- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. La mort d'un enfant est l'indicible, c'est l'ordre du monde renversé. Une douleur que rien ne prépare et que rien ne console vraiment. Le 8 mai 2022, Céleste disparaît dans un accident. Elle a 3 ans et avec elle, tout ce qui faisait tenir debout une famille bascule. Beaucoup disent que perdre un enfant est l'épreuve la plus dévastatrice qui soit, celle qui brise des couples, celle qui isole, celle qui peut consommer une vie entière. Alénor et Pierre-Louis Blon ont traversé cela. Et pourtant, ils ne se sont pas effondrés. Ils sont restés debout et ensemble. Pas indemnes, pas identiques dans leur manière de faire face, mais liés par quelque chose de plus fort que la douleur. Alénor est une architecte d'intérieur réputée, directrice de l'agence Volume ABC, une femme de création, de passion, d'exigence, qui a toujours avancé dans le mouvement, le travail. et l'engagement. Pierre-Louis évolue dans la gestion immobilière avec la même intensité. Depuis la mort de Céleste, Pierre-Louis court, il court pour tenir et il court également pour l'association Super Céleste pour continuer à vivre. Et puis, il y a Paloma, leur fille aînée, qui a trouvé les mots les plus justes pour parler de sa petite sœur. Céleste, croquer la vie comme on croque dans une pastèque. Une enfance solaire, libre, curieuse de tout. Une petite fille qui disait qu'elle n'avait pas le temps de dormir. Quand une lumière comme celle-là s'éteint, le vide est immense. Mais certains choisissent de ne pas laisser cette lumière disparaître. Aliénor dit un jour à Pierre-Louis qu'ils auront un troisième enfant. Et à l'anniversaire de la mort de Céleste, elle est enceinte. La vie qui répond à la mort, pas pour l'effacer, mais pour continuer malgré tout. Mettre son énergie au service des autres. Pas par oubli, pas par déni. C'est pour ça que l'association Super Céleste existe. Concrètement, Super Céleste crée une communauté de donateurs et de bénévoles, sélectionne chaque année des associations qui œuvrent pour l'enfance, santé, éducation, social, environnement, et leur redistribue les fonds collectés selon un protocole rigoureux et transparent. Mais Super Céleste va plus loin que le don financier. L'association organise des événements concrets aux côtés des enfants eux-mêmes. Par exemple, une journée sur la plage en baie de somme pour des enfants placés qui n'avaient jamais vu la mer. Une grande dictée solidaire à Putot réunissant 150 personnes. Une collègue de jouets pour offrir un Noël différent à des dizaines d'enfants. Ce qu'ils appellent le don-action, donner du sens au don au-delà du chèque. En trois ans d'existence, Super Céleste a déjà collecté et reversé près de 100 000 euros à trois associations. L'Institut Imagine, SOS Village d'Enfants et l'entraide scolaire Amical. Elle vient d'accueillir une quatrième association dans son portefeuille, une campagne d'affichage IC2CO sur plus de 1000 emplacements en France, un compte Instagram qui s'envole, un fonds de dotation en cours de création pour amplifier encore son impact. Mais au-delà des chiffres, il y a une conviction. Malgré les écueils, la vie reste belle. Et parfois, c'est cette conviction seule qui permet d'accepter l'inacceptable. Dans cet épisode, nous allons parler de la pire des pertes, du couple face au deuil, du sens qu'on cherche quand tout s'effondre, et de cette force rare, presque incompréhensible, qui constitue à transformer la douceur en élan. Voici l'histoire d'Alinor, de Pierre-Louis Blon, de Céleste et de Gaspard, et de Paloma. Céleste toujours là, mais autrement. Pierre-Louis et Alinor, merci d'être avec nous sur Cerveau Puissant.
- Speaker #1
Merci de nous accueillir. Merci pour cette introduction.
- Speaker #0
Je suis moi-même évidemment très émue pour deux raisons. Un, parce que votre histoire est évidemment émouvante. Deux, parce que je vous connais très bien. C'est important de le rappeler. Donc, évidemment, je vous connais, je vous ai vu tomber amoureux. Je vous ai vu vous marier et je vous ai vu avoir vos beaux enfants. Donc, évidemment, c'est un honneur pour moi de vous recevoir et de pouvoir aujourd'hui mettre en avant cette action formidable que vous faites. depuis le départ de Céleste. Chez Cerveau Puissant, on aime toujours commencer par une citation. Je sais que toi, Alineur, il y en a une qui te tient à cœur.
- Speaker #1
Mon mantra, c'est mon cher père qui nous l'a dit depuis qu'on est tout petit. C'est qu'il vaut mieux avoir des larmes sucrées que salées. C'est vrai que c'était une phrase que j'avais du mal à comprendre. Elle a pris tout son sens au moment du départ de Céleste. qu'on a eu tellement de chagrin, on en a toujours encore, mais on apprend à vivre avec et surtout à l'amadouer. Et toutes ces larmes salées qu'on a pu avoir, comme on va vraiment de l'avant et on fait en sorte de transformer tout ça de manière positive, elles deviennent sacrément sucrées aujourd'hui et c'est délicieux.
- Speaker #0
C'est une très belle citation. Alors, quand vous regardez votre vie d'aujourd'hui, est-ce que vous avez le sentiment d'être les mêmes personnes qu'avant ou vous êtes profondément différent de ce que vous étiez avant ?
- Speaker #2
Il y a eu une grosse transition de 3 ans, 4 ans. Là, aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression d'être la même personne qu'avant, c'est-à-dire avec les mêmes petits soucis du quotidien, comme si tout était redevenu normal. Et avec au fond de moi... un bagage énorme, une sagesse, une confiance que je n'avais pas avant. Pourtant, au quotidien, je pense à Céleste sans être aussi triste qu'avant, même si elle me manque, elle est en moi en permanence, mais j'ai une espèce d'acceptation de ma situation et je suis redevenu un peu idiot, un peu con sur certains trucs comme j'étais avant, en me disant finalement, tout redevient normal, malgré tout.
- Speaker #1
même si on est profondément changé et si il nous manque une part importante de nous-mêmes alors moi je compléterais je suis d'accord avec toi mais après c'est vrai que oui la vie reprend son cours c'est-à-dire qu'on s'est relevé et qu'on marche aujourd'hui on a eu beaucoup de mal à marcher parfois on a des genoux qui retombent à terre parce que la peine revient Mais on arrive complètement à vivre avec. Et surtout, moi, je me rends compte, je me suis vraiment rendue compte que la vie était encore plus belle que ce qu'elle était avant, malgré cette perte incommensurable. Et le fait de... Enfin, j'ai perdu deux bras, clairement. Mais... Mais on arrive à avancer et surtout, on arrive à savourer les choses qui sont encore plus les choses. C'est surtout ça.
- Speaker #0
Alors, ce qui est hallucinant, c'est que c'est vrai que la douleur est immense pour une mère. C'est vrai que je pense que c'est, comme tu le dis, on t'arrache les bras, les jambes. Mais toi, tu as ce souffle de vie extrêmement rapidement et tu murmures à l'oreille de Pierre-Louis cette phrase incroyable. Est-ce que tu peux nous... Cette survie, en fait, qui est en toi et tu lui fais une promesse.
- Speaker #1
Une promesse. En fait, avant le départ de Céleste, on souhaitait, on parlait d'avoir un troisième enfant. Et je ne sais plus si c'était le lendemain ou... Le lendemain. Le lendemain, c'était assez évident. Pour moi, c'était une évidence de nous dire que Paloma n'allait pas rester seule sur Terre parce qu'elle était tellement proche de sa petite sœur. Elle est en communion permanente avec sa sœur Céleste. Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui, on ne fait plus vraiment... Enfin, on l'a fait nous en tant que parents, parce que physiquement, on n'a pas notre petite fille dans les bras. Mais Paloma, elle ne fait pas cette différence. Elle vit avec Céleste. Céleste, elle est vraiment en elle. Mais en tous les cas, on a souhaité accélérer cette envie de troisième enfant et on a réussi à avoir notre petit Gaspard. Un an plus tard, un an et demi après, qui est aujourd'hui deux ans, deux ans et demi, et c'est un rayon de soleil. Hier soir, on est rentrés du boulot encore, ils rigolaient comme des baleines tous les deux, et la vie est revenue à la maison, grâce à lui. Parce que c'est vrai qu'il n'y avait plus de musique à la maison, il n'y avait plus de rire, plus de... Plus de sourire, les choses étaient... Tout était en noir et blanc. Il n'y avait plus vraiment de couleur.
- Speaker #2
Grâce à lui et en même temps, sur ce qu'on se dit, un petit peu grâce à Céleste, même certainement beaucoup. Je pense pas qu'elle soit au-dessus de la tête à tirer les ficelles, mais... Ce qu'elle nous apporte encore aujourd'hui, c'est ce souffle de vie, c'est cette énergie et puis la légèreté qu'il y a à la maison. Je ne peux pas m'empêcher qu'il n'y ait pas une trace de sa présence et de son existence. Justement, ce qu'elle nous laisse, c'est ça aussi. C'est cette légèreté. Hier, c'est ce que tu racontes. On est rentrés à la maison, ça rigolait, ils dansaient, ils ont mis de la musique, ils se trémoussaient. C'est dingue. Quatre ans après.
- Speaker #0
Et alors justement, on parle de vie intérieure et de ce rapport aussi à l'invisible. Tout à l'heure, tu disais, Céleste vit en nous et vit à travers nous. Et toi, tu as dit, elle tire les ficelles. Vous avez vraiment un rapport différent maintenant à la vie invisible. Est-ce que déjà avant, vous étiez connecté à l'invisible ou c'est vraiment son départ qui a...
- Speaker #1
Son départ a clairement accéléré les choses. Je pense que dans le process de l'acceptation de la perte d'un enfant, pour les un an de sa mort, on avait fait une petite cérémonie à Saint-Eustache. Et le père Trocherie a dit une phrase qui, en fait, je crois que c'est vraiment la première fois qu'un homme de Dieu a dit quelque chose qui a résonné. pour moi en tous les cas, parce qu'avant c'était compliqué. Il a clairement expliqué que l'amour grandissait au fur et à mesure des années même si l'être n'était plus sur Terre. Et effectivement, c'est incroyable l'amour qui grandit, grandit, grandit, grandit à travers les années qu'on a pour Céleste. Parce que Céleste, on pense à elle tout le temps, mais tout le temps, en permanence. Elle est avec nous en permanence. On se dit, si elle n'est pas avec nous, mais si elle était avec nous... Qu'est-ce qu'elle aurait fait ? Qu'est-ce qu'elle aurait imaginé ? Comment ? Elle est... Elle grandit dans notre cœur, mais profondément. Je ne sais pas si...
- Speaker #2
Moi, sur la partie invisible, j'étais très... J'y crois beaucoup. J'ai eu des expériences, notamment après la mort de ma grand-mère, assez incroyables. Donc j'ai cette... C'est une conviction, on n'est jamais persuadé. Si on le savait, si vraiment c'était l'évidence, ce serait trop facile. Il faut avoir cette... par de l'imperceptibilité. Et donc, en fait, je suis vraiment convaincu qu'il y a quelque chose qui nous dépasse, une dimension qui nous dépasse, spirituelle, religieuse pour certains, pour d'autres, ça sera juste des signes. Et en fait, quand on a perdu Céleste, sur le moment, ça m'a pas du tout paru être une bouée de sauvetage, en fait. C'est tellement dramatique, c'est tellement brusque, c'est tellement violent que... On se rachète à chair à pas grand-chose, c'est ce qu'on se disait, c'est vraiment, on respire, on boit de l'eau et on attend que ça passe. Et en fait, au fur et à mesure, quand on commence à aller un petit peu mieux, on ressent les choses, et puis finalement, petit à petit, ça se rapproche. On était allé en pèlerinage, en retraite à Saint-Benoît-sur-Loire, et on avait croisé des gens, on n'avait jamais vu de notre vie, et qui étaient très croyants. Donc ils nous ont vus passer trois jours là-bas, et on a parlé avec des gens extraordinaires, et notamment un homme qui avait eu des choses pas marrantes dans sa vie, mais qui était d'une profondeur incroyable, et qui nous a dit, vous savez, il ne faut pas être trop triste, parce que si vous êtes trop triste, ils ne vont pas venir vous voir. Parce qu'ils vont culpabiliser en fait. Et en fait, ce n'était vraiment pas longtemps après, ça devait être au mois de juillet, Céleste est partie en mai, ça devait être trois mois après, c'est vrai que c'est un peu tôt, mais en fait, plus on a commencé à... à rentrer dans un processus de guérison, d'elle commencer à aller un petit peu mieux, à commencer à sentir les choses. Et moi, c'est surtout dans mon sommeil que j'ai vu Cédeste. Et à chaque fois qu'elle est venue me voir, elle a grandi. Au fur et à mesure que j'ai rêvé d'elle, au début, elle avait l'âge qu'elle avait. Et puis les dernières fois, ça remonte un petit peu maintenant, ça fait 4 ans qu'elle est partie, ça doit faire peut-être un an que je n'ai pas rêvé d'elle. La dernière fois, elle avait vraiment grandi. C'est ce que dit Alice, c'est que l'amour grandit, et elle continue de grandir dans nos têtes, dans nos cœurs. Et puis, voilà.
- Speaker #1
Et puis, notre miracle, c'est Gaspard. Donc ça, c'est le plus beau signe qu'on ait pu avoir de Céleste. Ça, c'est évident.
- Speaker #2
Cadeau.
- Speaker #0
Et alors, justement, Gaspard, vous êtes vraiment un exemple. C'est vrai que vous vous connaissez depuis très jeune. À quel âge vous vous êtes rencontré ?
- Speaker #1
18 ans.
- Speaker #0
Vous êtes un couple d'enfance.
- Speaker #1
On a un vieux couple.
- Speaker #0
Vous ne paraissez pas du tout vieux comme ça.
- Speaker #2
2002, pardon. On a un vieux couple.
- Speaker #0
Et votre fils, vous lui, j'imagine, évidemment, en parlez de... de Céleste. Quel conseil vous pourriez donner à un couple justement qui peut perdre l'indicible et qui a d'autres enfants ? Quels sont les conseils que vous pourriez faire pour reconstruire cette famille déconstruite ?
- Speaker #2
Déjà, il faut que les enfants ne se disent pas « Tiens, je suis un enfant de remplacement. Je ne suis pas un pansement. On ne fait pas un enfant pour remplacer un autre. » Ça, je pense que c'est très important. dans sa construction plus tard, qui ne se disent pas « j'aurais pas été là s'il n'y avait pas eu cet accident » , d'être un enfant désiré, vraiment.
- Speaker #1
Je pense qu'il faut être le plus naturel possible, en fait. Il ne faut pas lui mettre le poids de la perte de cet enfant, surtout pas. Alors nous, peut-être que c'était peut-être plus facile, je ne sais pas. La vie a fait qu'on n'a pas eu une petite fille après, alors que je l'attendais avec... Vraiment, j'espérais que ce soit une petite fille pour retrouver ces deux petites mains, la main de Paloma et la main de Céleste. Et finalement, c'est le meilleur des cadeaux, parce qu'il n'y a pas de comparaison, aucune comparaison. Et si on a envie de pleurer, on a le droit de pleurer. Je pense qu'il ne faut rien leur cacher. Il faut être complètement transparent, parce que ça fait partie de notre vie, ça fait partie de sa vie. Et bien évidemment, Céleste, c'est beaucoup de bonheur, un bonheur immense. Mais il y a un chagrin qui est là et qui se dissipe au fur et à mesure des années.
- Speaker #2
On l'apprivoise.
- Speaker #1
On l'apprivoise et Gaspard, il a le droit de le savoir. Et cacher, en fait, ça ne sert à rien. C'est comme Paloma, dès qu'on est... Dès qu'on est un peu triste et si elle voit qu'on lui cache, ça l'énerve. Ça a plus tendance à l'énerver.
- Speaker #0
En fait, le conseil, c'est de partager. Oui, voilà, c'est de partager. Tu l'as très bien dit. Alors, il ne faut pas être trop triste. Sinon, ceux qui sont partis n'osent pas venir nous voir. Mais c'est vrai aussi dans la vie réelle. En fait, si on est trop triste et qu'on cache à nos enfants ou même à nos proches, ça éloigne plutôt que de rapprocher. Et donc, il ne faut pas hésiter. Oui,
- Speaker #2
il faut parler. La parole, c'est très important. Gaspard a deux grandes sœurs. Et Céleste est grande sœur. Pour nous, on a vraiment... De là-haut, elle est grande sœur. Et Paloma, elle a une petite sœur et un petit frère. C'est vraiment... On a une famille de trois enfants. On a deux enfants sur terre et on a un enfant qui veille sur nous, notre ange gardien, qui rendra, le jour où on fermera notre parapluie, dans très longtemps j'espère, ce petit bonus de se dire, en plus de découvrir ce qui se passe derrière, je risque quand même de la retrouver.
- Speaker #1
On a un truc en plus par rapport à vous, ça c'est sûr. Une sacrée carotte, ouais. qu'on ne souhaite pas les retrouver tout de suite, mais en tous les cas, c'est sûr que c'est une sacrée carotte.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr que ça vous donne envie de passer de l'autre côté. Vous savez qui vous attend.
- Speaker #1
On se rend plus serein, c'est évident. On aura pas mal de chemin à rattraper.
- Speaker #2
Le conseil, c'est toujours de mettre des mots sur les choses. Intérioriser, mettre la poussière sous le tapis, ce n'est pas bon. Même, je pense qu'en termes de santé, on peut développer des maladies parce qu'on enfouit trop de choses.
- Speaker #0
Alors, ce qui est impressionnant, c'est qu'on parlait de travail et de temps. Et tu disais au début, c'était trop tôt. Mais pour vos proches, je crois qu'on a vu, dès la mort de Céleste, dès l'enterrement, vous étiez déjà dans une force de vie à nouveau incroyable. L'enterrement a été magnifique. C'est vrai que vous avez tout de suite mis cette gaieté, parce que vous vous avez dit pendant l'enterrement que Céleste était une jeune fille si joyeuse. Et à la fin de l'enterrement, vous avez mis une musique. merveilleuse, bon déjà il faisait hyper beau donc c'était à nouveau un cadeau de Céleste et c'est vrai que je sais pas si vous vous en êtes rendu compte mais déjà à ce moment là on sentait que vous étiez dans une transformation de joie alors que la douleur était énorme et donc moi je voulais vous le dire parce que aujourd'hui on le voit avec Super Céleste mais vous vous êtes relevé presque le lendemain je sais que pour vous ça a été très dur et très long mais c'était impressionnant de voir à quel point votre famille était unie Merci. Et à quel point vous étiez courageux déjà ?
- Speaker #2
Il ne voulait pas faire quelque chose de triste, en fait. On a voulu faire quelque chose à son image. Et si on a demandé aux gens d'applaudir, et quand on est sortis de l'église, Céleste a été applaudie par une marée humaine.
- Speaker #1
Parce qu'elle le méritait.
- Speaker #2
C'était son petit moment de gloire, un petit passage sur terre de presque 4 ans, mais vraiment bien rempli, ultra joyeux, ce qui n'a jamais été tellement contrarié. Finalement, on a une existence extraordinaire. C'est ce qu'on se dit souvent à Cahenor, c'est que si on croit en l'éternité, 4 ans, 80 ans, c'est la même chose en fait. L'échelle du temps, c'est pas grand chose. Elle a vraiment une existence incroyable. Peut-être écrire un petit bouquin sur la crème d'existence de Céleste, ce sera court.
- Speaker #1
Oui, mais comme tu disais en introduction, elle n'a jamais voulu dormir, donc on en a profité fois deux. Elle ne dormait pas, elle était rigolote comme tout. Donc c'est sûr que Caline, sa couleur préférée, c'était le multicolore. Tout était dans l'abondance de la joie, de l'amour. Alors après... On peut tous imaginer que c'est parce que c'est un enfant, mais elle avait quand même ce côté solaire particulier. Et donc, on ne pouvait pas imaginer, déjà que c'est tellement pas normal d'enterrer un enfant, tellement pas imaginer de faire une cérémonie qui soit triste.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y avait une joie. Bon déjà, c'est vrai que cette journée était sublime et surtout, on a applaudi. Je n'avais jamais applaudi un enterrement. Et ça, c'est dingue parce que quand on vous voit là, on sent la force de Céleste. Dans l'association, on la sent. Dans votre union, on la sent. Et même le jour de l'enterrement, c'était un truc divin. Enfin, je veux dire, il y avait vraiment cette...
- Speaker #1
Parce que son âme s'est envolée à ce moment-là, clairement. Moi, je l'ai vraiment ressenti. Il y a eu vraiment quelque chose qui s'est passé.
- Speaker #0
Alors, c'est impressionnant parce que c'est vrai qu'on voit cette joie qui est réelle que vous avez en vous. Mais concrètement, quels conseils vous pourriez donner à des parents ou à... des personnes qui vivent l'indicible. Si tu avais trois conseils qu'Héryloui a donnés, et ensuite à Léonard, sur comment on surmonte un deuil concrètement ?
- Speaker #2
Le premier, c'est de se faire confiance. De ne pas se laisser complètement partir. Faire confiance à son inconscient. Se relever. Et de trouver une béquille. de trouver sa béquille. Des gens, ça va être la religion, il y a des gens, ça va être la philosophie, il y a des gens, ça va être la méditation, des gens, ça va être une association. Chacun à sa façon. Mais de trouver quelque chose qui...
- Speaker #1
Mais une béquille saine. Oui. Mais pas autant que la télé, parce qu'il est bien d'y avoir... Oui, oui,
- Speaker #2
c'est vrai. Oui, bien sûr.
- Speaker #1
C'est important. Oui. Le conseil, c'est de, dans les trois, je dirais surtout être bien entourée, ne pas refuser. Moi, au départ, j'ai eu tendance à ne pas forcément vouloir avoir 50 milliards de personnes autour de moi. Et en fait, toute cette énergie et cet amour qu'on a reçu, parce qu'il y a des personnes qui traversent ces épreuves et ils n'ont malheureusement pas autant de... pas autant d'amis ou de famille que nous, on a la chance d'avoir. Et il faut accepter justement ces mains tendues, ça c'est très important, il faut vraiment les accepter. Accepter le fait que c'est un long process. Nous voilà, ça fait bientôt quatre ans que c'est parti, mais le process il est à vie. Et surtout en premier, le conseil c'est de croire et d'espérer, parce que l'espoir est toujours là et qu'il y a une vraie... Il y a un grand bonheur derrière qui attend. Et qu'il faut vraiment le garder en tête. Il ne faut pas broyer du noir, bien sûr. Mais il faut vraiment garder en tête le fait que la lumière est... Au bout du chemin. Elle est au bout du chemin. Et ce n'est pas une phrase bateau qu'on dit aujourd'hui. On l'a vécu.
- Speaker #2
Et les gens qui... Qu'ils te le disent au début, moi c'est un copain des parents qui est égyptien, c'est peut-être différent, peut-être dans sa culture, lui, il n'était pas du tout dans la compassion. Il m'a tout de suite dit, patience, tu vas voir, ça va aller, ça va aller. Genre, vraiment, tu vois, droit dans les yeux, ça va aller. Et je me suis dit, qu'est-ce que tu... Et puis en fait, après, je me dis, bien sûr, patience, patience.
- Speaker #1
Le temps œuvre.
- Speaker #2
Ça fait quatre ans, ça fait plus de mille jours qu'on a perdu notre fille, 1200 jours. Et en fait, chaque réveil, il y a une petite guérison, mais on en parlera après.
- Speaker #0
Alors, on dit souvent que la perte d'un enfant, ça peut briser un couple. Vous, vous avez toujours été très unis, mais alors là, on vous sent invincible.
- Speaker #1
On ne va pas dire que c'est rose tous les jours. Non, On ne va pas vous vendre une image comme ça après du tout. Ça nous a... Il y a des moments, ça nous a éloignés à certains moments, parce qu'on ne vit pas du tout le deuil de la même manière, et c'est normal, déjà les hommes et les femmes sont différents. Mais je pense, après tu m'arrêtes si je me trompe, mais je pense que ça nous a appris à nous écouter. Et c'est fondamental. Ça, ça a été un long process, mais c'est... Ça nous a vraiment aidé à comprendre qui était vraiment l'un et l'autre, même si ça fait des années qu'on se connaît et qu'on se perd.
- Speaker #0
Vous avez découvert justement cette douleur ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui, moi oui, moi oui, moi j'ai découvert des choses chez Pierre-Louis, et pas négatives, des choses hyper positives. Pierre-Louis, c'est ma béquille. Au début,
- Speaker #2
elle était très inquiète pour moi. Mais en fait, c'est là où je me dis que d'une certaine façon, tu m'as découvert parce que juste après l'accident, tu as vraiment cherché à me protéger comme si tu avais peur de perdre un deuxième être cher. Alors que moi, vraiment, j'étais vraiment dans un énorme chagrin, mais j'étais tout à fait armé pour l'affronter. Et quand je me suis rendu compte qu'il y a un énorme surprotégé, je me suis dit mais en fait, c'est mignon que je sois presque son troisième enfant. C'est bon. Tu vois. Alors que finalement, elle avait autant besoin à elle d'être protégée. Et c'est pas son instinct maternel. Et puis peut-être sa lecture de son mari qui était...
- Speaker #1
Non mais c'est ce qui... Ça nous a appris qu'on est un vrai duo. Ça c'est sûr. On est un duo de choc. Oui. C'est une évidence.
- Speaker #2
Oui, bien sûr. Bien sûr. On est un duo de choc.
- Speaker #1
Et c'est extraordinaire.
- Speaker #2
Ça fait partie de notre longue histoire. Et un jour, on aura des petits-enfants et je pense qu'on aura beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à leur raconter. Week-end à la campagne, j'espère. Il y aura plein d'histoires à raconter. C'est une épopée, notre couple.
- Speaker #0
Magnifique histoire d'amour.
- Speaker #2
Oui, magnifique histoire d'amour.
- Speaker #0
Je l'ai dit en intro, et c'est vrai que c'est important de le rappeler, toi, Aliénor, tu as toujours été une passionnée, une ambitieuse, passionnée de travail. Tu es dans la création. l'architecture. Et c'est vrai qu'en aucun cas, avec le départ de Céleste, tu as continué à travailler comme tu le fais encore aujourd'hui. C'est important pour moi, en tout cas, de rappeler qu'évidemment, on se remet de tout, mais qu'aussi, tu t'épanouis finalement aussi beaucoup dans ce que tu fais. Tu es vraiment une architecte d'intérieur aguerrie, excellente. Est-ce que tu peux nous dire un petit mot là-dessus pour les mamans qui... qui peuvent perdre leur enfant et à quel point peut-être toi ça t'a aidé aussi ?
- Speaker #1
Alors quand tout à l'heure tu nous demandais quel était un des trois conseils, je ne pouvais pas donner ce conseil-là parce que ça reste très personnel. Moi il est évident que j'ai traversé cette épreuve grâce à ma passion qui est mon métier. C'est-à-dire je me suis, j'ai peut-être encore plus foncé dedans et j'ai travaillé... comme une folle, mais parce que ça me permettait aussi de rencontrer des gens au quotidien, de sortir de ce quotidien qui était absolument terrible, qui était le constat de notre famille qu'on a perdu Céleste, et rentrer dans une routine de travail, de rencontrer des gens toute la journée qui n'avaient aucune idée de ce que je traversais, et de ne pas avoir ces... C'est ces yeux figés sur moi, ces yeux de compassion qui sont absolument adorables. Mais pour moi, par exemple, aller déposer Paloma tous les matins à l'école, c'était très difficile pendant un an. Malgré tous ces gens si bienveillants. Et voilà, donc au bureau, bien évidemment, il y a tout. toute mon équipe qui était là et qui connaît mon histoire, qui l'a traversée avec moi et qui m'a boostée à mort. Mais il y avait aussi tous ces rendez-vous professionnels qui ont fait que... qui me rendent compte que la vie continue et que j'ai rencontré des personnes formidables et qui m'ont permis, jour après jour... d'avancer, c'est surtout ça.
- Speaker #0
Tu n'as pas osé le dire, mais c'est vrai que c'est quand même important de se dire que la valeur travail est quand même aussi vraiment une béquille. Il ne faut pas avoir honte de retourner au travail et de revouloir cette vie, ce quotidien. C'est aussi important parce que parfois, on doit se dire, maintenant, qu'est-ce que je fais de ma vie ?
- Speaker #1
Je pense qu'il est essentiel.
- Speaker #0
Inessentiel. En fait, c'est comme Paloma, elle est allée à l'école deux jours après le départ de sa sœur.
- Speaker #1
Il fallait vraiment,
- Speaker #0
ça a été notre choix, mais il fallait vraiment qu'elle, déjà qu'elle parle de ce cocon si douloureux à la maison, et qu'elle aille retrouver ses amis, de la joie de vivre, un quotidien, une routine qui est normale en fait.
- Speaker #2
Moi je dirais qu'en complément du travail, qui est bien sûr très important, il y a aussi l'aspiration au plaisir. qui est très important. Parce qu'en fait, tu perds tout plaisir, tout goût des choses. Le travail, c'est bien sûr essentiel et il y en aura vraiment.
- Speaker #0
Mais ça, c'est personnel.
- Speaker #2
Son travail, plus la création d'associations, parce que c'est en plus du boulot, l'association. Et en même temps, ne surtout pas être inquiète d'avoir envie de faire des choses de plaisir, on peut se prélasser. C'est justement le retour à la normale, on va dire, d'avoir envie de se faire plaisir, d'avoir envie de se faire... un bon déjeuner, de rigoler avec ses copains. On a le droit de reprendre goût à ces choses-là.
- Speaker #0
Et si je peux juste terminer par rapport à ça, tout à l'heure, quand tu nous demandais ce qui nous avait changé ou pas, moi, une chose est sûre, c'est que depuis le départ de Céleste et la création de cette association de Super Céleste, il est évident que je pense tous les jours quand je me réveille le matin, c'est que rien n'est impossible. Tout est possible. mais vraiment, et j'y crois mais dur comme fer et on avance on peut déplacer des montagnes en fait il faut juste, c'est une question de volonté déplacer des montagnes et surtout garder un sourire parce que derrière tout ça il y a des choses extraordinaires qui peuvent se jouer en fait il faut juste le décider c'est ça, on décide soit d'être malheureux toute sa vie soit de se dire ok, on avance Et on va trouver les choses qui vont pouvoir me permettre d'être heureux encore dans cette vie. Et il y en a plein.
- Speaker #1
Alors à quel moment, avant Paco, vous décidez ensemble de créer l'association ? Que pouvez-vous nous en parler ?
- Speaker #0
Alors, on a décidé de créer cette association. En fait, on a voulu s'engager pour une association qui avait une cause pour les enfants. Sauf qu'on n'a pas vraiment trouvé une association qui nous parlait profondément. Comme on l'explique, on aime dire que...
- Speaker #2
On ne peut pas choisir qu'une seule cause.
- Speaker #0
Céleste, elle était...
- Speaker #2
Céleste avait eu un accident. Si, bien sûr, il y avait une raison particulière à sa mort, on serait certainement tourné vers une maladie ou un comportement. qui aurait amené à son accident. Et en fait, non, vraiment, sa mort, c'est le fruit de la malchance. Et donc, on s'est dit, en fait, pour un petit être qui était tellement vivant, tellement joyeux et qui partait partout,
- Speaker #0
qui butinait et qui passait de bras en bras tout le temps, on s'est dit que ça faisait... Et on s'est rendu compte, surtout qu'il y avait beaucoup d'associations qui offrent pour les enfants qui étaient... Il y a des très grosses associations, mais il y en a des plus petites qui sont complètement en perdition, qui ont du mal à communiquer, qui ont du mal à avoir des bénévoles, qui ont du mal à recevoir des dons. Et donc on s'est dit qu'on allait créer un outil qui puisse être catalyseur d'associations. Donc Super Céleste, c'est la marraine du ciel qui va butiner d'association en association et qui l'intègre dans sa constellation, qui les intègre toutes. en tous les cas à notre échelle. C'est déjà énorme. Déjà pour créer du lien entre ces assos, et ça c'est très important parce qu'on se rend compte aujourd'hui, avec la petite expérience qu'on a, on se rend compte qu'il y a plein d'associations qui peuvent, il y a des vraies synergies qui opèrent. Communiquer sur eux pour faire en sorte qu'il y ait des bénévoles qui s'investissent, communiquer sur eux. pour les faire connaître encore plus et faire des campagnes de dons, comme tu as tout expliqué, et créer des moments pour ces enfants qui n'ont pas la même vie que les nôtres et pour rassembler tout ce monde ensemble dans des moments de joie et de partage surtout.
- Speaker #1
Alors, ce qui est important de rappeler, c'est que vous faites un appel aux dons. toute l'année. On peut reverser de l'argent à Super Céleste en dehors des événements que vous organisez. Prochainement, est-ce que l'un de vous peut en parler ? Vous organisez un magnifique événement ?
- Speaker #0
Oui, grâce au groupe Frey, qui est notre mécène pour la journée du 12 avril, qui nous ouvre ses portes à la Communale de Saint-Ouen. Et on a créé, enfin on est en train d'organiser un événement qui s'appelle « Dessine avec moi, avec ton artiste » , un artiste pardon, où là, pendant le temps d'une journée, il y a différents artistes artistes peintes, artistes photographes très reconnus qui viennent animer des ateliers pour ouvrir le monde des arts graphiques aux enfants des associations que SuperCéleste porte. Donc il y aura les enfants de SOS Village, de l'Institut Imagine, de l'ESA et Planète Enfants et Développement, plus les enfants de Saint-Ouen et Nos Enfants à Nous. à nous de nous rendre.
- Speaker #2
Je pense que c'est une tempête qui est magnifique. Ça va être une journée très, très joyeuse. Ça va être amusant, même pour les parents.
- Speaker #1
Moi, j'atteste.
- Speaker #0
Vous venez nombreux.
- Speaker #1
Et alors, à quel moment vous avez décidé ? Vous avez décidé ensemble, c'était l'idée d'Aliénor, de Pierre-Louis. Comment ça vous est venu ? Et à quel moment dans le processus de deuil ?
- Speaker #2
Aliénor, plus. Super Céleste, c'était un personnage que j'avais... Enfin, c'était des personnages. Super Céleste et Super Paloma, je leur racontais des histoires quand on se promenait. dans le lot, la campagne, en voiture. En fait, j'ai inventé des histoires, comme un papa peut faire, Super Céleste, Super Palomar. Et puis bon, malheureusement, Super Céleste est parti un peu trop. Et en fait, c'est Ali qui a commencé à venir cette idée de... D'abord, elle est née assez rapidement à parler de l'histoire, en disant que ça ne peut pas rester vain, cette histoire, il faut que ça serve à quelque chose. Donc elle a amorcé cette histoire-là, à ce moment-là. moi j'ai dû commencer à parler du marathon c'est ton frère qui m'a dit on va courir ce marathon parce que j'avais dit que je ferais un marathon pour mes je sais pas en quelle année mais finalement je l'ai jamais fait il m'a dit mon objectif tu vas te dépasser et en fait les deux Alineur avec son projet d'association et moi avec le projet marathon on a connecté ça s'est fait ensemble
- Speaker #0
Mais... L'objectif de cette association, en tous les cas, c'est sûr que ça nous aide, moi peut-être plus que Pierre-Louis, mais à traverser cette épreuve, parce qu'une chose est sûre, c'est que même en découvrant un sourire ou deux sourires sur les visages des enfants, qu'on peut aider à notre toute petite échelle, déjà on se dit qu'il y a un sens. au départ de Céleste. Ça nous a permis de tendre encore plus les bras. Et ça, c'est hyper important.
- Speaker #2
C'est pas très compliqué de donner, en fait. Donner du temps, donner même 5 euros, c'est pas très compliqué. Donner un cadeau de Noël à un enfant qu'on n'a jamais reçu.
- Speaker #0
Une journée au bord d'un sourire.
- Speaker #2
On met de sommes pour aller ramasser du plastique avec des enfants qui... vivent une des plus belles journées de leur vie. On se dit des petits loups qui nous ont dit ça, c'est une des plus belles journées de ma vie, parce qu'ils ont eu une enfance tellement difficile, on ne peut même pas se rendre compte, nous qui avons été tellement préservés, en tout cas dans notre enfance, et là on se dit, en fait, Céleste, sa vie a un sens, sa vie continue à avoir un sens, même presque plus encore que les enfants de son âge, les enfants de 7 ans, il n'y a pas autant de choses qui se créent autour d'un enfant de 7 ans, à moins que ce soit Mozart.
- Speaker #1
De toute manière, elle était... Même son prénom, c'est un prénom d'orge, en fait.
- Speaker #2
D'orge, l'estiné, oui.
- Speaker #1
C'était vraiment... Je ne vais pas oser le dire, mais... C'est vrai que toute cette histoire autour d'elle, jusqu'à... Enfin, voilà, jusqu'à... Vous avez... Enfin, Céleste, les cieux, c'est vrai que c'est... Tout ça est assez... Enfin, quand on vous voit et qu'on vous écoute, on sent quand même vraiment toute cette...
- Speaker #0
C'est elle qui nous porte. Oui, toute l'histoire. Et je le dis sincèrement, c'est... Oui, on a une énergie, comme tu disais, on a une énergie tous les deux, on fait des choses, etc., des choses de notre vie. Mais là, cette énergie qu'on donne dans cette association, c'est elle qui nous porte. Et ma sœur qui est très engagée auprès de nous, Clémence, dans cette association. Elle le dit aussi, c'est vraiment sa nièce qui la porte aussi. Donc on a de la chance d'avoir ce moteur derrière nous. Le locomotive. Ça nous rend un peu moins idiots parfois. Parce que, comme dit Pierre-Louis, parfois, on retourne dans nos travers. C'est le bon signe. Oui.
- Speaker #2
C'est-à-dire qu'on redevient normal.
- Speaker #0
Oui. Alors,
- Speaker #1
justement, tu l'as évoqué, Aléna, les hommes et les femmes ne réagissent pas pareil, surtout face au drame et surtout face à la perte d'un enfant. Toi, Pierre-Louis, je crois qu'il y a quelque chose qui t'a beaucoup aidé et dont tu voulais nous parler aujourd'hui.
- Speaker #2
Oui. Alors, déjà, la première chose qui m'a aidé, qui m'a préservé, c'est que moi, je n'étais pas là quand il y a eu l'accident. Kalinor a mis Céleste au monde et elle était là au moment où Céleste a rendu son dernier souffle. Moi j'étais pas, même ma mère était en train de se faire opérer au Portugal, je suis parti en urgence le vendredi soir, le samedi matin, donc j'ai passé mon week-end aux cheveux de ma mère, heureusement qu'elle s'est passé, puis j'ai appris l'accident de Céleste alors que j'étais à Lisbonne, et donc ça, ça m'a préservé, j'ai pas vécu l'horreur du... de l'accident, l'urgence, l'espoir, les pompiers, la police, etc. Malgré le chagrin, j'ai été préservé, je n'ai pas eu ce traumatisme qu'Elinor a eu, qui est ancré en elle, plus que moi. Et donc, très rapidement, on a des copains qui ont un couple d'amis qui a vécu pareil, un drame, la perte d'un enfant. Et Constance m'a envoyé un message en disant « Je te revois quelque chose. » Et donc, j'ai reçu à la maison, je pense que c'était trois ou quatre jours après, le livre de Christophe Fauret, qui s'appelle « Vive le deuil au jour le jour » , qui est plus qu'une béquille, c'est un médicament. On ne peut pas soigner un truc pareil, mais on peut expliquer aux gens ce qui va se passer. En fait, le deuil, c'est une guérison très lente. C'est un processus psychologique qui est entré en nous. Depuis des millénaires, les gens perdent des enfants, et beaucoup plus qu'aujourd'hui, et dans certaines parties du monde, beaucoup plus. En Afrique, on perd beaucoup d'enfants. En Amérique du Sud, on perd beaucoup d'enfants. La mortalité infantile, c'est quelque chose auquel l'humanité confrontée était confrontée. Et donc, en fait, en nous, on a ces processus de guérison. En fait, Christophe Fauret, qui est vraiment un psychiatre spécialisé dans le deuil, enfin pas que ça, mais en tout cas, il est vraiment renommé pour... Oui,
- Speaker #0
vraiment pour les enfants.
- Speaker #2
Et qui l'exprime extrêmement bien, oui, les enfants, explique comment est-ce que se déroule du premier jour la séparation, ce fil, ce lien qu'il y a entre deux êtres qui se cassent définitivement, comment est-ce que le processus psychologique, dès lors que ce fil se casse instantanément, instantanément, se met en place. Et en fait, c'est une espèce d'énorme cicatrice qu'on a. C'est comme si on avait un accident de voiture et qu'on se réveillait, qu'on nous disait « Écoutez, vous êtes extrêmement brûlés, vous avez perdu une jambe, etc. Mais vous allez réapprendre à marcher, vous allez voir. Vous serez toujours handicapés. Parce qu'on est handicapé de l'intérieur, ça ne se voit pas, ce qu'on a vécu. Et pourtant, c'est une blessure, une meurtrissure. On a cette cicatrice qu'on soigne, en fait. Et en fait, à chaque fois qu'on a un retour de chagrin... C'est comme si on ouvrait la plaie pour la nettoyer, et puis elle se referme, elle est un peu plus jolie à chaque fois. Elle restera toujours là, il y aura toujours une cicatrice, mais le fait d'avoir ces flots de chagrin qui reviennent au début, on les a moins maintenant, on en a 4 ans heureusement, mais au début on se dit, mais c'est interminable, pourquoi est-ce que c'est... ça, ça prend le ventre, on n'a même plus de larmes, on n'est pas bien, c'est une espèce d'anxiété. profondes, on se dit mais qu'est-ce qui m'arrive est-ce que c'est vrai, bah t'en serais mais c'est vraiment, ça nous est vraiment arrivé et en fait un jour on se réveille et on se dit ça va pas si mal aujourd'hui et puis un jour on se dit mais en fait ça va super bien aujourd'hui, puis un jour on se dit même plus, tiens qu'est-ce que j'ai vécu, non on a attention à l'école ce matin les enfants allez tu te lèves, on s'en détourne on avoue un jour on a une vie, on retrouve la vie normale C'est bizarre en fait. C'est un médicament extraordinaire. Il est vraiment extraordinaire. Je n'ai jamais rencontré Christophe Auré. Je le remercie vraiment du fond du cœur. Et je remercie Constance qui a eu cette attention aussi. Parce que ça m'a préparé à ce que j'allais vivre. Ça m'a rassuré en fait. Je ne me suis pas senti seul. Je me suis dit en fait tout le monde va vivre ça un jour dans sa vie. La perte d'un proche. Que ce soit un enfant, un parent, un maître cher. Là,
- Speaker #1
ça parle du deuil de l'enfant ou du deuil de manière générale ?
- Speaker #2
De manière générale.
- Speaker #1
Quand il y a un deuil, c'est vraiment ce livre. Je le conseille à tout le monde.
- Speaker #0
Sincèrement, moi, je voulais... Pierre-Louis m'a bassiné pour que je lise et je n'ai pas voulu le lire. Mais en revanche, parce que chacun a son process, j'ai écouté une de ses conférences. Six mois après le départ de Céleste, et j'ai été étonnée d'écouter tout le process qu'on avait vécu depuis son départ, et surtout de ce qu'on allait traverser après. Et je le remercie du fond du cœur, parce que le après était encore plus difficile que les six mois passés, parce qu'au début, on est dans le choc, donc le choc post-traumatique, finalement, il est plus facile à... à traverser. Après, c'est l'acceptation et se rendre compte du quotidien. Et je le remercie parce que je l'ai entendu et je me suis dit, ok, bon allez, on y va parce que là, ça va être encore plus chaud. Et voilà, on va continuer à affronter ça. Et clairement, et surtout, et après, c'est un message d'espoir extraordinaire. Mais vraiment incroyable.
- Speaker #2
Si, faites-moi confiance, c'est vrai.
- Speaker #0
Et c'est vraiment vrai.
- Speaker #2
Vous allez finir par aller mieux. Tu te dis, attends, de quoi tu parles ? Je ne peux pas aller mieux, c'est impossible. On t'a racheté tes deux bras. Tu te dis, en fait, ma vie ne s'arrête pas, parce que ce n'est pas ça, mais c'est fini en fait. L'insouciance, c'est fini. La joie de vivre, c'est fini. Ça ne peut plus revenir. C'est impossible, impossible. Tu es dans un état de désespérance tel que tu ne peux même pas imaginer. de six mois après te faire un déjeuner avec tes copains, un week-end avec ta femme, rigoler, aller au ciné. Non, non, non. Et lui, il te dit dès le départ.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est qu'en fait, souvent, alors évidemment, tu l'as dit, les proches, et on comprend en fait dans ce que vous racontez, à un moment, tu as eu un rejet parce que tu ne voulais pas qu'on te voit comme le miroir de ta souffrance. En revanche, parfois, des inconnus, des experts, des personnes qui ont traversé la même chose, peuvent te marquer et te tendre des mains. Et ce n'est pas du tout rejeter les gens qui nous aiment et qui veulent nous protéger, c'est juste qu'il y a des moments, il faut aussi dire aux proches qu'il faut accepter de pouvoir vous accompagner, les gens qui vivent des drames, par des personnes qui ont vécu ça ou qui ont les bons mots. Et finalement, tout ça est un process. Et tu l'as dit, Pierre-Louis, la mort, tout le monde terminera au même endroit. Et c'est vrai que c'est un process d'acceptation, de silence, d'absence. Alors évidemment, les enfants, c'est ce qu'il y a de plus dur. Mais finalement, je crois que dès qu'on perd un proche...
- Speaker #0
Oui, de plus dur. Moi, ça, c'est quelque chose que je dis souvent. Il y a beaucoup de personnes qui me disent « Mais ce que vous avez vécu, c'est pire que tout. Votre peine est beaucoup plus importante. » Non, Mais moi, je ne suis pas du tout... Donc,
- Speaker #2
il n'y a pas d'échelle du chagrin. Non,
- Speaker #0
mais il n'y a pas d'échelle du chagrin. Quand on perd sa mère, son père, son frère, sa sœur... La peine, quand elle est là, elle est là. Elle est profonde.
- Speaker #2
Quelqu'un qui a un enfant, on ne peut pas lui dire... En fait,
- Speaker #0
il n'y a pas de comparé.
- Speaker #2
On peut savoir. Après, c'est vrai que l'amour qu'on a pour ses enfants est tellement extraordinaire que c'est proportionnel au chagrin qu'on va avoir.
- Speaker #0
Ce n'est pas normal de perdre un enfant. C'est plus ce côté-là. Après, le chagrin, comme ce n'est pas normal, il y a des choses anormales à traverser. Mais en revanche, il ne faut surtout pas comparer le chagrin. Parce que quand on est triste à cause du départ d'un proche, il faut juste accepter cette souffrance, beaucoup pleurer aussi. Ça fait du bien aussi de pleurer. Mais il n'y a pas d'échelle de « toi t'es pire, toi t'es moins pire » . Je trouve ce discours terrible en fait.
- Speaker #1
C'est très gentil de le rappeler. Je pense que c'est vrai que vous êtes... Vous parlez du deuil et on voit avec du recul, avec beaucoup de joie, d'amour. Ça paraît complètement bizarre d'associer le deuil et la joie, mais c'est vrai que ça se ressent. On sent qu'il y a aussi un travail, qu'il y a une communion entre vous deux. Évidemment, on l'a un peu évoqué, mais il y a eu de la colère, des cris, personne n'en doute. Néanmoins, c'est vrai que de pouvoir, et pardonnez-moi le mot, mais vulgariser le deuil, c'est quand même essentiel, parce que c'est quand même une des choses dont on parle très peu. Beaucoup, l'humain en a peur. Et en fait, c'est quand même aussi important de savoir qu'il est... Il va tous nous amener au même endroit. Et qu'en fait, plus on va en parler, plus on sera peut-être unis les uns les autres. Et donc, merci en tout cas d'être venu. C'est un témoignage énormément et touchant et sachant. Moi, à chaque fois que quelqu'un va perdre quelqu'un, non mais vraiment, tu sais, tu ne sais pas quoi faire. Tu écris un message et après tu dis « Et qu'est-ce que je fais ? »
- Speaker #2
Tu envoies le livre, mais tu ne lis pas. Je te conseille de lire. Oui,
- Speaker #1
tu l'envoies. Mais ça, tu vois, c'est un excellent conseil de qu'est-ce que concrètement tu peux faire. pour aider et puis après voilà parfois c'est pas forcément ta présence c'est tes câlins c'est juste un cadeau aucun partenariat avec Christophe Forêt non mais vraiment que je vais inviter et là comme on l'a fait on a eu l'occasion de et ça me ferait très plaisir d'être là pour au moins le rencontrer
- Speaker #2
Parce que c'est un homme, je ne peux pas dire qu'il a révolutionné. Je pense vraiment qu'il m'a fait gagner des années de thérapie. Mais il m'a fait gagner beaucoup de temps. Et il m'a rassuré quasiment tout de suite. Je peux vivre le pire et te dire que ce n'est pas définitif.
- Speaker #1
Moi, je pense que ce post-it, c'est toute la vie éternelle. Karma et recommencement, je pense que ce podcast va aider énormément de gens. J'espère aussi qu'en retour, d'autres personnes vont aider Super Céleste. En tout cas, comptez sur moi. Je vous reçois à nouveau pour parler de ces sujets dont vous parlez admirablement bien. C'est vraiment impressionnant, votre douceur et le bonheur qui se retranscrivent malgré cette épreuve. Et effectivement, même moi aujourd'hui, je sens Céleste avec nous. Merci mille fois d'être venue témoigner.
- Speaker #0
On a un beau soleil aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci. Et vraiment... Voilà, je pense que merci de parler de ce deuil de manière si éveillée. Je crois que tout le monde sera très touché par cette intervention. Merci à vous, Cécile. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes. Soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare. Continuez à nourrir ce qui fait vraiment la différence.