Speaker #0Merci beaucoup pour l'introduction. Je vous propose à présent de vous diriger vers la Belgique avec moi pour s'y intéresser aux représentations de la mort sur les monuments funéraires à l'époque baroque. En effet, entre 1650 et 1750, la sculpture funéraire des Pays-Bas méridionaux et la principaudé de Liège fait la barbelle représentation de la mort. Elle apparaît visuellement sous deux formes, soit personnifiée sous la forme d'un squelette, soit allégorisée par la combinaison de motifs, des motifs bien connus tels des crânes, des ossements, des sabliers, des torches éteintes, etc. Cette omniprésence iconographique de la mort a contribué à forger la perception d'une époque où dominerait la crainte, voire la terreur de la mort, traduite par un imaginaire macabre. Donc, macabre, on entend ici dans un sens négatif. Ce lieu commun se rencontre dans la littérature ancienne comme plus récente. On retrouve par exemple des expressions comme un nid de squelettes qui inspire un sentiment de répulsion et de terreur, ou la consolante pensée d'une vie meilleure qui disparaît en présence de l'horreur que la mort inspire, ou également l'idée que les monuments funéraires du XVIIe sont épouvantes, également l'idée que le sentiment de peur à l'approche de la mort est déjà distempéré, mais qu'au XVIIe siècle, la pensée religieuse tombe progressivement au second plan, pour laisser seulement la place au macabre devenu frappant et primordial. Et on retrouve aussi fréquemment des expressions telles que la mort brutalement triomphante ou l'expressionnisme macabre dû au baroque Pourtant, Cette insistance sur l'aspect négatif de la mort, l'effroi qu'elle provoque, et surtout l'absence d'espoir en la vie après la mort, ne coïncide en fait pas du tout avec le rapport à la mort de la société du XVIIe siècle, qui est bien connu par des études historiques telles que celles de Philippe Ariès ou Michel Vauvel, pour ne citer qu'eux. On pourrait y voir l'influence de notre sensibilité contemporaine qui, face à la mort, choisit de la mettre à l'écart, de la dissimuler, voire même de la rendre taboue. Pourtant, il n'en est rien à l'époque post-tridentine, où la mort était dite apprivoisée. et indissociable de la vie terrestre et de la perspective catholique de la vie éternelle. Il ne s'agissait pas de dissimuler la mort, mais d'y penser au contraire au quotidien, afin de bien vivre et bien mourir. La mort était perçue comme nécessaire, voire même en fait souhaitable, car elle permettait d'accéder au salut. Je vous propose donc de commencer par un exemple introductif, qui est le monument funéraire des abbés de Grimbergen. J'ai choisi ce monument parce qu'une des citations qu'on a vues il y a deux minutes fait référence justement à ce monument funéraire. Dites donc... en choisissant cet exemple de dépasser l'idée de la sculpture funéraire comme réflexion effrayante sur la mort et de la faire mieux résonner avec la perception post-tridentine de la mort. Au centre, un sarcophage de marbre rouge sur lequel se tiennent deux personnifications. Vous avez à gauche le temps, le vieillard temps, avec son attribut traditionnel, la faux, et vous avez à droite la mort, représentée sous la forme d'un squelette drapé dans un linceul, également ailé. Toutes deux présentent au spectateur un long rotulus sur lequel le temps vient inscrire à l'aide de sa plume le nom de tous les abbés de Grimbergen qui sont décédés depuis 1128, qui est la date de fondation de l'abbaye. Alors, une clé de lecture centrale de la composition est donnée ici par ce cartouche, où on peut lire Computrescens sed resurgent En effet, les abbés sont morts, Computrescens ce que soulignent de nombreux symboles disséminés au sein de la composition. Par exemple, un angelot qui est couché sur un sablier renversé et qui tient à la main une torche éteinte. Et on voit également au sommet de la composition un crâne, dans l'orbite duquel passe un serpent qui se mord la queue. Et donc le crâne est couronné de laurier, signe du triomphe de la mort, et est également flanqué de deux ailes, une aile de chauve-souris et une aile d'oiseau. Tous ces éléments font allusion au temps qui s'écoule jour après nuit. et au cycle de la vie humaine qui conduit inexorablement de la naissance à la mort. Mais, cède, en opposition à cette symbolique, on retrouve également une série d'éléments vitalistes, en lien avec le mot résurgent. On a par exemple deux torches allumées d'un feu vif, qui sont en opposition avec la torche éteinte tenue par l'angelot, et également deux poutilles, images de la jeunesse, qui se trouvent sur deux festons végétaux tout à fait luxuriants. La vie terrestre des abbés s'est donc achevée, et ils ont accès à la vie éternelle promise par le sacrifice du Christ. De plus, la mort leur a permis de devenir immortels dans la mémoire collective de la communauté monastique, car leurs noms sont gravés à jamais dans le Liber Mortis et sur leur monument funéraire de marbre. Ce monument est ainsi représentatif de l'ambivalence existant dans la sculpture funéraire des anciens Pays-Bas, entre mort et vie, entre caractère éphémère et immortalité. De plus, le rôle joué par la mort et le temps au sein des compositions est en fait loin d'avoir la valeur effrayante ou négative attendue. Et donc ici, il est au fait complètement positif, puisqu'il contribue à graver le nom des abbés et à célébrer leur mémoire. Sur cette base, mon objectif est de réévaluer la présence de la mort au sein de la sculpture funéraire du XVIIe et début XVIIIe siècle dans les anciens Pays-Bas. Puisqu'il ne s'agit pas d'introduire une réflexion, en tout cas pas uniquement d'introduire une réflexion effrayante sur la mort, quelle valeur peut-on donner à ces personnifications allégoriques ? Comment les mettre en lien avec la pensée morale et spirituelle contemporaine qui traite de la mort et surtout de la résurrection ? Pour répondre à cette question, je vous propose d'analyser plusieurs représentations de la mort, en commençant par des personnifications de la mort et en terminant par le motif des crânes. Je vais aussi régulièrement comparer les sculptures funéraires avec des extraits de préparation à la mort, qui au XVIIe siècle se plaît dans la continuité des artistes moriendi-médiévaux. et donc de nombreux textes proposent des recommandations pour bien vivre, se préparer à bien mourir et ainsi gagner son salut. Et outre le fait de mener une vie vertueuse et de prier, il est également recommandé de méditer quotidiennement sur la perspective de son propre trépas, de visualiser mentalement la passion du Christ, la mort des saints et des martyrs, et en particulier celle de la Vierge, qui est jugée modèle de la bonne mort en fait depuis le Moyen-Âge. Avant toute chose, je souhaite préciser rapidement que la sculpture funéraire du XVIIe siècle fait toujours le choix de représenter la mort au moyen de squelettes plus ou moins décharnées, mais pas par le biais de dépouilles réalistes. Ces squelettes ne sont pas des représentations individualisées, ou des miroirs tendus au vivant en une vision de leur état futur, mais il faut plutôt y voir une évocation du moment de la mort. Voici donc comme premier exemple le monument funéraire Adrien de Kiesels et Barbara Lucien. On y voit les deux défunts, représentés en buste, qui regardent le spectateur avec calme et confiance, malgré la présence... supposément qui est tendre derrière eux d'un squelette drapé dans un linceul et qui brandit un sablier ailé, qui leur signifie que l'horreur est venue. Pourtant le couple ne semble très calme, et la raison en est donnée par un cartouche sur lequel on lit In deos pes nostra En Dieu se trouve notre espérance L'inscription permet d'emblée de quitter le registre terrestre pour mettre l'emphase sur l'espoir de la vie éternelle, conditionnée par la mort. Et c'est un message qui en fait imprègne toute la littérature spirituelle autour de la mort à cette époque. On pourrait ainsi mettre en parallèle la représentation avec l'extrait suivant que je vous traduis en français. La porte du ciel, c'est la mort. Les justes voulant être sauvés ne fuient pas la mort. Cette vie est une mort pour les justes, et la mort est pour eux la vie. La mort n'est ainsi pas à craindre, voire à désirer, car il s'agit d'une étape indispensable à franchir pour accéder au salut, dont les portes ont été ouvertes par la mort du Christ et le rachat des péchés humains. Le monument funéraire de Jan Körling et son épouse Katharina, qui se trouve en verse, permet de plonger plus en avant dans les préparations à la mort de l'époque. L'élément central de la composition est à nouveau un sarcophage de marbre rouge sur lequel on voit la mort qui surgit du sarcophage et qui tente d'attraper par la manche les physiques du défunt, qui lui s'éclate dans un geste de surprise. Pourtant, Null ne peut échapper à la mort, et c'est ce que proclame une banderole qu'il tient dans la main. On peut y lire Joseph et Fouguit Moulerhem non mortem qui est une référence à la rencontre de Joseph et la femme de Poutifar. Cette idée que la mort est inévitable, nécessaire, fait écho aux introductions de nombreuses méditations sur la mort, notamment plusieurs commentaires des exercices spirituels d'Ignace de Loyola. Premier point de la méditation, elle a nécessité de la mort et de l'incertitude, tant de son or que de l'état où elle nous prendra. Nous sommes obligés de nous tenir toujours prêts à partir d'ici, pour n'être jamais surpris. Ensuite, le monument funéraire de l'évêque gantois Eugène d'Alamont mérite également qu'on s'y attarde. La composition est construite comme une véritable action théâtrale, avec des inscriptions sur les socles qui fonctionnent comme des didascales. Le prélat est représenté à jumiller devant la Vierge à l'enfant, tandis qu'un squelette de bronze doré s'interpose entre eux. L'unbanderol tenu par ce squelette montre bien qu'il s'agit d'une représentation du moment de la mort du défunt, car on peut y lire Statutum est semel mori Le sort des hommes est de mourir une seule fois et donc c'est un extrait du livre des Hébreux, dont la suite du verset pose après quoi advient le jugement. La mort est vécue de façon sereine par l'évêque, car une fois cette étape franchie, il accédera au salut, présenté ici comme déjà gagné, grâce à la bénédiction de l'enfant, dont le socle, en plus, propose l'inscription Ramortis suscipé reçoit-nous alors de notre main. Derrière le prélat se trouve une autre figure, un ange, peut-être son ange gardien. Ses cheveux sont rejetés en arrière, son vêtement est plaqué sur ses cuisses et un pan vole autour de ses chevilles, donnant l'impression d'un vif mouvement vers l'avant, comme si animé par le souffle divin, il s'était précipité au secours du prélat en prise avec la mort. Et sur son socle on retrouve à nouveau une inscription qui nous dit Tous nos sabbostés protégués, tu nous protèges de l'ennemi La composition présente les mêmes idées que celles vues précédemment. La mort est inéluctable, elle n'est pas à craindre. Mais ici est soulignée en plus l'idée de la présence de la Vierge et de l'Ange comme intercesseurs privilégiés pour les défunts au moment du jugement individuel. C'est un message qu'on trouve également dans la littérature spirituelle, comme ici avec cet extrait de Saint François de Sales. Suppliez Dieu par les mérites de la mort de son Fils, qu'il vous prépare à une bonne mort. Implorez la protection de la Sainte Vierge et des saints. etc. Ainsi, les monuments funéraires semblent se faire le reflet de l'enseignement dispensé dans les préparations à la mort contemporaine. Plus encore, j'estime que la sculpture funéraire prend activement part à la pastoral sur la mort, en formant un contrepoint visuel à la littérature spirituelle qui est justement beaucoup moins illustrée à cette époque-là qu'à l'époque médiévale. Les monuments semblent ainsi construire une perspective didactique, dispenser un enseignement concret sur la mort, dans l'optique d'aider les vivants à se préparer à bien mourir à leur tour. Outre des personnifications, la mort est également symbolisée sur la sculpture funéraire des anciens Pays-Bas par un assortiment de motifs, dont des ossements, des sabliers, des faux, des bêches, des ouroboros, etc. Ces motifs ont une valeur ornementale, structurante, mais également symbolique, puisqu'ils identifient les monuments dans leur dimension funéraire. Parmi tous ces motifs, les crânes sont l'un des plus récurrents sur la sculpture funéraire, mais il s'agit en... règle générale d'une représentation très courante au XVIIe siècle, notamment car les crânes sont l'attribut de plusieurs saints, donc Marie-Madeleine ou Charles Borromé pour ne citer qu'eux. Mais les crânes étaient également des instruments de piété, et servaient de support dévotionnel en relation avec la préparation individuelle à la mort et au salut. Ainsi, certaines préparations à la mort recommandent l'usage d'un crâne pour les méditations, comme ce commentaire ici, donc, des exercices spirituels d'Ignace de Loyola, qui donne en fait en guise de prémisse plusieurs recommandations, à forme donc de... être dans des bonnes conditions pour méditer sur la mort. Donc on conseille par exemple d'être dans une pièce sombre, donc de voiler les fenêtres, mais on conseille ici, donc je vous cite, de même, il serait utile de disposer de quelques portraits de la mort, soit sous forme de figure, soit même sous la forme d'un crâne de quelques défunts. C'est très intéressant l'idée de conseiller aux fidèles d'avoir un crâne sur lequel méditer directement pour vraiment imaginer sa propre mort. Et donc ces pratiques peuvent être illustrées avec le monument funéraire de François Anson. On voit donc le défunt François Anson couché sur son lit de mort. Un ange vient lever un voile qui lui couvrait les yeux, donc sans doute le voile de la mort, et lui indique le Christ en croix, donc sans doute pour le mener aux cieux. Sous le coude de François Anson, on voit un crâne, et il tient également dans la main un crucifix. Et donc le monument semble ainsi signifier au spectateur que le défunt, avec une bonne vie, a préparé de façon adéquate sa mort, et bien mort, et donc grâce à cela a préparé adéquatement sa mort par le biais de ses instruments spirituels. et grâce à cela il peut donc être mené aux cieux. Mais plus encore, on a également conservé des crânes sculptés qui sont directement utilisés dans le cadre spirituel de méditation, notamment des perles de chapelet ou de rosaire sculptées en forme de crâne. Il peut s'agir de simples perles représentant un crâne, on en a vu une très belle à l'exposition à Darula, mais il y a également des perles un petit peu plus complexes, comme ici cette perle bifront, où on a d'un côté un visage de jeune femme et de l'autre côté un crâne ouvert de vermine. Et on a donc également des perles un peu plus complexes, qui permettent de se dire qu'au-delà d'un simple memento mori, On peut aller plus loin dans le lien avec la méditation sur la mort et le salut. Comme par exemple cette perle. On a ici une noix de chapelet en bouillie, qui est en forme de crâne, et qui a une petite charnière qui permet d'ouvrir le crâne en deux. Et à l'intérieur, on voit deux scènes, au sommet la passion du Christ, et en dessous, le péché originel. Et donc si on lit ces deux scènes avec l'idée de la mort introduite par le crâne, on a toute une réflexion autour du péché, son rachat par le sacrifice du Christ, et donc le salut de l'humanité qui est ainsi garanti. Ces noix de chapelet sculptées sont une production virtuose, à vocation esthétique mais également spirituelle, comme l'a démontré Reinhard Falkenburg. En effet, ce sont des perles de chapelet, on ne se rend pas bien, mais c'est vraiment minuscule comme production, donc c'est vraiment du travail de haute voltage qui était sûrement destiné à une élite. Mais en fait également, on suppose que comme en ouvrant la perle, les scènes étaient vraiment très très petites, on ne savait pas très bien les voir à l'œil nu. Et donc sans doute que le fidèle... voit les traits principaux des scènes, mais donc tous les détails sculptés qui ne sont pas visibles à l'oeil nu sont laissés vraiment à l'imagination du fidèle et donc l'aide à avoir donc un dessin préparatoire en fait, à sa méditation sur la mort et sur le salut. Ainsi par les thèmes traités, ces perles se font écho du message des préparations à la mort, tout en offrant des objets adéquats pour les méditations recommandées. Et le lien entre perles en forme de crâne et méditation sur la mort et le salut peut encore être renforcé si on considère que ces chapelets pouvaient en fait être employés dans le cadre de prières visant à obtenir des indulgences personnelles ou des indulgences pour les âmes qui se trouvent au purgatoire. Mais la question qui reste, c'est est-ce qu'on peut établir un lien entre ces crânes qui sont des objets spirituels et les crânes présents sur la sculpture funéraire du XVIIe siècle ? Je pense que le problème majeur est le changement d'échelle, et c'est donc un problème qui peut être résolu si on prend en compte un intermédiaire, qui sont les confessionnaux sculptés au XVIIe siècle, sur lesquels on retrouve toute une série de crânes sculptés. et qui sont en lien avec d'autres éléments qui mettent ces crânes en lien avec les méditations sur la mort et le salut. Et donc, premier élément, notamment, la confession faisait partie intégrante des préparations à la mort de l'époque, comme le soulignent de nombreux ouvrages comme celui-ci. Le malade doit se confesser afin de se préparer à bien mourir. Cela apprend au malade à ne pas se contenter d'une confession ordinaire et particulière, mais d'en faire une générale de toute la vie. Je vous propose maintenant de s'attarder sur un des confessionnaux sculptés de l'église Saint-Charles-Boromé à Anvers. L'ange, qui est à gauche de la cellule centrale, tient donc deux ossements croisés ainsi qu'une bêche. C'est une évocation d'Adam. Et donc de nouveau, on se retrouve en lien avec le péché originel, mais également son rachat par le sacrifice du Christ. Son pendant tient donc un crâne couvert de vermine sur lequel un doigt sur la joue semble méditer. C'est une représentation qui peut être mise en lien notamment avec des gravures de Vézal. mais également en plus avec le monument funéraire de François Anson. Ensuite on a le médaillon à gauche du confessionnal qui représente la mort de Saint Ignace de Loyola à Rome. Donc on voit son âme dans la partie supérieure qui est menée aux cieux par deux anges. Et ensuite on a le médaillon central ici qui est une représentation de la parabole du bon samaritain qui est en fait également à mettre en lien avec le salut puisque cette parabole est la réponse du Christ à la demande que dois-je faire pour avoir la vie éternelle. Tous les éléments du confessionnal résonnent donc entre eux pour placer le fidèle dans des dispositions favorisant la confession, tout en rappelant l'importance de la pénitence et la charité pour l'obtention de la rédemption puis du salut, et en employant des repères visuels desquels les croyants étaient familiers dans le cadre de leur préparation à la mort. L'ange méditant sur le crâne invite ainsi chacun à penser à sa propre mort et à se confesser afin de bien mourir et d'être mené au cieux, sur le modèle d'Ignace de Loyola qui, pour le rappeler, est l'auteur d'exercices spirituels qui ont conduit à de nombreuses méditations sur la mort. Ainsi, à l'heure de la contre-réforme, où la pensée de la mort se voulait quotidienne, celle-ci est représentée de façon abondante dans l'univers visuel des fidèles, en particulier sous la forme de crânes. Ceux-ci abondent tant sur des tout petits objets de dévotion que sur le mobilier monumental des églises. Or, dans le cadre plus particulier de la préparation à la mort, les crânes sont présentés comme des instruments de piété, destinés à soutenir la méditation sur la mort. Et les monuments funéraires, bien qu'ils n'ont pas de fonction spirituelle prédéfinie, sont sans doute les représentations qui condensent et appellent le plus une réflexion autour de la mort et l'espoir du salut. Les crânes présents sur la sculpture funéraire devaient ainsi très certainement résonner avec tout l'environnement visuel, spirituel des fidèles, et donc les encourager à méditer par le biais des monuments funéraires sur leur propre mort, afin de gagner leur propre salut, mais également prier pour celui des âmes défuntes. Ainsi, En brossant en survol les représentations de la mort au sein de la sculpture funéraire des anciens Pays-Bas et de la Principauté de Liège entre 1650 et 1750, en les confrontant à d'autres typologies d'objets et à la littérature spirituelle contemporaine, mon objectif premier était de pouvoir en déconstruire la perception macabre. Si elle rappelle la fugacité de la vie et l'inéluctabilité de la mort, l'accent est surtout mis sur le salut et son attention conditionnée par la mort. Mais tout ceci m'a également permis de préciser la compréhension de la sculpture funéraire et de ses usages. Si les monuments ont avant tout une dimension commémorative, on sait qu'ils contribuent également au salut des défunts, en appelant les vivants à intercéder en faveur des âmes du purgatoire. Et si l'on considère les monuments funéraires comme dispensant un enseignement autour de la préparation à la mort, par le biais de personnification de la mort, et également comme support de méditation grâce au crâne, cela permet de leur attribuer une véritable portée didactique, donc plutôt théorique, mais également une véritable portée spirituelle, plutôt pratique. Les monuments funéraires permettent ainsi de contribuer au salut des vivants, en les encourageant à se préparer à la mort et en stimulant leur propre méditation. Et ceci, donc je terminerai là-dessus, permet de décloisonner des mondes qui sont aujourd'hui séparés. La sphère des vivants et celle des morts coexistait en effet à l'époque moderne dans les églises, qui servaient jadis de sépultures aux classes hautes. Et l'interface entre ces deux sphères était les monuments, qui permettaient de faire agir et réagir les vivants et instaurer ainsi un dialogue. Les défunts appelaient aux prières pour leur salut, tout en proposant en retour aux vivants un support pour se préparer à leur tour. à bien mourir. Ceci place les monuments funéraires au cœur d'un système d'échange vivant à garantir le salut de toute la communauté et basé sur une forte solidarité, même par-delà la mort. Je vous remercie.