- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Aujourd'hui, je reçois Adèle Bréau, journaliste, romancière. Adèle Bréau est l'une de ces voix qui racontent avec précision nos vies contemporaines, et plus particulièrement celles des femmes. Des femmes engagées, actives, aimantes, ambitieuses. Des femmes qui avancent, qui tiennent, qui réussissent parfois, mais qui doutent aussi. Dans ses romans, elle explore cette zone, souvent invisible, entre ce que l'on montre et ce que l'on ressent réellement. Des existences qui fonctionnent, des trajectoires solides en apparence, et pourtant une fatigue intérieure, une tension, un déséquilibre que l'on tait, faute de mots ou de temps pour l'écouter. Son écriture s'intéresse à la charge émotionnelle, aux compromis silencieux, aux relations amoureuses et à leur ajustement permanent, au travail, à l'ambition, à la maternité. Elle ne cherche pas à juger ni à expliquer, elle observe, elle nomme, elle rend lisible ce que beaucoup vivent sans toujours réussir à formuler. Ce qui rend son regard si juste, c'est l'absence de posture. Adèle ne donne jamais de leçons. Elle éclaire des zones de vérité, elle raconte ces moments où l'on continue par loyauté, par habitude, par peur parfois, jusqu'au jour où quelque chose en soi demande à être rééquilibré. Dans « Servo-puissant » , nous parlons de phrases qui transforment une vie, de prise de conscience et de moments de lucidité. Son travail s'inscrit évidemment profondément dans cet espace. Celui où l'on cesse de tenir uniquement pour tenir. et où l'on commence à se choisir autrement. Aujourd'hui, j'aimerais que nous parlions d'écriture comme de vérité, de réussite et de ce qu'elle coûte parfois, de ce que les femmes portent toujours sans parfois ne pas le dire et de ce moment précis où tenir ne suffit plus. Adèle, je suis très honorée de te recevoir aujourd'hui dans Samopuissant. C'est moi qui suis honorée. Alors Adèle, on commence toujours de la même manière chez Samopuissant. Est-ce que tu as une phrase ? Un mot qu'on t'a transmis, qui te tient à cœur et qui façonne la personne que tu es aujourd'hui ? Alors, on va d'ores et déjà commencer par ma grand-mère. Parce que mes enfants disent que je parle tout le temps de ma grand-mère et effectivement j'en parle tous les jours. Et quand j'ai réellement commencé dans la vie professionnelle,
- Speaker #1
en 2007, je me suis vraiment trouvée. J'ai rencontré une femme qui s'appelle Véronique Moraly, qui a lancé un site qui s'appelle Terra Femina, et qui rêvait de rencontrer ma grand-mère, Monique Grégoire. Et on était allés la voir, et je me souviens très bien que ma grand-mère lui a dit « Je vous préviens, ma petite fille, elle sait tout faire » . Et ça m'avait vachement étonnée cette phrase. Et finalement, je me rends compte après coup qu'elle a raisonné malgré tout et qu'elle m'a peut-être permis inconsciemment de m'autoriser à faire des choses dont je ne me sentais pas capable. Et c'est marrant parce que Véronique Morali, avec qui je ne travaille plus aujourd'hui, mais... Plus j'ai parfois au téléphone, me répète tout le temps cette phrase et me dit « Tu te souviens Adèle, que ta grand-mère, elle avait dit que tu savais tout faire ? »
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux nous dire qui était ta grand-mère ?
- Speaker #1
Alors, ma grand-mère, alors pour moi, j'ai écrit un roman sur elle, c'était vraiment que ma grand-mère. Parce que les gens me demandent souvent « Est-ce qu'elle te parlait de sa vie professionnelle, de ce qu'elle a vécu ? » Donc je parle dans le roman, pas vraiment, c'était vraiment avant tout ma grand-mère, dans le sens où c'était une femme. extrêmement inspirante, dynamique, énergique, féminine. Et moi, c'est ça que je voyais d'elle et ce qu'elle m'a transmis de féminité, notamment, et de possibilité de ce qu'on peut faire en tant que femme dans la société. Et au-delà de ça, ça a été une femme qui a eu un parcours très inspirant et assez incroyable, notamment pour son époque. C'est-à-dire qu'elle a été mère de famille et femme de hauts fonctionnaires jusqu'à la cinquantaine. Elle a élevé ses trois filles et elle écrivait un petit peu des articles sur des femmes dans des magazines. Et elle a eu ce moment à 45-50 qu'on peut connaître, notamment quand on a mis peut-être sa carrière entre parenthèses pour avoir des enfants, où on s'interroge sur son rôle, sur son avenir, d'autant plus à l'époque. À 45 ans, une femme dont les filles partaient en maternité et qui restaient à la maison n'avait plus de perspective folle à part attendre leurs petits-enfants. Et elle, finalement, a eu sa vie professionnelle qui a vraiment démarré à ce moment-là et qui a explosé dans le sens où elle a été un soir assise à un dîner à côté d'un homme qui reprenait les programmes de RTL, la radio. qui, pour la première fois, ouvrait l'antenne aux auditeurs. Et lui, il lui a dit comme ça, bon, on va ouvrir aux auditeurs, donc forcément, il y aura des auditrices. T'as qu'à venir et puis tu feras parler des femmes, comme tu parles un peu aux femmes et des femmes. Et elle a dit, mais qu'est-ce que je vais leur dire ? Il a dit, on verra bien. Et pour la faire un peu courte, finalement, ça a été un raz-de-marée à l'antenne d'RTL. Elle a eu sa propre émission qui a été un véritable phénomène de société. Son nom, Moni Grégoire, qui n'est pas son nom de naissance, elle s'appelait Marie Laurentin et Moni veut dire Marie en vendéen, elle était vendéenne. Moni Grégoire est devenue une vedette du jour au lendemain. On disait vedette à l'époque, une vedette de RTL dont le visage était connu de tous moins que la voix, mais qui était écoutée au pic de l'émission par 3 millions d'auditeurs et d'auditrices. On parle beaucoup des auditrices, mais il y avait quand même 20% d'auditeurs. Les hommes étaient déjà très curieux de savoir ce qu'il y avait dans la tête de leur femme. Et c'est très bien parce que je pense que l'émission a permis à la société d'évoluer, bien sûr du côté des femmes de manière considérable, mais aussi du côté des hommes. Et donc elle a fait ça pendant quasiment 15 ans.
- Speaker #0
C'est une histoire passionnante. Tu racontes tout dans l'heure des femmes que j'ai lue. et ce qui est vrai qui raconte justement toute cette trajectoire que ce qu'a fait ta grand-mère et qui était extrêmement tu l'as dit révolutionnaire à l'époque pour la place des femmes la prise de parole au pémina donc c'est vrai que c'est vrai que c'était assez impressionnant et donc d'une manière ou d'une autre est-ce que tu as le sentiment qu'aujourd'hui tu essayes de d'honorer et donc évidemment avec ce livre la mémoire de ta grand-mère mais aussi ce pouvoir de transmission dans ta carrière aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ben c'est très Merci. paradoxal. C'est comme dans les comédies romantiques quand il y a une fille qui habite sur le même palier qu'un mec et en tant que spectateur, on voit très bien qu'ils sont l'un pour l'autre et eux ne le voient pas du tout. Aujourd'hui, les gens me disent forcément « Ah, t'as dû être très inspirée par ta grand-mère parce que comme elle, t'écris des romans beaucoup pour les femmes et sur des femmes. Tu as travaillé ou tu travailles dans des magazines féminins. Je fais pas de radio, mais voilà, il y a quand même une... Il y a quand même une similarité de parcours, ou en tout cas de manière de faire. Eh bien, ça a été totalement inconscient, vraiment. Je m'en suis rendue compte, même pas en écrivant le roman, c'est même après. Et ça se passe souvent comme ça pour les romans. Quand j'ai rencontré les lecteurs et les lectrices sur les salons, et que du coup j'ai décortiqué un peu ce roman, le processus d'écriture, et donc la vie de ma grand-mère, et ce que ça avait pu répercuter sur moi sous forme de ricochet. Et je pensais vraiment ne parler que, entre guillemets, des femmes qui avaient été touchées par l'émission et par ricochet justement les générations précédentes, suivantes, mais pas de moi. Et voilà, ça m'est apparu comme ça. Donc ça s'est fait vraiment de manière totalement inconsciente. Et elle, voilà, l'exemple qu'elle a pu me donner, c'était une forme d'inspiration dans le sens où je voyais cette femme. à la fois féminine, en couple, en famille, ayant des amis, faisant des fêtes et travaillant aussi. Et effectivement, à un moment, quand j'étais petite, je pensais que c'était des amis. Les femmes qu'on croisait dans la rue et qu'il abordait,
- Speaker #0
ce qui me souvient un peu, mais je lui disais, OK, qui a aussi beaucoup d'amis, qui ont très envie de lui raconter leur vie. Oui, c'est génial. Est-ce que dans tes romans, de manière générale, il y a des choses que tu ne dis que à travers tes romans, mais que tu le dis un peu là, à demi-mot ? En fait, tu écris un roman et tu te rends compte que ça veut dire beaucoup plus que ce que toi, en vrai, tu conscientises. Est-ce qu'il y a des choses que tu ne t'autorises que dans ton écriture ?
- Speaker #1
Alors, complètement. Parce que quand on est journaliste et romancier, vraiment, le fait d'être romancier, c'est un espace de liberté incroyable. Et c'est aussi pour ça que je ne voulais pas écrire une biographie de ma grand-mère, parce que déjà, je ne suis pas biographe, et je pense que je n'aurais pas été la bonne personne pour le faire, parce qu'on a forcément une part de subjectivité quand il s'agit de quelqu'un de sa famille. En plus, j'avais besoin de cet espace de liberté totale pour raconter les auditrices, notamment, et dans mes autres romans qui sont, à part pour l'un d'entre eux, vraiment totalement fictionnels, j'ai un peu l'impression de jouer à la poupée. En fait, je mets en place des personnages. J'essaye quand même toujours de trouver un... Un dénominateur commun, c'est-à-dire un sujet qui, moi, me touche forcément et m'inspire. Mais c'est aussi pour ça que je suis très présente sur les réseaux sociaux. Je veux toujours, quand je l'aborde, des sujets qui les résonnaient chez toutes les femmes, quelles qu'elles soient, que ce soit des femmes de mon entourage et de mon âge, de pas du tout mon âge ou qui n'habitent pas du tout dans une ville comme moi ou qui ont des métiers totalement différents. Et une fois que j'ai identifié ces sujets, effectivement, le fait de... les mettre dans la bouche ou de les faire vivre par des personnages, évidemment, ça laisse une plus grande part de liberté. Et on ne parle pas aux jeux, et donc on peut dire beaucoup plus de choses.
- Speaker #0
Pourquoi, selon toi, il y a tant de femmes solides qui, justement, ont besoin de cette zone de parole, dont toi, tu t'en parles sur les réseaux, il y a tes romans, ta grand-mère, c'était la radio. Et peut-être qu'elles ont besoin de partager cette fatigue. Je veux que personne ne voit.
- Speaker #1
Je pense qu'aujourd'hui, on peut le faire beaucoup plus. Moi, j'ai démarré sur les magazines féminins, et notamment en ligne en 2007. Et c'est marrant parce que ma grand-mère a été la première à donner la parole aux femmes. Et donc, on parlait de libération de la parole à l'époque. Et on parle très souvent, notamment en termes de droits des femmes aussi, de droits tout courts. de ces phénomènes où on pense qu'un droit est acquis et puis finalement on revient en arrière. Il y a plein de choses qui avancent comme ça et qui en fait reculent. Et je pense que pour la parole des femmes, ça a été pareil. Parce que quand les réseaux sociaux sont abarus avec tous les défauts qu'ils ont, mais aussi les qualités incroyables et la liberté qui est offerte à tout le monde, on s'est dit, oh, ça y est, les gens peuvent prendre la parole et notamment les femmes. Et c'est vrai que quand ils sont apparus, Facebook et ensuite Insta, Je trouve que ça a été une forme de libération de la parole des femmes et des mères pour tout ce qui est de là. D'ailleurs, le terme a eu un nom à cette époque-là, c'est 2008-2009. Tout ce qui est charge mentale et ensuite la charge émotionnelle. Et le fait que certaines pionnières en aient parlé a fait que les autres ont eu beaucoup moins de culpabilité déjà. Parce que c'est aussi ce que je cherche à faire dans mes romans, c'est de mettre en scène des personnages. qui vivent et pensent des choses qu'on pense être les seuls à vivre et penser. Et de se dire, moi je veux que mes lecteurs et lectrices, quand ils ferment le livre, se disent « Ah mais en fait ça va, je ne suis pas tout seul à penser ça » ou « Je ne suis pas tout seul à me dire que ce n'est pas extraordinaire d'être en couple tous les jours, d'avoir des enfants, ou même de faire carrière, ou d'avoir peur de ci, de ça. » Voilà, de se déculpabiliser à travers la prise de parole de personnages dans des romans ou aussi beaucoup sur les réseaux, je trouve.
- Speaker #0
Que coûte le fait, pour toi, d'être une femme lucide, c'est-à-dire une femme ancrée ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça me coûte ? J'allais dire peut-être une forme de perte de rêve, mais en fait non, je trouve que ce n'est pas incompatible. On peut être totalement lucide et rêver encore de trucs fous. On peut être, pour reparler de Véronique Moraly, qui est vraiment une femme... d'affaires, une femme qui a fait Lena, qui a été inspecteur des finances. J'ai toujours été très touchée, c'est qu'elle adore les comédies romantiques, mais vraiment les trucs les plus cucures. Moi, c'est ce qui me touche énormément, justement, dans les parcours au féminin et de femmes, quand on est plus jeune, que moi, je regardais les femmes qui réussissent, on disait, qui sont hyper impressionnantes, où on se dit, oh là là, persévère et tout, de voir aussi qu'il y a d'autres facettes. et qu'en famille, elles sont totalement différentes, comme dans le diable, c'est le lien Prada qu'on voit. Il rentre d'âge chez elle avec ses enfants et tout. Voilà, je trouve ça hyper touchant, toutes ces facettes. Et je pense qu'on peut à la fois avoir une forme de lucidité et d'autorité à certains endroits, parce qu'il faut, et rester totalement cul-cul ou totalement enfant. Et j'espère, pour le coup,
- Speaker #0
rester vraiment enfant toujours. Oui, en fait, on a tout à fait le droit d'avoir plusieurs facettes. Et c'est OK, c'est probablement ça qui fait notre charme et notre singularité. Oui. Quelle serait la recommandation ? Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a beaucoup de femmes qui veulent, et c'est tant mieux, être indépendantes, et en même temps être en couple, avoir des enfants. Quelle est la recommandation, selon toi, pour vraiment être une femme épanouie ?
- Speaker #1
Je n'ai pas de recommandation. Je pense, c'est hyper bateau, mais je pense qu'il ne faut rien s'interdire. Il faut surtout, je sais que moi vraiment, le déblocage. Ça a été de me dire que rien n'est grave. Quand j'étais petite, j'étais vraiment très timide. Et en fait, la timidité, au-delà du fait que c'est quand même quelque chose avec lequel on met et avec lequel il faut faire... Mais on se dit en fait que tout est dramatique, genre « Ah, s'il devient toute rouge, c'est hyper grave ! » « Et si je tombe devant tout le monde, c'est hyper grave ! » et tout. Et je ne sais pas pourquoi, mais c'est quand j'ai été enceinte de mon premier fils, le fait d'être enceinte et donc d'avoir cette charge et cette responsabilité, et en même temps de faire ce truc complètement fou, eh bien j'ai eu un déclic qui m'a fait me dire que rien n'était vraiment important. Je me souviens, ça a commencé vraiment pendant la grossesse, le fait d'avoir cette personne qui était tout le temps avec moi, même en réunion, partout où j'aille. J'avais vraiment l'impression d'avoir toute une petite personne qui était là pour me dire « allez, tranquille » . Et depuis, je garde toujours ce truc. Les fois où je peux re-avoir une panique ou me dire « est-ce que je vais y arriver ? » Je me dis « au pire, il ne peut rien arriver de vraiment dramatique. » Et puis oui, pas... C'est facile de dire ça,
- Speaker #0
ne pas avoir peur de se dire qu'on peut échouer. Ouais, ne pas prendre les choses trop au sérieux. Je pense que ça aide aussi à réussir. Alors, tu as évoqué les zones d'ombre. C'est vrai que nous, chez Serreux Puissants, on aime bien évoquer aussi ce sujet. Parce que là, on parle de succès. C'est vrai que tu es une romancière émérite et reconnue. Est-ce que tu as eu des moments dans ta vie où ça a été plus dur ? Et qu'est-ce qui t'a permis de rebondir ?
- Speaker #1
Je n'ai pas eu de moment où ça a été « dur » dans le sens où j'ai toujours suivi finalement un chemin qui n'était pas du tout prévu et qui a été fait de rencontres. Mais en revanche, au début, je ne savais pas du tout où j'allais. Et je n'aurais pu très bien aller nulle part dans le sens où c'est encore pire aujourd'hui avec le parcours sub. Je trouve qu'on demande à des gens de 15 ans de savoir ce qu'ils veulent faire dans la vie, c'est atroce. À mon époque, c'était 17, il y a même autant de dires,
- Speaker #0
mais j'en avais aucune. Bon, je vous rassure, personne ne savait à 17 ans. Non,
- Speaker #1
mais aussi, il y a quand même des gens qui disent « je veux être médecin comme mon père » ou « je veux faire une école de commerce » , mais rien, je m'en foutais, mais totalement. Je voulais juste sortir, lire des livres, regarder Madame Esservi et manger des frites. Et donc, j'ai vraiment, j'ai fait une première année d'archi, parce que voilà, j'étais bonne en maths et je dessinais bien. J'ai eu mon année et en fait, heureusement, à ce moment-là, parce que j'aurais pu aller jusqu'au bout, je me suis dit, bon, j'ai eu mon année, mais je n'ai pas le talent pour devenir une grande architecte et surtout, du coup, m'épanouir dans ce métier. Donc, si c'est pour colorier des plans ou aller prendre des mesures, je ne le sens pas. Donc, j'ai quand même eu la conscience de me dire, bon, ce que j'aime vraiment, malgré tout, c'est lire, lire la presse. On va aller vers les lettres, mais... Toujours un plan de 10 ans, je n'ai pas du tout envie d'apprendre le français, mais sans savoir de tout ce que j'allais faire. Et puis finalement, le fait de faire confiance finalement à la vie et en les rencontres qu'on peut faire, et puis ensuite évidemment en se donnant à fond. J'ai fait un premier stage dans l'édition chez La Tess, qui est devenu mon éditeur plus tard de manière un peu par hasard. Ensuite dans l'édition scolaire, je suis dans l'édition de revue de jeux, mots fléchés, mots croisés, sudokus. Là, mon père était en farce. Il se dit « Mais qu'est-ce que c'est ? » Ensuite, j'ai travaillé dans l'intérim. Et puis, un jour, j'ai rencontré Véronique Morali et Alix Foriel, qui lançaient Terra Femina. J'étais en CDI. Et là aussi, je pense que l'instinct joue beaucoup. Elle lançait ceci. Je ne connaissais aucune des deux. C'était pour un CDD, pour faire écrire des psychotestes. Comme ça, ça ne fait pas… Et donc, j'ai quitté ce CDI. Là, c'est ma mère qui était en PLS, vraiment, pour entrer dans cette aventure. Et puis, finalement, ça a duré huit ans. Ensuite, je suis allée au L. Enfin, voilà. Les choses se sont faites comme ça. Donc, il n'y avait pas eu de zone d'ombre. Mais de grands, grands doutes, oui. Mais je ne sais pas. J'avais toujours quelque chose au fond de moi qui disait que peut-être, malgré tout, je me faisais confiance.
- Speaker #0
Et puis, je faisais confiance en la vie. Et je me disais que si on... Si on est courageux, qu'on fait bien les choses, ça ne se termine toujours pas trop mal. C'est drôle parce que j'ai l'impression que plein de gens ont envie d'écrire et se freinent justement en disant « mais non, on ne va pas venir, ce n'est pas intéressant » . Plein de gens ont des histoires familiales passionnantes, c'est aussi un peu thérapie d'écrire, tout le monde le dit. Toi, quel est ton point de vue là-dessus ? Parce que moi, j'ai souvent tendance à dire « mais si tu as envie d'écrire, écris, vas-y, puis tu verras bien où ça te mène » . Est-ce que tu penses comme... Que tu recommandes d'écrire ? Alors, complètement. En salon, il y a beaucoup de gens qui viennent pour vous parler de vos livres ou les relire, mais aussi beaucoup, parce que c'est l'occasion, et je comprends très bien,
- Speaker #1
de rencontrer plein d'auteurs et de leur demander. Et évidemment, moi, je conseille à quiconque qui a envie d'écrire, d'écrire. Aujourd'hui, ce qui est quand même extraordinaire, c'est qu'on peut être lu dans la minute, grâce justement au web. Et moi, c'est vraiment ce qui m'a débloquée, parce que j'ai fait mon premier stage dans l'édition. Et j'écrivais un peu petite, je savais que j'aimais ça, mais pour le coup, ça m'a paradoxalement bloquée de travailler dans l'édition, parce que tous les jours, on recevait à l'accueil des manuscrits de gens qui avaient imprimé, écrit pendant des années, imprimé. Et honnêtement, on voit tout de suite, dès les deux premières pages, si c'est oui ou si c'est non, et c'est quand même souvent non. Et à côté de ça, je travaillais sur des textes d'auteurs reconnus. Donc là, c'est pour le coup, on se dit, mais qui suis-je pour écrire ? Donc vraiment, ça m'était complètement... Ça m'était sorti de la tête et j'y pensais plus du tout. Et puis, dans les gens qu'on peut croiser, les phrases qui marquent, j'étais enceinte de mon second fils et j'allais chez mon obstétricien. Et je croise deux manches à la tête, justement, une femme qui s'appelle Anne Pidou, avec qui j'avais travaillé quand j'étais en stage là-bas. Je fais une clope comme ça. Et qui m'a dit, tu l'écris quand ton roman ? Et je lui ai dit, mais quel roman ? Elle m'a dit, il faut que t'écrives, toi. Et je lui ai dit, ben non, je ne sais pas. Et ça a été une espèce de premier déclic. Et en fait, c'était l'époque des blogs. Et j'avais commencé à ouvrir un blog et à écrire un petit truc comme ça qui me passait par la tête. Ça s'appelait Adèle Débrief. Donc, j'ai débriefé tout ce qui me passait par la tête. Et je le publiais, mais sans la volonté d'être lue. Mais il y a quand même un premier step qui fait qu'on... Voilà, on publie quelque part, c'est quand même pas rien. C'est pas comme avoir un cahier dans son tiroir. Il y a quand même une forme d'exposition de ce qu'on écrit. Et je le partageais sur aucun réseau ni rien. Mais il y a quand même des gens, je ne sais pas comment font les gens pour arriver sur des blogs comme ça, qui commençaient à lire et qui aimaient bien. Donc ça m'a un petit peu confortée et même orientée sur la manière d'écrire. Et puis ensuite, j'ai partagé sur Facebook. J'ai vu que les gens réagissaient bien. Donc voilà,
- Speaker #0
ça plus ma rencontre avec Anne. m'a poussé à me dire, allez, j'écris, on verra bien. Et puis ensuite, il faut se confronter, il faut envoyer aux éditeurs et puis attendre. Non, mais là où je te rejoins, c'est qu'aujourd'hui, effectivement, les temps longs de l'écriture le sont moins et donc n'importe qui peut oser. Même à Floros. D'être en cinq minutes. Instagram, Pinterest, Apple Tags. Exactement. Ça peut être trois phrases, ça peut être... Alors,
- Speaker #1
je suis un super mauvais exemple, mais... J'insiste quand même là-dessus. Il ne faut pas écrire des textes trop longs. Parce que trop, c'est trop. On ne lit pas. Je sais pour les newsletters et tout. Moi, j'ai un problème énorme. C'est que je n'ai pas de problème d'écriture. Donc, j'écris énormément. C'est quoi pas trop long pour toi ? Malheureusement, le temps d'attention aujourd'hui est réduit. Très, très réduit. Et je pense qu'une newsletter, typiquement, et même tout pour le feuillet, il ne faut pas le dépasser. Donc, 1 506.
- Speaker #0
Ça fait quoi ? Ça fait 5 minutes de temps de lecture ?
- Speaker #1
Ça dépend, je suis hyper lente.
- Speaker #0
Vas-y, très vite.
- Speaker #1
Mais je pense qu'on a souvent envie de boucler. Et c'est bizarre, quand on écrit, on envoie son manuscrit, ensuite il y a des gens, c'est le travail. Il y a beaucoup d'auteurs qui disent « oui, l'éditeur prend beaucoup d'argent » , ce qui est vrai, on ne touche que 10% de ce qu'on écrit, mais il y a un travail typiquement sur le texte. que ne font plus parfois certains auteurs très reconnus qui ne veulent plus trop qu'on touche leur texte, et c'est dommage, parce que typiquement, moi, quand j'envoie mon manuscrit, ensuite, je le re-resquoie, mais en retour avec du rouge partout, et en fait, le fait qu'il y ait une tierce personne, enfin, une personne extérieure qui lise, très souvent, on me barre des passages où, en fait, je me disais, ah, il faut que les gens comprennent quand même que c'est parce qu'elle allait très mal qu'elle est méchante, mais quand on écrit soi-même, on ne sait pas si les gens le voient vraiment, et quand nos personnes barrent en disant on avait très bien compris, et bien en fait, ça coupe et on se rend compte que c'est plus digeste et voilà.
- Speaker #0
Ça me conseille parce que c'est là que moi, on me dit beaucoup sur mes écritures et là où je te rejoins, c'est que j'ai la passion déjà et l'envie de partager et d'approfondir et parfois, peu de mots résument très bien aussi une situation.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, merci.
- Speaker #1
Mais c'est le plus dur, maintenant, écrire de manière synthétique et faire passer toutes ces idées. Typiquement, à l'école, je ne prenais jamais résumé, je prenais les commentaires.
- Speaker #0
On a beaucoup parlé de ta grand-mère, il serait vrai qu'on y revienne. Non mais c'est vrai parce que moi, la mienne aussi est extrêmement importante. Elle est partie depuis maintenant assez longtemps. Mais elle me guide, elle m'accompagne. Tu parlais de quand tu étais enceinte. Moi, j'ai ce sentiment-là sur ma grand-mère qui me susurre vraiment des bons conseils et parfois qui me fait attention. Je crois que tu as à peu près la même relation. Est-ce qu'on peut en parler de cette transmission, même des gens qui ne sont plus là de notre famille ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est une croyance quelconque, mais effectivement, déjà, ça bague tout le temps. Et j'aime beaucoup le côté transmission des bijoux, justement. C'est très beau, la manière dont... En plus, c'est son père qui l'avait dessiné. C'était la vague de fiançailles des frères de mère. Donc voilà, il y a ça. Et c'est vrai qu'en écrivant ce roman, justement, Anne Pidou, qui corrige mes livres chez La Tess, m'avait dit, et pourtant, c'est le septième ou le huitième que j'ai écrit, Elle dit, c'est étonnant ce roman-là, on dirait vraiment que ta grand-mère est au-dessus de ton épaule pendant que tu écris. Et c'est vrai que c'est une sensation que j'avais aussi. Et j'ai vraiment, oui, cette sensation qu'elle m'accompagne. Et c'est même, c'est hyper réconfortant, parce qu'évidemment j'étais très triste quand elle nous a quittés. J'ai eu la chance de l'avoir très longtemps à mes côtés, parce qu'elle est morte à 95 ans. Et on a beaucoup, beaucoup échangé. Mais depuis, et c'est tant mieux, je n'ai pas cette... Bien sûr, je suis triste, mais je n'ai pas la tristesse abyssale de la perte parce que j'ai vraiment l'impression qu'elle m'accompagne. Et preuve en est avec ce roman qui m'emporte vers plein d'endroits que je n'aurais pas pensé explorer, comme toutes les lettres des femmes qui lui ont écrit et qu'elle a laissées aux archives. Enfin, tout ça, son... Tout ça sont comme des signes et les gens que je rencontre grâce à elle et à son histoire me portent. Et je suis assez persuadée de ça.
- Speaker #0
En fait, ce qui est drôle, on dit souvent que quand les gens s'en vont, il ne faut pas hésiter à les faire revivre via ce qu'ils nous ont appris de mieux. C'est aussi une partie de nous. Et je pense qu'il y a des gens qui s'y refusent parce qu'ils ont peur, tu l'as dit, d'être en peine ou d'être déstabilisés. Et en fait, finalement, il y a un prolongement. Moi, j'y crois aussi beaucoup. Et en tout cas, je le vois. Un jour, je me suis dit, tiens, maintenant, je veux que tu m'accompagnes. Et puis, je lui parle un peu dans la tête. Et je sens plus que je lui parle et plus je sens qu'elle prend de la place, comme tu dis. Et puis, je n'ai rien à y perdre à croire à ça. Puisque c'est un peu comme le doudou ou l'ami imaginaire. Moi, c'est ma grand-mère, Manon. Elle est là et je me sens plus forte. Et je me sens plus audacieuse. Elle n'était pas du tout comme ta grand-mère, mais elle était aussi assez audacieuse, assez péchue.
- Speaker #1
Je trouve qu'on a beaucoup à apprendre de nos grands-mères. On en parlait ensemble et à donner la parole aussi aux aïeux. J'ai beaucoup de gens qui viennent me voir sur les salons et c'est hyper touchant. Souvent, c'est des gens qui se mettent à pleurer et qui me disent « je suis dégoûtée » . Je viens de lire votre roman. Quelle chance vous avez qu'elle ait laissé cette masse d'informations ? sur ce qu'elle a fait, mais aussi sur elle-même, et combien je regrette de ne pas avoir parlé à ma grand-mère. Et vraiment, le plus beau cadeau que j'ai, dans le sens inverse sur ce roman, c'est que j'ai énormément de femmes, c'est souvent entre les deux générations, qui me disent « je l'ai donné à lire à ma fille, donc on en a parlé » , et « je l'ai donné à ma mère aussi, qui se souvenait de l'émission » . Et en fait, ça donne lieu à des conversations transgénérationnelles entre les femmes, sur des sujets qu'on n'aborde pas. Pas par tabou, mais parce qu'on n'y pense pas. Effectivement, moi, je ne vais pas voir ma mère en lui disant « Alors, c'était comment le début de ta vie sexuelle ? »
- Speaker #0
Mais c'est vrai, on n'y pense pas. Parce que, tu vois, nous, aujourd'hui, on parle beaucoup des fausses couches, de la ménopause, mais ça, c'est des sujets, j'avoue, moi, je n'en aborde pas. Moi, j'ai toujours été assez curieuse, mais c'est vrai qu'on ne sait pas si nos grands-mères ont eu des fausses couches, si elles avaient eu des ments. Et tu as raison, c'est très important. Moi, je crois beaucoup. je recommande les constatations familiales. Et donc, à libérer aussi cette parole. Et il faut...
- Speaker #1
C'est marrant parce que ma grand-mère, elle en a fait des constatations. C'est vrai ? C'est hyper avant-gardiste. Elle avait ça hyper chouchou. Elle avait fait des émissions... Mais non.
- Speaker #0
Extraordinaire. Parce que même encore aujourd'hui, moi, quand je parle constellation, les gens regardent un peu en disant non, c'est un peu trop... Voilà. Heureusement, il y a aujourd'hui plein de spécialistes et d'experts. Moi, j'en connais une excellente, Elia Hasson, qui se reconnaîtra, qui a justement une posture, qui est une femme à la base, une business woman, et qui, aujourd'hui, est experte en constellation. Donc, cette figure un peu rassurante pour des gens qui n'ont pas forcément... qui ne sont pas à l'aise dans l'ésotérisme total. Et c'est vrai que c'est... extrêmement recommandé de creuser sur son schéma familial, sa place dans sa famille, les noms dits et les choses qu'on se transmet de mère en mère, de femme en femme, qui est en fait énorme. Et c'est vrai que l'art ou les textes ou les louets ou les œuvres sont souvent des supports d'ouverture de conversation entre les générations qu'encore une fois on n'aborde pas quand on se voit juste le dimanche et qu'on parle de tout et de rien. Bien sûr, il n'y a pas du passé. et encore moins de la vie des générations précédentes. Et alors, est-ce que tu peux nous raconter une anecdote, peut-être, où est-ce que ta grand-mère a choqué ? Est-ce qu'il y a eu une ou une autre anecdote où vraiment, justement, elle a voulu livrer à cette parole et on a essayé de la freiner ? Elle a choqué globalement. Elle a choqué avec la première émission qui s'appelait Anomalie, donc en ouvrant l'antenne et en faisant parler ce qu'on appelait les bonnes femmes. qui racontaient leurs histoires de couple. Déjà, on ne parlait pas de ça. Et justement, je parlais de mon grand-père, qui était très amoureux de ma grand-mère, qui était un haut fonctionnaire qui aurait pu devenir ministre, je raconte dans le livre, et qu'il n'est pas devenu, lui a-t-on dit ouvertement, à cause de ma grand-mère. Parce qu'on n'avait pas de place ? Non, mais aussi parce que ce n'était pas chic. Parce que c'était RTL. On parle aux Françaises. On n'était pas dans une époque très inclusive. Ce n'était pas chic. Donc ça, c'était le début. Et ensuite, comme me disait ma mère, ma mère m'a dit que les ennuis ont vraiment commencé quand elle a fait sa seconde émission, qui était une émission vraiment sexuelle. Parce que c'était ensuite les années 70. Et si au début, les gens étaient plutôt timides et parlaient du couple, de la famille, de sujets assez bateaux, là, les femmes et les couples ont vraiment tenu à aborder leur vie sexuelle. et justement à s'épanouir ensemble. Là, ça a été très compliqué à vivre pour ma famille. Et ma grand-mère, je le raconte aussi dans le livre, elle s'est fait gifler dans la rue devant ma tante. Et le pire de ça, et c'est pour ça que j'ai mis des extraits de lettres de femmes et de vraies lettres dans le livre, c'est qu'en allant aux archives, j'ai ouvert... Elle avait un dossier qui s'appelait Venin. où ses secrétaires mettaient toutes les lettres d'insultes qu'elle recevait, qu'elle n'était pas censée lire. Et dans ces lettres, une très très grosse partie des lettres sont des femmes. Et en fait, c'était les femmes, en tout cas de celles qu'elle a reçues, je ne dis pas que c'était les femmes en général, mais qui disaient « on ne parle pas de ces choses-là, c'est des choses qui doivent rester entre femmes, c'est des choses qui doivent rester privées, pour qui vous prenez-vous, madame ? » Donc oui, elle a dû être confrontée à ça. Elle a dû être confrontée, évidemment, et ça arrive dans la carrière. Carrière, c'est une face. Mais dans la vie professionnelle de femmes qui sont accaparées, qui consacrent beaucoup de leur temps à leur vie professionnelle, forcément, à devoir mettre en mineur certains aspects de sa vie. Donc on dit souvent les cordonniers. Mais c'est vrai que ma mère et ma tante, me disent souvent que les auditrices, elles avaient bien de la chance de pouvoir lui parler parce que forcément, elle avait moins de temps pour elle. Et son couple en a énormément pâti aussi. Et puis elle aussi, du point de vue personnel, de recevoir tous les jours toute cette misère, elle est réentrée en analyse parce qu'elle avait été analysée avant l'émission. Et ça a été très, très compliqué. C'est important de le dire parce que tu vois, même là, moi, ça met un peu des frissons parce qu'en fait, on ne se rend pas compte. De l'énergie, quand on est une personne publique, quel que soit notre niveau, et quand on veut un peu aider et libérer la parole, en fait tu as raison, on capte beaucoup de choses, beaucoup de... Et les gens pensent qu'on est capable de réparer plein de choses, puis quand on rentre chez nous, c'est vrai qu'on a notre poids familial, et c'est vrai pour des psychologues, c'est vrai pour plein d'experts, et moi dans quelques missions que je fais, autour de moi je le ressens en fait, et c'est important de moins juger aussi. Quand on libère la parole, merci de nous l'avoir rappelé. C'est vrai qu'on voit toujours que le côté... Connu, succès, et on oublie derrière chaque succès, il y a des sacrifices énormes, toujours, et que peu de gens se rendraient à menthe. Et je trouve que nous, les femmes, encore davantage que les hommes, on se force en tout cas, quand on rentre à la maison, à tout laisser sur le palier, et à pas forcément raconter, ou en tout cas à bien compartimenter le professionnel et tout ce qu'il y a pu avoir de rebours dans la journée. pour ensuite vraiment attaquer cette seconde vie le soir. Et ce qui m'a beaucoup touchée quand j'ai écrit ce roman et que je l'ai fait lire à ma mère et à mes tantes, parce que je voulais vraiment avoir leur aval avant de le publier, c'est que ma mère m'a dit, j'ai appris dans ton livre quelle était la vie de maman et ce qu'elle subissait. Elle m'a dit, parce que nous, avec papa... On ne voyait que le côté paillettes, Richard Drucker, Svetlana Khan, ses robes, ses soirées. Et en fait, elle n'avait pas du tout appréhendé le fait que ces gens et ces femmes l'appelaient toute la journée. C'est des trucs très très durs quand même quand on lit les étapes de livre. Non, on imagine, oui. Il y a ça et il y a aussi les gens qui racontent toute l'horreur de leur vie, leurs enfants suicidés, les maladies. Vraiment, on appelle rarement pour dire à quel point on va bien. Donc voilà, recevoir ça tous les jours, tous les jours, tous les jours pendant 15 ans, ce n'est pas du tout anodin. Et manifestement, elle a réussi à compartimenter ça. Donc je pense, et c'était aussi la volonté en écrivant ce livre, ce n'était pas que de raconter l'histoire de ma grand-mère, c'est que les lecteurs et lectrices, quand ils les referment, pareil, se disent, on n'est pas tout seul. C'est un peu une thérapie, c'est une thérapie, tu l'as dit, c'est une magnifique histoire transgénérationnelle. retranscrit d'une main de maître par toi, avec beaucoup de justesse, et qui est encore extrêmement contemporain. Complètement. Aujourd'hui, quelle est ta vision ? Tu parlais du ensemble. Moi, l'ensemble, il compte beaucoup pour moi parce qu'évidemment, on a beaucoup de chance en France. On a eu des femmes incroyables, et tu fais bien de me rappeler nos grand-mères, qui ont été les premières. Le compte bancaire en France existe, a été ouvert pour les femmes depuis 60 ans. Donc, c'est de dire, plein de femmes ont fait des choses formidables. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que... Moi, je suis mère, je suis mariée, je suis très amoureuse de mon mari et j'aime le ensemble. J'aime des combats au féminin, mais j'aime le fait... Et on sent qu'aujourd'hui, il y a peut-être encore quand même d'un côté, de l'autre et des avancées. Qu'est-ce que toi, tu ressens par rapport à ça ? Sur l'ensemble ? Oui. Je trouve, et c'était aussi la volonté dans ce livre, de ne pas trahir ma grand-mère qui adorait les hommes et qui a été poussée par des hommes. comme moi je l'ai été aussi beaucoup dans ma vie professionnelle qui a été portée par eux, qui avait des frères qui a eu un mari qui s'est mis un peu en retrait justement pour qu'elle puisse faire carrière et qui s'inquiétait beaucoup et je trouve que peut-être on a cet écueil en ce moment de du fait qu'on puisse ne plus être les uns avec les autres mais trop souvent pour guérouiller d'être Chacun d'un côté et pas ensemble, je pense vraiment que c'est ce vers quoi il faut qu'on aille. Et moi, je suis totalement pour. Je remarque que beaucoup plus d'hommes aujourd'hui, justement, sont dans cette démarche. Même s'il y a quand même toute une petite frange qui repart bien en arrière, comme souvent. Mais voilà, je pense qu'on a tout intérêt à accueillir ceux qui sont dans cette démarche pour qu'on soit fort ensemble. En plus, j'ai des fils. Voilà, je suis plus dans l'éducation des hommes et dans le fait d'aller tous dans la même direction en ce sens-là que d'être qu'entre femmes. On en parlait d'autre chose. Je sais qu'il y a un mouvement en ce moment de femmes qui ne veulent lire que des femmes. Après, il y a beaucoup de romancières, donc c'est moins compliqué. Mais typiquement, moi, je ne suis pas du tout pour ça. On va complètement d'accord avec toi, Dicodomie. Bézozo, donc tu as beaucoup d'hommes lecteurs. Oui, j'en ai certains. Et puis tu le disais très justement, que les hommes sont toujours très curieux de savoir ce qu'on raconte. Nous aussi, on est toujours très curieuses. Donc finalement, ce qui est vrai, c'est que ta grand-mère avait ouvert un vrai stade de parole et de débat. Et c'est ça dont on a besoin aujourd'hui. On a besoin d'écouter les sons de cloche des uns et des autres. Et puis chacun a le droit aussi de se dire qu'est-ce qui lui parle et qu'est-ce qui ne lui parle pas, mais sans jugement. Et je pense qu'en tout cas, ce qui est sûr, c'est que dans les thérapies, dans les constellations familières et dans tout ce que tu veux, la parole sera toujours bénéfique par rapport au silence. Donc merci Adèle en tout cas d'ouvrir cette belle parole aujourd'hui avec nous et dans tous tes romans. J'ai été ravie de te recevoir aujourd'hui. C'est moi. Merci. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes. Soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.