Eva GuillorelBonjour à tous, je vais vous présenter ici autour des gwerziou, ces complaintes en langue bretonne qui ont été recueillies par écrit puis enregistrées sur support sonore au XIXe et au XXe siècle avec certaines collectes qui ont été encore actives, très actives dans la seconde moitié du XXe siècle. Donc une documentation qui a été compilée de façon ultérieure à la Révolution, mais dont le contenu est largement le reflet d'époques plus anciennes. Donc ce sont des chansons tragiques qui mettent en scène de nombreux décès que l'on peut souvent mettre en lien avec des faits divers locaux qui se sont déroulés sous l'Ancien Régime. Homicide, infanticide, naufrage... mais aussi des morts en couche, des morts suite à maladie. Et donc finalement, la mort est omniprésente dans ce répertoire, et les rituels religieux qui entourent la mort le sont également, dont les testaments, et c'est de cela que je vais parler aujourd'hui. Donc je vais réfléchir à l'intérêt de cette source dans une approche d'histoire socio-religieuse de la Bretagne des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Est-ce qu'on peut considérer ces gwerzioù comme une source fiable ? pour l'étude des pratiques testamentaires d'Ancien Régime ? Est-ce que ces chansons permettent de documenter des comportements spécifiques à cet espace culturel ? Et est-ce que ces chansons peuvent enrichir les connaissances que l'on a déjà par l'analyse des sources écrites ? Une analyse socio-culturelle de ces chansons, des textes de ces complaintes, montre qu'elles sont bien plus souvent le reflet de l'époque de composition. Alors... d'après les éléments qu'on a, ces chansons étaient composées rapidement après les faits relatés, donc bien plus le reflet de cette époque que celle de la collecte, même si bien sûr il y a des renouvellements au fil du temps, et c'est aussi ce qu'il est intéressant d'analyser. Donc il y a une forme de conservatisme qui est en lien très fort avec la définition même de ces gwerzioù, ces chansons ont pour caractéristiques de raconter des histoires vraies ou qui sont prétendues vraies. Et pour cela, on a de très nombreux noms précis de personnes, de lieux qui sont cités, avec une description de détails dans une mise en scène de la société, dans des chansons qui sont extrêmement longues. Et donc, on a une place importante consacrée aux comportements qui sont liés à la mort. Déjà au XIXe siècle, des folkloristes comme Anatole Le Braz avaient relevé l'importance de la mort dans ses chansons et dans d'autres traditions orales en Bretagne. Ça a été repris ensuite par d'autres chercheurs, ethnologues, historiens et d'autres disciplines au XXe siècle qui permettent de confirmer l'apport de ces chansons, l'intérêt de ces chansons pour une approche historique, socio-culturelle de la Basse-Bretagne, pour d'autres approches aussi, mais en tant qu'historienne, je vais vous parler d'une approche historique. Donc on voit qu'il y a de façon récurrente des ecclésiastiques qui sont présents parmi les protagonistes de ces chansons. On peut repérer un certain nombre de marques, du passage de la réforme catholique par exemple, des références à l'invocation de saints, parmi lesquels une grande variété de saints locaux non reconnus par l'Église romaine. On voit la mise en scène de nombreux miracles, suivis de l'accomplissement de vœux et de pèlerinages, puis de la mort heureuse des pénitents. Et puis on a de nombreuses descriptions de la mort, de l'agonie, de l'accompagnement de l'agonie, des veillées funèbres, des rituels d'enterrement, des représentations de l'Au-delà qui mettent aussi en évidence un certain nombre de renouvellements de certaines pratiques religieuses dans le temps, par exemple, dans le choix du lieu d'inhumation lorsqu'on passe de l'intérieur de l'église au cimetière ou qu'on est enterré sous le porche.
Alors, moi j'ai pu précisément évoquer aujourd'hui la question des pratiques testamentaires. Dans ces chansons, on s'intéressant à 63 versions qui appartiennent à 20 chansons types, donc 20 chansons différentes. On a des centaines de chansons types qui correspondent à des milliers de versions. Voilà, ça vous donne... Ici, un petit échantillon de versions qui spécifiquement évoquent les testaments, donnent la description des dernières volontés d'hommes et de femmes qui décident de faire leur testament, mais également qui précisent les circonstances de l'énonciation de ces testaments. Alors bien sûr, il est souvent impossible de prouver la véracité de ces mises en scène dans ces chansons recueillies de tradition orale, mais on a des descriptions qui en tout cas sont crédibles pour l'auditoire qui les écoute. Et, puisque je vous rappelle, il faut que l'histoire paraisse vraie. Donc, il y a un souci de véracité qui est attendu dans ces chansons. Et lorsqu'on confronte ces gwerzioù avec des testaments écrits, de l'époque d'Ancien Régime, on peut faire toute une série de parallèles, déjà dans la sociologie des testateurs. où l'on voit des différences. Finalement, si les chansons nous disaient exactement ce qu'on sait déjà dans les testaments écrits, ça ne serait pas très intéressant. Donc, on va essayer de repérer ce qui est un petit peu différent. Alors, le clergé, sans surprise, est très présent dans ces complaintes, et donc dans les testaments de ces complaintes. On les trouve aussi dans les testaments écrits. Finalement, on les trouve plus dans les testaments écrits que dans les complaintes, d'ailleurs. Et ce qu'on va surtout trouver comme profil dans les complaintes, ce sont des nobles qui sont très représentés. Et également, près de 40% des testaments que l'on trouve dans ces gwerzioù émanent de roturiers, dont une majorité peut être rattachée à des catégories peu aisées. Si on prend l'ensemble du corpus chanté, on peut calculer qu'à peu près un testament sur cinq se rapporte à des milieux peu aisés. Alain Croix avait fait toute une étude sur les testaments écrits en Bretagne. Il avait relevé seulement, pour la période 16e-17e siècle, 1,4% de testaments de paysans, 6% de gens de métier, compagnons et serviteurs dans les testaments écrits. Donc là, on a une proportion beaucoup plus importante dans la chanson. Et ces gwerzioù qui évoquent des testaments pauvres me paraissent particulièrement intéressants parce qu'elles mettent en scène des actes simples, des testaments oraux, dont l'écrit ne conserve le plus souvent pas de traces. Donc là, on a un véritable apport de ces sources par rapport aux testaments écrits. Par exemple, une chanson assez souvent recueillis sur le départ à la guerre d'un jeune homme, Garan Le Bris. Il laisse sa mère seule à la maison et il fait un testament et donc il demande juste de recommander son âme à Dieu. Une autre gwerz qui est recueillie ici dans le contexte des ravages causés par la peste (je fais référence au testament), Donc les jeunes femmes, je vous passe tout de suite à la traduction française en dessous, les jeunes femmes font leur testament en donnant un tablier de mousseline." Je le donne pour être mis autour du calice, ou en tablier de toile blanche pour être mis sur l'autel de Saint-Sébastien". On a ici une référence à Saint-Sébastien, protecteur de la peste, d'autant plus intéressante qu'on ne la retrouve, cette référence à Saint-Sébastien, dans aucun des testaments écrits pestiférés qui ont été étudiés par Alain Croix pour la Haute-Bretagne, donc la partie galèse, partie orientale. Ici, on est dans la partie occidentale de la Basse-Bretagne. Ces mentions de testaments dans les gwerzioù, sont très rarement associés à des testaments écrits. On a quelques cas, mais c'est avant tout par oral que le testament est énoncé, même s'il est implicite qu'il soit mis par écrit pour les groupes sociaux les plus favorisés. Et ce testament oral est toujours énoncé à un proche, notamment la mère, la sœur, l'épouse, le mari. Et dans plusieurs cas, les chansons mettent en scène des discussions qui s'engagent entre les époux autour de la réalisation pratique des demandes. Notamment pour déterminer le montant possible des lègs pieux en fonction des ressources disponibles. On a donc des éléments sur les circonstances de cette énonciation des dernières volontés, le plus souvent rédigée peu avant de mourir, dans les moments d'agonie, et là on retrouve des choses que l'on va voir également dans les testaments écrits. Mais les gwerzioù sont parfois plus précises que ces testaments écrits. Quant au contexte d'énonciation, par exemple, il y a une complainte sur la mort en couche de l'épouse du sieur de Pontplancoat, qui décrit avec minutie la souffrance de cette femme, qui déclare vouloir tester au moment où elle sent sa mort venir. Et donc la complainte décrit à la fois en parallèle l'accouchement extrêmement difficile et l'énonciation du testament au cours de cet accouchement. On pourrait penser que les gwerzioù, avec les mises en scène de dialogue à la forme directe, permettent d'approcher une formulation des dernières volontés du mourant qui soit plus proche que celle des testaments écrits, pour lesquels une triple traduction s'opère, le passage du breton en français pour les testateurs unilingues, la transcription des propos oraux dans la langue de l'écrit et le recours à un écrivain extérieur.Dans les faits,il y a d'autres filtres qui sont présents dans la chanson, qui sont liés à la forme poétique et au mécanisme de transmission oral, qui jouent en faveur d'expressions stéréotypées, de formulations clichées. Et finalement, les formulations que l'on retrouve sont au final assez proches, dans une forme simplifiée, de celles que l'on a dans les testaments écrits. Quand je parle des testaments écrits, la plupart des gwerzioù qui se rapportent à des décès et à des testaments que l'on peut précisément dater, grâce aux circonstances, au nom de l'homme, au nom de la personne, se situent au cours d'un long XVIIe siècle. C'est de façon prioritaire, avec des testaments écrits du XVIIe siècle, que j'ai fait cette comparaison. Comme dans les sources écrites, on trouve le plus souvent des formules d'introduction qui recommandent l'âme du défunt à Dieu et qui précisent le lieu d'enterrement cité. Ces formules étant dans une forme simplifiée, un reflet des intercessions divines qui sont invoquées dans les testaments écrits. On a également des demandes de messe, systématiques dans les testaments écrits, moins souvent incluses dans les gwerzioù, mais on en trouve également, par exemple ici, une allusion au service d'octave, donc ces messes mortuaires qui sont très souvent attestées dans les testaments écrits du XVIIe siècle, ici dans la gwerz, sur les dernières volontés du seigneur des Tourelles, qui demande donc trois messes d'ici huit jours, une sur l'autel de la Vierge, qui sera ma véritable protectrice, une autre devant le Saint-Esprit pour que je sois délivré de mes peines, et une autre devant Saint-Efflam pour que j'aille sans tâche au paradis, ce qui est ici l'occasion d'évoquer des saints qui correspondent à des cultes très localisés, comme Efflam dans la paroisse de Plestin, l'un de ses nombreux saints thérapeutes bretons.
Par contre, les pauvres, qui sont les intercesseurs privilégiés au moment de la comparution devant Dieu, sont mentionnés de façon beaucoup plus anecdotique dans les chansons, alors qu'ils apparaissent dans presque 40% des testaments écrits bretons à la fin du XVIe siècle et du XVIIe siècle. Ce qui est très présent, c'est une série de dons en nature, surtout des vêtements qui ont appartenu aux défunts ou des habits noirs qui sont commandés à l'occasion du deuil et qui sont donnés aux saints protecteurs en remerciement de leur intercession ou aux proches dans le but explicite d'entretenir le souvenir du mort. Je vous ai mis un extrait qu'on va pouvoir écouter pour entendre aussi un peu ces chansons. Un extrait de la gwer de Renean ar Glaz [ Renée Le Glas], qui fait ainsi un donné des habits à des proches. On va écouter un extrait de version qui a été recueilli par le collecteur Ifig Troadec dans le Trégor, dans les actuelles Côtes d'Armor, côté bretonnant, à Trédarzec en 1989, auprès de de Louise Le Grouiec. Et je vous passe les six premières minutes pour aller directement à l'énonciation du testament.
Ma fried, emezi, ma vec'h kontant Mon époux, dit-elle, si vous le voulez bien,/
Me zo vonet d'ober ma zestamant Je vais aller faire mon testament/:
Bezañ am eus teir vereri J'ai trois métairies/
Div d'am matezhig, un all vo dit. Deux pour ma servante et l'autre pour toi./
Bezañ am eus c'hoazh, emezi, pemp buoc'h laezh J'ai encore, dit-elle, cinq vaches à lait/
Re-se a vo mat da gomañs tiegezh Celles-la seront bonnes pour monter un ménage/
Evit bezañ ma c'hoñsolet alies ! Pour m'avoir souvent consolée !/
Bezañ am eus c'hoazh ouzhpenn un abid satin glas J'ai encore également un habit de satin bleu/
Ma 'do sonj deus Renean ar Glas. Pour qu'elle se souvienne de Renée Le Glas./
Bezañ a zo c'hoazh en em godell pemp kant skoued Il y a encore cinq cents écus dans ma poche/
Da gerc'hat anezhe soudenn ma keret. Allez vite les chercher si vous le voulez./
Ma gwarliñjer 'peus din prenet Mes anneaux que vous m'avez achetés/
Ha deoc'h ma fried int gleet. Vous sont dus, mon époux./
Ma fried, emezi, mar am c'heret Si vous m'aimez, dit-elle, mon époux,/
Lez din poz ma fenn war ho parlenn a refet. Vous me laisserez poser ma tête sur vos genoux
On ne va pas écouter en entier, mais je trouvais important d'entendre aussi cette voix.
On a également dans ces chansons, dans ces testaments, dans les gwerzioù, Des mentions de règlement des dettes, de gestion des comptes, ça fait partie des assurances à prendre pour faciliter le départ de l'âme. Par exemple, le testament de la femme d'un comte qui demande que son fils soit mis en nourrice et qui prévoit l'argent à verser mensuellement à l'église pour payer ses études jusqu'à ce qu'il devienne prêtre et délivre l'âme de ses père et mère au cours de sa première messe.
Je vais terminer en présentant plus précisément une chanson, une gwerz très particulière, la gwerz sur la mort du marquis de Guerrand, qui est la seule qui a explicitement pour terme la réalisation d'un testament, comme c'est indiqué dans le premier couplet à écouter tous, je vous en prie, une gwerz nouvellement composée au sujet du seigneur de Guerrand à cause de son testament. On a 13 versions de cette chanson qui ont été recueillies entre la deuxième moitié du 19e siècle et les premières années du 20e siècle. Et donc, ce qui est intéressant, c'est que cette chanson décrit sur plusieurs dizaines de vers la dictée d'un testament, la version la plus complète qui a été recueillie par Gabriel Milin, fait 84 octosyllabes, dont la majorité consacrée vraiment au descriptif de ce testament. Louis Le Guenec a établi la concordance entre le protagoniste de cette gwerz et Vincent du Parc, marquis de Locmaria, né en 1607, décédé en 1669 dans son château situé en Plouégat-Guérrand. On est toujours dans le Trégor. Donc cette famille est une famille de moyenne noblesse, enrichie par des mariages avantageux et par l'obtention de titres et de terres en remerciement du service d'armes au roi. Les terres sont érigées en marquisat en 1637. C'est donc une importante seigneurie trégoroise qui s'étend sur plus de 20 paroisses. On a d'autres chansons sur ce même personnage, ce marquis de Guerrand, d'autres récits légendaires en prose également, des anecdotes, des expressions, donc finalement tout un cycle légendaire de tradition orale, essentiellement tourné autour de crimes et de femmes qui l'auraient séduite. Un cycle noir de ce marquis, et pourtant à la gwerz sur son testament, le montre de façon positive, comme un homme repenti et généreux, soucieux du salut de son âme à l'approche de la mort. Cette chanson est vraiment remarquable par la richesse de la description des legs pieux, donc une profusion de dons minimes entre une multitude de paroisses et de chapelles dans un rayon très concentré, ce qui rejoint une des particularités que l'on retrouve dans les testaments bas-bretons écrits du XVIIe siècle. Et lorsqu'on essaye de représenter géographiquement cette liste de sanctuaires bénéficiaires, si on croise les versions, on a 97 mentions de lieux qui sont présentés dans différentes versions des gwerzioù, 89 de ces toponymes correspondent à des paroisses qui sont comprises dans la seigneurie du parc de Locmaria, les 8 autres étant des sanctuaires importants à l'échelle du diocèse, voire au-delà, par exemple, la chapelle Notre-Dame-du-Folgoët qui était un des grands pèlerinages. Donc, on a une cartographie qui reflète la remarquable capacité de conservation des noms de lieux dans ces chansons qui ont été recueillies plusieurs siècles après la mort de ce marquis et qui ont été recueillis de tradition orale. Il y a également dans cette chanson la référence à l'achat de nouvelles orgues qui est confirmée par un don de Vincent du Parc dans un testament 15 ans avant sa mort. Il y a également la mention de la fondation d'un hôpital qui peut accueillir 12 pauvres. Là aussi, c'est confirmé par un aveu écrit et c'est conforme aux pratiques charitables nobilières de cette génération. On a même la liste des aliments qui sont donnés aux pauvres. Et si on compare cette description avec les distributions alimentaires des hôpitaux bretons qui ont été analysées par Alain Croix, on a finalement des choses extrêmement proches. Donc une grande fiabilité dans la description de ce testament qui permet de pallier l'absence du testament écrit qui, lui, n'a pas été conservé. Là, on a aussi un intérêt de ce répertoire chanté. Et cette fiabilité nous invite à nous interroger sur l'auteur de cette composition qui semble avoir une parfaite connaissance des dernières volontés du marquis. Alors est-ce que c'est un auteur ou un ecclésiastique concerné par la rédaction qui a eu accès peut-être au testament écrit ? Est-ce que c'est un proche du marquis qui était présent au moment de l'énonciation du testament ? Est-ce que c'était un chansonnier qui a été rémunéré par la famille pour faire l'éloge de cette mort exemplaire et racheter la mauvaise réputation du marquis ? On ne le sait pas. Ce que l'on sait, c'est qu'on a quand même un grand nombre et une diversité de variantes textuelles qui excluent l'hypothèse d'une réoralisation tardive de cette histoire. On pourrait imaginer un texte écrit qui aurait circulé fin XIXe et on le réapprend. Non, on a vraiment beaucoup de variantes qui nous montrent que ce texte a circulé oralement dans une ère géographique proche de Plouégat-Guérrand. La dernière version a été recueillie en 1911, donc près de 250 ans tout de même, après la mort de Vincent du Parc. Donc une circulation locale qui montre qu'il y avait une géographie connue qui reste signifiante pour les chanteurs et leur auditoire, plusieurs générations, plusieurs siècles après l'histoire, et qui donne du sens encore à une complainte dont la trame narrative s'écarte des habituels récits des crimes et des morts violentes. Et écoutez pendant 80 octosyllabes la description d'un testament de quelqu'un qui est mort il y a trois siècles, il faut quand même y trouver un certain intérêt, et donc cette dimension locale explique que ce souvenir du marquis était encore présent. Testament du marquis de Guerrand , Vincent Du Parc, marquis de Locmaria (Plouégat-Guerrand, 1669) : Chilauet oll ô m'he ho ped/ Écoutez, si vous voulez bien, Ur werz zo neve compozet/ Une gwerz nouvellement composée,Ur werz d'an autrou ha Une gwerz sur le seigneur de Guerrand /Guerrand abalamour d'he destamant À cause de son testament
Je conclue pour dire, j'espère vous avoir montré rapidement, que ces complaintes en langue bretonne peuvent être une riche source complémentaire des sources écrites dans l'étude des pratiques testamentaires de la Bretagne d'Ancien Régime, avec une précision dans les descriptions, une fiabilité, de nombreux détails au cours de la transmission orale. Ici, j'ai analysé le cas des testaments, mais en fait, ça pourrait être illustré à partir de très nombreux autres domaines de l'histoire sociale, culturelle et religieuse.Je me permet de renvoyer à la thèse de doctorat, la complainte et la plainte que j'avais consacrée à cette question. Et les gwerzioù ne se limitent pas à confirmer les connaissances déjà connues d'après l'analyse des sources écrites, ce qui serait intéressant, mais finalement pas tant que ça. Elles donnent aussi des éléments très riches sur le contexte de l'énonciation testamentaire. Elles mettent en scène de façon vraisemblable des testaments oraux et pauvres, rarement mis par écrit. Et dans des cas exceptionnels, comme celui de la mort du marquis de Guerrand, elles permettent même de pallier l'absence de testament écrit en reconstituant sous forme versifiée, mais tout de même tout à fait crédible, le détail d'un testament noble au milieu du XVIIe siècle.Je vous remercie.