- Speaker #0
Salut à toi et bienvenue à un nouvel épisode de Diète et Gourmand, le podcast. Je suis vraiment ravi de te compter parmi mes auditeurs. Je t'invite dès à présent à t'abonner, à liker, à partager et à commenter pour ne rien louper de ce podcast dont le but premier est de te réconcilier avec ton assiette et ton corps. Je te souhaite une très bonne écoute. Salut !
- Speaker #1
Diète et Gourmand, le podcast.
- Speaker #2
Tu vas être un malin de régime à la con.
- Speaker #0
Eh bien, salut à toutes et à tous et bienvenue à un nouvel épisode de Diète et Gourmand, le podcast qui parle de notre rapport à notre assiette et à notre corps. Alors, vous l'avez vu dans le titre, aujourd'hui, on va parler de notre rapport, parfois compliqué, avec notre corps. Alors, habituellement, moi, je prépare toujours une petite introduction pour présenter le thème de l'épisode. Mais là, je vais me contenter de lire une partie de l'improduction, donc du livre qui sera au cœur de notre épisode. d'aujourd'hui. Donc le livre ça s'appelle « Je fais la paix avec mon poids » de Florian Saffer. Et je vais vous lire l'introduction qui, vous allez voir, est vraiment très très parlante. Alors je commence. « Combien d'entre nous se sentent bien dans leur peau ? Qui estime avoir 3, 5, 10 ou 15, quand on n'aime pas, on compte, kilos à perdre ? N'avons-nous jamais ressenti un sentiment de malaise ou de gêne à la piscine ou sur une plage ? Sommes-nous vraiment sereins à la vue d'une plus belle ou d'un plus grand ? Qui ne se plaint pas ? » de tel ou tel défaut physique qu'il considère comme une anomalie. Avoir une relation saine avec son poids, son alimentation ou son apparence n'est pas une mince affaire. L'insatisfaction corporelle semble être largement partagée. Mais avons-nous un problème de poids ou un problème avec notre poids ? Bon, désolé Florian, je t'ai piqué une introduction, mais là, celle-là, elle était vraiment très parlante. Donc voilà, ça me servait, enfin je trouvais que c'était vraiment beaucoup plus parlant. Donc, effectivement, l'auteur de ces lignes, des premières lignes de ce livre, donc « Faire la paix avec son poids » . J'ai la chance de le recevoir aujourd'hui. Salut Florian.
- Speaker #1
Salut Julien.
- Speaker #0
Alors d'abord, pour commencer, Florian, est-ce que tu peux te présenter à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis Florian Safer. D'un métier, je suis diététicien. Je fais ce métier depuis 2001, donc ça date un petit peu. Je suis déjà un peu un vieux dans le métier et je partage mon temps avec des activités cliniques. J'ai un cabinet de consultation. J'y suis à peu près six jours par mois. Je vais travailler auprès de patients qui ont des troubles des conduites alimentaires ou des problématiques d'image corporelle. Et en parallèle de ça, j'ai d'autres activités. Mon activité principale, c'est de former les professionnels de santé, de la nutrition et de la psychologie aux problématiques de relations avec l'alimentation et de relations au corps.
- Speaker #0
Très bien. Alors donc, pour rentrer dans le vif du sujet, de ce sujet du rapport compliqué au corps et à ce fameux chiffre sur la balance qui peut être source de tant d'incompréhension et de dérive. Tu as donc écrit ce livre, Faire la paix avec son poids. C'est un peu présenté comme un plan en huit étapes pour vraiment essayer de se réconcilier avec son corps. Alors, l'idée, ce n'est pas de faire un résumé du livre. On ne va pas présenter les huit étapes. Ça, je laisse le soin à l'auditeur d'aller acheter le livre et de le lire et surtout de les découvrir. Mais on va plutôt s'atteler au début du livre, à la première de ces huit étapes qui constituent pour moi la première marche un peu indispensable pour mieux comprendre son poids et le rapport qu'on peut entretenir avec lui. Mais avant vraiment de parler de cette toute première étape, moi j'ai envie qu'on revienne ensemble à la question posée dans l'introduction. Qui aussi, alors celle-là, on pourrait croire que c'est un peu une formule. Est-ce que j'ai un problème de poids ou avec mon poids ? Mais finalement, moi c'est la raison pour laquelle je fais de la diététique en fait. Évidemment, on se rend compte que finalement le problème du poids, c'est pas qu'un problème alimentaire, c'est pas qu'un problème de motivation, il y a beaucoup beaucoup de choses quand on rentre un peu dans ce domaine-là. Et quand on gratte un petit peu le vernis, on se rend compte que derrière, il y a énormément de choses. Donc j'aimerais que tu reviennes sur cette... Que tu nous expliques un peu ta vision par rapport à cette question, qui est un peu ta vision globale de la diététique également.
- Speaker #1
Oui, donc cette question de discerner, de faire la différence entre le problème de poids et le problème avec le poids, à mon avis, c'est assez central parce que ce n'est pas la même chose. Ça ne se traite pas de la même manière d'ailleurs. C'est ça qui est intéressant. C'est-à-dire que le problème de poids, c'est un problème qu'on pourrait qualifier de médical. Mon poids est en excès, ça me met en danger potentiellement, ça peut altérer ma santé. Donc il peut y avoir un soin autour de ça. Mais en parallèle de ça, comment je relationne avec mon poids ? Quelle relation j'entretiens avec lui ? Et cette relation avec le poids, elle est indépendante du poids. C'est-à-dire que je peux très bien avoir finalement un excès de poids qui met en danger ma santé et ne pas avoir de problème relationnel avec ça, comme pas du tout de problème de poids, mais pourtant me sentir mal avec mon poids. C'est la manière dont on relationne avec ça. C'est très intéressant parce que les soins ne sont pas du tout les mêmes. Et d'ailleurs, quand on vient voir un diététicien, beaucoup de patients qui viennent voir un diététicien finalement nous parlent plus de leurs problèmes. avec le poids, comment ils relationnent avec ce chiffre sur la balance, comment ils relationnent avec leur corps. Et si le soin consiste à essayer de faire diminuer le poids, généralement on n'améliore pas franchement la relation qu'on entretient avec son poids ou avec son corps.
- Speaker #0
Voire même on nourrit la bête et on crée encore plus de problèmes.
- Speaker #1
Ou on a le sentiment à court terme que ça peut un peu améliorer la chose c'est-à-dire là je me suis mis au régime, je contrôle mon alimentation, ce que j'appelle moi les effets hop. Les effets hop, c'est cette excitation qu'on peut avoir à contrôler qui nous donne l'impression d'aller mieux. Et cet effet hop, il va vite laisser la place à de nouveaux effets, à ce qu'on appelle d'orne. C'est-à-dire que je vais me retrouver préoccupé par ce poids, il ne faut surtout pas qu'il remonte, ou de voir que je suis obligé d'hyper-contrôler mon alimentation et mon corps, et que finalement, cette problématique, elle prend encore plus de place. Donc c'est intéressant de penser aussi, pour les soignants, que cette problématique avec le poids, cette problématique de poids, elle ne se traite pas du tout de la même manière. Il faut les distinguer. Chez un patient, il faut faire le distinguo, il faut évaluer en fait, quelle est la part de la problématique de poids. En gros, je suis gêné physiquement par mon poids, je monte les escaliers, je suis fatigué, j'ai du diabète, etc. Ça, c'est vraiment la problématique de poids. Et comment je relationne avec mon poids ? Quelle relation, finalement, j'entretiens avec ça ? Et donc, je pense qu'il faut systématiquement discerner les deux choses, parce que ce n'est pas la même chose et ça ne se traite pas de la même manière du tout.
- Speaker #0
Est-ce que toi, tu as vu une évolution, justement, dans les patients, ce qu'ils attendent ? parce que, On a aussi encore l'idée, nous les professionnels, que le patient vient nous voir pour perdre du poids. On est encore beaucoup perçus comme ça auprès du grand public, les diététiciens. On est là pour mettre au régime, on est là pour faire perdre du poids. C'est un peu l'image un peu caricaturale qu'on porte encore sur nous. Et du coup, effectivement, cette question-là, j'ai envie de dire, c'est la question première dans un suivi. C'est déjà de comprendre. Il ne suffit pas de la poser directement au patient parce qu'il ne sera peut-être pas... en capacité de nous répondre, mais c'est là où en prenant des mesures aussi, en calculant un petit peu un IMC, de le rapprocher peut-être aussi avec des examens médicaux, des prises de sang, des choses comme ça, c'est là où on peut voir est-ce qu'il y a vraiment du poids à perdre parce que ça met en danger la personne ou est-ce que la personne est venue nous voir pour perdre du poids mais finalement derrière c'est plutôt améliorer la relation avec son corps et avec son poids.
- Speaker #1
Et puis les deux peuvent cohabiter aussi. Ça peut être mixte. Oui, tout à fait. C'est important effectivement de les... les discerner. Et c'est important aussi parce que finalement, quand on regarde un petit peu dans les chiffres, dans la population française, on a quand même 7 millions de personnes qui souffrent de troubles des conduites alimentaires. Et un des symptômes des troubles des conduites alimentaires, c'est de vouloir perdre du poids. Et effectivement, quand la réponse diététique est la perte de poids systématique, en fait, c'est plus la diététique. Et d'ailleurs, c'est ce que j'ai appelé, moi, il y a une quinzaine d'années de ça, la maigrisologie. Finalement, on agit sur le poids du patient, mais sans regarder les conséquences que ça va donner. Comme si cette variable, comme si finalement, on agirait sur le poids, on allait tout améliorer. Et je pense que la diététique, d'ailleurs, normalement, ce n'est pas une discipline. Ce n'est pas la même chose que la maigrisologie. On est là pour créer du soin.
- Speaker #0
Exactement. Et ce qui est pervers, on en parlait l'autre fois dans un épisode avec Duncan sur le lien entre les traumas et les TCA. C'est que le régime et la perte de poids, elle est quand même efficace. Quand quelqu'un, si tu viens me voir et que tu veux perdre du poids, je peux... On peut t'en faire perdre rapidement. Et c'est là où il va y avoir en plus un sentiment de réussite, d'euphorie. Et c'est là où on va tomber dans une dérive où petit à petit, on va mettre le doigt dans un engrenage. Et forcément, le régime, on va l'arrêter. Il va y avoir un effet yo-yo. On a envie de refaire un régime. Et là, c'est un cercle vicieux. Donc, c'est pour ça que cette question, elle est essentielle au début. Pour éviter tout ça, en fait. Et pour vraiment améliorer la santé du patient. Et ça ne passe pas que par faire tomber un chiffre sur la balance.
- Speaker #1
C'est exactement ça, parce que c'est ce que j'appelais les effets hop tout à l'heure, Don Tian a dû en parler également. Les effets hop, en fait, ils vont contaminer la relation thérapeutique. Par exemple, imagine que tu vas consulter un professionnel, tu lui dis « je me sens mal dans ma peau, je ne m'aime pas, aidez-moi à perdre du poids » . Et que tu arrives à suivre les recommandations du diététicien, ton poids est diminué, tu vas te sentir euphorique. C'est le premier effet. C'est un sentiment d'euphorie qui n'est pas un sentiment de sérénité et de joie, ça n'a rien à voir, c'est vraiment un sentiment comme si on était souple.
- Speaker #0
coq.
- Speaker #1
Donc il va aller voir ton professeur et dire c'est génial, merci beaucoup.
- Speaker #0
Je me sens beaucoup mieux.
- Speaker #1
Le diététicien va être contaminé par ça, avec l'extantiment de dire super, le patient est content. Mais en fait, très rapidement, ces états-là ne sont pas durables. Ils vont très vite laisser la place à des états de surpréoccupation en termes d'image corporelle qui aggravent in fine le problème ou qui entretiennent le problème. Donc ça c'est important parce que l'enfer n'est pas avec de bonnes intentions.
- Speaker #0
C'est en ça aussi que le danger c'est que, on le voit aujourd'hui, tout Il n'y a pas que les diététiciens qui traitent cette question-là. Tous les coachs sportifs, tous les programmes qu'on peut voir, évidemment, ils s'emparent de ce sujet-là. Parce que faire faire un déficit calorique à une personne, finalement, ce n'est pas si compliqué que ça. Il ne suffit pas d'avoir... C'est facile de dire soit tu réduis par deux tes portions, soit tu interdis des aliments, tu fais des plans alimentaires complètement délirants. Et la perte de poids va arriver, forcément. Donc, au moins au tout début. Et c'est là où l'euphorie, il y aura ces fameux renforcateurs psychologiques qui vont être un peu, ouais, c'est l'euphorie, c'est génial. Donc, cet accompagnant-là, il est super parce qu'il a atteint les objectifs. Et c'est là où derrière, il va y avoir des gros problèmes. Alors, pour revenir un peu à cette fameuse première étape qui est présentée dans le livre, l'idée c'est de comprendre notre cerveau, comment il fonctionne, et plus précisément le mode survie. Alors tu parles beaucoup de ce mode survie en fait, qui est vraiment à percevoir et à bien comprendre dans le fonctionnement du cerveau. Est-ce que tu peux nous en parler et nous dire en quoi ce fameux mode survie peut perturber le rapport qu'on peut avoir à notre corps ?
- Speaker #1
Alors si tu veux, une des fonctions de notre cerveau, c'est de détecter des problèmes afin de les résoudre. Et notamment, ça a servi pendant longtemps à assurer notre survie. Quand on sortait d'une grotte, il fallait d'abord, s'il y avait un bâton, il fallait peut-être se dire, c'est peut-être un serpent, je vais me méfier et activer des processus de survie. Notre cerveau, il est quand même très câblé pour essayer de repérer des problèmes pour les résoudre. C'est quand même une de ses fonctions principales. Et aujourd'hui, notre cerveau, on ne peut pas lui en vouloir de faire ça. C'est-à-dire qu'il n'a pas de problème sérieux à résoudre. Il n'a plus trop notre survie aujourd'hui à résoudre. C'était ça. Il va essayer de trouver des problèmes à résoudre et il en trouvera. Il en trouvera et il va activer des mécanismes qui sont un petit peu toujours les mêmes. Se focaliser sur le problème, par exemple, se focaliser et essayer de trouver la solution la plus rapide possible. Ça, c'est un peu notre mode quelque part par défaut. Et dans un monde où il n'y a plus trop de problèmes de survie à résoudre. Notre image corporelle va être finalement la cible de notre cerveau. Et ça, c'est assez normal. C'est quelque chose d'assez universel.
- Speaker #0
En plus que ce n'est pas mal entretenu culturellement. On est beaucoup influencé par tout ça. Et puis, ce désir de perfection aussi qui intervient beaucoup. Donc, effectivement, ce mode survie-là, effectivement, la survie avant, c'était vraiment de la vraie survie quotidienne. On fait un pas, il y avait un danger. Et du coup, c'est vrai que ce mode de survie-là, il peut intervenir et il peut questionner un petit peu ce rapport au corps, comme tu disais, de pouvoir chercher des problèmes à pouvoir résoudre, même s'ils n'existent pas forcément au départ. Et du coup, tu proposes dans le livre, il y a un fameux exercice, l'exercice de se mettre nu face au miroir, pour commencer à apercevoir un petit peu cette relation que peut... Ce mécanisme un petit peu de survie que peut entretenir le cerveau. Donc tu parles effectivement de se mettre nu face à un miroir et d'accueillir les pensées qui arrivent. Est-ce que tu peux nous parler de ça ? Puis est-ce que tu peux aussi nous parler d'exemples vécus avec des patients à qui tu as fait faire cet exercice ? Et puis quel retour tu as pu avoir ?
- Speaker #1
Alors cet exercice d'ailleurs, il est intéressant, il peut être un peu exposant. Ce n'est peut-être pas forcément toujours le premier exercice qu'on pourrait proposer, mais simplement même de regarder même, ne serait-ce que son visage. ou se mettre juste hors-nu face à un miroir, et juste de laisser faire finalement le cerveau. Normalement, le cerveau, qu'est-ce qu'il fait ? Il va faire tout le temps la même chose. Au départ, ça peut être un regard neutre, ça va être très neutre, mais très rapidement, si tu maintiens le contact avec le miroir, ton mode de résolution de problème va se mettre en route et ton cerveau va commencer à voir ton corps comme un problème à résoudre. Il va se focaliser sur des parties du corps qu'il n'aime pas, puis ajouter des critiques, des pensées qui vont être assez inconfortables à vivre. Cet exercice est assez intéressant pour repérer que c'est normal. Comment on relationne avec ça ? Quelle relation j'entretiens avec ça ? Est-ce que quand ce mode de la survie se met en route, je me laisse embarquer là-dedans ? Ou finalement, je suis capable de faire un pas de côté juste pour être l'observateur de ces mécanismes ? D'avoir une position, dans ce qu'on appelle dans le jargon de métacognitive, de faire un pas de côté pour être observateur.
- Speaker #0
C'est ça, l'idée c'est encore une fois... comprendre le cerveau et comprendre ce fameux mode survie, c'est aussi un peu déculpabiliser. Se dire, encore une fois, moi je dis toujours, mais tout ça, ce rapport au corps, ce rapport à l'alimentation, ce n'est pas qu'une question de motivation. Si vous consultez quelqu'un ou vous suivez les programmes de quelqu'un qui va vous dire, mais si tu n'y arrives plus, c'est parce que tu n'es pas assez motivé, c'est qu'en fait la personne n'a pas forcément compris comment tout ça, ça fonctionnait. Et c'est pour ça que cet épisode, il est aussi important, c'est pour se dire, mais c'est naturel en fait, que le cerveau, il réagisse comme ça. qu'il ait ces mécanismes-là, c'est pas parce qu'on n'est pas dans une bonne période ou que, comme tu l'as très très bien dit, le cerveau, naturellement, il va agir comme ça. Et l'idée, c'est de le comprendre, et effectivement, de faire ce fameux pas de côté pour comprendre ce qui se passe. Et là, de ne plus être dans l'émotion et de partir sur des choses un petit peu, et vraiment d'avoir conscience de ces choses-là. Et d'ailleurs, dans le livre, tu parles aussi de différentes formes. de ce fameux mode de survie. Je te propose qu'on les parcourt ensemble, parce que dans le livre c'est bien expliqué, en plus il y a des exemples vraiment très concrets. Ce fameux mode de survie et ce fameux fonctionnement du cerveau qui peut un petit peu altérer notre rapport, il peut y avoir plusieurs formes. Alors tu commences avec la focalisation. Ça, ça va. Tu peux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #1
Généralement, une des manières de... Notre cerveau, quand il a détecté un problème, il en trouvera. Notre cerveau, il est fait pour ça. Ça importe ce qu'on vient d'évoquer. D'ailleurs, souvent, je prends cet exemple-là, quand on est réveillé à 3h du matin, qu'on n'a plus sommeil, généralement, notre cerveau, il ne va pas être occupé par des choses qui sont très positives. C'est-à-dire, c'est quoi les problèmes potentiels ? On va se mettre à penser à un truc qu'on n'a pas fait, à nos impôts qu'on n'a pas rendus, Des problèmes qu'on n'aura peut-être jamais dans la vie. Donc le cerveau, c'est son but de chercher un problème. Et quand il a vu un problème, généralement, il va se focaliser dessus. Il va regarder plus que ça. Parce que dans la survie, c'était utile. Si on était face à un prédateur, il ne fallait pas que notre attention soit ailleurs que sur le prédateur. Je ne sais pas si notre cerveau a repéré une partie de notre corps qu'il n'aime pas, il va se focaliser dessus. Ça, c'est le premier mode. Et on va voir plus que ça. Notre attention va être occupée par ça. De manière exclusive.
- Speaker #0
Et du coup, comment, une fois que tu as perçu ça chez ton patient, ce mode de fonctionnement ? Comment tu vas pouvoir... Alors, tu parles après de différentes façons de gérer un petit peu tout ça, mais sur ce cas bien précis, comment tu vas pouvoir justement lui dire attention, détourne un peu l'attention ou faire diminuer cet aspect de focalisation ?
- Speaker #1
Ce qui va être intéressant, c'est déjà, ce n'est pas de leur dire arrêtez de vous focaliser là-dessus, c'est repérer quand vous êtes focalisé là-dessus et repérer comment ça marche pour vous. Parce que généralement, quand on est focalisé, ça n'augmente pas notre joie, ça n'augmente pas notre vitalité. Ça va nous pomper notre vitalité. Juste se dire, dans ces moments-là, vous voyez que vous êtes en train de vous focaliser là-dessus. Peut-être réorienter votre attention ailleurs. Voir réorienter votre attention sur d'autres choses. C'est des outils de réorientation attentionnelle.
- Speaker #0
Et ça, tu le perçois sur du verbal ou il faut aller plutôt un petit peu sur des exercices un peu plus sophrologie, hypnose ou des choses comme ça ? C'est ces différents modes-là ou c'est souvent sur du verbal où tu arrives à le distinguer ?
- Speaker #1
Si tu veux, on va beaucoup psychoéduquer là-dessus, puis partir de situations dans lesquelles ils ont vu cette focalisation. Puis cette focalisation sur mon corps, ça peut être aussi sur mon assiette. Je vois que je suis en train de focaliser sur le sucre, ma focale devient un peu exclusive. Les amener à repérer chez eux, c'est très thérapie comportementale et collective, les amener à repérer ça chez eux, observer comment ça fonctionne, et puis de s'entraîner progressivement à réorienter leur attention ailleurs. Donc ça, on va l'entraîner en consultation. Puis l'idée, c'est qu'après, ils puissent l'utiliser dans leur quotidien.
- Speaker #0
OK. Il y a un autre mode aussi que tu décris, là, qu'on voit beaucoup, c'est la perte de nuance, la dichotomie. C'est quelque chose qu'on voit beaucoup. Alors, en plus, l'exemple que tu prends dans le livre, je te cite, tu dis, il y a un côté, les bons aliments, et de l'autre, les mauvais. Ça, c'est un truc, c'est une tendance qu'on voit beaucoup sur Insta. notamment les fameux coachs qui sont assis sur un fauteuil et puis on leur demande de noter des aliments alors qu'ils ne sont pas du tout inclus dans un aliment on te demande de mettre une note sur 10 sur un yaourt bon ça ne veut pas dire grand chose là on est complètement là-dedans ouais moi ces gens-là je pense qu'il faut qu'ils crèvent ou qu'ils se prennent un platane des
- Speaker #1
fois une route un peu verglacée l'hiver non mais parce que globalement ils savent pourquoi ils le font parce qu'ils savent que ça active des modes de survie chez nous et que ça va faire du business et que ça attire l'attention parce que tu vois tout est en fait intriqué et Quand tu fais ça, ton cerveau émotionnel, il est hyper focalisé, il entend ça, et il sait que ça va captiver de l'attention et que ça va faire du buzz. Ce qui est un peu dégueulasse, c'est qu'effectivement, on va entretenir ce mécanisme-là, mais notre cerveau, de toute façon, il aura tendance un petit peu à le faire. Quand il est dans la survie, il va enlever les nuances. Si tu es préoccupé par ta nourriture, tu vas commencer à raisonner, ça c'est bon, ça c'est mauvais. Et donc déjà, de pouvoir... Aider les personnes à reglobaliser, à décatégoriser, à remettre des nuances, ça devient quelque chose d'important. Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Et puis c'est aussi... Alors moi, je viens du monde du marketing, il y a assez longtemps, mais j'évolue là-dedans et on est là-dedans parce qu'on est... On dit toujours dans le marketing, le meilleur argument publicitaire, c'est la peur. Enfin, ça fait partie des meilleurs arguments. Et là-dessus, en plus, ce choix de... Je donne une note à des aliments. En plus, c'est un discours très facile à comprendre. C'est binaire, donc c'est bon, c'est pas bon. Et même, moi je vois beaucoup de gens qui me demandent justement. C'est pareil, on s'est tous retrouvés en tant que diète à des dîners et puis les gens culpabilisent un peu de te servir soit des chips à l'apéro et te disent les chips c'est pas bien. Ah puis ça c'est bien, j'aurais dû mettre des carottes râpées parce que désolé, t'es diète, je te mets des chips à l'apéro, ça c'est pas bien. Il y a déjà souvent ce type de discours-là qu'on peut entendre. Donc ça c'est vraiment une des luttes un peu quotidiennes en tant que diète qu'on peut avoir.
- Speaker #1
Ouais, de ramener en fait la nutrition. En fait, en tant que nutritionniste, nous, on ne peut pas savoir si un aliment est bon ou mauvais. Parce qu'en fait, il manque plusieurs choses. Parce que nous, on s'intéresse à des alimentations. À une alimentation. Donc en fait, on s'intéresse à une globalité. Si tu me croises demain en train de manger Burger King, j'y suis assez souvent. En fait, tu ne peux pas vraiment savoir comment je me nourris. Tu sais juste que là, j'étais en train de manger à Burger King. Et il n'y a pas non plus le contexte. C'est-à-dire que peut-être que... Ce repas-là, j'avais très faim, peut-être c'était la chaussure verte, ou peut-être que j'avais juste envie de manger ça, et ça ne définit pas ma manière de me nourrir. Donc en fait, ce n'est pas la bonne échelle. Et ce n'est pas la bonne échelle, donc effectivement, notre cerveau est déjà hyper dichotomique quand il est stressé par quelque chose. Mais si en plus on rajoute ce type de messages-là, finalement ça va aggraver la tendance dans notre cerveau à catégoriser les aliments qui sont inadaptés.
- Speaker #0
Et puis ça rejoint un peu, je pense qu'on doit être à peu près de la même génération, on est des enfants de la pub, donc un problème égale une solution. Et là, se dire, cet aliment-là, il n'est pas dans la bonne colonne, donc du coup, je l'enlève, c'est une solution facile. Et c'est un peu toutes ces choses-là, comme on a grandi avec la pub et le marketing, on l'entend aussi beaucoup, ces trucs-là. Et pareil, c'est aussi pourquoi il y a des pilules miracles qui se vendent. qui vont te dire que ça va te permettre de te faire perdre du poids ou de résoudre tel ou tel problème avec ton alimentation. Mais c'est parce qu'on est un peu demandeur de ça. Culturellement, on a grandi là-dedans. Du coup, dès que tu entretiens un petit peu cet argumentaire-là, forcément, c'est efficace dans un mauvais sens parce que ça fait vendre. Mais nous, du coup, on doit récupérer tout ça derrière. On doit débunker pas mal de choses.
- Speaker #1
Alors, ce qui est intéressant, c'est que ces mécanismes-là qu'on est en train de voir, la focalisation, la dichotomie, etc., vu que c'est des mécanismes, en fait, qui... de survie qui sont indépendants de l'intelligence. C'est-à-dire que tu peux être le plus intelligent du monde, capable de faire les plus grandes équations, être chercheur universitaire. Quand tu es pris dans ces mécanismes de survie, ton cerveau marche comme ça. Et donc, effectivement, tout le business de la maigrisologie a tout intérêt à entretenir ça parce que, globalement, quand tu es en survie, tu es en résolution de problème. Urgente. Tu vas vouloir de la résolution de problèmes urgentes. Et globalement, c'est plutôt bon pour le business. Parce que tu vas pouvoir vendre la pilule miracle en disant, voilà, vous êtes en mode urgence, prenez ça. Tu vas pouvoir vendre du régime. Donc, on est aussi dans une société qui, j'ai envie de dire, alimente ce système de la survie parce que c'est bon pour le business.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
C'est très bon pour le business. Le vendeur de bouquins, l'influenceur à deux balles. tous ces connards qui vont te prendre comme tu évoquais, qui vont te dire ça c'est dégueulasse, les oreos on les met à la poubelle, ils savent ce qu'ils font.
- Speaker #0
Et puis ils vont reprendre le même fonctionnement de ton cerveau, c'est aller te chercher des problèmes que t'as pas. Tu ne peux pas te résoudre de problèmes rapides. Exactement. Mais moi j'ai identifié un problème chez toi mais j'ai direct la solution. C'est génial. C'est là que ça va faire vendre. On se retrouve derrière avec des patients à débunker avec toute cette idée là. Le troisième, tu parles aussi d'auto-dévalorisation. Je pense que c'est assez clair pour tout le monde. Mais du coup, est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Quand on est dans ce monde de la survie, notre cerveau va passer beaucoup de temps à nous critiquer, à nous juger. Tu n'es pas à la hauteur, tu ne fais pas ce qu'il faut. Regarde, tu as ce ventre qui n'est pas beau, mais tu n'es même pas capable de t'en occuper. Tu as encore mangé des chips hier. Et ça détériore la relation qu'on a à la fois avec notre corps et avec la nourriture. Donc ça va être un gros travail aussi avec les patients de pouvoir les aider à repérer ces pensées auto-agressives, auto-critiques et de pouvoir un peu relationner différemment avec.
- Speaker #0
Oui, et puis surtout tout ça c'est aussi entretenu après dans toute cette spirale du régime où forcément quand on va se mettre des choses vraiment trop contraignantes, forcément on va échouer parce qu'au bout d'un moment ça va être trop dur pour le... Pour soi, et du coup, derrière un régime qui a bien marché au début, mais qu'on abandonne, il y a un effet yo-yo, il y a une reprise de poids. Donc là, l'auto-dévalorisation, c'est là qu'elle arrive et qu'elle peut être déjà là avant. Mais alors, pour le coup, si elle était déjà un peu là, alors là, elle prend une place folle. Et puis, c'est pareil, ça fait encore partie d'un engrenage dans lequel on peut mettre le doigt et qui peut aller vers des comportements toujours plus déviants. Il y a un autre aspect, c'est la fusion avec nos pensées. Est-ce que tu peux nous détailler un petit peu cet aspect-là ?
- Speaker #1
La fusion avec nos pensées, c'est quelque chose qui est assez fréquent, mais qui va être aggravé dans ces mécanismes de survie. C'est qu'on n'a plus de recul sur nos modes de pensée. Justement, par exemple, sur une pensée autocritique, je ne suis plus capable de me dire « là, je suis en train de me juger, ça devient de vérité » . Ou si je suis très fusionné avec des pensées du type « je suis gros, la seule solution, c'est de perdre du poids » , j'aurais beaucoup de mal à prendre du recul avec cette pensée. Même si cette pensée, elle va maintenir des comportements inadaptés.
- Speaker #0
Ça, j'imagine que c'est une question qui n'est pas forcément évidente à gérer en consultation, en suivi. J'imagine que ça, ça prend du temps avant d'apaiser ce mode-là.
- Speaker #1
En fait, nous, on va avoir une vision très fonctionnelle. C'est-à-dire qu'on va dire, finalement, quand tu adhères à cette pensée, comment ça marche pour toi la relation que tu as avec la nourriture et ton corps, globalement. Tu es fusionné à la pensée, mais moi, vu que je suis gros, je ne peux pas manger des frites. on va pas trop débonquer ou discuter de ça on va regarder comment ça marche pour toi en fait t'es stressé donc quand t'as des pensées autour par exemple j'ai pas le droit de manger des frites sinon je vais grossir et comment elle marche ta relation avec la nourriture, avec ton corps quand c'est cette pensée qui domine on va plutôt les amener à observer finalement les relations qu'ils ont plutôt que d'essayer de leur dire vous pensez mal, c'est pas la bonne manière de penser mais plutôt d'être attentif finalement aux conséquences que ça donne ok la tyrannie ?
- Speaker #0
Un autre mode de pensée, où là, comme tu dis, c'est le cerveau qui ne nous produit plus de conseils et il nous ordonne. Est-ce que tu as des exemples aussi concrets là-dessus avec des patients, par exemple ?
- Speaker #1
Si tu veux, notre cerveau, on peut le voir comme soit un conseiller, soit un dictateur. La tyrannie, c'est quand notre cerveau lui donne des conseils, il nous donne des ordres. Donc, ce n'est pas tout à fait la même chose, tu vois, si tu as des pensées du type... « Ça serait bien pour ma santé de faire un peu d'activité physique ou de manger un peu de légumes. » Là, c'est comme si ton cerveau te donnait des conseils. Et puis ça, c'est plutôt aidant. Mais quand ton cerveau devient une sorte de petit dictateur intérieur, tu dois, il faut, absolument, tu n'as pas le choix. C'est comme ça. Là, on va commencer aussi à avoir une relation qui va être un peu plus compliquée avec soi, avec la nourriture. Si tu te lèves le matin et que tu te dis « Je dois aller faire mon sport. » Je dois aller faire mon sport. C'est un petit peu comme si tu te soumettais à une sorte de diktat intérieur qui fait que tu vas y aller non plus pour ton bien-être. C'est juste des fois repérer. C'est un tip que je donne aux patients. Juste prenez l'habitude, amusez-vous à regarder quand votre cerveau est comme un petit conseiller bienveillant, s'il est davantage comme une sorte de diktateur envers vous.
- Speaker #0
Il y a presque un travail d'image comme on peut voir dans les BD, notamment dans Tintin avec Milou qui est des fois en petit ange ou en petit diable. Je pense que ça peut aider de se dire à quel moment mon cerveau, quel rôle il prend, quel costume il endosse à tel ou tel moment. Et puis en plus, j'imagine que tout ce qu'on cite là, ça peut être interconnecté aussi. J'imagine que la tyrannie peut venir aussi de l'auto-dévalorisation. Il y a des mécanismes qui peuvent un peu... Il y a des effets un peu d'engrenage avec tout ça.
- Speaker #1
Tous les mécanismes de survie qu'on vient d'évoquer, ils marchent tous ensemble. L'un entraîne l'autre, etc. Généralement, quand tu es dans la survie, tu es hyper focalisé, tu deviens dichotomique, tu deviens dans l'urgence aussi, notre mécanisme de la survie. Oui, justement, on allait en parler après, l'impatience,
- Speaker #0
l'urgence.
- Speaker #1
Tu deviens dans cette forme de dictateur intérieur. Et c'est juste des fois de repérer qu'il y a une sorte de pattern qui s'active. Et que ce pattern, en fait, il est ni bon ni mauvais, mais c'est de regarder comment il fonctionne pour moi, globalement. quel type de relation ça me permet d'avoir avec la nourriture, avec mon corps, et juste de les repérer. C'est la position méta qui va beaucoup nous intéresser dans un premier temps.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis parce qu'il y a aussi le côté dans toute cette... On ne cherche pas non plus à faire rentrer les gens dans un moule unique de la perfection où tout ça n'existerait pas, c'est aussi de leur faire comprendre que... C'est normal qu'il puisse y avoir ces phénomènes-là. Maintenant, on essaye un peu de réduire un peu les curseurs, mais on ne va pas faire changer non plus la personne, son mode de pensée. C'est juste essayer de lui faire prendre conscience de ça et, comme tu dis, de faire ce pas de côté et pas d'éliminer tous ces modes de pensée. Parce que, de toute façon, comme tu l'as bien dit, ils seront toujours plus ou moins là à différents moments. C'est plutôt de mieux les accueillir et de mieux savoir les gérer, en fait.
- Speaker #1
Oui, ça résume assez bien. Mieux les accueillir et mieux les gérer, c'est ça. On ne peut pas empêcher les oiseaux de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut quand même les empêcher de faire leur nid dans nos cheveux. Exactement. C'est un petit peu cette idée-là. Je rentre dans ce mode. Il est normal, il est humain. Parce que les injonctions, par exemple, lâchez prise, arrêtez de vous focaliser. C'est pas ce qu'il a à dire. En fait, ce n'est pas dépendant de notre volonté.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Vu que ce n'est pas dépendant de notre volonté, c'est totalement contre-productif. Arrête de stresser. Arrête de... arrête de te focaliser, arrête de... Non, notre cerveau, il ne sait pas faire ça. C'est juste, mon cerveau, il fait ça de temps en temps. Je peux être dans cette position de l'observateur qui fait ce pas de côté en disant, est-ce que j'ai envie de m'embarquer là-dedans ? Est-ce que c'est OK pour moi de m'embarquer là-dedans ? Ça va être aussi des processus pour remettre du... Je veux dire, du choix. Le mode de la survie, ça réduit notre libre-arbitre, quelque part.
- Speaker #0
Oui, c'est de... Oui, oui, c'est... C'est un peu ça parce que moi, ça rejoint aussi un des premiers épisodes que j'ai fait, c'était sur l'autodétermination. Justement, c'était de dire effectivement comment nous, en tant qu'accompagnant d'un professionnel de santé, comment on replace un petit peu le patient au cœur de son projet. Et là, en fait, ça va aussi dans cette démarche-là de dire j'identifie un petit peu, je fais un peu ma cartographie mentale, on va dire. J'ai conscience qu'il y a des phénomènes là, ces phénomènes là. Et comment je reprends un peu le contrôle de ça plutôt que d'avoir une sensation de tout subir et du coup de... Peut-être aussi subir la prise en charge parce qu'il faut aussi se mettre, se comprendre soi-même. C'est le premier pas justement pour accepter d'être accompagné et que l'accompagnant soit aussi force de proposition et laisser la personne, enfin force de proposition, mais laisser l'autonomie de la personne en fait. Mais l'autonomie, elle se crée et elle n'arrive pas comme ça en claquant des doigts, en disant à partir de maintenant, tu vas être autonome parce que je vais te la donner. Non, il faut que le patient puisse avoir un petit peu une carte. Une cartographie de comment il fonctionne pour pouvoir activer les bons leviers et que lui puisse les activer en plus.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. En fait, c'est vraiment ça. C'est de pouvoir augmenter leur autonomie. C'est la seule chose qui nous anime. Et ce mode de la survie, en fait, il réduit notre autonomie à des comportements stéréotypés qu'on subit. C'est-à-dire que je ne suis préoccupé vraiment pas. Ça active des choses qui font que je vais m'hyperfocaliser, que je vais rentrer dans des stratégies d'hyperfocalisation, de régime, de machin. Et qui fait que, globalement, la vie que j'ai n'est pas totalement la vie que j'aimerais avoir. Donc nous, notre focale, ça va être finalement quelle vie j'aimerais mener, quel type de relation j'aimerais entretenir avec la nourriture, quel type de relation j'ai envie d'avoir avec mon corps. Donc c'est plutôt cette histoire de projet de vie. Parce que, tu vois, moi je prends souvent ça comme repère. On a globalement, quand on arrive au monde, on a statistiquement 30 000 jours à passer sur cette planète. Ce qui est quand même relativement peu qu'en raisonnant jour, c'est 30 000 jours sur cette planète, et c'est quand même un super cadeau qu'on a, on a 30 000 jours pour explorer ce monde avec nos sens, mais ces 30 000 jours, est-ce que c'est ok pour moi que ça se résume en fait à ce mode de la survie ? Est-ce que ce mode de la survie, est-ce que c'est ça, la relation que j'ai avec la nourriture en mon corps, j'ai envie que toute ma vie ce soit comme ça ? Vu que j'ai qu'une seule vie, ça peut être intéressant. Des fois, c'est des questions que je pose aux patients qui sont bien embarqués là-dedans. C'est-à-dire, là, ce que vous me dites, c'est que le rapport que vous avez avec votre corps et avec votre assiette, c'est de la lutte, c'est du combat, c'est du contrôle. Bon, vous avez quel âge ? Vous avez 40 ans. Ça fait combien de temps que c'est comme ça ? Ça fait 20 ans. Je calcule le nombre de jours. Là, globalement, vous êtes à midlife, vous êtes au milieu de votre vie. Il vous reste à peu près 15 000 jours statistiquement à vivre. Comment vous avez envie de les vivre ? Quelle relation vous avez envie d'avoir avec la nourriture, votre corps pendant ces 15 000 jours ? Je vous souhaite du bonus. Si vous en avez 20 000 ou 25 000, vous n'aurez pas 70 000 de bonus. Oui,
- Speaker #0
c'est sûr.
- Speaker #1
Et c'est comment vous avez envie de vivre. Comment vous avez envie de vivre dans cette vie qu'on a là pour que votre vie soit la plus qualitative possible ?
- Speaker #0
Et du coup, pour avoir un peu reçu aussi des personnes sur le cerveau, ce qui est un peu malhonnête aussi, enfin quand je dis malhonnête, c'est un peu pervers, je veux dire, avec le cerveau, c'est que tous les mécanismes de récompense aussi Ils peuvent intervenir sur ces choses-là quand on s'enferme comme ça dans quelque chose. Je pense notamment à la dopamine ou ce genre de choses, des hormones. Est-ce que ça aussi, on constate que dans ces phénomènes-là de focalisation, de tyrannie, il y a quand même des mécanismes de la récompense qui sont engagés, donc entretiennent encore un peu plus la bête ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est les mécanismes HOP qu'on évoquait tout à l'heure. Les mécanismes HOP, c'est des mécanismes dopaminergiques. Or, la dopamine, ce n'est pas un truc qui nous rend très heureux. C'est un truc qui nous rend très excités. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
- Speaker #0
Il y a une grosse nuance.
- Speaker #1
Il y a une grosse nuance. Globalement, si tu me dis qu'est-ce qui te rend heureux dans la vie, tu vas me dire, je ne sais pas, c'est passer du temps avec mes enfants, c'est d'être en contact de la nature, c'est de bouquiner, passer du temps avec mes amis. Ce n'est pas des mécanismes très dopaminergiques. La dopamine, c'est les circuits de la récompense et les circuits de l'excitation. Et donc, effectivement, quand tu es dans le mode de la survie et que tu vas commencer à faire des choses de l'ordre du contrôle, tu vas avoir des pics de dopamine.
- Speaker #0
Parce qu'il y a des validations quand même. Et du coup, c'est là où on peut avoir l'impression que ça fonctionne et qu'on est dans le vrai.
- Speaker #1
Et en fait, tu vas être plus excité que sotorin. Et donc ça, c'est intéressant de pouvoir amener à observer ça. D'ailleurs, c'est très renforçateur dans les problématiques d'image corporelle et troubles des conduites alimentaires. C'est les effets renforçateurs finalement de l'excitation. C'est-à-dire qu'imagine, tu te sens mal dans ta peau. Tu as ce mode de la menace, de la survie qui se met en route chez toi. Puis d'un seul coup, tu te dis, allez, je vais faire un régime. Puis tu vas commencer à manger léger le soir. tu auras quand même un sentiment de maîtrise très euphorisant. Mais est-ce que ça te rend heureux globalement, ce sentiment de maîtrise ? Est-ce que ça te rend heureux globalement ? Est-ce que ça te permet de mener une vie qui soit celle que tu aspires à vivre ? Parce que souvent, la contrepartie des mécanismes dopaminergiques, c'est les chutes de dopamine, les effets comme en dornes. Et donc, tu vas vouloir de nouveau ta dose de dopamine en remettant du contrôle sur ta nourriture. On le voit, les choses, par exemple, si on prend les troubles alimentaires les plus sévères, ces mécanismes, ils sont bien étudiés. Par exemple, dans l'anorexie mentale, souvent, l'anorexie mentale, ça commence par une préoccupation d'image corporelle assez anodine. Et puis, la personne, elle commence à contrôler sa nourriture. Et elle commence à voir son poids diminuer. Elle ressent ces mécanismes dopaminergiques dont tu parles, qui l'excitent beaucoup. Ces mécanismes s'emballent, elle va en vouloir de plus en Même quand elle est dans une situation critique physiquement, son cerveau va réclamer sa dose de contrôle et de perte de poids. C'est presque plus problématique que la peur de grossir. C'est l'excitation à vouloir maigrir. Ce sont des mécanismes dopaminergiques qui sont très proches de l'addiction.
- Speaker #0
Là, on est clairement dans un exemple. Je renvoie à un des épisodes qu'on a fait avec Inès de L'Age Tant d'Assiette qui nous raconte comment elle est tombée dans cette anorexie-là. si au début bah une influence culturelle, plein de petites choses qui font qu'une adolescente veut contrôler son poids. Elle suit un régime en ligne, je ne vais pas le citer, avec objectif calorique par jour. Elle tient cet objectif calorique, elle perd du poids, elle est contente et elle me dit plus ça va, plus je veux dépasser l'objectif. Et je le dépasse de plus en plus, sans me rendre compte que je me sous-alimente, sans me rendre compte que je commence à avoir des... des problèmes de santé, même si autour de moi, on commence à dire, c'est un peu, voilà. Et elle, elle est dans ce truc-là, Elle est renforcée. Le chiffre de la calorie de la calorie, et c'est là où elle tombe dans une... Voilà. Donc là, on est vraiment typiquement dans l'exemple de ce que tu décris. Ouais,
- Speaker #1
puis sans parler d'anorexie, parce que c'est quand même assez rare. Heureusement que c'est assez rare. Ouais, bien sûr. Mais les mécanismes peuvent être les mêmes. On a tous connu, par exemple, on en a tous, comme ça, ce copain-là qui... Tous les 2-3 ans, faire un régime. Et quand il est au régime, il est sous coke. Il va te dire, super, ça me fait plaisir, j'ai perdu poids, je me sens bien, etc. On le voit d'ailleurs. C'est des mécanismes d'excitation, etc. qui après, laissent souvent la place à d'autres mécanismes. Parce qu'aussi, il faut bien avoir conscience que quand on est là-dedans, on est forcément dans des mécanismes de résolution de problèmes rapides, etc. Même s'ils produisent beaucoup de dopamine, la survie, ce n'est pas fait pour durer.
- Speaker #0
Non, c'est une solution court-termiste dans une situation excessive, d'un cas exceptionnel. On règle vite le problème, mais ce n'est pas une tendance qui doit durer longtemps.
- Speaker #1
Vu que ce n'est pas fait pour durer, c'est très épuisant. Au bout d'un moment, tu vas lâcher ton régime parce que ce n'est pas fait pour durer. Tu vas reprendre du poids. Et au bout d'un moment, tu vas passer par une phase de découragement. Puis après, tu vas remobiliser ça. Tu vas te dire, vite, vite, vite, il faut que je retrouve cette excitation que j'ai eue à 2-3 ans. En fait, tu ne gagnes pas en sérénité, tu n'améliores pas. la qualité de vie, la relation que tu as avec toi.
- Speaker #0
C'est juste que tu vas aller peut-être rechercher cette petite excitation du moment que tu as pu connaître. Du coup, toujours dans cette première étape, à la fin de cette partie, une fois que tu as décrit tout ça dans le livre, en réponse à ces phénomènes. Il y a aussi une chose qu'on pourrait aussi citer par rapport à tout ce qu'on vient de citer, c'est le facteur stress qui doit aussi, lui, venir entretenir tout ça et faire que ces phénomènes-là sont aussi accentués. J'imagine qu'il y a une grosse lutte contre le stress à faire. Ça fait partie un peu de la réponse que tu peux apporter aussi.
- Speaker #1
Ce stress, forcément, le stress est fait pour nous mettre dans la survie, pour le meilleur et pour le pire. C'est ni bon ni mauvais, mais quand il est très élevé, on va davantage dans ces mécanismes-là. Puis il y a le stress que tu évoques en arrière-plan depuis tout à l'heure, c'est le stress sociétal. C'est-à-dire qu'on a aussi du stress par rapport à notre image corporelle. Et encore, on est deux hommes, mais il faut avoir conscience ce que... La pression sur le corps des femmes, c'est encore autre chose que si on a notre propre corps nous d'hommes. C'est un privilège, on parle du privilège de genre. Moi je suis, par exemple, j'ai pas à assumer mes cheveux blancs. J'ai pas à les assumer. Si j'étais une femme, si j'étais quelqu'un de genre féminin, je devrais assumer mes cheveux blancs. Là j'ai pas à les assumer, c'est presque à va de soi. Donc la pression qu'on a aussi sociétale sur l'image corporelle, c'est un stress majeur. Et c'est important parce que moi en tant qu'homme, Bien avoir conscience de ça aussi, parce que sinon on pourrait vite tomber dans quelque chose qui serait un peu problématique, de ne pas prendre conscience du privilège de genre qu'on peut avoir. Mais moi je comprends aussi que ce soit difficile pour vous, parce qu'on vous traite beaucoup moins bien que nous les hommes. Je ne vais pas vous dire que c'est simple, je suis très méfiant de tous ces discours d'acceptation, etc. à un homme qui est moins soumis à ces problématiques de l'agent de l'homme sociétal, d'aller dire acceptez-vous, faites la paix avec vous.
- Speaker #0
C'est comme moi, bah oui mais non.
- Speaker #1
Acceptez-vous, alors que c'est difficile et je pense qu'une grosse partie c'est aussi de valider cette pression sociétale, de la critiquer d'en discuter, d'en avoir valide. Pas facile d'être une femme dans nos sociétés, pas facile d'être un homme, mais c'est encore plus dur d'être une femme en termes d'image corporelle.
- Speaker #0
Ouais, complètement. Et donc, dans ces fameuses Ces fameuses résolutions, la réponse à ces phénomènes, tu parles de réveiller son flot. Alors est-ce que tu peux nous en dire plus un petit peu sur cette...
- Speaker #1
Le flow, c'est un concept qui nous vient de la psychologie positive. C'est un concept qu'on appelle aussi d'état optimal. C'est ces moments où ça roule tout seul et ça roule de manière naturelle. Et donc c'est intéressant parce que normalement la nourriture, la relation qu'on a avec la nourriture, c'est un peu ça. C'est pas une relation, j'ai envie de dire, adaptée avec la nourriture. Tu penses pas beaucoup. C'est pas résoudre une équation. C'est pas résoudre l'équation. Est-ce que je choisis le dessert parce que si je le prends, peut-être que derrière, il va falloir que j'équilibre. Mais il y a quelque chose qui est assez naturel. C'est de reconnecter cet état naturel avec la nourriture. Cet état que j'appelle aussi de triple joie. Tiens, j'ai un besoin qui se manifeste à moi. Je suis heureux parce que je vais y répondre. Je suis heureux pendant que j'y réponds. Et je suis heureux après d'y avoir répondu. De revenir un petit peu à ça, à ce que tu es très intuitif dans le sens où je fais confiance aussi à l'expérience qui se passe, plutôt que de vouloir tout réfléchir, tout analyser. Ça peut être une manière de revenir dans des états de flot avec la nourriture. C'est de laisser aussi la joie s'emparer de nous, la spontanéité s'emparer de nous. Comme quand on avait 5 ans et qu'on rentrait de l'école, ou 6 ans et qu'il y avait une tartine, on ne se posait pas beaucoup de questions, on était dans le moment. Donc c'est à la fois laisser la joie, nous saisir, laisser, je veux dire, notre intuition nous saisir, et être aussi dans l'expérience sensorielle plus que dans l'expérience mentale.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu parles de cette innocence un petit peu de l'enfant. Du coup, tous ces phénomènes-là qu'on peut voir de survie, ça apparaît quoi ? Ça apparaît plutôt au début de l'adolescence, dans la vie ? Est-ce que tu as un peu de données là-dessus ?
- Speaker #1
Après, c'est aussi très variable selon les individus. Les personnes, finalement, leur rapport au corps Oui. L'assiette n'est pas très problématique, donc c'est aussi moins présent. Mais forcément, vu que notre cerveau est fait pour voir les choses comme des problèmes, parce que finalement, il faut bien avoir conscience que les problèmes d'alimentation n'existent que parce qu'il y a les problèmes de corps. Il y aurait quasiment 95% des problématiques alimentaires disparaissent du jour au lendemain si on enlève la problématique corporelle.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Ça, c'est important à comprendre. Et qu'est-ce qui se passe à l'adolescence ? Le corps se sexualise. Donc potentiellement, il devient problématique. Je prends, ça devient une menace potentielle. Serais-je assez séduisant ? Alors qu'avant, c'est juste un objet fonctionnel. Quand on est enfant, c'est pour faire des roulades et des cabanes. Arrive l'adolescence et le corps se sexualise. Donc il y a toutes ces problématiques qui arrivent, finalement, de survie. Serais-je assez beau ? Serais-je assez désirable ? Donc il peut nous amener à activer beaucoup d'insécurité.
- Speaker #0
Et donc, dans ce fameux réveil du flot, tu évoques trois axes majeurs globalement. On va les détailler un petit peu. C'est tenir un journal, donc le calme et la respiration. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de tout ça ? Et puis, d'avoir quelques petits exemples sur les cités, mais avec des patients que tu as pu avoir et comment ça a pu fonctionner, tout ça ?
- Speaker #1
Oui, alors remettre du calme, ça c'est important parce que c'est antagoniste finalement à ce mode de la survie. On en parle tout à l'heure. Et une des manières, en fait, quand on voit qu'on est dans la survie, tout ce qu'on a évoqué tout à l'heure, la dichotomie, la focalisation, etc., c'est très difficile d'en sortir uniquement par des stratégies mentales. De se dire, je suis là-dedans. En fait, mentalement, on va plutôt prendre conscience, faire de la métacognition. Pour en sortir, on va davantage utiliser des stratégies corporelles. Et une des manières de remettre, d'expliquer à notre cerveau qu'on est en sécurité, c'est de lui donner des informations de sécurité. Une des manières de mettre de la sécurité, c'est des fois tout simplement de prendre des respirations calmes. Si tu es dans ce mode de l'insécurité, d'ailleurs peu importe le motif d'insécurité, c'est simplement des fois faire une respiration par exemple 4 temps, 6 temps. Tu prends 4 temps d'inspire, 6 temps d'expire. Donc tu agis sur ta physiologie et tout de suite ça vient calmer ton centre, tes mécanismes de survie dans ton cerveau. Tu redonnes l'information physiologique à ton corps et tu es au calme. que finalement tout va bien et ça peut être aussi de te prendre le temps de te faire un massage des mains d'aller redonner des informations à ton corps de calme Et c'est important parce que essayer de sortir de la survie par des stratégies mentales, ça marche pas très fort. Si tu vois que t'es dans la survie, t'es en train de te focaliser sur tes frites au restaurant, tu vois que t'es focalisé, allez calme-toi, faut que je me calme, faut que je me détende, faut que je pense autrement, ça marche pas. Par contre, aller pour une bonne opération...
- Speaker #0
Quand t'arrives pas à dormir et que tu te dis, putain, faut que je dorme, quoi. Bah non plus, faut trouver d'autres choses. C'est pour le corps que ça va se passer.
- Speaker #1
Le corps, c'est quand même un bon médium. C'est-à-dire qu'on va beaucoup nous travailler avec repasser par le corps. repasser par le corps pour remettre aussi de la sécurité.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, le sommeil, c'est une des grosses problématiques aussi que tu peux rencontrer dans ce fameux retour au calme. Est-ce que c'est quelque chose que tu évoques beaucoup avec tes patients ?
- Speaker #1
Oui, on est souvent amené à travailler sur le sommeil et sa qualité. Mais si tu amènes le sommeil comme un problème à résoudre, tu vas encore renclencher tous les mécanismes qu'on vient de voir. Tu dors mal, je vais te focaliser dessus, résolution de problème, etc. Il va aggraver. Donc, c'est comment on peut aussi retravailler le sommeil en étant peut-être à l'écoute des signaux corporels, en recréant un contexte de régulation du sommeil. On va plutôt travailler autour de ça. Mais l'injonction, il faut mieux dormir. Un patient qui dort mal, on lui dit, vous dormez mal, vous devriez faire attention à votre sommeil. Ça ne va pas l'aider. Ça va aggraver sa problématique de sommeil.
- Speaker #0
J'entendais du coup quelqu'un, un spécialiste autrefois, qui parlait de ça justement, qui parlait notamment des réveils nocturnes, où il dit, ça, il faut l'accepter. C'est un cycle qui se passe. Il faut l'accepter, il ne faut pas hésiter à se lever. aller boire un verre, aller boire un peu d'eau, plutôt que de rester dans son lit et justement de se focaliser sur ce truc de « je suis réveillé, il est 3h du mat, demain il faut que je me lève à 6h » et là c'est problème, problème. Et si on ne met pas un peu son corps en mouvement pour repartir après dans le cycle, c'est là où on va être là-dedans en fait, on va être dans une focalisation et le problème ne va être que mental et pas corporel et c'est là où du coup le cerveau ne va pas se remettre dans un cycle de sommeil. C'est là que ça va être un problème.
- Speaker #1
Oui, quand le cerveau rentre dans la survie, ça va rarement nous aider à nous rendormir. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Problème, je suis réveillé vite, il faut que je me rendorme, je trouve une solution, je me rendors, on est focalisé, résolution de problème. Scénario catastrophe dans la survie aussi, scénario catastrophe, je vais être fatigué demain. C'est ça, tu te progrètes tout de suite. Je me rendorme, etc. Et c'est juste repasser par le corps, de se dire, ok, je n'arrive pas à dormir, je suis dans mon lit, je vais plutôt passer par mon corps, je vais peut-être aller prendre une petite douche, je vais peut-être aller me boire un verre d'eau, je vais peut-être aller faire quelques pas. Et peut-être que ce sommeil va revenir ou pas, d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Oui, complètement. Et donc, tu parles aussi de tenir un journal. Ça, c'est important.
- Speaker #1
Ça peut être aidant, en tout cas, de tenir un journal, un carnet alimentaire qui nous permet aussi de... Ça va dépendre de ce qu'on met dans ce carnet, tu vois, à quoi il va servir. Si je fais un carnet pour me fliquer, ce n'est pas tout à fait la même chose que si je fais un carnet pour me connaître. Ou pour regarder, en fait, finalement, par exemple, si mon comportement alimentaire, à quel besoin il répond. Et tu vois, c'est plutôt amener un peu de curiosité autour d'un carnet alimentaire. On appelle ça le tracking dans notre jargon, c'est-à-dire du... Un trekking, ça peut mettre en lien aussi les pensées que je peux avoir autour de la nourriture, les émotions que je ressens, les sensations que j'éprouve. C'est un outil de connaissance de soi qui est quand même assez intéressant, le trekking.
- Speaker #0
Oui, forcément, c'est coucher sur papier tous les exercices qu'on peut faire. Et ce fameux pas de côté aussi, ça peut servir à ça et à bien prendre conscience de tout ça. Et l'écrire, ça peut forcément aider. Et tu parles aussi de respiration. Est-ce qu'on va un peu dans des exercices, un peu sophrologie, hypnose même ? Tu peux t'amener à faire ça aussi ?
- Speaker #1
Beaucoup, énormément. Bien sûr, en fait, on ne s'interdit rien qui peut aider un patient à trouver une relation un peu aisée avec lui. Par exemple, là, on a parlé de l'exercice dont je te parlais, de pouvoir respirer 4-6 temps. On va retrouver ces choses-là dans la relaxation, la sophro. Mais ça peut être aussi utiliser l'hypnose, c'est-à-dire que... Tiens, on peut peut-être se visualiser, mais si je pouvais me visualiser demain avec une relation apaisée avec la nourriture, à quoi ça ressemblerait ? Réouvrir le champ des possibles. L'hypnose est assez pertinente pour ça, de réouvrir le champ des possibles.
- Speaker #0
Si on devait, pour les auditeurs qui nous écoutent, qui ne comprennent pas forcément trop la différence entre sophrologie et hypnose, est-ce que tu pourrais, vu que toi tu la pratiques, est-ce que tu pourrais nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Il y a plein d'exercices psychocorporels qui peuvent aider. On a vraiment des exercices qui vont viser plutôt la régulation physiologique. La régulation physiologique, une respiration 4-6 temps, ça va plutôt réguler ta physiologie, calmer ton corps et donc aussi calmer ton mental. C'est important. L'hypnose, on va davantage faire des visualisations. On va visualiser par exemple des choses qu'on veut, on va visualiser des situations qu'on aimerait avoir pour remontrer au cerveau comment ça marche, quand ça marche. ça va plutôt passer sur des visualisations l'hypnose qui redonne des nouvelles informations à notre système c'est là où le cerveau va se dire effectivement quand on fait ça, ça marche on va essayer de le renforcer sur la chose si t'es en conflit avec la nourriture et puis que je te parle d'un exercice d'hypnose tu es en conflit, tu es là tu es tout le temps en train de te battre avec la nourriture avec ton image corporelle, je te ramène par exemple dans ton enfance où tu étais dans un repas joyeux avec tes cousins ça va te reconnecter finalement à cet état de flot dont on parlait tout à l'heure de joie, de spontanéité peut-être que tu t'en as éloigné ton cerveau il ne sait même plus comment ça marche et ça reconnecte cette partie là de ton cerveau ok,
- Speaker #0
et là on le renforce on le renforce,
- Speaker #1
c'est ça,
- Speaker #0
exactement écoute Florian, merci beaucoup pour toutes ces explications et pour ton expertise, donc vraiment C'est vraiment essentiel parce que ça nous permet encore une fois mieux. C'est aussi la démarche de ce podcast. C'est d'une part d'expliquer qu'effectivement, c'est bien plus compliqué que de se dire « Oh là là, je n'y arrive pas parce que je ne suis pas assez motivé ou que je suis mauvais. » Il n'y a pas de bons et de mauvais élèves en diététique. Il y a des cas sur lesquels on travaille. Et effectivement, la démarche de mieux se comprendre, d'apprendre des choses sur son corps et de comprendre comment il fonctionne, de comprendre comment son cerveau fonctionne, c'est essentiel pour... pour activer les bonnes choses et pas partir dans des... Je vais un petit peu caricaturer, mais dans des régimes, dans des choses restrictives qui seront contre-productives à long terme, qui seront peut-être un peu joyeuses au début, comme on le disait tout à l'heure, parce que ça marche, perdre du poids rapidement, c'est tout à fait faisable, c'est facile même. Mais du coup, derrière, il y a quand même beaucoup de choses, il y a beaucoup de risques. Et c'est ça, de comprendre le corps, c'est aussi comprendre tout ça et déculpabiliser. C'est pas parce que vous avez un problème avec une... Vous avez une relation compliquée, que c'est forcément de votre faute, entre guillemets. Il y a pu y avoir, comme tu l'as bien expliqué, le cerveau fonctionne. Et puis, si malgré nous, de façon involontaire, on entretient un petit peu tout ça, c'est là où on tombe des fois dans des situations qui sont... Et ce qui est encore plus compliqué, c'est que l'entourage ne le perçoit pas toujours de la bonne façon aussi. Et c'est là où il va y avoir un petit peu de la culpabilité, va être aussi entretenue par l'entourage. On va nous dire, les injonctions, l'injonction familiale, elle est quand même très présente. On l'a tous un petit peu vécu sur des remarques, sur son poids, sur des choses comme ça. On le vit toujours un petit peu. Et tout ça, c'est compliqué. Donc c'est pour ça que vraiment le diététicien aujourd'hui, avec cette vision comportementaliste de l'alimentation, il a vraiment toute sa place. Et il faut qu'on porte un peu ce mouvement-là. Il faut qu'on fasse comprendre aux gens que l'alimentation, elle se règle comme ça en fait. Et ce n'est pas simplement compter ses calories, parce que compter ses calories tous les jours... On va retomber dans ce que tu disais tout à l'heure, où on va générer un stress autour de l'alimentation. C'est là où on va avoir des mauvais fonctionnements du cerveau. Donc vraiment, merci beaucoup pour expliquer tout ça. C'est vraiment très très important. Posez-vous cette question de vous dire est-ce que j'ai un problème avec mon poids ou un problème de poids. C'est vraiment compliqué, mais dites-vous bien surtout que tout ça, ça ne se règle pas tout seul. D'ailleurs, même un diététicien ne peut ne pas régler ça tout seul. Je suis vraiment pro approche pluridisciplinaire. Chacun son territoire de jeu. Même sur des questions de sport ou de choses comme ça, il ne faut vraiment pas avoir peur de ça. Un pro de santé qui va vous recommander un autre pro de santé dans une discipline différente ou complémentaire, justement, l'idée, ce n'est pas un constat d'échec, c'est de se dire, chacun a son... On parlait d'hypnose et de sophrologie. Toi, tu as été formé à ça et tu la pratiques. Moi, si demain, je ne la pratique pas, mais que je connais un sophrologue ou je connais quelqu'un qui pratique l'hypnose, il n'y aura pas de... au contraire. aller voir les bonnes personnes et il n'y a aucun souci avec la pluridisciplinarité. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais c'est hyper important.
- Speaker #1
Ça va de soi, quand on est en difficulté, il faut recevoir de l'aide. Et cette aide, elle peut être apportée par un diététicien, elle peut être apportée par un psychologue, elle peut être apportée par un coach en activité physique adaptée. On n'a jamais assez d'aide quand on est en souffrance. Et l'important, c'est que globalement, on s'entoure de personnes bienveillantes mais qui tiennent un discours à peu près commun. Donc c'est ça qui est des fois un peu difficile. C'est vraiment de pouvoir construire une équipe qui parle de la même voie, qui entraîne globalement les mêmes choses, qu'on appelle la flexibilité, peut-être avec des manières différentes, mais quand même qui ait des fils conducteurs. Parce que le risque, c'est de se retrouver dans un soin très épars. C'est-à-dire avoir un petit village qui ne peut pas se poser, pas de cohérence. Donc il faut un coordinateur du soin. Normalement, c'est ce qu'on passe beaucoup de temps à faire en libéral. Je suis plutôt pro interdisciplinarité que pluridisciplinarité. Ce n'est pas la même chose pour moi. Je ne me crois pas un soin épars. Je ne crois pas qu'avoir un diététicien qui va cumuler du soin, ça marche beaucoup. Par contre, quand il y a une équipe qui travaille de la même manière, ensemble, autour d'un objectif commun, et d'une vision commune, ça marche plutôt bien. Je suis plutôt partisan du travail interdisciplinaire. Ça va de soi. Et c'est aussi des modifications de fonction du métier de diététicien que tu évoques. Finalement, le diététicien, ce n'est pas un abégrissologue, c'est quelqu'un qui voit... rééduquer le comportement alimentaire. Il va réparer, mon prochain bouquin s'appellera « Réparer le comportement alimentaire » . Il portera là-dessus. C'est comment on répare comme un kinésithérapeute où le comportement, il y a un truc qui est cassé, on le répare, on rééduque. C'est cette réparation du comportement alimentaire et de la relation aussi au corps et à l'assiette qui va être importante à réparer. Donc ça change un petit peu les fonctions de notre métier. On revient finalement à des fonctions. d'améliorer la santé physique et mentale. Pas que la santé physique. Donc, il y a aussi tout ce travail autour de l'image de notre métier qui bouge beaucoup. Moi, je fais ce métier depuis quand même longtemps. Ça fait presque 20 ans que j'oeuvre à ces changements de paradigme. On les voit arriver et tant mieux.
- Speaker #0
Mais effectivement, ça peut être parfois un peu déroutant pour le patient qui, au départ, va avoir un diète pour perdre du poids. J'ai 10 kilos à perdre et je vais avoir un diète. Puis du coup, ou... On le met face à cette Ausha. Tu as déjà eu des blocages un petit peu là-dessus en disant « Mais attendez, moi je ne suis pas venu pour ça, faites-moi perdre du poids. » Tu as déjà eu des patients qui étaient un peu bloqués par rapport à cette approche ?
- Speaker #1
C'est un peu faire peur quand même. Non, ce n'est pas ça. C'est quand tu souffres, tu veux de la résolution de problèmes rapides. On ne peut pas en vouloir à nos patients. Ça va être à nous par la qualité finalement de notre présence, de notre accompagnement, de notre ouverture, de notre patience aussi. de pouvoir en fait les amener à observer soit... plus large que ce qu'ils observent habituellement. On parlait de focalisation. C'est tout à fait normal que quand tu souffres, ta motivation soit de moins souffrir. Le plus vite possible. Ça, c'est le mode de la survie. Et comment, nous, on va les aider, par la qualité de la relation, à regarder plus large que ça ? Et de rappeler, qu'est-ce que c'est que du soin ? Parce que si le soin altère ta santé physique, altère ta santé aussi mentale et sociale, ce n'est pas du soin. On les aide à regarder plus large. Moi, je dirais plutôt que les patients ne sont pas très déstabilisés de ma manière de travailler parce que je suis aussi droit dans mes bottes. Il y a toujours aussi le fait que je sais où je vais. Je sais où je vais et en même temps, je ne crée pas de résistance avec eux. Parce que tout à l'heure, tu évoquais, il faut sortir de cette culpabilité et observer comment d'autres cerveaux fonctionnent et d'autres corps fonctionnent. Et ce que j'aimerais aussi ajouter, c'est que si vous êtes coincé dans ces problématiques d'image corporelle et de lutte avec la nourriture, c'est important aussi de... De ne pas rajouter une couche là-dessus, de honte et de culpabilité. Ce n'est pas une injonction, ne soyez pas là-dedans. C'est observer que vous êtes là-dedans. Ça peut être le piège. De dire que ce n'est pas bien de lutter, ce n'est pas bien les régimes. Juste si vous observez que vous êtes coincé dans cette logique-là et que vous avez l'impression d'être pris au piège dans cette logique de contrôle de votre corps, d'enchaîner les régimes, ces phases d'excitation, que la relation que vous avez avec l'assiette, elle se dégrade, que la relation que vous avez avec votre corps, elle se... de dégrade, c'est pas de votre faute, c'est votre manière de réagir, vous avez réagi comme vous avez pu, donc je peux pas m'en vouloir à quelqu'un de suivre un régime et d'être là-dedans. Y'a pas de jugement là-dessus, c'est peut-être que vous avez besoin d'aide justement de personnes qui vont vous aider à sortir de ces mécanismes-là.
- Speaker #0
Ouais, on est dans le constat et on est pas dans le jugement, ce qui est vraiment pas du tout la même chose, et même, effectivement, faut l'amener par du positif. Tout ça, la prise de conscience, c'est pas de le balancer pleine face à la personne en disant « Attention, t'es là-dedans » . savoir l'amener aussi c'est un métier aussi d'ailleurs on parle beaucoup, moi je suis beaucoup le sport je suis un passionné de sport n'importe quel coach d'une équipe collective te dira dans mes discours, moi je ne mets jamais de négation je ne dis jamais il ne faut pas faire ci, il ne faut pas faire ça on va faire ça pour atteindre la victoire ou pour, bref, pour atteindre notre objectif, mais du coup ce côté vous avez fait ça, ce n'est pas bien ce n'est pas ça du tout un discours motivant c'est justement de savoir prendre la main et de... d'avoir expliqué à la personne j'ai compris aussi dans quelle situation tu es et on va aller par là et c'est la personne qui va petit à petit prendre conscience des choses parce qu'on va savoir lui amener tout en douceur et l'idée c'est pas de brusquer et pas de braquer aussi parce que c'est ça qui peut être dans des situations où les personnes sont en stress et il y a tous ces mécanismes décrits avant on est quand même sur un fil au début il faut faire très attention et puis il ne faut pas oublier qu'on est quand même responsable de notre corps et propriétaire de notre corps
- Speaker #1
Donc si j'ai envie de faire un régime, mon corps il m'appartient. Personne n'a jugé ça. Et c'est important de le rappeler. Parce que sinon on serait encore dans des postures de soins qui seraient des injonctions. C'est pas bien, c'est mal, mon corps m'appartient. J'ai envie de m'alcooliser, c'est mon corps, j'en fais ce que je veux. Mais par contre si je me sens en difficulté dans cette relation que j'ai avec mon corps, les soignants ils seront là pour m'aider. C'est ça qui est important à rappeler. c'est de se dire, il n'y a aucune loi qui interdit de fumer du tabac. Mais si tu as l'impression que la relation que tu as avec le tabac, elle n'est pas tout à fait conforme à la vie que tu veux avoir, que peut-être ça altère ta santé physique ou ta qualité de vie, là, tu peux demander de l'aide. Et c'est un peu pareil dans cette histoire des régimes et de relations problématiques avec le poids, plus que de poids, etc. Quand j'ai l'impression que je suis là-dedans, j'ai fait comme j'ai pu pour survivre. Ça a pu passer par faire des régimes, d'avoir mes troubles alimentaires hyper contrôlés, faire trop de sport. Mais ça a été peut-être des stratégies qui m'ont permis, en fait, de garder De survivre à un moment donné, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais si j'ai l'impression que je suis coincé là-dedans, on peut avoir de l'aide. Tu vois, c'est plus ça que de se dire, tu vois, d'avoir une posture un peu morale, où ça c'est bien, les régimes c'est bien, les régimes c'est... Chacun dispose librement de son corps.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Même si tu me dis, moi j'ai des exigences, je veux à tout prix faire ce poids-là, c'est ton corps, tu en fais ce que tu veux. Mais comment ça marche pour toi ? C'est ça. Quelle est ta qualité de vie avec ce projet ?
- Speaker #0
Est-ce que tu es aligné avec ça ?
- Speaker #1
Est-ce que tu es aligné avec ça et comment tu vis avec ça ? C'est quoi le prix à payer de vivre avec ça ? Si tu as l'impression que tu as... que ta qualité de vie s'est altérée sur ces 30 000 joueurs que tu as à vivre. Si tu dois être au combat tout le temps, ça peut être autrement.
- Speaker #0
Bien sûr. On parlait tout à l'heure de l'injonction familiale. Souvent, l'injonction familiale, les membres de la famille ne se rendent pas compte. Justement, parce qu'on parlait tout à l'heure de dévalorisation. Si même nous, en tant que soignants, on est sur du jugement, on dira surtout pas que tu ne devrais pas faire ça. On commence à rentrer dans la dévalorisation parce que la personne qui arrive et qui est un peu démunie, elle va dire, oh là là, en plus, il me... Je suis ressorti, il m'a distribué que des mauvais points, entre guillemets. Je ressors, je suis encore plus bas que quand je suis rentré dans le cabinet ou quand j'ai commencé la consultation. Donc ça aussi, il faut faire attention parce qu'on n'est pas, comme tu dis, nous, on est là pour accompagner. On n'est pas là pour, on n'est pas des gourous. C'est d'ailleurs ceux contre qui on lutte. Donc il ne faut pas qu'on le devienne nous-mêmes non plus. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Il ne faut pas qu'on soit des ayatollahs, par exemple de la bienveillance ou de l'antirégime. Parce que ça devient une nouvelle dictature. Moi, vous êtes là et je ne vais pas juger ce qui se passe. Je vais essayer de comprendre et de voir comment je peux vous aider à améliorer votre qualité de vie. Moi, c'est ça qui m'anime le plus. C'est comment vous allez pouvoir bien vivre.
- Speaker #0
Mais c'est d'ailleurs ce qui est un peu compliqué au départ parce qu'il y a une espèce de contrat aussi. On en parlait justement dans l'épisode d'autodétermination. la mettre en place cette auto-définition. Autodétermination, c'est aussi mettre un climat de confiance. Mais malgré tout, quand tu vas dans un cabinet, tu vas quand même voir un sachant. Et toi, tu veux apprendre, donc tu es un peu à l'écoute. Donc, le patient se met un petit peu dans une position, pas de soumission, mais un petit peu quand même. Et c'est là où nous, on doit aussi calmer ce truc-là, dire non, on se remet au même niveau. Et tu vas me raconter comment ça se passe dans ta vie d'un point de vue alimentaire. Et on va travailler là-dessus, mais on va travailler ensemble. Et beaucoup de patients sont en attente aussi de ça parce qu'ils se mettent eux-mêmes dans cette position-là. Encore une fois, c'est leur état du moment, donc on ne va pas le juger. Mais tout ça, c'est à travailler aussi. Et du coup, c'est pour ça que des fois, ça peut prendre du temps. Des fois, le patient n'aura pas forcément l'impression que ça avance très vite, mais parce qu'il y a beaucoup de choses à installer, il faut se mettre dans les bonnes conditions aussi pour commencer à rentrer dans le sujet. Et puis prendre conscience de tout ça, ça prend du temps. Il y a une confiance à établir, il y a une relation à établir.
- Speaker #1
C'est ça, c'est de créer une relation la plus sécure possible. Si elle est sécure, elle ne peut pas être basée par la soumission ou l'opposition. Parce que c'est un peu ça, c'est les deux faces de la même pièce. La personne qui va se soumettre, qui se met en port. Très compliante, oui, je vais écouter ce que vous me dites, ou la personne qui au contraire se rebelle, oui, mais, oui, mais, oui, mais, moi je préfère toujours les rebelles, parce qu'au moins on voit qu'ils ne sont pas d'accord, les soumis vont plutôt te dire oui, mais c'est encore des rapports rebelles problématiques. Comment créer une relation qui est basée sur la coopération, le non-jugement, c'est fondamental, effectivement, créer ce type de relation-là, mais par contre, là où je ne suis pas d'accord, c'est que du moment où la relation est bonne, améliorer sa relation avec son corps et son assiette, ça va vite. On a des outils, on a des techniques, on sait travailler. On peut très bien améliorer notre relation à l'assiette en huit séances. Ça peut aller très vite si on fait les bons outils. La relation qu'on a avec le corps, on a plein, indépendamment de la perte de poids, on a des outils. On n'a rien de miraculeux. Moi, je n'ai rien pour se sentir parfaitement bien dans son corps. Pour aller mieux avec son corps, on a des choses basées sur les preuves scientifiques qui marchent. Donc, c'est intéressant parce que ce n'est pas très vendeur si on dit vous allez les consulter. Ça va être long, ça ne va pas trop marcher.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Non, mais ça peut aller vite comme des fois, ça peut prendre un peu plus de temps. Moi, je parlais de l'étape de la relation. Je ne parle pas de l'étape où on commence à rentrer dans le fameux plan que tu détaillais. Effectivement, ça, ça peut aller très vite. Mais d'abord, effectivement, il faut que... Mais il y a des gens, moi je sais, j'étais patient, ça m'est arrivé d'aller voir une diète, et il y avait tout de suite une confiance, il y avait tout de suite quelque chose, et du coup, on déroule le plan, et puis ça va comme sur des roulettes, et ça se passe super bien, parce que des fois, humainement, ça matche bien tout de suite, et des fois, il y a besoin d'un peu plus de temps, c'est une relation humaine qui s'installe. Mais après, une fois qu'elle est là, effectivement, il y a des outils pour ça, donc ça peut aller vite.
- Speaker #1
Oui, et puis c'est intéressant, parce que c'est problématique de... Les problèmes corporels, en fait, c'est des problèmes ratiques relationnels. C'est comment je relationne avec ça. Et donc, c'est vraiment un problème de relation, au final. Et ça ne peut se réparer que dans une relation. Donc, c'est important de tout miser sur la qualité de la relation. Tous les soignants sont généralement de plus en plus attentifs à ça. C'est de créer des relations sécures.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Merci beaucoup Florian, l'épisode touche à sa fin moi j'aime bien on a encore 5 minutes j'aime bien pour finir l'épisode poser des questions un peu plus personnelles notamment il y a deux questions qui me tiennent un petit peu à coeur, d'autant plus quand c'est un diététicien, si tu devais définir toi ton rapport à ton alimentation comment tu le verbaliserais ?
- Speaker #1
Alors je le verbaliserais comme la nourriture c'est de la vie qui rentre dans la vie Merci. Donc quand je me nourris, c'est pour nourrir à la fois mon corps physique, j'ai envie de dire mon corps émotionnel, c'est-à-dire cet aliment me fait du bien, et mon corps symbolique. Mon corps symbolique, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est que mes choix, finalement, me servent à équilibrer ces trois choses-là. Je donne un exemple, moi je ne mange pas d'animaux. Quand je fais ces choix-là, symboliquement, c'est important pour moi, ça me donne ce sentiment de cohérence. Et donc moi, la nourriture, c'est de la vie qui rentre dans la vie. c'est-à-dire que C'est quelque chose de vivant, la nourriture, qui vient harmoniser le vivant. C'est ce type de relation que je veux avoir avec moi. C'est comment je peux harmoniser ma physiologie, mais aussi mes émotions, m'amener ma dose de satisfaction quotidienne, mais aussi le côté symbolique. C'est les valeurs. C'est de se dire que ce qui rentre dans mon corps, ça nourrit aussi cette symbolique. C'est bête, mais quand j'achète des légumes qu'on poussait chez... petit artisan que je connais, qui travaille dur, qui se lève tôt le matin, ça n'a pas le même goût que des trucs, la barquette Pierre Martinet ou autre, il faut citer trois marques, Bonduelle, Monique Ranouche, je ne sais pas quoi.
- Speaker #0
On se fera embêter,
- Speaker #1
je pense. C'est pas bon signe si je me fais embêter. Donc c'est aussi comment on peut être attentif à nourrir ces trois fonctions et c'est un petit peu comme ça que j'essaie de prendre soin de moi.
- Speaker #0
C'est intéressant ce que tu dis parce que ça renvoie un petit peu à... au nom que moi j'ai choisi diète et gourmand et derrière la gourmandise, bien sûr il y a la bonne gourmandise de qualité mais derrière la bonne gourmandise de qualité, il y a toutes ces valeurs-là ces valeurs de terroir ces valeurs de bons produits, de bonnes choses et derrière c'est important parce que moi diète et gourmand c'est deux termes, il ne fallait pas que j'en ai beaucoup, c'est un peu le nom d'une marque entre guillemets on va dire mais derrière cette gourmandise-là moi je me retrouve beaucoup dans ça, dans ces valeurs d'être aligné avec ces valeurs et comme tu dis de vraiment faire un choix on... Quand on va faire ses courses, on fait un choix. On exprime beaucoup de valeurs.
- Speaker #1
C'est d'être propre à chacun. Ce n'est pas quelque chose de transposable. Par exemple, si je te parle sur ma relation avec les animaux, je ne suis pas du tout militante ou quoi que ce soit. C'est de moi à moi. C'est de faire de soi à soi. C'est vraiment important. Sinon, on peut être encore dans des contraintes, des espèces de règles sociétales. Ça serait bien de faire comme ça. Ça serait bien de manger bio. Définissez vos propres normes. définissez vos propres normes et alignez-vous en termes de valeur. Donc, ces trois dimensions, la physiologie, les émotions et le symbolique. Si on arrive à être aligné sur ces trois points-là, c'est des préoccupations de bourgeois, j'en ai conscience. Il y a quand même un milliard de personnes sur cette planète qui crèvent la cale. Leur préoccupation, c'est déjà leur physiologie. J'ai bien conscience...
- Speaker #0
Quand on parlait de survie qu'on a pu, nous, mais elle est quand même présente chez une certaine partie de la population, malheureusement. D'ailleurs, tu l'as un petit peu évoqué, c'est une question que je posais un petit peu dans des épisodes. Des fois, les politiques ont tendance à étiqueter certains types de pratiques. Je fais des gros raccourcis, mais on les retrouve. Je me souviens, il y avait le barbecue, c'était un truc plutôt d'homme de droite, blanc. Moi, je ne suis vraiment pas à l'aise avec ça, parce qu'effectivement, comme tu le dis, se nourrir et faire des choix alimentaires, c'est vraiment... La conséquence, c'est un acte fort qui reflète beaucoup de choses. Et on ne peut pas dire parce que tu es végétarien, tu seras plutôt de gauche. Il y a beaucoup de raccourcis comme ça. Et je trouve qu'il y a un communautarisme alimentaire qu'on voit apparaître un petit peu. Et même de façon des fois un peu involontaire chez les personnes. Même quand ce sont des interviews de podcast d'humoristes ou de personnalités un petit peu publiques comme ça. Il y a toujours un besoin un peu revendicatif derrière ça. Qu'est-ce que tu en penses toi de tout ça ? Après, ce commute, communautarisme là.
- Speaker #1
Ouais moi je pense que si on veut vraiment être bien dans notre vie, dans nos choix, dans notre manière de vivre d'une manière générale, faire nos choix alimentaires, c'est de plus en avoir rien à foutre du regard des autres quoi. Vraiment être centré sur nous. Ouais j'en ai... je pourrais répondre quand même à pas mal de critères du bobo, je sais pas quoi, je suis un homme blanc, j'habite dans un quartier assez résidentiel, je suis végétarien et je veux ou le grand bagnole électrique. J'en ai rien à carrer. C'est comment on peut développer cette relation, finalement, à être ok avec ce qu'on fait indépendamment de ce qu'en pensent les autres. Forcément, on va catégoriser, on va politiser les choses, parce que c'est aussi une politisation presque, j'ai envie de dire, arbitraire. Se dire, est-ce que la personne qui fait un barbecue, est-ce qu'elle fait un crime ? Si c'est sa manière aussi de passer, au niveau symbolique, aussi, tu vois, la... La sociabilité, ça fait aussi sa manière de nourrir cette sociabilité, ses émotions. Il parle à symbolique d'un bon morceau de viande avec les copains. Moi, je ne partage pas, mais j'ai envie de dire que chacun soit à l'aise avec ce qu'il fait. C'est important sans en avoir à faire du regard des autres.
- Speaker #0
Justement, tout à l'heure, l'épisode est sur la relation avec le corps, mais je pense qu'effectivement, quand on en vient trop revendicatif, c'est déjà un signe de ne pas forcément être super ultra aligné, d'avoir ce besoin de se revendiquer quelque chose. pour moi en tout cas, moi je le vis un peu comme ça si tu me dis que t'es végétarien et que je devrais être végétarien parce que si j'ai l'impression que c'est un début de mauvaise relation où t'as tellement besoin de te justifier que comme tu disais tout à l'heure t'as pas une relation forcément très apaisée avec ça t'as forcément besoin de le bon c'est peut-être ma façon de voir les choses mais moi j'aime bien, au contraire moi j'aime bien la différence et j'aime bien moi je suis pas végétarien, je suis totalement ouvert à cette question là Je ne vais pas me justifier, mais c'est quand même un sujet que je me pose. J'ai quand même essayé de réduire ma consommation de viande avec ma femme. On se dit, le soir, ce serait bien qu'on essaye d'être végétarien, parce que ça ne ferait pas de mal et tout ça. Mais j'aime bien, au contraire, j'adorerais l'idée de faire un repas avec vraiment un viandard, limite de rassembler un petit peu les clichés et d'être capable de discuter de tout ça avec eux, de façon sereine, bienveillante et ne pas être dans le jugement. Et moi, je trouve que c'est ça qui est intéressant, au contraire.
- Speaker #1
Oui, et puis je pense que d'une manière générale, ça enrichit notre expérience de se confronter à des personnes qui ont des modes de fonctionnement différents de nous. Tu vois, moi je ne sais pas, moi j'adore discuter avec des chasseurs parce que ce n'est pas ce que j'aimerais. Ma vision de l'animal, c'est que ce n'est pas quelque chose... Et c'est intéressant de comprendre aussi comment ils fonctionnent. On a le droit de ne pas être d'accord, on a le droit de... Je pense que pour revenir au rapport à la nourriture, c'est un peu comme le rapport au corps. C'est-à-dire, c'est être à l'aise avec ce qu'on est. sans chercher la vagie à ce plomb des autres. Si je suis à l'aise dans mon image corporelle, avec mes cheveux blancs, et que je n'ai pas envie de me faire de couleur, c'est ok. Si je suis à l'aise avec me faire une couleur, c'est ok. Si j'ai envie de me laisser pousser les poils sous les aisselles, c'est ok. C'est ton corps, c'est à toi de définir tes normes. J'ai envie de dire, en te moquant un petit peu de ce qu'en pensent les autres. Parce que de toute façon, peu importe ce que tu fais, les gens auront un avis sur toi.
- Speaker #0
Bien sûr, surtout en...
- Speaker #1
Et personne ne fera d'avis positif. Si je me coupe les cheveux, il y a peut-être des gens qui vont trouver ça très beau et d'autres très moche, mais ça, je m'en fous. Si je me coupe les cheveux, ça va être mes normes avec moi. Donc, appliquer nos propres normes, que ce soit en termes de choix alimentaires et en termes d'images corporelles, de se débarrasser un petit peu, finalement, de ce qu'en pensent les autres.
- Speaker #0
La vraie liberté, elle est là, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est un vrai travail. Je ne sais pas si on y arrive tout le temps. Ça serait utopiste de dire qu'on se libère totalement de regarder l'autre. on est des animaux sociaux donc sensibles au regard des autres et de ne pas se laisser emprisonner là-dessus tu vois donc c'est pour ça Les questions, même si je suis catégorisé d'un endroit à l'autre, en fait, je m'en fous totalement, ça m'aide. Tu peux penser ce que tu veux.
- Speaker #0
Bien sûr, tout à fait.
- Speaker #1
Moi, ça me passera au-dessus de la tête.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que c'est une quête un petit peu, ça rejoint un petit peu le thème de l'épisode. C'est un peu une quête à avoir un petit peu au quotidien. Donc, c'est intéressant. Dernière petite question, moi, que j'aime bien sur le rapport à l'alimentation, mais le tien. Un objet culturel, un film, un livre qui évoque l'alimentation de près ou de loin, quelque chose qui te tient vraiment à cœur, que tu adores ou que tu recommandes ?
- Speaker #1
C'est intéressant parce que, comme je t'ai dit tout à l'heure, je n'ai pas préparé.
- Speaker #0
Alors avec Duncan que tu connais bien on a évoqué Pulp Fiction
- Speaker #1
J'ai un truc qui me vient ça va plutôt sur cette histoire de rapport au corps parce que finalement ça m'intéresse presque autant que le rapport à la nourriture tout autant parce que c'est intéressant de mettre de l'esprit critique sur cette histoire de rapport au corps et moi je suis un vieux gars et j'ai il y a je sais pas combien de temps ça a peut-être plus de 20 ans, il y avait Bridget Jones Ok Tout le monde connaît Bridget Jones. Et notamment, les femmes de ma génération, elles ont grandi avec Bridget Jones. C'est peut-être même plus de 20 ans.
- Speaker #0
Mais il y en a eu un récemment, je crois. Donc, je pense qu'il y a une nouvelle génération qui connaît aussi. C'était là une suite, peut-être un numéro 3. Mais il n'y a pas si longtemps que ça.
- Speaker #1
C'est intéressant quand on regarde le premier, en tout cas, c'est de voir que c'est une femme qui a un corps qui est totalement dans une norme. Elle a un corps tout à fait classique. Tout au long. du film, c'est elle se voit comme grosse, elle en lutte contre ça. Et c'est intéressant parce que si on a laissé croire aux femmes que ça, c'était un corps qu'il fallait contrôler, c'est quoi les petites graines qu'on a mises dans le cerveau des femmes ?
- Speaker #0
C'est intéressant,
- Speaker #1
c'est juste de pouvoir avoir un peu, quand on regarde un film, c'est-à-dire, mais finalement, ce film qui a marqué toute une génération de femmes, et d'hommes d'ailleurs, c'est pas que les femmes qui l'ont regardé, c'est finalement avec quel... type de méchage j'ai grandi ? Qu'est-ce qui fait aussi que j'ai ces problématiques d'image corps-parole ? Parce que si on a laissé croire à des femmes qu'un corps, ça devait se contrôler. Qu'en fait, elle était grosse et qu'elle serait plus séduisante et plus valable si elle avait des kilos en moins. Comment ça a influencé aussi ma représentation du corps ? Donc, c'est intéressant parce que moi, je suis persuadé que si on met un peu d'esprit critique aussi sur qu'est-ce qui fait que c'est tant difficile cette relation au corps et à la nourriture ? Qu'est-ce qui s'est passé dans mon développement aussi, dans mon enfance, dans mon adolescence, qui fait que Je suis obligé de me comporter comme ça, tu vois. Donc, ça peut être intéressant de... Peut-être, c'est un truc que je vous inviterais à faire, c'est de regarder Bridget Jones, mais avec le regard critique, avec cette focale-là, c'est-à-dire la pauvre, finalement, quoi. La pauvre qui est soumise à ses injonctions, on le voit dans le contrôle, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vue, mais elle monte sur la balance, elle essaie de faire des régimes, elle fait toutes ces choses-là. Et plutôt que de le regarder avec quelque chose qui est un peu plus modélisé, c'est aussi de la regarder avec l'angle de la compassion. Oui,
- Speaker #0
parce que ce qui est un petit peu ambivalent là-dedans, c'est que c'est un peu la looseuse, mais il y a le côté rigolo de la looseuse, on entretient un peu ce truc-là, mais effectivement quand tu regardes avec l'esprit critique, tu te dis, bah ouais, mais il y a quand même beaucoup d'injonctions, tu subis beaucoup de choses, cette image, ce rapport au corps, il n'est pas que dans de la, oui je suis un peu une perdante, mais je suis une perdante rigolote et je suis sympa et je fais quand même rire les mecs et du coup ça se passe malgré tout quand même pas trop mal. Mais non, il y a quand même plus que ça.
- Speaker #1
C'est même encore plus violent. C'est encore plus violent. Cette image-là, finalement, si je ne veux pas être une looseuse, c'est quoi ? Soit je suis une looseuse qui devrait perdre du poids, sinon je suis obligé de faire rire. C'est très essentialisant, je trouve. C'est très, à mon avis, problématique de se dire aussi qu'on n'a pas grandi dans une culture qui prend soin du corps. On n'a pas grandi dans une culture qui nous aide à nous sentir bien dans notre corps et que même politiquement, rien n'est fait pour que les hommes et les femmes se sentent bien dans leur corps. Et je pense, moi, qu'il y a une volonté politique, je vais peut-être un peu loin, que ça arrange bien les choses parce que ce sentiment d'insatisfaction corporelle, il est bon pour le business.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #1
Et donc, ça va être intéressant. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas une priorité de santé publique, par exemple ?
- Speaker #0
C'est vrai, on se pose toujours la question. C'est quand même du bon sens. De dire en santé publique, de développer un bon rapport à son corps, d'une bonne alimentation. C'est des choses qu'on n'apprend pas, en fait. Ou alors, tu tombes sur un prof ou un éducateur qui est sensibilisé là-dessus, mais qui peut venir aussi avec toutes ces valeurs un peu exacerbées, qui peut être dans des discours, des fois, un peu too much. Donc, c'est compliqué. Dans l'enfance, déjà, c'est très disparate selon les profs et les maîtres sur lesquels tu vas tomber. Et oui, tout ça, ce n'est pas du tout un projet global.
- Speaker #1
On est bien d'accord. Moi, j'ai lu une étude qui montre que...
- Speaker #0
Au Canada, une petite fille sur deux à 8 ans est déjà préoccupée de manière exagérée par son corps. Et cette information-là, elle me donne juste un nausée. C'est insupportable. Finalement, déjà à 8 ans, il y a déjà une petite fille sur deux qui relationne mal avec son corps, avec son poids. Tu vois, c'est le problème de la tique avec le poids. Et c'est de se dire, qu'est-ce qu'on fait aussi pour... Qu'est-ce qu'on fait dans notre société pour que les gens aillent bien ? Qu'est-ce qu'on fait pour promouvoir une image corporelle saine ? Qu'est-ce qui fait que... Qu'est-ce qu'il fait ? Parce que les premiers à en souffrir, quand même, c'est quand même nos adolescents.
- Speaker #1
Ouais, bien sûr.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on fait pour aider la santé mentale de nos adolescents ? Qu'est-ce qu'on fait pour nos adolescents pour aller bien ? Et en fait, c'est un peu mon indignation, je terminerai peut-être... Non, mais t'as raison, parce que c'est un vrai sujet. Un big loop, qu'est-ce qu'on fait de notre jeunesse ? On sait que les troubles alimentaires, ça explose chez les jeunes, on sait que... un lycéen sur deux a des problèmes de santé mentale et vous voyez ce problème de rapport à la bouffe, de rapport au corps ça en fait partie et comment on pourrait être dans une société aussi qui nous aide à mieux vivre avec les corps avec cette diversité corporelle plutôt de se centrer sur on a des corps, comment on peut aller bien avec, peu importe s'ils sont petits grands,
- Speaker #1
gros j'ai l'impression qu'il y a un truc un peu établi de se dire c'est normal de ne pas être bien quand on est ado, le mal-être adolescent finalement euh C'est un peu l'étape, ça fait partie de la vie. Effectivement, on ne prend pas ce problème à bras-le-corps. On a quand même là, je ne sais pas, chers auditeurs, à quelle époque vous écoutez le podcast, parce qu'il sera amené à rester longtemps, mais là, on a quand même eu un fait divers vraiment dramatique avec une lycéenne qui est harcelée et qui se suicide et qui a été voir juste avant son proviseur et qui n'a pas pris le problème à bras-le-corps. Ça montre bien quand même qu'il n'y a pas ce problème-là et pas d'un point de vue national et quand même pas questionné. En tout cas, il y a beaucoup de choses à faire dessus encore.
- Speaker #0
Oui, en fait, je crois qu'on sacrifie notre jeunesse, qu'il n'y a pas de projet pour notre jeunesse, pour qu'ils se rendent bien. Je pense que tout simplement, parce que ce ne sont pas des électeurs, donc on a plutôt à entretenir les gros électeurs, les gens plutôt âgés. Nos politiciens sont aussi très, très éloignés de la jeunesse parce que la majorité de nos politiciens ne sont pas jeunes.
- Speaker #1
Non, non, c'est sûr.
- Speaker #0
Ils ne sont pas jeunes et ils ne le sont plus depuis longtemps, en tout cas. Donc, oui, et ça, c'est vraiment quelque chose qui me tient à corps. c'est comment on peut Et peut-être même pour les auditeurs, si vous êtes parents, etc. C'est comment vous pouvez aider, ne serait-ce que vos enfants, à avoir une bonne relation avec la nourriture et avec leur corps ? Comment vous pouvez, vous, peut-être les aider aussi à entretenir cette bonne relation avec la bouffe ? Parce que c'est de la joie, la bouffe.
- Speaker #1
Et c'est marrant parce que ça commence très tôt aussi. Moi, j'ai deux enfants, ils ont deux et trois ans. Et c'est marrant parce que des fois, on reproduit un petit peu les schémas qu'on a pu avoir quand on était petit de « finis ton assiette » . Et là, depuis vraiment les tout débuts, je me dis « mais attends, mais déjà, il a… » Mes enfants, ils mangent un truc que je leur ai préparé. Ils ne m'ont pas dit je veux manger ça. Ce n'est pas eux qui ont choisi les aliments. C'est moi qui ai mis dans l'assiette. C'est moi qui ai mis une quantité dans l'assiette. Donc oui, s'ils n'ont plus faim, ils n'ont plus faim en fait. S'ils en ont mangé même un tiers, ils ont peut-être mangé à leur faim et ça suffit. Et ce truc de finis ton assiette, finis ton... Enfin, les trucs qu'on a pu nous entendre et qu'on entend encore beaucoup. Mais tous ces phénomènes-là, toutes ces choses-là qu'on transmet de façon involontaire. Des fois, pareil, le petit pas de recul, le petit pas de côté. De dire non mais attends, je vais nous rendre quoi en fait ? et je lui ai juste demandé de se mettre à table et de se taire et de manger ce que je lui donne il a fait aucun choix et il faudrait qu'il mange tout parce que je lui ordonne et ça commence là déjà c'est simple parce que c'est pas faire d'erreur en tant que parent juste déjà se questionner comment je peux aider mes enfants à être bien avec la nourriture dans une relation sereine,
- Speaker #0
tranquille et aussi avec leur corps j'ai ma fille qui a 12 ans je l'ai beaucoup éduquée aussi à À la maison, il est interdit de critiquer le corps des autres. Il est interdit de critiquer son propre corps.
- Speaker #1
Ça permet d'en discuter.
- Speaker #0
C'est très rigolo parce qu'il n'y a pas très longtemps, j'ai fait un petit commentaire sur le corps de quelqu'un en disant qu'elle a l'air un peu fatiguée. Ma fille me dit, papa, tu sais que ça ne se fait pas de critiquer le corps de quelqu'un.
- Speaker #1
C'est bien.
- Speaker #0
Là, le boulot est fait. En partie, il est fait. Ça doit nous animer, nous, en tant que parents, d'éducateurs, vraiment... pouvoir garantir que nos enfants grandissent avec une relation avec la nourriture qui soit saine dans tous les sens du terme. Oui,
- Speaker #1
parce qu'à trop vouloir bien faire, des fois, il y a ça aussi. Moi, j'ai vu avec ma femme dans une boulangerie une fois, et sur un petit, pareil, 7-8 ans, et la personne dit « Non, c'est du sucre, c'est pas bien, faut pas en manger. » Parce que le petit réclamait un croissant ou un pain au chocolat, il était 16h. Donc là, je me suis dit « Waouh, dis donc, ça va trop loin là aussi. » Là, on est dans le contrôle fric qui veut. C'est pareil, ça va générer des... Potentiellement, on sème des graines qui ne sont pas saines non plus.
- Speaker #0
Oui, et puis ça peut être effectivement délétère s'il y a beaucoup de ces messages-là. Et puis en même temps, ce n'est pas évident d'être parent. Je ne dis pas de se juger en tant qu'éducateur. En tant que parent, c'est juste se questionner de manière un peu bienveillante. Est-ce que ça peut être délétère ? Comment je peux faire ?
- Speaker #1
juste interroger parce qu'encore une fois ils n'avaient pas de bonnes intentions encore une fois là moi je n'interpelle pas la personne parce que comme tu le disais tout à l'heure si ça se trouve deux heures avant ils venaient de manger un dessert ils avaient fait un gros repas on ne connait pas le contexte donc là moi je n'ai pas du tout à juger ça mais c'est vrai que tu te dis j'espère que ce n'est pas ça tout le temps tous les jours pour le petit et ou alors si c'était dans le bon contexte parce qu'effectivement on n'avait pas conscience de ce contexte là donc c'est pour ça on fait le pas de côté on ne dit rien non plus il ne s'agit pas de donner la leçon à tout le monde pas du tout ça les podcasts comme ce podcast à la suite
- Speaker #0
fait, bravo pour ce travail-là, ça vulgarise aussi une représentation de qu'est-ce que c'est qu'il y a une bonne rapport à la nourriture, parce que des fois, on sait plus, on a l'impression qu'effectivement, ce qui serait bon pour nos enfants, c'est de leur dire attention au sucre, attention à ci, attention à ça, parce qu'on pense bien faire. Et de pouvoir aussi se dire, non, un bon rapport avec sa nutrition, c'est peut-être effectivement de pêcher par aucun excès, de ne pas être dans des suralimentations d'aliments ultra-transformés, mais pas non plus être dans des interdits, de remettre toutes ces nuances, remettre de la joie, remettre du bon sens, et remettre toutes les émotions aussi j'ai envie de dire positif, ce serait de se mettre autour d'une table et être joyeux autour d'une table. C'est quand même un truc super important.
- Speaker #1
Quand tu prends un diet autour de ta table, des fois, moi je le vois avec mes potes, depuis que je suis diet, il y a toujours ce petit... Alors, évidemment, des fois, c'est sur le ton de la légèreté pour dire je sais que t'es diet et machin et tout, mais malgré tout, moi je suis sans arrêt en train de dire là on se fait plaisir, on mange ce qu'on veut. Moi, je ne juge pas. En plus, je ne viens pas là. Moi, je vais manger chez des potes. Je ne viens pas analyser ce que tu vas manger là. Puis, encore une fois, ce qu'on disait tout à l'heure, Ça ne sera absolument pas représentatif de ton alimentation. Je ne vais pas la juger là, sur un repas plaisir d'un dimanche midi, où on va se recevoir, faire un truc un peu gourmand, on va peut-être picoler un peu, on va être joyeux, puis tout va bien se passer. On ne va pas juger ça, on n'est pas là-dedans. Mais on est vraiment perçus là-dessus encore. Peut-être aussi parce qu'il y a des vieilles pratiques qui sont un peu restées dans les mémoires. Moi, je sais que dans mon métier aussi, je travaille pour une fondation, et du coup, dans tous les établissements qui accueillent des personnes handicapées, Il y a aussi des diètes qui me mettent des régimes hypocaloriques parce qu'ils estiment que la personne a 2 kilos à perdre. Du coup, il y a des restrictions de fou. On le voit encore malgré tout, ça aussi. D'ailleurs, si cette image-là, elle existe, il n'y a pas de fumée sans feu, concrètement.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Malheureusement, si tu veux, la diététique, pendant longtemps, a été la maigrisologie, cette pratique du contrôle du corps. Et en fait, ce n'était pas du soin. C'est important et c'est même anti-diététique parce que la diététique, finalement, étymologiquement, C'est un mode de vie qui te permet de prendre soin de toi, autant de ta santé physique que ta santé mentale ou que ta santé sociale. Donc si tu passes du bon temps avec les amis, puis que vous buvez un petit verre de vin avec ses conviviales, tu es bien en train de prendre soin de ta santé. Donc c'est bien dynamique. Donc c'est un peu revenir un peu à l'étymologie et de réintégrer la dimension que la santé physique, elle est tout aussi importante que la santé mentale et sociale, que ces trois santé, en fait, elles sont en interaction permanente et qu'il n'y en a pas une qui prime sur l'autre. Donc peut-être que là, je suis en train de manger la deuxième part de gâteau, Peut-être que je prends soin de ma santé émotionnelle et sociale. Peut-être que ma santé physique, je rééquilibrerai ça demain. C'est d'élargir les représentations qu'on a de notre métier. C'est hyper important de ne pas se laisser emprisonner dans cette logique d'amaigrisologie. Parce que ça, ça existe encore. Le diététicien qui donne les régimes, qui contrôle,
- Speaker #1
qui balance un plan alimentaire. Fin de première séance, maintenant tu vas manger comme ça.
- Speaker #0
Et puis ça, en fait, c'est plus de la diététique. En fait, c'est nuisible. C'est important. Je ne suis pas trop confronté à des questions sur ma bouffe et tout, parce qu'en fait, j'en ai un peu rien à foutre. Et ça m'a aussi d'être totalement détaché de ça. De dire, tu penses à moi, mais ferme ta gueule, c'est à moi d'avoir besoin.
- Speaker #1
Oui, ça, c'est un moyen assez drôle, justement,
- Speaker #0
de lâcher prise sur le regard des autres et d'une manière générale, quand même, très, très libérateur. Si quelqu'un me dit, d'habitude, il s'excuse les gens, d'habitude on ne fait pas à manger comme ça.
- Speaker #1
Mais moi c'est pareil. Moi je dis je m'en fous en fait. Tu fais ce que tu veux, de toute façon t'es chez toi, tu fais ce que tu veux, j'ai pas à te juger. Mais c'est toujours un sujet qui revient un petit peu. Bah écoute, Florian, merci beaucoup. Donc tu disais, dernière petite chose, petite actualité, donc deuxième livre en cours de préparation ?
- Speaker #0
Ouais, deuxième livre en cours de préparation, sur lequel je travaille tranquillement, qui s'appellera Réparer le comportement alimentaire, qui sera Wow. Un peu complémentaire de « Je fais la paix avec mon poids » , qui était lui, abordait plutôt comment on peut relationner avec son corps et la nourriture de manière plus apaisée. Là, il va être plus axé sur justement la réparation du comportement alimentaire, comment renouer avec un comportement alimentaire plus serein, mais peut-être aussi moins compulsif, etc. Donc, il va être orienté sur la thérapie comportementale et cognitive.
- Speaker #1
Super. Eh bien, écoute, on surveillera ça de près. Peut-être qu'on aura l'occasion de faire un épisode sur ce livre. Ce sera avec grand plaisir en tout cas. Merci beaucoup à toi, Florian, d'avoir accepté l'invitation. C'est quelque chose que je dis vraiment tout le temps, mais ça me touche beaucoup. Quand j'ai lancé ce podcast, je n'avais pas cette notion-là de se dire que c'est quand même cool que les gens se déplacent pour enregistrer un épisode de podcast, de parler d'un sujet qui nous tient à cœur, de défendre une cause aussi qui nous tient à cœur. C'est vraiment chouette de voir l'engagement aussi de mes invités. Ça fait vraiment plaisir. Merci beaucoup pour ça. je suis vraiment toujours très touché des... Les invités qui se déplacent pour enregistrer, c'est vraiment un truc très chouette. Et ça donne du sens à tout ça. Donc, merci beaucoup pour ça.
- Speaker #0
Merci à toi aussi pour ce podcast, pour l'invitation. Parce que je pense que c'est d'utilité publique, ces podcasts. Donc, merci à toi.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Florian. Merci beaucoup. Et puis, quant à vous, chers auditeurs, très vite pour un nouvel épisode de Diété Gourmand, le podcast. Salut, à bientôt.
- Speaker #2
Tu vas te rendre malade avec des régimes à la conpe.