- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube, c'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Mon invité aujourd'hui a fait partie de ces hommes qui ont porté les espoirs d'un pays sur leurs épaules. Pendant des années, On l'avait vu entrer sur un cours avec cette puissance incroyable, ce sourire, cette énergie presque solaire. Il faisait partie de cette génération confrontée aux plus grands monstres de l'histoire du tennis. Cédé Rer, Nadal, Djokovic, Muray, et pourtant, il les a tous battus. Numéro 5 mondial, finaliste de l'Open d'Australie, vainqueur de 18 titres ATP, héros de Coupe Davis. Joe Wilfrid Songa a construit. l'une des plus grandes carrières du tennis français. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce n'est pas seulement le champion, c'est l'homme derrière cette puissance. Parce qu'un jour, il a prononcé une phrase que très peu de sportifs osent dire. J'ai vécu de grandes victoires en étant malheureux. Gagner et ressentir malgré tout une forme de vide. Rentrer chez soi avec un trophée et tirer la tête. Cette phrase raconte quelque chose de beaucoup plus universelle que le sport. Elle part de la solitude derrière la réussite, du poids des attentes, de ce que le succès ne répare pas toujours. Derrière les stades debout, il y avait les blessures, les reconstructions permanentes, la douleur physique, mentale, et cette nécessité de continuer à avancer malgré tout. Aujourd'hui, il mène un peu une autre vie, une vie tournée vers la transmission, l'entrepreneuriat, et peut-être une forme d'apaisement. Je suis très heureuse aujourd'hui. Joe, de te recevoir chez Servo-Puissant.
- Speaker #1
Bonjour Claire.
- Speaker #0
Bonjour Joe, merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui. J'ai essayé de résumer cette immense carrière que tu as et de pouvoir réfléchir et creuser ensemble sur tout ce qu'on a envie de dévoiler aujourd'hui. Alors on commence toujours de la même manière chez Servo-Puissant par une phrase qui te tient à cœur et que tu as envie de nous partager.
- Speaker #1
Alors, une des phrases qui m'a un peu... tenue et qui a été importante et qui est assez centrale dans ma vie, c'est qu'on est riches de nos différences.
- Speaker #0
Très belle phrase. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi elle compte pour toi ?
- Speaker #1
Pourquoi elle a compté pour moi ? Tout simplement parce que je suis né d'un couple mixte, d'une maman française, sartoise, et d'un papa africain, congolais, qui est arrivé en France à l'âge de... 23 ans avant de rencontrer ma maman. Et donc, dès le début, ça a commencé pour moi de rentrer dans une sorte de paradoxe où tout s'entremêle, tout s'entrechoque. Et donc, j'ai dû dealer avec ça toute ma vie jusqu'à aujourd'hui. Et évidemment, c'est quelque chose que je vais transmettre aussi à mes enfants. Et c'est quelque chose qui me suit.
- Speaker #0
Qui te tient à cœur. Alors, ton papa, il est assez important dans ta vie. Si je ne dis pas de bêtises, il était fan de boxe. Ce qu'il t'a transmis d'ailleurs aussi.
- Speaker #1
Oui, alors mon papa, lui, était un très bon sportif en Afrique. Il est venu en Europe justement à la base pour continuer à faire son sport, qui était le handball. Et il était bon aux études aussi. Donc, ça lui permettait en fait d'avoir... de pouvoir faire son sport dans une université avec une bourse. Malheureusement, il n'a jamais reçu la bourse. Il a dû arrêter le sport et se tourner vers ses études pour pouvoir commencer à travailler ensuite et fonder sa petite famille. Mais il m'a transmis évidemment les gènes du sport. Et dès mon plus jeune âge, je le suivais un peu partout. Et ça m'a permis d'être au contact. Du tennis notamment, puisqu'à un certain âge, mon père s'est mis au tennis et puis il a été enseignant au tennis aussi, à côté de son métier qui était enseignant en physique chimie. Et il m'a mené sur les terrains de tennis quand il donnait des cours et c'est comme ça que j'ai commencé.
- Speaker #0
À quel moment tu t'es rendu compte que tu allais probablement faire toute ta carrière dans le tennis ?
- Speaker #1
Je me suis rendu compte, en tout cas j'ai eu envie, vers l'âge de 11-12 ans. J'ai regardé la finale de Coupe Davis 96 à Malmeux, où Arnaud Butch bat un certain Niklas Kulti sur le match 5. Et moi je rentrais du foot, parce que je joue au foot aussi plus jeune. Je vois mes parents sur le canapé, je les vois intéressés par quelque chose. J'arrive et je vois ce match et je me dis, mais c'est fabuleux les émotions qu'il y a dans ce truc. Je ressens vraiment quelque chose dans le ventre. Et je me dis, mais moi, j'ai envie d'être ce héros-là, celui qui, moi, me fait sentir ces émotions-là. Et puis, voilà. Et depuis, je n'ai pas décroché. Et puis, je suis allé jusqu'au bout.
- Speaker #0
Alors, quel genre d'enfant tu étais ? Parce que c'est vrai que souvent, on vous découvre plutôt ado, mais c'est toujours intéressant de savoir, est-ce que tu étais un enfant sûr de toi ? Est-ce que tu étais dans ton monde ?
- Speaker #1
Alors, j'étais très calme. Je ne parlais pas beaucoup. Une force assez tranquille. En revanche, dès qu'on me lâchait, dès qu'on me donnait l'autorisation finalement de pouvoir m'exprimer, j'étais assez tonique, assez... casse-cou, je peux bien aller flirter avec les limites quelles qu'elles soient ce qui est amusant c'est que tu es toujours sur le terrain,
- Speaker #0
tu as toujours été aussi c'est vrai que quand tu rentrais sur le cours tu avais quand même une activité assez majestueuse,
- Speaker #1
très calme exactement comme quand tu étais petit tu as été une de tes grandes forces aussi oui alors ce qui est marrant c'est que le terrain de tennis ou les terrains de sport même souvent révèlent souvent les personnalités on peut mentir en dehors On ne peut pas mentir sur un terrain de sport. Le sport, ça réveille notre instinct naturel. Et c'est vrai que très souvent, il y a des joueurs qu'on va voir à l'extérieur, ils vont avoir une certaine attitude et quand ils rentrent, on se dit qu'est-ce qu'il lui a acquis ?
- Speaker #0
Il vient de changer de personnalité.
- Speaker #1
Et en fait, pas du tout. C'est sa vraie personnalité, c'est sa personnalité intérieure vraiment qui ressent.
- Speaker #0
Et comment tu as... Comment, dans ta carrière, et donc avec tout ce stress et cette pression, comment est-ce que tu as construit ? Quels sont les skills, en tout cas, que tu as développés pour justement rester très calme et avoir cette présence que tu as sur les cours ? Ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Il y en a qui sont plus nerveux.
- Speaker #1
Alors, moi, c'était, je pense, l'inverse. C'est-à-dire que moi, j'ai commencé à jouer au tennis. Je venais de ma petite bourgade. J'étais très calme. Finalement, je n'étais pas attaché réellement aux résultats petits. Donc, j'avais une attitude vraiment, on va dire, super dès le début en termes d'énervement. Je n'étais pas énervé sur le terrain. Et j'étais justement le genre de joueur que j'avais besoin de m'énerver. En fait, j'avais besoin d'avoir une bonne raison de me battre et de me confronter à l'autre. Et pour moi, j'étais presque obligé de me forcer, entre guillemets, à avoir la niaque. Avoir la niaque, ce n'est pas quelque chose de naturel. Donc, j'avais besoin de trouver toujours une raison pour aller combattre.
- Speaker #0
Mais est-ce que finalement, le fait d'arriver sur un match, alors tu n'es pas en haute compétition, mais d'arriver sur un match et de se dire je veux jouer pour m'amuser, ce n'est pas quelque chose qu'on doit aussi recommander à nos enfants, notamment ? C'est vrai qu'on a l'impression qu'on est toujours dans une surperformance. même avec nos enfants, on veut toujours qu'ils soient les meilleurs et tout ça, est-ce que ça c'est quelque chose que tu recommandes ?
- Speaker #1
En fait c'est vrai qu'on a des grandes phrases souvent toutes faites comme ça mais il y a des enfants qui s'amusent dans la compétition et il y a des enfants qui s'amusent quand ils sont confrontés, eux le jeu ça ne les intéresse pas tant que ça ce qui les intéresse justement c'est ça, c'est de se dire combien je suis classé contre qui je vais jouer, comment je vais faire pour le battre et ils se complaisent dans ça Et puis, il y en a d'autres qui ont besoin d'être beaux, élégants, pour rejouer, c'est important, l'esprit sportif. Je crois que c'est à chacun ses couleurs. En tout cas pour moi, il n'y a pas vraiment de façon de faire, de façon d'être motivé. Chacun voit une idée à sa porte.
- Speaker #0
Quelles sont les trois règles pour toi d'or sur un cours de tennis à respecter absolument ?
- Speaker #1
Les trois règles d'or sur un terrain de tennis, je crois que c'est... Dans un premier temps, c'est de se respecter soi-même, d'être égal à soi-même. se donner à fond, être capable de sortir du match en se regardant dans la glace et en disant j'ai donné tout ce que j'avais le respect des règles évidemment on a un sport qui est très codé ça en fait pour certains un sport difficile à regarder et pour d'autres un sport magnifique un sport justement qui peut véhiculer certaines valeurs. Et puis, le respect de l'environnement. Quand on est sur un terrain de tennis, et notamment au plus haut niveau, évidemment, il y a plein de gens qui nous regardent. Et ces gens-là, ils sont venus, en fait, ils ont payé un ticket d'une certaine manière. Ils sont venus nous accompagner et on leur doit quand même un certain respect, je pense.
- Speaker #0
Alors justement, comme tu me parles du public, est-ce que ça arrive que le public ait des préférés, ce qui est normal ? Est-ce que ça t'est déjà arrivé d'arriver... dans un tournoi et de ne pas du tout être le préféré ?
- Speaker #1
Alors, ça m'est arrivé régulièrement, évidemment, notamment en équipe de France, en Coupe Davis. On a pu jouer, par exemple, à Buenos Aires, en Argentine, avec Maradona dans les tribunes, top sonu, en train de faire tourner le t-shirt blanc. Incroyable !
- Speaker #0
Génial !
- Speaker #1
Donc, finalement, quand on rentre dans un stade comme ça, on n'est pas la bienvenue. Ils sifflent entre la première et la deuxième balle, ils jettent des pieds sur le terrain, il se passe des choses. Il se passe des choses, mais c'est des ambiances que j'adorais. Au même titre que j'adorais avoir le public avec moi, j'adorais aussi avoir le public contre moi. Ça me donnait aussi une force et une bonne raison, justement, comme on en parlait tout à l'heure, d'être vraiment dans mon match et d'être un peu agressif.
- Speaker #0
Hyper intéressant. Alors, tu as joué à une époque assez exceptionnelle. Federer, Nadal, Djokovic, Muret. Est-ce qu'il y a eu des moments, pour le coup, quand même, où tu as eu des énormes moments de frustration dans cette carrière ?
- Speaker #1
Alors, oui, forcément. Forcément, parce que j'ai battu, évidemment, ces joueurs-là. Chacun en grand chelem, mais j'ai aussi beaucoup perdu contre eux. C'est des joueurs exceptionnels, assez hors normes. C'est des joueurs qui ont gagné. Chacun plus de 20 grands chemmes, ils ont dominé sur 15-20 ans le tennis mondial. Et c'est vrai qu'ils n'ont pas laissé grand-chose. J'ai fait partie de ceux qui avaient la chance de les battre de temps en temps. Donc j'ai pris ce que je pouvais, entre guillemets. Mais c'est vrai que ça a parfois été un peu frustrant, surtout que c'était des fois... J'étais vraiment pas loin de pouvoir aller décrocher, on va dire, le titre ultime qui est pour nous souvent le titre du grand chelem. Mais effectivement, c'était un peu frustrant.
- Speaker #0
Et comment tu gères cette frustration ? Tu rentres chez toi et pendant des semaines, t'es pas bien ?
- Speaker #1
Non, honnêtement, moi, j'étais vraiment cool quand même avec ça. C'est-à-dire que je me disais, OK, ce que je veux dire, que ce soit Federer, Nadal ou d'autres joueurs comme ça peut être aujourd'hui ou des joueurs dans le passé. finalement, ça ne change pas grand-chose. Oui, là, ce qui est frustrant, c'est que j'ai joué presque 20 ans, mais eux, pendant 20 ans, ils ont dominé. Donc, c'était quoi ? C'était un jeu dur. J'aurais aimé que pendant 5 ans, ils ne dominent plus trop.
- Speaker #0
Quelqu'un se fasse mal pendant...
- Speaker #1
D'une certaine manière, j'aurais aimé qu'il y en ait au moins un ou deux sur les 4 ou 5 qui étaient là pour pouvoir passer. Mais non, franchement, je ne suis pas... pas frustré, c'était aussi hyper challenging. J'ai été obligé, forcément, ça m'a challengé. J'ai été obligé d'essayer de trouver des solutions pour continuer à progresser, pour essayer de les battre. Et donc, ça m'a tenu toute ma carrière. C'était cool. Après, oui, en termes de résultats purs, j'aurais aimé rajouter la dernière ligne. Ça aurait complété un tout petit peu mon petit CV. Mais franchement, ça va, je suis cool avec ça.
- Speaker #0
On dit souvent que les échecs sont presque plus formateurs que les réussites. Est-ce que tu partages cette idée ?
- Speaker #1
Alors, moi, je ne partage pas toujours cette idée. Je partage le fait, effectivement, enfin, je la partage et en même temps, je ne la partage pas. C'est-à-dire qu'évidemment, de toute façon, ceux qui réussissent vont forcément échouer à un moment donné. Mais je trouve que des fois aussi, dans la réussite, c'est important de bien analyser pourquoi on a réussi. C'est bien d'analyser ses défaites, c'est hyper important. Et je crois que tout le monde en a conscience presque. Mais tout le monde n'a pas toujours conscience d'analyser ses réussites aussi, parce que des fois on a l'impression que c'est normal. Mais réussir, ce n'est pas toujours normal.
- Speaker #0
Ce n'est pas par hasard.
- Speaker #1
Ce n'est pas par hasard. Il s'est passé des choses. Et ça, ça s'analyse justement pour essayer ensuite de le répéter en conscience et d'être capable de se dire, OK, la dernière fois, ça a bien marché. Je vais le répéter, voire je vais l'améliorer un petit peu.
- Speaker #0
Tu as raison de le rappeler. Parce que c'est vrai qu'on dit beaucoup l'échec. C'est probablement pour nous remonter le moral. Mais en fait, tu as raison. Il y a toute une série de mental, de préparation, de sommeil, de coach. Et de choses que tu te dis, par exemple, tu rates une balle et ton esprit a une manière de faire pour ne pas trop s'attarder sur l'échec. Et en fait, c'est ça qui te permet de gagner.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et il ne faut pas trop raconter effectivement de nos enfants qu'à chaque fois qu'ils ont un échec, c'est hyper formateur. Il faut qu'ils soient capables.
- Speaker #1
Et en fait, il faudrait presque des fois leur raconter, leur dire, mais regarde, la dernière fois, tu as réussi comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Regarde là, tu vois, tu peux aussi transposer et réussir cette chose-là, même si tu as raté.
- Speaker #0
C'est vrai. Alors justement, on parle de transmission, toi, donc je l'ai dit dans l'introduction, c'est vrai que maintenant, tu es un grand entrepreneur, un entrepreneur, mais tu as quand même plein de projets. Tu as deux, comment tu appelles ça, salles de sport, enfin pas salles de sport, c'est deux complexes sportifs qui sont pour former, notamment les jeunes et pas que les jeunes.
- Speaker #1
Oui, alors aujourd'hui, effectivement, je suis président du groupe All In, qui est un groupe qui a des activités dans le sport, notamment dans la... petite balle jaune, donc le tennis et le paddle. Nos activités, elles tournent autour de l'événementiel, puisqu'on organise des tournois de tennis. Elles tournent aussi autour de l'exploitation d'infrastructures sportives qui dévoient sur nos propres infrastructures. Donc on exploite des centres de padel. Donc aujourd'hui, on a une dizaine de centres de padel en France. Donc padel, c'est pas le... La planche, on est d'accord, tout le monde commence à connaître. Là, je sens qu'on commence à voir du padel,
- Speaker #0
mais partout, ça pousse comme des champignons.
- Speaker #1
Exactement. Et donc, on développe des centres de padel. Donc, on en a plus de une dizaine qui ont entre 6 et 11, 12 pistes. Donc, on fait ça. On a des clubs de tennis. Trois clubs de tennis, deux dans le sud et un en Auvergne-Brunalpe, donc près de Lyon, à Dessines. Et dans ces sites de tennis, on a des infrastructures qui peuvent accueillir un sport-études, où on a notre propre école qu'on a montée. Donc on a une centaine de jeunes qui sont en sport-études, donc à Lyon et sur un autre site dans le sud, à Villeneuve-Loubet.
- Speaker #0
À partir de quel âge on peut...
- Speaker #1
Alors c'est de la sixième à la terminale. Et on accueille évidemment aussi ensuite des pros qui viennent s'entraîner chez nous pour se parfaire et essayer de monter au classement mondial.
- Speaker #0
Donc ça fait quand même pas mal de projets.
- Speaker #1
Ça fait quand même pas mal de projets. C'est très prenant, mais je m'amuse bien. Je reste dans mon sport, en tout cas dans la petite balle jaune. Et voilà, ça me permet aussi d'être occupé et de trouver un sens un peu aussi à mes idées, à la transmission, au fait de pouvoir véhiculer aussi les valeurs que j'affectionne.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux rappeler pour ceux qui ne le... C'est vrai qu'il y a beaucoup de débats sur le tennis, le paddle. Est-ce que tu voudrais dire la différence entre le tennis et le paddle ? Comme ça, ce sera clair pour tout le monde.
- Speaker #1
Alors, la différence entre le tennis et le paddle, c'est que le tennis, on n'a pas le droit de jouer. Enfin, il n'y a pas de mur. Une fois que la balle est passée, elle est passée. Tandis que le paddle, on a des vitres tout autour qui permettent en fait à la balle de revenir quand elle est passée derrière nous. Et donc, c'est un peu quelque part presque une des seules différences. qui est entre le tennis et le paddle. Après, ça va être les raquettes. Il y en a une qui a un cordage avec une sensation très agréable. Il y en a une autre qui a une raquette pleine où ça fait un bruit et une sensation un peu différente. Mais qui est sympa aussi. C'est un sport qui se joue à quatre, le paddle. Franchement, on se marre bien. On peut jouer avec ses enfants, ses petits-enfants. ses copains, ses copines, il n'y a pas de limite. Et c'est ce que j'aime bien dans le paddle, c'est que pour le coup, il n'y a pas de différence ou du moins, on vient vraiment avec ces différences.
- Speaker #0
Alors, il y a des mauvaises langues qui disent que ceux qui font du paddle, c'est parce qu'ils ne savent pas bien jouer au tennis. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Speaker #1
Je crois que ce n'est pas vrai, puisqu'il y a des gens qui n'ont jamais joué au tennis qui se mettent au paddle, tout simplement parce que c'est très accessible, parce que c'est un modèle économique qui... qui diffère un peu de ce qu'on a l'habitude de voir dans le tennis. C'est-à-dire qu'au pas d'eau, on peut venir... payer sa partie et jouer au tennis, c'est toujours un peu plus fermé, c'est toujours un peu plus difficile. C'est toujours sous forme de membership, dans un club, il faut toujours faire quand même pas mal de démarches avant de mettre le pied sur le terrain, contrairement au battle.
- Speaker #0
Non, mais c'est vrai que raconter comme ça, le battle, c'est un terrain un peu plus petit quand même. Les temps que je dis, c'est vrai que c'est universel, ça se joue à quatre, ça reste un sport d'équipe. C'est vrai que dès qu'on passe à côté d'un cours, on entend les gens qui se rigolent, c'est vrai que ça fait du bruit et tout. Ça réunit effectivement pas mal de qualités et de valeurs importantes dans le sport. Et tu as raison, le tennis doit être un peu plus sélectif, un peu plus snob. Moi, j'adore le tennis, mais c'est vrai qu'il est un peu plus huppé, alors que le paddle, c'est plus accessible. C'est ce qui nous réunit, le tennis. Oui, mais c'est plus à la portée de tout le monde. En tout cas, moi, je n'ai pas encore été sur un terrain de paddle et Dieu sait que j'en ai autour de moi. Mais là, avec ce que tu viens de raconter, ça me donne envie de jouer avec mes enfants. Donc, merci en tout cas de nous avoir transmis. Je t'en prie. Et c'est vrai que c'est impressionnant, ce business qui est en train vraiment... Est-ce que pour toi, quelle est la vision Business by Speaking ? Parce qu'on voit des terrains qui... C'est un peu comme il y avait le pilates et maintenant il y a le paddle, quoi.
- Speaker #1
Oui, il y avait le pilates. Enfin, il y a le pilates. Il y a eu le pilates. Après, il y a eu le pilates réformer. Il y a en permanence des formes d'évolution. Je pense que le paddle, ça va continuer encore de grimper. On va en voir. pousser encore pas mal. Et puis, à un moment donné, j'imagine qu'on va plafonner, un peu comme tous les sports. À un moment donné, ça s'arrête. Et puis, peut-être qu'un autre sport aussi viendra se mettre au milieu de tout ça et fera que le paddle plafonnera peut-être un peu plus vite. Après, il y a le tennis qui reste pour moi le sport télévisuel. Je crois qu'on ne fait pas de plus belles images que... que le tennis. Le tennis, c'est quand même magnifique. Ça reste très esthétique, très visuel. Tandis que pour moi, le paddle, le simple fait qu'il y ait les vitres, c'est un peu moins esthétique, c'est un peu moins naturel. Le tennis a une forme d'esthétique naturelle, avec la terre battue, avec le gazon. C'est quand même magnifique.
- Speaker #0
C'est vrai que vous nous offrez des images sublimes. On a de la chance, effectivement, d'avoir le tennis très élégant.
- Speaker #1
C'est très élégant. Et donc, on peut s'habiller comme on veut. C'est très esthétique, vraiment. Et d'ailleurs, ça a beaucoup influencé nos sociétés, à travers la mode, notamment, avec les fameuses Stan Smith.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Qui sont des chaussures emblématiques du tennis, en fait. On dit souvent on va mettre une paire de tennis et puis les gens reviennent avec une paire de Stan Spitzkutz.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Et le paddle est un peu moins esthétique, mais en termes de loisirs, je pense, peut prendre plus de place, puisque vraiment, il s'ouvre à beaucoup de gens.
- Speaker #0
Alors, on parle de mode et on peut tout à fait le dire. En fait, on a eu la chance de se rencontrer, enfin moi, j'ai eu la chance de te rencontrer, un week-end organisé par Armani l'année dernière, Saint-Jean Capferra. Armani qui, en tout cas, tu étais un ambassadeur Armani, donc on les salue, on les embrasse, et c'est grâce à eux que tu es en face de moi aujourd'hui. Alors, tu as parlé d'images, quelles sont les images pour toi de ta carrière les plus importantes ou celles que... Parce que moi, je n'ai pas à visionner tout, mais je serais ravie de faire un retour en arrière sur les bons moments.
- Speaker #1
On va dire qu'il y a beaucoup de choses. J'ai été blessé pendant... pendant deux ans au début de ma carrière, à l'âge de 19 ans, alors que j'étais en pleine ascension, je commençais vraiment à très très bien jouer. J'ai eu une double hernie discale qui m'a empêché de jouer pendant presque deux ans, j'ai été un peu éloigné des cours, donc de 19 à 21 ans. Et ensuite, en une année, je suis passé du petit gars qui rêvait d'être un champion, qui galérait un peu dans la vie, comme tout le monde. à un joueur de tennis reconnu, reconnu dans la rue, gagnant bien sa vie. Ça n'a pas été simple de dealer avec tout ça. Ça n'a pas été simple de dealer avec la réussite, avec la médiatisation, avec la reconnaissance.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, aujourd'hui, la raison pour laquelle tu es à Paris, c'est Roland Garros. C'est vrai que pendant Roland-Garros, on te voit beaucoup. Tu es assez médiatisé. Enfin, tu es très médiatisé. Puis en fait, c'est vrai qu'on sent vraiment chez toi ce besoin. D'ailleurs, tu habites en Suisse avec ta famille. Tu as trois enfants. Un tout jeune qui a quoi ? Un an ?
- Speaker #1
Une toute jeune qui a dix mois.
- Speaker #0
Dix mois ?
- Speaker #1
Oui, dix mois pour arriver. Et oui, c'est vrai que je suis... En fait, j'ai fait ce sport au départ parce que j'ai aimé ce sport. Je l'ai profondément aimé, j'étais passionné par le jeu. C'est pas que j'allais regarder du tennis toute la journée à la télé, mais par contre, je pouvais passer toute la journée sur le terrain à taper des balles. Et donc, j'étais pas passionné par le fait d'être un champion. Et d'ailleurs, petit, j'avais pas vraiment d'idole. Et quand je croisais des gens qui étaient connus, parce que ça arrivait après au début de ma carrière, quand j'ai commencé à... à croiser des gens que je voyais finalement à la télé, moi, quelques mois avant. Je n'avais pas envie de leur demander une photo ou un togare. J'avais plus envie de leur demander « Mais comment c'était pour toi ? Et comment tu as fait ? » Et donc, voilà, je n'ai jamais vraiment voulu cette lumière, même si elle n'était pas désagréable au début. En fait, moi, j'étais juste authentique. Et on peut le voir d'ailleurs au début de ma carrière, ça partait un peu dans tous les sens, parce que j'étais authentique, j'étais juste moi en fait. J'avais juste ça, et c'est vrai qu'au fur et à mesure, j'ai vu ce qui se passait quand t'étais toi, quand t'étais authentique, ce qui se passait, comment les gens parlaient sur nous. On est dans un sport, un des seuls sports, où t'es tout seul et tu dois aller devant les caméras après chaque match. Après chaque match, on a un interview, et si on n'y va pas, on a une amende.
- Speaker #0
Ah ça j'étais pas au courant.
- Speaker #1
Eh oui. Et donc en fait, c'est un sport où même quand t'as rien à dire, tu dois dire quelque chose. Donc c'est pas évident, c'est pas évident. Et honnêtement, je savais qu'après ma carrière, certainement j'aurais eu envie de repasser à quelque chose de beaucoup plus intime, retrouver la famille, retrouver les amis, être un peu tranquille. Donc je fais le choix finalement d'être visible sur Roland-Garros, mais pas beaucoup ailleurs le reste de l'année.
- Speaker #0
Alors, c'est marrant parce que quand tu voyais tes idoles et que tu avais envie de leur dire, de leur demander leurs conseils, c'est vrai qu'en tout cas, moi, à chaque fois que je te vois, je pense qu'on n'est pas mal. Moi, j'ai le même sentiment. J'ai envie de dire mais raconte-moi ta carrière, raconte-moi. Donc, moi, je comprends très bien ce besoin, évidemment, de retrait et de se focaliser sur les valeurs essentielles pour toi. Mais de l'autre côté, je pense qu'il y a une énorme curiosité des jeunes de pouvoir être accessible. C'est vrai que tu es très authentique. Et on sent vraiment une force tranquille très attirante. Mais c'est pour le coup, et là où je te rejoins, c'est que ce n'est pas le côté célébrité. C'est vraiment, on sent que tu es, voilà, et en même temps, on va en parler aussi. Quand tu dis j'ai eu des grandes victoires ou j'étais malheureux, en fait, on se reconnaît en toi. Tu vois, on se dit, ce n'est pas parce qu'on est un grand champion et qu'on est célèbre que c'est comme ça qu'on est vraiment heureux. Et je crois que c'est ça aussi qui touche l'âme des gens de manière générale. C'est de savoir que, comme tu dis, ce n'est pas forcément... Voilà, ce n'est pas forcément ça qui nous permet d'avoir une colonne vertébrale.
- Speaker #1
Alors ça, c'est une certitude puisqu'on arrive avec sa colonne bien avant d'être médiatisé. Oui, clairement, j'ai compris et ma carrière m'a permis justement de comprendre ça. Aujourd'hui, je considère que je ne suis qu'à la moitié de ma vie. En tout cas, je crois que c'est...
- Speaker #0
Bien sûr. Il paraît qu'on va vivre jusqu'à 150 ans.
- Speaker #1
Ah ben, ce serait magnifique.
- Speaker #0
Tu vois, donc, ce serait le temps.
- Speaker #1
Ce serait magnifique. En bonne santé, j'espère.
- Speaker #0
Ouais, normalement.
- Speaker #1
Et donc, en fait, après des grandes victoires, effectivement, j'ai été amené à être un peu malheureux. Alors malheureux, c'est un bien grand mot. Pas malheureux, mais un peu morose, un peu désorienté. En tout cas, ça m'a permis de mettre le doigt sur certaines choses et d'apprendre. Je me suis retrouvé plusieurs fois dans des tournois où je suis allé gagner, par exemple au Japon, qui était un tournoi. 500, alors les tournois 500, c'est des tournois juste en dessous des Master 1000. Il y a souvent plusieurs top 10 dans les tournois 500. Et pour nous, c'est des tournois qui restent très importants. Et donc, pour le premier 500 que j'ai gagné à Tokyo, je suis rentré dans ma chambre d'hôtel. J'étais parti là-bas seulement avec mon entraîneur et mon kiné, que je vois 40 semaines dans l'année. Et finalement, le soir, je rentre, j'ai la coupe dans le bras gauche, mon sac de l'autre côté et je pousse ma chambre d'hôtel. Et ce jour-là, la porte de la chambre d'hôtel, juste, on va dire, elle couine un tout petit peu. Et là, je vois ma chambre complètement vide et je me dis...
- Speaker #0
Avec qui je vais péter ça ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Donc, je vais me faire un petit room service, un petit Netflix.
- Speaker #0
ou elle est improbable.
- Speaker #1
Voilà, mais je me dis, c'est quand même hyper glauque. C'est quand même hyper glauque.
- Speaker #0
Et ce qui était difficile aussi, c'est que de l'autre côté,
- Speaker #1
je savais qu'ils étaient en train de fêter la victoire.
- Speaker #0
Et ils étaient tous ensemble, ils étaient une vingtaine chez mes parents. Donc ça faisait la fête.
- Speaker #1
C'est là qu'on se rend pas compte quand vous voyagez beaucoup. Et bien en fait, vous n'êtes pas avec vos proches, vous ne pouvez pas embarquer votre famille avec vous. Enfin, ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Pas toujours, ou du moins pas forcément au début de ta carrière, quand tu n'as pas beaucoup de sous, c'est compliqué. Et puis nos parents, ils ont une vie. nos parents, ils ne vivent pas tous à travers leurs enfants, les parents, il y a des parents, ils ont un métier, ils ont un enfant qui réussit, tant mieux pour lui, et eux, ils ont leur métier, ils se sentent des responsabilités, et ils les assument, et c'était un peu le cas de mes parents. Mes parents étaient enseignants, ils avaient une classe tous les jours, des enfants à qui ils devaient apprendre leur... leur matière. Et voilà, c'était comme ça. Donc moi, mes parents, ils restaient à la maison pour travailler. Il faut savoir que souvent, les gens font un peu l'amalgame. Ils pensent que parce que l'enfant réussit,
- Speaker #1
tout le monde se met derrière.
- Speaker #0
Tout le monde se met derrière et puis tout le monde a beaucoup de... peut profiter de l'argent, de la personne qui réussit et tout ça. Mais c'est un peu un mythe. Parce qu'on n'a pas le droit de donner de l'argent aux gens qui sont en France. On n'a pas le droit de donner de l'argent comme ça. c'est assez compliqué donc finalement mes parents ils ont dû continuer à travailler continuer leur petit train de vie alors c'est sûr que ça leur a amené certains avantages d'avoir un fils parce qu'ils pouvaient aller à Roland-Garros quand même ils pouvaient faire plein de choses voilà mais c'est vrai que souvent les gens ne se rendent pas toujours compte de cette réalité de cette réalité ouais non mais c'est pour ça que moi cette phrase je la trouve très touchante parce que
- Speaker #1
On comprend très bien avec ton récit que ce n'est pas que tu n'es pas content d'avoir gagné, c'est qu'en fait, on peut dans un même... Et beaucoup d'entrepreneurs le disent. Beaucoup d'entrepreneurs, beaucoup de gens qui gagnent très bien leur vie, qui ont en fait des grands succès très vite. Et je disais, en fait, on peut ressentir une énorme solitude. Alors, tes parents, la famille, c'est très important pour toi. La tienne, celle que tu as créée, mais aussi celle de tes parents. Ton père et ta mère aussi, c'est vrai que tu en parles avec beaucoup d'amour. Quelle est la valeur essentielle qu'ils t'ont vraiment transmise ? Alors là, on sent évidemment la valeur travail déjà.
- Speaker #0
Alors la valeur travail, c'est une certitude, puisque mon papa est venu sans rien ici. Et puis, il a toujours tout fait pour travailler dur pour sa famille, pour s'intégrer. D'ailleurs, malheureusement, je ne parle pas la langue du pays natal de mon papa.
- Speaker #1
Le Congo.
- Speaker #0
Ce que j'aurais adoré. Mais il est arrivé ici en se disant vraiment, je veux que mes enfants s'intègrent à 100%. Et je pense qu'il a réussi ça. Et puis, il a construit notre maison, il faisait tout lui-même. Donc, il était maçon, plombier, charportier, tout ce que tu veux. Moi, je l'ai vu travailler toute la journée, évidemment, dans son lycée. Et puis ensuite, rentrer, donner des cours de tennis. Et puis ensuite... Travailler sur la maison jusqu'au bout de la nuit. Donc voilà l'exemple que j'ai eu en termes de travail. Et puis ma maman évidemment qui elle allait donner ses cours et puis qui s'occupait de trois enfants derrière, toutes seules, sans jamais avoir d'aide. Donc finalement, ça c'est ma valeur travail. Je crois qu'ils m'ont donné aussi les valeurs de respect. Pour eux, ça c'était primordial. la seule fois où mon père m'a un peu secoué c'était à un moment donné où j'avais perdu un match de tennis moi j'étais persuadé que c'était parce que j'avais perdu et puis dans son discours c'était non c'est pas parce que t'as perdu c'est parce que t'as jeté ta raquette t'as pas respecté les gens qu'il y avait autour tu m'as pas respecté moi parce que je t'amène tous les week-ends enfin les parents, ma maman et mon papa bah forcément prenaient du temps sur le temps qu'ils prenaient finalement les frères et sœurs pour m'amener tous les week-ends à des endroits en voiture à 2h, 1h de la maison 1. Voilà, et donc, il soulignait ça, le respect des gens, le respect de la personne qui t'accompagne, le respect des règles, le respect, voilà, c'était important pour moi. Et c'était une école de la vie, tu sais, le tennis, c'est l'école de la vie, et tu vas apprendre des choses, malgré qu'ils soient enseignants, tu vas apprendre des choses à l'école, très bien, mais le sport va aussi t'apprendre énormément de choses, et c'est important.
- Speaker #1
Est-ce que, alors, c'est très touchant, en tout cas, Aiton... très bien éduquée, ça se sent dans ton énergie en fait, qu'évidemment, il y a eu beaucoup d'amour et en même temps, beaucoup de valeur. Et je pense que c'est ça aussi qui fait des... des grands champions français, c'est de pouvoir sentir et la réussite et l'excellence et en même temps l'ancrage. Donc, félicitations à tes parents parce que Dieu sait que maintenant, on sait ce que c'est que d'éduquer les enfants.
- Speaker #2
Ils nous écouteront même si je ne suis pas sûr qu'ils soient l'enjeu sur les réseaux.
- Speaker #1
En tout cas, c'est important de remercier nos parents pour tout ce qu'ils nous ont offert à porter. Maintenant, nous aussi, on est parents et on oublie souvent de se rendre compte de tout ce qu'ils nous transmettent.
- Speaker #0
Oui, c'est marrant parce que quand je t'en parle, en fait, je me dis, même moi, je me raconte.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est génial. Je suis... parce que je raconte pas ça tous les jours mais ouais c'est marrant parce que même moi je suis là-dedans ce que je dis il y a des choses qui reviennent tu vois mais ce qui est drôle c'est que tes parents sont enseignants et c'est vrai que dans cette nouvelle carrière qui est une deuxième carrière que t'as il
- Speaker #1
y a beaucoup d'enseignement donc c'est vrai que tu dis que t'aimes et tu vas faire pareil en fait tu veux enseigner tes valeurs enseigner le respect enseigner via ton sport et je pense qu'effectivement tu n'es qu'à qu'il y a un petit bout de ce que tu peux encore faire. Parce que je pense que cette prestance que tu as, cette bienveillance aussi et cette excellence sportive, c'est quelque chose de merveilleux à transmettre à notre jeunesse.
- Speaker #0
Oui, je crois que c'est ça en fait. On m'a beaucoup transmis. On m'a beaucoup transmis et c'est comme si c'était un peu contagieux ce truc. En fait, quand on te donne d'une certaine manière, ce n'est pas que tu as envie de redonner, c'est presque inconsciemment. C'est un modèle que tu as puisque... Tu l'as reçu ce modèle. Et donc, tu passes au suivant. On est tous fait de transmission. Je crois qu'il n'y a personne ici, dans cette pièce, dans tes équipes, dans tous les gens qui sont là, qui n'ont pas reçu des autres. Et je crois que c'est comme ça que fonctionne l'humanité. On est en train de se donner des choses. En ce moment, on fait du feu avec quelque chose d'hyper pratique. Mais au départ, il y a des gens qui ont commencé quelque part. Et je pense que cette transmission, elle est importante. Et on se rend compte que quand elle n'est pas faite, ça crée quand même du désordre.
- Speaker #1
Bien sûr. Est-ce que sur, on peut se faire un petit aparté sur l'éducation et la française, est-ce que tu as l'impression que le sport a une place assez suffisante dans les écoles françaises ou est-ce que tu as une recommandation, vu que toi, toute ta carrière est tournée vers le sport ?
- Speaker #0
C'est un sujet qui est hyper important aujourd'hui. Je crois que le sport prend de plus en plus de place dans nos sociétés. Il y a des pays dans lesquels ils sont un peu en avance, dans le sens où ils se rendent bien compte que...
- Speaker #1
Comme par exemple ?
- Speaker #0
Je dirais par exemple aux Etats-Unis ou l'Australie où finalement le sport est directement ancré dans la société. Mais pour plein de raisons. Et pas que des... Parce que souvent, quand on parle de sport, les gens imaginent la compétition. Le sport, c'est pas la... La compétition, c'est un petit penchant du sport. Le sport, c'est la convivialité. Le sport, c'est l'échange. Le sport, c'est la sainteté. Le sport, c'est... C'est une forme d'éducation. On apprend à respecter certaines règles. On apprend à vivre ensemble, dans une équipe. on apprend à apprendre on apprend une pédagogie d'apprentissage c'est hyper riche et aux Etats-Unis ils l'ont compris, dès leur plus jeune âge les jeunes à l'école rentrent dans des clubs de sport ils sont obligés de rentrer dans un club de sport ou dans un club culturel que ce soit la musique, du théâtre et moi je crois vachement en ça déjà c'est très ludique et puis honnêtement le sport on le sait tous sauf beaucoup de jeunes de la délinquance de l'oisiveté de l'obésité de plein de choses et je trouve que c'est vraiment on peut offrir aussi une santé mentale un peu protégée protégée à prendre un peu de temps à perdre, à apprendre à gagner aussi. Parce que perdre, c'est une bonne chose, mais quand tu gagnes, l'humilité de savoir gagner. Parce que tu gagnes un jour, mais tu perds le lendemain. Et on sait tous que la vie, plus on avance, plus on se rend compte que tu perds et tu gagnes un peu tous les jours. C'est vrai. Du jour au lendemain, nos vies, elles changent.
- Speaker #1
Alors justement, la fragilité de la vie. Est-ce que tu pourrais nous partager un moment de ta vie où ça a été dur ?
- Speaker #0
Un moment donné, quand j'avais 19 ans, j'ai été... J'ai été blessé, donc double hernie discale. À ce moment-là, je vis à deux pas de Roland-Garros. C'est des quartiers riches ici. Je n'avais pas les moyens, moi, de réellement vivre là. Je le faisais parce que le tennis, jusque-là, m'avait apporté un peu de sous pour pouvoir louer un petit appartement. Je sous-louais un petit appartement de 25 mètres carrés. dans la rue Nungesserre et Colis, celle qui longe le Parc des Princes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Oui, très beau quartier, mais 25 mètres carrés, 25 mètres carrés, c'est 25 mètres carrés. Et je mangeais des pâtes tous les soirs. Je n'avais pas de canapé.
- Speaker #1
Tu avais ton rêve à côté.
- Speaker #0
J'avais mon rêve à côté, que j'essayais de... Voilà, j'avais envie de vivre ça. Et à côté, forcément, je faisais aussi des sacrifices pour pouvoir vivre ce rêve. puisque je ne pouvais pas habiter chez moi, il n'y avait pas de tennis dans la Sarthe. Ce n'est pas là-bas que j'allais évoluer, il n'y avait pas de joueurs. J'ai dû partir à l'âge de 13 ans de chez mes parents. Et donc cette période-là a été difficile parce que je me suis blessé, je me suis retrouvé dans ce petit appartement, à ne pas savoir quoi faire réellement de mes journées, de ma vie, et à me poser des questions, à me dire est-ce que je vais pouvoir rejouer au tennis ? Donc ça, ça a été difficile. Dans cette période, oui, je me suis posé énormément de questions.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu te considères comme un homme apaisé ?
- Speaker #0
Oui, aujourd'hui, je suis quand même apaisé. En fait, toutes ces expériences, parce qu'évidemment, il y a eu cette période de dernier discal, deux ans où je ne jouais pas, où je galérais. où j'ai pris beaucoup de risques pour y arriver. Ça m'a appris. Mais ensuite, le tennis m'a donné peut-être 100 fois plus encore que cette expérience-là, qui était effectivement difficile sur le coup. Le tennis m'a appris vraiment tout. Là, aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir vécu 12 vies. Vraiment, à chaque fois, je dis... En fait, on me demande d'écrire un livre en ce moment. C'est difficile parce que je...
- Speaker #1
Tu as des étapes.
- Speaker #0
Parce qu'en fait... Il y a des choses que je n'ose pas dire.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Peur d'être grossier, peur de blesser des gens, peur de... Aujourd'hui, je me dis est-ce que ça vaut vraiment le coup de raconter tout ça aux gens ? Mais en tout cas, intérieurement, j'ai l'impression d'avoir une série de livres.
- Speaker #1
Moi, tu le connais un peu. Moi, je pense qu'il ne faut pas avoir peur. Je pense que la vérité, il ne faut pas blesser pour blesser. Mais je pense qu'il y a plein de choses à partager qui peuvent aider d'autres gens à construire. Parfois, il y a des gens qui n'ont pas fait les choses comme il fallait, mais comme on ne leur dit pas, ils ne peuvent pas aussi s'en rendre compte. Il y a vraiment, notamment pour faire évoluer le sport, pour faire évoluer. Et moi, je serais ravie et je pense qu'on est plein, plein de personnes qui seront ravies de te lire et de découvrir tout ce qu'il y a derrière. Voilà, Joe Songa qui se dévoile, mais on sent effectivement que tu as encore plein de trucs à nous raconter et qu'il y a des choses que tu gardes encore pour toi. Est-ce que tu as un dernier conseil à nous partager pour être heureux ?
- Speaker #0
Pour être heureux ? Finalement, de s'écouter. S'écouter soi. C'est super de faire des choses en fonction des autres, en fonction du regard des gens. OK, très bien. Mais au final, ce qui nous rend heureux, c'est quand même... de faire ce dont on a envie. Alors évidemment, j'ai bien conscience que dans la vie, on ne fait pas toujours ce qu'on a envie, mais en tout cas, dans les moments où on peut le faire, de vraiment en profiter. Voilà, et puis de cultiver ses différences. Ce n'est pas une honte, ce n'est pas une tare que d'avoir une différence. Au contraire, je crois que c'est une vraie richesse pour en revenir à la phrase du début. Moi, j'ai vécu dans un paradoxe complet. Je viens d'une... une famille mixte, dans une campagne française, où la norme, c'était d'écouter du Johnny et même de voter Rassemblement National. Moi, mon quartier, c'était ça. J'ai grandi là-dedans. Là où on me disait, toi, c'est différent de je.
- Speaker #1
Est-ce que tu as une norme des enfants en Afrique ?
- Speaker #0
Pas encore.
- Speaker #1
Pas encore.
- Speaker #0
Pas encore, mais avec ma femme, en fait, on a... Ma femme et donc son papa est égyptien. Sa maman est canadienne et allemande.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Et elle, elle est née en Suisse.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Et donc nos enfants, pour eux, c'est très difficile de trouver leur place. Et c'est pour ça que je leur ai transmis... Malgré nous, on leur a transmis notre paradoxe avec ma femme, parce qu'elle aussi est métissée d'une certaine manière. Et on leur transmet notre paradoxe et notre différence. Mais on se rend compte qu'ils sont vraiment riches de ça. Ils sont capables de parler déjà plus ou moins plusieurs langues. Ils ont cette ouverture sur le monde. Ils posent des questions qui sont exceptionnelles, comme qui est-ce que je dois supporter comme équipe nationale ? C'est fabuleux. C'est génial. Je trouve ça fabuleux. Et à la fois, ça me fait peur, parce que je sais ce que moi j'ai traversé dans tous ces paradoxes. Donc ces paradoxes de me dire, est-ce que je suis blanc ou je suis noir ? Est-ce que je suis français ou congolais ? Est-ce que je suis riche ou pas riche ? Est-ce que je suis, comment dire ? Est-ce que je suis Tennis man Ou savinien Sartois, manso Est-ce que je fais partie De tout ce monde ou est-ce que je fais juste partie De cette identité là Et en fait voilà moi ça a été ma vie Ça a été de me chercher dans une identité Et j'ai essayé de me raccrocher à des choses Et des choses importantes vu que j'ai été déraciné De chez mes parents quand j'avais 13 ans J'ai toujours été un peu dans comment je fais, où je dois me situer. Et je sais que je leur ai transmis ça et que ça ne va pas être facile tous les jours, mais c'est une vraie richesse quand même.
- Speaker #1
C'est drôle quand vous vous transmettez. Il y a un gros pouvoir de transmission, parce que tes parents t'ont transmis enseignement. Et c'est très beau ce que tu viens de dire. Moi, je pense qu'effectivement, il faut des rôles modèles. Et toi, tu es ce rôle modèle de cette France ou de cette Europe, parce qu'en fait, ce n'est même plus la France.
- Speaker #2
De ce monde même.
- Speaker #1
De ce monde multiculturel, qu'en fait, il faut arrêter de vouloir nous mettre dans des cases. Et toi, c'est ce que tu représentes. et publiquement. Et c'est vrai que c'est important d'avoir des rôles modèles. Moi, je sais que j'ai créé Servo-Puissant pour qu'on puisse se retrouver, se reconnaître, se reconnecter. Et c'est tellement important, en fait. Il y a des gens qui nous écoutent et dans la figure publique, la notoriété publique, on peut passer plein de messages. Alors évidemment, moi, je ne prétends pas être aussi publique que toi, mais moi, je pense que justement, et tu l'as dit très bien dans ce podcast, c'est vrai que c'est ça que tu représentes. Et on voit avec cette forme de sagesse et en même temps aussi de fragilité, de remise en question et de grande humilité. Moi, ce qui m'a toujours frappé chez toi, c'est ton humilité. J'ai l'impression d'être avec un pote, alors qu'en fait, en vrai de vrai, tu restes quand même Joe de son gars. Et ça, c'est très agréable. Et tous les gens qui te voient, qui te côtoient, disent que tu as cette attitude où tu mets hyper à l'aise les gens.
- Speaker #0
J'essaye au maximum. Et vraiment, en fait, on est tous différents par quelque chose. Et donc, moi, j'ai toujours appris à apprendre de tout le monde. finalement, peu importe le métier qu'on fait, on a nos expertises, peu importe la vie qu'on a, on a plein de choses à raconter qui peuvent être hyper intéressantes. Donc, non, moi, j'essaye d'avaler tout ça, de prendre. Voilà, on est là et puis je prends du plaisir à ça. Je prends du plaisir à être curieux. Je prends du plaisir à m'intéresser aux gens qui ont des histoires, des fois, improbables. Et donc, j'adore.
- Speaker #1
C'est génial, en tout cas. T'es le bienvenu quand tu veux, quand t'as plein d'autres trucs à nous raconter. Et on remercie mille fois d'être venu.
- Speaker #0
Merci de m'avoir invité, c'était un plaisir.
- Speaker #1
Merci Joe. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes. Soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.