Christine Leduc-GueyeBonjour à toutes et à tous. Je vais vous parler de la représentation de la mort dans les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale peints dans les églises des Pays de la Loire. Les monuments aux morts des communes, érigés sur les places publiques ou dans les cimetières, sont connus et relativement bien étudiés. En revanche, ceux des paroisses, plus difficiles à identifier et surtout peu documentés, n'ont fait l'objet d'aucune étude à l'échelle régionale et encore moins nationale. L'emplacement à l'intérieur des églises, l'absence d'archives, l'importance de la production sérielle expliquent sans doute le faible intérêt porté à ces mémoriaux. Le travail pionnier entrepris par la région Pays de la Loire en 2012-2013 pour la commémoration du centenaire du début de la Grande Guerre, focalisé autour d'une technique, celle de la peinture murale, a permis de sortir de l'oubli une soixantaine de monuments qui se détachent de cette production de masse. Ces œuvres témoignent de la manière dont une communauté a voulu donner un sens à l'engagement, au don de soi de ces paroissiens et célébrer leur mémoire parfois, nous allons voir, de manière très originale. Les choix iconographiques spécifiques faits par les artistes et les commanditaires s'articulent autour des thèmes du sacrifice, de la consolation et de l'espérance dans lesquels le Christ, la Vierge et les anges occupent une place prépondérante, à côté de nouvelles images allégoriques créées pour l'occasion. Nous avons choisi pour ce colloque de réinterroger ce corpus sous le prisme de la narration de la mort. L'idée d'élever des monuments aux morts n'a pas attendu l'armistice de 1918, devenue fête nationale le 11 novembre 1922, ni la loi du 25 octobre 1919 relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre. Très tôt, le culte des morts fut célébré lors de journées de prière et dans un même temps, les vivants, les poilus, étaient soutenus par des messes, chapelets, processions et autres pèlerinages. Le début du culte des morts commence très tôt. Dès 1917, certaines communes, comme Saint-Martin-du-Bois, édifièrent un monument pour honorer leurs morts. Bien que ces cas paraissent isolés, il faut souligner la précocité de la commémoration monumentale avant même que la liste complète des morts puisse être dressée. Dans ce contexte, ce n'est pas étonnant de constater que le premier monument aux morts peint dans une paroisse fut exécuté dès 1916 à l'église Saint-Michel des Sables-d'Olonne. L'année suivante, toujours aux Sables-d'Olonne, l'église Notre-Dame-de-Bon-Port se dotait elle aussi de son monument installé dans la chapelle des agonisants, et confié au peintre sablais Émile Roy. À la mort, à la brutalité des combats, le curé de la paroisse a préféré l'iconographie chrétienne de la prière salvatrice. À partir de 1919, les témoignages de reconnaissance des paroisses se multiplièrent. Entre 1919 et 1922, 75 % des projets commémoratifs furent achevés. L'année 1920 connut même un pic avec 19 mémoriaux édifiés sur la soixantaine recensée. Ce mouvement se poursuit ponctuellement pendant 20 ans. Il faut souligner que les monuments les plus ambitieux furent souvent les plus tardifs, car il fallut réunir les fonds nécessaires à leur érection. Tous les monuments ne furent pas construits en une seule étape, pour des raisons financières que nous venons d'évoquer : près d'un sur quatre le fut en plusieurs phases. La liste avec les noms des soldats morts toujours placée en premier, puis le décor peint, parfois exécuté dans un second temps. C'est le cas à Sainte-Gemmes-d'Andigné : les plaques furent posées en 1921, puis la peinture centrale de la Pietà, exécutée en 1923, et enfin les deux panneaux latéraux avec les anges qui forment un triptyque en 1927. C'est un monument d'une grande ampleur ; les plus vastes dépassent les 50 m² et les plus réduits mesurent à peine 1 m². Alors concernant la commande, l'initiative de la commande revient souvent au curé de la paroisse qui finance le monument avec des dons recueillis auprès des familles des victimes grâce à une souscription. Des bienfaiteurs sont parfois associés à la réalisation, il s'agit de notables, voire même de la municipalité, malgré la loi de séparation de 1905. La commune choisit aussi parfois, pour des raisons financières et morales, de s'unir à la paroisse pour ériger un monument unique, comme c'est le cas dans l'église de Machecoul. Certaines communes participèrent à l'édification du monument paroissial, tout en érigeant le leur dans le même temps. Plus rare, le maire de Bazouges-sur-le-Loir fut à l'initiative de l'érection de l'hommage au-dessus de l'autel de la Chapelle des Morts dans l'église Saint-Aubin. Le monument est dominé par un drapeau tricolore, les signes religieux y sont réduits au monogramme du Christ qui est gravé sur le couronnement de la stèle. Alors voyons maintenant les différentes représentations de la mort dans ces monuments. Ce monument doit permettre aux familles de faire leur deuil, il doit leur offrir un espace d'intimité pour le souvenir et la prière. Il remplace parfois la tombe individuelle devant laquelle elles ont besoin de se recueillir, quand le corps du soldat n'a pas été retrouvé ou qu'il est inhumé loin de son village d'origine, dans un cimetière du front. Au « héros victorieux » fréquent sur les monuments républicains, nous allons voir que l'Église a préféré le plus souvent l'image du martyr chrétien, une image consolatrice pour les familles. Il faut toutefois préciser que sur ces monuments, le poilu n'est présent que dans un quart seulement des représentations. Le soldat y est alors figuré de manière réaliste, avec tout son équipement, au repos, combattant ou le plus souvent agonisant ou mort. L'idéalisation de la guerre patriotique a conduit à limiter les scènes de combat et à exposer le plus souvent un corps sans blessure ou simplement marqué d'une plaie au côté droit, à l'imitation de celle du Christ. Dans ce paysage mémoriel, la mort au front, comme la douleur des familles, sont rarement montrées. Nous allons débuter maintenant avec l'Église au front. L'Église est représentée généralement par la figure de l'aumônier. Dans son agonie, le soldat peut compter sur le soutien et le dévouement de l'aumônier qui l'assiste dans un tiers des cas. Sur le front, avec la suppression des exemptions pour les éclésiastiques, prise le 15 juillet 1889, prêtres, séminaristes, aumôniers militaires furent mobilisés dès 1914. D'ailleurs, l'iconographie des monuments paroissiaux célébra leur rôle héroïque au plus près des soldats confrontés à la mort. L'hommage met donc en avant le réconfort spirituel qu'ils apportèrent aux soldats mobilisés. Toutefois, l'aumônier est rarement figuré en guide spirituel. Dans les tranchées, il est plus généralement représenté agenouillé au pied d'un poilu pour lui donner l'absolution. Deux exemples en sculpture et en vitrail qui montrent une image presque identique que Rouillard et Merklen vont reproduire à de multiples reprises : u n jeune aumônier qui assiste à un poilu agonisant. Deux autres exemples à Guéméné-Penfao et Saint-Martin-du-Bois, qui sont des créations un petit peu plus originales que les précédentes. Dans le premier cas, l'aumônier, qui se distingue assez peu des autres poilus, mais occupe le centre du bas-relief, il administre les derniers sacrements à un soldat allongé à terre, alors que dans le second, à Saint-Martin-du-Bois, il est isolé au pied d'un calvaire avec le poilu mourant dans ses bras, et il fait face à un second poilu qui lui vient rendre grâce à la Vierge à l'enfant. Cette iconographie doloriste, vous avez dans un cas l'absolution surmontée d'une statue de la Vierge de Pitié, dans l'autre d'une crucifixion, met en relation la mort du Christ et la douleur de la Vierge avec celle des soldats et de leur famille. L'aumônier dans ces monuments du souvenir, c'est à la fois l'image de l'Église, mais aussi celle rassurante de la paroisse, et bien évidemment, de la famille. Voyons maintenant la mort au champ de bataille. Lorsque le poilu n'est pas représenté agonisant, assisté par un aumônier, il est figuré mort ou mourant sur le champ de bataille ou dans un espace indéterminé, héroïquement. Le drapeau sur le cœur, comme vous le voyez à Pontvallain, ou à la main, à droite, comme à Chanzeaux. Dans ce dernier cas, celui de Chanzeaux, l'image est très forte : elle montre un lieutenant mortellement atteint la tête, allongé sur le sol, brandissant, dans un ultime hommage à la nation, le drapeau français pour lequel il a donné sa vie. Et de l'autre côté, on a en uniforme bleu horizon, un soldat rentré vivant, debout, héros emblématique de la Grande Guerre, au portrait d'une extraordinaire vérité qui soutient du regard, avec fierté et une certaine audace, l'assemblée des fidèles. Cette composition assez exceptionnelle du peintre angevin Paul Audfray résume bien la gigantesque tragédie de la Première Guerre mondiale : le sang abondant, ce qui est rare, le drapeau tricolore ; répétées à deux reprises, les armes symboliques de la Grande Guerre : le fusil et la baïonnette, renforcent la tension dramatique de cette composition remarquablement mise en scène dans un trompe-l'œil à la fois spectaculaire et théâtral. Cet hommage, où les signes religieux sont réduits, fut inauguré lors d'une cérémonie commune avec le monument municipal le 31 octobre 1920. Alors, le poilu est assez rarement représenté combattant sur les monuments et il est exceptionnel qu'il soit en présence de soldats de l'armée allemande. Alors les rares témoignages des batailles acharnées entre les deux armées sont illustrés notamment sur ce vitrail de Saint-Michel-Chef-Chef. C'est un monument qui a été commandé conjointement par la municipalité et la paroisse, qui a été inauguré en 1920 et qui est resté l'unique monument aux morts de la commune jusqu'en 1985. Le vitrail du maître verrier Henri Uzureau représente le saint patron de la paroisse, Saint-Michel, en intercesseur, qui emporte au ciel un vaillant poilu en uniforme. Et puis, au registre inférieur, on rappelle la dureté de la guerre, dans une scène, comme je le disais, plutôt rare, de combat farouche qui oppose les deux armées. Le monument plus tardif de Villiers-Charlemagne, qui date de 1930, a été conçu à partir d'images qui sont parues pendant la guerre. L'auteur en est le curé de la paroisse, Modeste Maubert, qui a été le grand bienfaiteur de son église, et il a copié la scène de droite, deux héros, à partir d'une aquarelle réalisée en 1915 par Scott Georges Bertin, peintre missionné par le ministère de la guerre à partir de 1916, et qui a été aussi un correspondant du journal L'Illustration, où l'image a sans doute été publiée. Le modèle de la deuxième toile, qui met en scène un poilu à l'agonie au milieu d'un champ de ruines jonché de corps de soldats allemands, n'a pas été retrouvé. On voit ce poilu, papier et crayon à la main, sans doute pour écrire une dernière lettre témoignant du terrible isolement de ce soldat. Le choix de l'iconographie est singulier en comparaison des images habituellement reproduites sur les monuments commémoratifs qui célèbrent le sacrifice sans montrer les horreurs de la guerre. Il n'y a dans ces deux images ni soldat vainqueur, ni aucune allusion directe à la foi, ce qui paraît exceptionnel, surtout de la part d'un curé-peintre ; mais plutôt le choix de l'évocation de l'extrême souffrance des hommes et de la solidarité qui s'exerça au front dans l'autre cas. Les violents combats du front sont parfois évoqués de manière allégorique à travers la cathédrale de Reims en feu, symbole non seulement de la brutalité des attaques allemandes, des ravages de la guerre, mais aussi du lourd tribut payé par l'Église. Alors, à Lassay-les-Châteaux, le soldat mort au champ d'honneur, les yeux et la bouche simplement clos, est recueilli par trois anges qui vont l'ensevelir à la manière de la mise au tombeau du Christ, une image d'apaisement pour de nombreuses familles qui ne purent inhumer les leurs. Les scènes d'enterrement comme à Lassay sont rares, en revanche les lieux d'inhumation sont assez souvent représentés dans ces monuments du souvenir sous la forme d'un cimetière du front où sont alignées les croix, à Grez-en-Bouère ou à Sainte-Gemmes-d'Andigné. Le cimetière représenté à Saint-Louis de la Roche-sur-Yon est aussi celui du front avec sa multitude de croix, de bois, ses coquelicots symboles du souvenir. Il est dû au peintre André Astoul, un artiste lyonnais connu pour ses convictions religieuses et il fut choisi par la paroisse à l'issue d'un concours, puis d'une souscription pour réunir des fonds, qui prit un certain temps : il fallut plusieurs années, pour réunir l'ensemble de la somme. Ici, une très vaste composition, des militaires de tous les âges, qui sont au centre de la toile, et puis l'un d'eux qui brandit le drapeau de la République vers le Christ, pour le remercier de la victoire, plaçant ainsi l'Église au cœur du triomphe sur l'ennemi. La mort héroïque est également le sujet développé en 1922 dans l'église du Fresne-sur-Loir par le fresquiste de renommée nationale Eugène Jean Chapleau. Une composition très lumineuse qui se développe autour d'une statue de la Vierge à l'enfant, qui associe dans sa partie inférieure deux figures emblématiques formellement dissemblables : d'un côté un poilu allongé, mortellement blessé, de l'autre une victoire tient une épée d'une main et le drapeau de la patrie de l'autre ; et derrière le soldat, un paysage chaotique dominé symboliquement par la cathédrale de Reims en feu. Le héros, martyr glorieux, dans la partie supérieure, est uni pour la patrie à Jeanne d'Arc, nouvellement canonisée, qui remercie la Vierge qui l'accueille dans sa gloire. Alors, cette illustration des pensées religieuses de l'époque est, du point de vue artistique, une œuvre résolument moderne, par sa palette, par ses formes simplifiées, et elle forme une franche opposition au style néo-gothique de l'architecture de la niche et du cadre peint. La mort sacrificielle ou christique est au cœur de la pensée chrétienne, domine les monuments par la présence de la croix, qui est généralement peinte ou gravée de manière extrêmement simple à proximité de la liste des noms. Alors, elle peut être cette union du sacrifice du Christ et celle du poilu, représentée de manière percutante : c'est le cas notamment à Saint-Fiacre-sur-Maine, où le Christ dressé sur une petite croix au sommet d'un calvaire, surmonté, dominé, un zouave blessé, il lui adresse une supplique aux Sables-d'Olonne, ou alors, dans un dernier exemple à Montbert, on voit le poilu qui se hisse le long de la croix pour embrasser le crucifié, sur un fond de drapeaux tricolores et de flammes qui s'échappent des tours de la cathédrale de Reims en feu. Alors, une image encore plus percutante, c'est celle de Parigné-le-Polin, avec un tout autre parti, puisque le peintre Lionel Royer a choisi de peindre un grand Christ en croix sur toute la hauteur du monument, et qu'il a ensuite placé les noms des soldats sous les traverses, de part et d'autre du corps sanguinolent du Christ. Donc le poilu est absent de l'image, mais il est ici assimilé au Christ dans une vision qui est effectivement assez saisissante, tout comme à Grez-en-Bouère, où vous avez une copie d'un calvaire d'une plaine d'Alsace tirée d'une reproduction parue dans l'Histoire illustrée de la guerre de 1914 de Gabriel Hanotaux. Pour venir au frère Lemasson, nous sommes ici à la Haie-Fouassière. Albert Lemasson, en 1929, choisit une image encore plus audacieuse et percutante : douze poilus qui portent chacun sur les épaules une lourde croix, en union avec le crucifié. Vous avez ici un coloris plutôt sombre qui domine l'ensemble de la fresque, c'est une véritable fresque, et qui renforce encore le sentiment de douleur qui se dégage de cette scène. Albert avait vécu la Grande Guerre, il est engagé dès le début du conflit, et il a probablement voulu en montrer toute la douleur. Alors cette vision a pu être inspirée par le livre de Léon Poirier, « Verdun, visions d'histoire. À tous les martyrs de la Guerre », paru chez Jules Tallandier en 1928, l'année de la sortie du film éponyme. Vous avez en couverture un dessin en camaïeu de noir de Georges Desvallières qui présente un Christ qui plie sous le poids de sa croix, et qui est suivi par deux soldats portant à son image leur croix sur le dos. C'est un parti très audacieux. La forme est résolument moderne et ça n'a pas fait l'unanimité dans la paroisse, une paroisse de la campagne nantaise. Les fidèles, comme le dit la « Semaine religieuse », furent rebutés, dérangés dans leurs habitudes visuelles. Il fallut plusieurs articles pour défendre à la fois le choix technique et le style très moderne d'Albert Lemasson. Alors dernier point que je traiterai, loin des siens : les hommages d'église n'oublient pas l'arrière, n'oublient pas les familles éplorées, tout particulièrement les veuves, mais leur réservent dans les monuments paroissiaux une place très restreinte, à la différence des monuments civils. Seuls trois d'entre eux évoquent directement ces familles. Alors sur ce vitrail de Georges Merklen à Bagneux, de manière emblématique, vous avez une veuve en habit de deuil, agenouillée en prière au pied de la tombe de son époux. Au Cellier, de manière plus poignante, toute la famille est unie dans le malheur et implore la Vierge qui tient contre son sein le soldat sans vie qu'elle offre au crucifié. C'est un choix fait par l'abbé Loquet, qui a voulu montrer des parents en deuil. C'est un choix original, tout comme celui de l'exécution à fresque. On retrouve Albert, et son frère Paul, Lemasson, qui vont exécuter cet ensemble à la manière d'un diptyque, avec d'un côté la Vierge tenant le corps d'un soldat au pied de la croix, et de l'autre, toute cette famille éplorée, et notamment ici la mère âgée qui est tombée à genoux en prière, les bras pendants, qui serre les mains dans un mouvement d'intense affliction, alors qu'en revanche, juste derrière elle, le jeune garçon regarde fixement la scène qui se déroule sous ses yeux ; la douleur paraît quasiment absente de son regard, comme subjugué. C'est une fresque qui a été exécutée à la fin de l'année 1925, en moins de 15 jours – un monument singulier qui a été inauguré à la Toussaint de l'année suivante. Et là encore, le réalisme des attitudes va devoir être défendu par le clergé, car là encore, les paroissiens sont très réticents face à ce monument. Et juste avant ma conclusion, je voulais vous montrer un monument qui n'est pas un monument paroissial, mais qui est un monument communal, celui de Clisson, qui est adossé très symboliquement à l'église de la Trinité. Là encore, c'est un monument réalisé à fresque par Georges Lusseau, et qui montre d'un côté, du côté du soldat mourant, côté gauche, une famille en deuil, et côté droit, du côté du combattant, celle de la famille retrouvée, de la paix incarnée par un jeune couple et son enfant. En conclusion, ce que l'on peut dire, c'est qu'au lendemain de la guerre, l'inhumation des soldats et la valeur mémorielle attachée à leur sépulture furent un enjeu primordial, à la fois politique et religieux. Il y avait d'un côté la France républicaine et de l'autre l'Église catholique, à laquelle l'Union Sacrée avait donné l'occasion de revenir en force après la loi de séparation de 1905. L'enjeu de la commémoration fut donc capital pour l'Église qui devait jouer son rôle dans le culte des héros. L'originalité du monument paroissial est un argument souvent mis en avant en comparaison de la banalité des hommages sculptés communaux. En effet, le monument aux morts de la paroisse est un monument plus intime et ambitieux que celui de la commune. Il a pour but non seulement de garder le souvenir des paroissiens morts au cours de la Grande Guerre, mais il doit aussi agir sur la piété du fidèle et lui présenter des modèles dans lesquels il puisse trouver un sujet d'espérance. Le message d'espoir et d'exemplarité produit par les artistes constitue la différence essentielle entre les monuments républicains et les monuments catholiques. Aujourd'hui, ces monuments sont très souvent tombés dans l'oubli, faute de rituel. En effet, les cérémonies qui s'y déroulaient se sont arrêtées au cours du dernier tiers du XXe siècle, à la différence des monuments communaux. Pourtant, ces mémoriaux sont des témoignages de premier plan de l'histoire sociale, religieuse et artistique des années 20. Il est encore possible, en les regardant, de se relier au deuil des familles, de ressentir l'immensité de la perte et de saisir comment les communautés ont tenu à garder le souvenir de leurs morts. Et je termine par une image d'un monument peint en Bretagne, celui de Combrit dans le Finistère, une commune tout près de Bénodet ; et c'est un monument qui a été protégé au titre des monuments historiques et restauré récemment. Donc voilà, très intéressant de pouvoir comparer les monuments aux morts peints des paroisses bretonnes avec ceux voisins des Pays de la Loire. Je vous remercie.