- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf.
- Speaker #1
Aujourd'hui, je reçois Yann Arthus-Bertrand.
- Speaker #0
Il y a des trajectoires qui ne se dessinent pas d'un seul trait. Elles avancent par déplacement, par prise de conscience, presque à bas bruit. A l'origine, rien ne le destinait à devenir cette voix que le monde écoute aujourd'hui. Dans les années 70, il part au Kenya pour étudier les lions. Il observe, il apprend, il s'imprègne. Peu à peu... Une évidence s'impose, l'homme n'est pas au-dessus du vivant. Il en dépend, il en fait partie, et cet équilibre est déjà fragile. Puis, son regard change, il prend de la hauteur, littéralement. Depuis une montgolfière, il découvre la terre vue du ciel, non pas fragmentée, mais entière, cohérente, et soudain, vulnérable dans son unité même. Alors, il décide de la photographier. Non pas pour en faire un décor, mais pour en révéler la vérité. Avec la terre vue du ciel, il bouleverse notre manière de voir. Il ne montre pas seulement la beauté, il introduit une forme de responsabilité dans le regard. Mais ce qui marque, c'est ce refus constant de rester à distance, ce besoin d'aller toujours plus près. Il quitte les paysages pour les visages, il écoute, il recueille. Avec human et woman, il donne à entendre une parole nue, parfois fragile, mais toujours essentielle. Et dans cette parole, quelque chose se révèle, une humanité traversée par les mêmes élans, les mêmes contradictions. Son travail ne cherche pas à convaincre, il insiste, il montre, il laisse une trace. Aujourd'hui, avec son exposition « Vivons ensemble à la Concorde » , il prolonge ce chemin. Il ne s'agit plus seulement de regarder la Terre ou d'écouter les hommes, mais se demander tout simplement comment continuer à vivre ensemble. Bienvenue Yann, chez Savo Puissant.
- Speaker #1
Merci beaucoup, vous êtes gentil mot.
- Speaker #0
Alors chez Savo Puissant... on commence toujours de la même manière. On pose à nos invités la question « Qu'est-ce qui vous tient debout ? » Quelle phrase ? Quelle citation ?
- Speaker #1
Ce n'est pas une question qui me tient debout, mais c'est une chose qu'on m'a dit, à laquelle je pense tous les jours. C'est une histoire un peu longue. Dans les années 80, je tombe en panne d'hélicoptère dans un petit village au Mali, ce qu'on appelle les agriculteurs de subsistance. Ce sont les gens qui ne... qui ne vendent rien, qui travaillent tous les jours comme un sacrifice quotidien pour nourrir leur famille. On a oublié ça, que comme tous les animaux du monde, il y a des hommes qui tous les jours travaillent à la main pour nourrir leur famille. C'est des gens qui font beaucoup d'enfants pour avoir des bras, c'est des gens qui ont peur d'être malades parce qu'ils sont malades, ils ne pourront pas nourrir leurs enfants. Et je passe trois jours avec eux, ils m'ouvrent leur cœur, ils me dessinent, ils me montrent leur vie. Moi je dessine ma maison, j'explique à ces gens qui n'ont rien et qui me donnent tout. Et je me dis, dans mon travail de la Terre du ciel, il me manque la parole des gens. Et donc, on a commencé ce gros travail, ça pèse 6 milliards d'autres, qu'on avait montré au Grand Palais, et après avec ce film Human. Et dans ce film Human, on a fait des milliers d'interviews, on pose un film à voir absolument, Human, qui est gratuit sur YouTube, et qui est sûrement mon meilleur film. Et dans ce travail, on va à Madagascar, on interroge une dame, une inquiétude de subsistance, une femme qui avait eu 16 enfants, dont 6 étaient morts. Et je lui pose une question à l'occidental, quel est votre plus grand rêve ? Quand tu cherches à nourrir ta famille tous les jours, bien sûr que la question de son plus grand rêve, c'est d'avoir assez pour nourrir ses enfants, l'éducation. Et elle me dit tout ça. Je lui dis non, Toi, en tant que femme, qu'est-ce que tu aurais à me dire ? Alors elle baisse les yeux, réfléchit, et elle me regarde fixement avec un petit sourire. Elle me dit, j'aimerais mourir avec le sourire. Mais qu'est-ce que c'est fort, qu'est-ce que c'est intelligent, on va tous mourir un jour. Et d'accepter sa mort, d'accepter la vie qu'on a eue, d'essayer de faire en mieux. Et c'est quelque chose qui m'a vraiment beaucoup marqué, que je dis souvent. Mourir avec le sourire, c'est peut-être un graal impossible, mais en tout cas d'essayer. Ça veut dire quelque chose, en tout cas pour moi, profondément, surtout à mon âge.
- Speaker #0
Merci, c'est une magnifique, je suis très émue, c'est une magnifique histoire et très digne. Et c'est vrai que c'est ça le but d'une vie. C'est comment, en fait, à la fin... Moi, je suis émue. Je suis hyper émue, non mais j'ai l'air, moi aussi, je trouve ça magnifique, en fait.
- Speaker #1
C'est vrai. Et surtout quelqu'un qui ne sait pas lire, qui ne sait pas écrire, ou du moins qui a un sens de la vie tellement intelligent, qui connaît bien mieux la vie que nous, qui ressent la vie beaucoup plus intensément que nous. Parce que c'est des gens qui vont en survie au quotidien. Et c'est autre chose, voilà. On a oublié tout ça. C'est essentiel.
- Speaker #0
Bien sûr. Et alors, ce qui est aussi intéressant, c'est que... probablement comme elle a perdu ses six enfants, elle a probablement ce rapport aussi très puissant à l'invisible. Et donc en fait, elle aussi, mourir, ça veut aussi dire rejoindre ce qu'elle a perdu trop tôt.
- Speaker #1
Certainement, certainement.
- Speaker #0
Donc il y a quelque chose de très beau. Et on oublie aussi, nous, dans cette vie actuelle, que l'invisible, en fait, est probablement...
- Speaker #1
Quand ma mère est morte, elle est morte, elle était assez âgée, et elle a dit, je veux retrouver Caroline. Caroline, c'était ma soeur aînée, qu'on n'a pas connue parce qu'elle est... Elle est née pendant la guerre et que mon père n'a pas connue. Elle avait gardé ce lien incroyable, tu vois, 80 ans après, avec cette petite fille qu'elle avait perdue. Et par contre, elle voulait s'enterrer avec elle. Pour elle, c'était important. C'était incroyable de penser. Elle ne parlait pas des autres enfants, c'est avec elle qu'elle voulait aller. Alors, c'est une petite fille qui a dû vivre 8 mois, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est magnifique.
- Speaker #1
80 ans après, je vous ai coté. Elle voulait rejoindre. Exactement, Caroline.
- Speaker #0
Oui, mais c'est vrai que nous, dans le podcast, en tout cas, on a eu la chance d'interviewer des gens beaucoup sur le deuil, mais de manière très lumineuse, très intense. Et en fait, on se rend compte qu'il y a plein de belles choses qui vont nous arriver. Après, on va rejoindre plein de belles personnes. En tout cas, on les voit. Oui,
- Speaker #1
on y croit.
- Speaker #0
Alors Yann, vous avez un parcours incroyable. Vous êtes un insatiable, vous êtes un passionné. Qu'est-ce qui vous rend aujourd'hui le plus fier ?
- Speaker #1
Alors, l'autre jour, j'avais une projection de mon film Woman, ici à la Concorde. Et j'étais avec Anastasia Mikova, avec qui on a réalisé ce film. Et quand j'ai vu tout le film, je me suis dit, là, on a fait quelque chose de très fort. On a fait un film... D'abord, moi, ça a changé ma vie complètement, mon regard sur ma mère, sur mes sœurs, sur ma femme, sur les femmes en général. Et je me suis dit, je suis vraiment fier d'avoir fait ce film. Alors que c'est un film qui a surtout été fait par une équipe de femmes. Moi, j'étais plutôt à regarder, j'avais envoyé des femmes autour du monde. Anastasia Mikova qui était la réalisatrice, surtout elle qui a mené le film parce que quand tu fais un film sur les femmes avec une équipe de vingtaine de personnes dont 18 femmes, les hommes n'ont rien le droit de dire. Je vois très bien. Et j'ai vraiment trouvé que ce film était la parole des femmes. Les femmes sont tellement plus courageuses que nous, tellement plus intuitives. Je ne vais pas dire des choses que tout le monde dit mais ça m'a... J'avais pas vu le film depuis longtemps. En tout cas c'est un film d'ailleurs que tout le monde peut demander. par les associations, il est gratuit et libre de droit. Voilà, des choses qui sont non commerciales.
- Speaker #0
Combien de femmes en tout vous avez interviewées ?
- Speaker #1
On a fait 2000 femmes pour ce film. Mais en tout, on a fait entre 6 milliards d'autres. Human et tout, on a dû faire certainement interroger 4-5 000 femmes. Et c'est des vraies interviews, ce n'est pas des interviews comme ça, tranquilles. Je me souviens d'une femme qui m'a dit, sur un fond noir, tu as une lumière dans la gueule. Et elle me dit, oula, quand j'ai vu qu'il y avait une bouteille d'eau et une boîte de Kleenex, j'ai compris que ça allait être difficile. Et c'est vrai que pratiquement, c'est des interviews longues qui durent une heure, une heure et demie sur le sens de la vie. Et souvent, les gens disent des choses, les femmes disent des choses qu'elles n'ont jamais dites. Et je me souviens quand on avait fait la projection de Human, je disais que je faisais un film sur les femmes, le prochain film. Et s'il y a des femmes qui veulent parler, qu'elles viennent nous voir. À la fin de la projection, il y avait 50 femmes. En ligue, ce qui n'est jamais arrivé pour les hommes, si je faisais un film sur les hommes, tu n'aurais jamais 50 hommes qui veulent parler. Les femmes ont envie de parler, de s'exprimer.
- Speaker #0
Et vous Yann, d'où vient cette curiosité ? Alors, vous avez perdu votre sœur jeune, votre mère a priori est décédée naturellement, mais il y a quelque chose dans votre vie qui explique cette curiosité pour les femmes ? Comme vous le dites, tout le monde n'est pas...
- Speaker #1
Je suis un hyperactif, j'ai une vie assez particulière, j'ai une chance inouïe, j'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. d'ailleurs souvent je les ai Je ne suis souvent pas assez remercié d'ailleurs. Et quand j'avais 18 ans, je suis parti de chez moi, j'ai rencontré ma première femme, qui était la mère de mon meilleur ami, c'est un peu comme notre président. Et j'avais même différence d'âge, j'étais très heureux avec elle. Et c'est elle vraiment, je pense, qui m'a donné cette espèce d'évidence, de l'importance de la nature, de la vie. D'être écolo, c'est bien sûr d'aimer les arbres, d'aimer les oiseaux, mais surtout d'aimer les gens. Et je pense que c'est quelque chose très vite que j'ai compris. Je suis parti étudier à l'Élion avec ma femme Anne au Kenya. En fin de compte, je suis quelqu'un, c'est Tesson qui m'avait dit, Philippe Tesson, qui m'avait dit un jour, nous tous les deux, on n'a pas peur de notre chance. Et moi, je n'ai pas peur de notre chance. C'est-à-dire que quand la chance est là, quand tu as fait 14 écoles comme moi, que tu n'as aucun diplôme, que dans la vie tu es en roue libre, mais tout ce qu'il y a que tu peux tu peux attraper, que toutes les idées t'arrivent. Et je rêvais d'étudier les lions parce que j'avais des... Alors, j'ai eu une réserve zoologique de 20 à 30 ans et j'avais des chimpanzés. Et j'étais très attiré par les chimpanzés que j'avais élevés. J'avais lu le livre de Jane Goodall, « Les chimpanzés et moi » . Et c'est la première scientifique qui donnait des noms aux animaux et non pas des numéros. Je rêvais de faire la même chose avec les lions. Pourquoi les lions ? Parce que j'ai élevé moi-même une dizaine de bébés lions que j'allais prendre à Thoiry. Et j'avais un... parc avec des lions. C'était une autre vie, mais c'était assez extraordinaire. Et je rêvais de faire une étude sur les lions au Kenya. Et j'ai eu une période de ma vie, j'étais guide pour touristes au Kenya et j'ai vu qu'il y avait des Français qui montaient une boîte de montgolfières. J'ai passé ma licence de pilote, donc la chance. Tu vois une montgolfière, tu te dis je veux devenir pilote, je pourrais m'installer et étudier les lions. Et donc je m'installe là-bas avec Anne, on construit notre maison en bois et on vit pendant trois ans au Kenya. Et pour gagner ma vie, je suis pilote de montgolfière, donc je découvre la photographie aérienne. Donc j'ai passé trois ans dans un endroit inouïe, où les animaux n'ont pas peur de toi. Et ça c'est quelque chose qui m'a marqué à vie. C'est un peu la même chose qu'on est en train de faire en ce moment au Ménul près de chez moi. De retrouver cette harmonie entre l'homme et la nature. Au Kenya, dans ses réserves, les animaux sauvages n'ont pas peur de toi. C'est-à-dire que tu t'approches des lions à 10 mètres avec ta voiture, tu as les girafes, les hippopotames qui devraient passer devant la maison. C'est magique de voir, souvent j'avais un troupeau d'éléphants qui passait devant ma maison, mais quelque chose de plus extraordinaire dans ta vie, de voir, je ne peux pas assez profiter d'ailleurs de ces moments-là, j'étais encore jeune, je voulais réussir, et je me dis, mais toi, passer un troupeau d'éléphants qui passe à 30 mètres devant ta maison, tranquillement, qui te regardent, et t'imagines si les cerfs, les sangliers, les chevreuils en France n'auraient pas peur de toi, mais quel est ce truc extraordinaire, c'est pour ça qu'on a créé, on en parlera peut-être un petit peu. J'ai créé une réserve de rayons sauvagements en France, sur 30 hectares. J'essaie de retrouver cette empathie, d'avoir des animaux qui n'ont pas peur de toi, qui vivent en coopération avec toi, qui vivent une vie naturelle.
- Speaker #0
En tout cas, ce que je retiens, c'est qu'il faut toujours saisir sa chance. Il ne faut pas en avoir honte. Elle n'est pas toujours là. Parfois, elle est très présente. Et parfois, il y a des zones d'ombre qui reviennent.
- Speaker #1
Il ne faut pas avoir peur d'y aller. Je vois souvent des gens qui ont peur. Quand on a organisé cette exposition ici, Place de la Concorde, c'est une folie d'avoir la Place de la Concorde à toi pendant un mois. C'est pas possible. C'est extrêmement compliqué. Il faut trouver l'argent. Il faut le faire. On l'a fait. Mais c'est du stress et de l'attention.
- Speaker #0
Évidemment. On n'arrive jamais à des choses puissantes sans effort, sans souffrance. On a des freins. On a des gens qui nous empêchent. On est critiqués. Là,
- Speaker #1
on est dans le studio photo, comme au cœur de la Concorde. On photographie tous les jours des Français qui parlent. Et gratuitement, on leur offre une photo. J'adore ce côté de pouvoir donner.
- Speaker #0
Donc ça, c'est incroyable. Vous êtes là jusqu'au 10 mai. Et de 11h à 18h, 19h, n'importe qui peut venir et se faire prendre en photo par vous. Et mon équipe,
- Speaker #1
parce que je ne suis pas là tout le temps.
- Speaker #0
C'est incroyable. Et c'est vrai que c'est un projet. Et vous ne l'avez pas fait qu'à la Concorde. Vous l'avez fait aussi dans toute la France.
- Speaker #1
Dans toute la France. Un album de famille. On a photographié 35 000 Français. Le vivre ensemble, pour moi, est un peu une obsession. Parce que quand tu écoutes les... Les chaînes d'info ou ce qui se passe à l'Assemblée nationale, c'est un peu l'opposé. Et moi, je n'ai rencontré que des gens sympas. J'ai rencontré 35 000 Français géniaux dans 80 studios qu'on a créés à travers la France.
- Speaker #0
Oui, c'est formidable.
- Speaker #1
Et c'est aussi un travail sur les métiers. Comment on travaille ici avec les compagnons du devoir, avec l'ONICEP ? Comment choisir sa vie, choisir un métier qu'on aime ? Et les métiers manuels ne sont pas forcément un échec. Ce n'est pas un échec scolaire de faire un métier manuel. Avec l'IA et tout ce qui arrive, des métiers manuels. Il y aura toujours du travail. Voilà, donc il y a des compagnies de devoir qui font des démonstrations. Ici, comme on devient pombier, menuisier, maroquinier, c'est assez génial. Donc c'est Expo Photo et c'est aussi des conférences, beaucoup, beaucoup de conférences ici.
- Speaker #0
Moi, ce que j'ai l'impression, c'est qu'avec Vivre Ensemble, là, j'ai parcouru la place de la Concorde, magnifique, sous ce soleil aujourd'hui. J'ai l'impression que c'est être aligné, être aligné dans son travail, pour être heureux. Est-ce que c'est ça ce que vous souhaitez dire en disant trouver votre place dans la société, apprenez... Et en fait... Le lien nous vient aussi par le travail.
- Speaker #1
Je pense que le travail, c'est indispensable. Parce que le travail, d'abord, permet de remplir ton fugidaire, de nourrir tes enfants, de payer les études, de payer ton loyer. Donc ça, c'est une chose. Et c'est aussi un épanouissement incroyable. S'épanouir, s'épanouir dans ce qu'on travaille. C'est indispensable d'avoir un travail qu'on aime. J'ai cette chance inouïe, il y a 80 ans, d'être toujours adoré de ce que je fais. Mais c'est une chance, je sais que je suis un privilégié. Et puis c'est aussi le lien social, le lien avec les autres. Ce métier, tu sais, quand je fais des photos, c'est un peu comme tu mets deux iPhones l'un à côté de l'autre. Là, si je fais des photos, j'ai l'impression que les gens m'envoient quelque chose et moi j'envoie quelque chose. C'est de l'amour qu'on envoie. C'est une empathie. profonde, une harmonie entre les gens que je photographie et moi. Ça ne marche pas toujours, mais en tout cas, c'est ce que j'ai envie de ressentir. C'est un peu nuluche tout ça.
- Speaker #0
C'est pas du tout nuluche. Vous n'adaptez pas à nuluche. On adore ce genre de concept. Moi, là, ce qui me frappe, vous venez de dire que vous avez 80 ans. J'ai l'impression réellement d'avoir... Non, mais vous avez un visage d'une beauté. Et on dit souvent, alors moi qui suis une femme, et comme toutes les femmes, on s'inquiète. Moi, non, mais les femmes s'inquiètent de leur longévité, de garder cette jeunesse. Il y a un secret pour la beauté, c'est si on a une belle âme, si on est aligné, on reste très beau. Je tiens à dire que vous, à 80 ans, vous avez un magnifique visage et en fait, on le sent. Je ne suis pas aligné du tout.
- Speaker #1
J'essaie d'être aligné. Tu es comme tout le monde. Mais vous êtes tortue, vous faites.
- Speaker #0
Évidemment que vous êtes torturé, que vous avez des doutes et on va en parler. Mais c'est vrai que le fait, je pense, d'être toujours au service des autres, de vouloir avoir des projets ambitieux.
- Speaker #1
Le fait d'être utile, c'est vraiment une chose. Mes parents faisaient beaucoup de choses, qu'ils étaient un peu coincés, catho, tu vois. étaient des gens qui avaient toujours... Mon père s'occupait bénévolement de la maison de retraite des bijoutiers. Ma mère faisait la labétisation des immigrés. Et je pense que ce côté au service des autres, c'est quelque chose d'un peu familial qu'on a tous dans la famille et qui est naturel chez moi, naturel. Et je ne m'en vante pas parce que ça fait du bien. Plus tu donnes, plus tu reçois, c'est évident.
- Speaker #0
Alors sur la chance, c'est vrai qu'il y a une anecdote que j'ai entendue une fois, vous l'avez racontée. En fait, vous auriez presque dû ne plus être là aujourd'hui. Et par un coup de hasard, vous n'avez pas été dans un accident qui est malheureusement trop connu. Puisque c'est finalement le chanteur Balavoine qui est décédé. Est-ce qu'on peut en parler ?
- Speaker #1
Oui, je ne sais pas. Je ne crois pas que c'est très important. Mais je faisais le Paris-Dakar et je faisais le livre du Paris-Dakar avec Thierry Sabine. À l'époque, il n'y avait pas les écolos, les hélicoptères. On n'en parlait pas à ce moment-là. Et un jour, il me demande de donner ma place à Balavoine. Il reste deux jours, je monte dans une voiture, je suis le père d'Akira en voiture, et j'apprends qu'il s'est tué à ma place. Très longtemps, ma femme a cru que j'étais mort, parce qu'il y avait un journaliste qui était mort dans l'hélicoptère. Mais en fin de compte, ça ne m'a pas tellement marqué. Ça m'a marqué parce que j'ai perdu quelqu'un que j'aimais beaucoup, que Balavoine était vraiment une grande âme, quelqu'un qui mettait vraiment sa notoriété au service des autres. Il était très engagé, et j'aimais beaucoup ce mec. Donc tu perds un ami, c'est ça surtout qui te rend triste. dans des conditions difficiles et très soudain, c'est violent un accident. Après, tu vis avec et tu passes à côté.
- Speaker #0
Ça ne vous a pas donné encore plus la rage de faire des choses ?
- Speaker #1
Non, non, non. Je pense que tous les jours, tu traverses la rue, tu peux te faire écraser. Tous les jours, tu prends un avion. Non, non, ce n'est pas... D'ailleurs, je me suis craché. J'ai vraiment eu un gros crash en hélicoptère. On était très haut et d'un seul coup, l'hélicoptère s'est mis à tourner. Il a perdu le contrôle. Là, je me suis dit, c'est bon, on est morts. On ne voit pas du tout sa vie défilée. Je lui ai dit au pilote, vas-y, sors. Je savais ce qu'il fallait faire. Appuie sur le manche, accélère pour reprendre. Par contre, on s'est crachés. Et c'est un miracle qu'on soit en ville. Là, c'était vraiment un miracle. Et c'est drôle parce qu'on est...
- Speaker #0
C'était là un peu où je voulais en venir. Est-ce que vous n'avez pas l'impression aussi que l'univers vous aide et vous attend des mains de moins en temps ? J'ai eu beaucoup de chance. Et vous le rendez bien, l'univers ? Oui, je le rends bien.
- Speaker #1
Je fais ce que je peux.
- Speaker #0
Oui, enfin, si tout le monde faisait tout ce que vous faisiez... Oui,
- Speaker #1
je pense que tu sais... Tu vois des gens dans les hôpitaux, des infirmières, des médecins, qui font bien plus que moi. Moi, je travaille beaucoup dans le social. J'aide une bonne sœur qui s'occupe d'une maison pour autistes. Elle s'appelle Badao, j'ai dit que ça l'intéresse. On a créé une maison pour les autistes avec une bonne sœur géniale qui a fait la première maison pour les autistes à Brazzaville. Là, j'aide aussi la sœur Marie-Jo, qui est à la part de la chapelle, qui reçoit chaque année 17 000 réfugiés, qui leur donne à manger. Donc, il y a des gens qui font beaucoup, beaucoup plus que moi. Voilà. Et qui rame comme ce n'est pas possible en ce moment.
- Speaker #0
Ça, c'est sûr. C'est sûr qu'en ce moment, il faut beaucoup de courage.
- Speaker #1
Non, et puis il faut aider. Alors moi, j'adore aider. Et d'ailleurs, souvent, je vois des jeunes, est-ce que je peux vous parler ? J'adore expliquer. Alors, j'ai eu le genre de n'écouter pas les conseils, sans doute n'écouter aucun conseil. Mais j'aime aider, c'est vrai. C'est de ma nature.
- Speaker #0
En tout cas, merci d'en venir. Parce qu'en fait, plus tu aides,
- Speaker #1
plus ça te nourrit.
- Speaker #0
C'est un peu de l'ego aussi.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
mais si l'ego nous permet d'être heureux et nous permet d'être alignés, il faut être heureux.
- Speaker #1
C'est une grosse chose, c'est plus difficile.
- Speaker #0
Mais en tout cas, il faut aussi accepter, on a tous des défauts. Ce que vous faites est formidable et merci d'embellir la base de la Concorde pour tous les Français autour de la valeur travail. Et vous venez de le dire, c'est vrai que l'IA met beaucoup de questions, remet peut-être aussi en question les jeunes. Je sais qu'il y a beaucoup de jeunes qui sont un peu inquiets. Quelle est votre position là-dessus ?
- Speaker #1
Je n'en ai pas beaucoup, je ne suis pas du tout un spécialiste, mais comme ça me passionne, il y a des scientifiques qui vont venir faire une conférence ici à la Concorde. qui viennent faire une conférence, c'est la Ausha qui a organisé ça, et on estime qu'on va perdre 5 millions d'emplois en France avant 2050 avec l'IA. Donc c'est énorme. Donc bien sûr qu'ils vont venir en parler. Mais je ne peux pas en parler plus, je ne connais pas plus. Je ne sais pas, il y a grand chose d'autre.
- Speaker #0
En tout cas, c'est incroyable que vous fassiez cette exposition. C'est assez lié finalement à...
- Speaker #1
C'est avec la Fondation Good Planet, c'est vraiment la Fondation Good Planet qui a organisé tout ça avec nous, voilà, qui est ma fondation.
- Speaker #0
Alors, vous avez donc, vous avez la Fondation Good Planet, vous avez ce projet. Près de Paris, est-ce que vous pouvez nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, c'est une trentaine d'hectares qu'on a acheté, qui est magnifique, une vallée, où depuis quatre ans, il y avait des chevaux, il n'y a plus d'animaux, il n'y a plus rien, on laisse tout pousser. Alors ça devient un peu, c'est un bordel, et tout le monde se demande, mais qu'est-ce que c'est ? On a l'impression que le fermier est mort, qu'est-ce qui se passe ? Et en fin de compte, c'est beaucoup moins chaotique qu'un pré nettoyé, tendu, où vraiment l'homme... oblige la nature à se plier à ses envies, à sa beauté. Ce qui est fantastique, c'est qu'en 4 ans, on a 40% en plus d'animaux et de plantes qui sont arrivés. C'est un énorme succès avec des bâtiments où on peut loger des gens pour faire des séminaires de publics qui peuvent venir louer les maisons.
- Speaker #0
Vous avez combien de places ?
- Speaker #1
Une vingtaine de je crois qu'il y a 13 chambres.
- Speaker #0
C'est des petits mangalos ?
- Speaker #1
C'est une maison, des maisons classiques. Nous avons une vue magnifique.
- Speaker #0
À côté de Rambouillet.
- Speaker #1
À côté de Rambouillet, au village des Ménules.
- Speaker #0
Au village des Ménules, à 45 minutes de Paris. Et c'est un projet incroyable.
- Speaker #1
Et on est aidé par le développement durable du groupe LVMH, et d'autres partenaires qui nous aident.
- Speaker #0
Et comment s'appelle l'endroit, le domaine ?
- Speaker #1
Ça s'appelle la vallée de la Milière.
- Speaker #0
La vallée de la Milière. Ok, donc la vallée de la Milière.
- Speaker #1
Et à côté, il y a aussi un très grand potager, qui était fait par mon fils Tom, qui est vraiment un potager, qui a un jardin magnifique. J'essaie d'expliquer un petit peu comment on peut... C'est bien de mettre en parallèle la vie sauvage et un jardin pour nourrir les gens. Ça s'appelle le jardin des partages, partagé avec Agrodiversité et avec nous.
- Speaker #0
La vie sauvage compte beaucoup pour vous, on le sent là depuis le début. Vous vouliez qu'on en parle, et je crois que c'est vraiment important, le rapport aux animaux. Vous avez dit quelque chose de très drôle tout à l'heure, c'est drôle, mais on va se chagriner d'un chat écrasé et pourtant les gens mangent. des aliments ?
- Speaker #1
Je ne comprends pas si on a une sensibilité pour la vie ou pour l'environnement qu'on ne soit pas tous végétariens. La viande a un impact très très lourd en carbone, on le sait tous, très très lourd sur la biodiversité. Près de pratiquement tous les paysages servent à mettre pour l'élevage. Je crois que c'est 80% des terres en France servent pour l'élevage. Donc quand il y a de l'élevage, c'est beaucoup plus compliqué pour les animaux sauvages de vivre. Et la façon dont on traite les animaux sauvages est une... une honte. Et c'est pour ça que je suis assez fan d'L214 et de ses vidéos qui sont épouvantables à regarder. Mais moi, je ne peux pas manger une tranche de jambon sans penser à la façon dont les cochons sont tués et comment ils sont élevés. C'est drôle parce que on a l'impression que ça culpabilise toujours les gens. Tu les agresses en disant ça, mais il faut le faire avec Brigitte Gauthier d'L214. Vous pouvez l'interroger. Elle en parle très bien et d'une façon très naturelle. Elle n'en veut pas que les gens ne soient pas végétariens. Mais moi, je ne comprends pas cette indifférence générale. général parce qu'en fin de compte quand tu es végétarien ça emmerde un peu tout le monde et en même temps il faut accepter que tout le monde peut et surtout moi je suis devenu depuis 15 ans avant je le savais il m'a fallu longtemps pour le devenir donc c'est pas quelque chose d'évident mais voilà
- Speaker #0
et puis surtout vous êtes en bonne santé enfin oui ça on va pas tout le monde le sait bien évidemment mais c'est quand même aussi un peu rappelé on devrait presque être vegan,
- Speaker #1
parce que la façon, par exemple, quand tu prends du lait, du fromage... Il faut savoir comment ça se passe, que ce soit pour une vache, une chèvre ou un brebis. On enlève le bébé à la naissance. Où il va être tué, un petit veau de vache Holstein, ça n'a aucune valeur. Ça vaut 30 euros. Ou ça part pour nourrir une vache artificielle dans des espèces d'énormes nurseries à veau. C'est incroyable. Une vache normale qui pourrait vivre jusqu'à 14-15 ans vit jusqu'à 3-4 ans, 5 ans. Parce que dès qu'elle produit moins, elle part à l'abattoir. Il faut dire aussi que... On n'est pas capable d'acheter le bon prix aux paysans. Donc les paysans font du lait et leur marge est très très petite. Donc c'est qu'une vache ne produit moins le paralabatoire. Même chose pour les brebis ou même chose pour les chèvres. Il y a vraiment un vrai problème de fond. La vision qu'on a des animaux, la façon dont on traite les animaux sauvages, les animaux domestiques. Et aujourd'hui, quand tu parles de la biomasse des mammifères, la biomasse c'est donc le poids de tous les mammifères sur Terre. Donc c'est toi, les chiens, les Ausha, nos animaux domestiques et les animaux sauvages. La biomasse des mammifères sur la Terre, c'est 98% de l'homme et ses animaux domestiques. Les animaux sauvages représentent plus que 2% de la biomasse des mammifères. C'est dingue, c'est fou ! Les animaux, et en plus je peux parler des pesticides, vont manger bio, bien évidemment, c'est une folie. Si on a les moyens, et je trouve que les hommes politiques n'ont pas encore pris la leçon de tout ça. Aujourd'hui, toutes les santé, même d'État, parlent du poids incroyable des pesticides sur le cancer. Et les cancers évités, ça coûte beaucoup moins cher à la société que l'argent qu'on récupère en vendant du blé ou de l'orge dans le monde entier.
- Speaker #0
De toutes les manières, là, malheureusement, on est aussi en train de voir, il y a plein de nouvelles maladies, de maladies infantiles, de cancers du cerveau, il y a plein de choses qui sont en train d'arriver. Non mais, on va pouvoir peut-être les expliquer dans les prochaines années. Ce fruit de nos...
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on vit beaucoup plus vieux.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
Vous savez combien il y a de centenaires en France ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
35 000. C'est inouï, alors qu'il y en avait, je ne sais pas, 3 ou 4 000 dans les années 70.
- Speaker #0
Oui, non, c'est vrai, mais c'est vrai qu'il y a... On vit beaucoup plus vieux.
- Speaker #1
On n'est pas forcément en bon état, mais on vit beaucoup plus vieux.
- Speaker #0
Non, mais ça, ce qui est sûr, c'est qu'en tout cas, dans notre trajectoire pour... vieillir longtemps, il est possible que nous ayons une ou plusieurs maladies. Mais ce qui est vrai, c'est qu'on va sentir quand même la responsabilité de nos actes de ces dernières années.
- Speaker #1
Il y a une vraie indifférence, je pense. On est dans un temps très court, en fin de compte, les hommes politiques, les agriculteurs, la grosse industrie, c'est de l'industrie, c'est plus la ferme dans le temps, la femme avec un collier. Avec un tablier rouge et blanc qui donne à manger à ses poules, ça n'existe plus, ça, maintenant. On doit produire, Il faut dire aussi qu'on vit tous de la croissance. Les écoles, les hôpitaux, les routes, les fenêtres sont payées par la croissance. Donc, il faut de la croissance, toujours vendre plus, à n'importe quel prix. Des pesticides, ce n'est pas grave, on va produire plus. C'est vraiment une vision, une vue très courte.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce que vous faites quand, justement, vous êtes un peu désespéré ? Vous avez un peu moins d'espoir. C'est quoi votre secret pour rebondir ?
- Speaker #1
D'abord, je crois qu'on a l'espoir jusqu'au bout. J'ai un sens incroyable d'avoir 14 écoles qui portent mon nom. C'est dingue. Je ne le mérite pas parce qu'on a fait des posters dans les écoles. Mon nom est un peu l'image sur l'environnement et l'écologie. Quand tu vas dans les classes, dans les écoles, l'espoir est là chez moi. Je pense que la génération qui vient aujourd'hui sera beaucoup plus intelligente que la nôtre. J'espère en tout cas. En tout cas, tu ne peux pas vivre sans espoir. Et donc, l'espoir, il est là. Même si tu es comme assez pessimiste dans le fond, vu les chiffres, regarde les chiffres des scientifiques. On parle de la sixième extinction. Mais en même temps, dès que tu te promènes dehors, dès que tu es encore en vie, il y a de l'espoir. Il y a toujours un imprévu, comme dit Garmorin, qui dit ça. Il faut attendre l'imprévu. J'espère qu'un imprévu va arriver. Voilà.
- Speaker #0
J'espère aussi à vos côtés. Quelle est la valeur que vous avez le plus défendue toute votre vie ? Sans même vous en rendre compte, la valeur la plus naturelle que vous défendez ?
- Speaker #1
Peut-être que c'est le courage. D'avoir le courage d'y aller, d'avancer, de faire les choses sans peur. C'est l'énergie de fabriquer, de construire.
- Speaker #0
Alors j'ai un peu le défaut de devoir tout contrôler, que ce soit les photos, on fait des films aussi, mais c'est une valeur, et de savoir dire non, moi je veux faire ça comme ça, quand tu fais des films pour France 2, ou on fait des films qui sont vus par des dizaines de millions de personnes, c'est une vraie responsabilité, tu ne dois pas faire n'importe quoi, tout ce que tu dis doit être pesé et bien mis en place, et je pense qu'avoir le courage de dire non et toujours d'avancer. Je ne sais pas si c'est une valeur que je porte, mais en tout cas, c'est une valeur que j'apprécie. Quand je vois les gens autour de moi qui l'ont, je suis un peu en admiration.
- Speaker #1
Moi, je suis en admiration de tout ce que vous nous racontez.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je peux s'y accepter les compliments, Yann.
- Speaker #0
Oui, j'accepte.
- Speaker #1
Dès que je vous en fais un, vous me dites non. Oui,
- Speaker #0
parce qu'il y a tellement de gens qui font autour de toi. Moi, j'ai la chance d'être dans la lumière, d'être ici, mais tu as tellement de gens qui, tous les jours... Quand tu imagines, en France, tu as 20 millions de bénévoles.
- Speaker #1
dont 5 millions qui font des bénévoles mais si j'étais à la place de moi je leur dirais qu'ils sont comme vous c'est des gens qui sont courageux et qui ne le savent pas exactement c'est pour ça que moi j'ai toujours été contente je fais beaucoup de compliments mais je le ressens et donc quand je vous envoie une énergie positive il ne faut pas me la renvoyer il faut la garder pour vous,
- Speaker #0
c'est important je vais t'en envoyer une aussi avec plaisir je te l'envoie mais je sens en toi qu'on est de la même famille qu'on est en admiration devant les gens qui font exactement,
- Speaker #1
mais c'est pour ça qu'il faut considérer aussi que chacun est à sa place Et chacun a une énergie. Vous avez la chance, mais vous avez été la chercher, d'être visible, d'avoir cette audience, d'être sur la place de la Concorde. Et vous avez raison, tout le monde n'a pas cette chance, mais c'est parce que c'est votre mission aujourd'hui. Beaucoup de chance,
- Speaker #0
beaucoup de chance. Et puis surtout entouré d'une équipe formidable. Là, on a une équipe. Le collectif. Là, on a cinq stagiaires bénévoles. T'imagines, avec nous, pour monter ce truc-là, avec Pablo qui dirige le projet, mon assistant. On a vraiment monté le projet à peu de gens, en fin de compte. Et on y arrive, voilà, si on a envie. Très aidé par la mairie de Paris, parce qu'on a fait l'expo à la mairie de Paris, qui a eu un gros succès. Donc Anne Hidalgo, très gentiment, a dit, si tu veux, je te prête la conquérante pendant un mois. Mais en même temps, le message, il est vivre ensemble. Qu'est-ce qu'il y a de plus beau message que ça ? C'est un message qui te dépasse un petit peu, qui est plus fort que toi.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Bien plus fort que toi.
- Speaker #1
Alors justement, pour parler de dépassement, est-ce qu'il y a des moments où vous avez senti que votre mission, il fallait qu'elle se... Est-ce qu'il y a eu des moments charniers dans votre vie ?
- Speaker #0
Oui, vas-y, il faut que j'aille. Nous, il y a eu un moment, quand j'ai fait le travail sur la Terre et la vue du ciel, qui est un travail que tout le monde connaît, ça a été très dur, parce que, comme toujours, moi j'ai un peu l'énorme défaut de toujours faire plus. C'est-à-dire que quand je fais, je commence à photographier les chevaux, je fais tous les chevaux du monde. Excessif. Voilà, je fais excessif. Je vais dans 40 pays, quand je fais les bestiaux, les vaches, quand je fais les frossins, j'en fais... 35 000. Quand je fais la Terre vue du ciel, je vais dans 120 pays, une masse de documents incroyables. On fait le livre et personne ne veut de l'exposition. Et alors là, on me dit, tu devrais aller voir, tu devrais aller à Luxembourg, le Palais du Luxembourg, le Sénat. Ils ont un vieux musée qui n'est pas ouvert, qui n'était pas ouvert à ce moment-là. Il y avait une exposition assez poussiéreuse sur De Gaulle. Et je vais aller voir avec mon projet la Terre vue du ciel. Aucun musée ne voulait m'exposer. Ça n'intéressait personne. C'était de la couleur, de la carte postale, ça n'avait aucun sens. Alors que j'avais des légendes épaisses comme ça sur chaque photo, sur l'environnement, l'écologie, le rôle social. Mais ça n'intéressait personne. Et le milieu artistique ne s'y intéressait pas. Donc on invente, avec mon équipe, des expositions dehors. Et on met les photos sur les grilles de Luxembourg. Et là, c'est un énorme succès. On a 2 millions de personnes qui viennent, qui regardent les légendes. Tu fais des expositions dans le monde entier. Les gens me voient. Et là, tu te dis, fais gaffe. Ce que tu fais est important. Tu t'es vu par des... C'est une exposition qui est vue par 200 ou 300 millions de personnes. Quand tu fais le film Home, par exemple, qui est vu par 600 millions de personnes, tu as une vraie responsabilité profonde. Attention à ce que tu dis, attention à ce que tu fais. Chaque mot doit être pesé. C'est important ce que tu fais. L'importance, comme c'est vu par beaucoup de gens. Et ce que tu dis, tu as un message tellement important et tellement qu'on porte dans nos tripes, si tu veux, qu'on fait vachement gaffe à ce qu'on dit. Et c'est certainement en faisant l'exposition. Au Luxembourg, même avec le film Home, on a fait une projection avec Luc Besson sous la tour Eiffel avec 50 000 personnes. Tu t'aperçois que c'est à ce moment-là où tu sens bêtement l'importance de ce que tu as fait. Tu te dis, il faut faire attention. Tu es vu par beaucoup de gens. Tu ne te dis pas n'importe quoi. C'est là où tu t'aperçois que tout est important. Tout ce que tu fais.
- Speaker #1
Mais ça prend une autre dimension.
- Speaker #0
Ça prend une autre dimension. Il faut faire attention à ça. Il faut d'abord savoir où est ta place. Tu n'es pas grand-chose là-dedans. Que tu es dépassé, que la nature est bien plus forte que toi, tes images sont bien plus fortes que toi, que les Français qui ont photographié sont bien plus intéressants que toi. C'est ça qui est intéressant. Tu n'as rien là-dedans, tu n'es qu'un passeur. Moi, j'estime que je suis... Je suis un journaliste, j'explique les choses, voilà, plus qu'un artiste. J'ai beaucoup plus un rôle de journaliste que d'artiste.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui vous met en colère ?
- Speaker #0
L'indifférence, l'indifférence aujourd'hui. L'indifférence des gens qui se foutent de tout, des gens qui ont beaucoup d'argent, qui ne sont pas capables de partager, qui vivent tout seuls dans leur coin, qui râlent sur tout, qui votent à droite parce qu'ils ont peur de tout, peur de payer des impôts. Ça m'assupporte. qui vont s'exiler pour habiter ailleurs, tout ça m'a supporté un petit peu. Je trouve qu'on vit dans un pays extraordinaire, avec des lois sociales géniales, et qu'on a la chance de réussir. Je ne vais pas me faire que des amis, mais je pense que quand on a la chance d'avoir réussi, il faut partager, il faut donner, il faut donner. C'est indispensable. Le monde est difficile, en ce moment compliqué, il y a beaucoup de gens qui n'en ont pas assez, donc il faut savoir faire avec. Comme je dis toujours, c'est toujours facile à dire. En tout cas, je pense que le partage est indispensable.
- Speaker #1
En tout cas, on peut tous faire quelque chose.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Voilà. Aussi petit soit-il, c'est ça qui est important.
- Speaker #0
Et on a tous une mission sur Terre, c'est de rendre un monde meilleur. C'est d'ailleurs ça qui fait la force de l'humanité. Tu t'imagines, l'espèce qu'on a, par notre coopération, notre intelligence, on a réussi à coloniser la planète. On est devenu tellement important. Il n'y a plus que nous sur la Terre. Il faut faire attention. Il faut faire attention à ce qu'il y a. Regarder un peu autour de nous. Et on ne le regarde plus. On ne regarde plus la vie autour de nous. En ce moment, je suis passionné par les microbiotes. Alors, je fais un film. On a fait un film pour la télé. Tu sais combien on a de microbiotes dans le corps ? De bactéries ? Est-ce que tu as un chiffre ? 39 000 milliards ! 39 000 milliards d'animaux qui vivent en nous, quoi. Qui dirigent nos vies, quelque part. Ça me passionne, ça me fascine, ça.
- Speaker #1
On va recevoir quelqu'un sur le podcast qui va nous en parler prochainement. Bérébine, le docteur Bérébine. Émilie Tenbach, qui étudie...
- Speaker #0
Il y a le docteur Birébi qui va venir parler, qui est le grand spécialiste de ça. Donc la vie et la complexité du corps humain, la complexité de la vie, c'est invraisemblable. C'est fou. Et j'ai trouvé que j'ai commencé mon film l'autre jour, le dernier film qu'on a fait qui s'appelait Nature. On a commencé par l'espace, avec les photos inouïes de Humble et de James Webb, les images du cosmos. Mais en fin de compte, c'est mort tout ça. C'est loin, c'est trop loin. Moi, la conquête spatiale ne m'intéresse pas du tout. Alors qu'on a tout à découvrir. On ne connaît même pas ce qu'il y a sous nos pieds. La vie du sol, c'est incroyable. Il y a une grande partie de la biodiversité vivante qui se passe sous le sol, et c'est inouï. D'ailleurs, il y a Marc-André Sélos qui va venir faire une conférence aussi là-dessus, qui est passionnant. Les vers de terre, les bactéries, c'est passionnant. Je suis vraiment allumé par une curiosité formidable. Et d'avoir travaillé sur les Français, d'avoir... J'ai photographié les plus beaux endroits du monde, j'ai été photographié... Oui, on peut dire ça, je fais. Aujourd'hui, les paysages ne m'intéressent pas beaucoup. Un simple visage, je te regarde, ça m'intéresse beaucoup plus qu'un paysage. Beaucoup plus. Parce que c'est vivant. L'attraction dans votre âme. Et c'est drôle parce qu'il y a quelqu'un qui vient me voir, qui tombe en pleurant, elle me dit « Vous vous rendez compte ce que vous avez fait ? » Je lui dis « Quoi ? » Elle me dit « Vous voyez tous ces gens qui sourient ? Vous vous promenez, ça fait du bien ! » Alors elle était soufie, donc elle m'a raconté ce qu'était être soufie, ça m'a amusé.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous regrettez ?
- Speaker #0
Je regrette peut-être... de ne pas avoir assez remercié les gens qui m'ont aidé.
- Speaker #1
Là, vous le faites.
- Speaker #0
Oui, je le fais.
- Speaker #1
Donc voilà.
- Speaker #0
Tu passes sur une trajectoire, tu avances tout le temps, tu avances, tu avances. Ne pas faire attention aux gens qui m'ont aidé. Et j'ai été beaucoup, beaucoup aidé dans ce métier. Ta passion, ton énergie, les gens sont tâtés, veulent travailler avec toi. Je n'ai peut-être pas assez remercié les gens qui travaillaient avec moi.
- Speaker #1
Vous le faites maintenant et puis il est toujours le temps d'écrire des petits mots.
- Speaker #0
Je le fais, je le fais.
- Speaker #1
Et puis, je pense aussi que... Ce qui est vrai aussi, c'est que quand on a tellement de passion, tellement de curiosité, tellement de combats à mener, c'est vrai aussi... Moi, je ressens justement cette force que vous avez. Ce côté très excessif et presque... Il y a une âme d'enfant aussi. Il y a une âme d'enfant qui veut toujours plus, Et c'est vrai que ça fait partie des gens ambitieux.
- Speaker #0
J'ai 80 ans, j'ai l'impression d'avoir 20 ans. On est toujours les mêmes. On a toujours envie d'avancer avec cette utopie qu'on va y arriver.
- Speaker #1
Vous y êtes arrivé et vous allez continuer.
- Speaker #0
J'aimerais arriver surtout à mourir avec le sourire.
- Speaker #1
Déjà, vous avez un sourire magnifique. Je pense aussi qu'il faut demander pardon. Il faut dire aux gens qu'on les aime.
- Speaker #0
Demander pardon, essentiel. Les gens ne savent pas demander pardon. Moi, très souvent, je pique des colères. Je vais m'excuser. C'est drôle, j'aime bien m'excuser, ça me fait du bien. Ça me fait du bien de demander pardon quand on a fait des choses qui ne sont pas bien. On le fait tous au quotidien.
- Speaker #1
Évidemment. Et la colère a du bon quand elle nous permet aussi de la révolte et de vouloir faire bouger les lignes. Mais effectivement, parfois, on peut embousculer d'autres. Il faut savoir juste se dire, je suis désolée, mais comme j'étais tellement passionnée par ce sujet, je m'excuse et les gens nous pardonnent quand même quand on leur demande.
- Speaker #0
Facilement.
- Speaker #1
Quand on leur demande. Si vous deviez parler à Yann quand vous aviez 30 ans, qu'est-ce que vous lui diriez ?
- Speaker #0
Peut-être faire attention plus aux autres autour de toi. J'ai toujours été dirigé par un bon instinct. d'aller un peu où j'avais envie d'aller. Quand je suis parti au Kenya, je voulais devenir scientifique. Je commençais à faire des photos parce que ma mère Anne, qui a beaucoup travaillé avec moi, faisait l'écrivain et moi je faisais les photos. On faisait une thèse, un doctorat. Ce qui est formidable aussi en France, c'est que même si tu n'as zéro diplôme, tu peux faire un doctorat si tu es un directeur de thèse. Tu ne pourras pas enseigner à l'université, mais tu seras docteur. Donc à 30 ans, je me suis dit que j'ai raté ma vie. J'aurais dû être vétérinaire, j'aurais dû être scientifique. Et donc, je pars au Kenya et on prépare ce doctorat. Et moi, je faisais des photos. Et de la montgolfière, je faisais aussi de la photographie aérienne. Donc, je découvre la photographie aérienne. Et quand je rentre en France, ma femme, elle, va faire un doctorat de lettres. Et moi, je me dis, je ne vais pas devenir scientifique, je vais devenir photographe. Donc, je suis un peu mon instinct. Je change facilement de direction. Toi, je faisais la nature, la Terre vue du ciel. Après, je fais des portraits en studio. Mais j'ai envie, qu'est-ce que tu fais ? Les gens ne comprennent plus rien. Vous avez déjà dit,
- Speaker #1
vous vous dispersez un peu.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr, je me disperse. Je me disperse, mais ça reste quand même sur une ligne de l'amour de la vie, l'amour des gens, quand même, fondamentalement.
- Speaker #1
Mais souvent, les gens brillants, quand on a perdu d'idées, on nous dit, non mais reste bien là où t'es, te disperse pas plus.
- Speaker #0
C'est pour ça que j'ai une image, je fais beaucoup de cinéma, je fais beaucoup de films. Human, par exemple, qui était un film pour moi, des films majeurs. Et là, on préfère un film sur le sport, par exemple, sur l'âme du sport. Et là, je viens d'écouter, je parle d'autre chose, je viens d'écouter les tests qu'on a faits. On n'a fait que 25 interviews, c'est magique, comme les gens qui parlent du sport, c'est la vie, mais c'est extraordinaire. Et on a prévu de faire 3000 interviews dans le monde avec les amateurs, qu'est-ce que c'est que le sport, qu'est-ce que le sport vous amène pour avoir les Jeux Olympiques de Los Angeles. Voilà, donc c'est un très gros projet. Extraordinaire,
- Speaker #1
plein de lettres de cerveau puissant, enfin pas du tout de lettres, mais du humble. Voilà, on serait ravis de vous aider à le diffuser. Le sport, moi aussi, ça me passionne. Je pense que sans sport, d'ailleurs... C'est dur de...
- Speaker #0
Je suis complètement insportif en plus. Je déteste le sport, je déteste la compétition. Je pense que je déteste le sport. Non, je pense que je déteste le sport, que je ne suis pas bon. Alors qu'on n'est pas bon. Et par contre, c'est idiot parce qu'on peut faire du sport en n'étant pas bon. Je voyais le jour du marathon qui est passé l'autre jour. Des personnes de mon âge qui arrivaient à la fin en faisant des petits marathons. Ils ont tellement raison. Je suis assez d'inspiration devant ça, de se dépasser.
- Speaker #1
En tout cas, on a l'impression que vous avez eu déjà 1000 vies. Ça va continuer, on sent qu'il y a encore plein de choses que vous voulez accomplir, vous avez franchement une énergie.
- Speaker #0
J'aime bien ce côté passeur, de mettre en avant ces Français, mettre en avant toutes les conférences qu'on va faire à la Concorde, mettre en avant tous ces gens qui parlent du sport. Mon rôle, il est vraiment de passer les choses, de les offrir aux autres. C'est génial ce métier que je fais. J'ai interrogé le pape pendant une heure, ce qui ne m'était jamais arrivé. C'est une histoire formidable, le pape François en a le temps, on peut le faire.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Un jour, on me raconte, en fin de compte, je rentre dans l'avion de l'orphelinat de Brazzaville. Je dis, comment je vais trouver des moyens pour l'orphelinat ? Donc, le pape a fait une encyclique qui s'appelle Laudato si. Je vais imager ce texte du pape pour le vendre au profit de l'orphelinat. Livre au sort, il marche très bien. Et un jour, on me dit, le pape vous attend pour vous remercier à Rome. Je suis très content. longtemps, j'arrive au Vatican, j'ai mis une cravate, moi, comme jamais, je ne sais pas pourquoi j'en ai mis une, et on était 500 personnes qui voulaient remercier, je n'étais pas tout seul pour être remercié, donc un peu déçu, je pensais avoir une audience, donc je me retrouve au premier rang, le pape, on l'attend une heure, il y a des cantiques, les gens qui chantent, le pape arrive très gentiment, et il arrive, il dit, « Ne vous agelouiez pas devant moi, s'il vous plaît, ne m'embrassez pas la main, et vous restez debout, je suis comme vous. » C'est génial. J'arrive avec mon livre, je le donne au pape. Il ne connaissait pas le livre, il le prend, il le regarde, il fait un petit truc derrière. On ne me parlait pas trop longtemps, il y a beaucoup de gens qui font la queue derrière. On fait la photo que je reçois à la sortie. Bonjour, au revoir. Donc je suis très déçu. Et quelques temps après, le Vatican m'appelle, M. Artus Bertrand, parce qu'on avait des contacts. Est-ce que vous voudriez illustrer avec le pape, il fait la minute du pape, tous les mois en vidéo, ou la minute ou un peu plus. avec des images que vous avez de la mère, parce qu'il a fait un petit speech sur la mère. Je dis OK. Je regarde. Il m'envoie donc le pape qui parle dans un bureau d'une tristesse. Il est d'une tristesse, il n'a pas d'énergie. Il y avait un énorme prompteur, un prompteur c'est un énorme papier blanc, énorme, qui en déroulait derrière lui, ils ont joué à les photos. Et je dis au Vatican, mais écoutez, on ne peut pas faire ça, il n'y a pas d'énergie, ça ne passera jamais, moi je ne peux pas le faire. Il s'est un peu vexé, il me dit, mais est-ce que je peux venir interroger le pape directement ? Et ils me disent, non ce n'est pas possible, ça ne se fait jamais, c'est comme la reine d'Angleterre, il ne parle jamais, il ne peut pas l'interviewer. Je dis bon d'accord, et je dis on laisse tomber. Un mois après, il m'appelle, il me dit « Le pape est en vacances, il vous attend au Vatican » . Vu la dernière fois, je me dis que ça va être compliqué, je ne veux pas le voir, mais on y va quand même avec Michael Pitu, avec qui on avait fait Planète Océan. Et on va là-bas. Et le soir, on visite le Vatican à 7h fermé. On visite tout seul, on visite le Vatican, absolument génial. Je dîne chez les jésuites. Alors j'apprends ce que c'est qu'un jésuite, je ne savais pas que les jésuites ont un métier. Il y a des chirurgiens, ils vivent en communauté. C'est génial, c'est des prêtres, mais qui ont un vrai métier dans la vie. brillant, intelligent, je me sentais un petit peu cucu, je devais avoir un peu con con. Et ils parlaient tous cinq langues. Et le matin, on trouve un endroit dans le jardin, on met un fauteuil et le pape arrive. Le pape arrive très simplement. Alors, comment je vous appelle, monsieur le pape ? Monseigneur, il m'appelle François, tout simplement, Yann. Et alors, on commence à faire l'interview, on filme le pape. Et à un moment, j'ai été loupé, on arrête tout. Je dis, François, il n'y a aucune énergie dans ce que vous dites, il n'y a aucune énergie. S'il vous plaît, il faut le vendre, vous y croyez. Alors il y a, racontez-moi, il dit, M. Artus Bertrand, je vous rappelle que vous parlez au pape.
- Speaker #1
C'est génial cette anecdote.
- Speaker #0
Et alors, le pape rigole. Et alors après, on fait l'interview, ça dure environ une demi-heure, toujours avec le grand papier qu'on déroulait, on avait changé les mots, ça avait été, il y avait dix personnes qui avaient dû vérifier que c'était bien exactement ce qu'on disait. Adorable, il était d'un charisme invraisemblable. Et après, il dit, Yann, est-ce que vous voulez des chapelets bénis pour vos amis ? Je dis, oui, bien sûr, pourquoi pas. Et donc, il envoie une voiture chercher le chapelet béni et le gars ne trouve pas les chapelets. Donc, on passe une heure avec le pape, assis à côté de lui, à discuter. On regarde des photos de la Terre et du ciel. Je lui dis, maman, vous savez que vous n'êtes pas végétarien ici. Je lui explique le problème. Je lui explique pourquoi on n'est pas mangé bio chez les jésuites. Donc, je me dis, mais vous m'engueulez tout le temps. Je ne vous engueule pas, mais je pense que vous, au Vatican, vous voyez. Et extrêmement sympathique. Et il est un peu comme le Dalai Lama. Quand il te parle, il te prend, il te touche, toi, il te touche. Et toujours, la main, il a une peste d'affection. Et on est sortis de là, mais fascinés par le charisme du pape. Et je me suis dit, alors parler une heure avec le pape comme ça, expliquer les photos de la Terre venue, s'il allait expliquer son travail, qu'il avait été voir des pêcheurs, la surpêche. Il y a des gens comme ça qui sont, tu vois, du sang qui sont au-dessus. Et c'est magique. un peu comme Olivier Gouin, l'interview que tu as faite que j'ai écoutée ce matin et qui m'a mis les larmes aux yeux d'intelligence, bravo là c'est des gens, tu sens qu'ils sont au-dessus quoi, voilà
- Speaker #1
Merci pour cette magnifique méthode, c'est hallucinant parce qu'en fait dans tout ce que vous me racontez, vous votre mantra c'est un peu savoir attendre c'est-à-dire qu'en fait à chaque fois dans votre vie on vous a dit non on vous a bloqué mais en fait mais c'est aussi le fait de ne pas avoir de diplôme dans la vie de toujours être,
- Speaker #0
ne dépendre que de toi Et donc, t'es toujours un peu comme les artistes. On est des indépendants. On est toujours... On a envie de saisir un peu ce qu'on est. On est tous un peu aussi mégalos, toujours sur nos problèmes, sur nos projets. On parle que de ce qu'on fait. En fin de compte, on est un petit peu... Beaucoup d'artistes sont comme ça. Et je suis, moi aussi. On adore que je ne sois pas un artiste. Mais on est tous un petit peu obsédés par ce qu'on fait. Et on cherche aussi des réponses. On a un peu des éponges. On envoie les... On voit comment les gens répondent. Pour savoir, est-ce que c'est bien ou pas ce que je fais ? Tu vois, on est...
- Speaker #1
Ce qui est amusant, c'est que vous avez des refus. Et après le refus, il y a un truc incroyable qui arrive. Le pape vous l'attendait une fois, deux fois. Et finalement, c'est incroyable. Oui,
- Speaker #0
mais tu refuses pas d'aller au Vatican faire une interview.
- Speaker #1
L'interview du ciel, personne vous veut finalement.
- Speaker #0
Oui, mais c'est ça. Il faut savoir transformer des choses. Mais moi, je savais. Alors, si il y a une chose, c'est quand tu fais le travail des Français, quand tu fais la Terre du ciel, tu sais que tu fais un travail important. T'es habité par cette certitude que ce que tu fais est important. Et là, on a fait un livre avec Hervé Lebrun, qui est le plus grand démographe français, qui est un livre qui ne marche pas très bien d'ailleurs, mais le livre est génial parce qu'il explique vraiment qu'est-ce que c'est que la France, quelles sont les classes sociales, les métiers. C'est un pays extraordinaire, la France, le terroir. J'ai adoré faire ce bouquin. Je ne sais pas si je vais arrêter un jour de faire des photos de français. Là, ça va, je l'ai fait pendant trois ans. Mais il y a un côté un petit peu, tu vois, addictif à ce travail. Quand tu fais la Terre en vue du ciel, Par exemple, quand j'ai fait Human, je ne sais pas m'arrêter. J'ai toujours envie d'avoir plus d'interviews. C'est la prochaine qui va être meilleure. Il faut s'arrêter. On en parlait l'autre jour avec ma co-réalisatrice. Elle disait que c'était impossible. On ne pouvait pas arrêter. Même en en train de monter, de finir le film, tu amènes encore de nouvelles interviews. Là, en train de finir le livre, j'en faisais encore. Je devrais que ça manquait, on veut toujours que ça soit parfait, on est un peu perfectionniste. Et on est habité par cette... on sait que ce qu'on fait est important, entre parenthèses, mais ce travail amène quelque chose. Et quand je vois les gens ici, la façon dont ils me parlent, ils comprennent instinctivement ce qu'on a voulu dire. C'est des métiers, c'est des gens, mais il a compris ce qu'on voulait dire, vivre ensemble c'est important. instinctivement ils le comprennent, même si ils n'ont pas vu l'exposition. Ils sortent de là, mais tous les gens sourient. On est habité par une certitude que ce qu'on fait est important. C'est prétentieux, bon, j'assume.
- Speaker #1
En fait, il faut que... On pourrait faire un petit travail ensemble sur... Accepter les compliments et se trouver avec la prétention. Mais surtout,
- Speaker #0
l'utilité.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Parce qu'il y a tellement d'artistes qui font des choses, que pour eux. Et souvent, je passe à côté... Moi je suis académicien des beaux-arts, mais souvent les artistes c'est compliqué de comprendre un petit peu ce qu'ils ont voulu dire, ce qu'il y a derrière, ce qu'il y a dans leur tête.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Il y a beaucoup beaucoup d'égo. D'ailleurs, je suis toujours étonné de peu de... J'ai fait un discours à l'Académie sous la coupole, sur l'environnement, mais un bide complet, un bide complet. Alors que des gens brillants, intelligents...
- Speaker #1
On peut parler de tous les échecs en fait, tous les...
- Speaker #0
Oui mais j'ai fait... Un jour tu as laissé le discours d'inaugural, il est sur Youtube, inaugural à l'Académie, donc toi t'es... l'Académie française, l'Académie des Beaux-Arts, tout cela. Tout le monde était en costume, et là tu montes sur la scène et tu fais un truc, les larmes aux yeux en disant que l'état d'une bergue devrait être à ma place. Voilà, notre épée de l'Académie s'y adresse. Et en fin de compte, tu fais un beat complet. Les gens, ça les emmerde. Et les gens s'endorment, et tu dis bon, d'accord.
- Speaker #1
C'est un grand public.
- Speaker #0
Attends, ils sont tous des grands-parents. Si vraiment, qu'est-ce qu'il y a pour un grand-père ? Est-ce qu'il y a plus d'infanterie que des enfants ? Est-ce qu'il ne devrait pas manifester ? Est-ce que les grands-parents ne devraient pas manifester auprès de leurs enfants dans la rue ? Quand il y a une inscription « Rebellion » , les grands-parents devraient être à côté. Bien évidemment, ils devraient être fiers que leurs enfants se battent pour ça. Ça, je ne comprends pas. Ça me met un petit peu en colère.
- Speaker #1
La transmission, pour vous, c'est très important.
- Speaker #0
Non, mais quand tu es à la retraite, la tente t'occupe de ces choses importantes.
- Speaker #1
Ça, c'est un très bon message. C'est vrai que les gens à la retraite devraient être un peu plus engagés. Choisissez une cause.
- Speaker #0
Bien sûr, il y a beaucoup de gens qui le font. Dans les bénévoles, il y a énormément de recettes. Et d'ailleurs, qui s'épanouissent. Ils disent enfin, j'ai l'impression de faire quelque chose. C'est vrai. C'est tellement important.
- Speaker #1
Qui est aligné. Mais moi, je connais plein de retraités qui pourraient faire un tout petit peu plus pour les autres.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on a tendance à se replier sur soi. Mais c'est drôle que les gens n'ont pas compris que de donner, de faire, bénévole.
- Speaker #1
C'est amoureux.
- Speaker #0
Tu as vu ce qu'elle écrit en gros ? Agir heureux. C'est écrit en énorme sur la tente. C'est le logo de ma fondation. Le motto de ma fondation.
- Speaker #1
Bon, en tout cas, Yann, on pourrait continuer des heures, mais j'espère vous revoir prochainement. En tout cas, j'étais ravie de vous recevoir à la Concorde. Enfin, c'est vous qui me recevez, d'ailleurs. C'est vous qui me recevez, qui recevez ça au vu de la Concorde. Et je vous souhaite tout le succès, évidemment, que vous méritez pour cette magnifique expo et tout le reste de vos projets. Merci, Yann.
- Speaker #0
C'est mignon. Merci beaucoup. D'abord, le message, n'écoutez jamais les conseils. Allez-y, avancez. Tous les photographiens de me voir, est-ce qu'il y a pas des conseils ? Écoutez surtout pas les conseils. Avancez toutes seules. Parce qu'on écoute trop les conseils, on copie un peu les autres, en fin de compte. Qu'est-ce que c'est que la beauté, en fin de compte ? C'est quoi la beauté ? La beauté, c'est bien sûr, j'ai photographié les plus beaux paysages du monde. Est-ce que c'est ça la beauté, vraiment ? Moi, je ne pense pas. Je pense que la beauté, c'est les gens qui font. C'est les gens qui s'engagent, les gens qui aiment. Et cette beauté, elle a un nom très simple. Elle s'appelle l'amour. Je vous aime. Merci.
- Speaker #1
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