Speaker #0Bienvenue dans Des Fleurs et des Pastèques, le podcast où on parle vrai. Parfois doux, parfois cash, mais toujours sincère. Un peu comme une pastèque. Ici, on déconstruit, on comprend, on explore, on ose. On se relève avec subtilité et grâce, sans artifice. So, c'est parti ! Bonjour à toutes et tous, j'espère que vous allez bien. Merci d'être là. Merci de prendre ce temps pour écouter cet épisode qui sera très intéressant, très fascinant parce que j'adore ce sujet-là. Je le trouve très pertinent par rapport à notre génération actuelle. Je pense que tu l'as bien compris. Tu sais de quoi on va parler au titre de la frustration. Évidemment, on va prendre le temps. Et l'idée, c'est qu'aujourd'hui, juste d'en prendre le recul, comprendre un petit peu plus sur ce sujet. Ne pas se juger jamais parce que pourquoi en fait ? Et aussi, surtout, prendre le recul nécessaire de juste t'autoriser à se comprendre. Donc, j'ai vraiment hâte. J'ai travaillé sur ce sujet, notamment à travers mes cours de psychanalyse. Donc j'espère vraiment que ce sera intéressant. Évidemment, le but n'est pas de faire un cours universitaire sur ce sujet-là, mais de juste vous apporter un point de vue un peu plus agréable sur le sujet de la frustration. Mais avant ça, j'espère que tu vas bien, j'espère que vous allez bien. Moi, de mon côté, ça va bien. Je suis très contente puisque j'ai repris la rentrée, justement. Je suis en troisième année de psychanalyse, ça y est. Et si tout se passe bien, j'espère, évidemment, à la fin de l'année l'année scolaire 2027 je serai notamment certifié psychoanalyste. Donc, on croise les doigts. J'espère que tout se passera bien parce qu'évidemment, il y a tout un tas de choses à faire. Des épreuves, il y a pas mal de choses. Mais on croise les doigts. Et puis d'un autre côté, comme certaines peuvent le savoir, si jamais vous avez écouté notamment l'épisode dernier, et puis aussi des femmes que j'accompagne en ce moment et puis d'autres aussi, savent que je suis en train de travailler sur un énorme projet. Un projet qui, à la fois, va être génial et grandiose et... à la fois qui me fait quand même peur, parce que c'est la première fois que je ferai ça de cette manière. C'est un projet dont je parlerai un peu plus dans un prochain épisode, parce que bon, je ne peux pas vous en dire plus, pour l'instant, oui, je suis un peu comme ça. Je suis cette personne qui tise un petit peu, j'avoue, mais j'ai très hâte, j'ai très hâte pour vous, j'ai très hâte pour nous, parce que je serai aussi dedans, on sera ensemble, on va pouvoir se voir, peut-être, mais voilà, j'en dis pas plus, ça y est, j'ai envie d'en parler, mais non, il faut que je me calme, j'ai très hâte. Mais en tout cas, j'espère que de ton côté, ça va bien, que les choses avancent bien. Le mois de septembre, j'ai l'impression qu'il avance doucement et à la fois très vite. C'est très paradoxal, oui, mais parce qu'il y a pas mal de choses qui se passent. À la fin de la semaine, cette semaine, samedi 26, j'ai un run de 10 km. J'allais dire de 26, non. Samedi 26, j'ai un run de 10 km et je ne suis pas très prête, j'avoue, parce que je ne me suis pas assez entraînée. Je n'ai pas très priorisé les entraînements. Mais bon. on va le faire quand même, je vais m'entraîner encore cette semaine et ça va le faire, et puis si ça le fait pas c'est pas grave, au moins je l'aurai fait et puis on verra bien je vous le dirai sur Instagram, si jamais vous me suivez pas, n'hésitez pas, je ferai un petit peu des updates, j'ai déjà fait un 10 km l'année dernière, j'ai aussi fait un 5 km l'année d'avant, donc ça devrait le faire mais bon, je me suis pas trop préparée bon, d'un autre côté j'avais pas trop le temps non plus et puis bon, j'avoue que j'aurais préféré avoir plus de motivation ce qui n'a pas été le cas, mais bon, ça arrive à tout le monde. Bref, là je m'étale, c'est vrai, parlons-en de la frustration. Donc, comme je l'ai dit au titre, notre génération déteste la frustration. Et c'est vrai que je trouve qu'on ne se rend même pas compte d'à quel point. C'est-à-dire que moi, en tout cas, je parle autant de moi que... Enfin, de notre génération, je me mets dedans aussi, parce que par exemple, ça m'arrive de regarder un film... Et là, il y a une publicité, forcément, automatiquement, je prends mon téléphone pour scroller. On peut recevoir un message, la personne ne nous répond pas assez vite, qu'est-ce qu'on fait ? On va regarder si elle a été connectée à une certaine heure, on va checker, on va vérifier, parce qu'il y a un certain stress. Admettons, on rencontre une personne, mais il n'y a pas ces fameux papillons du début qu'on recherche à avoir, on va se demander s'il n'y a pas mieux ailleurs. Ou encore, on commence quelque chose et les résultats ne viennent pas rapidement, tout de suite, on va changer de méthode. On veut comprendre quelque chose, mais la réponse n'arrive pas tout de suite, et bien on va chercher sur Google, maintenant sur Tchadjbt. On a envie de quelque chose, on peut souvent l'avoir dans les heures qui suivent, c'est très rapide. Mais évidemment, mon but n'est pas de blâmer ça, il n'y a pas de mal à ça. Le problème commence peut-être lorsqu'on devient tellement habitué à faire disparaître rapidement ce manque, l'attente, l'ennui, le doute ou l'inconfort, qu'on ne sait même plus quoi faire de ces sensations lorsqu'elles sont là. Et c'est ça que j'ai envie d'explorer aujourd'hui avec toi. Parce que justement, en psychanalyse, la frustration, c'est pas quelque chose de désagréable seulement. Au contraire, c'est quelque chose qui est intéressant dans la compréhension de soi, dans la construction d'une personne. Parce que justement, ça participe à cette construction-là. Et j'espère qu'aujourd'hui, justement, ça va changer un petit peu notre manière de regarder ce que nous ressentons. Donc, je vais faire un petit retour en arrière. Donc si on revient au tout début de la vie, donc vraiment le début, un bébé par exemple. Un bébé n'existe pas tout seul, ça on le sait. D'ailleurs, c'est Donald Winnicott qui le dit, un psychanalyste. Un bébé ne fonctionne évidemment pas comme nous. Parce que lorsqu'il a faim, il n'a pas encore cette capacité à se dire « Ma maman va arriver dans 10 minutes et je vais apprendre à patienter ou je vais patienter tranquillement. » Non. Il ressent quelque chose, c'est-à-dire une tension, un besoin, une pulsion. Et donc, forcément, il attend une satisfaction immédiate après. Et justement, au début de la vie psychique, Freud, il décrit justement la prédominance du principe de plaisir. C'est-à-dire... que le fonctionnement psychique cherche à réduire le déplaisir et à obtenir la satisfaction le plus directement possible. Et donc c'est là que l'enfant va rencontrer quelque chose vraiment de merveilleux, qui est la réalité. Le monde extérieur ne va pas toujours répondre immédiatement à son désir à lui, on est d'accord. C'est-à-dire qu'admettant par exemple qu'il a faim, le sein de sa maman ne va pas arriver directement au moment où il le réclame. La personne qui l'attend n'est pas toujours disponible. Le désir existe. oui, mais sa satisfaction est différée. Et justement cette expérience, elle peut nous sembler complètement banale aujourd'hui, parce que bon, c'est un bébé quoi, il grandit et puis il va apprendre plus tard. Mais non, en fait elle est fondamentale pour nous les adultes. Justement parce qu'elle permet progressivement, donc à l'enfant de découvrir que oui, je peux désirer quelque chose sans forcément l'avoir immédiatement. Et ça, encore une fois, c'est important, c'est immense, parce qu'entre le désir et sa satisfaction, il va y avoir un espace. Et cet espace, c'est quoi ? C'est le temps, c'est une attente. Et dans cet espace, il y a quelque chose qui va se développer, c'est la pensée. La pensée, l'imagination, donc la capacité à attendre, la capacité à faire quelque chose avec ce qui est là maintenant. La capacité à chercher une autre manière d'obtenir ce que l'on désire. Et justement, j'en parlais tout à l'heure, Freud parlera ici donc de principe de réalité. Donc il parle de principe de plaisir. et il parle ensuite de principe de réalité. C'est-à-dire que la satisfaction ne disparaît pas, mais elle doit composer avec le monde tel qu'il est. Autrement dit, je continue à désirer, mais je découvre que le monde ne fonctionne pas uniquement selon moi, selon mon désir à moi. Et ça, justement, je trouve que c'est une des plus grandes expériences de la vie. Et comme je le disais tout à l'heure, Donald Winnicott, il parle donc, oui, du fait que l'enfant ne peut pas grandir seul, un bébé n'existe pas seul, Mais il a aussi parlé, et tu en as certainement déjà entendu parler, de son expression « la mère suffisamment bonne » . Et j'insiste évidemment sur le mot « suffisamment » . Parce que Winnicott ne parle pas d'une maman parfaite. Il parle d'une maman qui, au début, s'adapte de manière très importante aux besoins de son bébé. Parce qu'encore une fois, je reviens dessus, un bébé tout seul n'existe pas. Donc forcément, elle va répondre, elle va porter, elle va nourrir, elle va être présente, elle va apaiser lorsqu'il en a besoin. Et ensuite, elle va être suffisamment présente pour... pour que le bébé puisse progressivement développer un sentiment de sécurité. Donc justement, il sent la présence de sa maman, il sent la sécurité. Mais du coup, ensuite, cette adaptation ne peut pas rester parfaite tout le temps. Et surtout, elle n'a même pas vocation à le rester. Parce que petit à petit, la maman va pouvoir être moins immédiatement disponible pour le bébé. Elle va laisser apparaître, peut-être volontairement aussi, des petites frustrations, des petits décalages entre le désir de l'enfant et sa satisfaction. Et ce sont justement ces moments-là, ces expériences qui vont permettre à l'enfant de dire que « Ok, ma maman existe en dehors de moi. » Il va s'en rendre compte. Parce que pour lui, quand il est tout bébé, inconscient même, il ne sait pas tout ça. Il ne sait pas ça. Que sa maman, c'est une personne à part entière. Pour lui, sa maman, c'est lui. Elle est là avec lui tout le temps. Mais en fait, il va comprendre progressivement qu'elle a ses propres besoins, ses propres limites. Qu'elle n'est pas une extension de son désir. Que lui non plus. Il ne peut pas contrôler entièrement le monde extérieur. Tu comprends ? Donc Winnicott parle de cette transition entre une forme d'illusion d'omnipotence et la découverte progressive de la réalité. Et ça c'est très intéressant. Parce que finalement, grandir c'est aussi renoncer progressivement à l'idée que le monde va toujours répondre immédiatement à ce que nous voulons. Et évidemment je ne te dis pas ça pour t'expliquer que la frustration serait bonne en soi. Que souffrir ne rend pas quelqu'un plus mature, qu'être privé de quelque chose ne construit pas automatiquement la confiance ou la solidité psychique. Évidemment, il ne s'agit surtout pas de dire qu'il faudrait être frustré davantage ou de frustrer davantage les enfants pour qu'ils deviennent des adultes capables de tout supporter. Pas du tout, là ce serait carrément une caricature de ce qu'a fait Winnicott. de son travail. Là, ce qui compte, c'est la qualité de l'environnement dans lequel la frustration apparaît. Encore une fois, la qualité de l'environnement, elle vient au début. Un enfant qui a fait l'expérience d'une présence suffisamment fiable peut évidemment progressivement supporter que cette présence ne soit pas toujours disponible à chaque seconde. Mais parce que justement, il a eu cet environnement sécurisant au début aussi. Il a connu la sécurité. Et ça, c'est très important pour nous aussi, les adultes. Parce que notre capacité à supporter une frustration ne dépend pas uniquement de notre volonté. Elle dépend aussi de ce que cette frustration vient toucher en nous, vient faire en nous. On va prendre quelque chose de très simple, pour concrétiser un petit peu tout ce que je dis, parce que ça peut paraître un peu compliqué. Je comprends. Alors, admettons, tu envoies un message à quelqu'un. Et là, la personne ne répond pas immédiatement. Objectivement, il ne s'est peut-être rien passé. Mais à l'intérieur, il y a quelque chose qui va se passer. On va se dire, oh là là, pourquoi elle ne me répond pas ? Est-ce que j'ai dit quelque chose de mal ? Est-ce qu'elle m'aime toujours ? Ou est-ce qu'elle m'évite ? Et là, l'attente devient difficile à supporter. Donc on va faire, je ne sais pas, on va regarder son statut, si la personne a été connectée. On va regarder sur Instagram, on relit la conversation. On va peut-être même envoyer un deuxième message. Ou alors, on décide aussi, paradoxalement, très bien, moi aussi je vais l'ignorer. Bon. Ce qui est intéressant là, ce n'est pas le fait qu'on n'aime pas attendre. C'est ce que l'attente vient produire en nous. Parce que la frustration, elle va créer une tension. Et cette tension demande quelque chose. Elle demande à être pensée. Je l'ai un peu dit au début. Mais si on a pris l'habitude de la faire disparaître à chaque fois, immédiatement, on va avoir beaucoup de mal à rester avec elle. Et c'est là que je trouve que notre époque particulièrement, c'est intéressant. Parce qu'on vit dans un environnement qui réduit énormément les temps d'attente. On peut commander tout ce qu'on veut, on peut regarder, acheter, répondre directement. On peut rencontrer et passer à autre chose directement, on peut changer de décision directement, on peut chercher directement avec l'IA maintenant, c'est encore plus rapide. On peut remplacer encore plus vite. Et même lorsqu'on s'ennuie, on a presque toujours quelque chose à regarder, quelque chose à faire. En quelques secondes de vide, on fait ce qu'on fait. on arrive à faire quelque chose, à trouver quelque chose à faire. Avec quoi ? Évidemment, le téléphone. Un repas tout seul, le téléphone. Un trajet, le téléphone. Une conversation qui t'ennuie, là tu prends ton téléphone. Une émotion va te déranger, là encore une fois, tu peux prendre le téléphone pour fuir. Et petit à petit, sans même le décider consciemment, tu vas peut-être apprendre à ce que, dès qu'il y a une sensation désagréable, il faut la faire disparaître. Il y a toujours quelque chose pour la faire disparaître. Et en fait, c'est la preuve qu'on ne supporte pas. On ne supporte pas l'attente, on ne supporte pas l'ennui. Je vais chercher quelque chose qui m'occupe. Si je ne supporte pas le manque, je vais chercher quelqu'un. Si je ne supporte pas le doute, je vais directement chercher une réponse. Si je ne supporte pas l'incertitude, je vais chercher à contrôler la situation. Si je ne supporte pas la peur, je vais éviter ce qui me fait peur. Si je ne supporte pas la tristesse... Je vais chercher quelque chose qui me permette de ne plus la ressentir maintenant. Et parfois le problème n'est donc pas forcément la frustration en elle-même, c'est notre rapport à ce qu'elle va déclencher. Parce que la frustration peut nous mettre en contact avec quelque chose que nous n'aimons pas, pour le coup. C'est-à-dire, nous ne contrôlons pas tout. On ne peut pas forcer quelqu'un à nous aimer. On ne peut pas savoir immédiatement ce qu'on ressent, il faut prendre le temps. On ne peut pas obtenir toutes les réponses à ce qu'on veut maintenant. On ne peut pas accélérer toutes les étapes. On ne peut pas non plus être certain que notre choix est le bon avant de l'avoir vécu. Et ça, on a du mal avec ça. C'est difficile, j'admets, c'est vrai, mais c'est la réalité aussi. Et je pense que ça explique beaucoup de choses chez beaucoup de personnes. notamment que j'ai pu voir aussi dans les accompagnements. On va confondre l'absence de sensation immédiate avec l'absence de désir. On rencontre quelqu'un, peut-être que ce n'est pas explosif, qu'il n'y a pas les papillons, pas les feux d'artifice, le coup de foudre, et bien là on va prendre une conclusion, il n'y a rien. Mais est-ce qu'il n'y a rien, vraiment ? Est-ce qu'il n'y a réellement rien ? Ou est-ce qu'on ne sait simplement plus laisser quelque chose se développer ? Parce que oui, certaines choses ont besoin de temps. Une relation a besoin de temps, de confiance. Une compétence a besoin de temps, un projet a besoin de temps. Une compréhension de soi a besoin de temps. Même certaines émotions ont besoin de temps pour devenir compréhensibles. Mais si je quitte systématiquement une situation, dès qu'elle devient inconfortable, je ne saurais jamais ce qu'elle aurait pu devenir. Je ne sais pas, je ne peux pas savoir, parce que j'abandonne. Trop vite, peut-être. Et pour le coup, oui, c'est peut-être paradoxal ce que je vais dire. On parle énormément aujourd'hui de suivre ses émotions. Mais pour le coup, je pense que c'est important de les écouter. Mais écouter une émotion ne signifie pas forcément les obéir. Oui, je peux ressentir l'envie de partir. Là, laisse-moi tranquille, j'ai envie de partir. Sans pour autant partir immédiatement. Je peux ressentir le fait d'avoir peur, sans abandonner immédiatement. Je peux ressentir le fait de douter, sans changer immédiatement de décision. Je peux ressentir que cette personne me manque, sans nécessairement la contacter à nouveau. L'émotion est une information, ce n'est pas... une instruction toujours. C'est une information, c'est une boussole, mais après c'est à nous de voir si on va l'écouter, l'appliquer. Et je trouve que cette distinction, elle est fondamentale. Je le redis, l'émotion est une information, ce n'est pas toujours une instruction. Parce qu'une émotion qui arrive aujourd'hui peut être parfois un peu ancienne. Et si tu me suis depuis un moment, tu sais un petit peu vers où je veux aller en disant ça, elle peut réveiller une peur, un manque. Une blessure, une attente, une représentation de nous-mêmes. Par exemple, pour aller un peu dans le concret, j'ai pas de réponse, imaginons, je contacte mon conjoint et là il me répond pas du tout, je peux m'inquiéter parce que, parce que, je sais pas, j'ai perdu mon père, donc je peux faire le lien que mon dieu, il va se passer quelque chose, alors qu'il est juste occupé. Mais mon cerveau ne fait pas toujours la différence. Donc c'est pour ça que c'est important de se donner du temps. Et si à chaque fois qu'elle apparaît, je cherche immédiatement à la faire taire ? Je n'aurai jamais vraiment l'occasion de comprendre ce qu'elle essaie de me dire. Tu comprends ? C'est pour ça que c'est intéressant de juste se donner du temps. Et c'est là que justement la psychanalyse, elle est intéressante. La psychanalyse, pourquoi je trouve ça particulièrement très important pour nous, en fait, elle ne cherche pas à faire disparaître ce qui dérange. Elle cherche à comprendre. C'est ça la psychanalyse, à prendre le temps, comprendre, à associer, à mettre... en mots des choses, à faire émerger ce qui parfois n'était peut-être pas pensable à un moment donné. Mais à le faire aujourd'hui, peut-être pour nous, pour soi. Et c'est aussi pour ça que je trouve l'expérience de la frustration tellement liée à notre capacité à penser. Parce que, entre je ressens quelque chose et je fais immédiatement quelque chose pour ne plus la ressentir, il y a peut-être un troisième espace. Un espace où je peux justement m'autoriser à me demander qu'est-ce qui se passe en moi ? Pourquoi est-ce que cette situation me touche autant ? Qu'est-ce que j'attends vraiment de cette personne ? Qu'est-ce que j'ai peur de perdre ? Pourquoi je réagis comme ça ? Pourquoi est-ce que j'ai besoin d'une réponse immédiatement ? Et pour le coup, la réponse, elle a peut-être parfois même pas quelque chose à avoir avec la situation actuelle. Et je pense que c'est aussi pour ça que certaines frustrations peuvent être particulièrement fécondes. parce qu'elle nous oblige à sortir du réflexe « je ressens, je supprime » et à aller vers « je ressens, j'observe, je pense et je comprends » . Et là donc, on passe de « je ne suis plus uniquement en train de subir ce qui m'arrive » à « je commence à avoir une relation différente avec mon propre monde intérieur » parce que justement, je m'autorise cet troisième espace. Il y a d'ailleurs une idée que j'aime énormément. Chez Winnicott, encore une fois Winnicott c'est un psychanalyste, il en a parlé en 1958, « The capacity to be alone » . La capacité à être seule. Et peut-être que oui, on peut croire que je suis en train de m'éloigner du sujet, alors que non, non pas du tout, rassurez-vous. En fait, il y a une nuance. Évidemment, déjà juste pour définir, ça veut dire quoi être seule ? Le besoin d'être seule ? La psychologie ? dit que le besoin d'être seul correspond à une démarche de régulation de l'énergie mentale et de la solitude choisie. Évidemment, distincte d'un isolement triste ou subi. Donc, pour revenir à Winnicott, Winnicott parle donc de la capacité à être seul et il dit que la capacité à être seul n'est pas quelque chose qui apparaît simplement parce qu'on décide un jour « Bon, maintenant je suis indépendante » . Encore une fois, elle se construit à partir d'une expérience suffisamment sécurisante de la présence de l'autre. Je le dis, je le redis, un bébé tout seul, ça n'existe pas. Il a besoin d'un environnement sécurisant et de sa maman pour grandir. Et progressivement, l'enfant peut être seul sans vivre cette solitude comme une catastrophe. Il peut être avec lui-même, il peut jouer, il peut imaginer, il peut penser, il peut être là, simplement. Et je crois qu'il y a quelque chose de très contemporain à cette difficulté à être simplement avec soi. Parce que parfois, ce qu'on appelle besoin d'être stimulé, c'est aussi une difficulté à rencontrer le silence, le vide, l'attente, notre présence, notre propre pensée. Et alors, maintenant que tout ça c'est dit, qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Évidemment, je ne vais pas te dire, à partir d'aujourd'hui, arrête ton téléphone et apprends à attendre 3 heures avant de répondre à un message. Non, non, non, là, ça serait absurde. Évidemment, encore une fois, je... Je ne blâme rien, enfin je ne blâme même pas le téléphone. Le problème n'est pas Instagram, le problème n'est pas Netflix, le problème n'est pas, je sais pas, Amazon ou que sais-je. Ce n'est même pas le fait d'aimer les choses rapides. Le problème apparaît lorsque nous savons plus rester avec ce qui n'est pas immédiatement satisfaisant. C'est ça. Alors que peut-être que l'expérience intéressante consiste simplement à réintroduire un peu d'espace. Regarder un film jusqu'au bout. Même lorsqu'il ne nous captive pas immédiatement. Laissez peut-être une conversation se construire, une relation se construire. Ne pas chercher immédiatement une réponse à chaque doute. Laissez une émotion exister quelques minutes avant de chercher à la modifier. Faire quelque chose qui demande du temps. Apprendre quelque chose sans attendre d'être bonne immédiatement. Ça c'est... J'en vois tellement des personnes qui veulent commencer quelque chose mais veulent être parfaite avant de le commencer. C'est juste pas possible. C'est pas possible. On veut écrire un livre, et il faut que ce livre soit parfait alors qu'on n'en a jamais écrit. C'est juste pas possible. La première fois que j'ai fait une séance en consultation, bah non, j'étais pas... Enfin, je le suis toujours pas, je suis pas parfaite, mais j'étais surtout pas parfaite à ce moment-là non plus. Mon premier épisode de podcast, je n'étais pas parfaite, et je ne le suis pas aujourd'hui non plus. Mais donc, oui, apprendre quelque chose sans être parfaite. continuer un projet alors que l'excitation du début est peut-être partie. Et parfois oui, simplement s'ennuyer, sans rien faire pour remplir immédiatement le flou ou cet espace. Parce que je crois qu'on a oublié quelque chose de très important, de très beau. En tout cas pour moi, tout ce qui a de la valeur n'est pas immédiat, n'est pas rapide, n'est pas immédiatement gratifiant. Tu as une relation, elle demande de la construction. Et ça, ça a de la valeur. Une confiance, ça demande de la construction. Une compétence, ça demande de la construction. Une œuvre d'art se construit, avec le temps aussi. Une connaissance se construit, une personnalité se construit. Et même notre rapport à nous-mêmes se construit. Et oui, il y a quelque chose qui se passe. Dans le temps, dans l'attente, dans les détours, dans les essais, dans... Oui, je suis tombée, mais je me relève. dans la conviction, dans les moments où on ne sait pas encore. Et si je veux tout obtenir immédiatement, je risque de passer à côté de tout ce qui a besoin de temps pour en prendre forme. C'est comme justement mon projet. Je ne sais pas si ça va marcher, mais je veux le faire. Mais oui, il y a des risques et il y a des détours à faire, il y a des essais, je vais me tromper. Et à la fin, peu importe le résultat, ça sera forcément gratifiant et il y aura de la valeur à ce moment-là. à ce projet. Parce que imaginons tout était fait maintenant, simple, rapide. Je n'aurais pas cette fierté. Et je me connais. Je me connais, je suis une personne qui ressent la fierté quand il y a eu de l'effort. Quand il y a eu... C'était pas facile, mais bon. Alors non, je ne dis pas que pour être heureux et reconnaissant et se sentir fière de soi, il faut souffrir. Loin de là, mais... Je pense que vous avez compris ce que je voulais dire. Là par exemple, j'en parlais tout à l'heure, je vais faire un 10 km à la fin du mois, la fin de la semaine. Bah oui, j'ai fait quand même des efforts, et même si oui, j'ai pas fait comme je voulais mes entraînements, j'ai quand même fait des entraînements, et je sais qu'à la fin, je serai satisfaite de moi. La satisfaction grâce à l'effort, parce que j'ai misé sur moi. Donc, évidemment la question n'est pas comment faire pour ne plus être frustrée. Mais c'est plutôt se dire, qu'est-ce que cette frustration ? vient réveiller en moi. J'en ai parlé tout à l'heure. Parfois, nos réactions ne représentent pas forcément la situation actuelle, mais peut-être quelque chose qui s'est passé dans le passé. Et ça change complètement le rapport que l'on entretient avec elle, avec la frustration. Parce qu'elle ne nous dit pas toujours, bon bah part. Elle peut aussi nous informer, nous dire, attends, regarde, comprends, prends le temps, supporte encore un peu, de ne pas tout savoir. Quelque chose est en train de se passer ici. Et justement, parfois, le fait de ne pas obtenir immédiatement ce qu'on veut, ça permet justement de découvrir ce qu'on veut réellement. Et oui, et oui. Et je crois que notre génération n'est pas nécessairement perdue à la capacité d'attendre. C'est juste qu'elle vit simplement dans un environnement qui lui offre énormément de possibilités. Et c'est ça qui est différent. On peut avoir accès à presque tout sans avoir appris à supporter le manque. On peut avoir... énormément de choix sans avoir appris à renoncer. On peut aussi avoir des réponses à presque toutes nos questions sans avoir appris à vivre avec l'incertitude. Et justement, peut-être que le véritable enjeu ici, c'est pas forcément de venir en arrière évidemment, mais c'est d'apprendre à utiliser tout ce que notre époque nous offre, sans forcément devenir dépendant de la disparition immédiate de notre inconfort. Parce que parfois, j'ai l'impression qu'on veut tellement se débarrasser de la frustration qu'on oublie. Ce qu'elle peut aussi nous offrir, le plaisir de chercher, le plaisir de comprendre, le plaisir de progresser, le plaisir de construire, de construire quelque chose qui prend du temps, petit à petit. Le plaisir d'attendre quelqu'un, le plaisir de désirer, le plaisir de découvrir, tout ça, ça prend du temps. Et même le plaisir de constater, après plusieurs mois, plusieurs années, je l'ai vraiment construit. Parce que si tout arrive immédiatement, comme je le disais, on en piet peut-être, oui, davantage de choses, mais on perd aussi l'expérience du chemin qui nous conduit à ça. Et pour le coup, ce chemin-là, il compte. Il compte pour qui ? Pour soi, pour l'être, pour le plaisir d'être, tout simplement. Alors, la prochaine fois que tu ressens cette petite frustration, Cette envie de scroller parce qu'il y a une publicité. Moi, ça m'arrive. Ou de répondre rapidement. Ou de partir, de changer de méthode. Ou de changer radicalement. Enfin, peu importe. D'acheter quelque chose, de vérifier, de chercher une réponse. Essaye peut-être, simplement, de t'arrêter. Quelques secondes. Et demande-toi. Ok, qu'est-ce que j'essaie de ne pas ressentir là ? Tout de suite. Qu'est-ce que j'essaie de fuir ? Évidemment... Pas pour te forcer à rester dans quelque chose qui te fait mal, non plus pour glorifier la souffrance, on n'est pas dans ça. On veut justement te donner quelques secondes de plus avant de réagir. Parce que parfois c'est dans ces quelques secondes qu'il y a quelque chose qui devient pensable. Et peut-être qu'apprendre à supporter un peu mieux la frustration, c'est pas finalement apprendre à souffrir davantage, c'est apprendre à ne pas avoir besoin de fuir immédiatement tout. ce qui nous a dérangés. Et ça, pour le coup, je crois que c'est une vraie forme de liberté. On n'est pas dans la fuite. L'objectif ici n'est pas de devenir quelqu'un qui ne désire plus rien. Ni quelqu'un qui accepte tout, ni quelqu'un qui se contente de ce qu'il a. Non, l'objectif c'est simplement de pouvoir désirer quelque chose sans être obligé de l'obtenir immédiatement. De pouvoir ressentir quelque chose sans être obligé de le faire disparaître immédiatement. De pouvoir ne pas savoir. Sans être obligé de trouver une réponse immédiatement. Et peut-être même de pouvoir attendre. Parce qu'il y a des choses qui ne peuvent tout simplement pas être accélérées. Et que parfois, oui, le plaisir ne se trouve pas seulement dans ce que l'on obtient. Il se trouve dans ce qu'on peut traverser pour y arriver. Et justement, à force de vouloir supprimer chacun un confort, on oublie l'effort de l'être. L'effort d'exister. L'effort de faire l'effort. Le plaisir de faire l'effort. J'espère que cet épisode t'a plu. Moi en tout cas ça a été très intéressant. J'ai beaucoup aimé, personnellement. Parce que je pense que c'est vraiment un sujet qui touche beaucoup de personnes. Moi aussi. Je me mets autant dedans. Donc oui, j'espère que ça t'a plu. Si t'as des suggestions de sujets, n'hésite vraiment pas à me proposer. Je suis très preneuse. surtout pour les prochains mois. Et puis là, comme je disais, il y a quelque chose de grand qui se trame. J'espère que tu seras active sur les réseaux. Pour le coup, n'hésite pas à t'abonner sur Instagram. C'est simple, Sandiana, mon prénom, SuperSol, mon nom de famille. Tu me trouveras si ce n'est pas encore le cas. Et je te dis du coup, tu mérites des fleurs et des pastèques. On se retrouve dans deux semaines, je crois, pour le prochain épisode. Gros bisous !