos rêves et soyez vous-même en fait. Et c'est là que pour moi, je reviens sur mon prénom, c'était très clair. Mais c'était très clair. Oui. À majuscule.
- Speaker #1
Oui, et puis en fait, tu as dit une phrase qui moi a profondément changé ma manière de voir la vie, c'est on n'a qu'une vie. et cette vie-là, en fait, elle peut s'arrêter demain. Donc, c'est hyper important, dans la mesure du possible, de la vivre pleinement, cette vie.
- Speaker #0
Et ça, pour moi, c'est un enseignement qui vient de façon assez peut-être étrange des plus jeunes. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que je choisis d'avoir des partenaires qui sont aussi jeunes, beaucoup plus jeunes que moi, puisque tu as l'âge de mon fils. Donc, globalement, je ne vais pas me projeter en maman. Ce n'est certainement pas le propos. il y a une responsabilité vis-à-vis du futur qu'on bâtit en tant qu'entrepreneur. Il y a aussi une... Moi, s'il m'arrive quoi que ce soit, demain, j'ai eu une très belle vie et je l'ai déjà dit à mes enfants et tout va très bien, en fait. Voilà, ça me pressait. Mais j'ai été très gâtée. Donc, c'est cool. Mais pour le coup, quand je... se sont passés les attentats du Bataclan en 2015. Moi, ça a été le déclencheur. Et j'avais quand même à l'époque déjà 45 ou 46 ans. Donc, de comprendre que la vie peut s'arrêter à n'importe quel moment. Et mes enfants que j'ai vus autour, inquiets à l'époque, et à juste titre, comme tout le monde, eux l'ont compris beaucoup plus tôt. Quand ils l'ont compris, moi je l'ai compris avec. Et c'est à ce moment-là que c'est devenu encore plus prégnant pour moi que... Si vous avez envie de quelque chose, allez-y. Le mode tête brûlée, ce n'est pas trop mon style. Je suis plutôt un mode prudent. Donc, c'est mesuré et c'est réfléchi avec plan A, plan B, etc. Si il y a le plan A qui vous attire, vous foncez, quoi.
- Speaker #1
Je pense qu'on va s'arrêter sur ces belles paroles. Merci infiniment, Claire, d'être venue sur Signeau Recto Verso. Avant qu'on se quitte, où est-ce qu'on peut te retrouver si jamais on a envie de travailler avec toi ou même de te suivre ?
- Speaker #0
Alors, on peut me retrouver sur LinkedIn, Claire Depagnon, et puis sur le site magnifique site bâti avec...
- Speaker #1
Avec amour !
- Speaker #0
e-aide a-6-h-e-a-d Voilà.
- Speaker #1
Super. Écoute, tous les liens seront dans les notes de l'épisode. Merci beaucoup Claire et puis à très vite.
- Speaker #0
Merci beaucoup Lola. À très bientôt.
- Speaker #2
Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode de CEO Recto Verso. Si cette conversation vous a inspiré, touché ou donné matière à réfléchir,
- Speaker #1
pensez à lui laisser une note 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée ou à le partager autour de vous car c'est ce qui aide le podcast à grandir et c'est aussi Merci. une belle manière de soutenir mon travail. Vous pouvez également me retrouver sur LinkedIn ou sur notre site internet agence-carencia.com On se retrouve très vite pour un prochain épisode et je vous dis à bientôt.