Speaker #0Bienvenue dans des fleurs et des pastèques, le podcast où on parle vrai. Parfois dos, parfois cash, mais toujours sincère. Un peu comme une pastèque. Ici on déconstruit, on comprend, on explore, on ose. On se relève avec subtilité et grâce, sans artifices. So, c'est parti ! J'avais 13 ans, quand mon père est parti, brutalement. Ce n'était pas une séparation douce, ce n'était pas une disparition progressive, c'était une cassure, c'était un choc, un vide soudain. Et ce vide, je l'ai habité pendant des années, sans vraiment le comprendre. J'avais pas envie, j'avais pas envie. Parce qu'à cet âge-là, on n'a pas encore les mots pour dire que je suis en colère, que j'ai mal, que j'ai peur, que je me sens seule, que qu'est-ce qui va se passer maintenant que papa n'est plus là. Alors ce que j'ai fait, je me suis tue. C'était plus facile. Je ne voulais pas. Je me suis tue, mais à l'intérieur, je bouillonnais. Parce que je lui en voulais. Je lui en ai voulu. Pas juste de sa mort, mais de m'avoir laissée comme ça. De m'avoir abandonnée, de nous avoir abandonnées. Sans protection, sans transmissance, sans rien, sans présence. Je lui en ai voulu de ne pas avoir su être là comme moi j'en avais besoin. D'avoir été dur, d'avoir été parfois froid, silencieux, et puis d'être partie trop tôt, sans qu'on ait pu réparer ce qui devait l'être. J'étais déçue de lui, vraiment déçue, profondément. Mais ce que j'ai compris plus tard... Bien plus tard, c'est que cette déception, elle venait d'une attente. Une attente d'enfant. J'attendais qu'il soit ce que je voyais dans les films, ce que je m'imaginais dans mes rêves, ce que je voyais chez les autres, le père sécurisant, aimant, protecteur, doux, câlin, tendre, présent, juste présent. Mais il n'a pas été. Il n'a pas été, et cette attente-là, c'est elle qui me faisait souffrir. Alors un jour, j'ai décidé d'arrêter de cultiver la déception. Pas parce que la douleur avait disparu, mais parce que je ne voulais plus qu'elle me définisse. Parce que j'avais tellement mal, je ne voulais plus. J'ai décidé de ne plus cultiver ça. Donc, j'ai fait le choix de me regarder en face. De voir la petite moi, celle de 13 ans. Celle qui voulait juste un câlin, un mot rassurant. Que ça va aller, que je ne vais pas être seule, qu'on ne va pas être seule, qu'on va s'en sortir. Que ça va pas être aussi dur. Juste une épaule. Et j'ai commencé à me pardonner. Je me suis pardonnée d'avoir attendu ce qu'il ne pouvait pas me donner. Je me suis pardonnée d'avoir cru que c'était moi aussi le problème. Et je me suis pardonnée d'avoir porté si longtemps ce manque. Comme si c'était une honte. Comme si j'avais pas le droit. Comme si c'était de ma faute. Et dans ce chemin-là, j'ai commencé à comprendre aussi... Qui mon papa était. Et tu sais quoi ? C'était juste un homme. Un garçon. Avant d'être un père. Un homme avec son histoire. Avec ses blessures. Avec ses silences. Avec ses limites. Peut-être que lui aussi n'avait pas eu de modèle. Peut-être qu'il a fait avec ce qu'il a pu. Pas ce que j'aurais voulu. Mais ce qu'il a pu. Et là, j'ai cessé de lutter contre ce qui n'a jamais été. J'ai commencé à l'accepter, non pas à idéaliser ni à justifier, non, mais à reconnaître ce papa réel, humain, imparfait. Et c'est cette reconnaissance-là qui m'a libérée. Et je crois aussi qu'on passe de la fille blessée à la femme libre, quand on cesse d'attendre que nos parents changent. Quand on commence à se donner le droit, à se donner à soi-même ce qu'on a toujours espéré recevoir. Et oui, aujourd'hui, mon papa n'est plus là. Mais mon lien à lui, lui a changé. Je ne le nourris plus avec de la colère, chose que j'ai fait pendant des années. Je ne le nourris plus avec de la tristesse. Même si oui, bien sûr, je reste triste à des moments, je pense à lui et je suis triste. Il y a encore quelques jours, c'était son anniversaire, et j'étais triste, c'est normal. Mais ce lien-là, je le nourris avec de la conscience. De la tendresse, parfois même avec des mots écrits, chose que pareil je ne faisais pas avant. Je dialogue autrement. Et si je te partage tout ça aujourd'hui, c'est parce que je sais à quel point cette blessure peut nous suivre, que ce soit dans notre rapport à nous-mêmes, dans nos relations, à l'amour, à la confiance. Alors si tu écoutes ce podcast, et que toi aussi tu portes une blessure liée à ton père, sache que tu peux guérir, tu peux. Pas en l'oubliant, mais en te. retrouvant. Et tu sais, encore une fois, pendant longtemps, j'ai cru que cette histoire était la mienne, unique, intime, ce qui est le cas en soi. Mais en avançant dans mon chemin personnel et en me formant à la psychanalyse, eh bien, j'ai compris que ce que j'avais vécu, c'était en réalité une blessure un peu collective. Une blessure qu'on porte à l'intérieur quand la figure paternelle, au lieu d'être un repère stable, devient un manque. une absence, un mystère, et parfois même une source de peur, de rejet ou de confusion. Alors aujourd'hui, si tu es prête, si vraiment tu es prête, j'aimerais qu'on aille plus loin ensemble, qu'on explore cette blessure du père, qu'on ose la regarder en face, non pas pour juger, ni pour accuser, ni pour blâmer, mais pour comprendre ce qu'elle a construit en toi, en nous, ce qu'elle a figé aussi, et surtout ce qu'elle peut libérer. Si tu décides enfin d'y mettre de la conscience. Mettre de la conscience ça fait peur. Être dans le déni c'est peut-être parfois plus confortable, mais ce n'est pas la réalité. Donc on va parler des causes de cette blessure, des symptômes, souvent invisibles qu'elle laisse, des blocages qu'elle crée aussi dans nos vies, et du chemin de pardon. Pas envers lui d'abord, mais envers soi, envers toi, envers l'enfant en nous. qui attendait que papa soit juste autrement. Parce qu'on ne guérit pas en effaçant le passé, non. De toute façon, on n'est pas magicien et magicienne. On guérit en acceptant de le relire avec un autre regard. Un regard qui ne cherche plus à modifier l'histoire, mais à se réconcilier avec soi-même. Donc si tu es prête, merci de me faire confiance. C'est parti. Donc, en psychanalyse, comme tu le sais, je pense que tu l'as déjà entendu. Je l'ai déjà dit plusieurs fois en story, plusieurs fois en réel, je pense, oui c'est ça. Je disais qu'en psychanalyse, le père, ce n'est pas juste un homme, c'est aussi une fonction symbolique. Qu'est-ce que j'entends par là ? C'est le repère, c'est la loi, c'est la verticalité, c'est la coupure avec la mère. Oui, c'est vrai. C'est aussi l'accès au monde, c'est aussi l'accès à la parole, à la légitimité. La légitimité, c'est super important, on y viendra juste après. Et quand cette fonction... Et instable fait défaut, que le papa est absent, silencieux, destructeur ou même trop idéalisé, il y a quelque chose qui reste inachevé en nous. Donc instable. On ne va pas grandir, mais sans cette colonne vertébrale intérieure. Et quelles sont les causes les plus fréquentes ? Très rapidement, il y a le père absent qui est soit parti trop tôt ou jamais arrivé. Il y a le père effacé qui est là physiquement, mais qui n'est pas là émotionnellement. Sans la parole, sans la transmission, sans la tendresse, sans l'amour. Il y a aussi le père violent ou autoritaire. Donc il y a de la peur à la place de l'amour. Et un père idéalisé, c'est-à-dire admiré, vraiment admiré, mais inaccessible. Et en fait, finalement, pour ces quatre causes les plus fréquentes, c'est la même chose à chaque fois. C'est-à-dire c'est le même cri intérieur. C'est... Est-ce que je peux exister même si tu ne m'as pas vu ? Est-ce que j'ai le droit d'exister même si tu ne me regardes pas ? Et c'est là où justement la question de la légitimité est très importante et de l'estime de soi est très importante. L'estime de soi c'est quoi ? C'est la valeur qu'on se donne. Et la valeur, elle se construit à travers le regard d'un père aussi. Et oui, à travers sa tendresse, à travers ses mots, à travers... Ces encouragements à travers tout ce qu'il faut justement pour pouvoir gagner en valeur de soi, en estime de soi. Parce que oui, on peut travailler sur l'estime de soi et c'est carrément possible, mais si on n'a pas eu ça, plus jeune, petit, forcément, c'est pas toujours stable, c'est fragilisé. C'est pour ça que moi je travaille justement sur les blessures émotionnelles. Oui, le but final c'est d'avoir une meilleure estime de soi, mais c'est pour ça que je travaille sur les blessures émotionnelles parce que tout est lié. Donc quelles sont les conséquences par rapport à tout ça ? Des conséquences qui restent pour le coup invisibles, mais c'est profond. De toute façon, moi je travaille sur des blessures invisibles. On ne les voit pas, mais c'est là. Donc, quand on a été blessé par son papa, par son père, ou par son absence, on va développer des mécanismes inconscients, pour tenter justement de combler le vide. Donc, quels sont ces mécanismes ? Moi pour le coup, j'ai beaucoup eu celui-ci, qui est donc le perfectionnisme rigide. J'étais hyper hyper dans le... Dans le perfectionnisme, c'est-à-dire que tout devait être irréprochable, j'avais une voix intérieure qui me jugeait constamment, qui me pressait, qui ne laissait jamais de la place au repos, à l'imperfection. Je devais toujours être carré. J'avais beaucoup de ça, j'arrivais pas à me lâcher, à lâcher prise. Il y a aussi ce mécanisme de peur de l'autorité, ou un besoin excessif de validation. Est-ce que je suis assez ? Est-ce que je suis à la hauteur ? Est-ce que t'aimes bien ? Est-ce que ceci ? Est-ce que cela ? Tu vois, demander vraiment... un besoin excessif de validation. Et aussi la peur de l'autorité. Par exemple, il y a quelqu'un qui paraît plus autoritaire, et bien, on va sentir moins, on va sentir pas assez, on va se sentir un petit peu inférieur. Il y a aussi cette tendance à choisir des partenaires froids ou distants. Ça, c'est parce que justement, il y a la blessure originelle qui va se jouer, qui va se rejouer constamment. Donc peut-être que toi, demande-toi justement, est-ce qu'il y a des similitudes que tu observes chez ton partenaire avec ton papa ? C'est un peu étrange, mais c'est dans le but de prendre du recul. Parce que justement, on va choisir des partenaires froids ou distants. C'est pas tout le temps le cas, mais il y a des liens. Et dernière conséquence, justement ce sentiment d'imposture. Je parlais de légitimité tout à l'heure. C'est cette peur que quelqu'un découvre encore une fois qu'on n'est pas assez parce que papa ne nous a pas trouvé assez. Parce que papa ne nous le disait pas tout simplement. Ou parce que papa était violent ou effacé ou idéalisé. Voilà. Et tout ça, ce sont encore une fois des échos. C'est des appels du petit enfant en nous, qui attendait encore une fois que son père le regarde, le serre fort, lui dise, tu as le droit d'être là, tu as le droit, tu as ta place. Et tu sais, pour ma part, justement, je n'ai pas vraiment reçu ça, parce qu'il est parti trop tôt, et que je n'étais pas consciente. Et donc c'est pour ça que je lui en ai voulu, longtemps. J'aurais voulu qu'il reste, j'aurais voulu qu'il me voit grandir, devenir femme. Me construire. Mais il est parti. Et pendant des années, j'ai porté cette colère comme un fardeau. Un fardeau sacré. Et puis un jour, justement, j'ai décidé de me regarder. D'arrêter de nourrir la déception. Parce que ce n'était pas de sa faute, de toute façon. Et d'accepter que l'homme que j'attendais ne reviendrait pas. Même si ça m'a fait mal. Et que je ne pouvais plus construire ma vie autour d'un manque. Parce que moi aussi j'ai le droit. Moi aussi j'ai le droit de construire ma vie. Et je pense en toute honnêteté qu'il ne voudrait que ça pour moi, que je construis ma vie, que j'avance. Donc avant de pardonner à son père, à ton père, à mon père, il faut d'abord savoir se pardonner à soi. Mais plus précisément à l'enfant en soi. Parce que c'est souvent cet enfant qui avait des attentes, des rêves naïfs mais légitimes, qui est blessé, qui est déçu. C'est justement ce petit soi qui a cru que si papa n'était pas là, c'était aussi de sa faute. Mais non, il pense que s'il avait été sage, assez fort, assez aimable, peut-être qu'il serait légitime d'être aimé. Mais non. Donc, qu'est-ce qu'on peut se dire ? Par exemple, moi ce que je me suis dit, je me suis dit que je te pardonne d'avoir espéré. Je te pardonne d'avoir voulu que papa t'aime. Comme tu en avais besoin, tu n'étais pas coupable de ce qui s'est passé. Tu étais juste un enfant qui avait besoin d'un père. Ensuite, c'est très important, si tu es prête, de comprendre l'homme derrière ce rôle. Le jour où l'on comprend que notre père est juste un homme, pas un super-héros, pas un monstre. Même si... Pour le côté super héros, on l'a toujours cru et on a idéalisé notre papa. C'est notre modèle. C'est juste un homme. Avec ses blessures, avec ses manques. Parfois, il n'a pas su faire mieux. Parce qu'il n'a pas reçu mieux. Il n'a pas su aimer. Parce que peut-être que, justement, il n'a pas été aimé. Il n'a pas su parler. Parce qu'il a grandi dans le silence. Il n'a pas su rester. Parce qu'il ne tenait même pas debout dans sa propre vie. Et comprendre ça, ce n'est pas excuser, c'est juste le rendre humain. et retrouver en nous notre liberté intérieure. Et une fois que ça c'est fait, le dernier pas, c'est l'acceptation. C'est dire que tu as été ce que tu as été, ni plus, ni moins. C'est cesser de rêver un papa idéal. C'est cesser de chercher dans chaque homme, chaque autorité, chaque regard, un père de substitution. Et je sais que c'est difficile à entendre, mais c'est vrai. C'est poser un acte d'amour radical envers soi. Je te laisse être celui que tu as été. Et maintenant, c'est moi qui prends le relais. Je deviens le parent de moi-même. Mon guide, mon protecteur. Et je me valide. C'est très difficile, je suis consciente de ce que je dis, mais ce n'est pas impossible. Parce que ce chemin-là, il est possible. Il est long, il ne se fait pas en une nuit. Il se fait en vague, avec des larmes, avec des déclics, avec des révélations. Et ça a été le cas pour moi. Mais il est possible. Et quand on le traverse, on ne devient pas juste « réparé » . On devient libre. Libre de se choisir, libre d'aimer, libre de se sentir aimé, libre de réussir, libre d'exister sans plus attendre le regard d'un père absent. Sincèrement. Donc c'est pour ça que je t'en parle aujourd'hui. Parce que je pense qu'on mérite toutes et tous de se sentir libre. Peu importe ce qui s'est passé dans notre histoire, peu importe d'où tu viens. Ce que tu as vécu, tu le mérites. Je te remercie sincèrement d'avoir écouté cet épisode. Ça n'a pas été facile pour moi, mais ça a été nécessaire. J'avais vraiment envie de le faire. Si t'as touché, si t'as ému, c'est que j'ai rempli ma mission. Si tu as compris des choses, j'espère vraiment que ça te permettra d'avancer. Et si tu veux continuer à explorer tout ça, vraiment, je t'invite à... Me retrouver sur Insta, à m'écrire, à me suivre si tu veux, à t'abonner à ma newsletter qui s'appelle la Seb Love Letter. J'écris beaucoup de temps en temps, enfin tous les vendredis soirs à 18h. Tu peux justement trouver des pistes concrètes pour cheminer, t'aimer, te construire à ton rythme, je précise. Donc n'hésite pas. Mais surtout si tu préfères un côté plus intimiste, privé, n'hésite vraiment pas à m'écrire, je suis là pour ça. Je suis vraiment là pour ça. Ok ? C'était Sanjana. accompagnant ton estime de soi, futur psychanalyste, je te dis à très bientôt et n'oublie pas, tu mérites des fleurs et des pastèques. Bisous.