- Speaker #0
A A7 Mon invité du jour a gardé de son passé de skateboarder professionnel l'art de l'équilibre, la créativité et l'exigence. Aujourd'hui, multi-entrepreneur récidiviste, il partage son temps entre Biarritz, Ossegor et Paris et séjourne et entre faire des lignes de code et développer des stratégies pour ses clients prestigieux. J'ai la joie d'accueillir dans le studio de A à Z, Nao Nussbaum. Salut Nao !
- Speaker #1
Salut Edas ! Il est cosy ton petit studio !
- Speaker #0
On est bien hein ?
- Speaker #1
Ouais c'est pas mal, impressionné d'être en soirée en plein après-midi.
- Speaker #0
C'est ça, c'est un peu l'idée, on est hors du temps. Et hors de la lumière naturelle. Nao, on l'a dit, à la base, on s'est connus dans les années 90, tu étais skater professionnel.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Depuis, on s'est croisés assez régulièrement. Donc j'ai envie de commencer par savoir ce qui s'est passé avant qu'on se rencontre. Donc raconte-moi ton enfance, d'où tu viens et comment tu es tombé dans le skate.
- Speaker #1
Donc si je me rappelle bien, la première fois qu'on s'est rencontré, c'était au Glisse Expo.
- Speaker #0
Oui, il y a de bonnes chances.
- Speaker #1
Sur la Chambre d'Amour, il y avait un contest et je crois que tu mettais de la musique.
- Speaker #0
J'étais au micro aussi.
- Speaker #1
Ok, et tu étais au micro aussi.
- Speaker #0
J'étais directeur de compétition avec Gombard.
- Speaker #1
D'accord, d'accord. Donc avant, il s'est quand même passé pas mal de choses plus ou moins intéressantes. Oui, plus ou moins intéressantes. Bon, j'ai grandi en banlieue parisienne.
- Speaker #0
Asussi-Rombris, c'est ça ?
- Speaker #1
Non, ça c'est Marco qui était à Asussi, mais exactement dans le même coin. Moi, j'étais encore plus loin, donc j'avais un petit scooter pour aller justement chercher Marco.
- Speaker #0
Alors Marco, c'est Marc Aziza.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Donc on était ligne A, terminus ligne A. Et voilà, donc on a grandi là-bas. On n'était pas des... On n'était pas en mode carat du tout, on était juste des jeunes de banlieue entourés de cités. Et donc voilà, j'ai commencé le skate là-bas, comme un peu tout le monde. C'est un peu le royaume du hobby, la banlieue, tu sais, il y en a qui se mettent au modélisme, d'autres, des patients un peu plus obscurs. Nous, c'était le skate.
- Speaker #0
Et tu commences à quel âge ?
- Speaker #1
J'avais 11 ans, 12 ans. Je me rappelle que ma première board, je l'ai skatée chez un pote et ma première board, c'était évidemment un street machine que je suis allé chercher pour un Noël.
- Speaker #0
Donc street machine, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'était le skate shop parisien par excellence.
- Speaker #1
C'était celui qui représentait tout ce qui était l'image du skate à Paris. Tu rentrais dans ce shop, tu ressentais une vibe de dingue et en même temps, tu étais ultra impressionné, tu n'osais pas parler, tu avais honte de tes parents, tu me disais qu'ils t'accompagnaient pour t'offrir ton skate pour Noël. C'était assez génial et ils faisaient peur en fait les gars. À l'époque, c'était donc Bamba, je m'imagine qu'à cette époque, il y avait déjà Alex, Waze. Enfin voilà, il y avait une petite clique qui faisait carrément peur. Et d'ailleurs, j'ai une petite anecdote. Je ne sais même pas si Bamba s'en rappelle. Je n'imagine pas parce que j'étais allé acheter une vidéo. Je me souviens, c'était la Blockhead.
- Speaker #0
C'est une marque anglaise, ça, Blockhead ?
- Speaker #1
Non, je ne sais pas s'il y a été un... Ah ouais, tu as raison, tu as raison. Il me semble. Non, non, non, c'était Deathbox. Blockhead, c'était une marque américaine. Et c'était, je pense, dans 90 ou 91. Et en fait, il y avait plein de carats autour de la street machine. Et pile en sortant de la machine, je me fais péter à la vidéo, la VHS. Et là, je reviens et je pense que je devais être à moitié ampleur ou je ne sais pas. Je reviens dans le magasin en disant, on m'a pété à la vidéo et tout. Et là, ils ont tous fermé le shop. Bamba, il est sorti, il m'a donné une VHS pour, en gros... me dédommager, entre guillemets. En tout cas, moi, j'étais trop content et je les ai vus partir à la poursuite des carats, tu vois, comme des héros, tu sais, qui partaient un peu pour rendre justice et tout. J'étais là, j'ai fait, waouh, non mais les skaters, ils sont incroyables, c'est un truc de dingue. Donc voilà. Donc impressionnant au premier abord, mais en fait, gentil et trop juste, tu vois, au final.
- Speaker #0
Belle histoire. À quel moment tu prends conscience que le skate va... très important dans ta vie au point d'en faire ton premier métier ?
- Speaker #1
Franchement, je pense que c'est à partir du moment où les gars avec qui j'ai commencé à faire du skate à l'école ont arrêté et que ça ne m'a pas du tout arrêté. C'est-à-dire qu'à force de rencontrer des gens, tu rencontres d'autres groupes et tout. Et en fait, il y a un groupe qui s'arrête. Et en fait, on rejoint un autre. Et le groupe d'après, que j'ai rejoint après, c'était les Truckers, qui étaient beaucoup plus âgés que moi. Donc, c'est tout le groupe. Étienne Pinon, Laurent Bard, Tom Amai. Enfin, voilà, toute une clique plus âgée que moi à l'époque. Et Marco faisait partie aussi un petit peu de ce groupe, mais on était un peu les deux petits jeunes. À partir de ce moment-là, je me suis dit, je suis embarqué. Pas vraiment rationnellement, mais tu te sens embarqué dans quelque chose de plus grand que toi.
- Speaker #0
C'est marrant, tout ce groupe-là dont tu parles, les truckers, tu les vois tous encore ?
- Speaker #1
Tous, c'est clair. Je crois que quand tu as skaté avec des gars, tu es resté tellement de temps avec eux. Tu restes des après-midi entiers, des semaines entières, des après-midi entières. Tu pars en vacances. Tu tisses des trucs. Si tu peux continuer à voir ces personnes-là, tu vois, s'il a dit « distance n'est pas trop grande » et tout, tu le fais. Enfin, en tout cas, moi, je le fais.
- Speaker #0
OK. Et donc, après ce premier crew, les Truckers, tu as eu d'autres crews de skate ?
- Speaker #1
Oui. Après, en fait, avec Marco, on était tellement mort de faim à cette époque-là qu'on n'en avait jamais assez. Donc, on est régulièrement allé. C'était à chaque fois des périples de notre banlieue jusqu'au skatepark de Versailles. Et là, on a rencontré Jacques, Tony, Franck. Donc, c'est Jacques Vertelon.
- Speaker #0
On va mettre les noms de famille pour les noms d'initiés.
- Speaker #1
Jacques Vertelon, Tony Brossard, Franck Baratiero, Arnaud Darou, qui sont devenus nos potes, avec qui on skate non seulement à Skatepark de Versailles, mais après en street.
- Speaker #0
Donc, c'est devenu vos potes. potes, mais c'est aussi devenu un peu une partie de l'élite du skateboard français de cette période-là.
- Speaker #1
Une partie, en tout cas, à un moment donné à Paris, quand on a commencé à vraiment faire du street, et qu'on est arrivé au Dôme, là on était beaucoup avec Stéphane, la Rance, là, il s'est produit quelque chose. Ça a produit quelque chose où, quand on est arrivé au Dôme, c'était un spot un peu compliqué.
- Speaker #0
C'est quoi le Dôme ? Explique-nous ce que c'est le Dôme.
- Speaker #1
C'est le Palais de Tokyo. Et en fait, il y avait deux spots à l'époque. Il y avait Bastille et le Dôme. Il y avait même des petites guerres de clochers, un peu ridicules maintenant avec le recul, mais en fait qui nous existaient à l'époque. Et donc nous, on allait skater au Dôme. Et c'est un endroit où c'était assez compliqué de s'intégrer. les gars étaient assez durs tu te faisais très facilement charrier et en fait ça pouvait vite te décourager mais en l'occurrence nous ça nous a pas du tout découragé c'était qui les tauliers quand
- Speaker #0
vous arrivez là-bas c'est qui les tauliers du spot ?
- Speaker #1
moi je me souviens de Xavier Ersan, Dick Dick je me souviens de Bat Baptiste, je me souviens de Gislain Je me souviens, il y avait Vince Bressal qui était déjà là-bas.
- Speaker #0
Mais pourtant, vous avez le même âge.
- Speaker #1
Oui, mais lui, en fait, il était... Je crois qu'il est parisien, pire souche. Nous, on venait de Montlieu. Quand on est arrivé au Dôme, on était des skaters de Montlieu qui arrivaient au Dôme. Donc, c'était assez particulier.
- Speaker #0
Donc, rien que ça, ça créait une espèce de barrière sociale ?
- Speaker #1
Ce n'était pas social, c'était juste qu'on n'était pas du Dôme, à la base.
- Speaker #0
Donc il y avait une espèce de localisme du spot.
- Speaker #1
Ah ben complet, complet. Mais d'ailleurs, derrière, on a participé en pensant qu'on était les locaux du spot, etc. Enfin voilà, c'est quelque chose, c'est une tradition qui se perpétue, de petit con à petit con.
- Speaker #0
En fait, vous avez fait comme des surfers.
- Speaker #1
Un peu, oui. C'est dur, mais c'est un peu ça. C'est un peu ça. Sauf que nous, on acceptait les débutants.
- Speaker #0
Vous êtes mis au niveau des surfers. Ok. C'est drôle. Tu parles de débutants, mais ce spot-là, justement, il demande un certain niveau technique pour le skater.
- Speaker #1
Ouais, en effet, ça a développé un skate assez particulier. Parce qu'à l'époque, on skatait en haut du dôme. Il y a la partie haute et la partie basse. On skatait beaucoup en haut. Et en fait, on montait et descendait les marches. Ce qui voulait dire de faire des tricks en montant les marches qu'il fallait avoir un certain pop. Et donc, ça a développé un certain style. Et il y avait un autre truc, c'est que le seul carp qu'il y avait, il était énorme. Il nous est arrivé quasiment à l'anche. Donc voilà, en fait, le skate au Dôme, c'était un skate avec du pop. Avec des gros tricks, avec des pops.
- Speaker #0
Et ça s'est retrouvé dans plein de vidéos de cette période.
- Speaker #1
Ouais, il y a pas mal de sessions, de séquences qui se sont retrouvées dans les vidéos. Et d'ailleurs, à une époque où on ne faisait pas trop ça, on montait des marches en faisant des tricks.
- Speaker #0
Je trouve qu'il y avait un côté très symbolique de ce qui était quelque part un monument parisien. Je pense que c'était très symbolique du skate parisien. C'est un des lieux hyper iconiques de
- Speaker #1
Paris. Le lieu, c'est un monument. C'est un monument, il est magnifique. Quand tu skates là-bas la nuit, tu avais les bateaux mouches qui passaient, qui éclairaient toute la façade. Le lieu, il est poétique. C'est so Paris. Oui, carrément. C'est là où passaient tous les touristes skate, ceux qui venaient skater à Paris. Passer forcément au Dome à un moment donné.
- Speaker #0
Pour coacher la case, j'ai skaté le Dome. Ou juste pour voir ?
- Speaker #1
Pour voir, le spot en lui-même, le spot est mythique. 3 plates 3, 3 plates 4, les deux ledges qui s'enchaînent, ceux qu'on voit Flo dans sa ligne mythique.
- Speaker #0
Flo Marfin.
- Speaker #1
Flo Marfin, oui. Dans sa ligne mythique où il enchaîne les deux ledges, les trois marches et le 3 plates 3, c'est juste incroyable.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y avait des skateurs américains qui sont passés pour filmer ?
- Speaker #1
Oui, ils sont tous passés là. Sauf qu'ils n'ont pas tous eu des images. Ils n'ont pas tous réussi à faire des tricks.
- Speaker #0
Et c'était qui le boss du Dôme ?
- Speaker #1
Le boss du Dôme ? Pour moi, à l'époque, c'était clairement Stéphane. L'avance.
- Speaker #0
Qui est devenu aujourd'hui le monsieur skate. Qui était monsieur skate aux Jeux Olympiques de Paris.
- Speaker #1
Et lui, à l'époque, il a tout fait partout au Dôme. Donc c'était dingue. Et puis après, il y en a un qui a quand même mis tout le monde d'accord au niveau des tricks, c'est Flo Marfing. Lui, il a vraiment tué le spot. Même jusqu'à aujourd'hui, pour moi, il y en a qui sont à peu près arrivés à son niveau, mais personne n'a surpassé ce qu'il a fait. En tout cas, dans l'accumulation, c'est impossible de rejoindre.
- Speaker #0
Et lui, c'est venu plus tard.
- Speaker #1
Lui, c'est venu plus tard. C'est l'époque Lords, mais deuxième temps. Deuxième temps, puisqu'en fait, il y a un moment donné, le team s'est agrandi à tous les skaters français. On s'est retrouvés, donc, Louis-Pas, Stéphane, Franck, JB, même Lucas était avec nous, Bastien. Lucas Puig. Lucas Puig, Bastien Savandi. Et Flo, qui était à moitié allemand, moitié français, nous a rejoints avec Alex Carolino. C'était un peu le nouveau petit couple skater qui explosait tout à l'époque. Et d'ailleurs, quand tu regardes encore leurs images, ils explosent encore tout aujourd'hui.
- Speaker #0
Et quel moment là tu te dis, OK, je ne fais que du skate ? D'ailleurs, est-ce que tu as toujours fait... que du skate ou un moment où tu as continué les études en parallèle ?
- Speaker #1
Alors, évidemment, à l'époque où j'ai commencé, j'allais à l'école, donc normal. Et je suis donc allé jusqu'au bac. Et donc, j'ai passé mon bac et là, je suis passé en cours par correspondance. Parce que déjà, j'avais qu'un skate dans la tête. J'avais envie de ne faire que ça. Et en plus de ça, j'ai eu des petites mésaventures avec l'administration scolaire. Pas que je n'étais pas bon à l'école parce que j'avais des facilités, mais bon, je ne m'entendais pas du tout avec l'administration, donc j'ai voulu m'en éloigner. Donc, cours par correspondance pendant deux ans. J'ai passé un BTS comme ça. Et là, je suis encore plus rentré dans Lifestyle Skate, puisque je n'avais plus que ça à faire. C'était assez confortable parce que j'avais les sponsors. J'avais tout ce qu'il fallait. Donc, ouais, c'est un peu... J'appelle ça ma période d'enfant sale. C'est la période où tu vis un peu comme une rockstar, mais tu n'as pas d'argent. C'est assez génial. Tu ne fais que voyager, tu n'as plus vraiment de chez toi. Tout est ouvert, tout est gratuit. Donc à ce moment-là, tu n'as pas envie d'être pro ou quoi que ce soit. C'est juste envie de vivre cette vie.
- Speaker #0
Et ça, ça dure combien de temps ?
- Speaker #1
Ça ne dure pas si longtemps que ça parce que... Parce que j'ai une petite mésaventure, j'ai perdu mon père et du coup il a fallu aller au turbin assez rapidement. Donc j'ai dû conjuguer le skate et commencer à travailler à côté. Donc je pense à partir de... après le bac, deux ans après, j'ai fait deux ans d'enfant sale, je suis retourné à l'école du coup. Et en même temps de retourner à l'école, je suis retourné à l'école. Je travaillais en parallèle et je skatais. Donc là, le planning était un petit peu dense.
- Speaker #0
Donc, c'est très rapidement que tu es devenu un peu le profil que tu es aujourd'hui d'être très actif et de faire beaucoup de choses. Et de cumuler beaucoup de choses, je veux dire.
- Speaker #1
Maintenant que tu le dis, peut-être que je ne m'en suis jamais vraiment rendu compte, mais peut-être que ça a commencé à ce moment-là où il y a eu un électrochoc. En fait, c'était plus suffisant de se falter les bancs et fumer des védos et aller skater. C'était trop agréable, mais bon, il a peut-être fallu passer à autre chose. Et là, en effet, j'ai cumulé pas mal de trucs pour me sécuriser un petit peu.
- Speaker #0
Et donc, tu reprends quoi comme études ?
- Speaker #1
École de pub, école de commerce, marketing, publicité. En fait, j'avais choisi par correspondance un truc qui s'appelait BTS, Communication des entreprises. Je l'avais choisi parce que le nom sonnait bien. Je ne savais pas du tout ce que c'était. Avec de la chance, je l'ai eu. Et donc, quand je suis retourné à l'école, je suis resté un petit peu dans le même truc. Sachant que j'avais déjà... entre guillemets une fibre créative, dans le sens où j'avais commencé à travailler un petit peu en design pour des marques de skate. Enfin voilà. Donc voilà, j'ai continué là-dedans et ça m'a pas mal appris, au niveau marketing notamment.
- Speaker #0
Et est-ce que c'est à ce moment-là que naît la fibre entrepreneuriale ?
- Speaker #1
Non, je crois pas. Non, je crois pas. J'ai toujours vu des potes créer des marques de skate. Je pense que ça a influencé le truc. Le fait de retourner à l'école, ça m'a mis des concepts sur ce qu'était la créativité de manière générale. Je la vivais, mais je ne savais pas qu'on pouvait en faire un métier. Je ne savais pas qu'on pouvait mettre des mots. J'ai découvert notamment tout l'univers dans lequel on baignait, tout l'univers postmoderniste. créatif, c'était initié par des talents comme David Carson, des gars qui ont un peu installé le style, toute notre culture, à l'intérieur du graphisme avec un grand G. Tu vois, j'ai découvert tous ces trucs-là, et en fait, c'est le goût de ça, et d'avoir vu tous mes potes créer des marques de skate, je me juguais des choses.
- Speaker #0
À cette période-là, vous êtes nombreux à être soit amateur au niveau, soit jeune pro. Vous voyez tous la même chose, mais ce n'est pas pour autant que vous êtes nombreux à devenir créateur d'entreprise ou créateur de projet.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Mais après, il y a aussi une notion d'opportunité. Déjà, il y a eu un déclencheur incroyable, c'est Thomas Paulin. Celui qui a créé Puzzle, qui à cette époque nous a appris...
- Speaker #0
Puzzle, avant que tu me racontes cette histoire, mettons du contexte, c'est le premier média vidéo de skate en Europe.
- Speaker #1
C'est ça, c'est le premier même média pan-européen à l'époque. C'est-à-dire qu'au moment où on part en tournée pour que Thomas Mamat filme la première puzzle, à ce moment-là, on ne connaît pas les scènes européennes. C'est-à-dire que les skateurs français ne connaissent pas les skateurs allemands, les skateurs allemands ne connaissent pas les skateurs de Londres. Les skaters de Londres ne connaissent pas l'existence de Barcelone. La seule façon d'être nourri en images de skate, c'était les Etats-Unis.
- Speaker #0
Il y a une hégémonie culturelle américaine dans cette période du skate, soit par les magazines, soit par les vidéos magazines, comme 411 qui est le leader, d'ailleurs, qui est l'unique à ce moment-là.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ils sortent une vidéo tous les deux mois, je crois.
- Speaker #1
Je ne me rappelle plus exactement.
- Speaker #0
En tout cas, c'est sous format vidéo magazine. Donc, il y a des parts, il y a un peu d'actu, il y a des réports de compét.
- Speaker #1
C'est une influence qui descend de là-bas.
- Speaker #0
Tout le monde bouffe la même chose. Mais c'est vrai qu'après, soit tu connais ta scène locale, soit tu connais la scène américaine. C'est exactement ça. Alors que tu les croises sur des contests, j'imagine aussi.
- Speaker #1
En fait, j'imagine que tu les croisais sur les contests. Nous, on commençait un petit peu les contests internationaux à cette époque-là, en même temps, donc peut-être que les générations d'avant se connaissaient à travers les contests et tout. Mais en tout cas, nous, on ne connaissait pas du tout les scènes étrangères des autres villes et tout. Et donc, on a commencé cette tournée pour filmer la première puzzle et un peu à la découverte. Donc, les portes d'entrée, on connaissait un ou deux skaters dans chaque ville, vite fait, comme ça. On ne connaissait pas les scènes. Et donc, on a découvert tout un monde. On a découvert l'Europe, en fait.
- Speaker #0
Donc ça, avec ce projet puzzle de vidéo magazine, quand tu dis, en fait, toi, tu te retrouves impliqué là-dedans, c'est quoi ton rôle ?
- Speaker #1
Mon rôle, c'est skater. En fait, c'est avec Marco, dans la première puzzle. Tu es Marc Aziza. Oui, Marc Aziza. Lui, il a une part dans la première puzzle, et moi aussi. Et en fait, c'est parce qu'on est partis en... en tournée avec Mamad pour aller filmer partout en Europe, avec l'ambition de créer un projet. Je ne sais même pas si c'était un vidéo-magazine au départ, c'était vraiment un projet de vidéo. Et puis on a découvert tout un monde. Donc là, c'est même sur le chemin que le nom Puzzle avait été trouvé. Le projet s'est formé au fur et à mesure de cette tournée et c'est devenu le vidéo-magazine européen. Clairement, pour moi, il a connecté les scènes européennes. Il a créé un mini écosystème économique avec les filmeurs. Tout d'un coup, il y avait les filmeurs qui pouvaient commencer à gagner de l'argent en travaillant avec les scènes de chaque ville. Il y a tout un truc qui a démarré grâce à ça. Mamat a été le premier que j'ai vu créer un truc de rien du tout. Quelque chose qu'il adorait dans une passion. Donc ça a été un exemple. Après, tu as Somnuc qui a créé Lords. Pareil, on était des riders. Mais on l'a vu créer ça.
- Speaker #0
Donc Lords, c'est une marque de...
- Speaker #1
À la base, c'est une marque de roues. C'est comme ça qu'il a réussi à réunir un petit peu tout le monde sous le même team. C'est qu'en fait, tout le monde avait des marques de board, des marques de wear, mais personne n'avait une marque de roues.
- Speaker #0
Et là, c'est pareil, cette période-là, c'est quasiment que des marques américaines ?
- Speaker #1
À cette époque-là, c'est que des marques américaines. Et il y a un truc assez... Je le raconte assez souvent quand on m'interroge sur le succès de Lorde à l'époque, parce que c'est devenu une des marques les plus influentes, même dans le monde, et qui a vraiment contribué à faire valoir toute la scène européenne. dans le monde du skate autant au même titre que des clichés enfin voilà c'était vraiment pour moi des marques pionnières et en fait elles ont en tout cas Lord's je me souviens très bien quand on travaillait sur la marque les produits parce que donc j'étais devenu le DA et je m'occupais de la com des produits etc ça c'est quelle période ?
- Speaker #0
98 ?
- Speaker #1
alors 98 non j'étais rider pour Lord's ok Oui. Franchement, j'ai commencé à travailler assez rapidement pour la marque. Et quelques années après, je chapotais un petit peu tout ça.
- Speaker #0
Et là, j'imagine, une boîte comme Lorde, c'est une toute petite structure en termes de ressources humaines.
- Speaker #1
Au début ? Oui. Je te dis, c'est des boîtes qui partent de rien. Qui partent juste de l'intention et de la capacité d'un mec à dire, vas-y, je porte le projet, on y va. Et il s'avère que Sumnock avait quand même pas mal de nez. Lui,
- Speaker #0
c'est le fondateur ?
- Speaker #1
Lui, c'est le fondateur. Il avait pas mal de données pour réunir les bonnes personnes. Le team originel, c'était Stéphane, Laurence, Louis-Pas, Sine, il y avait Thierry Rarinassi et moi. Il nous a réunis tous les quatre. C'était d'ailleurs Glissexpo, là où on s'est rencontrés la première fois, qui est venu nous voir et qui nous a demandé si on ne voulait pas... Ouais, rejoindre cette marque. Et là, je me souviens, sur le spot, là, Glitz Expo, on était là avec Louis-Pas et Stéphane et on disait « Bon, ben, si tu y vas, tu y vas. » « Ben, moi aussi, si tu y vas, j'y vais. » « Ben, qu'est-ce qu'on fait ? On y va. » Donc, on y est allé comme ça. Et il a réussi à créer... Enfin, tout ça, ça a créé une émulsion. où tous nos potes avec qui on skatait nous ont finalement rejoints dans le team. À cette époque, les marques américaines, ce qu'elles produisaient... En fait, il y avait une désynchronisation du style des Américains et de ce qu'on avait envie de porter. Nous, on était beaucoup plus des héritiers de banlieues, de cultures de banlieues, des Nike Kids. On avait envie de porter des vêtements techniques. très influencé hip-hop. Et les Américains ne produisaient pas ça. Donc nous, on a produit ce genre de wear. Et finalement, d'une marque de roues, c'est devenu beaucoup plus une marque de wear.
- Speaker #0
Donc à cette période-là, tu veux plus ressembler à un membre du Wu-Tang qu'à un John Cardiel, par exemple.
- Speaker #1
Ah ouais, clairement.
- Speaker #0
Et de toute façon, vous, votre mouvance de skate, toi, t'étais pure street.
- Speaker #1
Pure street. Mais on était tous pure street. Franchement, on était... Ouais, on... Déjà, il n'y avait pas de skatepark à Paris. Il n'y a jamais eu véritablement de skatepark, en tout cas à cette époque-là. Et c'était ça qui nous animait. C'était d'être dans la rue, d'être avec nos potes, rencontrer tout ce qu'on pouvait rencontrer dans la rue, de dingue et de drôle à la fois. Et je pense qu'avec le recul, si demain n'importe quel... Personne qui étudie les tendances discute avec un skater. Il doit avoir les oreilles vraiment grandes ouvertes parce qu'il n'y a pas beaucoup de gars qui restent aussi longtemps dans la rue au contact de toutes les tendances. Dans un esprit très ouvert parce qu'un skater est dans la rue pour s'amuser. Il voit un trottoir un peu plus haut. Pour lui, dans sa tête, c'est un kerb. Il va pouvoir passer des heures et des heures à cet endroit. Il va surkiffer et il va boire tout ce qui se passe autour de lui. Quand ces gars-là, au bout de quelques années, t'imagines un peu les éponges qu'elles ont à ressortir, en termes de créativité, en richesse culturelle et urbaine, évidemment. Ouais, c'était la culture street. Voilà, c'était notre truc.
- Speaker #0
Donc, on revient sur Lorde. Donc tu deviens directeur artistique assez rapidement. C'est ton premier vrai job ?
- Speaker #1
Non, pas vraiment. Parce que quand j'étais à l'école, je t'ai dit que j'ai dû commencer à travailler.
- Speaker #0
Ça, c'était des jobs alimentaires ?
- Speaker #1
Oui, c'était alimentaire. En même temps, je découvrais ce qu'était la créa.
- Speaker #0
Donc tu travaillais déjà dans la créa ?
- Speaker #1
Oui. Je suis vite devenu graphiste, en fait.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Mais pas que dans le skate. En fait, je suis allé travailler dans des... dans des boîtes d'événementiel, je suis allé travailler pour des marques totalement obscures. Enfin voilà, je faisais... Enfin tout m'intéressait en fait. Tout m'intéressait, parce que j'apprenais. Et au bout d'un moment, à force de faire des trucs pour l'Ours, j'ai devenu le directeur artistique.
- Speaker #0
Et après, quelques années, Et c'est de là que te vient l'idée de créer ta propre marque de footwear.
- Speaker #1
Ça, c'est un peu plus tard. Donc, Lords est devenu un vrai succès. Et là, je vois la folie des grandeurs. Mais pas vraiment. En fait, on avait théorisé un truc. C'est qu'on avait envie de...
- Speaker #0
De donner l'opportunité aux skaters de rester en Europe pour avoir une carrière. Et à cette époque, les seules marques qui étaient capables d'offrir ça à des skaters, c'est les marques de shoes. C'était les seules qui dégageaient suffisamment d'argent pour payer correctement les riders. Donc on s'est dit, vas-y, viens, on crée une marque de shoes. Et si on y arrive, à notre mesure... créera un débouché pour des riders et évidemment des riders en plus qu'on kiffe. Donc voilà, on s'est lancé dans ce truc-là entre la Corée, la Chine, l'Europe. Donc la marque s'appelait E.ON.
- Speaker #1
D'où vient le nom ?
- Speaker #0
Franchement, je ne me souviens pas bien.
- Speaker #1
Ça veut dire quelque chose ?
- Speaker #0
Ouais, c'est une sorte de synonyme d'affinité.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Mais je crois que c'était le... La combinaison A-E-O, où il n'y avait aucune marque qui avait ce genre de... Donc avec une sonorité un peu bizarre, ça ne nous avait plus. Et donc on a commencé à designer la chose.
- Speaker #1
La tente, 2001, c'est ça ?
- Speaker #0
À peu près, je n'ai aucune mémoire des dates, il faudrait demander à Marco. Marco, il a une mémoire de ouf sur la date. C'est 2001 ?
- Speaker #1
C'est 2001-2006, moi, j'avais trouvé.
- Speaker #0
Exactement, parce que je me souviens qu'on était partis en Japon et après Corée en 2000. Et le 11 septembre 2000...
- Speaker #1
2001,
- Speaker #0
ouais. C'était en 2001, t'as raison. Le 11 septembre 2001, en fait, on était dans une chambre d'hôtel avec Sam Nock. On était là et on regardait ce qui était en train de se passer. Et les deux tours s'effondrent. Et c'est un moment où on se disait qu'il fallait quand même qu'on lève de l'argent pour réussir à lancer cette marque de choses. Et là, tous les deux, on était dans la chambre. On se disait, on ne va jamais réussir à lever de l'argent maintenant. C'est impossible. Il n'y a personne qui va vouloir prendre des risques pendant 10 ans. Mais bon, on a quand même réussi à lancer cette marque.
- Speaker #1
Donc là, tu es associé avec le fondateur de Lourdes.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et vous avez d'autres associés à ce moment-là ?
- Speaker #0
Il y a deux autres associés, donc le financier, qui était un riche suisse, et Canel.
- Speaker #1
Pléonasme. Comment ? C'est un pléonasme.
- Speaker #0
Oui, c'est un pléonasme. Ouais, ouais, c'est un peu... Et il y avait Canel. qui était la troisième SEC, qui était beaucoup plus structurée au niveau business, qui était capable de monter des business plans, de monter des plans financiers.
- Speaker #1
Cannelle, qu'on va retrouver plus tard chez Winomax ?
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Tout à fait. Donc voilà, on a monté ce truc-là. Évidemment, c'était une stratégie piggyback sur l'ordre. C'est-à-dire que c'est exactement le même réseau de distribution. On a adressé le même public. explique nous ce que c'est une stratégie piggyback pour nos auditeurs en gros tu te mets sur le dos de l'autre pour avancer tu te bases sur les succès sur tout ce qui a été mis en place avant et sur une stratégie assez similaire pour adresser la même audience le même public et
- Speaker #1
Donc vous êtes quatre associés, toi tu fais quoi exactement dans la boîte ?
- Speaker #0
Moi je suis vraiment responsable de la partie créative et com. C'est-à-dire que c'est vraiment tous les points de contact entre ceux qui sont confrontés à la marque, le produit, la com, le rider, tout ça. J'étais responsable de ça.
- Speaker #1
T'es sur le design aussi des choses ?
- Speaker #0
J'étais sur le design des choses, oui.
- Speaker #1
Et donc ? À ce moment-là, effectivement, tu développes des campagnes aussi. Tu fais déjà beaucoup de vidéos.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il y en a quelques-unes qui ont marqué. Don't give a fuck about us de Lord.
- Speaker #0
Oui, qui a été réalisé par Thomas, donc Mamat, quand on a parlé sur Puzzle, et Paco, Sébastien Raban. Et avant, il y a eu une autre vidéo où j'ai réalisé avec Mamat, la première vidéo Lord. Ces deux projets, pour le coup, nous ont vraiment nourri. Et dans tous les sens du terme, c'était vraiment une belle aventure.
- Speaker #1
Pour remettre dans le contexte, les projets vidéo à ce moment-là, période pré-Internet, c'est super important pour le développement de la scène skate. Et puis, c'est des rendez-vous. Donc, non seulement il y a le tournage, mais après, il y a la diffusion. Donc, il y a des événements qui sont organisés autour des diffs. Il y a des rassemblements. Ça génère des rassemblements de skateurs. C'est hyper important dans la culture skate, des sorties de vidéos.
- Speaker #0
De toute façon, les parts dans le skate, mais même aujourd'hui, je ne pense pas qu'il existe un seul skateur légendaire qui n'a pas construit son image à travers des parts légendaires. C'est-à-dire que la parte de skate, c'est le résultat d'un travail de dingue, d'une implication de ouf. Tu vois, le skater, il conjugue le filmeur avec qui il est à l'aise pour filmer, souvent les photographes avec qui il a envie de travailler, le team avec qui il a envie de voyager. Et ça, pendant deux ans, à se jeter, à réfléchir à ses tricks, à réfléchir à comment... Comment articuler tout ça, faire confiance au monteur, choisir sa musique. Enfin, c'est quasiment de l'art pour moi, une part de skate. Et surtout, ça demande un travail de dingue et qui est consommé comme ça, en deux, trois minutes, mais qui imprime dans les cerveaux de ceux qui regardent des trucs indélébiles. C'est-à-dire que moi, toute ma culture... Skate est passé par les vidéos, je vais vous voir même une bonne partie de ma culture musicale, parce que c'est comme ça que j'ai découvert la musique au sens large. Enfin, les parts, c'est ultra important, même aujourd'hui.
- Speaker #1
Ce que j'allais demander, est-ce que c'est toujours le cas aujourd'hui ? Avec les réseaux sociaux, avec le temps de consommation de l'image qui a complètement changé ?
- Speaker #0
En fait, ce qui a changé, c'est que les skaters, ils ont plus de médiums. pour réussir à exister. C'est-à-dire qu'avant, la seule manière que tu avais d'exister, c'est si une marque misait sur toi, si tu faisais des contests. Et à un moment donné, si tu voulais passer à une étape supplémentaire, il fallait que tu sortes des parts. Et qu'elle explose le score. Et que tu passes dans les magazines. Il n'y avait pas beaucoup d'autres moyens pour exister.
- Speaker #1
C'est quoi les parts qui t'ont marqué ? Tu te rappelleras toute ta vie.
- Speaker #0
Il y en a vraiment beaucoup à chacune des époques. Mais les parts qui m'ont... Ce qui est dingue, c'est que Mariano revient quasiment tout le temps.
- Speaker #1
Guy Mariano ?
- Speaker #0
Oui. C'est-à-dire qu'il y a plein de parts qui m'ont marqué. Mais lui, en fait, il y a la part dans la vidéo d'Aze, la blinde, qui m'avait choqué. Encore avant, ça m'avait rappelé qu'il était dans une Powell. Avec Paolo Dias, Rudy Johnson. Cette parte, elle était incroyable. Je me souviens plus si c'était dans la bandiste ou dans la public domain, mais elle était incroyable. Après, chez Girl. Toutes les parties qu'il avait chez Girl. Et le truc qui m'avait frappé, c'est la parte qu'il a faite pour la CAI, pour son comeback. Non, voilà, les parties de Guy Mariano. Et puis même encore aujourd'hui, ces posts sur Insta, ils me font kiffer.
- Speaker #1
On a une tradition dans le podcast de A à Z d'avoir des invités surprises qui posent des questions. Je pense que c'est le moment d'avoir la question de notre invité surprise. Alors tu vas voir, c'est une question qui dure un certain temps.
- Speaker #0
C'est des questions piège ?
- Speaker #1
Non, pas spécialement. C'est un peu une question à tiroir. On en a déjà parlé de la personne qui te l'a posé.
- Speaker #2
Bonjour Nao, bonjour Nico, c'est Marco. Voici ma question. Donc en fait, je repensais un peu à la période, Nao, où on skatait beaucoup ensemble, fin des années 80, début des années 90. Il y a eu un peu une révolution technologique du skate avec l'arrivée du Nose. Et toi, tu disais que... Le concave, c'était un peu le futur de pas mal de tricks qui allaient arriver. Effectivement, lorsque toutes les bordes sont sorties avec les nouveaux shapes qu'on appelle des pop-cycles, sont arrivées sur le marché, ça a développé énormément le skate et du coup ça a ouvert les vannes dans ce monde-là. Aujourd'hui, on vit un paradoxe total avec le skate qui est partout, des skateparks qui poussent partout. différemment des pratiquants, peut-être qu'il y a presque plus de skatepark que de pratiquants des fois, enfin bon non, j'exagère. Mais du coup, les shops sont en souffrance, parce qu'il y a une grosse baisse à ce niveau-là. Les réseaux sociaux prennent beaucoup le dessus. Ils ont amené aussi beaucoup de choses positives à notre milieu. Donc ma question est la suivante. C'est quoi la phase suivante ? Quelle est la phase suivante pour cette communauté du skate ? Comment vois-tu la suite de la culture skate ? Est-ce qu'on risque de basculer dans un numérique 3D, vision pro, etc. ? Ou est-ce que le futur va jouer plus sur... Une nouvelle manière physique de vivre le terrain. Donc, selon toi, qu'est-ce qui va porter les prochaines générations ? Et autour de quelles pratiques visuelles, numériques, les jeunes vont se pencher ? Et comment est-ce que ça va se passer ? Ces nouvelles façons de consommer le skate. Voilà. Donc, développez-le. Voilà. Je vous souhaite un bon podcast et à bientôt !
- Speaker #0
C'est chaud.
- Speaker #1
C'est une question qui ressemble beaucoup à Marco.
- Speaker #0
Elle est complexe. Je vois tout à fait ce qu'il veut dire là-dedans. Mais il y a deux choses. Il parle de l'industrie qui est en souffrance et il parle aussi de l'avenir du skate. En fait, l'industrie qui est en souffrance, pour moi, pour résumer, c'est... Tous ceux qui font du business cat aujourd'hui, ils ont oublié ce que c'était qu'une marque. Ils font du commerce, ils essayent de vendre des produits. Le noir, ça se vend bien, ils foutent du noir. Jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que finalement, c'est vide, le noir. Je ne vais pas m'étendre sur ce truc-là, mais les marques ne sont plus des marques. Et les gens qui sont à la tête de ces marques ne savent plus ce que c'est que des marques. Après, sur le skate et son évolution, franchement, le skate, c'est l'antithèse de ce qui se passe en ce moment. C'est l'antithèse du virtuel. C'est un engagement total intellectuel, physique, dans un instant précis où tu dois être plus que présent. Sinon, la sanction est immédiate. Tu te défonces. C'est l'opposé de tout ce qu'on vit au niveau digital et virtuel. L'évolution, l'industrie est en souffrance, mais le skate ne mourra jamais. Et en réaction à tout ce qui se passe en ce moment au niveau digital, même cette nouvelle façon d'appréhender la réalité, la réalité des années. pas celle des autres, ou ça invente des trucs, c'est les fake news, enfin, tous ces trucs-là, plus tout ça augmentera et plus la réaction en face sera grande et le skate fait partie de la réaction. Donc moi, je suis un fond dans tous ces trucs digitaux et tout.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça, le paradoxe, c'est que t'es super intéressé là-dessus et que c'est une partie de ton job.
- Speaker #0
Ouais, mais par contre, le skate, c'est autre chose. Le skate... Et je te dis, je pense que ça ne mourra jamais. Ça continuera d'avancer, d'évoluer. Je ne sais pas exactement dans quel sens, parce que tu vois, par exemple, ce qu'est le skate aujourd'hui n'est pas du tout le skate à l'époque où j'ai commencé. Les kids qui commencent aujourd'hui ne commencent pas du tout le skate pour les mêmes raisons que moi j'ai commencé. Mais bon, c'est tellement dur qu'à un moment donné, si le gars est encore sur sa planche deux, trois ans après... C'est forcément quelqu'un avec qui tu vas avoir des affinités. Tu vois ce que je veux dire ? Donc du coup, ça, ça restera toujours. Ça dépasse même la pratique du skate. C'est quelque part, c'est Fight Club. C'est passer un certain cap, tu te retrouves avec des gens qui sont comme toi, qui ont autant galéré que toi, qui sont des laborieux, qui ont conscience de tout ce qu'il y a autour d'eux. Que ce soit leur environnement proche, mais un environnement plus large. Je parlais des tendances urbaines et tous ces trucs-là. Pour moi, c'est la plus riche de toutes les sous-cultures urbaines qui puissent exister. C'est la plus inspirante. C'est celle dont toutes les autres s'inspirent, pour moi. Non, ça ne me moque jamais, ça.
- Speaker #1
Tu parles justement de sous-cultures urbaines. Le skate s'est passé d'une contre-culture Un sport officiel aux Jeux Olympiques. Il y a beaucoup de... C'est très clivant, maintenant, aujourd'hui. Tu as les skaters anti-olympiques, tu as les skaters qui ne vivent que par ça. J'ai l'impression que toi, tu es... Tu es confortable avec les deux ?
- Speaker #0
Alors, moi, de base, je trouve que ça n'a rien à foutre aux Jeux Olympiques. Tu vois, de base. Mais de la même manière que je trouvais que ça n'avait rien à foutre aux X Games. Donc, tu vois, c'est encore plus radical. C'est-à-dire que le skate, pour moi, n'a pas à être assimilé avec d'autres sports. Déjà, d'une part, bon, ça, c'est le côté un peu...
- Speaker #1
Élitiste ?
- Speaker #0
Élitiste. Mais au-delà de ça, ce n'est pas un sport d'adversité, ce n'est pas un sport contre un chrono, ce n'est pas un sport... Et surtout, en fait, je vais aller à la fin directe parce que tu crées une notion de palmarès dans un sport qui n'a absolument pas besoin de ça. Les histoires de palmarès, je suis à fond de sport. C'est pour ça,
- Speaker #1
tu suis du foot, tu es à fond de foot.
- Speaker #0
Je suis le superteur du PSG, comme ça peut me rendre malade et ultra heureux de manière complètement débile. Donc la notion de palmarès, je l'ai bien. Mais dans le skate, ça n'a rien à y foutre. Et le fait aujourd'hui qu'il y ait des skaters qui... Tu vois, je vais... Je vais reboucler avec un petit truc qu'on disait tout à l'heure. Tu vois, les skaters qui ont plusieurs manières d'exister, ils avaient des magazines, des parties et tout. Aujourd'hui, un skater, par exemple, qui aurait une médaille d'or aux Jeux Olympiques, ça serait sa manière d'exister. Mais ce gars-là, en fait, tous ses sponsors, ça va être quoi ? Ça va être des Samsung, ça va être des marques traditionnelles. En fait, ce gars-là, il n'a même plus besoin des marques de skate pour vivre. C'est plus, tu vois... Il n'a plus besoin de passer par l'industrie. Il n'a plus besoin de... En fait, c'est la mort du skate tel que je l'aime. Tu vois, c'est-à-dire cet écosystème qu'il y a entre les marques, les teams, la manière dont... ce que produisent ces marques, les pubs qu'elles font, les tricks que le gars va choisir, la part quand même, elle l'oriente. Tu vois ce que je veux dire ? Tout ce mélange-là qui, pour moi, la notion de palmarès, ça fout tout en l'air. Comme la notion d'influenceur, tu vois, sur les réseaux. Ça fout souvent l'air. Genre les marques, elles vont chercher des gars qui ont X followers plutôt que de bien travailler avec ces riders, tu vois.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Ils vont parler du commerce et ceux qui savent plus que c'est que des marques. Enfin bon, voilà.
- Speaker #1
Tu nous as bien expliqué le skate que tu aimes. Le skate, ça t'a apporté quoi ? Ça t'apporte encore quoi aujourd'hui ? Tu nous as donné des bouts de réponses déjà. Si tu devais synthétiser.
- Speaker #0
Déjà, ça m'a apporté tous mes potes.
- Speaker #1
Tu ne m'attendais pas à cette première réponse ?
- Speaker #0
Non, mais c'est vrai. Tous les gens que j'aime, tous les gens qui m'entourent, que ce soit dans le perso et le travail même, je les ai rencontrés grâce au skate. Et ça, c'est quand même assez énorme parce que c'est ce qui te reste, quoi qu'il arrive. Qu'est-ce que ça m'a apporté d'autre ? Ça m'a ouvert à tout ce que le monde peut offrir, tu vois. On parlait de la musique, on parle d'une culture visuelle, d'une culture urbaine. Enfin, tu vois, t'apprends à aimer les choses. d'une certaine manière au fur et à mesure que tu grandis. Et ces choses-là deviennent constitutives de ce que t'aimes. Et au départ, t'apprends à les aimer. C'est le skate qui m'a appris à aimer toutes ces choses-là. Qu'est-ce que ça m'a amené d'autre ? J'imagine une vision un petit peu unique de la manière de faire les choses. notamment dans mon secteur qui a le marketing à une époque ce qu'on faisait dans le skate était vraiment différent de ce qu'il se faisait dans le mainstream et là maintenant le mainstream a un peu avalé tout ça donc nouvelle chose à réinventer mais d'une certaine manière on a gagné ce qui nous plaisait dans les années 90 plaît à tout le monde aujourd'hui Hip-hop, c'est devenu la tendance majeure. Toute la dimension créative, alternative un petit peu, c'est celle qui... C'est une des styles qui marche aujourd'hui.
- Speaker #1
Au niveau vestimentaire, c'est amusant. Aujourd'hui, mon fils est habillé comme toi, tu étais habillé dans les années 90.
- Speaker #0
Mais moi, c'est un rigolant, on a gagné. Mais en vrai, je ne sais pas si je suis très content qu'on ait gagné. Du coup,
- Speaker #1
tu es devenu mainstream.
- Speaker #0
Ça nous a enlevé quelque chose. On n'avait quasiment rien besoin de faire. Et puis, on était différents.
- Speaker #1
Il faut réfléchir pour se démarquer.
- Speaker #0
Mais bon, après, plus vieux, c'est normal. Je pense que c'est aux jeunes d'aujourd'hui de faire les choses de manière très intuitive. Et voilà, donc le skate, ça m'a donné un parcours. Professionnel et personnel.
- Speaker #1
On va revenir justement sur ton parcours professionnel. Ça se termine à quel moment et pourquoi ? On avait dit 2006, c'est cette période ?
- Speaker #0
Oui, c'est à peu près ça. En fait, tout Lord et Eon, tout a périclité au même moment. C'était une époque où le business était déjà un peu plus compliqué. où il y a eu des conneries de fête.
- Speaker #1
On interne dans la boîte ou dans le business en général ?
- Speaker #0
On interne dans la boîte et dans le business en général. Et il y a eu une histoire un peu sordide qui est arrivée, je ne vais pas la raconter là parce que je n'en ai pas envie, et qui a impliqué des amis. et qui a un peu cassé les choses et qui a clairement cassé la boîte et la confiance que je pouvais avoir dans les gens à l'intérieur de la boîte donc du coup voilà 2006 on est parti sur autre chose, on a fermé tout ça à peu près proprement et moi c'est à ce moment là que j'ai repris le noyau créatif de de cette boîte pour créer 76. Ok.
- Speaker #1
Donc ça, en fait, tu gardes une partie de l'équipe et tu crées ta boîte à toi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
76, c'est un studio ou c'est une agence ?
- Speaker #0
Alors, à cette époque-là, c'est vraiment un studio. C'est un studio parce qu'en gros, la seule expérience qu'on avait, c'était la création à l'intérieur de l'industrie du skate. Après, c'était quand même une expérience internationale, puisqu'on était dans une vingtaine de pays. C'était du marketing dans tous les sens, à travers tous les canaux. Et bon, la créa quand même, c'était assez central dans mon parcours. Donc, je n'avais pas envie de lâcher ça. Donc, je créais Soixante-Seize. Et assez rapidement, il y a un groupe. qui s'intéressent à nous, justement parce qu'à cette époque-là, je pense que notre culture créative était par essence complètement différente de la culture créative en agence traditionnelle. Et donc ce groupe nous demande de les rejoindre pour un fusée chez eux. Donc ils prennent des parts dans la société. Et là, on rentre dans un processus un petit peu traditionnel d'agence. Et ce groupe-là, en fait, m'a appris pas mal de choses au début, et notamment sur la gestion des grands comptes, la confrontation des grands comptes, les grandes marques, enfin, les grandes enseignes. Et on a gagné beaucoup de projets pour eux. C'était qui ce groupe ? C'est WPP. C'est un des plus grands groupes de Com dans le monde. Et donc, on a appris beaucoup de choses. On a appris beaucoup de choses, et notamment à se confronter au business que j'appelle un peu traditionnel, classique. Et en fait, prendre un petit peu aussi conscience de en quoi on était différent et de notre valeur sur ces choses-là. Donc voilà, on est monté en compétences, on est devenu carrément une agence à une époque. Et donc à cette époque... à peu près à cette époque où on a rencontré les Gadwina.
- Speaker #1
Les Gadwina Max.
- Speaker #0
Ouais. À travers Cannelle, qui était devenue directrice générale de la... de la boîte.
- Speaker #1
À ce moment-là, c'est les débuts de Winamax. Là, on parle de quelle année ? On est quoi ? En 2007 ?
- Speaker #0
C'est avant l'ouverture du marché des jeux en ligne, donc c'était avant 2010. C'était il y a plus de 15 ans.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, Winamax, c'est quoi leur activité ? Au tout début ?
- Speaker #0
À ce moment-là, Wina, c'est... Wina, c'est pas Wina. Wina, c'est quatre personnes. dont deux fondateurs qui sont Christophe et Alex, Christophe Ausha et Alex Ross, qui se sont associés avec un autre entrepreneur du net à cette époque et un chanteur célèbre dans le poker et qui crée ce... Ils veulent rentrer sur le marché du poker en ligne. Je crois qu'ils avaient commencé en reprenant un service en Angleterre. Je peux me tromper, mais ils l'appelaient Winamax, mais en trois mots. Ils avaient l'ambition d'attaquer le marché français parce qu'il y avait une harmonisation des lois européennes sur les jeux d'argent en ligne. Ça allait s'ouvrir en France, un moment un petit peu unique à vivre. Et voilà, il me demande de travailler sur le logo et sur la marque.
- Speaker #1
Donc c'est toi qui es à l'origine du logo qui existe encore ?
- Speaker #0
Oui, le logo qui est actuellement, c'est un logo qui a été redessiné depuis, mais que j'ai redessiné il y a quelques années. Mais depuis le début, toute l'identité, ça sort de 1976.
- Speaker #1
Quand tu crées 76 à ce moment-là, t'as quoi comme ambition ? C'est quoi tes objectifs ? Tu veux toucher quel type de client ?
- Speaker #0
Franchement, j'ai pas d'objectif. Non, j'ai pas d'objectif. J'ai juste très envie d'apprendre des trucs, très envie de confronter un peu nos skills à ce qu'il y a à découvrir. Il n'y a pas vraiment d'ambition fixe. Je pense que c'est comme quand tu crées une marque de skate. En fait, tu n'as pas d'ambition spéciale, tu as juste envie d'exister. Tu as envie que pendant que ça existe, que ça soit cool. Tu as envie de rencontrer des gens. Tu as envie de saisir tous les moments que ce projet-là crée. Mais t'es pas là à te dire, tu vois, vas-y, je veux faire un exit, je veux revendre, je veux atteindre tel chiffre d'affaires, je veux... En tout cas, moi, j'étais pas comme ça à cette époque, du tout.
- Speaker #1
Donc ta boîte, 76, elle a quasiment 20 ans.
- Speaker #0
Je sais pas si ça me fait plaisir de l'entendre, mais c'est ça. Ouais, c'est ça. Elle a eu multiples formes, mais ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Donc, on revient à Winamax parce que ça a été ton client le plus fidèle, j'imagine ?
- Speaker #0
Le plus fidèle et avec lequel on s'est le plus éclaté, c'est des gens que j'ai appris à connaître et franchement que j'admire. Ils sont trop forts. C'est-à-dire qu'ils m'ont montré ce que c'était que... Ouais, de regarder un dé sous toutes ses faces avant de recommencer à le lancer.
- Speaker #1
C'est pas mal ça comme expression.
- Speaker #0
Comment ?
- Speaker #1
C'est pas mal comme expression ça.
- Speaker #0
Ouais, mais tu vois, quand tu sors d'un milieu, tu regardes les choses par ta lorgnette, t'es convaincu que c'est la vérité. Et puis, tu vois, il y a d'autres personnes qui disent, regarde de ce côté-là, c'est pas un 6, c'est un 1. Et tu es là et tu fais, ah bah oui, tu as raison. Et bien, les gars d'Ouina, c'est un peu ça. À chaque fois que j'ai travaillé avec eux, en fait, on attaquait un problème. Et à chaque fois qu'ils parlaient du problème, ils en parlaient d'une manière différente, mais tellement juste que ça m'a vraiment ouvert. Et donc, ils m'ont appris beaucoup de choses. Je pense leur avoir apporté aussi au niveau marketing à cette époque. Et voilà, ça a été une aventure incroyable, parce que maintenant, ces juges gigantesques, ils sont toujours aussi bons, donc ils vont être encore plus gros plus tard, ils sont trop forts.
- Speaker #1
Et tu continues à travailler avec eux ?
- Speaker #0
Et je continue à travailler avec eux, et je les vois moins souvent qu'avant, mais à chaque fois qu'on se voit, à chaque fois, ils me ré-imbibent de la même sensation. Ils sont là et personne ne les délogera.
- Speaker #1
T'en es où aujourd'hui avec 76 ? T'as une équipe de combien de personnes ?
- Speaker #0
L'équipe cœur n'est pas grande. Parce qu'on est 5. On est monté jusqu'à plus de 20 à une époque. Là, on n'est que 5. Par contre, on a une équipe assez large autour qui travaille avec nous de manière régulière. Que ce soit en créa, en dev ou en projet. Ouais, je sais pas, on est toujours à Paris. On bosse beaucoup en remote.
- Speaker #1
Oui, parce que toi, tu es basé dans le sud-ouest ?
- Speaker #0
Ben non, je suis dans le sud-ouest depuis quasiment 10 ans. Non, moins de 10 ans.
- Speaker #1
Et tu fais les allers-retours assez régulièrement ?
- Speaker #0
Ouais, déjà pour me reprendre des petits shoots de Paris, parce que j'adore. Et puis, oui, pour travailler.
- Speaker #1
Ton job, avec 76, il évolue en permanence.
- Speaker #0
Oui, il évolue tout le temps dans le sens où... J'ai beaucoup parlé de créa, mais il y a aussi une autre dimension qui s'est ajoutée au fil du temps, qui est la dimension technique, dev.
- Speaker #1
Oui, alors ça, ça me fascine, parce que pour avoir partagé les bureaux avec toi... Quand je parlais en introduction de cette espèce de grand écart intellectuel où je te vois faire des lignes de code et cinq minutes après faire de la stratégie, mais à super haut niveau pour lancer un projet hyper ambitieux. Et je trouve ça assez fascinant d'avoir cette capacité de passer de l'un à l'autre. Est-ce que c'est toi perso ? Est-ce que c'est le job qui veut ça ? Ou est-ce que c'est toi aussi, tu as besoin de cet équilibre, d'avoir les mains dedans ? Et en même temps, de pouvoir conceptualiser à très haut niveau ?
- Speaker #0
Franchement, je n'en sais rien. Je sais que... Ouais, je n'en sais rien. Je sais que, tu vois, la créa, par exemple, à une époque, j'avais conceptualisé le fait que la créa, un créatif devait être multicanal, multisupport, et donc ne devait pas avoir de spécialité pour élever sa réflexion au niveau... du concept et garantir le fait que ça soit extrêmement déclinable et que la question de la déclinaison n'est qu'une question technique. Et c'est un peu comme ça que je suis rentré dans la technique aussi, c'est en me disant qu'en fait, c'est un canal supplémentaire pour décliner des idées, pour produire des idées. Donc à Ford, j'ai appris beaucoup de choses. C'est passé par le graphisme, le design produit, le design digital. J'ai fait de l'édition, mais tout ça, c'était que des contraintes techniques à appréhender. Le dev, le digital, c'est exactement pareil pour moi. Surtout qu'en plus de ça, c'est devenu assez génial ce qui se passe en ce moment avec l'IA, parce qu'elle redonne énormément de pouvoir à ceux qui ont les idées et ceux qui ont des façons de faire un petit peu novatrices. Tu gagnes un temps de dingue, le dev ça devient une formalité. J'exagère un petit peu en disant ça, mais c'est un peu ça.
- Speaker #1
Ça te fait gagner un rang d'autonomie aussi j'imagine ?
- Speaker #0
Ça fait gagner un rang d'autonomie. Pour parler bise, ça rend quasiment tous les projets techniques en ce moment rentables parce que les équipes sont beaucoup moins grandes. Tu ne travailles qu'avec des... des gens qui sont des concepteurs, des architectes, et plus des gens qui juste savent coder. Enfin bon, tout ça pour dire que le pouvoir est rendu à ceux qui ont les idées et à ceux qui ont envie de faire. Et voilà, c'est exactement ce que j'apprécie dans le taf, avoir des idées et faire. Donc voilà, je ne peux pas vraiment répondre à ta question, c'est-à-dire si... Toi, ça te paraît dingue de passer d'un truc à un autre ? Moi, je n'ai pas vraiment de... Je n'en ai pas vraiment conscience, en fait.
- Speaker #1
Et en termes de clients, j'ai l'impression que tu as un portefeuille de clients qui est super large aussi. Tu passes d'une boîte comme Winomax à des chaînes de burgers. Tu as un panel de clients très large et tu leur apportes des services, j'ai l'impression, qui sont très différents.
- Speaker #0
En fait, la constante, c'est qu'on accompagne des marques ou des enseignes dans leur développement. Et notre voie de résolution, c'est la création et la technologie. Donc, quelle que soit la période dans laquelle tu en es avec ton entreprise. Si tu as envie de te développer et d'accélérer les choses à travers la création, à travers la technologie, on peut faire quelque chose pour toi. En gros, c'est ça. En te le disant comme ça, tu vois que ça touche absolument tout le monde. La sélection, elle se fait comment ? On se rencontre et si ton projet est cool, on y va. Quel que soit le segment, on s'en fout. Si on voit qu'on est en train de se diriger vers une petite aventure sympa avec toi, on y va.
- Speaker #1
C'est toi qui démarches tes clients aujourd'hui ? C'est eux qui viennent vers toi ?
- Speaker #0
C'est quasiment tout le temps eux qui viennent vers moi. On n'a jamais eu de véritable profil commercial. D'ailleurs, j'ai envie de dire que c'est une chance parce que j'avoue qu'aujourd'hui, je voudrais prospecter. Je ne saurais même pas vraiment comment faire. Tu vois ce que je veux dire ? Donc,
- Speaker #1
tu prends un agent IA et puis...
- Speaker #0
Ça, je pense que c'est un mythe. Ça, je pense que c'est un mythe. En tout cas, on se fait beaucoup démarcher en ce moment dans ce sens-là. Pour l'instant, je ne crois personne.
- Speaker #1
Tu veux l'amener où, ta boîte ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, j'ai une idée un peu plus précise de ce qu'est 76. Et en fait, 76, c'est avant tout notre plateforme à Benoît Pierrick. qui sont les deux collaborateurs historiques chez 76.
- Speaker #1
Donc, tu étais déjà avec eux avant 76 ?
- Speaker #0
Ils ont été là depuis le début. Ils ont été là depuis le début et ils sont encore là. Donc, Pierry, qui est directeur artistique senior, et Benoît, qui est aujourd'hui le directeur général de la structure et qui est un chef de projet ArtNorm. C'est notre plateforme de vie professionnelle. s'il y en a un qui s'en va je pense que la boîte s'arrêterait ok c'est une aventure humaine oui mais qui a besoin quand même de nous nourrir c'est aussi une aventure business et c'est une plateforme qui nous permet en fait de générer d'autres projets aussi d'autres idées d'autres donc Voilà, ça marche suffisamment. En ce moment, il y en a beaucoup qui tirent la langue, donc je suis assez chanceux de pouvoir le dire. Mais ça marche suffisamment bien pour nous garantir un confort de vie. Et c'est une plateforme, donc à partir de cette plateforme, on peut abondir sur à peu près n'importe quoi.
- Speaker #1
Tu me facilites la transition. En parallèle de 76, tu as... T'es un entrepreneur multirécidiviste, t'as monté plusieurs projets. Ouais. Ça, c'est... Ça se passe comment ? Tu vois justement qu'il y a une opportunité ? Toi, via 76, et tu te décides de te lancer dedans ? Ça marche comme ça ?
- Speaker #0
Ouais, ouais. Il y a la dimension opportuniste, ouais, qui est évidente. Mais après, il y a aussi un concours de circonstances entre la rencontre, le moment, les financements possibles. C'est toujours un moment qui se crée entre des gens, un projet et des capacités. Donc voilà, à chaque fois que ça s'est présenté, je n'ai pas fait de refus d'obstacle. Je suis allé. À chaque fois, ça a été des aventures assez marrantes. Il y en a d'autres qui ont été plus pénibles que d'autres. Il y en a qui ont été plus pénibles que d'autres. Mais ouais. À chaque fois, j'ai beaucoup appris et je ne m'arrêterai pas.
- Speaker #1
Tu as une appétence pour ça ?
- Speaker #0
Oui, clairement. Au moment où on se parle, je suis déjà en train de travailler sur un site project. C'est une sorte de bulle d'air aussi. Une façon de tenir dans le temps, de ne pas tout le temps faire la même chose. Et t'animer comme tu peux.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais demander. Est-ce que t'as peur de te lasser de ce que tu fais au quotidien ?
- Speaker #0
Là, la manière dont je fais les choses, c'est pas vraiment possible.
- Speaker #1
Mais justement, est-ce que tu travailles comme ça parce que t'as peur de la... de la routine ?
- Speaker #0
Alors, peur de la routine, je dirais pas ça comme ça. Disons que... Disons qu'en fait, je ne me fous pas vraiment la paix. C'est plus ça le truc. Tu sais, c'est quand le gars, il est dans son canapé, il se dit, bon, qu'est-ce que je fais maintenant ?
- Speaker #1
Normalement,
- Speaker #0
ça ne dure pas très longtemps. Dans mon cas, je ne me fous pas trop la paix. Mais bon, c'est cool. Moi, je suis convaincu. Je suis beaucoup plus confortable en étant dans le remous qu'en étant au calme.
- Speaker #1
C'est ta zone de confort ?
- Speaker #0
La zone de confort, c'est l'inconfort.
- Speaker #1
C'est un peu abusé de dire ça,
- Speaker #0
mais ma zone de confort, c'est d'être en mouvement.
- Speaker #1
Ça ramène au skate, j'ai l'impression. Il y a quelque chose de très symboliquement proche du skate, quand tu dis ça ?
- Speaker #0
Oui, on pourrait faire un parallèle. Je réfléchis en te parlant, mais c'est vrai que quand tu es dans la rue, quand tu es en train de skater, tu es tout le temps aux aguettes, tu es tout le temps en train de faire attention à tout ce qui se passe autour de toi. Tu es tout le temps en train de faire des projets sur ce que tu vas faire dans les 10 prochaines minutes.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Non, mais ton cerveau, il ne s'arrête jamais parce que s'il s'arrête, soit tu deviens une proie facile dans la rue. soit t'arrives pas à faire ce que t'as à faire à tirer en skate peut-être que ça serait beau ça que ça soit un parallèle c'est assez romantique de voir le truc comme ça mais vie en board slide ouais on mettra pas de mots dessus le parallèle est assez romantique mais bon je sais pas je vais pas jusqu'à théoriser ça et t'arrives à comment organiser justement bah t'es
- Speaker #1
multiples activités professionnelles et toi, ta vie privée, tes loisirs, tes sports, les sports que tu pratiques,
- Speaker #0
le PSG,
- Speaker #1
tout ça. Comment j'arrive à conjuguer tout ça ? T'as une hygiène de vie impeccable, tu dors peu, j'ai l'impression que t'as des journées à rallonge.
- Speaker #0
Ouais. ça c'est un peu un bordel parce que j'ai pas vraiment de rythme le seul truc qui est véritablement constant dans ma vie c'est ma fille je fais tout autour d'elle j'aménage tout pour ne rien avoir à sacrifier avec elle donc ça c'est la première chose mais quelquefois on n'y arrive pas tout le temps notamment je suis plus avec la maman donc j'ai quand même dû sacrifier certaines choses autour d'elle Mais du coup, c'est une chose à peu près stable parce que je n'arrête pas de bouger. Comme tu dis, j'ai pas mal d'activités sport. J'ai le PSG qui me rythme. Les matchs sont à un date fixe, donc ça me donne un petit rythme. D'ailleurs, il y a une grosse échéance qui arrive le 30. Je sens la pression monter.
- Speaker #1
Parce qu'au jour de l'enregistrement de ce podcast, on est à quelques jours de la finale de la Champions League.
- Speaker #0
De la deuxième finale d'affilée et peut-être du deuxième titre d'affilée de la Champions League. Donc voilà, je ne sais pas comment dire. La vie personnelle, elle est un peu dans tous les sens en ce moment. Mais comme je te l'ai dit, moi, je suis assez confortable dans le mouvement. Donc, j'aime bien ce qui se passe en ce moment. C'est cool.
- Speaker #1
On a une autre tradition dans 2AZ, c'est que je prends un livre de ma bibliothèque perso, pour l'offrir à mon invité du jour. Donc aujourd'hui, j'ai ce livre à t'offrir. J'espère que tu ne l'as pas déjà.
- Speaker #0
Non, je ne l'ai pas.
- Speaker #1
C'est quoi ?
- Speaker #0
Ed Templeton, Tenshansiali, Panticole.
- Speaker #1
Oui, j'ai pris un titre bien galère. Là,
- Speaker #0
il n'y a aucun des mots que je comprends.
- Speaker #1
Ça, ça fait partie d'Ed Templeton, ancien skater pro, géré de Toy Machine, qui s'est reconverti dans la photographie. artiste même pluridisciplinaire, c'est quelque chose qui est très important pour toi, la culture justement, issue du skate, et la culture en général, tout ce qui est culture urbaine, tu en as déjà parlé, c'est à quelle place dans ta vie, aujourd'hui, tout ça ?
- Speaker #0
Tout ça ?
- Speaker #1
Ouais. Tu fais souvent, pour recentrer peut-être, parce que c'est un peu large comme question, On parle souvent ensemble de l'importance de la culture dans nos univers, notamment que ce soit le skate ou le surf, ou justement le fait que quand il n'y a plus de culture, ces univers-là fonctionnent moins bien.
- Speaker #0
Oui, en fait la culture c'est clairement le lien entre les gens et les choses. Entre les gens, entre eux et entre les choses et les gens. Enfin, tu vois, si tu n'as pas de culture, tu n'as plus de clé de compréhension de comment les choses sont reliées les unes aux autres. Donc, pour moi, c'est synonyme de sens. Tu vois ? Et donc, tout ce qui est de l'ordre de l'art, évidemment. paroxysme de ce dont je suis en train de parler. Mais au jour le jour, si tu enlèves cette dimension-là, en fait, pour moi, tu enlèves tout le sens. Sans culture, on sera des robots. Juste avec des fonctions. Et tu vois, si tu veux commencer à t'envoler dans des réflexions, ce qui restera de l'humanité, En fait, tu te rends compte qu'il ne restera que l'art et la culture. C'est la seule trace qui ressort. Tout ce qu'on construit, tous les trucs qui nous stressent dans le travail, tout l'argent même, tout ça, ça n'existera plus. Et ça n'y aura plus que les traces de notre art et de notre culture. Donc pour moi, c'est en mode envolé, c'est tout ce qui fait l'humanité.
- Speaker #1
Et je me trompe, j'ai l'impression que tu es toujours en train de distiller ces valeurs-là dans tes projets professionnels, ou de ramener toujours quelque chose, une couche de culture dans beaucoup de projets que tu fais.
- Speaker #0
Ben ouais, comme je te dis, c'est synonyme de sens pour moi. Donc c'est un peu... Le taf, il y a beaucoup de choses que tu es obligé de faire, des trucs un petit peu que tu dois faire, qui en fait sont des rôles que tu dois jouer, des fonctions que tu dois assumer. Si tu n'amènes pas ça, franchement, ça n'a plus d'intérêt à mes yeux. Donc quand je travaille pour des gens et quand ils me demandent des conseillers par la manière dont ils doivent avancer... Forcément, c'est imbibé de ma conviction qu'il faut amener du sens dans les choses. Et qu'en amenant du sens dans les choses, tu alimentes une compréhension. Je vais reparler de marques, parce que pour moi, les marques, c'est comme des êtres vivants. Si tu ne les accroches pas, si tu ne les inscris pas dans quelque chose de culturel. C'est vide et ça n'a pas d'avenir, à mes yeux. Donc, je pense que notamment dans le skate, c'est plus que vérifié.
- Speaker #1
C'est quoi les gros projets sur lesquels tu bosses actuellement ?
- Speaker #0
Alors, en ce moment, il y a deux choses qui m'animent énormément. La première, c'est... En fait, avec Winamax, on est en train de travailler tout un champ marketing autour de la marque, justement, la manière d'alimenter le capital marque d'une nouvelle manière. à travers cette nouvelle façon de faire du marketing, à travers des activations, à travers des projets chargés de sens. Et aujourd'hui, on l'initie dans le skate, dans le surf et dans le snow. Donc évidemment, là, on est en train de réunir tout ce que j'aime. Donc ça m'anime énormément parce que déjà, je suis convaincu de ce qu'on est en train de faire. Je suis convaincu de l'efficacité et du bien fondé. Et en plus de ça, je pense qu'à travers la manière dont on travaille et on a travaillé avec Wina sur ces sujets-là, on pourra peut-être amener des choses dans le cadre d'un Surface Note. Donc voilà, ça c'est le premier truc qui m'anime beaucoup.
- Speaker #1
Ça c'est un projet à court terme, long terme ?
- Speaker #0
C'est enclenché. C'est enclenché. Le premier move qu'on fait dans ce sens-là, c'est la SLS à Paris en fin d'année, le 3 octobre.
- Speaker #1
Donc la Street League qui a lieu en Roland-Garros, c'est ça ? Au mois d'octobre 2026.
- Speaker #0
2026 exactement, 3 octobre 2026. Et là où Winamax est le partenaire principal. Donc il y en a qui diront mais qu'est-ce que c'est que ce délire ? Je pense que c'est tout simplement parce que c'est la première étape. et que dans 3 à 5 ans, tout le monde aura compris ce qui est en train de se passer. Et donc, ouais, c'est imminent. Là, on est en train de travailler fort sur tous ces sujets. C'est juste génial.
- Speaker #1
Mais c'est vrai, quand je te demandais si c'était aussi à long terme, c'est que ce n'est pas du one-shot. C'est un projet, une stratégie qui est sur plusieurs années et qui a pour but aussi d'avoir un impact positif. Ce n'est pas juste acheter de l'image de marque. Il y a aussi une volonté derrière d'avoir un impact positif sur ces univers-là ?
- Speaker #0
Oui, clairement. De toute façon, en fait, ce n'est pas vraiment la volonté d'avoir un impact positif. Tu fais en sorte de faire les choses pour qu'à terme, il y ait aussi ça. Mais il faut être quand même... transparent sur la démarche dans laquelle tu rentres dans ces choses-là. En fait, aujourd'hui, en organisant tout ça, j'alimente un capital marque.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu appelles le capital marque ?
- Speaker #0
Tu vois, ta marque, imagine-la comme un réceptacle. Et à chaque fois que tu vas faire des investissements, une publicité, produire un projet créatif, en fait, ce récipient, tu le remplis. Et tu vois... Tout le monde, pendant des années, a fantasmé sur la virgule Nike, mais la virgule Nike, en fait, c'est juste le réceptacle des années et des centaines de millions d'investissements et des milliers d'idées, de bonnes idées. Tu vois qu'à la fin, on finit par voir, à travers cette virgule, les marques, c'est ça. Ta marque est riche de ce dont tu l'as alimenté. C'est ce qu'on appelle en jargon marketing le capital marque. Ça se construit sur plusieurs années, ça se construit en y réfléchissant, ça ne se construit pas par hasard, ça se construit avec des démarches conscientes et ça se construit à la base d'idées.
- Speaker #1
C'est qui les marques aujourd'hui qui t'inspirent à ce niveau-là ? Ou en tout cas qui trouvent qu'ils ont réussi à faire ça bien ?
- Speaker #0
Il y en a beaucoup. Déjà, il y a énormément de marques de luxe qui ont très bien réussi ça. Quand je dis marques de luxe, je ne pense pas à toutes les marques de luxe. Je pense notamment à Hermès et Chanel. Tu vois tout le capital marque. C'est un joyau. Ils le préservent. Tous les moves qu'ils font. qui vont impliquer la marque, que ça soit du produit aux événements, tout est pensé léché. Donc ça, c'est un peu évident. Enfin, c'est un peu évident. Je ne mettrais pas forcément toutes les autres marques du luxe.
- Speaker #1
Justement, on s'éloigne un peu de ma question précédente, mais qu'est-ce que tu penses d'un Vuitton qui va aller taper dans le skate, qui va aller taper dans l'univers street ?
- Speaker #0
Vuitton, il est entre les deux.
- Speaker #1
Pour le coup, c'est ce qui touche à tout. de tes univers à toi. Tu vois qu'il y a Pharrell aujourd'hui, après Virgil Abloh. Tu vois ça de quel oeil, toi ?
- Speaker #0
À l'époque de Virgil Abloh, je le voyais d'un super bon oeil. Parce qu'en fait, il a créé quelque chose qui n'existait pas. Il a highlighté notre culture d'une manière sublime.
- Speaker #1
Authentique ?
- Speaker #0
Il n'y a pas d'authentique. Le marketing, ce n'est jamais authentique. Le marketing, ça ne peut pas être authentique. Tu vois, à partir du moment où tu as une marque qui fait de l'argent avec un phénomène, c'est une reprise. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, oui.
- Speaker #1
C'est un point de vue authentique, en tout cas.
- Speaker #0
c'est un point de vue réaliste sur ce qu'est le marketing tu vois le marketing tu vas pas inventer des choses en marketing c'est pas vrai, tu reprends des choses tu te bases sur quelque chose qui est déjà installé dans le cerveau des gens que tu vas réveiller tu fais référence à des choses qui existent déjà parce que si tu inventais ça voudrait dire que tu serais obligé de s'y dé, de travailler sur le long terme pour te faire comprendre etc etc c'est pas le rôle du marketing quoi.
- Speaker #1
C'est de la récupération.
- Speaker #0
Comment ?
- Speaker #1
C'est une forme de récupération de choses qui existent déjà.
- Speaker #0
Le marketing, c'est de la récup. C'est un peu cynique de dire ça comme ça, mais par contre, la manière dont tu récupères les choses, elle est plus ou moins bonne et respectueuse de ce que tu t'appropries. Et Ablo, c'est réapproprié. prier toute la culture, toute notre culture, pour la rendre disponible pour le compte de Vuitton. Et franchement, c'était magnifique. En tout cas, à partir du moment où on s'y est retrouvés, il n'y a rien à dire.
- Speaker #1
Et avec Farel, tu y es moins ?
- Speaker #0
Farel, un petit peu moins, mais parce qu'il est un peu plus éloigné du skate qu'à Blot. Et parce que c'est un peu plus perché quand même, tu vois, comme personnalité. C'est moins créatif, c'est plus un artiste. Ablo, c'est un pur créatif, tu vois, quand il parlait de ce qu'il faisait, tu buvais ses paroles, mais pas en regardant quelqu'un d'un petit peu perché. Tu buvais ses paroles parce que ça fait autant de sens au niveau culturel qu'au niveau business. Donc, non, c'est différent. Mais bon, je ne suis pas consommateur de ces marques. Ce n'est pas parce que j'apprécie leur manière de se comporter que je ne suis pas du tout consommateur de ces marques.
- Speaker #1
Et justement, dans les marques que toi, tu consommes, c'est lesquelles aujourd'hui qui sortent du lot par leur marketing ou par le travail qu'ils ont fait sur le capital marque ?
- Speaker #0
Moi, je ne consomme plus trop de marques, honnêtement, dans le sens où... J'ai mes vieilles marques de skate, et c'est celles que je continue d'apprécier parce que je suis malgré tout un petit peu conservateur et un petit peu fidèle. Par contre, il y a des marques comme Palace qui pour moi sont des exemples de comment il faut communiquer aujourd'hui. Et la manière dont tu dois produire ton contenu, et tu dois alimenter ton capital marque, et la manière dont tu dois... te laisser la possibilité de pouvoir faire quelquefois n'importe quoi pour que tout redevienne cohérent dans une idée de l'accumulation. Eux, pour le coup, en ce moment, les Anglais, ils sont bons. Ils ont vraiment le bon ton, ils ont vraiment la bonne vision, même en termes de musique.
- Speaker #1
Mais les Anglais, ils ont toujours été bons en musique.
- Speaker #0
Ils ont toujours été bons, mais on était plus ou moins synchronisés avec eux. Tu vois ? Ils ont toujours été bons, c'est clair. Mais en ce moment, alors je vais le dire autrement, en ce moment, il n'y a que eux qui sont bons. Les Américains, ils sont mauvais. C'est un truc de malade. Les Français, ils se cherchent, j'espère qu'ils reprennent leur élan.
- Speaker #1
Tu parles en termes créatifs en général ou en termes de musique ?
- Speaker #0
Oui, créatifs en général. Je comprends la musique, je comprends le... Il y a des choses que tu perçois, mais bon, j'espère qu'on est en train de reprendre notre aidant. Et dans le reste de l'Europe, ça a toujours été beaucoup plus des suiveurs. Tu vois que le Japon, en ce moment, ils sont pas mal quand même. Mais eux, en mode créativité tacite, tu sais. Ils prennent pas la parole, ils sont pas remarqués, rien, mais ils commencent vraiment à être bons partout.
- Speaker #1
C'est quoi ton lien avec le Japon, toi ?
- Speaker #0
Moi, je suis moitié japonais. La mer est japonaise.
- Speaker #1
Mais donc ta mère a vécu au Japon ?
- Speaker #0
Ma mère a vécu en Chine, a vécu au Japon, ouais. Elle est 100% japonaise. Mais elle habite en France maintenant.
- Speaker #1
Et toi, tu y vas assez régulièrement, je crois ?
- Speaker #0
Quand j'étais jeune, j'y allais très régulièrement parce que ma mère était hôtesse de l'air. Donc, du coup, on pouvait voyager assez facilement. Donc, j'y allais tous les ans. Et là, maintenant, j'y vais. J'ai emmené ma fille il y a 3 ans, 3-4 ans. Et je sens que je vais devoir y retourner parce qu'elle me... tannent un truc de dingue pour y retourner. Elle adore.
- Speaker #1
Et tu sens que cette culture japonaise fait partie de toi ?
- Speaker #0
Ouais, carrément. Mais pas dans le sens où on peut l'imaginer. Parce qu'en fait, de France, la manière dont on voit la culture japonaise, c'est beaucoup une accumulation de clichés. Il n'y en a aucun qui ne sont pas vrais. C'est ça qui est hallucinant, c'est qu'il n'y a aucun des clichés qui n'existent pas. Mais ce n'est pas que ça. Et tu vois, par exemple, il y a une époque où j'avais un peu réfléchi sur tout ça, sur mes origines, l'influence que ça avait. Et tu vois, le Japon, par exemple, l'éducation de ma mère et la culture japonaise, elle a été... En fait, je me suis aperçu que les japonais, à chaque fois qu'il n'y avait pas de second degré dans un truc, de seconde lecture, pas de second degré, de seconde lecture dans un truc, ça n'avait pas grande valeur pour eux.
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
En fait, tu vois, comme les caractères, les idéogrammes et tout, en fait, ils ont plusieurs significations et c'est ce qui fait la profondeur du truc. Un logo, par exemple, tu leur présentes un logo, s'il est juste illustratif, il ne représente qu'une seule chose, en fait, il n'est pas intéressant à leurs yeux. S'il y a... S'il représente deux choses, ça commence à être intéressant. Trois choses, quatre choses. Et là, c'est une profondeur de sens, tu vois, qui est en train... Et ça, c'est vrai que pour moi, c'est un prisme d'évaluation d'à peu près tout. C'est-à-dire qu'il y a la manière dont la chose s'affiche à tes yeux, à tes oreilles, à tes sens. Et puis, il y a les sens que tu arrives à lire en deuxième, troisième, quatrième lecture. C'est un peu perché ce que je dis.
- Speaker #1
Non, non, pas du tout.
- Speaker #0
Mais ouais, tu vois, par exemple, ça, c'est très, très ancré en moi.
- Speaker #1
Ok. Ouais, je trouve que ça te définit... Enfin, je te reconnais là-dedans.
- Speaker #0
Tu vois, ça fait quelques fois que j'intellectualise peut-être un petit peu trop les choses. Mais bon, c'est comme ça que j'y trouve de l'intérêt, en fait.
- Speaker #1
Et tu fais encore le côté... Moi, dans les clichés que j'ai de la culture japonaise, tout est pointu. Au sens où les disques les plus rares, ils sont au Japon. Tout ce qui est en O.R., tout ce qui sort de là-bas. Moi, je suis fasciné par les petites marques japonaises. C'est technique, c'est beau. J'ai l'impression qu'il y a... Il y a un paroxysme, il pousse tous les curseurs au maximum en termes de culture, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Tu vois, il y a un précepte là-bas qui dit que si tu ne pratiques pas quelque chose pendant au moins dix ans, tu ne peux pas dire que tu sais le faire.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et en fait, c'est la culture de la maîtrise. Et ça, il l'applique surtout. Donc, en fait, s'il y a un truc qui leur plaît, ils vont rentrer à fond, ils vont le décortiquer, ils vont essayer de le comprendre dans tous les sens. Premier, deuxième, troisième, quatrième sens. Ils vont te le conceptualiser, te l'intellectualiser et tout, mais pas pendant deux semaines. Ils vont le faire pendant dix ans. Et au bout de dix ans, ils te sortent un truc, tu vois, qui est même mieux que ce qu'ils avaient étudié au tout début. Ils t'ont revisité le truc. digéré, ressorti quelque chose. Et là-dessus, ils sont incroyables. Parce qu'en fait, ils sont d'une rigueur, d'une abstination dingue dans cette culture de la maîtrise. Je l'aime, mais pas de manière aussi psycho que quand même. Je pense qu'il faut vraiment habiter là-bas, tu vois, pour aller à fond dans... pour l'appliquer tous les jours. C'est trop, presque.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'il cartonne en skate aujourd'hui.
- Speaker #0
Clairement. Clairement.
- Speaker #1
Certains des meilleurs mondiaux sont japonais.
- Speaker #0
Parce que tu vois, si on regarde le skate il y a 15-20 ans, au Japon, c'était pas ça. Ils étaient évidemment plus que stylés. T'avais un ou deux riders qui ressortaient comme ça. Mais par contre, c'était pas le tsunami qu'on a aujourd'hui. Parce que je te dis, ils prennent les choses d'une manière ultra rigoureuse et obstinée. En skate, t'as l'IC de qualité, t'exposes le corps. Mais il n'y a pas qu'en skate. Il n'y a encore pas longtemps, il y avait un gars, un tennis mondial, un japonais qui était dans les 10 meilleurs mondiaux. C'est quand même ouf. T'avais des joueurs de foot qui se sont exportés dans tous les clubs du monde. Enfin, voilà, ils ont appliqué... En fait, à chaque fois, ils reprennent quelque chose qui a été créé autre part, ils se l'approprient et ils le défoncent. Baseball, par exemple, c'est eux qui ont les meilleures équipes du monde. Tu vois, on croit que ça vient des États-Unis et que les États-Unis sont les meilleurs et tout. C'est les Japonais les meilleurs. Tu vois,
- Speaker #1
tu parles un peu le japonais ?
- Speaker #0
Non, très peu. Au bout d'une semaine, là-bas, je commençais à comprendre des morceaux de phrases, mais je ne parle pas. Quand j'étais jeune, j'avais plus envie d'être comme les autres, plus que de cultiver ce côté différent.
- Speaker #1
Et avec les années, est-ce que ça te vient ? Tu viens de vouloir justement le cultiver plus tard, ou pour ta fille, par exemple ?
- Speaker #0
Non, non, non. En fait, ça aurait été bien parce que ça forme l'esprit de parler plusieurs langues. J'aurais bien voulu l'apprendre avant, mais maintenant, ça ne me sert à rien. Je suis terminé, tu vois ce que je veux dire ? Mon cerveau, il ne va plus. Il va éventuellement apprendre deux, trois trucs, mais il n'a pas tout à apprendre, tu vois ce que je veux dire ? C'est trop tard pour moi. Puis il y a Google Translate. Donc j'y arriverai à me faire comprendre.
- Speaker #1
Est-ce que le Nao d'aujourd'hui, il ressemble à l'image que tu aurais pu te faire de toi quand tu avais 20 ans aujourd'hui ? Est-ce que tu es fidèle à tes valeurs de quand tu avais 20 ans ? Ouais, tu sais, c'est la carrière, on approche de la fin, donc il faut...
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Il faut aller gratter, là, un peu.
- Speaker #0
Tu me poses des questions, tu sais que je me pose. Tu ne te poses jamais, quoi.
- Speaker #1
Non, mais c'est le but.
- Speaker #0
Déjà, je continue de se caser. Donc déjà, ça, c'est à peu près fidèle à l'ambition que je pouvais avoir à l'époque, de me dire, j'arrêterai jamais. Je pense que là où... Là où... Là où ça... Ouais, j'en sais rien. Je sais pas si je me souviens bien de ce que je pensais à 20 ans. J'avais envie d'être très libre et d'avoir toujours le choix. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je suis très libre et j'ai le choix. J'ai un certain confort qui fait que je ne suis jamais véritablement emprisonné d'une situation. Tu vois, j'ai encore presque 100% de tous mes amis de l'époque.
- Speaker #1
C'est beau.
- Speaker #0
J'ai presque 100%. Donc, ouais, je sais pas. Je pense que je me trouverais... Si je me regardais... Si j'avais 21 ans et que je me regardais, je me trouverais évidemment vieux.
- Speaker #1
Mais habillé pareil ?
- Speaker #0
Eh ben non, pas habillé pareil, parce qu'ils se portent pas les mêmes...
- Speaker #1
Ah, t'aurais pas mis les Vans à l'époque ?
- Speaker #0
Ben non, mais putain, je me suis fait prendre dans un vortex, là. Les half-cabs... Ah si, les half-cabs, on les a portés à une époque, mais en fait, c'était avant d'être... d'avoir des... avant d'être sponsorisés, et on portait des half-cabs. parce qu'on trouvait ça trop style parce que Mike Carroll en portait ah ok et mais en fait j'ai jamais et puis ça nous pétait les talons un truc de fou on s'éclatait les talons donc en fait on pouvait pas les skater longtemps Donc, je n'ai jamais vraiment skaté beaucoup de Vans. Et là, dernièrement, j'ai re-skaté. Et le truc, c'est que la semelle, elle agrippe tellement que maintenant, je suis prisonnier dans le Vortex. J'ai l'impression de glisser avec toutes les autres. Donc, je suis prisonnier dans le Vortex F-Cab.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Mais Vans n'a pas la chauffe en ce moment. Mais voilà, c'est les chaussures avec les cageuses qu'il y a en ce moment.
- Speaker #1
OK. Le mot de la fin ?
- Speaker #0
Le mot de la fin, merci, Daz, de réviser des souvenirs comme ça parce qu'on n'a pas souvent l'occasion de parler de ce genre de choses et j'espère qu'en réécoutant ce podcast, je n'aurai pas trop honte de tout ce que j'ai dit. Voilà.
- Speaker #1
Je pense que ça va aller. Merci beaucoup, Nao.
- Speaker #0
Merci à toi, Daz.
- Speaker #1
À bientôt.
- Speaker #0
Bye.
- Speaker #1
Ciao.
- Speaker #0
À Asset