- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Il y a des histoires que l'on garde en silence pendant des années, parce qu'elles sont trop lourdes, trop complexes, trop intimes. Aujourd'hui, je reçois Claire Estia. Dans son livre, À cœur vaillant, Claire raconte un parcours marqué par un traumatisme sexuel à l'âge de 8 ans, qui a profondément bouleversé son rapport à elle-même, aux autres et au monde. Mais ce livre ne s'arrête absolument pas à ce qu'elle a vécu. Il explore... tout ce qui vient après. Les mécanismes invisibles que l'on met en place pour tenir debout, la dissociation, le contrôle, l'hypersensibilité, les troubles du rapport au corps et toutes les formes d'addiction. Tout ce que l'on construit parfois sans s'en rendre compte pour continuer à avancer. Et surtout, il pose une question essentielle. Comment ne pas se résumer à ce qui nous est arrivé ? Ce que Claire raconte est un chemin Un chemin de lucidité, de compréhension, de reconstruction. Un chemin pour retrouver une forme de dignité et transformer ce qui nous a fragilisés en une forme intérieure. Aujourd'hui, on va parler du corps, de la mémoire, des mécanismes de survie, mais surtout de ce moment où l'on décide de reprendre le pouvoir sur sa vie. Claire, bienvenue chez Cerveaux Puissants.
- Speaker #1
Merci Claire.
- Speaker #0
Alors, je suis très heureuse de te recevoir. Parce que quand on a échangé, tu m'as tout de suite parlé de lumière et de positif. Et nous, c'est tout ce qui nous lie avec Savo Puissant. On commence toujours de la même manière nos interviews, en posant justement cette question lumineuse. Quel est le mantra ou la situation qui te fait tenir ou qui te résume ?
- Speaker #1
Le courage et la gentillesse. Ça, c'est deux points clés qui peuvent me résumer.
- Speaker #0
Alors, on le voit aujourd'hui, le courage et l'info pour écrire un livre. sur une histoire douloureuse et compliquée. Qu'est-ce qui t'a donné la force, justement, de raconter cette histoire ?
- Speaker #1
La force, je l'avais déjà en moi parce que j'ai dû subir le traumatisme et surtout le transformer. Donc je pense que la force, une fois qu'on l'a en soi, on l'a pour toujours. Et puis l'envie, ça a été un hasard, en fait. Et il faut suivre son instinct, donc j'ai décidé de le suivre et de commencer cette aventure de l'écriture. Alors concrètement, ce livre raconte qu'à 8 ans, tu as été victime d'un traumatisme violent,
- Speaker #0
sexuel. Est-ce que tu peux nous raconter ce qui t'arrive à cet âge-là ?
- Speaker #1
À cet âge-là, j'ai 8 ans, mes parents sont séparés, ma mère organise un dîner à la maison avec des amis. Et puis, il y a une personne que je n'ai jamais vue et qui semble être l'ami de ma mère, enfin, pas le compagnon, mais le petit ami de ma mère. un temps en fait. Et moi, je dis bonjour aux gens. Puis après, j'ai 8 ans, donc très vite, je vais dans ma chambre qui est assez loin du lieu où il y a ce dîner. Mais ma chambre est à côté des toilettes, donc certainement que cet homme a dû prendre le prétexte de s'y rendre pour venir me voir et s'asseoir sur mon petit lit d'enfant et puis m'imposer des choses que je ne voulais pas faire.
- Speaker #0
Alors, à ce moment-là, évidemment, comme beaucoup d'enfants, tu ne dis rien.
- Speaker #1
Je ne dis rien.
- Speaker #0
Tu ne dis rien suite à cet événement.
- Speaker #1
Je ne dis rien. Sur le moment, je ne dis rien parce qu'en fait, très vite, je suis coupée en deux entre le réel et l'irréel. J'ai 8 ans et je pense qu'à l'époque, plus que maintenant, 8 ans, on ne sait rien de la sexualité. Et donc, ce que cet homme m'impose... Je ne sais pas dire, je sens bien que ce n'est pas bien, mais je ne sais pas vraiment non plus. Par contre, très vite, il va m'imposer le secret. Et le secret chez les enfants, c'est quelque chose que l'on apprend dans les contes de fées. C'est quelque chose qui m'a imposé, c'est quelque chose que j'ai suivi, parce que c'est quelque chose que j'avais déjà eu à traiter avant ce traumatisme-là. Et il m'a dit que si je le disais à ma mère, elle allait mourir. Et donc, moi, je ne voulais pas que ma maman meure. Donc, je me suis engouffrée vers ce secret parce que c'était aussi, pour moi, une façon, alors d'abord, d'être plus vertueuse parce que de quelque chose de sale qui m'était arrivé, je devenais magique. En gardant ce secret, ma maman allait rester en vie. Donc, c'est fort quand même de pouvoir avoir cette capacité-là. Et puis en... Avec ce secret, ça faisait en sorte que ça n'avait pas eu lieu, puisque c'était le nier. Donc moi, ça m'arrangeait bien, quelque part, de ne rien dire aussi.
- Speaker #0
Alors, tu dis que c'est parce que c'est ton âme d'enfant. Je crois que malheureusement, quand on a un choc, quel qu'il soit, à n'importe quel âge, le cerveau a cette capacité, en fait, d'essayer de nous faire oublier et de nous mettre dans cette zone d'ombre, en fait, pour nous protéger. Donc, c'est le cas, en tout cas, évidemment, des enfants, mais aussi même des adultes qui vivent un choc très violent,
- Speaker #1
qui, en fait, se protègent en se disant, qui créent cette zone trouble de « c'est pas si grave que ça » . Le cerveau est brisant. Ici, on peut le dire plus qu'ailleurs, mais en fait, même enfant, ce qui est intéressant, c'est que vous êtes dissocié parce que j'ai un corps d'enfant, je suis une enfant, j'ai 8 ans, mais mon cerveau prend une décision d'adulte. Le cerveau c'est quelque chose de malique. C'est comme un pansement, un médicament. Il sait quoi faire pour vous, comment vous faire du bien. Et cette dissociation, c'était essentiel pour moi parce que sinon, je n'aurais pas pu y survivre. Mais ceci dit, après, il faut rebasculer à un moment donné.
- Speaker #0
On va en parler. Alors donc, cet homme-là, il te menace, il te dit que ta mère va mourir, mais ce que tu expliques très bien,
- Speaker #1
c'est qu'au-delà de ça, il continue pendant très longtemps à avoir une ambrée sur toi. qui te fait aussi énormément souffrir. Est-ce que tu peux nous l'expliquer ? L'emprise a duré 8 ans, donc de mes 8 ans à mes 18 ans, parce qu'il a voulu... Il est resté vraiment, à mon avis, 3 mois dans la vie de ma mère, donc on ne s'est pas revus vraiment physiquement. Mais par contre, il savait quand me joindre et il appelait. Et là, c'était une autre forme d'agression, puisqu'en fait, lui se masturbait au téléphone. Moi, je devais... L'encourager, mais je ne savais pas comment faire, donc c'est lui qui me dictait ce que je devais dire. Après même, à un moment donné, il a voulu que je me touche, ce que je n'ai pas fait puisque c'était par téléphone, mais néanmoins je lui disais que je le faisais. Et puis mon apprentissage sexuel s'est fait à l'aune de ces années d'emprise aussi. C'est très troublant parce que je voulais que ça se passe, parce que je savais que ça allait se passer, mais je voulais que ça se passe vite. et que ça se passe bien. Et pour ça, il fallait être bonne. Et donc, moi, il m'avait dit à mes 8 ans que j'avais été bonne, que j'étais presque meilleure que ma maman. Oui, douée. Douée. Donc, c'était difficile à entendre. Et puis après, finalement, je me suis dit que douée, c'était bien, parce que ça le faisait aller vite, et que moi, ça m'arrangeait aussi. Donc, cette emprise a duré effectivement 10 ans.
- Speaker #0
Et là, toujours, tu ne dis rien à personne ?
- Speaker #1
Je ne dis rien à personne parce qu'en fait, j'étais persuadée depuis le début que il fallait que j'atteigne mes 18 ans. Parce qu'à 18 ans, je suis responsable de moi, je peux me débrouiller toute seule. Parce qu'en me menaçant, il m'avait dit aussi que si ma mère mourait, qu'est-ce qu'on ferait de moi ? Je n'avais pas vraiment de père, je n'avais pas vraiment de famille, donc il m'avait dit de tirer à la das. Donc moi, je ne voulais pas. Je me suis dit non, ma mère, c'est mieux. Donc, il fallait que je tienne jusqu'à mes 18 ans, et ce que j'ai réussi à faire.
- Speaker #0
Quels sont tes rapports aujourd'hui avec ta mère ?
- Speaker #1
Alors, difficiles. Ils ne l'ont pas été jusqu'à ce que j'écrive ce livre. En fait, elle a appris à l'âge de 36 ans, enfin quand j'ai eu 36 ans, ce qui m'était arrivé. Pas avant. J'aurais voulu d'ailleurs ne jamais lui dire. Donc, à 36 ans, ça allait. Elle a été triste, elle a été malheureuse, bien sûr. Mais là, ce qui est plus difficile avec le livre, c'est qu'elle va être confrontée au regard des autres.
- Speaker #0
Au regard des autres, à la vérité, et à sortir de ce déni de pourquoi est-ce que je n'ai pas vu, en fait.
- Speaker #1
Oui, les gens vont la juger. Et en fait, visiblement, elle est plus sensible parce que les gens vont dire d'elle que par la souffrance que moi j'ai eue.
- Speaker #0
Oui, alors c'est vrai que c'est très dur pour des parents. Enfin, ça arrive beaucoup que des parents soient dans un déni, en fait, mais qui est aussi inconsciemment... de pouvoir accepter qu'ils n'ont pas pu protéger leurs enfants.
- Speaker #1
Mais moi, je ne lui en veux pas. Dans ce livre, il n'y a rien qui peut penser que je lui en veux. Je ne lui en ai jamais voulu, je ne l'ai jamais jugé. Donc, elle ne pouvait pas savoir. parce que j'ai été très bonne.
- Speaker #0
Très douée.
- Speaker #1
Très douée. Dans la défense du secret.
- Speaker #0
Alors, tu l'as dit parce qu'en fait, cette force que tu as en toi et ce courage, comme tu l'as évoqué, il vient aussi... Tu as malheureusement eu d'autres expériences avant celle-là qui t'avaient déjà un peu endurci,
- Speaker #1
déjà préparé probablement à ce destin. Est-ce qu'on peut en parler ? Oui, alors avant ce qui m'est arrivé à 8 ans, Ma mère m'avait laissée chez mes grands-parents jusqu'à l'âge de 6 ans. Et mon grand-père était un homme adorable, sauf quand il buvait. Et quand il buvait, il était violent avec ma grand-mère. Et depuis très longtemps, le rôle de ma mère avait été de protéger ma grand-mère. Dans la fratrie, c'était elle. Et je pense qu'inconsciemment, elle m'a confiée chez mes grands-parents pour que moi j'endosse ce rôle, pour continuer de protéger ma grand-mère, ce que j'ai fait. Mais toujours sans rien dire, en fait. Donc c'est pour ça que le secret, c'était quelque chose que j'avais déjà expérimenté. Et donc, très petite, j'ai dû me mettre entre les menaces, les coups et ma grand-mère, ou le couteau et ma grand-mère, pour la protéger, et ça marchait. Donc moi, j'étais déjà miraculeuse à l'époque. Enfin, c'était le sentiment que j'avais. J'ai grandi avec cette conviction-là.
- Speaker #0
Alors ce qui est vrai, c'est que c'est impressionnant. On parle beaucoup d'héritage invisible qu'on se transmet de génération en génération, notamment les femmes. C'est vrai que toi, pour le coup, c'est la grand-mère, la mère, puis toi, agressés, en tout cas là, c'est des hommes, qui se protègent les unes des autres, mais finalement, qui n'arrivent en tout cas, peut-être jusqu'à toi maintenant, à briser cet héritage. Et que finalement, toi, tu fais aussi dans ce livre, pour dire maintenant, le silence et la honte doivent changer de camp. Et c'est vrai que je pense que... Moi, je suis persuadée qu'à terme, ta mère, à un moment, comprendra ce geste très courageux. Ce qui est impressionnant, c'est quand on te parle et quand on a discuté ensemble au téléphone, tu as une bonté, une lumière, je l'ai dit au début. C'est vrai que toi, ce que tu m'as tout de suite dit, c'est que ça ne sert pas à rien et en tout cas pas pour le mal. Et donc, tu en as fait ton chemin de croix, si je puis dire.
- Speaker #1
Oui, il faut faire du bien pour ne pas vivre pour rien, en fait. Ça, j'en suis intimement persuadée. Et j'ai décidé que tout ce qu'on m'avait imposé avant, j'allais le transformer. Donc en fait, quand il m'est arrivé ça, petite, à 8 ans, je me suis dit, ok, il m'a pris mon enfance, j'allais y retourner pour la réparer. Quand j'ai pris un biberon pour me sortir de mes problèmes d'anorexie plus tard, il m'avait pris ma candeur. j'allais garder toujours le pouvoir de l'émerveillement il m'avait pris ma première fois, j'allais m'en refaire une autre m'en reconstruire une autre il m'avait imposé le silence je ferais un métier de communication il m'avait imposé le secret, je dirais toujours la vérité je me suis dit, si ça c'est la vie ça ne peut pas être ça donc je vais prendre tout le contraire c'est ce que j'ai voulu si on ne fait pas sens avec ce qui nous arrive On fait une carrière de victime toute sa vie. Et ça, je ne le voulais pas. Ce n'était pas pour moi.
- Speaker #0
Est-ce que tu crois... On va en parler de tout ce que tu as évidemment traversé avant d'être cette femme qui tient le temps debout. Mais est-ce que tu crois qu'on est tous capables ?
- Speaker #1
Je suis persuadée que oui. Je suis persuadée qu'à tous les moments de sa vie, on peut changer de direction. D'abord parce que... on est responsable que de sa propre vie. Donc, si non, on ne le fait pas. Personne ne peut le faire pour les autres. Et puis, il faut être attentif au signe du destin, au signe de la vie. Rien n'est dû au hasard. Tout le monde peut le faire si on est en capacité à capter ces petites choses de la vie, ces petites choses du destin, ces infimiliens qui font que c'est maintenant que la lumière est là, je la prends, je la capte, je ne la lâche pas.
- Speaker #0
Alors évidemment, tu as quand même une enfance très bouleversée, et tu le racontes dans ton livre, par de l'anorexie,
- Speaker #1
tu viens de l'évoquer. Est-ce que tu peux nous expliquer toutes ces formes où probablement ton corps exprimait cette souffrance ? J'étais cantonnée au secret, donc il fallait bien que ça sorte d'une autre manière. Et en fait, moi je ne voulais pas être désirée, et pour ne pas être désirée, il ne faut pas être désirable. Et dans un cerveau de petite fille, à 8 ans, l'équation doit être facile à résoudre. Donc pour moi, si j'étais moche, si j'étais grosse, je ne serais pas désirée. Donc d'abord, j'ai grossi. Puis après, quand à l'adolescence, il y a la poitrine, le corps qui change, tout ça, donc je me suis dit non, ça, ça ne va pas. Donc, je me suis mise à arrêter de manger. Et puis, j'ai fait des yo-yos comme ça, plus 30 kilos, moins 30 kilos, beaucoup de fois. Et puis, j'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un dans ma vie qui m'a beaucoup aidée, et par hasard, et qui m'a demandé un jour de remanger. J'étais une toute petite chose, très très fraîle. Il m'a demandé de remanger. Et j'ai voulu le sauver, lui, parce que lui avait des choses à sauver. J'ai voulu le sauver et je lui ai dit oui. Et donc je me suis dit, bon, je suis rentrée chez moi en me disant, mais comment je fais pour remanger ? Parce que pour moi, c'était infranchissable, le fait de pouvoir mettre quelque chose dans ma bouche et de l'avaler aussi simplement que ça, ce n'était pas possible. Donc je me suis dit, je retourne dans l'enfance. Mais à partir de demain, ma vie sera belle. Donc je suis allée chez Bonpoint m'acheter un très beau biberon, alors que je n'avais pas un rond. Et je me suis dit que j'allais reprendre ma vie du début. Donc j'ai commencé par de la poudre au premier âge, pendant des mois, puis deuxième âge, et après les petits pots et tout ça. Et c'est comme ça que j'ai réussi à reprendre et éduquer. Comment cette idée t'est venue de faire ça ? Tu l'as lue, tu l'as vue ? Je me suis réveillée. J'ai fait cette promesse un soir. Et je me suis réveillée le matin avec cette idée. Et je ne sais pas du tout d'où ça m'est venue.
- Speaker #0
En tout cas, c'est ça qui t'a sauvée ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Reparcourir cette enfance et cette adolescence ?
- Speaker #1
Alors, ça a été aussi facile que ça. Parce que quand on a été anorexique et boulimique, c'est une addiction. Et tous les gens qui ont une addiction savent que de toute manière, c'est pour toute la vie. Donc il faut être humble en se disant qu'on n'est jamais guéri. Et moi, j'ai quand même après ça vécu pendant des années et je vis encore. Je me suis un peu allégée, mais j'ai mangé sans sel, sans sucre, sans gras, sans huile, sans beurre, sans fromage, sans rien que ce qui pousse et ce qui se tue, grillé ou à la vapeur. Donc j'étais un cauchemar.
- Speaker #0
Je rigole, mais est-ce que...
- Speaker #1
Je mettais mon doigt sur un plat quand il m'arrivait au restaurant. S'il luisait, je renvoyais. Les gens avaient vraiment peur avec moi. Et j'ai tenu comme ça parce qu'il me fallait un cadre. Parce que si je n'avais pas de rigueur, j'avais peur.
- Speaker #0
Et donc, dans tous ces moments-là et tout ce qui se traduit avec ton corps et ta manière aussi d'être, ta posture, personne ne te pose jamais de questions. Mais pourquoi, Claire, es-tu comme ça ?
- Speaker #1
Non, parce qu'en fait, tout le monde se sert de moi. Parce que comme je suis très vaillante, comme je suis très docile, comme je fais tout bien, comme à l'école ça va bien, quand je prends des bonnes notes, je fais des bons exposés, tout le monde a besoin de moi. Donc tout le monde dit, Claire ça va, Claire elle va te le faire, Claire elle est gentille, Claire elle va t'aider. Si je me lance un défi, si quelqu'un me demande quelque chose, je vais réussir, parce qu'il n'y a pas moyen que j'échoue. Donc en fait, oui j'étais très dure, très rigide. très, très... Mais ça allait bien à tout le monde.
- Speaker #0
Alors, ce qui est vrai, c'est que toute ta vie, tu as aidé les autres. Et tu le fais encore aujourd'hui. Notamment dans ton livre, tu dis qu'à un moment, tu es tombée amoureuse de quelqu'un de malade. Tétraplégique ?
- Speaker #1
Oui, pas malade. Tétraplégique. C'est un état.
- Speaker #0
Exactement, pardon.
- Speaker #1
Je l'ai aimée comme ça, mais aimée vraiment, vraiment d'amour. Je l'ai aimée aussi parce que je pouvais le sauver et j'ai cru. Comme j'étais miraculeuse et magique, et bien que j'ai quand même une tête bien faite, j'en ai quand même été persuadée très longtemps. Et j'étais persuadée que j'allais le faire remarcher. Et évidemment, je n'ai pas réussi. Mais j'ai quand même réussi à le remettre debout dans la vie, à faire qu'il soit digne et que les gens le voient comme quelqu'un de normal.
- Speaker #0
Alors, ce qui est drôle, c'est que tu l'as aidé. Et finalement, lui, peut-être tu as tout aussi un peu dit, parce que c'est grâce à lui que tu as rencontré l'homme de ta vie aujourd'hui. C'est assez beau.
- Speaker #1
Alors, entre le moment où je l'ai quitté, ce qui a été très dur, parce que quitter quelqu'un qu'on aime, c'est dur. Quitter quelqu'un qu'on aime qui est handicapé, c'est encore plus dur. Il y a une vraie responsabilité. C'est extrêmement compliqué. Après, j'ai été avec un autre homme qui, lui, m'a quitté. Mais effectivement, c'est quand j'étais avec cette personne tétraplégique que j'ai rencontré une famille dont plus tard, j'ai épousé un des frères.
- Speaker #0
Et alors, pourquoi est-ce que tu as décidé de quitter cet homme que tu aimais ? À quel moment tu t'es dit, il faut que je change de vie ?
- Speaker #1
Non, je savais que si je restais avec lui, c'était... Jusqu'à ce que mort s'en suive, mais pour moi.
- Speaker #0
Tu avais fait ton chemin à ses côtés.
- Speaker #1
C'est très dur d'être avec une personne tétraplégique. Les personnes handicapées sont des gens en souffrance, qui sont extrêmement durs mentalement avec vous. Et moi, j'avais déjà un bagage qui était très lourd. Et sa famille, en plus, était très dure avec moi. Et donc, à un moment donné, je n'ai plus pu. Mais physiquement, je suis partie.
- Speaker #0
Et lui, pareil, ne savait rien de ton histoire ?
- Speaker #1
Non. Et donc, je l'ai dit à aucun homme, excepté mon mari.
- Speaker #0
Et comment ton mari a réagi quand tu lui as raconté ces tant d'années de secret ?
- Speaker #1
Il m'a dit « je sais pourquoi je t'aime et je sais pourquoi je t'aime encore plus maintenant » .
- Speaker #0
Donc il t'a poussé à écrire ce livre ?
- Speaker #1
Non, absolument pas. C'est un hasard qui m'a poussée à écrire ce livre, mais ce n'était pas lui. Et comme il est beaucoup à l'étranger, je ne lui avais pas dit que je l'écrivais. Et un jour, il est rentré de voyage et je lui ai dit « Tiens, regarde, j'ai écrit ça » . Et en fait, il m'en a beaucoup voulu. Parce qu'il m'a dit « C'est la première fois que tu me caches quelque chose » . Mais il l'a lu tout de suite, évidemment, il en a été fier.
- Speaker #0
Donc ce qui est important aussi comme message, c'est qu'on peut passer des années dans le silence, dans une forme de protection, jusqu'au jour où on rencontre quand même des gens de confiance qui sont capables de nous écouter, de nous comprendre. Parce que c'est vrai qu'il faut essayer d'expliquer, je pense, on est malheureusement beaucoup de femmes et beaucoup d'humains à vivre toute forme de violence. Mais en tout cas, en tant que femmes, on nous dit qu'on a dans notre entourage obligatoirement une femme qui a été victime de violences sexuelles.
- Speaker #1
Moi j'ai eu une grande chance et comme j'ai pris le contraire de tout ce qui m'était imposé, je suis partie du principe que c'est pas un homme qui allait contaminer toute ma vie amoureuse. Et donc je me suis mise à aimer beaucoup les hommes. Pas être avec tous les hommes, mais j'aime les hommes. Je les trouve merveilleux, je les trouve forts, je les trouve gentils, je les trouve beaux, je les trouve admirables. et donc Celui qui m'a fait ça n'a pas eu d'impact sur toute ma vie amoureuse. Et puis aussi, ce qui est important de dire aux femmes qui ont vécu ce genre de choses, c'est que si un homme vous a fait ça, il y en a peut-être un qui va vous sauver. Et moi, j'en ai plein qui m'ont sauvée. Cet homme qui m'a demandé de remanger, lui m'a beaucoup aidée. Ça a été un point de rupture dans ma détresse. Celui qui m'a permis d'écrire ce livre m'a aidée. Celui qui m'a dit « va écrire » , il a senti qu'il fallait que j'écrive. Je l'ai écouté. Sur votre vie, la vie est jalonnée de gens, de choses. Il faut savoir, par contre, bien observer, bien écouter. Et c'est là où vous captez aussi ce qui peut vous sauver.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression qu'écrire ce livre et libérer cette parole te sauve aussi ?
- Speaker #1
Alors moi, non. Moi, ça ne me sauve pas. Par contre, ça donne du sens. C'est-à-dire que je pense que rien n'arrive par hasard et que ce qui m'est arrivé devait m'arriver. Et ça devait m'arriver pour quelque chose. À moi de découvrir ce quelque chose. Si à travers ce livre, je peux aider ne serait-ce qu'une personne, moi j'ai trouvé le sens de ma vie.
- Speaker #0
Ce livre a en aidé, je pense, beaucoup. Et donc, à nouveau, bravo et merci. Tu te décris comme une profondément hypersensible. Est-ce que... T'as l'impression que ces épreuves te l'ont surdéveloppé ou tu l'étais déjà à la base ?
- Speaker #1
Alors ça, je ne saurais pas dire, mais en tous les cas, ça a tout exacerbé pour sûr. Ouais, je ne sais pas si je l'étais déjà, mais en tous les cas, je le suis devenu énormément.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu conseillerais à quelqu'un quand on est… Là, on te voit vraiment forte et reconstruite. Enfin, tu vois que tu n'as jamais vraiment été déconstruite. Mais ça n'est vraiment pas le cas de tout le monde. Il y en a qui s'écroulent. Quel est ton premier conseil ? Parce qu'évidemment, on s'est donné du sens, mais quand on n'y arrive pas, quel est ton premier conseil ? Est-ce que tu avais quelque chose qui te rattachait à cette lumière ? D'abord,
- Speaker #1
c'est normal de s'écrouler. Moi aussi, je me suis écroulée. Ça n'a pas été claque comme ça, en un coup de doigt. Non, je pense qu'il faut toucher le fond pour rebondir. Moi, quand j'ai été une toute petite chose anorexique, je ne donnais pas cher de ma peau, vraiment. Mais je pense qu'il faut faire rentrer la vie quand elle n'est presque plus là. Et c'est les petites choses, les petits liens qu'on va savoir. capter, donner, sourire. Généralement, quand vous êtes gentil, les gens vous rendent votre gentillesse. Moi, je ne peux pas imaginer quelqu'un qui dise non à la gentillesse. Donc, il faut expérimenter ce genre de choses. Vous pourrez aller à la boulangerie, sourier, demander comment ça va. C'est déjà un petit truc qui vous rallie à la vie. Évidemment, aujourd'hui, je pense que c'est plus compliqué parce que... On est un peu auto-sustentatoire avec les téléphones portables, les tablettes. Finalement, on vit dans un monde assez virtuel. Moi, je n'ai pas eu ça. Il ne faut surtout pas s'enfermer là-dedans. Parce que du coup, effectivement, le lien, vous ne l'avez plus. Je pense que lire aussi est une très bonne chose. Parce que ça capte la vie, c'est de l'oxygène. Vous pouvez aussi vous rendre compte qu'il y a des gens... qui ont vécu aussi des choses peut-être plus graves que celles que vous traversez et qui ont réussi à les surpasser, à les transformer. Et alors, vous pouvez peut-être vous dire que si eux, ils sont arrivés, vous aussi, vous allez pouvoir y arriver. Et puis croire. Parce que croire, c'est déjà la promesse de quelque chose d'autre qui est possible. Voilà.
- Speaker #0
Écoute, Nia Ba, de hasard, tu décris exactement ce qu'on essaye aussi de communiquer. Chez Cerveau Puissant, tu t'appuies beaucoup sur les travaux de Boris Cyrulnik et c'est vrai que là quand on t'écoute, toi ce que tu aimes c'est cette idée de faire sens, de sortir du chaos. Est-ce que tu l'as lu et ça t'a parlé ou est-ce que plus tard en lisant tu t'es dit « ah mais il pense comme moi » ? À quel moment il est arrivé dans ta vie ?
- Speaker #1
Il est arrivé dans ma vie, au début j'ai dû lire un magazine où on en parlait.
- Speaker #0
Mais tu n'as que l'âge à peu près ?
- Speaker #1
Je suis adolescente, je dois début de l'adolescence. Et puis aussi, il y a une citation que j'aime beaucoup de Monterland qui dit « Tout est blessure quand on est blessé » . Donc en fait, quand vous êtes blessé, vous allez vers tout ce qui peut vous rapprocher de vos blessures. Et donc Boris Cyrulnik, c'était bonne pioche parce qu'il a traversé quand même l'horreur. Et donc quand j'ai découvert... qui il était, ce qu'il avait traversé, et parfois des phrases comme ça, extraites de ses livres, je me suis dit, waouh, si lui, ce qu'il a traversé pendant la guerre, il a perdu sa famille, il est psychologue, il arrive à aider les autres, mon Dieu, c'est quand même intéressant de s'y plonger. Donc à ce moment-là... J'ai commencé à lire beaucoup, oui, venant de lui. Et c'est vrai que je m'appuie beaucoup sur ce qu'il dit, mais d'autres aussi. J'ai toujours beaucoup aimé les citations parce que c'est très résumé. Donc, vous vous dites que savoir mettre si peu de mots à la suite pour faire quelque chose d'exceptionnel. Il y a une autre phrase de Cocteau, par exemple, moi, quand j'ai jamais voulu haïr. Cocteau dit ne haïr que la haine j'avais toute ma vie de résumé et donc je me suis accrochée à ça et les citations je les ai aimées dès mes 10 ans je vais dire.
- Speaker #0
On a ça en commun et ce qui est vrai c'est que ce qui est important aussi c'est de se trouver des rôles des mentors et tu le dis dans les livres des choses qui nous font du bien, du baume au coeur qui vont pas nous aider tout de suite mais qui vont quand même se mettre dans un... Qui vont germer, exactement, qui vont germer. Et c'est des petites phrases finalement assez simples, mais qui vont nous porter. Et puis à un moment, quand ça s'organise mieux dans la tête, on arrive à avoir des élans. Et donc c'est vrai que c'est vraiment important de s'appuyer aussi sur des gens qui ont traversé des épreuves similaires ou d'autres épreuves. Ça nous aide. On est là quand même, nous, humains, pour s'aider les uns les autres.
- Speaker #1
Surtout.
- Speaker #0
Voilà, sinon ça n'a pas de sens d'être non-ensemble sur Terre. Non. Alors... Toi, tu as cet amour incroyable quand même que tu donnes aux autres, et tu n'as pas souhaité être mère.
- Speaker #1
Non. Alors, pour plusieurs raisons. D'abord, il faut faire des enfants pour de bonnes raisons. Et si vous avez de bonnes raisons de ne pas en faire, il faut s'écouter. Après, moi j'ai...
- Speaker #0
Je ne peux pas reproduire ce que je n'ai pas connu. Je n'ai pas eu une enfance joyeuse, merveilleuse, donc je n'ai pas eu la nostalgie de ça et vouloir l'offrir à mon tour. J'ai eu aussi ce rapport au corps compliqué et j'estime que je m'en suis super bien sortie. Et je n'ai pas voulu remettre tout en jeu, à la fois regrossir, avoir à remégrir. Je savais ce que j'avais traversé pour en arriver là. pas voulu m'infliger ça. J'ai été aussi... Alors, j'ai voulu en faire jusqu'à ce que j'ai un homme pour le faire. Parce que, aussi, c'est un diktat pour la femme que d'en faire. Et puis, quand j'ai eu mon mari, je me suis dit, en fait, non, j'en veux pas. Parce que mon bonheur, il est magique, il est exceptionnel, il me suffit. Et puis, aussi, pour les raisons dont on a parlé tout à l'heure, d'hérédité. Je pense que, moi, j'ai voulu rompre Avec la victimisation des femmes dans ma famille, le fait qu'elles ne veuillent pas s'autoriser au bonheur. Et je me suis dit, ce n'est pas la peine. Peut-être de refaire une autre lignée comme ça. Je ne sentais pas que c'était nécessaire pour moi. Donc voilà, toutes ces raisons ont fait que je n'en voulais pas. Mais pour autant, je suis hyper maternelle. Donc avec mon mari, avec mes amis. J'ai vu deux Ausha que j'ai considérés comme mes enfants, qui ressemblent un à mon mari et un à moi, même physiquement. Donc, dans nos caractères et physiquement.
- Speaker #1
C'est un truc, on voit plus les maîtres ou les maîtresses avec les chiens dans la rue, mais c'est quand même très drôle. Le chien ressemble toujours au maître. C'est drôle en fait. Et donc, c'est vrai aussi pour les Ausha. Nous, on a un lapin. Moi, j'ai vu des chiens, on a un lapin. Franchement, il est trop mignon. Et c'est vrai qu'il a notre... Il a notre énergie. Les animaux sont hyper intelligents. Ils sont aussi là pour nous aider, nous accompagner. Beaucoup ont des animaux en plus des enfants, au lieu d'enfants.
- Speaker #0
D'ailleurs, j'avais deux Ausha. J'ai commencé ce livre parce que j'étais un petit peu assignée à la maison parce que un d'eux était malade et que j'ai voulu l'accompagner dans sa maladie et être là vraiment. C'est pour ça que j'avais du temps et que cette amie m'a dit « écris » . Et je l'ai sauvée. Je savais que je le sauverais. Donc je l'ai sauvée. Et par contre, sa sœur est tombée malade quelques temps après. Et là, je savais que je la sauverais pas, par contre. Et j'ai fini ce livre le jour de sa mort. Mais non. Oui. Et leur ronron thérapeutique m'a considérablement aidée.
- Speaker #1
Après, je savais que les chevaux avaient un... Enfin, le rapport au cheval avait un... Un process très thérapeutique, je sais, mais bon, les années...
- Speaker #0
Les ronrons, c'est avéré en fait. D'accord, je sais. Alors d'abord, si vous êtes en convalescence avec un chat, vous allez cicatriser deux fois plus vite que si vous n'avez pas de chat. Pour les personnes qui ont des problèmes de tension de cœur, le rythme du ronron va faire diminuer votre tension, votre pression.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Ah oui, oui, oui. Le ronron est thérapeutique.
- Speaker #1
La nature est...
- Speaker #0
Regarde les japonais, ils font des cafés avec des Ausha.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Les gens qui ont besoin de liens, de tendresse et de calme, ils prennent un café avec des Ausha.
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai que, malheureusement, je m'imagine que c'est pour des raisons d'hygiène, mais il y a quelques hôpitaux où il y a des animaux et on dit que ça aide énormément les malades.
- Speaker #0
Et des EHPAD.
- Speaker #1
Et des EHPAD.
- Speaker #0
Parce que les personnes âgées, elles sont... les EHPAD c'est très compliqué, la gestion le manque de personnel et les animaux vont aider à avoir ce lien qu'elles n'ont plus
- Speaker #1
Merci de m'avoir appris ça aujourd'hui Si quelqu'un t'écoute aujourd'hui qu'est-ce que tu aimerais, qu'il traverse quelque chose de silencieux de lourd, qu'est-ce que tu aimerais vraiment lui dire pour conclure notre échange qu'il faut croire en la vie c'est un beau chemin
- Speaker #0
Et que si on croit aux belles choses, elles arrivent. Que le destin a forcément, moi je crois beaucoup au destin, le destin a forcément prévu quelque chose de magique quelque part. Et qu'il faut être attentif pour le découvrir. Merci Claire, j'étais ravie de te recevoir. Et très émue de tout ce que tu dis.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a une lumière qui rayonne.
- Speaker #0
On est clair.
- Speaker #1
Et donc merci de ta confiance et de ce magnifique message. que tu nous transmets aujourd'hui, et donc évidemment, il faut lire ton livre. qui est je crois cette parabole et cette douceur dont on a tous besoin même si nous n'en avons pas traversé quelque chose de similaire c'est vrai merci beaucoup merci Claire si tu as aimé ce podcast abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence