Speaker #0Bonsoir. Comme d'habitude, rituellement d'ailleurs. Merci. Merci tout le monde. Comme ça j'englobe tout le monde. Je soupçonne d'ailleurs, personne qui m'invite, de dire avec lui ça va être un peu la récréation. Bon. Puis il y aura des images. Alors là, il y en a un petit peu moins que d'habitude, et puis ça ne va pas être si drôle que ça. Je vous préviens tout de suite. Donc, longtemps, les rites funéraires, non comptant d'exprimer la douleur, furent des moyens de prévention contre les inhumations et les crémations prématurées. Aujourd'hui, hérités des temps anciens ou nés de nouvelles attitudes face à la mort, les rites funéraires, de la disparition à la cérémonie, des funérailles à la sépulture, du dernier radieux au devoir de mémoire, engendrent des postures éliminatoires ou conservatrices, solennelles ou festives, religieuses ou symboliques, sacralisantes ou morbides nous allons tenter de rendre compte de cette diversité par le truchement d'images glanées quelquefois volées aux quatre points cardinaux du paysage standardisé aux mises en scène monumentales des mystères de l'ossuaire aux cortèges en plein air en passant par l'effigie le portrait photographique et éléments remarquables les offrandes manière de présent posthume cigarette que l'on glisse et allume entre les doigts de carlos gardel le roi du tango argentin os que l'on dépose à l'intérieur du porte-fleurs destiné à Pierre Dac, l'humoriste fondateur de la revue Le Samoal. Ticket de métro, disposé sur la tombe de Serge Gainsbourg, en souvenir de la chanson Le Poinçonneur des Lilas. Ticket de métro encore, sur la tombe de François Truffaut, évoquant son film Le Dernier Métro. qui qu'est toujours, rappelant que fulgence bienvenue, fut l'ingénieur en chef du métro parisien chaussons parfois pour les danseuses étoiles qui ont rejoint le firmament où par définition une place leur était réservée recueillons nous d'abord présent colloc oblige dans les cimetières bretons dans lesquelles, récurrentes, les plaques funéraires disent et redisent, plus que partout ailleurs, les homicides de l'océan, et tentent de perpétuer le souvenir de marins doublement disparus, morts sans sépulture. Découvrons un élément essentiel du rituel funéraire, le dépôt d'offrandes sur les monuments. Monuments-offrandes, des futurs locataires à eux-mêmes, ou plus tard, de leur entourage, plus ou moins obligés. Marque d'hommage la plus répandue, la fleur, qui chez les chrétiens comme chez les païens contribue depuis toujours à une approche plus apaisée de l'univers de la mort et évoque pour les uns le jardin fleuri du paradis, pour les autres les champs-élysées de l'au-delà. dès la plus haute antiquité. La plupart des divinités étaient parées de couronnes et couronner un individu était primitivement un signe de consécration à ce dieu. Aussi les morts en furent-ils saints, comme les vivants l'étaient dans des moments d'exception pour attirer la protection divine, bouée de sauvetage en quelque sorte. Cette marque d'honneur matérialisa alors le séjour des morts bienheureux et le salut éternel lui-même aujourd'hui la couronne funéraire dit moins la victoire sur la mort qu'un simple adieu stéréotypé les bouquets floraux standardisés sans artiste en angleterre se personnalisent en mums ou en dades Et de même que la citrouille des dessins animés se change en carrosse, se reconvertissent en camionnettes dont le défunt est-elle le chauffeur. L'ante métamorphose phytomorphe de la fleur naturelle à l'arôme tenace et antiseptique au simulacre des pensées de céramique. Reste pour l'anecdote un exemple de rituel floral et fétichiste. A Buenos Aires, en Argentine, une idolâtre régulièrement campée devant une chapelle surmontée d'une sainte locale, ou supposée telle, lance inlassablement une fleur sur la plateforme élevée où le buste est installé. la fleur lancée atteint rarement son but et lorsqu'elle y parvient c'est souvent pour faire choir quelques fleurs qui s'y trouvaient déjà là tout est à refaire pour cette pénélope obstinée au rituel jardinier s'associent les rituels de la lumière car la lampe comme l'homme possède un esprit qui est la flamme. Bien avant de se muer en symbole chrétien, elle fut consacrée à des divinités païennes, Mercure, Vulcain, Minerve, Vénus. Des milliers de lampes en bronze ou en terre cuite occupaient les nécropoles antiques. La croyance en une autre vie, qui n'appartient pas au seul chrétien, faisait alors aux vivants obligation de déposer une lampe dans chaque sépulture. Tremblante mais obstinée, elle fut pendant plusieurs siècles, le dernier vestige des antiques croyances en une vie future. Vacillant éclairage permettant aux vivants de se reconnaître dans les souterraines cités de la mort, partie du mobilier funéraire d'un défunt menant dans le monde d'en bas une existence nouvelle. L'Église chrétienne s'en empara et les lampes, ardentes images de la vie, de la transcendance, de l'esprit désignèrent dès lors la foi la piété la pureté et furent en particulier placés devant l'autel avant de devenir un imperturbable luciole de la félectricité autant de petites âmes qui peuplent les collines nécropolitaines puisque nous devons évoquer l'univers enfantin nous sommes invités à suivre les avatars des procédures qui tentent au cœur de familles brisées de guérir une blessure inguérissable. D'autant plus privés de sépulture ad sanctos dans l'église, qu'ils étaient morts en plus jeune âge, les enfants occupaient, mortalité infantile oblige, une importante partie du cimetière en une manière de quartier réservé, à l'écart, prisonnier de tumulinins et de clôtures fragiles. De nos jours, les procédures dissimulatrices, quasiment éliminatoires, font place à des attitudes protestatrices et gesticulatoires, adulatrices et sanctifiantes. Les sépultures enfantines, rassemblées dans des nurseries qui bruisent seulement du mouvement de petits moulins avant plantés en terre, se couvre d'un déballage de jouets du petit soldat de résine au gros chien en peluche en passant par une voiture à pédales sans oublier un superman gonflé à l'hélium un rituel du comme-ci fétichiste à prétention magique en recréant l'espace familier du petit, angélisé déjà parmi les anges de Stuck, prête à se reliquaire un étrange pouvoir de communication. Restons en la compagnie des enfants, tout en traversant les mers, pour rallier le Japon. Ici, avorté, mort-né, décédés en bas âge, sont rassemblés sur des estrades en strictes alignements d'amidas, nom japonais du Bouddha, vêtus de tabliers et de pyjamas rouges et blancs. Dans l'empire du soleil levant, la fin de l'été est le théâtre d'une intense activité cultuelle, bon ou bon, je ne vous ai jamais su prononcer, la fête des morts, qui date de 656, prétend recevoir et apaiser les âmes des ancêtres, car il importe pour les vivants d'acquérir un peu plus de mérite grâce à l'observance de ces règles. On procède à l'achat de plats de céramique pour remplacer les vieux plats déposés tant sur les hôtels domestiques que sur les tombes. Deux plateaux de bois pour les offrandes, de bougies, d'encens et même de casse-croûte, spéciaux pour les esprits. Du 14 au 16 août, une foule immense se rend dans les cimetières illuminées par des chapelets de lanternes. Précieuse visite qui égale mille autres visites rendues en temps ordinaire. Tirez un son du gong en prononçant le nom d'un de ses ancêtres. est censé guider l'âme de celui-ci dans son bref voyage annuel sur la terre. Une file d'attente se forme devant les stands où des calligraphes sur de minces plaquettes de bois clair rédigent à la demande des prières pour l'esprit des défunts pour que ces derniers reposent en paix et en même temps ne viennent pas importuner les vivants. Chacun se lave les mains. et se rince la bouche à l'aide de louches avant de se rendre sur les tombes ancestrales. Là, on procède à la toilette du monument avant d'y déposer quelques offrandes. La nuit tombe sur les gradins du cimetière et sur les milliers de lucioles qui scintillent dans les flambeaux. Le 16 août, de gigantesques signaux lumineux posés sur les collines ... guide les âmes sur le chemin du retour. Elles partent rassurées, on ne les a pas oubliées. Ces journées d'hommages funéraires nippones sont à mettre en parallèle avec les fameux jours des morts qui, au Mexique, au début du mois de novembre, n'engendrent pas vraiment la mélancolie, mais au contraire mettent en branle une agitation universelle. d'ailleurs génératrice d'une intense activité commerciale la fête des morts commence dans les boutiques et les échoppes en plein air où l'on confectionne et vend tant les guirlandes de squelettes et de fantômes que les crânes en sucre tant les couronnes de papier chatoyant que les lanternes ornées de motifs religieux dans l'entre-là des maisons pour lilliputiens des modestes cimetières de campagne dans la rectitude bourgeoise des nécropoles extensions des grandes cités dans un brouhaha général l'on récure les crucifix et l'on gratte la guitare l'on compose des bouquets et l'on repeint les chapelles de couleur chatoyante. Atmosphère de kermesse populaire, propre à attirer les touristes, à qui des grands-mères, comme piquées dans le sol dans leur robe façon panier, n'hésitent pas à pivoter pour solliciter un pourboire. Si au Mexique, la mort déborde le cimetière et investit la rue, Au Canada, plus précisément à Québec, elle annexe en ces mêmes temps de Toussaint la rue principale. Pour faire surgir des pavés un cimetière moussume et provisoire, tout de polyuréthane, panthéon consacré à la mémoire des personnages qui firent le Québec, de Jacques Cartier, découvreur, à Louis de Buade de Frontenac, gouvernant général de la Nouvelle-France. L'affichage tient un rôle informatif et social par le truchement des annonces de décès placardées dans les ruelles italiennes. Ainsi, un quartier entier est informé de la disparition de l'un de ses concitoyens. Le faire par géant rendu public invite à se rendre à la cérémonie et se dédouble quelquefois. en remerciement pour les condoléances reçues et les marques d'attention exprimées. La Bulgarie, elle, a adopté un rituel d'affichage simple qui placarde sur les troncs d'arbres, voué à une fonction nouvelle, celle de poteau indicateur, les annonces de décès toujours accompagnées d'une photographie du disparu. L'information ainsi crotchée, ou mieux punaisée, est ainsi transmise aux visiteurs, si la météo le permet, elle perdure suffisamment longtemps pour atteindre un public toujours friand de nécrologie. De la simplicité à l'ostentation, on peut faire le grand écart. À Anglais, dans les Pyrénées-Atlantiques, le cimetière en tapis noir des religieuses Bernardines regroupe dans l'extrême standardisation de tumulis de sable fouettés par les intempéries petits monticules annuellement et pieusement remoulés sans tambour ni trompette les modestes témoins du passage sur la terre de religieuses vouées à la méditation et au silence A Krakow, en Pologne au contraire, c'est au son d'une fanfare militaire précédant un long cortège. Pour une cérémonie sans fin. Mais à la fin de laquelle on tira une salve d'honneur, sous l'œil voilé d'une veuve en grande tenue, que je pus assister en voyeur sournois. Dans un Népal sans nécropole, Katmandou, qui jouxte la rivière Bagnati, Katmandou a établi des gâtes. Ces marches bordant la rive sur lesquelles s'alignent nuit et jour les crémations en un spectacle ininterrompu. A Pachupatinat, temple chivaïque, on découvre ceux qui, sentant leur faim proche, se sont fait transporter là pour mourir au bord de la rivière sacrée. Quelques vaches, animaux psychopompes, amenés par les familles sur les hauteurs des gâtes, vont aider l'âme du mort à franchir le grand passage avant la renaissance scène rituelle le parent d'un défunt se fait raser en signe de deuil tandis qu'un public de dévots et de curieux se promène et s'assied sur les escaliers et les plate-formes le défunt a porté sur une civière de bambou est enveloppé dans un premier drap blanc signe de deuil lui-même entouré d'un drap jaune qui sera retiré sur le bûcher ce dernier assemblage de bois billots et fagots augmenté d'un morceau de boîte santal purificateur est réalisé par les membres des confréries funéraires avant d'être enfin transporté Sur le bûcher, le corps est l'objet de quelques attentions préliminaires, telles l'aspersion d'eau sur la bouche afin de le purifier. Arrivé au bûcher, les porteurs en font à plusieurs reprises le tour, rituellement, avant d'y déposer leur fardeau. Le premier départ de feu consiste à allumer des bâtons dansants placés dans la bouche du défunt. Puis on met le feu au bûcher. Le corps brûle durant environ trois heures. Devant la famille recueillie, mais avare de démonstration, un brahman tout de blanc vêtu active régulièrement le feu en ajoutant du combustible. Il est quelquefois remplacé par un de ses adjoints. A l'issue de la crémation, seuls demeurent quelques rondins réfractaires. Avec les cendres, un petit sac en plastique est jeté à la rivière. Il contient le texte rédigé par un astrologue au moment de la naissance. Enfin, des assistants font disparaître toute trace de cendres dans la rivière. En Inde ou au Népal, nulle trace visible des morts ne subsiste. A Washington, aux États-Unis, le mémorial des vétérans du Vietnam offre le spectacle permanent d'un rituel très émouvant. Un long mur, où sont gravés des milliers de noms, reçoit la visite de familles et d'anciens djihais. Là, un préposé, équipé d'une échelle, de crayons et de feuilles de papier, utilise la technique du frottis pour offrir à ceux qui le souhaitent le nom ainsi imprimé de celui auquel ils sont venus rendre hommage. En mains en droit, au contraire, telles la France, l'Italie, l'Autriche, l'Espagne, la République tchèque, pour ne citer que l'Europe, un rituel conservateur prolonge crûment les disparus en des espaces semblables à cet étrange cabinet de curiosité évoqué par Agrippa d'Aubigné. Le lieu de mon repos est une chambre peinte de mille eaux blanchissantes et de têtes de mort. Des palermitains momifiés s'étiolent lentement face aux visites dominicales dans des catacombes siciliennes. Des tchèques, victimes des guerres russites, se muent en guirlande de crânes et de tibias dans la crypte de Kutnaura. Sur les étagères de la Beinhaus de Hallstatt en Autriche, les crânes nommés, datés et enluminés. ainsi titulaire d'une carte d'identité, attendent une nouvelle arrivante qui, abandonnant son cercueil encore en terre non loin de là, bientôt les rejoindra c'est en autriche encore que nous achèverons cette brève pérégrination près de vienne à albern dans les méandres du danube nous déchiffrons sur un panneau rouillé Riddhof der Namenlosen, cimetière des Anonymes. Dans un premier temps, sur la place du village, s'affairent quelques ordinateurs Surchargeant de fleurs un catafalque, un rituel annuel se prépare, comme chaque mois de novembre. Un hommage va être rendu aux défunts qui depuis des décennies, gonflés d'eau et méconnaissables, se sont échoués dans cette courbe du fleuve, accidentés, suicidés, assassinés, qui forment aujourd'hui cette communauté mystérieuse rassemblée malgré elle dans le cimetière des hommes sans nom. Les discours sont ponctués de musique funèbre, interprétée par un orchestre de l'Oden vert qui multiplie les fausses notes de la manière la plus pathétique. Au signal du gardien du cimetière, six porteurs, vêtus de survêtements criards mais cravatés de noir, soulèvent le lourd catafalque. Le convoi funèbre se dirige alors au son des cuivres et des tambours vers la berge du fleur. Alors là, descendu non sans peine sur les rochers glissants, le cercueil est déposé dans une barque qui, manœuvrée par quatre rameurs luttant contre le courant, parvient au milieu du fleuve. Un coup de feu retentit, signal de la mise à l'eau de la bière qui se change en un radeau fleuri qui s'éloigne vers l'est avant de disparaître. L'hommage aux noyés ne s'arrête pas là. La foule se dirige vers le cimetière à l'entrée duquel elle reçoit bouquets et bougies qu'elle va déposer au hasard sur les monticules de terre. Autant de Golgothas en miniature surmontées de croix de bronze noires ou sont clouées des Jésus argentés de frais. Une centaine de son nom ont été... inhumée ici entre 1900 et 1935, date à partir de laquelle les cadavres repêchés ont été « emportés » pour la médecine. Lieux désaffectés, mais non de désaffection. Ce tour d'horizon, incomplet, certes, n'aspire qu'à être poursuivi. Nul doute que de nouvelles explorations permettraient la découverte d'autres rituels. plus ou moins régionaux, plus ou moins subtils, nous avons cependant d'ores et déjà constaté qu'à d'infinies distances, dans le temps et dans l'espace, les êtres humains de cultures fort différentes avaient puisé dans un très vieux fond universel d'attitudes et de pratiques exorcisantes, religieuses ou magiques. Mais peut-être ne sont-elles pas si dissemblables, propres à pallier les angoisses éprouvées par la majorité de l'humanité face au grand passage vers l'inconnu. « Déposer une bouée sur ma tombe parce qu'on ne sait jamais » avait demandé Robert Desnos. N'oublions pas que rituels et offrandes sont aussi et surtout destinés aux vivants en même temps qu'ils sont chargés de perpétuer le souvenir des morts rituellement je vous remercie de votre attention
Speaker #0Alors, ce cimetière de Sapinta, je l'avais repéré par la lecture de façon livresque, mais je voulais absolument y aller. Ce n'est pas loin de la Hongrie, c'est une espèce d'embranchement entre l'Ukraine, la Hongrie et la Roumanie. C'est-à-dire que tout d'un coup, à la radio, on a commencé à entendre parler russe ou quelque chose d'approchant. On s'est dit, on ne doit pas être loin. Alors on est là dans une région, moi j'étais il y a à peine 10 ans, c'est le Moyen-Âge absolu. Tout était dans un état épouvantable. Les toilettes, on n'y avait pas accès. La rambarde de l'escalier s'écroulait. Un truc absolument hallucinant. Et alors, ces gens-là, ils ont compris le truc. Il y a donc un certain nombre d'années, un menuisier, on peut même dire un ébéniste, on peut même dire un artiste, a commencé à réaliser les tombes. de ses concitoyens. Alors, ce sont des on va dire des stèles en bois qui ont fait à peu près 1m50 ou 2m de haut. C'est polychrome et au centre de la croix il y a une image. Alors, il y a deux thématiques extraordinaires, et surtout une bon, on commence par la première c'est celle d'expliquer aux visiteurs quelle était la fonction dans la société du défunt, quel était son métier. Alors on a droit à la trailleuse de vache qui est en train de faire du bien à la vache, et puis on a le laboureur, mais le gars sur son tracteur bien sûr, etc. Et puis il y a une autre thématique qui est encore plus intéressante et plus folklorique d'une certaine façon. C'est celle qui décrit les circonstances de la mort. Et alors là, c'est fabuleux, parce que vous avez un type qui se prend un coup de fusil, il est représenté, il prend le coup de fusil, on voit la fumée qui sort du fusil, on voit la petite fille qui se fait culbuter par un taxi qui passe trop près du trottoir, et la meilleure, enfin ma préférée. C'est de mes préférés dans les cimetières. C'est celle qui montre un bonhomme qui sort d'un bistrot. Ils boivent beaucoup là-bas. Vous pouvez me permettre de le dire. Ils boivent beaucoup. Mais ils ont une capacité d'absorption absolument extraordinaire. Moi, j'ai fait des vernissages dans ces pays-là. Hommes comme femmes. C'était bière. plus vodka, plus slivovitch, plus champagne, etc. Et à minuit ou une heure du matin, ils étaient encore debout et ils étaient très dignes. Bon, par contre, là, le bonhomme dont je vous parle, il sort du bistrot, il est complètement bourré. Il titube et sans s'en rendre compte, il se trouve sur la voie de chemin de fer. Et que nous montre l'image des circonstances de la mort ? C'est le gars qui se fait carrément... renversés, culbutés par le train, par la loco. On a parlé d'une des choses un peu étonnantes que j'ai pu voir. Bonjour. Je sais qu'en Suède, il y a une tradition d'offrir des bonbons. Des bonbons, oui. Là, je ne connais pas. Non, non, non, non. Des bonbons, j'en ai rencontré à plusieurs reprises en Russie. Ce ne sont pas des cadeaux trop chers, c'est relativement économique. Quand je dis de l'art d'accommoder les restes, ce n'est pas tout à fait innocent. Ah oui, alors oui, il y a aussi des pommes de terre sur la tombe de Parmentier. Mais ces pommes de terre, quelquefois, elles sont à l'état naturel de pommes de terre, puis quelquefois, on les a transformées. C'est devenu anthropomorphe. Donc c'est des femmes, des hommes, etc., des visages souriants, ou au contraire, pas contents du tout. Et quelquefois, ce sont carrément des cornets de frites sur la tombe de Parmentier, celui qui a donc introduit la pomme de terre en France. Autre exemple, je vous le livre, vous avez aperçu tout à l'heure, Les madeleines sur la tombe de Marcel Proust. Moi, Marcel Proust, je vais quelquefois, parce que j'accompagne des amis guides de l'Observatoire de Paris-Rachète, je fais un topo sur la tombe de Proust où j'explique que des universitaires en mal de sujet, parce qu'il faut toujours trouver des sujets nouveaux, c'est difficile, ils n'avaient rien trouvé de mieux que de chercher Quelles étaient les phrases les plus longues dans la littérature française ? Alors ils ont trouvé ! Mais c'était une époque où il n'y avait pas Internet encore. Et il n'y avait pas, vous savez, moi je ne sais pas faire, mais il y en a qui savent. On appuie sur un bouton et tout de suite, le texte, on sait combien il y a de caractères, combien, etc. C'est assez pratique quand on a à écrire des articles. Alors donc, ils ont découvert que la phrase la plus longue de Marcel Proust, c'est 856 mots. Bon, ça fait à peu près une page et demie, en gros. caractère standard. C'est une phrase qui n'est pas très intéressante. C'est dans Sodome et Gomorre. Elle met en parallèle la situation difficile de deux parties de la société française de l'époque. Il ne faut pas oublier qu'on est à la frontière, en gros, entre le 19e et le 20e. Donc la situation des juifs d'une part, il en connaissait un bout puisqu'il était juif par sa mère, et puis la situation également difficile des homosexuels dans la société de l'alors. Il ne faut pas oublier que là, il connaissait très bien la question aussi. D'ailleurs, non loin de la tombe de Proust, il y a la tombe de l'un de ses derniers amants, à savoir Reynaldo Hahn. Pourquoi je vous disais ça ? Oui, j'en étais arrivé à Proust, tout simplement parce que moi je ne l'ai pas vu, on me l'a raconté, malheureusement, les Madeleines je les ai vues, mais quelqu'un a mis sur la tombe de Proust un inhalateur, parce que la personne en question n'avait pas oublié que Proust était asthmatique, et que finalement c'est de ça qu'il est mort.