- Speaker #0
Bonjour, bienvenue chez Cerveau Puissant, un podcast né d'une intuition. Rien ne commence jamais comme on l'imagine. Ni par une réussite, ni même par une décision, mais plus souvent par une faille. Et aussi, et heureusement, des prises de conscience qui transforment. Ici, les trajectoires de nos invités ne sont pas là pour nous impressionner, non pas du tout. Elles sont là pour comprendre et pour se rappeler surtout que tout peut se transformer. que tout peut toujours tout changer. Bonjour, je suis Elsa Walensky et vous êtes chez Cerveau Puissant. Et aujourd'hui, j'ai la joie de recevoir Ludivine Maître. Vous êtes prof de pilates, vous êtes autrice. Nous sommes d'ailleurs déjà partis il y a très longtemps ensemble dans une de vos retraites parce que vous faites plein de retraites avec des femmes. Et vous sortez un livre, pardon, mais j'allais oublier le plus important quand même, c'est vrai. Vous sortez un livre chez Flammarion, Pilates, plaisir et protéines. C'est bien d'avoir mis le mot plaisir, on va en parler justement. Mais ce qui m'intéresse moi chez vous, c'est ce que vous n'avez pas forcément écrit dans ce livre. Donc c'est de ça dont je voudrais parler. Je sais, parce qu'on s'est déjà rencontré, que vous avez eu des troubles alimentaires dans votre vie. Je sais que c'est ça qui vous a, enfin je crois que c'est ça qui vous a mené... au fait que vous ayez envie un jour de devenir prof de pilates. Peut-être que je me trompe ou... Non, on va en parler. Alors, allez-y, je parle à votre place. Allez-y.
- Speaker #1
Alors déjà, merci Elsa pour cette introduction. J'avais commencé à parler, un peu comme un coming out, de cette honte, parce que c'en était une, c'est un tabou, en 2021, au sortir du confinement. et Et il y avait cette envie de dire au reste des femmes que j'entraînais depuis déjà, c'était en 2021. Donc j'ai commencé à entraîner en 2016-2017 à peu près, au moment où j'ai été diplômée en pilates. Et au départ, quand je me suis formée, ce n'était pas forcément pour transmettre ça, j'avais aucune idée. J'avais juste envie de faire quelque chose en parallèle de mon métier de franchisée à Morino, donc enseigne de glace.
- Speaker #0
Oui, c'est ça parce que vous avez changé de métier.
- Speaker #1
Voilà, donc là, c'était ma troisième reconversion. Et c'est drôle de se dire que j'ai été tout le temps au milieu de sucreries, que ce soit des glazes, des gaufres, des crêpes, des chocolats chauds. Et j'ai évolué là-dedans, donc je vais raconter après. Mais en attendant, en 2021, c'était le moment de dire au reste des filles qui peut-être me voyaient comme la fille. Waouh, elle y arrive, elle fait ci, elle fait là. Non, non.
- Speaker #0
La prof de pilates incroyable, qui fait mille trucs, qui est toute mince, qui fait plein d'exercices. Et qui se forme.
- Speaker #1
Et qui fait... Et en fait, on montre ce que l'on veut bien montrer. Et derrière, il y avait une grande souffrance. Et en 2021, il y avait cette envie de partager et de dire, alors, je ne suis pas comme vous pensez que je suis, mais je vais beaucoup mieux déjà. Et venez, on est ensemble et on va partager ce chemin avec des petites graines, en fait, ces petits pas. Vous en parlez. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
La honte, vous parlez aussi de la honte dans ce livre et vous parlez de ces fameuses petites graines et ces petits pas. Alors, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Oui, parce que je crois qu'à un moment, lorsque l'on veut changer, transformer son corps, en tout cas, on a le droit de vouloir avoir un corps plus musclé, plus affiné, peu importe, tant que ça ne devient pas une obsession. C'est là qu'il y a un problème, ensuite. Mais je crois que ça, si on veut que ça change à un moment, pour justement se tonifier, etc., il faut mettre en place des mouvements, plein de choses, mais petit à petit. que ça reste dans le plaisir, parce que sinon ça ne va pas durer, tout simplement. Et ça, moi je l'ai vécu, c'est-à-dire que du jour au lendemain, souvent c'est au mois de janvier, ou alors au mois de septembre, toutes ces... Ben, c'est pas compliqué, tout le monde fait ça en fait, on a envie de prendre de bonnes résolutions. Alors maintenant en janvier, on va arrêter de boire aussi, et puis on va arrêter le pain, on va arrêter plein de choses, pour finalement tout reprendre avant. Donc c'est ce côté trop de changement d'un coup, qui fait qu'on n'y arrive pas sur la durée. Et du coup, l'estime de soi en prend vraiment un coup. Alors que si on se dit, bon alors, déjà, on va commencer petit, je vais faire mon chavache, le dos rond, le dos creux, je vais faire peut-être la moitié de la série des abdos que la prof conseille, et puis peut-être une planche, voilà, je dis ça. On va y aller crescendo. Petit à petit, on va voir du changement parce qu'évidemment, il faut que le cerveau...
- Speaker #0
Déjà, je fais la planche, je suis contente. Voilà, franchement.
- Speaker #1
Mais en attendant, c'est vrai que se dire, j'augmente au fur et à mesure, je vois qu'il y a un peu de changement. Et puis, le cerveau, il a envie d'y retourner parce qu'il a vu qu'il y avait quelque chose, une amélioration. Ce n'est pas la peine de se fouetter et de commencer à faire des Irox, des Ironman et toutes ces choses aujourd'hui autour de la performance. C'est bien, attention, je ne critique pas, mais je pense qu'il faut trouver un juste milieu.
- Speaker #0
Mais alors justement, vous, il est où le juste milieu ? Parce que vous êtes partie, vous avez fait quelque chose, Ludivine, assez drôle. On a commencé à parler de vos troubles alimentaires et vous êtes passée à un autre sujet.
- Speaker #1
Alors, exactement. Parce que c'est douloureux.
- Speaker #0
C'est douloureux peut-être d'en parler.
- Speaker #1
Alors non, parce que sinon je n'en parlerais pas. Et d'ailleurs, c'est drôle aujourd'hui de se rendre compte que là, on est ensemble et qu'on va parler de ça ouvertement, maintenant. je vais vous dire comment c'était cet enfer mais jamais si on m'avait dit un jour t'en parlera au micro de podcast où j'en ai parlé aussi sur le plateau de Fossine Bollard sur ça commence aujourd'hui j'aurais dit non mais n'importe quoi ça va pas ou quoi, parce qu'on se cache en fait ce qui se passe quand on commence à faire un premier régime parce que moi je nageais à l'époque, j'étais en maillot de bain et comme tous les sports un peu féminin, esthétique où on doit voir comme en patinage artistique ou en gym Il y a vraiment... Là,
- Speaker #0
vous aviez quel âge ?
- Speaker #1
Alors, mon premier régime, je l'ai fait à 16 ans. Et donc là, j'ai compris, on m'a dit qu'il fallait arrêter, couper, restreindre. Il y avait des aliments interdits. Là où avant, il n'y avait pas ce genre d'interdiction, en fait. Bon, on commence comme ça et finalement, on commence à restreindre. Et moi, je m'entraînais, donc j'étais athlète dans l'eau, dans l'alimentation synchronisée. Et on a faim, en fait. Et le problème, c'est que ça devient vite une obsession, parce qu'on a faim. Donc, on pense qu'à ça. Et on pense qu'à ça. Et évidemment, en plus de penser qu'à ça, on va penser aux choses qui sont interdites, parce que sinon, ce n'est pas drôle. Donc là, si on vous dit, les pâtes, le pain, je me souviens, c'était les pâtes, pain, pizza. Et puis, les frites, surtout pas les frites. Et puis, alors non, il ne faut pas mélanger fécule. Enfin bon, bref, je les ai tous essayés ces régimes, je les ai faits. Au fur et à mesure, un peu comme si le dernier qui avait parlé dans un magazine ou à la télé avait raison. Tiens, on va essayer le régime sans sucre. Tiens, on va faire la monodiète de riz, de banane, de pomme. Et puis, chaque lundi, je recommençais parce qu'au milieu de la... Alors, la lundi, c'était le pic de motivation. Et au fur et à mesure de la semaine, forcément, c'est dur à tenir. Puis on pense qu'à ça, on lâche. Et à un moment, entre le jeudi et le vendredi, c'est... Bon, allez, vas-y, foutu pour foutu, on va arrêter. On va se lâcher du coup.
- Speaker #0
Et c'était quoi le lâchage alors ?
- Speaker #1
Tout ce qui était interdit. Et donc, comme je savais que le lundi, j'allais me remettre, et cette fois, j'allais y arriver, pensant que c'était que ma volonté, et que c'était moi qui avais un problème avec ma volonté, eh bien, je prenais tout ce qui avait été interdit. Donc, plutôt que de prendre un carré ou deux de chocolat, un truc raisonnable, ça pouvait être la tablette. Et puis, en fait, ces craquages, ils étaient de plus en plus importants. Et du coup, les régimes entraînaient de plus en plus. La prise de poids. C'est-à-dire que là, on est dans un truc de yo-yo, parce que notre corps, il est intelligent. Il a compris que la fille là-haut, elle a un peu... Je rigole maintenant, mais c'était vraiment pas drôle. Elle se dit, elle s'intrait, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle va me restreindre encore. Elle n'a pas compris. Moi, je vais passer en mode survie. Je vais tout arrêter, tout stocker, pour que la prochaine fois qu'elle m'affame, moi, j'ai les réserves. Et comme ça, il n'y a plus de perte de poids. Donc en fait, on arrive à un moment donné à des plateaux. où ça ne descend plus. Et alors là, en termes d'estime, parce qu'on se le dise, en tout cas, quand on est dans ces années-là, sorties de l'adolescence, jeunes femmes, et puis 20 ans, 25 ans, on pense qu'en fait, il faut avoir le corps parfait pour être aimée. Parce que si je n'ai pas le corps parfait dans nos sociétés, et puis moi, à l'époque, dans les années 90, c'était plutôt Kate Moss, quoi. Limite, on trouvait que Laetitia Casta était pulpeuse, voire ronde. Alors, je me souviens, elle a très bien plus belle femme. et dans les magazines on voyait que des filles hyper maigres et d'ailleurs le problème aujourd'hui c'est que ça revient ça oui ça revient encore et c'est fou de se dire mais on a pas appris quoi parce que bon bref en attendant moi j'avais pas ce corps là et je pensais que si je perdais au moins mes 10 kilos parce qu'au fur et à mesure au départ c'était 2-3 kilos à perdre et puis après c'est de plus en plus est-ce que vous vous faisiez vomir ?
- Speaker #0
alors pas au début Merci.
- Speaker #1
Non, ça c'est arrivé après. Et ça je pensais que j'avais trouvé le graal. Là ça a été le début de l'enfer, vraiment. La période qui a duré 10 ans, on va dire, jusqu'à mes 26 ans à peu près. Ouais, je le vois à peu près à ce moment-là. Là c'était prise de poids, punition. Punition avec le sport. Parce que je pensais que le sport faisait maigrir, et qu'il fallait faire des sports cardio, et qu'il fallait aussi se faire mal. Le no pain no gain à l'époque c'était écrit partout, et puis... Pas d'excuses dans toutes les salles, que ce soit du gymnase club à l'époque ou du club med gym. Aujourd'hui, peut-être que je n'y vais plus dans les salles comme ça, mais je pense que ça a quand même changé. Mais quand même, il fallait se punir, compenser en tout cas.
- Speaker #0
C'est incroyable qu'à l'époque, le sport, c'était se punir. Mais aujourd'hui, en fait, vous faites du sport et vous partagez un sport qui est très généreux. Et vous êtes très généreuse dans cette idée-là.
- Speaker #1
Exactement. Aujourd'hui... Je saute à la corde avec une autre façon de sauter à la corde. Quand je saute à la corde, je retrouve le plaisir, quand j'étais petite et que je faisais ça dans la cour de récré. Avant, quand je sautais à la corde, parce que j'avais vu quelque part que c'était l'équivalent de 30 minutes de footing, j'allais sauter en caoué, surtout quand il faisait chaud, parce qu'encore mieux, on va trop se guider. Horrible. Non mais horrible.
- Speaker #0
Et alors, quel est le moment où tout d'un coup vous vous êtes dit, en fait je vais me faire vomir ? Qu'est-ce qui a fait que ça a dégringolé ?
- Speaker #1
Quel a été le déclic ? Je ne me souviens plus. Je sais qu'en tout cas, c'était bien avant d'avoir Mathilde, ma première fille, avant 2012. Parce que ça a commencé en 2012, le changement progressif, pour ne pas lui transmettre ça. Ça, ça a été vraiment très important. Oui, hyper important. Mais ça n'a pas été tout de suite. En tout cas, le Graal ? Le Graal, c'était de se dire, je peux me gaver, je peux prendre tout ce que je veux à la boulangerie. Parce qu'en fait, je rentrais du boulot. Donc je partais de la Défense, je prenais la ligne 1, et moi j'habitais dans le Marais à l'époque. Et je connaissais toutes les boulangeries. Et en fait, je prenais que des choses qui étaient molles, faciles à engloutir, et que je trempais dans du lait. Je ne sais pas pourquoi, mais c'était un truc, en tout cas une perte de contrôle totale. Et évidemment, il fallait se cacher. Personne ne savait. C'est-à-dire que ça, les gens, ils ont découvert après dans le livre, même après avec mon conjoint, au début, je ne risquais pas de lui dire.
- Speaker #0
Et donc, c'était, vous mangez vers quelle heure ? Quand ça doit se cacher ? Alors,
- Speaker #1
je pensais à cette crise toute la journée. Et là, ça a commencé à 18h. Au départ, c'était une crise. Mais après les crises, et c'est là que ça a été compliqué, c'est que les crises se sont multipliées. C'est-à-dire que dans une seule soirée, je pouvais en faire trois ou quatre. Et donc, plus de vie sociale. Parce que quand les copines ou les copains, ou bref, appellent pour dire, bon, on va faire un resto, ben là, on invente n'importe quoi. On dit, ben oui, je vous rejoins après. Ou je prendrais juste un dessert ? En fait, c'est ridicule.
- Speaker #0
Juste parce qu'en fait, l'idée, c'est se gaver seule. Cacher.
- Speaker #1
Cacher et surtout avoir cette sensation pendant.
- Speaker #0
D'être flemme.
- Speaker #1
Oui, et puis surtout d'être rassurée. D'avoir rempli le vide.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
D'avoir rempli un vide béant. En fait, c'est sans fin, I am, mais sans fin aussi. Il n'y a pas... C'est un puits sans fond, quoi. Et en fait, la... La fois où j'ai vraiment cru que j'allais y passer parce que je me suis dit c'est bon ça doit faire la dixième, là c'était une journée complète, complète, et puis mal ici. Alors moi j'ai pas eu les dents, l'équilibre des choses ou plein d'autres symptômes que d'autres ont, mais en tout cas les yeux bouffis comme si on avait beaucoup pleuré, ne pensaient qu'à ça, se trouvaient... détestable. En fait, il faut savoir que quand on a ce type de crise d'hyperphagie et puis avec vomissement, parce qu'il y en a qui ont juste l'hyperphagie mais pas les vomissements, on est complètement dissocié de son corps. En fait, il y a comme une personne qui en a en retrait et qui va juger celle qui est en train de passer à l'acte et qui, derrière, dans cette perte de contrôle, lui dit « mais t'es vraiment trop nulle, t'as aucune volonté, mais tu t'en sortiras jamais, regarde-moi ça » . Enfin bref, là, il y a une espèce de comité interne dans la tête qui... qui nous sortent des atrocités, c'est-à-dire que même à sa meilleure amie ou à sa fille, jamais on ne parlerait comme ça. Mais alors, ça te redonne à cœur joie. Là, c'est un espèce de défouloir. Et ce que j'avais aimé dans une des lectures d'Elisabeth Gilbert, qui avait fait le film « Mange, prie, aime » et un best-seller, c'est quand elle parlait de... En fait, on va commencer à changer, à initier ce changement, quand on a marre de ses propres conneries. Elle, elle parle du bullshit, mais quand il y a un trop-plein, là, il y a un déclic. Moi, c'était ce jour où il y avait les dix crises. Je me suis dit, je ne peux pas continuer, je vais crever en fait. Parce que même au niveau du cœur, on sent que ça tire, ça fait mal. Et puis les mâchoires, en fait c'est violent. Et c'est une forme de détestation de soi, mais ultime. C'est-à-dire qu'on n'a pas fait pire. Je pense que vomir à part quand il y a vraiment une gastro, ou un trop plein, ou comme ça arrive, ou alors avoir trop bu parce qu'on a pris une cuite. et que le corps a besoin de se débarrasser, ok. Mais imaginez le répéter tous les jours et plusieurs fois par jour, ben, on déteste.
- Speaker #0
Moi, je l'appelais mon monstre. Moi, j'ai eu des troubles alimentaires et j'avais l'impression que c'était un monstre qui arrivait en moi et je disais, ah, le monstre est là. Donc, ce n'était plus moi, c'était le monstre.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et c'est en ce sens qu'en trouvant une activité moins violente que le body attack ou... Aujourd'hui, j'aurais pu moi faire partie des gens qui font le IROX, qui vont à fond. Je pense que ça aurait été moi, ça, à l'époque. L'histoire de « on y va » . Bon, bref, je ne critique pas, mais je me vois... Moi, ce n'est pas pour moi, en tout cas. Parce que je sais que ce n'est pas me respecter. C'est aller au-delà de ma physiologie, en tout cas de mon moment aujourd'hui.
- Speaker #0
De douceur. De douceur, oui. C'est ça. En fait, c'est la douceur qui a fait le déclic. il a été
- Speaker #1
Le déclic, il a été quand j'ai rencontré... Il y a eu un premier déclic parce que le pilates est une porte d'entrée. Ce n'est pas le pilates qui m'a réconciliée avec mon corps. C'est plein de petites graines que j'ai été prendre à droite et à gauche. Il y a eu d'abord le pilates, une première étape. Ensuite, il y a eu la découverte du yoga, de certaines respirations, de certaines rencontres aussi, de certaines lectures. Et de comprendre que d'être trop dans mon yang, le côté masculin... puisqu'on est fait des deux polarités, le yang et le yin. Le yin, c'est vraiment le féminin, et c'est ce qui permet de ralentir, d'aller vers plus d'introspection. Là, j'ai compris que si je continuais à faire du yang comme ça, et être toujours dans l'énergie, et si je ne prenais pas le temps, à un moment donné, de compenser en revenant à plus de douceur, et à prendre du recul, je pense que ça vient aussi avec l'âge. en grandissant, en vieillissant, en apprenant à se connaître. Comme vous disiez tout à l'heure sur le monstre, on le voit arriver. Et on pourrait, du coup, comme ils disent dans les traditions bouddhistes, de prendre le thé avec et de se poser et de dire, vas-y, qu'est-ce que tu as à me raconter ? Parce que moi, ce que j'ai compris après, c'est que mon problème, il n'était pas avec la nourriture. Mon problème, c'était que... Enfin, ce n'est pas un problème. Aimer manger, c'est pas un problème. Manger, c'est la vie, en fait. C'est un plaisir, bien sûr. C'est ça qui est fou, c'est de se dire que c'est un plaisir et qu'on l'a transformé comme un doudou pour gérer ses émotions. Et que si on n'a que ce doudou pour se réguler émotionnellement parlant, c'est là que c'est compliqué, parce que forcément, dès qu'il y a un truc qui ne va pas, s'il y a trop de colère, de la tristesse ou peu importe...
- Speaker #0
Ou du vide, vous avez parlé de vide. C'était quoi ce vide, alors ? Oh là là ! Parce qu'aujourd'hui, vous m'avez l'air d'être très... J'ai l'impression qu'il n'y a aucun vide aujourd'hui. D'ailleurs, quand on lit le livre, il n'y a pas de vide. Il y a du plaisir, il y a des rencontres, il y a de la générosité. Alors,
- Speaker #1
c'est des moments choisis. Ah ! C'est des moments que je choisis parce que si je ne fais pas ça, je me recrache.
- Speaker #0
Alors, c'est intéressant. Ça veut dire quoi, ces moments choisis de vide ? C'est important de raconter ça.
- Speaker #1
Je fais des escapades pour moi. Au lieu de les organiser pour les filles. Je vais faire une cure ayurvédique, par exemple, une fois par an. Là, je ne vais pas tout à fait un jeûne, parce que ça, je ne peux pas faire. Je vais faire une cure qui s'appelle monodiète de légumes, où on mange quand même, mais beaucoup moins. Et c'est une forme aussi de se reconnecter un peu à ses sens et au silence. Je fais des retraites en silence aussi. Ça ne peut pas être perché. Non,
- Speaker #0
non.
- Speaker #1
C'est ce qui me permet... Moi, c'est ce qui m'a... Permis de ne pas dévisser complètement et de garder ma santé mentale avec le mouvement aussi lent et introspectif. Après j'aime danser, en fait il me faut les deux.
- Speaker #0
Oui c'est ça, mais parce que vous avez l'impression qu'en fait ça sera toute votre vie, il faudra surveiller toute sa vie.
- Speaker #1
En fait... Je suis surveillée, beaucoup moins qu'avant, mais je sais qu'il y a des choses que je ne peux pas manger.
- Speaker #0
Pourquoi ? Genre quoi ?
- Speaker #1
Si je mange du beurre de cacahuète, c'est mort.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que c'est aux Etats-Unis, quand j'avais 16 ans, c'est à ce moment-là que j'avais pris 3 kilos. On parle de 3 kilos, ça n'est jamais que 3 kilos. Oui, c'est rien. C'est rien du tout. Et c'est ce qui fait que, quand on regarde des photos de cette époque, on se dit, alors,
- Speaker #0
qui bordel pour ça ? Mais bien sûr !
- Speaker #1
Parce que c'est ça la folie, c'est de se dire, mais je ne me voyais pas en fait. Non, je ne me voyais pas. Et donc, on est rentré dans une forme de spirale, de tunnel, de dégradation, de haine de soi, alors qu'en fait, c'était 3 kilos. Mais, aux Etats-Unis, c'était le beurre de cacahuète. Il n'y en avait pas partout, ici en France, il n'y en avait pas. Donc, toujours dans une logique, j'adore, j'aime la vie, donc j'aime manger. Et ça, il serait parti en deux secondes mes kilos là. Parce que surtout quand on s'entraîne et qu'on fait de la natation et qu'on court, etc. Le truc aurait été réglé. Mais bon, c'est comme ça. Eh bien, le corps, il a la mémoire. Il sait. Et moi, je me protège maintenant. Je sais que ça, ça peut potentiellement me déclencher un truc. Je ne suis pas... Je préfère me respecter et me dire... Moi, hier,
- Speaker #0
non, je n'y vais pas.
- Speaker #1
Je n'y vais même pas. Non, je n'y vais pas. Et ça ne me manque pas. Parce qu'à un moment, il faut aussi se dire, attends, ça va, il faut essayer. Mais je pense que si on donne à un fumeur qui a arrêté de fumer une cigarette, il risque de retaper dans tout le paquet après. Je crois qu'il faut aussi se connaître. Un alcoolique... qui a arrêté de boire, il ne va pas se reprendre un verre d'alcool. Moi, c'est pareil. C'est-à-dire qu'il y a des aliments comme ça, évidemment, c'est des aliments sucrés, on ne parle pas d'haricots ou de brocolis. C'est quand même des choses qui, à l'époque où c'était au plus haut, clairement, quand je faisais mes crises, je ne prenais que des aliments sucrés, dits interdits et réconfortants. Et c'est cela qu'aujourd'hui... Alors le Nutella, bizarrement, ça passe. Il y a des trucs comme ça qui passent.
- Speaker #0
C'est vraiment dégueulasse. Alors, vraiment, franchement, vaut mieux manger du beurre de cacahuète. Ouais,
- Speaker #1
ouais, ouais. Mais moi, le beurre de cacahuète, c'est pas vrai que tout est un peu... Et les sneakers, et les glaces comme ça. Par exemple, chez Amorino, là, on a une glace qui cartonne. Et celle-ci, ben j'y vais pas. Parce que j'ai pas envie de réveiller peut-être le monstre, on sait pas. Moi, je préfère être safe, en fait, là-dessus.
- Speaker #0
Alors oui, parce que vous parlez d'Amorino, parce que vous êtes toujours... Il faut qu'on remette tout en un. On remet dans l'ordre.
- Speaker #1
C'est grâce à Amorino, si je puis dire. Vous avez trois métiers,
- Speaker #0
en fait.
- Speaker #1
Oui, on va dire ça. Pas plus trop Amorino, parce que je suis un peu en retrait depuis le confinement. J'ai formé une personne qui pilote nos quatre boutiques. Mon conjoint est aussi associé. Bien sûr, c'est lui d'abord l'idée. Mais le pilote est arrivé grâce à Amorino. Amorino,
- Speaker #0
c'est les glaces.
- Speaker #1
Oui, c'est les glaces, pardon. parce qu'en étant toujours debout, en portant des charges assez lourdes pour les mettre dans la chambre froide au début, l'ostéome disait peut-être que tu devrais faire un peu plus de renforcement musculaire profond et tu devrais faire du pilates avec Kelly. Donc Kelly était dans le marais, ça tombait bien, et j'allais le voir une fois par semaine, et puis après j'ai continué, et puis j'ai augmenté le nombre, et puis après je me suis même formée. Et c'est vraiment une rencontre avec un professeur qui m'a permis de me... reconnecté à mes sensations à l'intérieur. En fait, c'était comme une méditation quand il parlait. Alors en plus, il avait l'accent, c'est un Américain, et il avait un accent et puis une voix qui reposait mon système nerveux. Alors là, pour le coup, il n'y avait plus de course, c'était waouh. Et puis, la découverte du pilates et puis le fait de se rendre compte qu'un corps pouvait aussi se transformer sans avoir besoin de transpirer ou d'avoir des courbatures, mais c'était être dans le mouvement juste. C'était la qualité des mouvements et pas forcément la quantité. Dès lors qu'on est concentré sur ce que l'on fait, peu importe le mouvement en fait, que ce soit du pilates, du tai-chi, du qigong, du yoga, peu importe, mais dès lors qu'on est connecté le corps et l'esprit, on réhabite son corps. Parce que c'est bien beau de dire je voudrais changer mon corps, mais si tu n'habites pas ton corps, comment tu crois que tu vas le changer ? Tu ne peux pas le changer,
- Speaker #0
il faut être à l'intérieur, il faut ressentir et ça, ça s'apprend. Justement, ce livre, pourquoi vous avez eu envie de l'écrire ?
- Speaker #1
Alors, c'est rigolo parce qu'au départ, ce livre, ce n'était pas ça. Au départ, j'avais envie de faire une bande dessinée.
- Speaker #0
Ah oui ? Alors, pas du tout, on n'y est pas.
- Speaker #1
C'était une bande dessinée parce que je savais aussi qu'on a un déficit d'attention aujourd'hui. C'est-à-dire que lire un livre, ça devient un challenge. Quand on voit qu'on se rôle, on ne reste même pas deux secondes devant un truc. Donc là, il y a plus de 300 et quelques pages, il faut y aller. Et je m'étais dit la bande dessinée c'est la bonne idée. Et puis en déjeunant avec mon éditeur, et en lui racontant un peu, il a vu mes yeux avec plein de paillettes, de... Oui, ça pétillait et je parlais de mes escapades. Tout à l'heure, on parlait des retraites. En fait, ce sont des escapades. Des escapades, voilà. Et je suis du coup aussi agent de voyage. Aussi d'être prof de pilates, c'est aussi agent de voyage, mon autre métier.
- Speaker #0
J'aimerais bien savoir bientôt. Vous reviendrez, il y aura le quatrième métier, on ne sait pas. Ça ne s'arrête jamais. Non, non, mais là,
- Speaker #1
en tout cas, il fallait le faire pour des raisons vraiment de législation et d'avoir le droit de prendre des femmes avec moi, avec toutes les assurances et les garanties financières qui sont... liées à l'organisation de séjours en France ou à l'étranger, peu importe. Donc ça, c'était important de l'avoir. Il dit, mais en fait, il faut que tu parles. Il faut que tu parles de tes escapades. Parce que les femmes qui viennent, que tu as depuis 2019, entre 10, 15, parfois 20 personnes par mois, sauf l'été, mais ça fait du monde et tu constates quand même des choses. Et puis surtout, je vois des transformations qui s'opèrent. Un peu plus de lâcher prise, un peu moins de charge mentale au fur et à mesure. Et des femmes qui apprennent. à se foutre la paix. Ça ne veut pas dire abandonner, ça veut juste dire à un moment d'accepter d'être telle que l'on est et puis prendre une graine par-ci, une graine par-là. Quand je parle de graines,
- Speaker #0
c'est quoi le principe ?
- Speaker #1
Ça peut être, quand on est à table, souvent, parce que c'est un moment phare aussi, c'est une forme de reconnexion à soi, d'être dans le moment présent, parce qu'on parlait tout à l'heure de ces crises. Ces crises, c'est quand on est déconnecté, quand c'est inconscient en fait. Et donc, si on veut stopper ça, et si on veut revenir à une forme de conscience, il faut revenir dans son corps et être présente. Donc c'est ce qu'on appelle la mindfulness ou la méditation de pleine conscience, peu importe. Et c'est aussi réapprendre le plaisir. Donc quand on passe à table,
- Speaker #0
moi je leur dis, parce que tout le monde parle, je leur dis, je fais,
- Speaker #1
bon attendez, les filles, déjà, regardez comme c'est beau. Là, un peu plus tard qu'il y a un mois, on était à Essaouira. On a un chef, il est incroyable, chadi si tu nous entends, et c'est fou ce qu'il nous fait. Donc déjà c'est beau, en plus ça sent bon, il se régale, il chante, on va le voir, on lui prend des recettes. Tout ça, ça participe aussi à un truc où on est détendu. Parce que ce qui est important, et on s'en rend compte dans les retraites, les filles elles me disent « Oh là là, mais je vais prendre 2 kilos » . Ben non, pas du tout, parce que comme t'es pas stressée, tu mets les pieds sous la table, le matin on fait du pilates, après on va se faire masser. On va peut-être se baigner, ça dépend, il y a plein d'activités. On va marcher, ou alors on dort, on ne fait rien. On passe à table, on a juste à se demander quelle est la tenue qu'on va mettre ce soir. Tiens, elle a dit qu'on allait mettre du blanc. Ah ben non, des paillettes. Bref, c'est vraiment la parenthèse. Et de passer à table, de remarquer la couleur des plats, l'odeur, de prendre ce temps de mâcher. Alors oui, on discute, ce n'est pas un truc en silence, parce que c'est encore mieux quand c'est en silence, parce qu'au moins on peut... Être dans le moment.
- Speaker #0
Dans le moment, oui.
- Speaker #1
Mais on ne prend rien du tout, parce qu'il n'y a pas de culpabilité. C'est ça la pierre. Non, ça, je n'ai pas le droit. On va prendre une cuillère. Et en fait, ça, au fur et à mesure, ces graines, elles peuvent les ramener à la maison. Cette forme de remerciement.
- Speaker #0
Ça veut dire, parce qu'il y a un chapitre qui s'appelle « Débanquer les mythes » . C'est un peu ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Le manger moins, bouger plus. Ce n'est pas manger moins. Moi, je ne mangeais pas beaucoup, en fait, à un moment, avant d'avoir ces grosses crises. Mais c'est juste qu'il fallait manger mieux. Moi, je ne mangeais plus de protéines du tout. Je mangeais des choses, le dernier encore qui avait parlé, des diètes, des trucs, n'importe quoi. Et ce n'est pas comme ça qu'on fait du muscle. On a plus de gras, on a plus d'os qui peuvent être fragiles. En fait, on n'est pas en santé. On peut être très mince, mais pas être en bonne santé. Ça ne veut rien dire, finalement, le poids sur la balance.
- Speaker #0
Mais comment on passe de ce vide intersidéral que vous ressentez, de cette jeune femme qui vomit en cachette, à cette femme qui reçoit plein de femmes, et qui, avec le sourire, il n'y a pas des moments où d'un coup, vous lui dites quoi à cette petite fille intérieure ?
- Speaker #1
Pendant ces escapades, entre la première en 2019 et celle d'aujourd'hui, C'est, on a grandi ensemble avec les filles, parce que je me rends compte, et on en parlait la dernière fois avec une personne qui est venue une quinzaine de fois, et les filles qui reviennent, alors tous les ans j'en ai beaucoup, et il y en a qui viennent plusieurs fois par an. Et on a grandi ensemble, il y a eu pas mal de temps, la phase où je leur faisais parler à cet enfant intérieur, parce que moi c'est le travail que j'ai fait. Sur mon hôtel à la maison, parce que c'est ça aussi, c'est d'avoir un endroit à la maison où on puisse... avoir son endroit dit de sécurité. Moi, j'ai un endroit, c'est plein de gris-gris, c'est des chapelets, c'est des bougies, c'est mon coussin de méditation.
- Speaker #0
Il est où cet endroit ?
- Speaker #1
Là, comme on a déménagé il n'y a pas si longtemps, c'est vraiment une pièce dédiée, c'est-à-dire que c'est à l'endroit où je fais mes cours. Donc là, je me pose, alors c'est un peu le bordel, il y en a partout, on ne va pas se mentir,
- Speaker #0
mais j'aime beaucoup toutes les effigies, ça fait partie du truc.
- Speaker #1
Il y a toujours pas mal de livres aussi, parce que je lis toujours, il y a toujours des passages Je tombe vraiment à chaque fois que j'ouvre un livre, Le Retour à l'Amour ou Conversations avec Dieu. C'est des livres que j'ai là, que j'ouvre, et c'est beaucoup de spiritualité. En fait, je crois profondément que se reconnecter à soi, revenir dans son cœur, revenir dans son centre, c'est ce qui permet à un moment donné d'être plus douce et d'entrer en amitié avec soi-même. Parce que se foutre la paix, c'est un peu ça. C'est d'accepter d'être comme on est.
- Speaker #0
Vous acceptez d'être comme vous êtes ?
- Speaker #1
Ah ben non, oui. Oui ?
- Speaker #0
Vous foutez complètement la paix ?
- Speaker #1
Alors oui. Il y a eu le passage de 20 à 45.
- Speaker #0
Donc ça fait 5 ans que je me fous la paix. Non, elle est 43. Ça fait pas longtemps.
- Speaker #1
Ça fait pas longtemps.
- Speaker #0
Non, ça fait pas longtemps. Et il y a encore des mois, on va pas se mentir, il y a quand même toujours un peu de comparaison quand on est sur les réseaux sociaux. Mais ça, je le vois arriver. En attendant, cette phase où je crois que dans la vie des femmes, on a besoin d'être un peu rassurée. Et comment tu me trouves ? On est dans le regard des autres. Et est-ce que tu crois pas qu'avec 3 kilos de moins, je serais mieux ? Et est-ce qu'avec 5 kilos de si ? Et tu crois que là, j'ai été bien ? Et là, on a besoin de la validation extérieure. En tout cas, moi, j'étais comme ça, beaucoup. Et puis, tu te rends compte qu'on ne peut pas plaire à tout le monde aussi. Il y a un moment, il y a une espèce de révélation. Tu as beau faire et dire tout ce que tu veux et peux pour être aimé, ça ne plaît pas toujours de toute façon. Donc ça, je crois qu'il faut l'accepter. Parce que, comme disait, je crois que c'était François Sagan, ou peut-être quelqu'un d'autre, Sacha Guitry, plaire à tout le monde, c'est plaire à personne. Donc, bon, à un moment, tu captes ça, que ça ne sert à rien de s'exciter. Il y a eu cette formation, je pense que c'était le pompon celle-ci, et on s'est rencontrés, nous, à l'époque, en Kundalini. Il y avait de très bons profs, d'autres un peu moins bons. Ça,
- Speaker #1
c'était une formation que vous faites de yoga Kundalini ?
- Speaker #0
De yoga Kundalini, où j'avais...
- Speaker #1
Parce qu'il faut quand même que vous sachiez, Ludivine, que nous sommes partie. La question était, pourquoi vous avez écrit ce livre ? Je n'ai toujours pas compris.
- Speaker #0
Parce que ça a été la révélation, ça a été un peu la goutte. J'avais lu quelque part qu'une personne s'était réconciliée avec son corps grâce à cette méthode. Et en fait, j'étais encore là-dedans en me disant, donc il y a le Graal. Parce que je n'étais pas tout à fait OK avec moi. Je voyais déjà lors de mes premières escapades que je compensais surtout une retraite en Grèce. On m'avait vraiment excessivement mangé, entré plat dessert et à tous les repas. C'était vraiment trop. Même, c'était pénalisant pour les entraînements où on sentait que ce n'était pas idéal. Et donc, je compensais. Je me disais, non, mais ce n'est pas possible. Je ne vais pas continuer comme ça toute ma vie. C'est bon, on a passé 40 ans, il faudrait que ça cesse ce comportement. Et donc, je m'inscris, je fais le coup de la ligne et tout ça, et je me dis, à quel moment tu arrêtes de penser qu'il y existe un truc miracle, comme une baguette magique, qui allait te réconcilier naturellement ? À quel moment tu crois que c'est possible ? Et là, alors ça c'est pas fait comme ça, c'est venu de ces stages, cette formation que je n'ai pas terminée.
- Speaker #1
C'est quoi le yoga Kundalini ?
- Speaker #0
C'est le yoga de l'énergie, de l'activation de la Kundalini, de l'énergie qui est nichée là ici, et que l'on active grâce à des respirations, des sadhanas qui durent un certain temps. Attention, je ne critique pas... Non, non, mais là, c'est juste pour l'expliquer. Et clairement, on sent, il y a un avant et un après. C'était juste que pour moi, c'était très contraignant parce que ces sadhanas devaient être faites le matin, ça durait une heure et demie, il fallait se lever à 4h. C'est quoi une sadhana ? C'est pendant 1h30, un set de posture. Avant, il y a des... chants, pas avant, il y a des pranayamas, donc plein de respirations, il y a aussi des chants des mantras qui sont très beaux et il y a vraiment un pouvoir derrière aussi de réciter même si on ne comprend rien à ce qu'on récite mais c'est vrai que ça apaise le mental, ça le fait vraiment chanter et bam,
- Speaker #1
donc il y a vraiment des choses que j'ai gardées et d'ailleurs que je continue moi à transmettre il y a aussi se lever à 4h du matin il y a la douce froide ça commençait à être trop d'injonctions ouais c'était ça Merci.
- Speaker #0
Et je crois qu'à un moment, j'ai commencé à reproduire le même épuisement que j'avais eu avant de venir franchiser Damorino. Je me suis dit, ça va être le burn-out du yogi, on est parti. Et il y a eu comme ça aussi des déceptions, des personnes en qui je croyais. Enfin bref, je m'étais dit, on se fait abandonner au milieu du guet. Donc, déception et de se dire, bon alors attends, on va arrêter d'aller faire, d'aller voir tous les hypnothérapeutes, les acupuncteurs, les médecins. on va peut-être arrêter de faire...
- Speaker #1
De remplir, il y avait une manière de remplir encore.
- Speaker #0
Et puis de penser que je pouvais être encore la meilleure version de moi.
- Speaker #1
Ou que vous pouviez être sauvée par tout le monde, sauf par vous-même. Exactement. Et en fait, on se rend compte que tout ça,
- Speaker #0
c'est déjà là.
- Speaker #1
En fait,
- Speaker #0
quand on commence à s'autoriser à être telle que l'on est, avec ses défauts, ses vulnérabilités, moi je pleure beaucoup, souvent. Je peux même pleurer devant un coucher de soleil. Tout m'émeut, en fait. J'en ai beaucoup parlé.
- Speaker #1
C'est pour ça que vous pleurez.
- Speaker #0
La première fois, c'était impossible. Je ne pouvais pas. Et puis parce que je me suis faite accompagner aussi. Je crois qu'on ne peut pas sous-estimer... On a parfois envie de mourir, en fait. Se mettre les deux doigts au fond de la gorge, ça fait mal. On a l'impression que tout va sortir, et puis la nourriture est l'ennemi, le corps est l'ennemi. C'est un long chemin en fait. C'est pour ça que moi j'en peux plus en fait, on va se le dire, de ce challenge pour un ventre plat ou pour des fesses comme ci, comme ça, parce que je me dis que... C'est vraiment, encore une fois, c'est une réflexion personnelle, mais le problème, il n'est pas là, en fait. Ce n'est pas sur un ventre plat, ce n'est pas sur des fesses comme ci, ce n'est pas sur des bras comme ça. Le problème, c'est plus profond, c'est d'arriver à s'aimer et s'accepter avec qui on est vraiment. Parce qu'en plus, on se rend compte que plus le temps avance, plus tu reviens en arrière. Regarder les photos de comment tu étais à 20, 25, 30, 35, en fait, ça allait, mais ça ne va pas.
- Speaker #1
Oui, mais pourtant, malgré tout, je me fais de l'avocat du diable. Quand on regarde par exemple, quand on regarde votre Instagram, il y a beaucoup d'exercices pour avoir les bras très musclés, le ventre très plat.
- Speaker #0
Non, le ventre plat, je ne le dis pas parce que je ne suis pas sur ces plats. Si,
- Speaker #1
on fait les trucs comme ça.
- Speaker #0
Alors oui, mais ça, c'est les 100.
- Speaker #1
Les 100.
- Speaker #0
Non, non, non.
- Speaker #1
Je vous suis,
- Speaker #0
je vous suis.
- Speaker #1
Non, mais je ne parle jamais de ventre plat.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je vais parler d'énergie, je vais parler de renforcement, je vais parler de ce que moi, j'ai retrouvé dedans, mais je n'ai pas un ventre plat. Parce que je trouve que c'est tout de suite une injonction de... Enfin, pour moi, encore une fois, je le prends comme ça. Je pars de cette pratique qu'est le pilates. Mais pour d'autres personnes, ça sera vraiment autre chose. Moi, c'est cette méthode, que ce soit sur tapis ou appareil. Alors avec les appareils, c'est encore plus puissant parce qu'on a les ressorts et on sent vraiment. Que je suis arrivée à me reconnecter à mes sensations. Et à capter qu'il y avait d'autres muscles et tout ça. et... Enfin arriver à la gratitude, de remercier. En fait, à un moment donné, je me suis effondrée en disant, mais le pauvre, lui là, qu'est-ce que je lui ai fait subir toutes ces années ? Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible, en fait. Il est toujours là. Après tout ça, après être passée par la taille 40, 41, je ne sais pas, elle n'existe pas, 42, j'ai pesé jusqu'à... Au plus fort, pour Mathilde, j'avais pris 30 kilos. Pour Raphaël, j'en avais pris 25. Parce que là, j'avais eu la mentalité du tout ou rien. Foutu pour foutu, on y va. Et alors, on m'avait prévenu que je risquais d'avoir du diabète gestationnel. Que je n'ai pas eu. Coup de bol, parce que j'avais vidé tous les stocks de la réserve d'Amorino. Et j'étais dans un truc de... C'est maintenant. On y va. Wow.
- Speaker #1
Moi aussi, je cachais des pots de Nutella sous mon lit. Et en même temps, le père de mes enfants, il me faisait des plats diet, enfin des plats très régime. Et je mangeais des plats très régime. Mais en fait, sous le lit, il y avait plein de sucre. C'est fou. Oui, c'est fou. Moi,
- Speaker #0
je partais au collège. On est capable de... Non, c'était pas au collège, c'était au lycée, puisqu'au collège, ça allait. Je partais au lycée avec des trucs dans les poches. Ouais, voilà, c'était fou. Et ce livre, je l'ai écrit pour dire que...
- Speaker #1
Alors, ce livre, vous l'avez écrit pour quoi ?
- Speaker #0
Elles sont pas seules, en fait. C'est ça ? Ouais. Parce que... Moi, ce qui m'émeut, c'est quand elles viennent me voir et elles connaissent la plupart ce passé. Et qu'elles me disent, mais du coup, comment je peux faire, moi ? C'est quoi que tu me conseilles, toi ? Et je lui dis, tu sais, déjà, comment tu te parles ? Est-ce que quand tu te parles, tu es sympa ou tu te parles très, très mal ? Est-ce que quand tu manges, est-ce que tu aimes ce que tu manges ? Ou est-ce qu'on t'a dit qu'il fallait manger ça dans tel ordre ? et éviter les pics de glycémie, parce que c'est hyper anxiogène tout ce qu'on nous raconte aujourd'hui. Est-ce que quand tu fais du pilates, tu aimes faire du pilates ? Ou alors tu le fais parce que c'est le truc à la mode en ce moment ? Est-ce qu'en fait tu sais te connaître ? Est-ce que tu te comprends un peu ? En fait c'est cette forme de... Tout à l'heure je parlais de cette étape de vie entre 20 ans et 40 ans où on est dans le regard de l'autre, mais je trouve qu'à partir de 50 ans à peu près, jusqu'à après j'imagine, on n'est plus dans cette phase du regard de l'autre. On s'en détache. En fait, j'ai envie de dire qu'on s'en tape maintenant. Parce que moi, je suis comme je suis. Tu m'aimes, tu me suis, tu ne m'aimes pas, je m'en tape en fait. Mais c'est vraiment fort d'en être arrivé là. Et je me remercie parce que c'est tellement dur au départ. Tu veux plaire à tout le monde. Tu veux avoir le corps de la prof de pilates que tu n'avais pas au début quand tu as commencé. Alors tu te disais du coup, je ne suis pas légitime si je n'ai pas ce corps-là. En fait, les filles ne viennent pas pour mon corps. Les filles viennent pour mon énergie, pour ce que je transmets, pour ce que j'essaie de leur apporter et leur dire, tu sais, fais-toi confiance. fais confiance en ton corps, parce que lui t'abandonnera jamais.
- Speaker #1
Alors justement, c'est ça, les femmes par exemple, les femmes ou les hommes qui peuvent vous regarder ou vous écouter aujourd'hui, qui sont passées ou qui sont en ce moment comme ça, dans la douleur, dans la solitude, dans l'errance, qu'est-ce que vous pouvez leur dire ?
- Speaker #0
Que je les comprends. Si je pouvais, je les serrerais dans mes bras, parce que ça c'est...
- Speaker #1
Ça vous le dites, c'est le dernier mot du livre, dans le livre.
- Speaker #0
Je n'ai un truc avec ça, je vous le dis.
- Speaker #1
Vous dites, chuchotez-lui que tout ira bien, que vous prenez soin d'elle en l'écoutant. Il n'y a pas de temps pour être malheureuse ou pessimiste. Prenez-vous dans les bras. Vous le dites.
- Speaker #0
Oui. C'est ce câlin qu'on se fait. C'est chou parce que c'est à ce moment-là que les filles, au bout de trois, quatre jours, en escapade. C'est là que ça lâche. Il y a une espèce de barrage là qui lâche en fait. Et ce n'est pas parce qu'on ne pleure pas que c'est raté. Mais souvent ça... On se laisse aller, parce qu'il y a tellement eu de luttes contre soi, de résistance intérieure, de « ouais mais je ne suis pas comme les standards » et en fait, il y a tellement autre chose que ça, de consacrer son énergie à plus grand que ça. Parce qu'en fait, on n'est pas que ce corps physique. Et quand on le comprend dans sa chair et qu'on est bien plus que ça, tout finit par arriver. C'est en fait quand je me suis détachée de l'objectif, après 2021. Quand j'ai commencé à me dire, c'est quoi ? De toute façon, tu n'auras jamais le ventre plat. Et puis, tu ne seras jamais comme elle. Est-ce que c'est grave ? Je ne crois pas. Mais il fallait y arriver, il faut se le dire. Parce que je crois que je réfléchirais, parce que du coup, vous me l'avez dit sur mon Insta, et d'essayer de ne pas envoyer cette image de corps parfait. Non, il n'y avait aucun, justement. Ce n'est pas ça que je veux transmettre. C'est vrai que c'est délicat. Sur Insta, on montre encore une fois. Je ne monte jamais quand je pleure. Je ne le montre pas. Les filles le savent en escapade parce que souvent, on se lâche ensemble et que je ne suis pas au-dessus d'elles. Je suis vraiment avec elles. On est ensemble dans cette vie, quoi. Et qui passe tellement vite, en plus. Plus on arrive vers la ligne d'arrivée. D'ailleurs, on ne sait pas vers l'escalier, celle-là, mais on se dit qu'a priori, nous, on s'en approche plus que nos enfants. Puis, on a l'impression que le temps file.
- Speaker #1
Le temps file, mais il y a plaisir. Est-ce qu'on ne peut pas finir aussi sur le plaisir, puisqu'il y a plaisir dans votre...
- Speaker #0
Oui, faire les choses pour le plaisir de faire. Le plaisir, c'est quand je me mets par exemple sur mon tapis le matin, je n'ai pas forcément envie au départ, parce qu'il est tôt, et que c'est 7h et que le cours commence. Et je leur dis souvent, faites les choses pour le plaisir de ressentir. Pas parce qu'on vous a dit qu'il fallait le faire pour avoir des bras comme ci, ou encore une fois un objectif esthétique. Mais le plaisir de ressentir et d'habiter son corps, et même si c'est que 5 minutes, et ça change tout. Parce qu'encore une fois, ce n'est pas tellement les exercices que l'on fait, c'est l'intention qu'on met derrière. Et c'est l'intention qui change tout. Ce n'est pas l'objectif, encore une fois. Plus je m'en détache, plus je m'en rapproche.
- Speaker #1
Moi, par exemple, quand je vous regarde faire des handrails, je vous regarde, je ne le fais pas, mais l'intention est là.
- Speaker #0
Mais ouais, c'est parfait.
- Speaker #1
J'ai l'impression de l'avoir fait.
- Speaker #0
Alors, le 100, on ne va pas se mentir, c'est le premier exercice du maths et c'est peut-être le plus difficile.
- Speaker #1
C'est le plus dur !
- Speaker #0
Et dans ce cas-là, ce que je dis aux filles, c'est laisser la tête au sol. Faites même pas 100, mais faites 50, peu importe le nombre de battements. Et après, on reprend ensemble. Mais il est difficile. On commence d'entrer par ça, ce n'est pas évident. Merci beaucoup Ludivine. Merci d'être venue.
- Speaker #1
Merci, c'est très gentil. De nous avoir parlé aussi ouvertement de plein de moments qui ne sont pas faciles. Oui. qu'on n'évoque pas souvent. Oui, c'est clair. Merci en tout cas. Merci. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes, soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.