- Speaker #0
Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'heure du numérique. Aujourd'hui, je vous propose un épisode assez exceptionnel, hors format traditionnel. Il y a quelques mois, j'ai eu la chance de m'entretenir pour ce podcast avec Lou Lassina-Foubert, ancien social media manager à West France. Les trois épisodes sont toujours disponibles dans le fil de ce podcast et je vous invite vivement à les écouter et surtout à vous abonner pour ne pas manquer les prochains. En attendant, pour avoir un condensé de notre conversation, je vous propose en seulement quelques minutes un récap de cet échange. Cet épisode a été généré grâce à la fonctionnalité résumé audio de Google Notebook LM. A présent, je vous laisse découvrir cet épisode et je passe la parole à mes deux co-AI animateurs. Bonne écoute !
- Speaker #1
Aujourd'hui, on s'attaque à un cas d'étude fascinant. On a épluché pour vous une série de trois entretiens, particulièrement denses, qui viennent d'un autre podcast, Deep Media. Et l'invité, c'est Lou Placinafoubert. Il est au cœur de la stratégie numérique d'un véritable monument de la presse régionale française. Ouest-France.
- Speaker #2
Exactement. Et notre mission, en plongeant dans cette conversation fleuve, c'est vraiment de comprendre comment un média traditionnel avec un ancrage local aussi puissant réussit non seulement à s'adapter, mais surtout à innover à l'ère des réseaux sociaux. Ces sources nous offrent une perspective assez rare, en fait. C'est une vue de l'intérieur sur leur stratégie, les défis qu'ils rencontrent, et puis les paris qu'ils font pour aller toucher de nouvelles audiences.
- Speaker #1
On va donc distiller l'essence de ces trois épisodes. Et pour commencer, je crois qu'il faut vraiment qu'on saisisse l'échelle de la machine Ouest France sur les réseaux. C'est assez vertigineux. Accrochez-vous, on va décortiter tout ça. Pour mettre les choses en perspective, la première chose qui frappe dans ces entretiens, c'est le volume. Ouest France, c'est 1500 contenus créés chaque jour.
- Speaker #2
Chaque jour.
- Speaker #1
Articles, vidéos, podcasts. J'ai du mal à imaginer comment on peut gérer un tel flux sur les réseaux sociaux. C'est un rythme de folie, quoi.
- Speaker #2
C'est un rythme industriel. Et la réponse, c'est que la stratégie a dû radicalement évoluer pour y faire face. Lou Placina-Foubert explique qu'à son arrivée en 2019, l'objectif était quasi unique.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #2
C'était de générer du trafic vers le site web. Facebook était le pilier central, une machine à clics en quelque sorte. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus complexe. On est sur un équilibre, disons, 50-50.
- Speaker #1
50-50 entre quoi et quoi alors ?
- Speaker #2
Alors, 50% de l'effort vise toujours à générer du trafic. à amener les gens vers les articles. Mais les 50% restants sont dédiés à un objectif de visibilité et de notoriété pure.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Sur des plateformes comme TikTok ou Instagram, par exemple.
- Speaker #1
Ah oui, les fameuses plateformes qui fonctionnent en vase clos. C'est un changement de mentalité énorme pour un journal, non ? De se dire qu'on va créer du contenu qui n'est pas fait pour envoyer les gens lire un article ailleurs ?
- Speaker #2
C'est une révolution culturelle. Sur TikTok, ils le disent très clairement. Générer des clics vers un site externe est quasiment impossible. Et puis surtout, ce n'est pas le but. On se vient les canaux classiques, de l'autre, on crée du contenu natif, pensé dès le départ pour exister et performer uniquement sur ces plateformes.
- Speaker #1
Et le succès se mesure comment alors ?
- Speaker #2
En vue et en engagement, pas en clic.
- Speaker #1
D'accord. Et au cœur de cette stratégie, il y a cette structure très particulière. Un vaisseau amiral, la page nationale, et toute une flottille de pages locales. Comment ça s'articule concrètement ?
- Speaker #2
C'est la clé de leur puissance et c'est ce qui les ancre dans leur ADN. Il y a la page nationale Ouest France, très suivie bien sûr, mais il y a surtout 64 pages Facebook locales.
- Speaker #1
64 ?
- Speaker #2
Oui, et c'est là que ça devient fou. Ce maillage local à lui seul double le trafic généré par la page principale.
- Speaker #1
Attends, ça veut dire que l'ensemble des petites pages locales est en réalité plus puissant que la grande page nationale ?
- Speaker #2
Précisément. C'est une complémentarité fondamentale qui incarne parfaitement leur devise. De la commune au monde.
- Speaker #1
Je vois.
- Speaker #2
La répartition est très claire. La page nationale traite les sujets d'envergure, l'international, et elle fait remonter les belles histoires locales qui ont une portée plus universelle.
- Speaker #1
Et les pages locales ?
- Speaker #2
Elles, elles sont concentrées sur ce qu'ils appellent l'ultra-concernant. L'information de service, les faits divers du coin, la vie de la commune. C'est ça qui crée un attachement viscéral à la marque.
- Speaker #1
J'imagine une tour de contrôle gigantesque pour piloter tout ça. Il y a une équipe centrale, la social room, c'est ça ?
- Speaker #2
Oui, et c'est là que c'est contre-intuitif. Cette équipe, elle ne compte que 4 personnes.
- Speaker #1
4 personnes ? Pour tout ça ?
- Speaker #2
Oui ! Leur travail est double et fascinant. D'un côté, ils pilotent la page nationale, ce qui est un travail colossal. On parle d'environ 60 publications par jour.
- Speaker #1
60 ? C'est toutes les 15 minutes ?
- Speaker #2
Une toutes les 15 minutes, entre 7h et 22h. Et leur autre rôle, tout aussi crucial, c'est de former et d'accompagner. Une grande partie du travail est décentralisée.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Ce sont les journalistes et les secrétaires de rédaction, en local, qui animent eux-mêmes leur propre page. La social room n'est pas là pour tout faire, mais pour donner les outils et les compétences.
- Speaker #1
Mais former 700 journalistes, ça doit être un défi permanent. J'imagine que tout le monde n'a pas sauté de joie à l'idée de devoir gérer une page Facebook en plus de son travail.
- Speaker #2
C'est un point clé. Il parle d'un travail constant d'acculturation. Il y a des sessions de formation régulières pour expliquer le fonctionnement des algorithmes, les objectifs, les enjeux de la modération.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
L'idée, ce n'est pas d'imposer un contrôle vertical, mais de leur donner l'autonomie et les compétences pour qu'ils soient efficaces. Il admet que ça prend du temps, que c'est un changement de culture, mais que c'est indispensable.
- Speaker #1
Et en termes de production de contenu, comment est-ce qu'un même sujet est décliné sur ces différentes plateformes ? On ne poste pas la même vidéo sur le site et sur TikTok, j'imagine ?
- Speaker #2
Absolument pas. Il joue la carte de la synergie intelligente. Un reportage vidéo, par exemple, va être entièrement retravaillé.
- Speaker #1
Comment ça ?
- Speaker #2
On bascule le format à la verticale. On accélère le rythme, on ajoute des sous-titres dynamiques. Mais le plus intéressant, c'est ce que Loupe, la cinéphoubaire, appelle une forme d'incarnation.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
On ne voit plus de journaliste face caméra ?
- Speaker #1
Pas forcément. L'incarnation peut être plus subtile. C'est souvent l'ajout d'une voix off avec un ton plus personnel, une approche qui se rapproche du storytelling pour créer de la proximité.
- Speaker #2
Je vois.
- Speaker #1
Le fond, l'information, reste d'une rigueur journalistique absolue. Mais la forme, elle, s'adapte totalement aux codes de chaque réseau.
- Speaker #2
Alors on a cette machine qui produit un volume énorme de contenu, un maillage local surpuissant, ce qui doit logiquement générer un flot de réactions absolument colossal. Ça m'amène à une question qui doit être le cauchemar de beaucoup de rédactions. Comment est-ce qu'on gère les commentaires ? C'est un défi majeur et les chiffres donnent le tournis. Ouest France reçoit plus de 15 000 commentaires par jour.
- Speaker #1
15 000 ?
- Speaker #2
Rien que sur Facebook. Gérer ça humainement est... impossible sans une stratégie claire. Du coup, la solution a été de confier la gestion à un prestataire externe. Et ce prestataire applique une charte de modération très stricte, directement basée sur les valeurs du journal Ouest France. Maintenir un débat serein, apaisé et constructif.
- Speaker #1
C'est un bel objectif, mais dans le climat actuel, ça semble presque utopique. Comment ça fonctionne concrètement ?
- Speaker #2
Il y a un double filtre. D'abord, un premier niveau assez classiques, avec des listes de mots-clés interdits, les insultes, les appels à la haine, etc.
- Speaker #1
Le B.A.B.A.
- Speaker #2
Mais le deuxième filtre est beaucoup plus sophistiqué. C'est une intelligence artificielle qui analyse le contexte et la sémantique d'un message pour évaluer le risque qu'il soit agressif ou haineux.
- Speaker #1
C'est impressionnant sur le papier. Mais on sait que ces IA peuvent aussi faire des erreurs ou être un peu trop zélés. Est-ce qu'ils parlent du risque de surmodérer et d'étouffer des débats légitimes ?
- Speaker #2
C'est une excellente question. Si l'IA a un doute, le message est systématiquement remonté à une équipe humaine, qui prend la décision finale. La philosophie, qui s'inspire d'une étude de Stanford, est très claire. Un premier avertissement ferme. Et si la personne récidive, un bannissement rapide. L'idée est d'éviter ce que l'étude appelle l'effet de contagion de la négativité.
- Speaker #1
Je vois. Si on laisse passer un message haineux...
- Speaker #2
Il en attire d'autres et s'achasse les contributions constructives. Exactement. Il préfère prendre le risque d'être un peu trop strict... pour préserver un espace de discussion sain.
- Speaker #1
Et concernant les fameux changements d'algorithmes qu'on accuse souvent de tous les mots, est-ce que ça a aggravé la situation ?
- Speaker #2
C'est une question qui lui a été posée et sa réponse est surprenante. Selon lui, les pics de haine qu'ils observent ne sont pas tant liés aux algorithmes qu'à l'actualité elle-même.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #2
Oui, il a constaté une véritable explosion de la négativité pendant la période du Covid ou lors des élections, des conflits internationaux. Il décrit ça comme des vagues de négativité qui se déversent soudainement sur tous les sujets, même ceux qui à l'origine ne sont pas du tout clivants.
- Speaker #1
Ce n'est pas que défensif. Au-delà de cette modération, il y a aussi un aspect plus proactif qui concerne directement les journalistes.
- Speaker #2
Oui, et c'est un point stratégique qui boucle avec l'idée d'incarnation. Ouest France encourage activement ses journalistes à développer leur propre marque personnelle sur des réseaux comme LinkedIn ou Blue Sky.
- Speaker #1
L'idée, c'est que la marque ne soit pas qu'un logo, mais des visages.
- Speaker #2
C'est exactement ça. Avoir des journalistes qui sont suivis, qui créent un lien direct avec leur audience, c'est perçu comme un atout extrêmement précieux pour bâtir la confiance.
- Speaker #1
Cette idée d'incarnation, de mettre un visage humain sur l'information, ça me semble être le pont parfait pour aborder leur autre grande expérience. Ce projet qui sonne presque comme une start-up. Coloc, c'est bien ça ?
- Speaker #2
C'est exactement ça. Coloc, c'est un média 100% vidéo, conçu pour les 18-25 ans et diffusé principalement sur YouTube, TikTok et Instagram.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Mais le point le plus fondamental, le coup de génie du projet, c'est que l'équipe qui le produit à l'âge de la cible Le principe, comme le dit très bien la source, n'est pas de parler aux jeunes, mais de leur donner le micro.
- Speaker #1
Ce qui m'intrigue, c'est que c'est une marque complètement distincte de Ouest-France. Pourquoi ne pas avoir capitalisé sur le nom en créant un Ouest-France Jeune, par exemple ?
- Speaker #2
C'est une décision stratégique cruciale, pour plusieurs raisons. La première, assez évidente, est de se détacher de l'image géographique de l'Ouest pour avoir une portée nationale.
- Speaker #1
Logique.
- Speaker #2
Mais la raison la plus importante... C'est d'en faire un véritable laboratoire. Cette indépendance leur donne une immense liberté pour tout tester.
- Speaker #1
Tester quoi, par exemple ? C'est quoi un format colloque ?
- Speaker #2
Un nouveau ton, d'abord. Beaucoup plus incarné, plus personnel, avec de l'humour, très proche des codes des créateurs YouTube. Et de nouveaux formats, très immersifs.
- Speaker #1
Comme ?
- Speaker #2
Par exemple, une vidéo suit un de leurs journalistes qui se donne 30 jours pour préparer et jouer un spectacle de stand-up. Une autre le montre en train de tester le métier de conducteur de TGV. On est dans l'expérience vécue, pas dans le reportage classique.
- Speaker #1
D'accord, je vois. C'est une approche radicalement différente. Et ça leur permet aussi de tester de nouvelles manières de gagner de l'argent, j'imagine.
- Speaker #2
Absolument. C'est le troisième pilier du laboratoire Such. Explorer de nouveaux modèles de partenariats commerciaux, du brand content, des sponsoring, des choses plus modernes que la pub traditionnelle.
- Speaker #1
C'est une prise de risque. Est-ce que ça marche ? Les résultats sont au rendez-vous ?
- Speaker #2
Les premiers chiffres cités dans les entretiens sont très encourageants. Plus de 3 millions de vues et 700 000 abonnés, toutes plateformes confondues en quelques mois seulement.
- Speaker #1
Pas mal.
- Speaker #2
Mais au-delà des statistiques, le plus grand succès de Coloc est peut-être l'émulation que le projet crée en interne. Il inspire d'autres services, comme le service vidéo principal de West France. Il prouve à tout le monde qu'il est possible de se renouveler.
- Speaker #1
C'est un moteur en fait.
- Speaker #2
C'est ça. Et il y a un détail visuel que je trouve très malin. Dans le logo de Coloc, mais aussi dans celui de Nouveau, la nouvelle chaîne de télé du groupe, On retrouve discrètement le macaron rouge de Ouest-France, qui remplace la lettre O.
- Speaker #1
Ah, c'est subtil. C'est un petit clin d'œil, un saut de qualité discret, sans imposer la marque mère de manière trop lourde. C'est bien vu.
- Speaker #2
Alors, si on essaie de synthétiser ce qu'on a distillé de ces trois entretiens, on a d'un côté un géant médiatique qui, loin de renier son passé, renforce ce qui a toujours fait sa force, son ADN, ce fameux maillage local.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Et en parallèle, ce même géant lance des projets très agiles, presque des start-up internes comme Coloc, pour explorer de tout nouveaux territoires.
- Speaker #1
C'est une excellente synthèse. La stratégie semble vraiment double. Il s'agit de consolider les fondations tout en construisant des ponts très audacieux vers l'avenir.
- Speaker #2
Et pour construire ces ponts, ils n'hésitent pas à changer de ton, de format et même de marque pour s'adresser à de nouvelles générations avec leur propre code. C'est une illustration vraiment... passionnante de la transformation d'un média traditionnel.
- Speaker #1
Et il faut vraiment insister sur le fait que notre discussion aujourd'hui, ce n'est qu'une synthèse des points les plus saillants pour celles et ceux qui veulent vraiment plonger dans le détail, comprendre toutes les nuances de cette stratégie.
- Speaker #2
L'entretien complet avec Lou Placina-Foubert est une mine d'or.
- Speaker #1
Exactement. Il est disponible en trois parties sur le podcast Deep Media.
- Speaker #2
C'est très simple à trouver. Il suffit de chercher Deep Media, D-E-E-P, Média. sur n'importe quelle plateforme de podcast pour écouter les épisodes. C'est le meilleur moyen d'avoir la vue d'ensemble et je vous encourage vraiment à vous abonner pour ne pas manquer leurs prochaines analyses.
- Speaker #1
Et pour finir, comme toujours, une question à méditer. Quant à médias historiques, parvient à la fois à raconter l'histoire du village avec une précision inégalée et à créer une colloque numérique pour la jeunesse nationale, est-ce que cela ne nous montre pas que l'avenir de l'information n'est ni purement local ni totalement global, mais réside... peut-être dans la capacité à créer des conversations permanentes et intelligentes entre ces deux mondes.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté ce récap de l'interview de Lou Lassina-Foubert générée avec Google Notebook LM. Je suis preneur de tous vos retours à propos de ce format. Je vous donne rendez-vous prochainement pour de nouvelles interviews inédites où l'on va continuer d'explorer le futur des médias à l'heure du numérique. En attendant, pour ne pas manquer les prochains épisodes, abonnez-vous à ce podcast et mettez les commentaires et étoiles adéquates. DeepMedia est un podcast autoproduit par FollowMeConseil, agence de formation et conseil stratégique spécialisé en IA générative et social media. A très bientôt !