- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube, c'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Aujourd'hui, je reçois Amina Yamian. Amina est génicologue au Fritissienne. Elle accompagne les femmes, dans des moments qui comptent parmi les plus intimes d'une existence. Le désir d'enfant, la grossesse, l'accouchement, le postpartum. Mais aussi les peurs, les doutes, les douleurs, les questions que l'on n'ose pas toujours poser. Elle est médecin, autrice, podcasteuse, fondatrice de la Clinique des Femmes, et elle intervient aussi dans Le Temps des Femmes, le documentaire produit par Mélissa Thoreau, qui raconte l'évolution de la place des femmes dans notre société. Mais au-delà de son parcours, ce qui frappe chez Amina, c'est sa manière de parler. Elle a un franc-parler. Rare. Un franc-parler qui ne cherche pas à provoquer, mais à réveiller. Elle dit les choses clairement, parfois fortement, parce qu'elle connaît la puissance des mots quand il s'agit du corps, de la naissance, du soin, de la peur et de la confiance. Avec elle, la médecine n'est jamais seulement une question technique. C'est une affaire de regard, de présence, de lien, de vérité. Amina rappelle une chose essentielle. D'ailleurs, chaque patient y a une histoire. Derrière chaque symptôme, il y a souvent une inquiétude. Derrière chaque naissance, il y a un couple, une famille, un bouleversement immense. Son livre « Prendre soin des femmes » pose une question qui dépasse largement la génécologie. Comment soigner sans abîmer ? Comment transmettre son savoir sans écraser ? Comment accompagner quelqu'un dans un moment de vulnérabilité sans lui retirer sa dignité ? C'est pour cela que j'avais envie de la recevoir. Parce qu'Amina parle du corps, mais elle parle aussi de confiance, de médecine. mais surtout d'humanité. Elle parle des femmes, évidemment, mais elle nous parle à tous. À tous ceux qui ont été patients un jour, à tous ceux qui ont eu peur dans un cabinet médical, à tous ceux qui ont accompagné une naissance, une épreuve, une attente, une décision difficile. Aujourd'hui, avec Amina, nous allons parler du soin, de la parole, du corps, de la maternité, du courage, de dire les choses. Et de cette question immense, comment remettre de l'humain là où on a parfois mis trop de distance. Amina, bienvenue chez Sao Puissant.
- Speaker #1
Merci. toute remplie de larmes. Tellement je suis émue. Peut-être c'est à cause du ventilateur que j'ai la larme à l'œil, on ne sait jamais. Merci.
- Speaker #0
Écoute, tu es une femme incroyable. C'est vrai que ton franc-parler est assez impressionnant. Tu es comme une révolutionnaire de la gynécologie, est-ce qu'on peut dire ça ?
- Speaker #1
Une de mes mentors, d'ailleurs, qui est pédoxychiatre et qui me regarde un jour et me dit « tu es là, tu es » . à la gynécologie ce que Angela Davis a été à la négritude.
- Speaker #0
Je crois que je suis émue. Je suis d'accord avec elle.
- Speaker #1
De ce que tu m'as dit.
- Speaker #0
Mais moi, la première fois que je t'ai rencontrée, tu t'es assise à côté de moi, on était à un dîner. Et je me suis dit, waouh. La deuxième fois, on m'a demandé, c'est qui les femmes inspirantes pour parler ? Je t'ai dit, c'est Amina. Et aujourd'hui, je te reçois au micro, j'ai mis du temps à te catcher parce que t'es tellement occupée et c'est bien normal. Et tu es... Tu vois, moi qui ai des fausses couches, une grossesse extra-utérine, ma sœur est en five. Je trouve que ta manière d'être est exceptionnelle. On a tellement besoin de gens comme toi et de médecins comme toi. Alors, merci.
- Speaker #1
Merci de m'avoir invitée.
- Speaker #0
Et c'est beau de te voir fragile, parce que pour ceux qui ne te connaissent pas, t'es vraiment aussi, plutôt, ouais, t'es vraiment aussi tout ce qu'on peut. Enfin, voilà, t'es une femme forte. C'est vrai que t'as connu, et on va en parler tellement, de tempêtes. et c'est vrai que je pense que tu mets tellement d'humanité et tu veux révolutionner et tu veux défendre tellement de choses, c'est beau
- Speaker #1
Moi je sais pas si ça existe d'être une femme ou un homme fort, je pense qu'on est ce qu'on est et puis on fait avec ce qu'on a et on on interagit avec ce que la vie nous offre ce que l'adversité nous oppose ce que les joies nous apportent et puis on trace son chemin alors après c'est vrai que décider de soigner les... Enfin, moi, de toute façon, l'inspiration de devenir médecin, c'est dès que j'ai su parler, puis ça ne m'a jamais quitté. Et j'étais en mode pompier gyrophare, j'allais sauver des vies en fait. Et une fois que j'apprends ça, que j'apprends cette très haute technicité, je me figure que oui, on peut sauver des vies bien sûr, mais que ça ne s'arrête pas du tout là en fait. Quand on a fait ça, on n'a fait qu'un petit bout du chemin. Et donc je me forme sur ces questions parce que je vois bien que je bute. Je vois bien que... Je ne peux pas me suffire à sauver la couenne des femmes qui ont manqué d'y passer en accouchant. Je ne peux pas me suffire d'avoir sauvé la peau de leur enfant qui a effectivement failli passer en naissant. Et en effet, et ça c'est le début des années 2000, j'ai 30 ans, j'ai fini d'apprendre la haute technicité que représente mon métier. Et c'est vrai que c'est une bascule dans ma façon de travailler. Et après ça c'est mon tempérament comme je suis opiniâtre. Je travaille comme ça et donc je monte en effet la clinique des femmes, qui est une consultation de gynéco où tout ça va se mettre en musique. Ça va s'engrainer parce que, bon, faire des accouchements, faire en sorte que les femmes ne saignent pas, que les bébés ne meurent pas, que les bébés ne laissent pas prématurés, à minima, c'est mon métier, c'est le minimum syndical. Mais au-delà, il y a tellement de choses à faire.
- Speaker #0
Alors en fait, effectivement, comme tu dis, le déclic, c'est une formation. qui te met face à des femmes qui décrivent leurs soins comme une violence. Et là, toi tu dis, c'était comme une fraquenure au genou, impossible de ne pas agir. Est-ce que tu peux me décrire ce qui est pour toi une violence gynécologique ?
- Speaker #1
Déjà, il n'y en a pas de définition. Et ce que les femmes nous disent de ce qu'il peut y avoir de violent en gynéco, c'est potentiellement le fait de leur faire mal sans les prévenir. Il y a la question de la souffrance physique au corps. Il y a la façon de ne pas les écouter, il y a la façon de ne pas entendre ce qu'elles ont à nous dire, il y a la manière de ne pas leur ouvrir l'espace pour dire, une manière de répondre à côté de la plaque en disant « Madame, ceci est mieux pour vous, c'est comme ça qu'on fera » . Et ça, c'est extrêmement violent parce qu'effectivement, les femmes n'ont plus du tout de maîtrise sur leurs soins. Or, une femme, comme un homme d'ailleurs, mais qui vient chercher des soins, c'est nécessairement un individu qui est en situation de vulnérabilité. S'il vient chercher des soins, c'est parce qu'il va mal, qu'il a mal, qu'il a un problème. Et donc, c'est tellement facile de profiter de la vulnérabilité du patient pour l'assommer avec nos connaissances médicales, sans tenir en compte de qui il est, de son histoire, de où ça vient, qu'évidemment, on est à côté de la plaque. Et alors, on peut se comporter de manière vécue comme violente. vraiment sans vouloir l'être du tout. Et ça, ça a été une grande découverte pour moi. Et quand je dis ça, que j'ai voulu sauver des vies, en fait, je ne peux pas faire une césarienne dans n'importe quelles conditions, à n'importe quelle femme, n'importe comment. Je suis obligée de lui amener. En plus, là, on sort d'une séquence incroyable, mais puisque 20% des femmes ont subi des violences sexuelles, 20% des patientes que je vois ont des antécédents compliqués avec la question de leur intimité, de l'effraction, du viol, de la violence, de l'inceste. Donc moi, je ne peux pas aller avec mes gros doigts, mon spéculum, mes sons d'écho, je ne sais pas quoi, n'importe comment, dans la sphère intime d'une femme sur cinq. Et alors en plus, je dois l'avouer, soit elles viennent toutes chez moi, soit on m'a sous-évaluée, mais évidemment que c'est plus qu'une sur cinq. Si les femmes, on leur offre un cadre contenant pour nous raconter, plus qu'une femme sur cinq qui a des antécédents de violence sexuelle à raconter.
- Speaker #0
Très important ce que tu dis, parce qu'en fait, aujourd'hui, ce qu'on... Et heureusement, les voix se soulèvent. Mais en fait, une femme attachée, violée, toute sa vie, a des problèmes liés à sa gynécologie. Est-ce que tu peux nous expliquer ? Ça peut être de l'aménorée, difficulté à tomber enceinte, difficulté à faire l'amour. Enfin, tout ce que ça représente sur le corps a une telle mémoire.
- Speaker #1
Oui. C'est très très impressionnant, c'est des données récentes qu'on a de la science, très récentes, elles ont moins de 5-6 ans, qui démontrent en fait que les femmes qui ont, parmi les femmes qui ont subi des violences, elles ont entre 3 et 30 fois plus d'ennuis gynécologiques, d'ennuis psychiatriques, d'ennuis de maladies auto-immunes que les femmes qui n'ont pas de subi de violences. Et ça, moi j'ai appris à la fac. Les maladies auto-immunes, c'est toujours plus les femmes que les hommes. Et aujourd'hui, ce dont on se rend compte, c'est quelles femmes ont plus de maladies auto-immunes que les autres, celles qui ont subi des violences ? Ce sont les violences éducatives, les violences physiques, les violences psychologiques et les violences sexuelles. Or, on sait qu'aujourd'hui, la façon dont les adultes sont en capacité d'élever les enfants, on a beaucoup de mal à faire sans violence. Ceux qui prônent le non-violent dans l'éducation aujourd'hui sont pris pour des bitniques absolus. Ceux qui prônent l'éducation positive sont pris pour des rêveurs. On leur explique à tout va que ça va faire des enfants rois. Un, je demande à voir. Deux, en tout cas, l'éducation coercitive, intrusive avec les enfants, sur le mode du chantage, sur le mode de la punition, on en connaît les résultats. Ils sont extrêmement mauvais. C'est comme ça que les enfants apprennent à se soumettre. C'est comme ça que quand ils tombent sur des prédateurs, qui se déguisent en toxiques pervers, ils se font avoir, puisqu'ils n'ont aucune capacité à dire non, parce que leurs parents pourraient leur avoir expliqué « tu obéis aux adultes, c'est comme ça qu'on fait, c'est pas autrement » . Et donc, c'est extrêmement délétère. C'est très grave, en fait, cette histoire. Donc, quand on est une femme qui a des symptômes, je dis aux femmes, je le leur dis elles-mêmes, je dis « vous avez vu votre dossier médical, vous êtes une véritable encyclopédie gynécologique à vous toutes seules » . Qu'en pensez-vous ? D'abord, figurez-vous bien, si vous dites ça à une femme, il y en a une sur deux qui vous dit « Ah mais moi, j'ai été violée par mon beau-père et donc je ne suis pas étonnée. » Déjà, c'est impressionnant de voir comment un homme incalculable de femmes a idée que ce qui lui est arrivé, c'est en lien avec ce qui est en train de se produire aujourd'hui. Encore la semaine dernière, j'ai vu une jeune femme, 16 ans, me faire le récit du viol dans une colonie de vacances. Et depuis, elle est emmerdée. Elle a ses règles tous les 15 jours, tous les 3 semaines. Voilà. Je lui fais son bilan gynécologique, elle n'a rien. Donc, je ne sais pas par où ça passe. Mais en tout cas, voilà ce que ça produit.
- Speaker #0
Est-ce que tu n'as pas... Alors, pardon, c'est une question. Est-ce que vous n'avez pas un rôle des gynécologues ? Alors, peut-être que toi, elle se confie plus que d'autres. Et ça, j'en suis assez persuadée. C'est d'ailleurs pour ça que tu as créé la KINIFEM et on va en parler. Est-ce que finalement, on ne pourrait pas faire un signalement ? avec l'accord de la patiente, quand tu te rends compte qu'elle a eu des attouchements, lui dire, écoutez, comme tu viens de le dire, en fait, votre corps parle pour vous-même, est-ce que vous êtes OK à ce qu'on le signale ? Parce que, est-ce que c'est finalement pas, comme toi, elles ont confiance en toi, et qu'elles en partent, finalement, j'ai envie de dire un peu plus ouvertement, pourquoi ? Parce qu'elles se sentent écoutées et comprises. Est-ce que c'est pas finalement aussi, vous pouvez pas être, le gynécologue peut pas être un relais ? Pour valider aussi.
- Speaker #1
D'abord, je pense qu'on a le devoir de l'être, au moins vis-à-vis de la femme quand elle vient nous voir en face. Valider ce qu'elle dit, parce que là, pour le coup, c'est pareil. Je prends tous les Français à témoin. Une femme qui vient dans le cabinet de son gynécologue raconter ça, ni elle a d'audience médiatique, ni elle va supposément, c'est le fantasme, se faire du fric sur un procès. Elle n'a rien à gagner à ça. Je rappelle qu'en France, la justice réparative ne donne pas d'indemnité. C'est un fantasme. Ça, c'est la justice américaine. Mais en France, si vous êtes reconnu victime, vous n'allez pas recevoir de l'argent. Et tertio, je ne sais pas quel pourrait donc être l'intérêt d'une femme de venir chez son gynécologue mentir au sujet des violences sexuelles parce que, pour répondre à ta question, 1. Je suis soumise au secret. De toute façon, je ne peux pas raconter à sa place.
- Speaker #0
2.
- Speaker #1
Le système judiciaire m'empêche. Il est interdit à un citoyen d'aller déposer plainte pour son voisin.
- Speaker #0
Non, mais « et » ? Tu pourrais lui demander l'autorisation.
- Speaker #1
Je peux lui demander l'autorisation, je n'en ai pas le droit. Elle peut me donner l'autorisation, je n'en ai pas le droit.
- Speaker #0
Non, mais en fait, tu vois, le tabou, c'est ce que Maitre...
- Speaker #1
Mais pas question, elle est très pertinente. Aujourd'hui, ça vient de sortir, c'est très récent, nous sommes dans l'obligation de faire des signalements si jamais la patiente est mineure.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Celles-ci sont protégées.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Aujourd'hui, la situation est telle... Le truc est kafkaïen. Quand 80% des violences sexuelles qui s'abattent sur les femmes ont lieu dans le sein familial. Si une mineure vient me faire cette confidence, je dois en faire le signalement au procureur. Si je fais le signalement, je dois être fidèle au récit de cette femme. Qui, connaissant son père, son frère, son cousin, son grand-père, le cite nommément. Quand ça atterrit sur le bureau du procureur, en général, le père, le grand-père, l'oncle, le frère, le cousin, disent « c'est une accusation sans fondement, elle ne peut pas apporter la preuve » , dont le médecin s'est fait le relais. Ils vont directement au conseil des départementaux de l'ordre des médecins. où nous nous ramassons des blâmes, car l'autre affaire dans laquelle nous sommes coincés, c'est que nous n'avons pas le droit de dénoncer autrui sans savoir. Qu'est-ce qui se passe ? Les médecins se gardent bien de faire des signalements, puisqu'on se fait emmerder au coin du bois. Et derrière, qu'est-ce qui se passe ? Le procureur, il dit, écoutez, vous avez fait un signalement, mais vous n'avez pas la preuve. Le père a attaqué le médecin, vous n'aviez pas le droit de faire ce compte-rendu. Bon, terminé. Les femmes de France manifestent en disant ce qui se produit pour toutes les petites qui finissent assassinées, violées à répétition, les petits garçons aussi d'ailleurs, ce n'est pas un dysfonctionnement de la justice, c'est bien une organisation institutionnelle, mais elles ont tellement vrai. Mais c'est tellement vrai.
- Speaker #0
Et surtout, la victime se retrouve coincée avec son père, son oncle, qui lui dit t'es une menteuse et qui... Enfin...
- Speaker #1
Et de préférence, le lui amener à cause de toi, je vais finir en... est-ce que c'est à cause de toi ? Parce que ça, c'est su. Non, non, non, messieurs, si vous finissez en taule, c'est à cause de vous-même. Il ne fallait pas franchir la ligne rouge. La vraie question au fond qui se pose, Claire, puisque je suis taxée d'avoir la parole lourde. 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles par an. La France est-elle prête à admettre que 160 000 hommes, issus de la famille de ces petites filles, vont donc terminer ? en prison. La question la seule, c'est celle-là. Et c'est ce que démontrent les affaires Depardieu, PPDA, Nicolas Hulot, Bruel, on peut toutes les citer. Des femmes se plaignent, du pire les concernant, et il y en a toujours une qui rielle pour dire, ah mais c'est impossible, c'est mon mari, c'est mon amant, c'est mon père, c'est mon fils, c'est mon beau-frère, c'est le meilleur des acteurs parmi nous tous. même. Donc c'est impossible. Ben en fait si les gars, ben en fait si. Les hommes qui commettent ces crimes sont nos frères, nos cousins, nos oncles, nos voisins, nos copains. Parce qu'il faut bien qu'ils soient quelque part ces hommes. Ils sont pas en suspension. Les femmes ne sont pas attaquées par des martiens. Elles sont attaquées par des hommes qui sont tous les frères, les maris, les cousins de quelqu'un. Donc la vraie question, mais la vraie, c'est la seule qui se pose, est-ce qu'on est prêt ? à sauter dans cette eau froide. Parmi nous, il y a des prédateurs.
- Speaker #0
Alors l'autre point que tu relèves beaucoup et qui est vrai, c'est qu'en fait je ne sais pas combien de pourcents de femmes vont voir un gynécologue homme. Et donc qui n'a aucune idée, en vrai, de ce que nous vivons. C'est la réalité. Et ça c'est un point que tu relèves souvent en disant qui de mieux qu'une femme ? Pour comprendre une femme, pour comprendre un méridien, non pas. Moi, j'ai un gynécologue homme que j'adore. Mais c'est vrai que...
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'en fait, je pense qu'il y a une très grande différence entre n'avoir aucune idée, c'est faux. Les hommes ont une idée de ce qu'on vit, ça leur est enseigné. En revanche, ils ne l'ont jamais incorporé. Un homme ne sait pas ce que c'est d'inonder, de se lever d'un fauteuil et d'avoir laissé ses règles abondantes derrière soi dans le fauteuil. Il n'a pas idée de ce qu'il ne peut pas... l'incorporer. Par contre, il sait que ça arrive. Donc, ça c'est une chose. Il y a des hommes, par exemple ton gynécologue, qui c'est ce qui est parfaitement pertinent, et il y a plein de gynécologues femmes qui sont, y compris à côté de la plaque. De mon point de vue, la question n'est pas genrée. Je comprends que les femmes aient l'idée de se dire, c'est un homme, donc il n'a pas idée, donc je n'y vais pas. Mais ce n'est pas ça le point de clivage. Pour moi, ce n'est pas la question du sexe du gynécologue, du genre du gynécologue. Le plan de clivage, c'est entre celui qui a appris à savoir que toutes ces choses sont des emmerdements qui coûtent aux femmes et ceux qui ont décidé de ne pas la prendre. Et cette frontière, elle n'est pas entre les hommes et les femmes. Elle n'est pas entre les docteurs et les sages-femmes. Elle est entre ceux qui ont décidé d'être, de travailler, d'être opiniâtre, d'être curieux, de chercher. de trouver des solutions et ceux qui sont en mode paresseux et que ça n'intéresse pas. Parce qu'en effet, pourquoi je dis en mode paresseux ? Parce que la faculté de médecine nous a appris le truc à la mode mécanique simple. Donc si on n'a pas la curiosité d'aller chercher et qu'on se cantonne à ce que l'université nous a transmis, c'est-à-dire le meilleur sur le plan technique et zéro sur le plan humain, on va être des médecins très bons techniquement, le cas échéant. potentiellement mauvais aussi, techniquement ça existe, est complètement... à zéro sur le reste. En tout cas, moi, j'étais celle-là jusqu'à ce que je fasse une formation. Parce qu'en plus, j'étais dans ce groupe. Donc, je vois très bien de quoi je parle.
- Speaker #0
Oui, toi, tu dis pendant toutes ces années, on nous apprend à prendre le pouvoir. Et en fait, tu dis presque avoir été formé à maltraiter avec comme un mécanisme de savoir. Est-ce que tu peux nous lister des choses qui, pour toi, sont des maltraitances ?
- Speaker #1
Qu'on a apprises ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et pire, c'est des maltraitances qu'on a pratiquées, qu'on a apprises. en pensant être bien traitant. Par exemple, apprendre à faire un toucher vaginal. Qu'est-ce qu'on sent au bout de ses doigts, au fond du vagin d'une femme ? Il faut apprendre. Comment on va faire pour apprendre ? On est obligé de faire le toucher vaginal derrière le patron qui fait un toucher vaginal à une femme en disant « Rien à la dame, puisque c'est la médecine patriarcale. » Et en nous disant à nous, sous le nez de la dame, « Examine-la, elle a un kyste de l'ovaire, comme ça tu vas sentir. » Madame, excusez-nous, je lui apprends. La dame apprend dans le regard et l'échange entre le gynéco et son élève qu'elle a un kyste de l'ovaire, qu'elle est un objet d'enseignement de qualité et que là, lui, le prof, il est en train d'apprendre à son élève le meilleur. Donc, elle va se taper un deuxième toucher vaginal. C'est ça, la violence. Alors qu'on peut très bien examiner une femme, lui dire, Madame, je viens de vous découvrir un kyste à l'ovaire. Ce n'est pas un truc qu'on voit si souvent à l'examen. J'ai avec moi un élève. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'il vous le examine ? Car c'est l'opportunité pour lui d'apprendre. Honnêtement, si vous amenez ça comme ça à une dame, vous en avez 3 sur 100 qui vous disent non, ce n'est pas possible. Aux 3 sur 100, vous demandez pourquoi. 100% vous disent parce que j'ai subi des violences. Deux fois le toucher vaginal, c'est too much. Premier point. Et deuxième point, les 97 autres vous disent... Il n'y a pas de problème, je veux bien que votre élève apprenne. Donc en fait, il y a une façon d'amener les choses. Alors, pour mettre les femmes à l'abri de cette histoire, on a commencé, nous, à apprendre à faire des touchés vaginaux sous anesthésie générale au bloc opératoire. On trouvait ça génial, on trouvait que c'était formidable, parce que la dame dormait, comme ça on ne l'emmerde pas, comme ça on était 5, 6, 8, 10 étudiants, je ne sais pas combien, et la dame sous anesthésie générale se tapait 5, 8, 10, 10. toucher vaginaux. Et quand le scandale est sorti, les gynécologues ont été tout étonnés en disant « Mais pourquoi vous venez nous chercher des noises à ce sujet ? C'est dingue ! » Et ces violences ne s'abattent pas que sur les femmes, y compris sur les hommes. Moi, jeune étudiante de sixième année de médecine, j'ai appris à faire un toucher rectal au milieu de dix autres étudiants. Nous étions exactement dix et le patron met le patient à quatre pattes. cul en l'air, et lui dit « Monsieur, je vais vous faire un toucher rectal en faisant 10 allers-retours, ne bougez pas. » Pensant comme si le gars qui est là cul nu, cul en l'air, n'a pas idée qu'on est 10 dans son dos. Et le patron, il nous fait signe, il nous donne à chacun un doigtier, donc on était tous comme ça. Et il nous fait signe, alors on allait, chacun notre tour, on se déplaçait. Le passant, il s'est tapé 10 touches rectaux, il n'a pas bougé. C'était un homme. On était en 1990, on était en Belgique. Il n'y a pas que les femmes qui subissent des violences dans les déserts cité-soins.
- Speaker #0
Merci de rappeler tout ça, parce que c'est vrai qu'il n'y a que ceux qui...
- Speaker #1
Et j'ai appris ça. Quand tu me poses la question, comment c'est possible que la faculté de médecine ait enseigné la violence ? Quand un patron, professeur des universités, diplômé de l'université de Louvain, la plus réputée d'Europe... vous démontre ça, vous avez 21, 22 ans, à quel moment vous vous dites, moi je remets ça en question, ce mec est complètement grave, là on ne fait pas subir ça aux patients. À aucun moment, enfin, en tout cas moi, je n'ai pas vu, c'est venu très tard. J'ai exercé pendant 10 ans avant de me dire, mais en fait, ce que tu as fait là, c'était ignoble. Comment tu ne t'es pas réveillé ? J'ai mis 10 ans à me réveiller, parce que je l'ai appris. Je l'ai intégré comme tel et je l'ai reproduit. Pire, je l'ai appris à l'époque.
- Speaker #0
D'insérer un doigt comme ça, sans prévenir, en disant... Alors que, comme tu dis, on pourrait dire, à ce moment-là, je vais vous faire un toucher. Là, je vais prélever. Enfin, le fait de parler avec le patient ou la patiente apaisent...
- Speaker #1
Exact. Le patient, il est... C'est rare qu'un patient soit contre que sa situation médicale... soit utilisé comme outil et comme matière d'enseignement. C'est très très rare, mais il faut quand même l'amener. Et puis en plus, on n'a pas à faire subir à un patient donné l'exercice d'apprentissage de 10 étudiants. Des malades qui ont des choses intéressantes à démontrer au toucher rectal, il y en a toute la journée. Donc celui-là, on fait faire à un étudiant, le patient suivant, on fera à l'autre étudiant. Et si le troisième patient, il dit non, c'est pas possible pour moi, c'est pas grave, l'étudiant, il va rester sec, il n'a pas appris, il va apprendre avec le patient suivant. C'est... Enfin, il faut rester raisonnable.
- Speaker #0
Alors, ce qui est hyper intéressant, il faut rappeler qu'il faut aller voir, nous les femmes, une gynécologue, c'est tous les ans pour faire un protype ? Alors,
- Speaker #1
ça dépend, ça dépend. Les recommandations ont un peu changé. Après le début de la vie sexuelle, on fait des frottis tous les deux ans. Et puis s'ils sont bien, en deux ans, on s'arrête. On peut les faire tous les trois ans après, tous les cinq ans, en fonction des situations. Mais en vrai, on sait qu'on peut mettre de l'espace, par exemple, entre deux frottis. ça vaut la peine d'aller chez le gynéco pour discuter contraception, pour discuter sexualité. Il y a plein de choses à dire. Désir de grossesse, planification des grossesses. Maintenant, aujourd'hui, les femmes font des études longues, font des enfants relativement tard. La question de la fertilité, elle se pose. C'est des questions qui s'anticipent. Ce n'est pas des trucs qu'il faut amener sur la table à 39 ans. Mais c'est notre boulot aussi d'amener les femmes à dire, ce n'est pas... Et pareil, c'est une façon de le dire. Moi, avant, comme j'étais avec mon bagage rigide, je disais aux femmes de 28 ans, quand est-ce que vous faites des enfants ? Comme si c'était, comme si ça me regardait. Maintenant, je dis aux femmes, que faites-vous comme métier ? Elle me dit qu'elle est cadre. Je dis, la stat, elle est ce qu'elle est. Les femmes dans votre genre font leur premier enfant en moyenne à 38 ans. 1. Comment vous voulez qu'on gère votre contraception de vos 28 à vos 38 ? Il y a 10 ans à tenir, qu'est-ce qu'on fait de mieux pour vous ? Et surtout, est-ce que vous êtes au courant, à partir de 35 ans, votre fertilité va baisser ? Je ne suis pas en train de vous menacer, je ne suis pas en train de vous attaquer. Je suis juste en train de vous dire comment toutes les deux ont fait un plan qui ressemble à quelque chose pour les 15 ans qui vont suivre. En fait, c'est ça qui est contenant pour les femmes, c'est ça qui est bien traitant. Et vous en avez une sur trois qui vous disent « Mais Amina, moi je n'ai pas du tout l'intention de faire un enfant chaud clair là-dessus. » Eh bien, très bien. D'ailleurs, je voudrais une ligature de tronc.
- Speaker #0
Il y en a beaucoup qui demandent des catéroscroumpes ?
- Speaker #1
Pas beaucoup, mais il y en a quelques-unes. Il y en a qui vous disent, Amina, sincèrement, je pense que je ne ferai pas d'enfant. C'est à moi de rebondir. C'est de la médecine narrative. Vous m'avez dit, je pense que je ne ferai pas d'enfant. Ça veut dire que vous pourriez changer d'avis ? Oui. Vous savez quoi ? Il peut être une option, alors, c'est la cryopréservation. Comme ça, ça vous met à l'abri de chercher le prince charmant une fois que l'horloge biologique vous saute derrière l'oreille. Ça vous met à l'abri de ne pas vouloir accepter un poste, une promotion, une carrière, un changement de carrière et orientation professionnelle. Vous êtes tranquille, vos œufs sont congélateurs et on s'en occupera quand vous serez prête. C'est ça que j'appelle être bienveillant et bien traitant. C'est d'aider les femmes aussi à prendre elles-mêmes un peu de recul sur la perspective, les perspectives.
- Speaker #0
Leur stratégie de vie, tout ça.
- Speaker #1
Voilà, exactement.
- Speaker #0
Alors, je vais venir, et comme tu es franc-parler, c'est vrai que le toucher rectal, C'est un vrai sujet pour le coup. Autant les femmes, grâce aux campagnes de sensibilisation, essayent de prendre soin d'elles, de faire des frottis. En revanche, sur le toucher rectal, c'est un sujet tabou. Du côté des hommes. Est-ce que tu peux rappeler à quel point c'est quand même aussi important ? À quel âge ? En fait,
- Speaker #1
le toucher rectal permet à un médecin d'examiner la prostate. qui est un organe chez l'homme qui a tendance à se cancériser beaucoup à partir de l'âge de 50 ans. Avant de se cancériser, la prostate est un organe qui peut devenir très très gros et qui peut gêner la mixtion parce qu'en devenant gros, il comprime l'urètre et les garçons peuvent avoir des difficultés à uriner. Et donc, il vaut la peine de se faire examiner la prostate de temps en temps parce que... Alors après, moi, je ne suis pas urologue et je n'y connais pas grand-chose, mais en tout cas, il existe des traitements préventifs, curatifs et des moyens de faire des diagnostics précoces de cancers de la prostate pour ne pas se retrouver avec des cancers qui sont un peu dépassés. Et voilà, il y a le toucher rectal et désormais, aujourd'hui, il y a les échographies.
- Speaker #0
transrectales, qui sont encore plus efficaces que le toucher rectal en matière de dépistage, tout comme l'échographie endovaginale aujourd'hui est beaucoup plus efficace que le toucher vaginal, avec lequel moi j'ai appris à faire mes études de médecine. Maintenant, aujourd'hui, les gynécologues qui n'ont pas un machine d'écho dans leur cabinet sont devenus les plus rares. Par exemple, moi personnellement, je fais pratiquement plus de toucher vaginal. Par contre, je fais des échographies systématiques aux femmes, parce qu'en réalité, trouver un fibrome de petite taille. Trouvez un pot libre de petites tailles. de taille. Découvrir un cancer de l'endomètre débutant au toucher vaginal, jamais. À l'écho, toujours. Donc, moi j'ai une machine d'écho, je fais une écho systématique à toutes les femmes. Elle n'est pas recommandée par la sécu parce que la sécu je ne veux pas la payer. Moi je la fais dans le prix de la consulte terminée. Parce que c'est un très bon moyen de dépistage et tout le monde s'en rassure.
- Speaker #1
Alors toi, effectivement, on l'a compris. La réparation, c'est en tout cas une nouvelle forme de gynécologie, c'est avec la Clinique des Femmes. C'est un autre modèle qui est fondé sur l'écoute. Est-ce que tu peux m'expliquer, quand on va à la Clinique des Femmes, qu'est-ce que c'est l'accueil, quel service tu proposes ?
- Speaker #0
Alors, la Clinique des Femmes, c'est une consultation de gynéco, on ne fait que ça. Mais elle va sur ses deux pieds, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on a comme plainte dans le corps ? Et puis... qui êtes-vous, d'où venez-vous, où voulez-vous aller, où en êtes-vous dans votre vie ? C'est assez long, déjà. C'est des consultations qui sont calibrées à 30 minutes. On a le temps. Même des fois, si ça déborde, quand la dame a pu nous causer pendant 45 minutes, on n'a pris que, entre guillemets, 15 minutes pour la dame suivante. C'est un lieu où on est très respectueux de l'intimité physique des femmes. Et donc, c'est une organisation architecturale qui est très particulière, c'est-à-dire qu'on fait bureau. Et de préférence, d'ailleurs, j'ai appris ça, à ne pas mettre les dames d'un bord et de l'autre du bureau. On fait salon, comme ici, parce qu'il y a de la proximité dans ce qu'on va pouvoir se raconter. Il y a une pièce où les femmes vont faire pipi, enlever leur tampax, remettre leur tampax, se rafraîchir la zézette, avant de passer en consulte parce qu'il y a des femmes pour qui. C'est insoutenable de venir en consulte avec leurs règles parce qu'elles ont intégré ou on leur a fait intégrer que ce n'était pas terrible. Donc, si jamais elles saignent parce qu'elles sont venues dans une urgence, précisément parce qu'elles sont dans tous leurs états et présentent 14 fois leurs excuses et tout. En vrai, c'est notre métier. Si on ne voulait pas être là-dedans, on aurait été boulanger. C'est tout. Mais je comprends d'où elles viennent. Les femmes peuvent enfiler un peignoir pour ne pas être à poil ou devoir se mettre à poil devant nous. Voilà. C'est des tables gynéco qui, en réalité, sont des chaises. Donc, en fait, on s'assoit comme ça et puis après, c'est électrifié, on se retrouve à quatre pattes. On ne monte pas sur un tabouret cunu sous le mêle gynéco pour se retourner, être en équilibre. C'est des petites choses comme ça auxquelles les femmes sont extrêmement sensibles. Bien sûr, elles entrent dans le cabinet et disent « Non, mais pourquoi vous êtes allées inventer ça ? Mais pour avoir fait ça, Amina, c'est que… » Enfin, vous vous faites une très haute opinion. du soin que vous devez nous apporter. Oui, madame. Voilà. Donc, c'est ça. C'est toujours s'interroger sur c'est quoi votre métier ? Combien d'enfants avez-vous eu ? Combien de fausses couches avez-vous eu pour arriver à tant d'enfants ? Combien sont nés prématurément ? Qu'est-ce qui deviennent vos enfants ? Ah ben, mon fils s'est suicidé. Ok. Vous avez des petits-enfants ? Oui, j'en ai deux qui sont transgenres. Je suis bouleversée par ça, Mina. C'est compliqué pour moi. Voilà. Et alors, évidemment, la consulte peut durer assez longtemps.
- Speaker #1
Toi, tu parles d'alliance thérapeutique, c'est magnifique. Oui,
- Speaker #0
voilà.
- Speaker #1
C'est vraiment ça que tu crées avec la clignotant des femmes.
- Speaker #0
Voilà, voilà. C'est ce qu'on fait. Et donc, c'est appuyé sur le temps, c'est appuyé sur l'espace architectural, c'est appuyé sur la délicatesse dans la façon de s'amener au corps des femmes, encore une fois, qui peut avoir été très, très abîmée par la vie. Et puis, c'est une façon de se préoccuper de tout l'environnement d'une femme. Une femme n'est pas un utérus sur pattes. Une femme, elle a tout son environnement. On ne va pas gérer pareil. Il y a des femmes qui me disent, Amina, je veux une contraception qui ne se voit pas, je ne veux pas que mon mari soit au courant, parce que lui, il veut d'autres enfants, et s'il voit que je prends une contraception, ça va mal se passer pour moi. Bon, premier point, je réponds à sa demande. Va pour un stérilet en douce, un implant en douce, bon, voilà. Mais derrière, je lui dis, c'est quoi ce mari ? Parce que... Et on arrive toujours au même récit de... du contrôle coercitif, des violences psychologiques, voire des violences sexuelles intraconjuelles. Et c'est ça aussi la clinique des femmes. On va sur nos deux pattes. On a une grosse équipe de psychiatres et de psychologues. On travaille ensemble avec ce que la faculté de médecine nous a appris de meilleur, car les staffs hebdomadaires, avec l'autorisation des femmes, on discute avec nos collègues psy en disant « cette femme, elle a besoin d'être soutenue » . Parce que là, voilà, ça fait 20 ans qu'elle est avec cet homme, il y a trois enfants, il y a toutes ces contraintes de vie qui font que c'est compliqué pour elle de partir. En fait, il y a de la violence sexuelle, elle n'a pas pu mettre un nom dessus. Mais voilà, on fait notre travail tous ensemble en dentelle et on sécurise ces femmes. Et bon, advienne ce qui adviendra de l'histoire de cette femme, ce qu'elle décide de faire ou pas, on n'est pas là pour en juger. En tout cas, on est là pour l'aider dans ce mouvement.
- Speaker #1
Incroyable, moi ça m'impressionne. Je pense que des Kines des Femmes, il en faudrait à chaque coin de rue. Alors peut-être qu'à chaque coin de rue, tu parlais de boulanger, tu vois, comme les boulangeries. Je pense que beaucoup de choses changeraient. Alors ce qui est important aussi de rappeler, c'est que c'est un long projet, la Kines des Femmes, qui existe depuis longtemps. Et puis là, maintenant, vous avez un lieu à Paris. Je salue. ton associé, c'est grâce à elle que je te connais. Enfin, ce n'est pas grâce à elle d'ailleurs, mais l'Epitia, qui est une femme formidable, qui moi m'a aidée aussi dans ma première grossesse. Il faut quand même dire, donc, ce lieu, peux-tu nous donner l'adresse ? Le nombre de mètres carrés, parce que c'est un super projet, gros projet. Et c'est aussi quelque chose qui t'a appris un monde que tu ne connaissais presque pas, qui est le monde de l'entrepreneuriat. Et ça t'a bouleversée, parce qu'on va l'expliquer. un an de retard de chantier. Donc, de l'idée, vous avez eu ce projet incroyable d'en faire vraiment un lieu dans Paris. Et puis là, il y a des vraies complications entrepreneuriales qui sont arrivées.
- Speaker #0
Alors en fait, effectivement, moi j'ai monté mon cabinet que j'ai appelé la Clinique des Femmes en cours de route. Je l'ai fondé avec Louise Alvarez, qui est pédopsychiatre. On a été très rapidement méchamment victime de notre succès. On a été obligés de scinder l'activité. Les psys ont ouvert un cabinet d'un bord. Nous, on est restés effectivement avec Laetitia Rezer, qui est sage-femme, dans le cabinet sur le plan gynéco-pur, et avec Manon Henry, qui est aussi l'autre associée de notre nouveau projet. Et on a gravité là, dans cet espace qui faisait 140 mètres carrés, avec des professionnels formidables, des secrétaires, avec tout ce que je viens de raconter. Et puis... on a fait le choix entrepreneurial. On était en location, on s'est dit qu'il faut qu'on achète parce que c'est neuneu de passer autant d'argent par la fenêtre en location de une. Et de deux, peut-être on ouvre plus large et on ouvre notre filière en amont à la prise en charge des femmes qui sont aux prises avec les complications de fertilité et on avale les bébés qui sont issus de là et on ouvre une filière pédiatrique. Et en parallèle, une filière autour des soins portés au corps en faisant alliance avec des médecins esthétiques et des chirurgiens esthétiques pour prendre en charge les cicatrices de césariel, les cicatrices de mastectomie, les périnées dévastées par les accouchements compliqués les incontinences urinaires les sécheresses vaginales les femmes qui ont du vaginisme enfin outre médecine esthétique classique habituelle, on s'est dit On fait tout ça ensemble parce qu'on ne veut pas délier le corps, et le corps malade au sens de la médecine, et le corps qui a besoin d'être quand même restauré après cette vie. Et donc on se retrouve avec un projet qui au total fait 530 mètres carrés, qui est situé sur l'esplanade des Invalides. Et en effet, je fais mon boulot de gynécologue, je mène un travail d'entrepreneuriat avec mes associés, on se coltine la question de la construction, de la rénovation, dont moi je mets les doigts dans un univers où je ne connais pas grand-chose, peu de choses, et où, pour dire les choses clairement, on se casse la gueule. On est en difficulté, ça ne marche pas. D'ailleurs, tout ça est entre les mains de nos avocats, va pour le pénal, va pour les indemnités de retard. La situation a été gravissime.
- Speaker #1
Un an de retard de chantier.
- Speaker #0
Un an de retard de chantier.
- Speaker #1
Pas de patient.
- Speaker #0
Et du coup, on avait quitté notre... On a tiré ce qu'on a plus là où on était en location. Il a bien fallu partir et on s'est retrouvés sur le trottoir. Ça, c'est une crise incroyable parce que vous vous retrouvez avec huit collègues médecins. On n'a plus de quoi se loger. On est un 4 janvier. Il fait moins 4 dehors, moins 4 dans le bâtiment. Il y a de la neige pour 40 cm et on a 150 patientes par jour qui ont l'habitude de ce que je viens de voir à compter, l'accueil, la bienprétence qui se retrouve dans la gadoue, dans la neige. l'effondrement nous prend. Et donc, on se... Enfin, pour moi, ça a été une grande bascule, parce que je me retrouve là avec pas de plan B, à devoir gérer la crise. Je remercie mes collègues qui nous ont logés, chacun tous. Tout ce groupe, d'habitude, on fait équipe, on se retrouve dispatchés partout dans Paris. Nos secrétaires au milieu de tout... complètement ahuris, les patientes ne comprenant pas ce qui se passe, 10 ans d'habitude d'un truc extrêmement carré, très contenant. Donc ça a été une très grande crise, une crise du logement, une crise entre associés, une crise bancaire, une crise financière, une crise du bâtiment. Au milieu de tout ça, Aloamina des accouchements, Aloamina l'hémorragie, Aloamina c'est la secrétaire, Madame Hultel a un cancer du sein et tout. J'ai cru crever. Ça ne m'était jamais arrivé parce qu'une des phrases qui m'a fondée, c'est l'excellence ou l'inexistence. Et donc, je perçois à ce moment de ma vie qu'en fait, je ne fais que des projets de toute ma vie dans lesquels je sais que j'ai l'absolue maîtrise. Je sais que je peux livrer l'excellence. Jamais je ne me lance sur un projet. où je ne suis pas sûre du résultat. Et d'ailleurs, j'avais dit à mes associés « Quoi ? Acheter 500 m² sur les planètes des Invalides ? Mais vous êtes ma boule, moi ça je ne sais pas faire. » Eux me disent « Si, si, on doit faire, on peut faire, on sait faire. » Et en fait, on s'est embarqués comme ça. Donc sans eux, j'y serais jamais allée. Parce que ce que suppose cet adage, l'excellence ou l'inexistence, dont je n'avais fait que jouir, je n'avais pas vu le danger de cette phrase. qui est très forte, mais en même temps très, très contraignante. C'est que du coup, je m'interdis des tas de trucs. Donc, grâce à eux, j'y suis allée. Et je n'ai pas pu avoir la maîtrise pour aller à l'excellence. C'est-à-dire, en vrai, j'ai fait l'expérience de l'entrepreneuriat, du cassage de gueule, de l'entorse de cheville. Bah ouais, voilà. Ah là là ! Mais alors, moi, je n'avais jamais fait ça de ma vie. Donc, ça a été une crise monumentale. Mais aussi, j'en sors avec l'idée que... En fait, si je peux m'autoriser de faire des trucs impossibles, si je me casse la gueule en vrai, c'est toujours rattrapable. C'est là qu'on est, on a récupéré la sauce.
- Speaker #1
Les lieux sont verts,
- Speaker #0
rendez-vous aux invalides, sont donnés.
- Speaker #1
C'est le début d'une longue série d'ouverture partout en France. J'en suis persuadée. Adèle,
- Speaker #0
tu crois ? Certainement.
- Speaker #1
Et je pense qu'il te manquait cette corde à ton arc. L'excellence, ce n'est pas une vie. Alors qu'il faut avoir des échecs. Et malgré tout, c'est ça la vie de l'entrepreneuriat. Mais c'est ça aussi qui nous permet de franchir des paliers. Exactement,
- Speaker #0
parce que j'ai beaucoup grandi. Je ne suis plus la même que l'année dernière. Ça, c'est sûr. Ça m'a été extrêmement profitable. Et ça a été très douloureux. C'est-à-dire que moi, je ne m'étais jamais mise dans une situation pareille. J'ai compris aussi. Tout d'un coup, je me suis remise à penser à mes copines d'école, au CM, en 6e, en 4e, au collège, qui étaient en difficulté. pour qui c'était difficile, les devoirs, les je-ne-sais-pas-quoi, les contrôles. Je me suis dit, putain, mais Alina, tu te rends compte ? Effectivement, ça devait être terrible. Parce que moi, je n'avais jamais été confrontée à ça. Jamais, jamais, jamais. Et donc, c'était dur. C'était très dur. En tout cas, je n'avais jamais été confrontée sur le plan professionnel. J'avais été confrontée sur le plan personnel en faisant, mais ça peut faire l'objet d'un autre podcast peut-être, en faisant une dépression du postpartum majeur. Là, je me suis retrouvée... avec mon bébé de 3,5 kg et empêché. Mais ça, c'était l'expérience personnelle. J'avais plongé, c'était sévérissime. Mais sur le plan professionnel, où je considère avoir la maîtrise de faire mes choix, de décider de faire anglais, allemand, latin ou pas, en France, en Belgique, revenir en France, aller dans le privé, dans le public, choisir de faire de l'obstétrique, de l'obstétrique spéciale ou pas. ou pas à devenir gynécologue, ou pas. J'ai fait tous mes choix, j'ai assumé, j'ai été au bout, et voilà. Mais probablement, je me rends compte aujourd'hui que je me suis sans doute imperdite d'étape truc, tellement j'avais peur d'échouer. Bon, maintenant, j'ai plus peur d'échouer, parce que j'ai vu ce que ça fait. Près désagréable, mais on s'en relève. Donc c'est bon, j'ai compris. Mais ça a été une sacrée expérience.
- Speaker #1
Moi, je sais qu'elle te... Je te vois déjà changer. Et c'est vrai que dans l'échec, il y a toujours une vraie douceur qui, à mon avis, va bénéficier. à toi, tes patientes, et à cette idée incroyable que tu mets en place et qui est vraiment exceptionnelle. Alors c'est drôle parce que cette quête d'excellence On sait d'où elle vient, elle vient donc t'es moitié, enfin t'es pas moitié d'ailleurs, t'es 9 dixième si je dis pas de bêtises bretonne, 1 dixième togolaise et en plus de ça et tu en parles beaucoup, tu t'es toujours considérée un peu différente, différente par ton métissage et donc en fait tu t'es dit bah moi Amina c'est aussi pour ça que tu tiens ton franc-parler donc d'un côté l'excellence en anglais parce que toi tu t'es dit bah moi je vais me faire ma place toute seule dans la société, est-ce que c'est ça ?
- Speaker #0
En vrai, je suis métisse. Métisse, ça veut dire moitié, parce qu'effectivement, mon père est togolais et ma mère est française bretonne. Donc, vu par comme ça de l'extérieur, je suis métisse et je me définis comme telle. En vrai, je suis née à Brest. J'ai vécu dans le coin. Donc, je parle plus le breton que le bassard, qui est la langue maternelle de mon père. Je sais faire les crêpes et je ne sais pas piler une pâte de manioc, pour dire les choses clairement. Donc, je me définis en vrai, je suis plutôt 90% française et 10% togolaise. Ce que j'ai de togolais, on va dire d'africain, c'est un petit morceau de moi. Je ne connais pas l'Afrique. Alors, ce qui est très intéressant, probablement, ça n'arrive pas du tout par hasard. Au moment où je viens de dire, je fais l'expérience de l'échec professionnel, l'Afrique se rappelle à moi. Je suis prise dans un truc. Alors que je suis assez phobique de l'Afrique, je suis assez traumatisée. Et là, j'ai un besoin d'Afrique, une envie d'Afrique. Et donc, il me prend l'année dernière de commencer à aller en Afrique. Alors, un coup au Nigeria, je n'ai rien à voir avec le Nigeria. Un coup au Rwanda, je n'ai rien à voir avec le Rwanda, encore moins, parce que c'est l'Afrique de l'Est. Puis le Kenya. Ce qui est très intéressant, que je repère en écrivant... à une copine, c'est que je suis très alignée au Rwanda. Je suis très alignée avec moi-même. J'ai un espèce de truc. Je ne sais pas quoi... Tu as vu le geste ? Je ne peux pas l'exprimer plus que ça. Et en fait, je me figure en rentrant que le Rwanda, donc, est un pays africain s'il en est. Ancienne colonie belge. J'y ai vécu la Belgique pendant 15 ans de ma vie. C'est la Belgique qui m'a formée. Et ancienne colonie française. Et je me dis, c'est incroyable que tu as atterri là complètement. par hasard et que ça rassemble. C'est précisément à l'intérieur du triangle qui te constitue la France, la Belgique et l'Afrique que tu te retrouves. Je suis très impressionnée par cette découverte et en même temps, c'est un moment très fondateur pour moi. Je suis hyper heureuse de ça. Ça me remplit. Je découvre ce qui est mon autre moitié. Après avoir vécu dans le fantasme que j'étais métisse, moitié-moitié, et m'être rendu compte que, évidemment, j'étais 90-10, je pense que je vais revenir effectivement aux 50-50. Voilà. C'est une belle histoire.
- Speaker #1
Merci de nous l'avoir confiée. Alors, je vais revenir sur un sujet hyper important. Et trop peu, enfin, ce n'est pas trop peu d'actualité, mais on parle de beaucoup de choses et il y a beaucoup de langues qui se déliaient. C'est tant mieux. Mais on oublie quand même de dire à quel point... La maternité peut être un parcours si compliqué. Les fives, les fausses couches, tu l'as dit, les prématurés, mais aussi même les morts-nés. Moi, j'ai tellement de souffrance autour de moi, tellement de femmes. Est-ce que tu peux, toi qui connais tout, est-ce que tu peux me dire un mot sur ce que tu vois, sur ce que tu entends ? Est-ce qu'on laisse vraiment la place à la fausse couche, à la five ? Moi, je ne suis pas impressionnée parce que la five, c'est une telle souffrance. Les femmes se sentent... Enfin, tu vois, c'est une telle remise en question, une telle bataille qui peut durer des années et des années. Tu peux dire à ce sujet ?
- Speaker #0
Moi, je ne sais pas tout, je sais la même chose que les autres, sauf que j'en fais une analyse sans concession. En fait, en France, depuis les années 40, chaque année, il naît 700 000 enfants vivants. 700 000, OK ? Il y a à peu près 300 000 femmes qui subissent la fausse couche, 250 000 qui font des IVG, ça fait 550, 6 000 morts fétales in utero des bébés qui meurent dans le ventre et les parents vont appuyer leur bébé mort. Nous pratiquons 6 000 interruptions médicales de la grossesse pour des enfants qui sont tellement mal formés que les parents font, avec notre soutien, le choix. qui est sans doute le meilleur pour cet enfant qu'on arrête sa vie avant qu'elle n'ait même commencé. Quand on met tout ça en place, c'est 700 000 naissances et 700 000 échecs. En fait, il n'y a qu'une fois sur deux, les couples font face à l'adversité. Donc un, je ne supporte plus qu'on me dise que je fais le plus beau métier du monde. Deux, je ne supporte plus qu'on annonne aux femmes que c'est un heureux événement. Et deux, qu'accoucher est le plus beau jour de la vie. 10% des enfants, donc c'est sur les 700 000, il y a 80 000 enfants qui naissent en France prématurés. Un, les parents ne s'y attendaient pas. Deux, les équipes n'ont plus, on est dans l'urgence. Trois, le pronostic vital de cet enfant est engagé. Donc il y a quand même 70 000 couples, 150 000 personnes par an qui se disent « est-ce que mon petit va survivre à sa prématurité ? » Donc, si on ne prend pas ces chiffres pour ce qu'ils sont, et qu'on continue de rivasser que je ferai le plus beau métier du monde et que les femmes vivraient le meilleur de leur life en devenant mère, on empêche de produire des soins de qualité. empêche les couples d'avoir accès à ces soins de qualité. C'est faux. Une fois sur deux, c'est vrai. Et une fois sur deux, ça n'est pas vrai. Et quand j'ai dit ces chiffres, je n'ai pas parlé en amont des 25% de couples qui font face à l'adversité de l'infertilité, avec « vas-y que je te monite l'ovulation » , « quand avez-vous fait l'amour » , « faites l'amour demain à 10h » , « faut que j'aille chercher le sperme au fond de votre vagin » , « monsieur, donnez-moi votre sperme » , « ah, ça n'a pas marché » , « ah, c'est in vitro » . à l'embryon et pas de qualité. À l'ovocyte, on ne peut pas le féconder. C'est d'un coûteux extrême. C'est extravagant pour ces couples. Et on continue de dire le gynécologue un tel qui fait de la PMA, il m'a sauvé la vie. Oui, mais c'est parfaitement vrai. Et ça a été au prix, à un prix extrêmement cher. On a le droit de le dire aussi. Il y a plein de couples issus de la FIF qui ne peuvent plus avoir de sexualité spontanée. C'est super. perdure en fait. Bon, j'ai pas parlé effectivement des... Une fois que ces enfants sont nés, j'ai pas parlé des 20% de femmes qui vont taper la dépression du postpartum. On a les chiffres désormais 10% des pères qui vont taper la dépression du postpartum. Je sais pas à combien sont les chiffres de burn-out parental. On connaît les chiffres, 20% des enfants subissent des violences éducatives. 20% des petites filles sont incestées la plupart du temps dans leur cercle familial le plus proche. Donc... Je comprends que pour des raisons politiques, le réarmement démographique, qui m'est quand même resté méchant en travers du Bosier, que pour des raisons religieuses, la nativité, machin, d'accord. Mais enfin, là, on est arrivé au quart du XXIe siècle, on possède ces chiffres, quand est-ce qu'on va accepter de regarder les réalités en face ? On n'a pas dit qu'accoucher, être enceinte, c'est que de la merde, c'est pas ça que je dis. Je dis que c'est fini de dire aux gens que ce ne seraient que des dragées et des rubans. Parce que du coup, celles qui connaissent autre chose que les dragées et les rubans, elles ne voient pas où elles peuvent le poser. Elles ne voient pas à qui elles peuvent le dire. Nous, la faculté de médecine, on n'est jamais qu'une institution collée sur le mouvement sociétal. Donc on n'offre aucune place, aucun soin. Heureusement, les femmes ont pris la parole. Donc on commence à avoir en effet des espaces comme la clinique des femmes ou des services où on dit, là quand les dames ont fait des fausses couches, on leur propose de se mettre un peu à l'abri. De faire la pause, de comment elles ont vécu ça, de produire de l'arrêt de travail. Merci aussi, M. Macron, il l'a fait aussi, pour assumer ces histoires de fausses couches et tout ça. Mais je pense qu'il est temps, effectivement, qu'on se pose très tranquillement.
- Speaker #1
Je rajouterais aussi, et tu l'as dit, quand on a une vie active, ce que nous souhaitons à toutes les femmes qui le souhaitent, on fait des enfants à partir de 38 ans. 38 ans, c'est grossesse gériartrique, je ne sais pas le dire. C'est ça ? Donc à 38 ans,
- Speaker #0
on peut faire des grossesses. Alors, je pense que c'est grossesse à risque. Les femmes n'aiment pas qu'on dise les grossesses gériatriques. Moi, je comprends parce que c'est vrai qu'à 38 ans, on n'est pas exactement vieille. En revanche, à 38 ans, on coltine les difficultés en lien avec le fait que plus on est âgé, plus on avait grossesse. Alors, on va dire ça, on va se ramasser des tas de réactions sur les réseaux sociaux en disant « qu'est-ce que c'est que ce merdier de dire ça aux femmes ? » « Moi, j'ai accouché à 40 ans comme une fleur. » « Mais bien sûr, madame ! » sauf que votre situation individuelle ne saurait faire force de santé publique. La stat, elle est ce qu'elle est. Quand on a 38 ans et plus, ça commence à accumuler plus d'emmerdements que quand on a 23 ans et plus. C'est tout ce qu'on a dit. On n'a rien dit de plus. L'avantage, on comprend que les femmes ne veuillent pas qu'on dise grossesse, gériatrie. Moi, je veux bien changer le mot de vocabulaire, je n'ai pas de problème. Mais l'avantage que ça a de nommer les choses, c'est que du coup, nous, on dit, si une femme a 38 ans, elle est dans un groupe de femmes à grossesse à plus haut risque. On s'en occupe comme telle, elle bénéficie des meilleurs soins. Et vous savez quoi ? Du coup, on a tellement avancé sur la qualité des soins qu'on apporte qu'aujourd'hui, mener une grossesse à 38, à 40 ou à 42 ans, ce n'est plus du tout le combat comme avant. Précisément parce qu'on l'a définie comme une existence. Alors, si le mot de vocabulaire ne plaît pas, moi je suis d'accord, on cherche un autre mot. Mais en tout cas, le fait de dire « vous êtes à risque, mesdames » Ce que ça fait, c'est qu'on peut produire des soins de qualité et vous pouvez en bénéficier.
- Speaker #1
Alors Amina, tu en as parlé sur le problème démographique, c'est un vrai sujet. Et puis en entendant l'actualité, tes chiffres, mais surtout l'actualité parce que t'as vraiment tes chiffres qui sont vrais, on se dit mais c'est vrai qu'on a peut-être moins envie de devenir mère qu'avant. Puis surtout, on a besoin d'une indépendance, en tout cas, on réclame notre indépendance financière qu'on va chercher. Donc c'est vrai qu'on est toujours prise entre le désir de maternité et le désir de réussir. Quelles sont les recommandations que tu peux faire, là, à mettre en place, à partir de 2027, concrètement, pour aider les femmes à joindre les deux bouts ?
- Speaker #0
Je ne sais pas les recommandations. En tout cas, le premier constat que moi, je ferais, c'est que la France, qui est un grand pays intellectuel, qui est très écouté par le monde, qui a produit des intellectuels de haute voltige, voilà, on en a... une qui a été formidable, c'est Simone de Beauvoir. La limite de Simone de Beauvoir, c'est qu'elle a théorisé un féminisme que j'adopte, sans restriction, mais il faut bien se rendre compte que c'est un féminisme sans enfant. C'est l'angle mort du féminisme de Simone de Beauvoir, c'est-à-dire que pour pouvoir être l'égale des hommes, elle a fait le choix, je ne saurais la critiquer, de ne pas avoir d'enfant. Elle s'est coltinée cette question avec Jean-Paul Sartre, qui était son meilleur pote intellectuel et qui était aussi son amant. Ils ont choisi de ne pas avoir d'enfant et la seule manière dont Simone de Beauvoir a pu se sortir de cette affaire et devenir l'égale des hommes et le théoriser et l'assumer, entre autres, c'est d'avoir dû renoncer à la maternité. Ce n'est pas critiquable en soi, c'est à interroger. C'est-à-dire que nous, en France, on est les héritières de ce féminisme-là. Donc, on travaille comme si on n'avait pas d'enfants, et on fait des enfants comme si on n'avait pas de travail. Et on est toujours dans ce truc, sur le plan politique, sur le plan institutionnel. Il y a d'autres pays que nous, la Norvège, la Suède en particulier, donc les pays du Nord, qui ont mis en œuvre d'autres types de politiques. D'abord, les enfants n'appartiennent pas que aux femmes, mais aussi... aux hommes qui en sont les géniteurs, la société à sa part, à porter dans cette affaire. Alors moi, je ne sais pas les préconisations. J'ai une belle sœur norvégienne et j'apprends par elle que c'est interdit de convoquer une réunion à partir de 5h de l'après-midi et même à partir de 3h de l'après-midi l'été, parce que les gars, là, ils ont la lumière la moitié de l'année seulement. Donc quand il fait beau, on en profite.
- Speaker #1
On est en famille. Pas de call après 17h. Pas de call.
- Speaker #0
École après 17h. Bon, alors moi, ça me paraît ubuesque, mais n'empêche qu'ils ont raison. Nous-mêmes, on termine l'école à 4h30. Qu'est-ce qu'on fait de nos mioches de 4h30 à 19h ou je ne sais pas quelle heure quand on rentre du boulot ? On a donné à nos enfants 17 semaines de congés annuels. Et nous, on en a 5 grattés, 2 de plus grâce au RTT. On fait quoi des 10 autres semaines de nos enfants ? Je ne sais pas. On les amène dans le pays scolaire, on nous raconte le pire qui pourrait leur arriver. En vrai, moi, je n'ai pas de solution, en fait. Donc, tu me demandes c'est quoi les préconisations. Moi, je ne sais pas lesquelles elles sont. On est dans une année préélectorale majeure en France. Aux hommes politiques et aux femmes politiques qui s'inventent de tout poil, c'est à eux de nous proposer les solutions.
- Speaker #1
Je t'en ai dit, je t'en ai déjà parlé, mais... T'as pas envie de te lancer en politique ? T'as pas envie, toi qui as tant de francs parlé, qui fais tant de choses, qui maintenant après ce projet entrepreneurial réussit vaillamment, t'as pas envie ?
- Speaker #0
Alors si, je pense que j'ai l'envie. Je vais pas me présenter au présidentiel en 2027 pour deux raisons. Un, je suis pas prête et deux, je pense que, je le dis avec autant de francs parlé, la Vème République elle est raide morte. On ne peut plus fonctionner comme ça. Les hommes politiques de haut rang, j'en fréquente quelques-uns, se masturbent avec l'idée que la Ve, c'est sublime. La Ve République, c'est un truc qui est vieux de 70 ans, qui ne connaît pas la révolution sociétale qu'on connaît, qui n'avait pas connu la révolution informatique, qui n'avait pas connu la révolution écologique. On ferme ce chapitre et on s'en invente un nouveau. On arrête avec notre nostalgie, qui ne nous permet plus d'avancer, qui fait juste que les citoyens ont perdu confiance dans la puissance politique, Q. La politique, en vrai, ne résout pas beaucoup des problèmes du quotidien des Français. On voit bien, et ça je connais ce rayon, les violences faites aux femmes et aux enfants. On voit bien qu'au quai des annonces, au quai on fait des moulins de bras et tout, mais en pratique, les gars, il faut qu'on bouge. Et donc je pense que là, il faut qu'on se réinvente de A à Z. Je ne sais pas, je ne suis pas très bonne en histoire. Quand je regarde l'histoire de France, je trouve que nous sommes un pays... en très grande difficulté pour mener des réformes tranquilles. Nous ne savons faire que des révolutions.
- Speaker #1
Écoute Amina, moi j'ai envie de faire la révolution avec toi. Et je suis sûre que tous ceux qui nous écoutent, merci. On a montré 20% de la force d'Amina. On a bien compris ce que c'était que la kine des femmes. Moi je veux en voir le plus possible. Compte sur Cerveau Puissant, sur moi et sur tous ceux qui nous écoutent, les hommes et les femmes, pour t'appuyer sur ce projet formidable.
- Speaker #0
Eh bien, merci, merci. Moi, j'aurais aimé qu'il n'y ait pas de révolution, justement. Je pense que le chaos, c'est violent et c'est brutal pour tout le monde. Il n'y a qu'à perdre. Et moi, j'aurais rêvé d'une société qui est capable de regarder les réalités en face et d'opérer ces mutations au fur et à mesure qu'elle en a besoin. Mais de fait, je suis d'accord que probablement, encore une fois, nous allons démontrer au monde qu'on est incapable de le faire et que je pense que la révolution nous attend dans la prochaine décennie. Et quand les gens ont fini de se bagarrer, peut-être je me lance en politique, j'en sais rien. Pendant ce temps, peut-être, je fais d'autres cliniques des femmes. J'ai une autre caractéristique claire, c'est que je suis quand même une challenger. Je ne suis pas une répétitrice. J'ai fait une fois, je sais que je sais faire, je sais où je veux aller. Et je ne sais pas si je vais m'éclater à multiplier des cliniques des femmes partout, dans tous les coins de rue de France. Je ne suis pas sûre. En revanche, former des professionnels de santé pour qu'ils puissent, eux, monter un équivalent de clinique des femmes, oui. Et donc, monter une gynéco-school, ça, ça, je pense que oui, je vais m'y atteler.
- Speaker #1
Trois, tu reviens nous voir en avant-première. Merci beaucoup, Amina. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci, Claire.
- Speaker #1
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