- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Mon invité d'aujourd'hui s'appelle Karim Mamesh, mais dans la rue, on l'appelait Bilka, le verlan de Kabyle. Pendant 20 ans, il a fait partie de la BAC 18 à la Goutte d'Or. Le terrain, la nuit, les descentes, les interpellations. Une vie entière passée après qui les autres. Puis, un matin de juin 2019, à 6h du matin, 9 policiers frappent à sa porte. Perquisition, menottes, garde à vue. En quelques heures, celui qui arrêtait devient celui qu'on accuse. 18 chefs d'inculpation, trafic de suppléfiants, corruption, blanchiment, association de malfaiteurs. Une chute brutale, violente, presque irréelle. Karim passe deux ans en prison. A cacher qu'il est policier d'abord pour survivre, à regarder son identité entière s'effondrer. Puis, une autre vérité apparaît. Derrière l'affaire, il y a des rivalités internes, les jeux de pouvoir, les zones grises des informateurs et surtout la dénonciation d'un majeur qui voulait sa place. Il sortira finalement lavé par la justice. Mais comment ressort-on vraiment d'une histoire pareille ? Comment retrompt-on une vie normale quand on a perdu son métier, sa réputation, ses repères et parfois même une partie de soi ? Aujourd'hui... Ce n'est pas seulement l'histoire d'un ancien policier que vous allez entendre, c'est le récit d'un homme qui a vu les deux côtés du système, la lumière et l'ombre. Cher Karim, bienvenue chez Cerveau Puissant.
- Speaker #1
Bonjour, merci de me recevoir.
- Speaker #0
On est ravis de vous avoir. On va parler de cette histoire assez hallucinante. Alors, on commence toujours dans la manière de Cerveau Puissant par une citation qui vous tient à cœur. Je sais que vous en avez une, est-ce que vous pouvez me la partager ?
- Speaker #1
Bien sûr. Je dirais que... le mensonge prend l'ascenseur et la vérité prend les escaliers. Voilà.
- Speaker #0
C'est vrai que ça illustre parfaitement bien votre histoire. Est-ce que vous pouvez nous faire un petit rappel, un petit résumé de ce qui vous est arrivé et de pourquoi cette expression vous tient à cœur ?
- Speaker #1
Alors, un petit résumé de ce qui m'est arrivé, c'est une injustice dont je n'ai pas de mots pour la qualifier. Tout allait bien dans ma vie, que ce soit professionnel, personnel, avec mes amis, jusqu'au 11 juin 2019 où ma vie a basculé et cet enfer a commencé. J'ai été accusé par un collègue de mon groupe, dont j'étais le chef, d'avoir subtilisé un kilo de cocaïne. Et l'avoir remplacé par un kilo de pâte de date. Et c'est ce qui a fait que la police des polices ont commencé leurs investigations pendant plus d'un an.
- Speaker #0
Donc en fait, au début, c'est des rumeurs. On colporte des rumeurs sur vous. Et puis finalement, ces rumeurs nous ont amené jusqu'à une condamnation terrible. Et on va en reparler. Mais il y avait finalement, sur cette histoire de Kyl Kokaini, il n'y a jamais eu la moindre preuve.
- Speaker #1
Absolument. pas. Et c'est une affaire qui avait été apportée par des informateurs et on avait l'aval de la hiérarchie puisque lors de cette affaire, ils étaient présents avec nous. Donc, elle n'a jamais existé, cette cocaïne et cet échange non plus.
- Speaker #0
Alors, on va revenir aux prémices. D'abord, qu'est-ce que ça fait d'être le seul policier cabile de la BAC 18 ? Est-ce que ça, on peut en parler ?
- Speaker #1
Écoutez, moi, à l'époque, je me sentais comme tout le monde.
- Speaker #0
Moi, je vous pose la question parce que ça vous a créé votre surnom. Sinon, je ne vous poserai pas la question.
- Speaker #1
Très bien. Alors, il faut savoir que c'est les jeunes du quartier qui m'ont donné ce surnom-là. C'est-à-dire que, bien sûr, pour se livrer à leur trafic, leur petit larcin quotidien, ils étaient constamment en train de... de chercher à savoir quel groupe de bac travaillait. Et comme mon groupe à moi était quand même pas le meilleur groupe, tout le monde est meilleur à la BAC, mais celui qui faisait des affaires où il y avait de la quantité de produits stupéfiants, ou d'autres d'ailleurs, alors les jeunes disaient, attention, c'est l'équipe du Bilka aujourd'hui, donc ils faisaient un peu plus attention.
- Speaker #0
Parce que vous étiez considéré comme... On a compris, tout le monde est très bon, mais vous étiez donc considéré comme un très bon. C'était quoi vos qualités en tant que policier à la BAC ?
- Speaker #1
Je ne sais pas quelles étaient mes qualités. En tout cas, c'est que je ne lâchais pas le morceau. Quand je patrouillais, je leur disais, ce n'est pas quand vous me voyez qu'il faut vous inquiéter. C'est quand vous ne me voyez pas. Et bien sûr, ils étaient en train de regarder sous les toits, sous les bagnoles, dans les immeubles, etc. Donc il y a un mythe qui s'est créé autour de tout ça.
- Speaker #0
Vous étiez très réputé comme chef de la BAC.
- Speaker #1
Oui, parce que je me déguisais beaucoup. Je n'hésitais pas à me cacher dans les poubelles. Je n'hésitais pas à intervenir avec ma fourgonnette personnelle pour les induire en erreur, pour pouvoir les interpeller. Voilà, en se déguisant beaucoup de... Beaucoup de personnages, soit en agent RATP. Ça m'arrivait de faire l'aveugle aussi, j'avais...
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Il y a vraiment des subterfuges très... Quelle est la qualité première qu'on doit avoir quand on s'occupe de ce genre de... Enfin, quand on est policier pour la BAC ?
- Speaker #1
Moi, je dirais qu'il faut avoir l'œil.
- Speaker #0
Et une certaine inventivité, finalement, parce qu'il faut toujours avoir... En fait, non, il faut toujours être... Enfin, une étape... En avance, quoi, de se dire comment, justement, à quoi ils ne vont pas s'attendre, en fait.
- Speaker #1
Je dirais qu'avant le plan B, il faut toujours avoir le plan C là-bas.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Il faut une analyse, en fait, ultra puissante, quand même, de option A, option B, ça déraille, ça dérape. Option C, comment on fait. Et en fait, parce que eux aussi, on va dire les malfaiteurs, ils sont aussi assez inventifs.
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr, ils sont super inventifs. Moi, j'ai vu des gens qui trafiquaient, et pour pouvoir communiquer entre eux, ils avaient des babyphones. Donc, ce n'est pas des trucs qui sont interceptables. À force d'entendre, fais gaffe que ton téléphone ne soit pas sur écoute, ils innovaient, ils n'utilisaient pas leur téléphone, ils prenaient des babyphones. Et c'est un marché, c'est un marché.
- Speaker #0
Oui, c'est super inventif.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'il y a d'autre comme anecdote surprenante où vous vous êtes dit, tiens, en plus des Bivyphone qui vous est arrivé dans votre carrière ?
- Speaker #1
On travaille beaucoup avec des informateurs, donc il n'y avait pas de surprise. Quand ils innovaient quelque chose, il y avait toujours un informateur qui nous donnait la solution. Voilà, à chaque fois qu'il y avait... du nouveau dans leur façon de faire. On avait toujours un loup dans la bergerie et puis c'était facile.
- Speaker #0
Donc on peut dire qu'aujourd'hui, la police fait bien son travail et qu'on est bien informés et qu'en tout cas, les équipes sont ultra performantes sur la gestion des réseaux de drogue. Oui,
- Speaker #1
oui, oui. En tout cas, moi, je dirais qu'il y a énormément de policiers corrects qui font correctement leur travail. qui gèrent leurs informateurs comme il se doit, puisque maintenant, je vais parler pour la BAC 18, depuis mon affaire à moi, ils ont le droit de travailler avec des informateurs qui peuvent référencer et rémunérer, chose qu'on ne pouvait pas faire avant. Et maintenant, la condition, c'est d'aller en stage, voir comment on gère les sources.
- Speaker #0
Donc n'importe qui maintenant peut être informateur pour la police, c'est ça pour la BAC 18 ?
- Speaker #1
Pour la BAC 18, tout le monde peut travailler pour la BAC 18.
- Speaker #0
Alors justement, on va en parler. À 6h du matin, il y a 9 policiers qui arrivent à votre porte. Et là, c'est le moment de bascule pour vous. Donc vous êtes, on l'a compris, un policier épanoui, ultra performant, respecté de tous. Et là, vous êtes embarqué devant vos enfants. Maëline, votre fille, a 4 mois. Et on vous accuse notamment de gérer un réseau d'informateurs, cette histoire de cocaïne. On vous accuse aussi d'avoir volé 1200 euros. Il y a une histoire avec une vidéo de 20 000 euros et une Rolex. Et évidemment, de travailler avec des informateurs non référencés. Mais ce qui est le cas de tout le monde à la BAC 18. Vous n'êtes absolument pas le seul et ça n'est pas une exception.
- Speaker #1
Je ne dirais même pas pour la BAC 18, c'est que c'est un secret de polychinelle. Toute la police travaille avec des informateurs. Sinon, ils ne pourraient pas faire toutes ces affaires de qualité qu'ils font. Et puis, ça a toujours existé, je n'ai rien inventé. Moi, le travail avec les informateurs, il m'a été enseigné par mes pères. Moi, quand je suis arrivé, je n'avais aucune... aucune idée de ce qu'était un informateur.
- Speaker #0
Même moi qui ne suis pas de la police, je pense qu'on le voit dans tous les films, on a toujours su qu'il y avait des informateurs. Non mais je veux dire, c'est vrai que je pense que pour tous les non-spécialistes comme moi, il n'y a rien de très choquant.
- Speaker #1
Écoutez, toute ma carrière, on m'a appris à travailler avec des informateurs. Le seul moment où on m'a dit que ce n'était pas bien, c'est au tribunal. La seule fois qu'on m'a dit que travailler avec des informateurs c'était interdit, moi je l'ai découvert au tribunal.
- Speaker #0
Donc là, on vous arrête. Quel est votre premier sentiment ? Et qu'est-ce qui se passe dans votre tête ?
- Speaker #1
Mon premier sentiment, c'est que je me dis qu'il y a une erreur. On sonne à ma porte, j'ouvre la porte, je comprends un petit peu ce qui se passe. La directrice d'enquête va tout de suite me présenter la juge d'instruction qui était sur place. Et là, je me dis, ce n'est pas terrible ce qui arrive là, parce que des perquisitions, j'en ai fait. Je ne pourrais pas vous dire le nombre de perquisitions que j'ai faites, mais je ne les ai jamais faites avec un juge d'instruction sur place. Généralement, le juge d'instruction ordonne, mais les soldats vont faire. Et puis là, c'est une juge d'instruction très active qui va tout de suite me lire les chefs d'inculpation, qui va commencer à perquisitionner. Elle va aller dans le frigidaire, dans la poubelle. Elle va regarder un petit peu partout. Ce n'est pas son rôle de faire tout ça. Donc, on lui avait vendu ce Bilka comme un Pablo Escobar. Elle était persuadée, je pense qu'elle pensait trouver...
- Speaker #0
Mais combien ça vaut aujourd'hui un kilo de cocaïne ? Parce que c'est pas non plus... Enfin, je sais que c'est beaucoup, mais comme vous dites,
- Speaker #1
c'est pas... Moi, j'en achète pas de la cocaïne, Bernay.
- Speaker #0
Combien ça se deal ?
- Speaker #1
Entre 30 et 40 000 euros à peu près. Après, il y a différentes qualités.
- Speaker #0
C'est des faits extrêmement graves qui vont se reprocher, mais ce n'est pas vous qui avez braqué le loup.
- Speaker #1
Ah non, pas du tout.
- Speaker #0
Mais donc là, vous vous trouvez dans une procédure ultra lourde. Vous comprenez que ce n'est pas du tout une plaisanterie. Et donc, comment vous...
- Speaker #1
Je leur dis, je leur dis, vous devez vous tromper. Vous êtes sûr que c'est moi que vous cherchez ? Karim Mamej, vous êtes sûr que c'est moi ? Et là, on me dit, oui, oui, c'est vous. Alors, je deviens tout de suite, je redeviens protocolaire. Je leur propose de remettre mon arme.
- Speaker #0
On vous met les menottes ?
- Speaker #1
Non, jamais.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que vous sentez qu'il y a quand même un certain respect en tant que policier ou au contraire, vous sentez que vous êtes traité comme...
- Speaker #1
Non, je vais vous donner une petite anecdote où on voit qu'il n'y a plus de respect du tout. Il y avait ma fille dont vous avez parlé il y a quelques secondes qui était sur le lit, sur notre lit conjugal. Elle était posée, elle chouinait un petit peu puisque...
- Speaker #0
Elle a peur qu'il y ait des bolichers Césaire.
- Speaker #1
La directrice d'enquête ne trouvant pas d'argent au rez-de-chaussée, puisque j'ai une maison qui est à un niveau, et ma chambre est au premier étage. En bas, ils n'ont rien trouvé. Ils se sont dit que ça devait être dans la chambre. Elle n'a pas hésité à soulever le matelas. Et ma fille a failli tomber au sol. Donc on voit qu'on n'est plus respecté du tout. On voit qu'on devient...
- Speaker #0
Un numéro.
- Speaker #1
Même pas un numéro, on est traité comme un criminel, comme quelqu'un de pas bien. Eh oui.
- Speaker #0
Enfin même un criminel, l'enfant n'a rien à voir là-dedans.
- Speaker #1
L'enfant n'a rien à voir. Voilà, si on est quelqu'un, qu'on me retourne moi peut-être, puisque c'est moi qui ai été accusé, mais un bébé.
- Speaker #0
Alors il y a une histoire où il y a pour le coup une des rares personnes qui vous aide. C'est un policier qui vous conduit à la santé et qui fait disparaître une feuille de votre dossier pour vous protéger. C'est un des rares, j'ai l'impression dans votre récit, qui est courageux.
- Speaker #1
Ce n'est pas un des rares, en tout cas, c'est un des premiers qui a marqué ma détention. C'est-à-dire que lors de mon transfert en prison, puisque au tribunal, on m'annonce que je vais aller à la prison de la santé, et il est tard dans la nuit, je me rappelle qu'il y avait un autre détenu. que le fourgon cellulaire devait déposer à la prison de Fresnes. Donc ça faisait un gros détour. Et puis dans le fourgon cellulaire, c'est des petits boxes. On est à l'intérieur. Là, par contre, on est menottés et tout. Et puis dans le box d'à côté, il y a un jeune qui essaye de prendre contact avec moi. Il me demande, tu es d'où ? Tu es d'où ? Puis à un moment, je réponds. Je lui dis, je suis de la porte de Montreuil. Et puis là, il me dit, moi, je suis de la goutte d'or. Et là, c'est la première flamme au ventre. Je me dis, comment ça va se passer quand je vais descendre, quand il va me reconnaître ? Donc là, ça m'inquiète un petit peu. Et puis là, il y a le jeune policier. Il avait, comme je l'avais dit dans une autre émission, une sardine sur l'épaule. C'était un stagiaire qui comprend ce qui se passe et qui vient me voir pudiquement. Donc il m'ouvre la porte, j'ai un petit traitement de faveur à ce moment-là. Déjà, il ne m'avait pas serré les menottes, il me fait sortir un petit peu, la porte est ouverte. Et là, il m'explique, il me dit, voilà, sur ta fiche, il y a tout ton pédigré en gros, il y a marqué que tu es policier. Et si tu donnes cette fiche-là aux surveillants de prison, c'est eux qui vont passer l'information que tu es policier, etc. Et tu vas avoir des problèmes. Et c'est ce jeune policier. qui va m'aider à faire disparaître ma fiche pour ma tranquillité.
- Speaker #0
Pour votre tranquillité, on pourrait presque dire pour votre survie.
- Speaker #1
On m'a survie pour préserver.
- Speaker #0
C'est pas bien pour ce qui passe en prison, mais je pense qu'un policier au milieu d'autres malfaiteurs, ils ne sont pas là pour vous faire des massages du dos. Non. Donc là, on vous tend la première main. C'est quand même dans cette totale injustice et cette incompréhension, un petit signe.
- Speaker #1
Un petit rayon de soleil.
- Speaker #0
Un petit rayon de soleil, exactement. Pour justement passer du camp du protecteur au camp de l'accusé. Alors, on vous photographie, comme on photographie ton humanisateur. On vous donne un numéro.
- Speaker #1
304-484.
- Speaker #0
Et vous êtes, pendant deux ans, ce numéro.
- Speaker #1
Ce numéro.
- Speaker #0
Alors, à ce moment-là, qu'est-ce qui se passe ? Quand ça y est, vous êtes un numéro. Vous vous effondrez, vous...
- Speaker #1
Non, parce que je sais que je n'ai rien fait. Je me dis qu'il y a eu une erreur. Et puis, je m'aperçois que l'argent qu'ils cherchaient à mon domicile, ils n'en ont pas trouvé. Ils ont trouvé juste les tire-lire de mes enfants, 700 et 700 euros. Donc, sur tout ce qu'on avait dû raconter à la juge, se retrouver avec 1 400 euros, 2 fois 700 euros, c'est ridicule. Ensuite, on a été perquisitionner un... Un studio qu'on avait acquis sur la commune d'Aubervilliers, ils n'ont rien trouvé. On a été dans mon box où je stationnais ma voiture, ils n'ont rien trouvé non plus. Et on s'est retrouvé au commissariat où ils ont perquisitionné mon casier, etc. Donc toujours rien. Donc j'étais confiant, je me suis dit qu'ils n'ont rien trouvé, ils essaient de me faire peur. Et puis ça va s'arrêter. Et là on me conduit à ma cellule. Là, je découvre la prison parce que je m'aperçois que c'est comme à la télévision. On voit les portes des cellules et puis il y a un gros creux en milieu, etc. J'essaie d'engager la discussion avec le surveillant qui m'escorte pour essayer d'avoir quelques informations. Il est très protocolaire. Il ne me répond pas. Il m'emmène à ma cellule. Et puis là, il me fait rentrer dans la cellule. Ce que les gens appellent le choc carcéral, c'est quand la porte se referme et qu'on entend les trois coups de clé. Là, c'est pas une blague. Alors du coup, à l'intérieur de la cellule, je panique un petit peu. Mon réflexe est d'allumer la télévision. Et puis là, je vois que je suis en boucle sur BFM. Donc je coupe tout de suite. je m'approche de la fenêtre pour voir un petit peu quel est le paysage. Et là, je vous laisse imaginer le paysage qu'on voit à la santé. C'est des murs très, très vieux. Et puis là, j'entends mon nom de partout. Ça insulte de tous les côtés. « Bilka, t'es où ? T'es avec nous ? » En fait, ils étaient au courant de par la télévision que j'avais été mis en détention à la pouvant de la santé. Oui,
- Speaker #0
le visage passe à la télé. Donc, en fait...
- Speaker #1
Et puis moi, comme j'ai travaillé sur le 18e, il y a énormément de gens de l'Est parisien, 18e, 19e, 20e. Donc après 20 ans de bac quand même, j'étais assez connu, donc on criait mon nom. Et puis là, je me cache sous le coussin, comme font les enfants. Je ne veux plus entendre tout ça. J'ai mal au ventre, je suis en panique. Et donc je me cache, je me cache sous mon oreiller, je reprends mes esprits, et puis là je prends une douche. J'essaye de me laver de tout ça. Et puis là, j'essaie de me calmer dans la douche, comme si j'essayais de me nettoyer de toutes ces accusations. Bon, ça a marché un petit peu. Mais le lendemain matin, j'ai vite été rappelé à la réalité.
- Speaker #0
Alors, le lendemain matin, on raccourcit, mais ensuite, vous arrivez devant la procédure de justice continue.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Où on vous désigne une avocate.
- Speaker #1
Non, alors déjà, je suis reçu par la chaîne de détention qui me demande de ne pas... pas dire ma fonction. Elle va me demander de mentir. Elle va me dire, vous allez aller en promenade, il y a plein de gens qui vont vous demander qu'est-ce que vous avez fait, il va falloir vous inventer une vie. On va vous mettre dans un bâtiment protégé. C'est le bâtiment que les gens appellent les VIP, mais c'est absolument pas VIP. C'est un bâtiment qui s'appelle les vulnérables. Donc, quand elle me dit ça, je passe à l'étage des vulnérables. J'ai ma nouvelle cellule, la cellule 14, et là, j'ouvre la fenêtre. Et là, on a un gros pic au ventre encore. C'est que la promenade que je vois en face de moi, je reconnais tous les gens de Barbès. Plein de têtes que je connais, des gens que j'ai envoyés récemment en prison, etc. Et je me dis, mais comment je vais faire ? Je vais me faire écraser. Ils vont me broyer. Et quelques minutes après, la porte s'ouvre et on me dit, Mamèche, promenade. Je réfléchis, je me dis, si veille, quand il faut y aller, il faut y aller. Et puis là, je descends, et je me retrouve dans une autre promenade. Ce n'est pas celle que j'avais eue par la fenêtre. Et là, je me retrouve dans une promenade paisible. Je vois des gens qui sont en train de lire, des gens qui font un peu de sport, des gens qui tournent en rond. Je vais aller me mettre sur un petit banc en béton. Et je vais être rapproché par un jeune garçon qui était là pour un braquage de fourgon cellulaire. Et puis on va commencer à tourner ensemble. Alors moi, bien évidemment, je vais lui mentir.
- Speaker #0
C'est Quentin ?
- Speaker #1
Non, non, ça c'est après. Ça c'est un autre. Quentin, il va arriver quelques jours après. Quentin, c'est mon collègue de Pantin avec qui... Avec qui il va y avoir quelque chose de magique, parce qu'il va devenir mon ami de cœur, je vais lui mentir pendant neuf mois, je vais être dans le revers. En fait,
- Speaker #0
de manière pour votre inconsécration, vous mentez sur votre identité à tout le monde.
- Speaker #1
Ce qui est marrant avec Quentin, c'est que pendant neuf mois, je vais lui mentir, or que lui va me dire la vérité, va me dire moi je suis policier, il ne le casse à personne, et puis il va me raconter des actions de police et moi je vais faire semblant de... de ne pas connaître tout ce monde policier. Je vais lui dire, ça se passe comme ça et tout. Puis neuf mois après, il est tellement gentil, tellement correct. Et je vais lui dire un jour, le Bilka dont tout le monde parle, c'est moi. Parce qu'en fait, je ne pouvais plus me dissimuler parce que les fenêtres des arrivants donnaient sur notre promenade à nous. Donc dès que les gens du 18e arrivaient, ils disaient, il est où Bilka ? Puis moi, je... Pour me dissimuler, j'avais laissé pousser ma barbe. On arrivait à peu près là. J'avais les cheveux comme ça. Donc, de loin, ça allait. Mais dès que je m'approchais des fenêtres, j'étais reconnu. Puis à un moment, il me dit, mais tout le monde, tu dois ressembler à ce Bilka. Parce qu'à chaque fois qu'il y a des nouveaux arrivants, on t'interpelle. Et là, je vais lui dire que c'est moi le Bilka.
- Speaker #0
Est-ce que c'est vrai que dans votre profession, de manière, vous étiez habitué à mentir tout le temps ? Enfin, à dissimuler qui vous étiez.
- Speaker #1
À ruser. pas mentir, à ruser. Voilà, pour obtenir des informations, il fallait ruser. Après, moi, je ne mentais pas aux informateurs. D'ailleurs, à ce jour, je m'entends très bien avec eux, parce que je leur disais s'il y a un 1% de risque pour vous, on ne fait pas l'affaire. Or, que ma hiérarchie, pour faire des affaires, elle disait si, on le fait quand même, on verra. Et puis, tant pis pour lui. Et moi, je ne voulais pas le faire.
- Speaker #0
Alors ça, c'est un sujet parce qu'on en a parlé quand vous êtes arrivés. Bon, évidemment, cette affaire est une injustice. On va continuer à dérouler pour expliquer à quel point... Et en fait, vous vous dites que c'est terrible parce qu'en fait, vous, vous avez été un bâton, c'est-à-dire un numéro à abattre. Et puis, il y en a beaucoup encore en justice. Il y a des policiers qui, parfois, pour des chiffres, pour des statistiques, doivent désigner des coupables.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, ça existe en fait. Enfin, ça existe à l'époque. C'est un vrai sujet, cette politique du chiffre. En fait... pour la hiérarchie, pour obtenir le chiffre qu'ils devaient rendre à leur tour, nous mettait une pression. Et je peux comprendre les fonctionnaires de police qui ont commis des malversations justement pour faire un bâton. S'il n'y avait pas cette politique du chiffre, je pense que les policiers auraient fait leur travail. comme il se doit.
- Speaker #0
Vous êtes un bâton à abattre dans cette histoire. Quoi en vous choisit ?
- Speaker #1
Moi, j'ai été un fusible. Pour ne pas qu'il se produise ce qui s'est passé à Marseille, pour la BAC Nord, j'ai servi de fusible. Ce que je vous disais tout à l'heure, par exemple, pour BAC Nord, à un moment, Dans la voiture, quand ils discutent entre collègues, il y en a un qui exhibe un pochon contenant de la matière stupéfiante à l'intérieur et il dit à son collègue « tiens 100 » , du verbe « sentir » . Et l'IGPN, dans les retranscriptions, va retranscrire « tiens 500 » , comme s'il partageait de l'argent. Bien évidemment, ça porte à confusion. Et moi, dans mon affaire, dans les sonorisations, on arrive sur un site de trafic. Vous le verrez dans le livre, je ne vais pas tout détailler, où il y a une envolée de moineaux, et puis il y a un jeune homme de forte corpulence, à peu près 160 kg, qui lui ne part pas en courant. Donc on va le faire monter dans notre véhicule hors cadre légal, on n'avait pas le droit. Mais c'était pour obtenir des informations. Et on va commencer à le travailler dans la voiture. À un moment, je vais lui dire, le détail vous l'aurez dans le livre. C'est plus étoffé, etc. Et à un moment, je vais lui dire, le jour où je pèterai le terrain, tu auras ton rôle de guetteur. Et l'IGPN va prendre un petit bout de phrase et va le transformer. Alors, elle va prendre le « tu auras ton rôle de guetteur » et elle va le transformer par « tu auras ton hall » , comme si je lui attribuais un site de trafic. Et là, bien évidemment... On passe de policier à trafiquant quand c'est écrit comme ça. Et ça, ça va faire couler beaucoup d'angles dans les médias. Je vais être énormément questionné au tribunal. Et vous verrez dans le livre, encore une fois, il y a la réponse. Parce que j'ai un collègue qui va dire à cette personne, « Mais pourquoi tu ne prends pas l'assurance ? » Et il va dire, « C'est quoi l'assurance ? » Il va dire, « Demande à Karim et moi je vais répondre. » Je vais dire, tu me balances un ou deux mecs de temps en temps, et moi, je tourne la tête quand je passe. Je ne lui ai pas dit, tu me donnes de l'argent. Je ne lui ai pas dit, tu me donnes de la drogue. Je lui ai dit, tu me balances un mec, c'est pour les besoins du service. C'est pour faire des affaires, pas pour un enrichissement personnel.
- Speaker #0
Mais surtout, à nouveau, c'est assez fréquent, les négociations.
- Speaker #1
Ça fait partie du job.
- Speaker #0
Je veux dire, c'est comme quand on veut libérer des... Des otages, de l'autre côté, c'est donnant-donnant.
- Speaker #1
Je n'ai jamais libéré d'otages. Non, mais en tout cas, c'est... La métaphore, elle est...
- Speaker #0
Non, mais dans les négociations, parfois, pour libérer un... Je suis journaliste sur le terrain, il faut en libérer... Il faut libérer des...
- Speaker #1
On va tout dire à mon niveau, pour faire un kilo, on laissait quelqu'un trafiquer 10, 20 grammes. Voilà, 100 grammes. Voilà, c'est un peu ce que vous dites.
- Speaker #0
Donc, vous êtes condamné.
- Speaker #1
Alors en premier instant, je suis condamné à 8 ans de prison ferme. Mon adjoint Aaron, lui, a 4 ans. Et les autres ont des petites peines, 18 mois, 9 mois, etc. Et moi et mon adjoint, on prend 4 et 8 mois ferme.
- Speaker #0
Et donc vous avez un ami, Max, qui est votre collègue, depuis 20 ans. Et vous l'avez aidé quand il était dans une mauvaise passe, il avait voulu suicider. Vous avez couvert pas mal de sa vie privée pour le protéger. Alors lui, à aucun moment, il intervient pour vous défendre, parce que vous pouvez nous en...
- Speaker #1
Alors Max, à chaque fois que la porte du tribunal s'est ouverte, j'ai espéré qu'il rentre, le voir arriver, pour qu'il dise, on arrête tout ça. Toutes ces histoires d'enveloppes, ça n'a pas existé. Cette histoire dont vous parliez tout à l'heure de 20 000 euros de Rolex, etc., ça n'a jamais existé. C'est des informateurs avec qui ça n'allait plus, comme je ne les laissais plus travailler librement. Ils ont été recrutés par les stups. Et sur mon terrain, il faisait un petit... Enfin, sur mon terrain, entre guillemets, sur mon...
- Speaker #0
Sur mon site de travail, ils faisaient un petit peu ce qu'ils voulaient, du fait qu'ils travaillaient avec les stups. Donc ils ont inventé cette histoire de remise d'enveloppe, de Rolex, etc. Ils ont dit qu'ils avaient une vidéo. Alors quand l'affaire va prendre de l'ampleur, on va leur dire à ce stade, il va falloir nous fournir la vidéo. Alors un jour, ils vont répondre qu'elle est dans un coffre. Un jour, ils vont répondre qu'elle est chez un avocat. Un jour, ils vont répondre qu'elle est chez un collègue des stups.
- Speaker #1
Parce que ce qui est hallucinant, c'est que de tous les faits d'accusation, il n'y a aucune preuve.
- Speaker #0
Rien.
- Speaker #1
Mais comment vous pouvez être condamné sans preuve ? Et deuxième question, pourquoi Max n'apparaît pas alors que lui, c'est la vérité ?
- Speaker #0
Je n'ai pas la réponse pour Max.
- Speaker #1
Après, vous le croisez plus tard, quand vous sortez de prison.
- Speaker #0
Et c'est lui qui va me révéler les coulisses de ce qui s'est passé. En fait, à ma sortie de prison, je... Je ne retrouvais plus mon permis de conduire. Je me suis dit d'être resté dans mon casier au commissariat. Je me suis rapproché du 18e arrondissement. Je n'ai pas retrouvé mon permis. J'ai été faire des photos chez un commerçant du commissariat, une cinquantaine de mètres, qu'on connaît. En allant prendre son service, Max va me voir contre le mur blanc, en train de prendre ces photos-là. Il va marquer un arrêt et il va revenir en arrière. Et là, bien sûr, il y a quelque chose de très fort qui va se passer parce que d'habitude, après j'ai été 20 ans sous ses ordres, il a assisté à la naissance de mes enfants, j'ai assisté à tous les événements heureux de sa famille et pas que les heureux. Et là, d'habitude, on se faisait la bise et là, il va hésiter. Il va marquer un... Et moi, je vais m'approcher de lui. Et je vais quand même lui faire la bise. Je vais lui dire que malgré tout ce qu'il a fait, malgré qu'il m'ait abandonné, je l'embrasse quand même et je veux une explication. Et là, il essaie de noyer le poisson. Et puis là, il va me dire, je te dois une explication. Donc, on va aller dans l'arrière-boutique du commerçant qui comprend qu'il se passe quelque chose de très fort parce qu'il voit Max avec les larmes aux yeux. Il est tremblant, il a la bouche pâteuse. Moi, je suis dans un état où je suis un peu... Je ne suis pas bien, il voit qu'il se passe quelque chose. Donc, il nous laisse son arrière-boutique. Et là, il va me dire... Bon, je vais raconter les grandes lignes, parce que c'est dans le bouquin, donc pas spoiler. Il va me dire que j'ai servi de fusible. Il va me dire que dans les sonorisations, puisque tous les véhicules de la BAC avaient des micros... ils se sont aperçus qu'il y avait énormément de malversations commises par des collègues et que pour éviter un deuxième bac nord, au lieu de dissoudre tout le service, lui inclus, ils ont décidé de m'exécuter mort. Il va me le dire clairement. Et donc, je ne vais pas être bien, je vais lui dire, je vais même employer cette métaphore, je lui dis, tu as ta connaissance d'un meurtre, tu connais l'auteur. Et tu dis rien. Je lui dis, pendant toute ma détention, j'ai attendu que tu dises quelque chose, que tu me dédouanes, parce que toi, tu connais la vérité. Tu sais qu'on ne prenait pas d'enveloppe. On était ensemble toute la journée et on était ensemble hors service. Tu me connais.
- Speaker #1
On vous a sacrifié.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Pour éviter un plus grand scandale.
- Speaker #0
Pour éviter un deuxième bac nord. Parce qu'ils auraient dû dissoudre toute la bac 18.
- Speaker #1
Alors, donc, si la partie...
- Speaker #0
C'est ce qu'il me dit.
- Speaker #1
Oui, ça, c'est la partie... Vous lui avez pardonné ?
- Speaker #0
C'est impardonnable.
- Speaker #1
Non mais je...
- Speaker #0
C'est... C'est impossible. Ça ne se pardonne pas, ce genre de choses.
- Speaker #1
Alors dans cette histoire, il y a quand même de la beauté, de la solidarité. Il y a votre famille qui lève 112 000 euros pour vous défendre. Et puis, votre procès en appel est tombé. Donc ça, ça m'a fait... En tout cas, moi, ça m'a émue à la lecture. de voir votre famille vouloir faire entendre la vérité et vous aider, je soutiens évidemment. Et votre procès est tombé en appel le premier jour du ramadan. Et votre avocat vous a dit, c'est peut-être un signe, c'est vrai que c'est assez important pour vous la foi. D'ailleurs, on le sent même là dans votre manière de parler. Moi, je m'attendais à un flic de la BAC un peu plus d'agressivité. On vous sent en paix, assez sage en fait par rapport à malgré tout.
- Speaker #0
Je pense qu'énormément de collègues de là-bas comme on profite. Après, c'est un mythe, brigade anticriminalité. C'est vrai que quand on voit ça de l'extérieur, on croit que c'est un monde de cow-boys. Absolument pas, c'est vachement réglementé, on ne fait pas n'importe quoi. C'est vrai que les missions sont changeantes au quotidien. C'est ce qui fait la spécificité. Mais on reste des humains, on a un cœur, on a des familles. Et puis on n'est pas insensible à tout ce qui se passe dans la rue.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça a changé en vous, cette injustice et cette prison pendant deux ans ?
- Speaker #0
Cette injustice a changé... Déjà que je me suis aperçu que j'avais une famille soudaine, pour répondre à la question d'avant, qui a mis tout en œuvre pour crier mon innocence, qui s'est adressée au bon cabinet malgré leurs honoraires. Parce qu'il y a des cabinets où les ouvertures de dossiers sont à 43 000 euros.
- Speaker #1
Oui, on oublie de dire à quel point la justice est douloureuse et coûteuse, coûteuse en énergie. mais surtout coûteuses en argent pour se défendre. Il faut vraiment, un, avoir un bon avocat, deux, avoir beaucoup de temps. Et ça, c'est vrai qu'on oublie de se rendre compte qu'il y a tellement de gens qui ne peuvent pas forcément être bien défendus par aussi manque de moyens.
- Speaker #0
C'est ça. Il y a un constat malheureux. C'est que je pense que si on n'a pas les moyens de se défendre, je pense qu'il y a des gens qui purgent des peines qu'ils ont... pas forcément mérité. Après, ceux qui ont fait quelque chose, on est en société, il y a des règles, on les observe. Mais des fois, il y a des gens qui ne méritent pas d'être en prison. Et moi, comme je disais toujours, je préfère un coupable dehors qu'un innocent en prison. Voilà. Donc ça m'a permis, pour rebondir sur ce que vous disiez, déjà de voir ma famille qui s'est démenée pour... Pour me faire sortir de là, des amis aussi. J'ai des amis très très proches qui n'ont pas hésité à mettre la main à la poche. J'ai un ami, Najib, qui lui, en appel, a carrément financé le deuxième avocat. Il n'a pas hésité, il me connaissait, il savait que je n'avais pas fait. Et puis en sortant, il m'a dit, moi je l'ai fait, je regrette. pas, je te connais. Donc, il y a plein de trucs qui font que cette aventure, elle nous fait découvrir des choses.
- Speaker #1
Alors, sur votre famille, votre mère a évidemment voulu venir vous voir au parloir et vous avez longtemps refusé. C'était difficile pour vous d'affronter votre mère en prison ?
- Speaker #0
Je ne voulais absolument pas qu'elle rentre dans cette institution carcérale. Je ne voulais pas lui faire connaître la prison. D'ailleurs, elle n'est jamais venue. Je refusais. J'ai toujours refusé. C'était la même chose pour mes enfants. Et j'ai accepté leur venue le jour où j'ai été condamné à 8 ans. Je me suis dit, je ne peux pas rester 8 ans sans voir mes enfants. Mais j'ai tenu pendant 2 ans. Bon, on était beaucoup au téléphone. Tous les soirs, on s'appelait. Je faisais les devoirs avec eux, etc. Mais je ne voulais pas les voir en prison. Et malheureusement, quand on m'a condamné à 8 ans ferme, je n'ai pas pu.
- Speaker #1
Ça va revenir sur la décision. Alors, est-ce qu'aujourd'hui... Vous avez confiance en la justice avec toute cette histoire ?
- Speaker #0
Alors, je vais avoir une réponse en deux temps. En première instance, où j'ai été condamné à huit ans sur l'intime conviction, j'ai été irréconciliable avec la justice parce que j'ai été mis en détention conditionnelle sur des faits non avérés. J'ai été condamné à huit ans sur l'intime conviction. Là, j'avais... plus confiance en la justice. Par contre, en appel, j'en suis arrivé à la conclusion que la justice était longue, mais juste. Et là, aujourd'hui, j'ai confiance en la justice de mon pays.
- Speaker #1
Donc, vous êtes resté finalement en tout deux ans en prison et l'appel vous gracie, comme on dit.
- Speaker #0
Elle remet les... Ils ne se sentent pas du village.
- Speaker #1
Voilà. Et donc, vous êtes libéré. Alors, il y a une anecdote...
- Speaker #0
très touchante et votre fille qui avait 4 mois quand vous sortez de prison ne vous reconnait pas et en fait c'est pas qu'elle ne me reconnait pas c'est qu'elle ne connaissait pas pour elle depuis depuis mon incarcération quand on disait il est où papa elle se retournait vers une photo il y avait un petit cadre dans mon salon et pour elle c'était papa voilà papa c'était une photo Et puis quand je suis sorti, elle ne me connaissait pas, j'essayais de jouer un petit peu avec elle, c'était difficile. Et puis, il y a ma famille qui est repartie, ils m'avaient tous accompagné à la maison, on était super contents. épuisé mais content. Donc on s'est tous serrés dans les bras, pas devant la prison, parce que quand on est sortis, j'ai tellement eu peur que ce soit une erreur, qu'on me refasse comme au début, avec un rien du tout, je me retrouve en prison, ils sont venus pour m'embrasser devant la prison, j'ai dit non, c'est pas ici qu'on va s'embrasser, on s'en va de là, on a tout le temps de s'embrasser ailleurs. Et on est montés comme si on partait comme des voleurs, je suis monté dans la voiture, Et j'ai dit au chauffeur, vas-y, pars,
- Speaker #1
pars. Le temps, Romain, vous avez peur que le piège s'obtienne sur vous.
- Speaker #0
C'est ça, et donc là, tout le monde s'en va, et puis c'est l'heure de dormir, donc on monte à l'étage dans la chambre. Puis je vois qu'elle me regarde avec un visage, avec le visage de quelqu'un qui se pose des questions. Et puis elle dit à ma femme, mais qu'est-ce qu'il fait dans notre chambre, le monsieur ? Elle, il dit, c'est papa. Là, elle ne comprend pas. Et puis, j'avais mon pyjama, je me mets au lit. Elle s'est mise à pleurer. Elle a dit non, elle n'a rien à faire. J'ai dû quitter le lit. Ça a duré une bonne semaine avant que je puisse réintégrer ma chambre. Il a fallu ruser. Tous les jours, amener un petit jouet, un petit bonbon, une petite histoire.
- Speaker #1
Là, vous en dégolez, mais en vrai,
- Speaker #0
c'est dramatique. C'est terrible.
- Speaker #1
C'est la montre.
- Speaker #0
C'est ce genre de choses que je ne peux pas pardonner à Max. les premiers pas de ma fille, j'ai vu les premiers pas de tous mes enfants. Puis là, ma femme, elle me dit, tiens, Méline, elle a marché. OK, j'étais content au téléphone, mais en prison, ça me torturait de ne pas assister aux premiers pas de ma fille pour quelque chose que je n'avais pas fait. Si j'étais un trafiquant, là, je me serais dit, bien fait pour toi. Tu as joué, tu as perdu. Mais là, je n'ai jamais joué. Pendant des années, j'ai été félicité. Je faisais partie des « meilleurs » , puis d'un seul coup, je me retrouve à être le pire des « pourris » . Et donc, tout ça, c'est impardonnable.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est une humiliation, vous l'avez bien raconté. Il y a la télévision, il y a Max, qui est votre ami de longue date. Vous avez aussi une avocate, votre première avocate, que vous recroisez dans la rue et qui vous a demandé pardon. Et elle aussi, vous lui dites, mais je ne vous pardonnerai jamais de ne pas avoir fait bien votre boulot.
- Speaker #0
En fait, c'est une avocate que j'ai connue en 1994. Il y a des liens qui se sont créés. Il y a eu mon entrée dans la police, etc. On était vachement proches. On allait manger ensemble, etc. Et quand il y a eu cette histoire, sachant que je n'avais rien fait, je n'ai pas demandé d'avocat à l'IGPN. Ils me demandaient ce que je veux à l'avocat. J'ai dit non. Et comme j'ai fait 96 heures de garde à vue, c'est ce qu'on voit pour le terrorisme, le proxénétisme, etc. Pour les grosses affaires, généralement, 96 heures, c'est vraiment le maximum. Et bien là, ma femme a décidé de faire appel à cette avocate. Et donc, elle est venue me voir. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas accès au dossier pour le moment, mais que la juge avait échangé avec elle, qu'elle avait des preuves irréfutables. Je lui ai dit « mais non, ce n'est pas possible, elle ne peut pas avoir de preuves irréfutables parce que tous ceux dont on m'accuse, je ne l'ai pas fait, fais-moi confiance, tu me connais » . Et donc je vais être mis en détention, elle va me dire « tu dis que tu ne veux pas répondre aux questions, que tu es fatigué » . Je lui ai dit « mais je vais aller en prison » , elle me dit « oui, mais il faut que je prépare le dossier » . Donc je vais être mis en prison, alors il va y avoir des premières alertes. puisqu'elle m'a communiqué en mon nom dans la presse. Donc ça lui faisait une grosse pub. Ça, je l'ai découvert plus tard. Et à ma sortie de prison, à côté de chez moi, elle a des amis qui habitent proche de chez moi. Et le mari de sa copine fait du judo dans le même club de judo que mon fils. Donc elle va prendre le sens interdit et on va se croiser face à face. Alors moi, avec mon véhicule... Je vais faire en sorte de la serrer jusqu'à l'arrêter et je vais ouvrir ma fenêtre. Et puis là, elle va me dire « Karim, descends, descends » . Et là, elle va m'avouer qu'elle s'est faite avoir deux fois dans sa vie. Une fois jeune avocate et la deuxième fois par cette magistrate qui lui avait dit qu'elle avait des preuves irréfutables, chose qu'elle n'avait pas. Et donc là, elle va me demander de lui pardonner, sachant qu'en détention, elle m'a abandonné aussi. puisqu'elle demandait des sommes en espèces, elle demandait plein de choses que je ne pouvais pas lui donner.
- Speaker #1
Ce n'était pas une avocate effectivement très convaincante.
- Speaker #0
Pas trop correct.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est pas très...
- Speaker #0
Elle va demander lui pardon.
- Speaker #1
C'est une des preuves les plus irréfutables. D'ailleurs, juste après vous, j'ai la chance de recevoir un avocat incroyable et lui, quoi qu'il arrive, il sera toujours là, en tout cas, pour défendre, même quand ça paraît impossible, indéfendable.
- Speaker #0
Mais heureusement que tous les avocats ne sont pas comme elle, parce qu'il y a d'excellents avocats. Je rends hommage à... Patrick Maisonneuve et Emmanuel Marcini et d'autres, puisque j'ai eu d'autres avocats, qui sont super. C'est comme les policiers. On désigne ceux qui ne sont pas bien, mais il y en a énormément.
- Speaker #1
C'est un travail formidable, évidemment. On aime notre police.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
complètement. Et comme on dit toujours, ce n'est pas pour quelques véreux qui sont vraiment des étoiles.
- Speaker #0
On va pourrir le cajou. Il y en a énormément et heureusement qu'ils sont là. Moi, je monte avec tout le monde. Et puis, je suis un peu peiné pour eux, pour la dernière roue du carrosse, comme moi, ceux qui sont sur la voie publique. C'est sur eux qu'on crache le venin. Quand il se passe quelque chose, ils sont désignés parce que c'est un métier répressif. Mais des pas bons, je n'en ai pas croisé beaucoup. Enfin, des malhonnêtes, je n'en ai pas croisé beaucoup. Il y a énormément de bons policiers.
- Speaker #1
Ça, c'est sûr. Alors aujourd'hui, vous n'êtes plus policier. C'est 20 ans de votre vie.
- Speaker #0
Moi, j'ai un statut bâtard. Je suis encore policier. Mais je suis réélu des cadres. C'est-à-dire que je ne touche pas de salaire. Je fais toujours partie des chiffres de la police. Mais je n'ai pas de salaire. Je ne bénéficie de rien du tout. Je bénéficie de ma mutuelle.
- Speaker #1
D'accord. OK. Comme ça, au moins, c'est dit. Et donc, vous reprenez le business de restauration de vos parents ?
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que vous avez envie de faire aujourd'hui ? Alors évidemment ce livre, mais qu'est-ce que ça a réveillé en vous cette solitude, cette histoire, cette injustice ?
- Speaker #0
Plein de choses. J'ai déjà été consultant sur un film. J'ai plein de choses qui sont sur le feu. Il y a peut-être une vocation qui est en train de naître. C'est une vocation qui me plaît.
- Speaker #1
Comment on survit psychologiquement à ce qui vous est arrivé ?
- Speaker #0
Au début, c'est difficile parce qu'en détention, on est tout le temps rappelé à l'ordre par le regard des gens, des proches, et on a besoin de s'expliquer. Et moi, ma véritable thérapie, ça a été l'écriture de ce livre où je raconte tout et j'en ai fait un point d'honneur, je ne l'ai pas édulcoré. C'est vrai qu'il y a des passages où on pourrait romancer un petit peu pour que ce soit un peu plus doux dans les oreilles. Moi, j'ai voulu qu'il ne soit pas édulcoré. J'ai raconté tout ce qui s'est réellement passé. Et puis, je commence à guérir. Voilà.
- Speaker #1
En tout cas, en vous voyant, pour ceux qui vont nous écouter, vous avez vraiment l'air d'être un homme assagi, apaisé. Moi, je ressens beaucoup de... pardon, en tout cas, malgré cette terrible histoire.
- Speaker #0
Écoutez, je l'ai toujours été.
- Speaker #1
Comme je vous connaissais bien avant.
- Speaker #0
Ce que vous voyez devant vous, ça a toujours été le même.
- Speaker #1
Alors, quel regard vous portez sur la détention, les détenus, ceux que vous avez arrêtés ? Est-ce que ça a changé votre manière de voir la justice, la détention surtout ?
- Speaker #0
Bien sûr. Alors, en fait, ma détention, elle s'est faite en deux temps. J'ai fait un an. aux vulnérables, où c'est franchement très difficile, parce que quoi qu'on fasse, à chaque mouvement dans la prison, moi j'étais DPS détenu particulièrement surveillé, donc on bloque toute la prison de façon à rencontrer personne, et c'était dur, puisqu'il y a eu le Covid en plus, où des fois on ne sortait pas de notre cellule, on n'avait qu'une heure de promenade par jour, donc enfermé 23h sur 24 pendant le Covid. Et 22h sur 24 en temps normal, c'est déjà difficile. Et ensuite, j'ai fait un an dans une aile de la prison qui s'appelle le quartier Respecto. C'est une aile réservée aux travailleurs, aux gens qui se comportent bien. Donc moi, j'étais bibliothécaire. J'ai lu énormément de livres, j'ai conseillé pas mal de livres, etc. Et dans cette aile-là, c'est des cellules. où vous avez la clé, c'est-à-dire que vous avez votre clé, elles sont ouvertes de 7h30 à 11h30, de 13h à 16h30, puis vous allez quand vous voulez à la salle de sport, vous allez à la bibliothèque, vous faites ce que vous voulez, voilà. Donc cette deuxième partie-là, elle était... Elle était difficile parce que la prison, c'est difficile. Et dans cette aile-là, j'ai croisé des détenus que moi-même, j'avais mis en prison. Et ça s'est bien passé avec eux parce qu'ils m'ont dit que c'était le jeu du chat et la souris. Il y a eu des fois où je les ai eus, mais ils m'ont dit, ils se sont vantés en me disant, il y a tellement de fourrailles où tu ne nous as pas eus aussi. Et ça s'est bien passé. Ils m'ont présenté d'autres détenus de Barbès. Et voilà, il y en a qui me ramenaient des produits ménagers. Le premier qui est venu me voir, il m'a ramené des pâtisseries algériennes, etc. Ça s'est bien passé.
- Speaker #1
Est-ce que la foi vous a aidé dans cette épreuve ?
- Speaker #0
Énormément. Je n'ai jamais perdu la foi. Moi, je suis quelqu'un de croyant. Et pour moi, je suis persuadé qu'il y a eu quelque chose. J'ai eu des signes divins. Par exemple, ça n'engage que moi ce que je vais dire. Mais c'est vrai que... perdu dans ma cellule à 4h du matin. Je regardais le ciel. Je ne sais pas si c'est une étoile pylance, je ne sais pas si c'est un satellite qui clignotait, mais je l'ai interprété comme un signe divin et on appelait ça s'arranger. Voilà.
- Speaker #1
Merveilleux. En tout cas, ce livre, et on ne peut pas tout raconter, vous en avez dit beaucoup. Il y avait plein d'anecdotes, ce livre est franchement bourré d'anecdotes, d'histoires, c'est vrai que vous allez en faire évidemment, je pense, on dirait une série Netflix, où évidemment vous avez évoqué un film. C'est passionnant, ce qui est en tout cas moi personnellement ce qui me touche, c'est vraiment la manière dont vous le racontez, on sent une vraie droiture en vous, et non mais c'est très agréable, donc merci mille fois Karim d'être venu nous voir, et vous êtes le bienvenu si vous avez d'autres sujets à partager avec nous.
- Speaker #0
Merci à vous de m'avoir reçu. Et puis si j'ai d'autres sujets à partager, je reviendrai avec plaisir.
- Speaker #1
Merci, Calum.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
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