- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf.
- Speaker #1
Il y a des hommes dont on croit tout savoir parce qu'on a vu leur visage à 20h.
- Speaker #0
Harry Roselmack est l'un d'eux. On a vu le journaliste, le présentateur du JT, la voix calme dans des moments où la France n'en avait plus, la rigueur, le sang-froid, la mesure. Toute une carrière à observer le réel pour le restituer aux autres, sans le déformer, sans le dramatiser. Un métier d'horloger. Mais celui qui s'assoit aujourd'hui en face de moi n'est plus uniquement cet homme-là. Depuis 4 ans, en silence, Harry Roselmack écrit des livres de métaphysique. Pas des essais d'opinion, pas des mémoires. Des livres de pensée, denses, exigeants, qui interrogent la matière, le temps, l'origine de l'univers, l'existence de Dieu. Le troisième vient de paraître. Il s'appelle « L'amour malgré la peur » . Il est préfacé par Nico Saléagas et postfacé par Jean Stone. Et il pose... en 220 pages une question qu'on n'attend pas d'un journaliste de TF1. Avons-nous une raison d'être ? Harry, ce qui me frappe en vous lisant, ce n'est pas la performance intellectuelle, même si elle est réelle. C'est autre chose. C'est le moment où, à 53 ans, au sommet d'un métier qui aurait pu vous suffire, vous décidez que cela ne vous suffit plus. Que regarder le monde ne remplace pas de le comprendre. Et qu'observer le réel, même bien, même longtemps, Ne dispense pas d'aller voir ce qu'il y a derrière. Vous écrivez quelque chose de très beau dans ce livre. Vous dites que la philosophie n'est pas un luxe d'érudit, que c'est une nécessité, que sans elle on se perd. Vous prenez l'exemple d'une chanson, Résiste, de France Gall, pour dire que Spinoza et Michel Berger, au fond, parlent de la même chose, du courage de rester soi-même quand tout pousse à devenir un animal traqué. Vous dédiez votre livre à ceux qui vous aident à combattre vos peurs. Vos peurs au pluriel. Vous écrivez aussi, et c'est rare et très courageux, que vous avez bénéficié dans votre carrière d'une fragmentation identitaire que vous regrettez aujourd'hui. Et on va en parler. Et puis, vous posez cette phrase, qui pourrait être le titre de cet épisode, « Notre monde et notre désir » . Alors voilà ce qu'on va faire ensemble pendant l'heure qui vient. On ne doit pas refaire votre carrière, vous l'avez déjà raconté cent fois et mieux que personne. Ce qui m'intéresse, c'est l'autre Harry Grzelmak. Celui qui s'est mis à lire Spinoza, Bergson... celui qui pose dans ce livre des questions qu'on n'ose plus penser, plus poser et penser. Qu'est-ce que l'amour ? Pourquoi avons-nous tellement peur ? Que reste-t-il de nous après la vie ? Bienvenue Harry, je suis extrêmement heureuse de vous recevoir.
- Speaker #1
Merci pour cette introduction magnifique, qui me touche.
- Speaker #0
Je vous dis, alors déjà, je ressens en vrai beaucoup d'émotion en lisant, parce que c'est ce que je vous ai dit hier. J'ai vraiment lu, en tout cas parcouru le plus rapidement possible votre livre, et c'est vrai que... Moi, ça me parle beaucoup. C'est très aligné avec nos valeurs chez Savo Puissant. C'est très profond. On ne vous attend pas forcément là. Et en même temps, finalement, quand on comprend, c'est assez évident, ce parcours. Et j'ai à cœur de mettre en lumière cette facette souvent inconnue de mes invités. C'est ça, moi, qui me passionne chez l'humain. C'est vraiment, on croit connaître les gens. Et en fait, il faut souvent parfois un peu creuser.
- Speaker #1
Surtout à la télé, il faut se méfier de l'image.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Il y a une image très partielle. parfois même un peu fausse, de ce qu'est la réalité d'une personne. Mais là où, enfin, je rejoins tout ce que vous avez dit en me présentant, mais je pense que la résonance, c'est quelque chose d'important. Et même dans cet échange qu'on vit, le fait qu'on ressente des émotions, c'est des choses à prendre en compte, ce n'est pas des choses à rejeter. Et dans la pratique du métier de journaliste, c'est quelque chose qui est complexe parce que le journaliste doit être le plus neutre. possible. Alors on tend vers une objectivité qu'on n'atteindra jamais complètement parce qu'on a des biais culturels, éducatifs et on regarde les choses, on regarde le monde chacun avec nos lunettes, entre guillemets. Mais on a effectivement une relation qui peut être complexe avec l'émotion et notamment à la télévision, la dimension émotionnelle d'une information doit être pleinement assumée parce que l'image en elle-même, avant même qu'on dise un mot, avant même qu'on parle, l'image... provoque des émotions très souvent. Et donc c'est une dimension qu'il faut assumer, y compris dans un travail qui a l'air très intellectuel, comme le travail d'un philosophe ou d'un métaphysicien. Moi, je ne rejette absolument pas le ressenti et la résonance. Et parmi, moi, les choses les plus belles qui m'ont été dites par des lecteurs et des lectrices, c'est le fait que ce que j'écrivais résonnait en elles et en eux, indépendamment du fait qu'elles aient tout, tout de suite, compris intellectuellement et saisi intellectuellement.
- Speaker #0
Ben voilà, moi ça résonne aussi en moi et c'est vrai que c'est toujours inattendu et je crois que dans ce côté aussi un peu inattendu, c'est là où il y a quelque chose aussi qui se crée. Donc voilà, j'invite tout le monde à vous lire parce que c'est vraiment un très beau livre. On commence normalement par une citation, vous en avez plein dans le livre. Quelle est celle qui vous tient à cœur et que vous avez envie de nous partager aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que pour ceux qui ont des réseaux sociaux et qui ont notamment un Instagram, moi sur mon Instagram j'écris plein d'aphorismes qui me sont venus comme ça. souvent le matin, ces dernières années, et donc j'en ai plein, mais il y en a un qui colle particulièrement à la thématique de ce livre, et que j'ai envie de partager aujourd'hui, et de redire, parce que c'est important, c'est « aime, quitte à être incompris » . Aujourd'hui, c'est malheureux, mais il y a des explications, ça ne vient pas de nulle part. Il y a une forme de pudeur à aimer, il y a une forme de pudeur à dire qu'on aime, et... Pourquoi ? Parce qu'il peut y avoir, ça peut être disqualifiant, ça peut être même un argument pour disqualifier, mais aussi ridiculiser. Or, l'amour, jamais, l'amour ne doit rendre ridicule. Au contraire, il faut assumer pleinement ce qui est pour moi plus qu'une émotion, même fondamentale, c'est pour moi un principe directeur de l'univers qui nous a créés. Et donc, ça, il faut l'assumer et il faut le... le laisser s'exprimer pleinement et je crois que c'est sans doute l'un des principaux défis de l'humanité c'est l'amour malgré la peur c'est de laisser s'exprimer cet amour malgré la crainte du rejet,
- Speaker #0
des railleries et j'en passe Vous dites cette très belle phrase Dieu ne nous sauvera pas, la philosophie non plus nous sommes les seuls à pouvoir nous sauver nous-mêmes
- Speaker #1
Oui, bien sûr il y a, si tous les gens qui croyaient en Dieu étaient des justes, ça se saurait. Si tous les philosophes étaient des justes, ça se saurait. Je crois que l'épisode va être diffusé peu après le 8 mai 1945. Donc cette horreur du nazisme qui a marqué la Seconde Guerre mondiale, eh bien, il faut savoir que l'un des métaphysiciens les plus brillants de l'époque, qui s'appelle Heidegger, il a soutenu le parti nazi à ses débuts, et il a été lui-même membre du parti nazi. Donc la philosophie... La croyance ne suffit pas à faire des gens justes. Il y a la croyance, il y a le monde des idées, mais c'est dans la réalité de la vie et de l'action qu'on doit vraiment essayer de déployer ces idées qu'on porte en nous pour faire un monde meilleur. Ce n'est pas simplement en disant de belles choses ou en faisant la prière le soir.
- Speaker #0
Alors, c'est trop, parce qu'à quel moment vous êtes venu, Philippe, est-ce que vous tenez ça de votre famille, peut-être de votre mère ou de votre père ? Est-ce que vous l'êtes devenu parce que vous avez eu un choc dans votre vie ? Comment vous expliquez ce Harry si lumineux qu'on voit aujourd'hui ?
- Speaker #1
Vous l'avez dessiné un peu dans cette introduction, c'est-à-dire qu'à un moment, à force d'observer la marge du monde, ce que fait tout journaliste, il observe les actions qui sont posées dans ce monde, il y a un moment où ce n'est pas déconnant de se poser la question du sens de ces actions et de la légitimité de ces actions. Et il y a... Peut-être aussi, et je l'écris dans le livre, quelque chose d'un peu particulier chez moi, même si je pense que je ne suis pas unique à penser comme ça, c'est que, quelque part, le journaliste, quand il décrit certaines situations, et notamment les situations les plus inacceptables, il a, au fond de lui, il porte l'idée qu'il participe à dénoncer quelque chose qui doit changer et qui doit éviter d'être répété. Donc, il y a quelque part, dans la vocation du journaliste, cette envie de participer à un monde meilleur.
- Speaker #0
Cette action.
- Speaker #1
Cette action, alors qui n'est effectivement pas directement assumée, mais c'est vrai en physique quantique et c'est vrai aussi dans la vie. Quand on observe une situation, on interagit avec cette situation et quelque part, on peut participer à la faire évoluer.
- Speaker #0
les changements d'état je voyais pas effectivement ce côté en fait de relater l'information c'est une manière de la dénoncer de vouloir la stopper pour qu'elle ne se reproduise plus
- Speaker #1
Et souvent, les cadres réglementaires ou législatifs ont évolué suite à des faits d'actu. Les faits d'actu ont fait qu'on a écrit et voté des lois. Et donc, le travail du journaliste, il n'est pas complètement neutre, même s'il se doit d'être, quand il est réalisé, avec un certain nombre de méthodes, équilibré. C'est un travail qui doit être équilibré, qui doit être honnête, mais il a des conséquences. Le philosophe... prolonge ça, parce que le philosophe, il essaye de comprendre vraiment ce qui se passe, et en décryptant l'existence, et la vie qui émerge de l'existence, eh bien on découvre des choses incroyables, on découvre des principes fondamentaux qui, si on s'alignait par rapport à eux, changeraient complètement la vie sur cette planète. Parce qu'il y a une chose qui est importante et qu'on oublie souvent, et c'est pour ça que j'aime beaucoup aussi le titre de votre... podcast Cerveau Puissant parce qu'on ne se rend pas compte à quel point notre monde dépend non seulement de nos désirs, mais de nos idées. Tout ce qui relève des comportements, des attitudes, des actions qui sont menées dans le monde, tout ce qui construit de la matière, ce sur quoi nous sommes assis, ces micros au travers lesquels on parle aux gens, ces caméras qui... qui nous filment, tout ça c'était des idées avant d'être des choses. Tout ça c'est sorti du cerveau d'être humain. Et donc le monde qu'on a construit aujourd'hui, c'est le monde qui résulte de pensées. Eh bien si on décide d'aligner nos pensées sur une philosophie, sur des principes, et qu'on estime que ces principes sont valides pour tout le monde et que tout le monde est légitime à s'aligner et à lier ses pensées sur les mêmes principes, Bye. De fait, nos actions vont s'harmoniser et on va aboutir vraiment à un monde extrêmement différent de celui qu'on a aujourd'hui.
- Speaker #0
Alors ce qui est drôle, c'est que dans ce livre, vous le dédiez à combattre vos peurs. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quelles sont vos peurs et quels sont aussi ces moments de fragilité ? Parce qu'on parle de Harry le journaliste, mais il y a aussi Harry l'homme qui a, je l'imagine comme tout le monde, connu des moments de doute et de moments de bouleversement personnel. Quelles sont vos peurs ? Quelles sont celles qui te tiennent encore aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'ai des peurs qui sont assez communes à l'humanité. Grâce à la connaissance, j'arrive à en relativiser beaucoup, la peur de la mort notamment, qui est l'aiguillon principal de l'humanité. Cet horizon qu'est la mort et le mystère qu'il y a derrière cet horizon, ça fait peur. Mais effectivement, il y a des façons de relativiser cette peur. Le titre du livre, ce n'est pas « L'amour sans la peur » , parce que la peur, elle est là. Il faut faire avec. C'est un élément utile à la survie, il a été très utile à l'espèce humaine au tout début. Elle nous a permis, grâce justement à ces cerveaux puissants, de mettre en place des stratégies et des outils, non seulement de survie, mais de domination de notre environnement. Donc la peur, elle est utile, mais lorsqu'elle est trop présente, elle devient délétère et elle devient un vrai problème. Or aujourd'hui, la situation qu'on vit, c'est une situation... qui naît notamment du fait que la peur, elle est partout. Alors, on peut expliquer pourquoi, c'est pas forcément illégitime, mais à un moment, il faut prendre du recul avec ces peurs, et donc moi, je prends effectivement du recul avec les peurs que je partage avec beaucoup de personnes, c'est-à-dire la peur de ma propre mort, la peur surtout de la mort de mes proches, de mes enfants, la peur de la précarité, la peur de la souffrance et de la douleur. Je suis comme tout le monde, j'ai peur de ces choses-là, Si. très utile et c'est pas artificiel de se dire que cette vie incarnée dans l'espace et le temps, c'est une dimension importante puisqu'on la vit et il faut investir cette vie, mais c'est pas tout et qu'il y a plus que ça. Et le fait de savoir qu'il y a plus que ça, ça permet évidemment de prendre du recul et de relativiser un petit peu ce qui peut nous arriver, ce qui peut arriver à nos proches. Il faut pas le faire, encore une fois, de façon factice pour ça, mais c'est un fait. Il ne faut pas rejeter cette réalité-là en se disant que, ben non, on est fait pour essayer de comprendre ce que l'on vit, pour essayer de comprendre la vie.
- Speaker #0
Vous dites dans votre livre, cette phrase très belle, enfin ces phrases, « La peur pousse vers le mal, le mal nourrit la haine, la haine convoque la violence qui nourrit la peur. À l'origine et à la conclusion de ce processus, il y a la peur. »
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On a bien résumé.
- Speaker #1
On a bien résumé ce cycle d'une peur qui n'a plus lieu d'être, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, les gens ne savent même plus pourquoi. Pourquoi ils ont peur ? Ça,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'ils ont peur de choses qui ne concernent pas leur vie, leur situation. Ils se créent des menaces. qui sont complètement artificiels et dans leur tête, qui ne se concrétiseront sans doute jamais. Mais alors comment vous,
- Speaker #0
Harry, vous faites en sorte dans votre quotidien pour combattre quand la peur vous... C'est vrai, la peur, elle nous prend, elle est toujours là pour nous surprendre. Elle est assez forte. Quels sont vos conseils ?
- Speaker #1
C'est effectivement un combat, c'est le bon terme. Mais je pense que si on mène les combats dans notre tête avant d'agir... Ces combats-là, ils ne vont pas se manifester dans nos vies, dans la réalité. Je pense que si les gens qui sont en conflit ou qui se faisaient la guerre, si tous faisaient ce travail de penser contre eux-mêmes et de se dire est-ce que c'est légitime vraiment d'aller, d'avoir une démarche agressive et d'aller agresser l'autre, est-ce que c'est pleinement légitime ? Et s'ils faisaient ça avec l'idée fondamentale que la relation harmonieuse et que l'amour sont la raison d'être de l'espace-temps et de ce qu'il y a à l'intérieur, donc de nous aussi, eh bien la plupart des conflits n'auraient pas lieu d'être en fait. Et donc effectivement, il faut se dire que l'essentiel de ce qu'on vit, on peut choisir dans le champ des possibles en ayant cette phase préalable de... Est-ce que c'est légitime ? Je ressens des émotions, c'est normal. Comme je le dis aussi, le mal et le bien existent dans l'absolu. C'est normal qu'on pense au mal. C'est normal de penser à mal. C'est normal quand quelqu'un vous fait quelque chose que vous ayez une pensée négative à l'encontre de cette personne. Le problème, c'est de la concrétiser en une action. Et donc, notre cerveau puissant, il doit aussi servir de filtre. Et il doit servir à valider, à justifier une action par rapport à une pensée qui va nous traverser.
- Speaker #0
Alors vous dites aussi cette phrase qui est très belle, vous parlez de votre mission de vie. Moi j'adore parce que moi je n'ai jamais employé le mot carrière. Je pense aussi que quand on est entrepreneur, on n'a pas de carrière. Et j'ai toujours dit mission de vie. Avant, je me sentais un peu plus le syndrome de l'imposteur, genre mission de vie, qu'est-ce que tu racontes ? C'est vrai que maintenant, plus les années passent. Et donc quand j'ai lu mission de vie, je me suis dit, ah bah ça c'est assez rare. Surtout en venant d'un journaliste. Enfin voilà, aussi connu que vous. Et c'est très très beau. Et c'est vrai qu'on sent beaucoup de spiritualité aussi. Dans une mission de vie, c'est puissant.
- Speaker #1
C'est puissant. Et d'ailleurs, le journalisme n'est pas ma mission de vie. Le journalisme, c'est ma vocation, c'est ma carrière. La philosophie, c'est une mission de vie.
- Speaker #0
C'est drôle, c'est un peu comme si en fait, la visibilité et la notoriété, vous l'avez acquis avec le 20h. Puis évidemment, 7 à 8, que tout le monde connaît. Et en fait, maintenant, c'est votre vrai vous. Le vrai Harry, peut-être le Harry aussi qui était avec ses parents, plus jeune. Souvent, en fait, quand on se met à écrire avec pas mal de profondeur, ça vient d'héritage invisible et ça vient aussi d'une certaine forme d'éducation qu'on a reçue.
- Speaker #1
Bien sûr. Mais je crois que c'est plus la maturité qui autorise le Harry Rosalmack dans lequel il y a évidemment ses traits de l'enfance, qui l'autorise à s'exprimer. Pour moi, c'est une évolution. Il n'y a pas vraiment de... Je n'oppose pas les deux, mais on est tous le résultat d'une trajectoire et d'un chemin. Et donc, il y a des choses qui s'engerment et qui prennent leur temps pour éclore. Et je pense que cette vision et cette importance de la philosophie, elle a germé en moi tout au long de ces années, parce que je suis quelqu'un de très rationnel. Alors, je suis quelqu'un de très rationnel, et j'ai une éducation religieuse que j'ai accueillie. Et donc, j'ai toujours... cru en Dieu, pour dire les choses très clairement, mais je ne savais ni l'argumenter, ni le justifier. Et ça, pour moi, ça en faisait quelque chose qui devait rester éminemment intime, parce que je ne peux pas imposer à quelqu'un mes croyances. Par contre, je peux proposer à quelqu'un des arguments qui permettent d'établir la vraisemblance de telle hypothèse par rapport à telle autre. Et c'est ça le travail d'un métaphysicien. C'est de rechercher vraiment ce qui sous-tend la vie, donc l'existence, d'étudier ce champ de l'existence. Et quand on étudie ce champ de l'existence, avec notre cohérence logique, eh bien, on obtient des arguments, et ces arguments-là, quand vous les partagez, ils convainquent ou ils ne convainquent pas, mais en tout cas, je me sens aujourd'hui légitime de partager ce que j'affirme, à savoir qu'il y a un champ non manifesté d'informations qui est à l'origine... de cette existence manifestée que l'on vit là très concrètement. Et ça, je ne pouvais pas le faire tant que j'étais juste dans la croyance. Il fallait que j'aie un raisonnement et des arguments pour défendre ça.
- Speaker #0
Et qui vous a transmis cette mission de vie ? Votre mère, votre père, quelqu'un dans votre famille ? C'est quelque chose qu'on transmet ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est quelque chose qu'on transmet, mais c'est effectivement en partie le résultat d'une éducation qui est tournée vers le partage et qui est tournée aussi vers une forme de curiosité et de volonté de comprendre. Et moi, je pense que quand on comprend des choses, il faut essayer de les partager, il ne faut pas les garder pour soi, même si certaines règles métaphysiques permettent d'améliorer notre vie individuelle, parce que quand on connaît les mécanismes d'une voiture, d'un voilier ou de la vie, eh bien, on roule, on navigue et on vit avec moins de risques d'accident, et de façon plus efficace et performante. Donc ça peut être un outil... pour soi et pour ceux qui nous entourent, mais la métaphysique, c'est surtout un outil de guidance collective. C'est surtout quelque chose qui permet de mettre au jour des lois fondamentales qui s'adressent à toute l'humanité, parce qu'on peut échapper à telle condition, à telle classe sociale, à telle culture, mais on ne peut pas échapper à la nature. On est tous le résultat de l'évolution de la nature. Et donc, ce sont des principes qui sont valables pour tous les êtres humains de cette planète, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur parti. politique, quel que soit leur âge.
- Speaker #0
Et quelle que soit leur couleur aussi, on va en parler, parce que c'est vrai que vous avez été, il faut le dire, le premier homme qui a animé un journal télévisé en France noir, vous en parlez dans le livre, vous dites on m'a recruté à TF1 parce que j'étais noire, dans une logique de représentation des minorités, j'en ai profité, je le reconnais publiquement et je le regrette.
- Speaker #1
Oui, alors je le dis pas comme ça. j'ai été recruté effectivement parce que je suis noir, mais aussi parce qu'ils estimaient que j'étais capable de faire ce boulot. Et effectivement, ce que je regrette, c'est une logique communautaire. Pour moi, la logique communautaire, je peux la comprendre. Et je vais élargir un peu à la logique affinitaire, parce qu'on parle de communauté, mais il y a des gens qui se regroupent parce que... ont telle religion, il y a des gens qui se regroupent parce qu'ils sont femmes, il y a des gens qui se regroupent parce qu'ils sont homosexuels, il y a des gens qui se regroupent parce qu'ils ont en commun un trait identitaire et qu'ils en font le ciment d'une révolte. Voilà, d'une... En tout cas, d'une contestation de la situation existante. Donc, il y a une forme de légitimité. Moi, je comprends la légitimité qu'ont des communautés à se constituer et à revendiquer. Mais d'un point de vue métaphysique, si je suis honnête, je me dois de le dire, c'est contre-productif. Ça ne fait pas sens. Parce que le but, c'est quand même de rechercher l'unité. Et moi, ce que je dis souvent quand j'ai des discours en direction de la communauté après-descendante, c'est que je leur dis « Ok, je comprends que la situation actuelle, que les oppressions, que le racisme aujourd'hui, que les discriminations justifient qu'on se regroupe et qu'on conteste ces traitements. » qui sont du seul fait qu'on est noir. Ok. Mais il ne faut pas oublier que l'objectif, à terme, c'est l'unité. Si on a une démarche communautaire qui vise au séparatisme, c'est vraiment contre ma philosophie, à l'opposé de ma philosophie. Si on a une démarche communautaire qui vise à rétablir un dialogue, un équilibre, pour un vivre ensemble, là, on reste dans ce qui... et prescrit par la métaphysique. Donc effectivement, je prends de la distance avec cette démarche communautaire qui m'a pourtant porté lorsque j'ai été désigné par TF1 pour le vator de TF1 parce que j'ai évidemment été très soutenu par les communautés afro et pas seulement aussi par tout un tas de gens qui ne sont pas afrodescendants mais qui, parce que j'avais 33 ans à l'époque, avaient l'impression que je les représentais un peu plus parce que j'étais à peu près de leur génération versus... des gens qui étaient un peu plus âgés, par ailleurs.
- Speaker #0
Parce que vous étiez aussi très bon et que c'est bien de voir des gens brillants à l'écran. Et est-ce que vous avez, quand vous arrivez aux 20h, est-ce que vous avez quand même subi, malgré être rougité, du racisme ? Est-ce que vous en subissez encore aujourd'hui ou est-ce que franchement vous êtes plutôt protégé ?
- Speaker #1
En interne, évidemment pas. J'ai été vraiment superbement bien accueilli. Il y a eu quelques courriers au départ, avant que je prenne l'antenne, il y a eu quelques courriers racistes et même des... quand il y a de menaces, puisque la peur, puisque le racisme, la haine, tout ça sont des expressions de la peur. Et la peur, qui est parfois très profonde, elle pousse les gens à Adopter des attitudes qui vont très loin, alors qu'ils ne le concrétisent pas forcément. Et d'ailleurs, je n'ai jamais été agressé physiquement, mais j'ai été menacé de mort. Pour le simple fait que j'ai la couleur que j'ai. Et que j'allais faire mon boulot. Donc, on est dans de l'irrationnel, mais effectivement, c'est à quoi conduit la peur. Et donc, ça, c'était avant. Et ensuite, il s'est passé un truc extraordinaire, c'est que la télévision, avec son... avec la masse des gens qu'elle touche, avec la récurrence qui vous met au contact des gens.
- Speaker #0
Tout le monde vous a adopté.
- Speaker #1
Eh bien, super vite. C'est-à-dire que c'est vraiment une machine à faire passer dans les mœurs, alors à titre parfois exceptionnel, parce que le racisme n'a pas disparu pour autant, peut-être même au contraire, en tout cas dans son expression. Mais moi, en tant que personne noire, j'ai tout de suite été... adopté et ces contestations-là se sont très vite tuées.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment plus un sujet aujourd'hui dans votre carrière ?
- Speaker #1
Dans ma carrière, ce n'est plus un sujet. Dans la société, en revanche, c'est un vrai sujet et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je considère que je dois m'engager pour faire comprendre que ce n'est pas la voie à suivre. Ni la voie, évidemment, de la mise à l'écart de l'autre, ni la voie de l'enfermement communautaire pour répondre à cette mise à l'écart.
- Speaker #0
Non mais vous le dites très bien dans votre livre, et puis vous l'avez dit, c'est pareil pour les femmes, c'est pareil pour l'homosexualité, en fait ça ne sert à rien, si c'est pour se regrouper entre nous, de gens qui pensent pareil, et qui sont dans une colère, en fait voilà, il faut dialoguer, il faut apprendre à respecter, et vous le dites très bien, l'agressivité c'est de l'ignorance, c'est rien d'autre que ça. Mais il faut aussi, je pense, faire aussi un certain chemin de vie, être bien entouré, pour comprendre en fait... qu'il y a des émotions, mais en fait tout le monde ne passe pas du tout à l'action et qu'il y a beaucoup de mots et de bruit qui passent, mais en fait, en vrai, le danger, il n'est pas vraiment là. Et on gagne beaucoup plus à s'unir, à oser, à aimer, à montrer aussi des vulnérabilités, des fragilités, plutôt qu'à rien faire et rester terré chez soi en disant « j'ai peur, je bouge pas » .
- Speaker #1
Bien sûr. Il y a un vrai enjeu, je pense, à aligner nos pensées, qui sont si créatrices, qui sont si fondamentales dans ce qu'on vit, sur des principes. Parce que Merci. l'avantage des principes, c'est qu'ils visent la vérité, une vérité assez robuste, qu'on peut essayer de remettre en cause, mais c'est-à-dire qu'on va jamais s'opposer sur le fait que 2 plus 2 font 4. On n'a même pas à être d'accord ou pas d'accord. C'est un principe. 2 plus 2 font 4. Bon, on sera forcément d'accord là-dessus. Et donc, on n'aura pas de conflit sur ce sujet. Eh bien, il faut savoir que, dans la vie, et dans l'espace-temps qui a fait la vie, Il y a des principes comme ça, comme 2 plus 2 font 4. Ces principes-là, il faut les mettre au jour, c'est le boulot des métaphysiciens. Il faut... On a le droit de ne pas les admettre, mais en vrai, c'est comme 2 plus 2 font 4. C'est plutôt admissible et c'est très compliqué de le contester. Mais une fois qu'on a mis ça au jour, il faut essayer d'aligner nos pensées dessus. Aujourd'hui, on est dans une société où nos pensées sont alignées sur deux choses essentielles, des opinions. Or, les opinions... Elles sont changeantes d'un individu à l'autre, et elles sont même changeantes. Il paraît qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, donc on a le droit de changer d'opinion et d'avis. Donc elles peuvent même changer chez un même individu en fonction du temps. Et pire encore, on est passé de l'alignement sur les opinions à l'alignement sur l'émotion. Et ça, c'est encore plus volatile, et c'est encore plus compliqué à gérer. Et ce qui me fait un peu sourire ces derniers temps, c'est qu'on est à la fois fascinés et... très inquiet de la gouvernance de Donald Trump. On parle beaucoup de Trump, mais Trump, il n'est pas tellement exceptionnel dans sa façon de faire. C'est un archétype, une caricature, peut-être, mais d'une façon de fonctionner qu'elle est notre aujourd'hui. C'est-à-dire que Trump, c'est l'antiphilosophe. Il n'a pas de principe. Il aligne ses pensées, ses actions, sur ses intérêts et sur ses émotions. Et donc, il peut dire un truc le lundi, et l'inverse le mercredi, mais sans aucun problème. Chez lui, ça ne cause aucun...
- Speaker #0
Il l'assume totalement.
- Speaker #1
Oui, il n'y a pas de conflit chez lui à ce niveau-là. Parce que, justement, il aligne ses pensées, ses actions sur des choses qui sont très variables. Et c'est ce qu'on a tous tendance à faire. Donc, regardons-nous notre façon de fonctionner. Et peut-être, si on veut retrouver vraiment de vraies lignes directrices, si on veut retrouver de l'harmonie, c'est-à-dire penser des choses qui ne sont pas complètement différentes les uns des autres, et pas complètement différentes d'un jour à l'autre, c'est d'aligner ses pensées sur des principes, parce que les principes, ils sont censés ne pas changer.
- Speaker #0
Alors, il y a une question que je voulais vous poser, c'est que, comme vous êtes un homme public... Vous avez été, et que le livre parle d'amour, on est obligé de parler d'amour, vous êtes papa, vous avez eu une femme pendant très longtemps, et puis vous avez été, j'ai jamais interrogé un homme là-dessus, vous avez été divorcé, aujourd'hui vous êtes re-en couple. Qu'est-ce que ça a provoqué chez vous la séparation ? C'est vrai que les femmes en parlent beaucoup, être maman célibataire, le divorce, la séparation. On entend moins les hommes en parler, mais comme c'est le sujet de votre livre, je me permets de vous poser la question. Qu'est-ce que ça a provoqué chez vous, avec évidemment, j'imagine, beaucoup d'états d'âme, et qui sont aussi, je pense, il y a une force aussi créatrice qui se forme dans cette douleur, dans ce deuil ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, effectivement, un divorce qui domine, c'est le sentiment d'échec, parce que quand on décide de se marier, ça n'est pas pour divorcer, c'est un projet idéalisé, mais qui doit l'être, mais qui, dans nos têtes, doit nous conduire... les deux personnes qui sont choisies, jusqu'au bout. En tout cas, jusqu'à l'horizon qui est la fin de la vie. Et quand ça ne se passe pas comme ça, évidemment, c'est un sentiment d'échec qui se joue. Mais le fait de réussir une séparation, au final, je pense que c'est peut-être plus méritoire que de réussir une union. Parce que c'est plus compliqué.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Alors, ça veut dire quoi, réussir une séparation ? Ça ne veut pas dire grand-chose, parce que... Encore une fois, c'est l'échec d'un projet. Mais néanmoins, le fait que cette situation puisse rester le creuset dans lequel des enfants vont s'épanouir, vont grandir et s'épanouir, et ça a été le cas de nos enfants, le fait que cette situation qui a forcément créé à un moment des émotions antagonistes, comme je le disais tout à l'heure, les émotions c'est normal qu'elles nous traversent, et bien que ces émotions n'aient pas pris le dessus et que... la relation est continuée d'une autre manière, mais qu'elle est continuée, au bénéfice des enfants et à notre bénéfice à nous aussi, puisqu'on se voit de loin évoluer, etc., c'est une réussite. Et donc, même dans cet échec qui semble absolu et ne pas pouvoir générer de réussite ou de choses positives, il peut y avoir du positif. Et donc, voilà, moi j'ai appris tout ça. dans cette mésaventure, dans ce moment tragique de la relation que j'ai pu avoir avec l'amant de mes enfants. Mais ça montre aussi que l'amour, c'est bien plus complexe que ça en a l'air et que ça ne se limite pas à une capacité à vivre avec quelqu'un. On peut aimer quelqu'un et ne pas pouvoir vivre avec cette personne.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et ça, il faut pouvoir aussi l'assumer, il faut pouvoir le dire. Et pour ça, il faut sans doute le vivre. Et donc moi, je le vis.
- Speaker #0
Moi je dis souvent, ça va vous plaire, mais je dis souvent que la séparation c'est comme l'accouchement. En tant qu'on ne l'a pas vécu, on ne sait pas ce que c'est. C'est quelque chose qu'on peut partager les hommes et les femmes. Exactement,
- Speaker #1
l'accouchement c'est plus compliqué.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'en fait, moi j'ai été maman célibataire aussi, et je pense que c'est vraiment quelque chose où il y a du deuil, de la colère, il y a aussi, on puise beaucoup beaucoup de choses et on peut, vous l'avez très bien dit, on peut le transformer en amour, on peut le transformer en paix, quelle que soit la situation, qu'elle soit douce, violente, que ce soit la faute, c'est toujours un peu, c'est jamais la faute. faute de quelqu'un. C'est un vrai travail sur soi. Moi, j'ai l'impression qu'on apprend aussi énormément quand on est parent par ce passage. Alors, je souhaite à personne de le vivre, mais c'est vrai que c'est un passage, en fait, assez... Ça fait monter un peu en mission de vie, pour le coup. Oui,
- Speaker #1
oui. Je pense que les enfants aident énormément dans ce genre de situation, mais c'est typiquement le genre de situation où le titre de mon bouquin a une vraie validité, c'est-à-dire que... L'amour, quand tout va bien, et quand on est en osmose parfaite avec quelqu'un, et que tous les ingrédients sont là, pas un grand mérite. C'est bien, pas un grand mérite.
- Speaker #0
C'est facile.
- Speaker #1
L'amour, et exprimer l'amour, malgré les circonstances, la peur, et les émotions qui vont avec ces circonstances, la peur, etc. Ça, c'est quelque chose de plus compliqué. Et donc, l'appel que je lance, moi, finalement... C'est de comprendre que l'amour, c'est un principe directeur de l'univers, et c'est quelque chose qu'on a en nous et qu'on ne s'explique pas. Et d'ailleurs, on s'en rend très bien compte les uns les autres, c'est-à-dire que l'amour, il n'a pas à justifier. Si quelqu'un vous dit qu'il a peur, vous allez lui demander pourquoi il a peur. Si quelqu'un vous dit qu'il est joyeux, vous allez lui demander pourquoi il est joyeux. Triste, c'est pareil. Si quelqu'un vous dit qu'il est amoureux, jamais vous allez lui demander pourquoi il est amoureux. Cette question n'a pas de sens, en fait. Cette question de personne, elle ne viendrait à l'esprit de personne. Parce qu'on est fait pour ça. On est fait pour aimer. Vous pourrez demander à quelqu'un pourquoi il est amoureux de telle ou telle personne. Mais le fait d'aimer, c'est quelque chose qui est au fond de nous et qui va s'exprimer à partir du moment où on va se débarrasser de ce qui le masque, de ce qui l'empêche et de ce qui le gêne. Donc l'amour, on n'a pas besoin de le convoquer. Il est là, il faut juste lui laisser de la place. Et donc, ça, ce n'est pas facile. Mais déjà, quand on en prend conscience, ça aide à trouver en soi les ressources pour à chaque fois avoir ses arbitrages. dans le monde des idées, dans le monde des émotions et des idées, et faire le choix de ce qu'on va concrétiser en action.
- Speaker #0
C'est vrai, merci pour ce partage. Alors vous dites, la mort n'est pas le néant. Pour vous, qu'est-ce que c'est la mort ? On a l'impression que vous avez quand même une relation, mais on en a déjà parlé plusieurs fois. Vous avez vécu une expérience forte avec la mort. Pour vous, qu'est-ce que ça représente la mort ?
- Speaker #1
Alors je ne suis jamais mort. Et je dis ça, ça pourrait être une bague, mais il y a des gens qui sont morts. qui ont eu des EMI en vous lisant je me suis dit vous avez un truc avec la mort dans ce que j'ai fait à la télévision j'ai fait une série documentaire qui s'appelait En Immersion et on a fait une immersion sur la fin de vie et c'est vrai que ça a été le principe des immersions c'est qu'on passait alors là en l'occurrence on a tourné sur un an et demi régulièrement on allait voir des gens qui étaient en fin de vie parce qu'ils étaient très malades ceux qui étaient en France pour la plupart ils n'avaient pas le choix de décidé du moment où vous allez mourir, mais on a aussi suivi des gens à l'étranger et notamment en Suisse, où on a accompagné une dame jusqu'au moment où elle a décidé de faire son suicide assisté, etc. Donc effectivement, cette expérience professionnelle a été extrêmement forte émotionnellement, elle m'a appris plein de choses, et ça m'a confronté effectivement à cet horizon qu'est la mort. Mais je disais tout à l'heure que l'étude d'état physique, elle aide. à prendre la distance avec la mort, tout simplement parce que le néant, c'est un non-concept. Il n'y a pas de néant. Il n'y a que de l'existence. Il n'y a que de l'existence sous différentes formes. Mais c'est comme l'horizon que vous voyez quand vous regardez la mer, vous voyez l'horizon, il y a quelque chose derrière l'horizon. Vous ne voyez pas ce que c'est, mais ce n'est pas le néant. Il y a la mer, l'océan continu, il y a des continents, il y a autre chose derrière. La particularité, c'est que quand on est en vie, on n'arrive pas ou très peu à voir ce qu'il y a derrière l'horizon. Mais il y a quelque chose. Parce que le néant, c'est quelque chose qui ne peut pas servir de base de réflexion à quoi que ce soit. Parce que le néant est infertile. Si on existe, c'est qu'il y a toujours existé quelque chose. Et le travail du métaphysicien, c'est d'essayer de trouver cet état premier dans lequel se trouvait l'existence avant l'espace et le temps. qui nous a fait émerger. Et donc, quand on sait ça, eh bien, on sait que la mort, c'est un autre état d'existence que la vie, mais ça n'est pas la fin de l'existence, puisque l'existence n'a pas de fin.
- Speaker #0
Merci, c'est très joliment dit. Si la métaphysique du livre devait tenir en une phrase à transmettre à un enfant, à un proche, en souffrance, quelle serait-elle ?
- Speaker #1
En une phrase, ce que je... Le fait de vivre, il y a quelque chose qui est en dessous, qui sous-tend la vie, c'est le fait d'exister. Et dans l'existence, il n'y a pas de début, il n'y a pas de fin, il n'y a pas de changement d'état. En tout cas, une partie de l'existence est un changement d'état, mais il y a une partie de l'existence qui n'est pas un changement d'état. Et que la paix, l'harmonie et l'équilibre font partie du fait d'exister. Et donc... Il faut relativiser. Il faut pouvoir relativiser ce que l'on vit. Il faut en tirer des conséquences, évidemment. Il faut réagir. On ne peut pas accepter... Ou il faut un très grand niveau de sagesse pour accepter des choses extrêmement dures sans résister. Moi, je suis en train de découvrir le Tao. Le Tao te dit... C'est la loi de la non-résistance. C'est accepte ce qui est. l'univers se chargera du reste. On n'en est pas là. Mais il ne faut pas prendre comme quelque chose d'absolu ce qui est relatif. Il y a des choses qui sont relatives et il ne faut pas les rendre absolues parce qu'effectivement, à ce moment-là, on en vient à prendre des décisions qui ne sont pas les bonnes décisions. Quelqu'un qui, par exemple, va connaître une rupture amoureuse et qui va rendre cette rupture amoureuse absolue dans sa vie, il va peut-être faire des choix et des actions. qui sont des actions qui n'ont pas lieu d'être s'il prend un peu de recul et il se rend compte que, oui, c'est un événement douloureux, il faut en tirer des conclusions, mais attention, ce n'est pas toute la vie, ce n'est pas l'absolu de la vie. Et ça, c'est quelque chose qu'on a parfois du mal à faire, parce qu'on a tendance à prendre ce qui nous arrive comme des choses qui sont indépassables et qui sont absolues alors qu'elles sont relatives.
- Speaker #0
On a accueilli beaucoup de témoignages. la mort d'un enfant, enfin vraiment Olivier Gouin. Et en fait, c'est vrai qu'on voit que l'amour renaît toujours, même dans l'impossible et même quand on pense. Et l'être humain a cette force incroyable, c'est ça qui est magnifique. Vous, quel est le moment le plus dur de votre vie ? Où vraiment vous avez mis du temps à vous en remettre ?
- Speaker #1
J'ai eu la chance de ne pas avoir vécu de drame absolu. Alors j'ai perdu le... frère de la mère de mes enfants, ce qui a été évidemment très dur, mais je ne peux pas mettre à la place de la maman, la sœur, le frère, etc. Non, des moments difficiles, il y a le moment évidemment où ces parents de la mère de mes enfants, j'ai dû annoncer à mes enfants qu'on se séparait, ça a été un moment extrêmement dur. Mais c'est quelque chose que j'ai assumé, que j'ai fait, je les ai rassemblés dans une chambre, ils n'étaient pas très grands, petits même. Et il a fallu le faire, donc je l'ai fait. C'était un moment qui était compliqué, mais ça allait dans la démarche d'assumer cette décision et finalement de l'expliquer au maximum. Et d'expliquer ce que ça allait changer et ce que ça n'allait pas changer surtout.
- Speaker #0
Et la télévision, un moment où vraiment vous étiez un peu sans voix et ça a été quand même dur de rester impartial ?
- Speaker #1
Non, les moments les plus forts émotionnellement que j'ai vécu à la télévision, c'est dans mes reportages.
- Speaker #0
Au contact des gens.
- Speaker #1
Au contact des gens.
- Speaker #0
Quand il y a les regards.
- Speaker #1
Donc ce n'est pas du direct et donc c'est des choses que j'ai pu gérer sans que ce soit problématique. Non, je n'ai pas eu de gros traumas d'antenne. Alors une fois, je suis arrivé au moment du générique du 20h, je n'avais ni mes fiches ni mon prompteur, donc je me demandais ce que j'allais bien pouvoir dire aux gens, mais je me suis ressaisi au moment où... J'ai commencé à parler, le compteur s'est allumé comme par magie. Donc ça aurait pu être un grand moment de solitude.
- Speaker #0
Après, je pense que c'est marrant parce que c'est un peu la hantise du journaliste. Moi, j'ai une amie journaliste, Margot de Frouville, que je salue, BFM TV Santé. Elle a commencé sa carrière, elle a fait un bit sur Canal+. Elle avait oublié de quoi elle parlait et ça a tourné. Elle était super jeune. Ça a tourné sur le petit journal, mais c'était il y a 20 ans. Et c'est comme ça qu'elle...
- Speaker #1
Il ne rate pas en plus.
- Speaker #0
Non, mais résultat, c'était hyper touchant. aujourd'hui elle est brillante, elle s'occupe de tout le post santé chez BFM et en fait les gens ont trouvé ça hyper touchant donc parfois on a l'impression que le monde va s'écrouler et en fait comme ça arrive à tout le monde de faire des bourdes personne ne nous en veut vraiment c'est marrant parce que quand vous êtes à l'antenne par exemple,
- Speaker #1
ça arrive de savonner savonner c'est à dire de mal prononcer de mal articuler un mot et bien il faut avoir une forme de distance et c'est toujours pareil en fait, c'est prendre de la distance parce que quand vous savonnez une fois sur un lancement Si vous restez là-dessus, vous allez savonner pendant tout votre journal. Donc, à un moment, c'est comme un tennisman, il fait un coup, s'il rate son coup, il faut qu'il passe à autre chose. Il ne faut pas qu'il focalise dessus. Parce que sinon, derrière, il perd son match, c'est sûr. Donc oui, il y a toujours cette notion de savoir prendre du recul.
- Speaker #0
Le mental. Pour terminer cette magnifique discussion, vous dites, nous sommes des animaux divins faits pour la relation harmonieuse. Je crois que ça résume notre discussion, votre livre, l'énergie. qu'on vient de partager. Je pense que ça peut nous laisser à méditer. Je ne sais pas ce qu'on peut vous promettre. Des conférences partout dans le monde ? C'est quoi votre... Bien évidemment, des livres et des livres et des livres.
- Speaker #1
On partage la même démarche. Et on est nombreux à partager cette démarche. Moi, je ne suis pas quelqu'un de pessimiste sur l'avenir de la planète, malgré la situation qu'on regarde, qui factuellement, aujourd'hui, est inquiétante. Mais je pense deux choses. 1. Je pense que l'humanité n'a pas terminé son évolution. On pense qu'on est passé de l'homme préhistorique à l'homme moderne et qu'on a fini notre évolution. Non, il nous reste à accoucher de l'être humain, l'homme et la femme sages, et la sagesse est justement la voie de la philosophie. Et donc, je pense que ce qu'il nous reste à acquérir pour être des êtres humains dans leur plein potentiel, c'est un certain nombre de compréhensions. Et de compréhensions mises en acte, évidemment. Il ne faut pas faire comme... Certains penseurs qui mettent des choses brillantes à l'étude et qui font l'inverse. Donc il faut qu'on... On met en œuvre cette connaissance pour atteindre ce niveau d'être humain avec son plein potentiel et véritable. Et je pense que les graines que nous semons, alors moi avec mes bouquins, vous avec votre chaîne, d'autres façons, en faisant des thérapies, en soignant des gens, en prenant soin des gens, en échangeant avec des gens, je pense que ces graines que l'on sème, elles vont, comme ça s'est passé pour moi, je le disais tout à l'heure dans ma vie, elles vont germer. dans la vie d'autres et dans la vie de nos descendants et de nos enfants. Et moi, je forme le vœu que les enfants ou les petits-enfants de mes enfants, qui sont aujourd'hui adolescents, ils verront le monde de façon complètement différente de celle qui nous guide aujourd'hui. Je forme le vœu qu'ils soient moins otages de leur peur et qu'ils expriment davantage leur amour. Et je pense qu'on est, à certains égards, dans la bonne direction. La préoccupation écologique, par exemple, c'est la prise en compte d'une dimension matricielle de la nature qui n'est pas qu'un réservoir. dans lequel on peut se servir et puiser, mais qui est un écrin qui justifie une interaction avec elle. Eh bien, je pense qu'on sera beaucoup plus comme ça dans quelques années, quelques décennies, et que finalement, ce que je me souhaite, ce que je nous souhaite à tous, c'est qu'on continue cette évolution et qu'on devienne les êtres humains sages, qu'on est appelés à être, qui est notre raison d'être.
- Speaker #0
Exactement. Moi, je suis complètement d'accord avec vous, et c'est drôle parce que je suis une optimiste, moi, toujours, je vois toujours le... le côté positif des choses. Et en fait, c'est drôle, c'est comme si l'arrivée de l'IA qui tétanise beaucoup de gens, en fait, moi en tout cas, c'est comme si je ressentais que justement maintenant, il va y avoir deux mondes. Il va y avoir évidemment l'automatisation, les robots, une autre manière. Il faut évidemment s'y mettre. C'est comme le téléphone, comme Internet, il faut y aller. Et de l'autre côté, qu'est-ce qui va rester ? L'émotion, l'amour, l'authenticité. Et ça, so far, quand même, même le robot le plus puissant du monde ne l'enlèvera pas. Et je pense que c'est aussi ça, vous avez raison. En fait, il y a une autre, et on le voit. et moi je le vois, c'est mission de vie je vois tellement de gens autour de moi et c'est vrai qu'à force d'interviewer les gens, en fait on dit tous la même chose, il faut oser dire qu'on aime, oser dire qu'il y a des moments en fait on a besoin d'aide et en fait c'est dingue le pouvoir du collectif et le pouvoir de l'amour personne ne peut rien faire contre ma grand-mère m'a toujours appris qu'il y avait les forces du mal et les forces de la lumière et en fait on se rend compte que quand on regarde à la lumière on est quand même sacré armé et quand on se met tous les uns à côté des autres on est bien plus fort que l'obscurité
- Speaker #1
Ouais Il faut arrêter d'être fasciné par ce qui ne marche pas bien, ce qui ne va pas bien, par les conflits, et se projeter vers toute la bonté qu'il y a aussi, qui existe et qui est là, et qu'on méprise un petit peu aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci Harry, en tout cas, pour ce témoignage. J'espère vous recevoir prochainement pour le prochain livre ou une autre actualité.
- Speaker #1
Allez !
- Speaker #0
Merci beaucoup !
- Speaker #1
Vendu ! Si tu as aimé ce podcast,
- Speaker #0
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