- Speaker #0
Et t'as 40% de patients qui n'ont pas de symptômes.
- Speaker #1
Donc du coup c'est clairement l'arythmie la plus fréquente.
- Speaker #0
Et à partir de 55 ans, on sait qu'il y a une personne sur trois qui va avoir de la choculation atriale.
- Speaker #1
Il y a le risque d'accident vasculaire cérébral.
- Speaker #2
Aujourd'hui, on va vous parler de l'arythmie la plus fréquente dans le monde, qui probablement atteint un de vos proches sans le savoir. Avec le docteur Ardalan Sharif Zadegan, rythmologue. et spécialiste des troubles cardiaques. On va vous expliquer comment la repérer, la diagnostiquer et surtout la traiter. Alors on y va !
- Speaker #1
La fibrillation artérielle, déjà pourquoi on en parle, c'est quoi et pourquoi tu as souhaité vraiment balayer ce sujet de A à Z ? Alors vaste sujet,
- Speaker #0
effectivement de A à Z, on va essayer d'y aller étape par étape et bien sûr tu m'arrêtes, tu poses des questions. La fibrillation atriale, c'est l'arythmie, comme tu le sais, qui est la plus fréquente au monde. Alors attention, ce n'est pas une arythmie qui est grave. Quand on est en arythmie, il n'y a pas de danger mortel pour le patient. Et donc, on note tout de suite cette crainte du patient. Mais c'est l'arythmie la plus fréquente. C'est la plus fréquente et on estime, en termes de prévalence, C'est-à-dire qu'il y a un... 1% de la population française qui fait de la fibrillation atriale. On dira FA peut-être durant la discussion, mais 1% c'est beaucoup. Et dans le monde, 50, 55 millions... 700 000 personnes,
- Speaker #1
pardon, désolé.
- Speaker #0
55 millions quand même dans le monde. Et ça, ça augmente avec l'âge. Donc 10%, plus de 10% des personnes au-delà de 80 ans font de la fibrillation atriale.
- Speaker #1
C'est énorme.
- Speaker #0
Et à partir de 55 ans, on sait qu'il y a une personne sur trois qui va avoir de la fibrillation atriale. Et on sait qu'il y a un peu plus d'hommes quand même qui font de la fibrillation entriale. Voilà. Et donc c'est une arythmie. Mais arythmie, c'est un mot, un fourre-tout qui ne veut pas dire grand-chose. En tout cas, c'est un trouble du rythme. Ce sont des synonymes qui viennent des oreillettes. Donc les oreillettes sont au-dessus des ventricules. Et comme je l'ai dit, ce n'est pas grave. Ça, c'est la première chose. Le diagnostic se fait grâce à un enregistrement. Donc c'est un électrocardiogramme. ou un enregistreur de plus de 30 secondes, par exemple un Voltaire, ou encore maintenant des montres connectées qui font des électrocardiogrammes, permettent, en enregistrant, en mettant le doigt dessus, de faire un électrocardiogramme. Et donc, on a la preuve électrique et on a le diagnostic. On pourra reparler des montres connectées. Bien sûr, on en reparlera. Sur le plan physiopathologique, et ça, on peut en discuter aussi, c'est important. Donc, le rythme sinusal, c'est le rythme normal. C'est un pacemaker physiologique, c'est le chef d'orchestre du cœur, c'est la carte mère si on veut, qui envoie l'impulsion de l'oreillette droite vers le nœud atrioventriculaire. Et ensuite, l'énergie électrique va être déployée au ventricule et le cœur se contracte. Ça c'est vraiment le schéma classique.
- Speaker #1
Qui arrive une fois par seconde, c'est vraiment toutes les contractions ?
- Speaker #0
Exactement, normalement entre 60 et 100 par minute au repos. Plus sport et un peu moins quand on dort. Et ce qui se passe, c'est qu'avec de nombreux facteurs, c'est très multifactoriel la fibrillation atriale. Les patients cherchent une cause, non, c'est multifactoriel, toujours. Mais généralement, on retrouve l'hypertension, le diabète, l'obésité, des cardiopathies, le fait d'avoir une maladie du cœur, bien sûr l'âge, il y a l'apnée du sommeil. Ça, c'est les grandes parties du diagnostic. Et après, on a d'autres petites choses qu'on voit quand on voit beaucoup de fibrillation atriale. On a des phénomènes familiaux. On a du sport à haute intensité, donc les grands trailers marathoniens ont aussi de la fibrillation intracrétine. Et après, on a des choses un peu moins connues, mais que nous on connaît. Mais il y a l'anxiété, le surmenage et les troubles du sommeil. Ça, ce sont toutes ces questions-là. En quelques questions, on les évalue tout de suite avec le patient. Donc ça, ce sont les raisons qui donnent une dilatation de l'oreillette gauche. Et lorsque l'oreillette gauche est un peu étirée... Ça étire les muscles du cœur, les myocytes. Et au niveau des veines pulmonaires, c'est là que ça commence. Il y a quatre veines pulmonaires qui viennent du poumon, s'aboucher dans l'oreiller de gauche. Et à cet endroit-là, on a des foyers, donc des excitations, des foyers ectopiques, des extrasystoles, tout ça c'est synonyme. Et ça va bombarder, ça va s'exciter, et ça va taper entre 400 et 600 par minute.
- Speaker #1
Donc en gros, juste pour que les gens se visualisent bien... au niveau des veines pulmonaires quand tu dis que ça bombarde c'est que 400 à 600 fois par minute il y a l'oreillette gauche qui est à chaque fois sollicité bombardée par ces signaux
- Speaker #0
De la dilatation qui est macro ou micro ou même au niveau du tissu, il va y avoir ces excitations. Et quand elles vont taper, c'est des milliers d'extracistoles. C'est un bombardement et ça se contracte tellement vite que l'oreillette est comme ça. D'où le terme de fibrillation, parce qu'elle fibrille. Et comme elle fibrille, elle a des battements inefficaces. Et ces battements inefficaces donnent un... Des sensations de palpitations, mais il peut y avoir aussi la fatigue, il peut y avoir l'essoufflement, il peut y avoir parfois des vertiges, des douleurs thoraciques atypiques. Et donc, il y a beaucoup de symptômes, mais ce qui se passe initialement, c'est l'oreillette qui va très vite et de façon anarchique.
- Speaker #1
Les symptômes, tu les as tous cités. Est-ce qu'on peut ne pas avoir de symptômes ? Est-ce qu'on peut en avoir ? Et si on peut en avoir, quels sont-ils ? Et à quel point ça peut être grave ? les manières de se rendre compte qu'on fait de la fibrillation atriale ?
- Speaker #0
Très bien, très bien. Nombreuses questions. Je vais essayer, tu m'arrêtes si c'est trop complexe. En pratique, pour les patients qui ont des symptômes, on les appelle les patients symptomatiques. Les patients symptomatiques, généralement, le cœur bat très vite et de façon irrégulière. Ce n'est pas très agréable. Ça s'appelle les palpitations. Les palpitations, ça veut dire j'ai le cœur qui fait n'importe quoi. Mais ça ne veut pas forcément dire que j'ai de la fibrillation. Ça veut dire que je ressens que mon cœur ne bat pas normalement, soit irrégulièrement, soit trop rapide. En tout cas, on retrouve des palpitations chez les patients qui font de la fibrillation atriale. Ils peuvent être rapidement très essoufflés. Ça veut dire qu'en montant un étage, deux étages, ça ne va pas du tout. Ou bien ils sont fatigués tout au long de la journée. Ensuite, on a un peu moins fréquent, on peut avoir des vertiges, des difficultés à parler et des douleurs thoraciques un peu atypiques. C'est-à-dire un peu hasardeuse, mais pas vraiment localisée. Ça, c'est pour les patients symptomatiques. C'est vraiment ce qu'on retrouve habituellement. Mais tu as 40% de patients qui n'ont pas de symptômes. On estime à 40% les patients qui ont de la fibrillation atriale, qui ne la ressentent pas et qui sont donc totalement asymptomatiques. Au début, ils sont asymptomatiques. Ils viennent en consultation puisque toi, cardiologue, tu as envoyé un rythmologue. On voit le patient. ou bien parce que leur montre a détecté une arrêt de nuit, il y a eu un type fibrillation atriale, on les voit en consultation. Je dis, monsieur, est-ce que vous avez, ou madame, est-ce que vous avez des symptômes de type palpitations, essoufflements, fatigue ? Rien. Je suis en pleine forme. Et en fait, en discutant un peu, on sait que ces patients-là, généralement, quand on leur remet un rythme normal, ils se disent, ah ouais, c'est quand même mieux maintenant. Donc il y a une certaine auto-limitation, première chose. Et deuxième chose, ces patients-là, qui ont une arrhythmie asymptomatique, pendant longtemps on a dit on ne fait rien, on les laisse tranquilles, ils ne ressentent rien. Aujourd'hui, ça on pourra en discuter un peu plus longuement, mais les patients qui ont de l'arrhythmie asymptomatique sont des patients qui dégratent progressivement, à bas bruit, leur cœur, parce que l'arrhythmie engendre elle aussi une dilatation de l'oreillette. L'oreillette dilatée donne de l'AFA. l'AFA donne de la dilatation de l'oreillette et les oreillettes se dilatent gauche, droite et finalement on va avoir des fuites au niveau des valves et on peut avoir d'insuffisance cardiaque et donc le coeur structurellement va changer et à ce moment là ils deviendront symptomatiques peut-être dans 5 ans, peut-être dans 10 ans c'est vraiment variable pour chaque individu et à ce moment là généralement c'est plus complexe de le traiter donc on a ces symptômes qui sont typiques palpitations et soufflements fatigues, on a quand même 40% d'asymptomatiques.
- Speaker #1
Qu'est-ce que c'est un AVC et pourquoi ce n'est pas un arrêt cardiaque et pourquoi ce n'est pas un infarctus du meuble ?
- Speaker #0
Un AVC, accident vasculaire cérébral ou autre, c'est tout, embolie. Et en fait, ce qui se passe, c'est qu'on vous a parlé de la physiopathologie, le cœur au niveau de l'oreillette gauche va très très très vite et ce sang qui stagne parce que l'oreillette a une contraction non efficace peut stagner et faire des... cailloux de sang. Et les petits cailloux de sang se logent dans les recoins de l'oreillette. Le recoin le plus connu, c'est l'auricule, qui est le recoin, une petite appendice dans l'oreillette gauche. Et le sang qui stagne fait des caillots de sang. Et si ce caillot part dans le cerveau, c'est ce qu'on appelle un accident vasculaire cérébral qui va aller se boucher dans une artère du cerveau et potentiellement faire des dégâts, donc du type hémiplégie, hémiparesie, des troubles de l'allocution, etc. Et donc ça c'est vraiment l'enjeu majeur quand on voit un patient en fibrillation atriale. Notre rôle c'est de savoir s'il faut l'anticoaguler, c'est-à-dire donner un médicament qui va fluidifier le sang. Donc on a plusieurs anticoagulants et l'objectif c'est qu'ils ne fassent pas d'AVC. Et la bonne nouvelle c'est que quand vous voyez le généraliste, l'urgentiste, le cardiologue, le rythmologue, quand il fait le diagnostic, tout de suite il vous sauve d'avoir un AVC grâce à un anticoagulant si vous devez en avoir un. Les critères pour avoir un anticoagulant, c'est très carré, c'est un score de risque, ça s'appelle le CHADSVA. On va regarder si vous avez une cardiopathie, si vous avez une hypertension, si vous avez un âge supérieur à 65 ans. Si vous avez du diabète, si vous avez déjà fait un AVC, et enfin si vous avez un problème au niveau artériel, type infarctus, ou au niveau sténose des artères des membres inférieurs. Ça nous donne un score, et s'il y a un point, on donne les anticoagulants. Alors si vraiment il y a au-dessus de 2, là il n'y a aucune discussion.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Donc ça, on a parlé du C, on a parlé du A.
- Speaker #1
Plus de distinction entre l'homme et la femme, du coup ?
- Speaker #0
Effectivement. Il y avait un score qui comprenait le sexe féminin. Mais finalement, il a été enlevé pour plusieurs choses, pour des raisons un peu sociales et un peu de physiopathologie. Et globalement, ça se rejoint. Donc on a enlevé le sexe féminin du score.
- Speaker #1
Parfait. Et ça me fait rebondir sur ma prochaine question. Sexe, homme-femme, est-ce qu'il y a une distinction ? Est-ce que les femmes ou les hommes font plus de florations intra-réal ou que ça concerne les deux sexes de manière égale ?
- Speaker #0
La fibrillation atriale est plus importante chez l'homme, pour des raisons peut-être un peu physiopathologiques, mais surtout parce qu'on retrouve un peu plus quand même ces comorbidités d'hypertension, d'obésité, de diabète. Et globalement, c'est 1,5 à 2 fois plus chez l'homme que chez la femme. Mais il y a des petites spécificités. On sait que certaines femmes âgées qui font de l'arythmie, il faut faire telle ou telle ablation, intervention pour les traiter, et ça va mieux marcher. plutôt que de faire le même protocole que pour les hommes.
- Speaker #1
Parfait. Maintenant, je voulais... Donc, du coup, tu as parlé du diagnostic. Est-ce que tu peux juste rappeler comment on peut faire le diagnostic ? Et c'est surtout mettre en exergue le fait qu'il y a 40% de patients qui sont asymptomatiques. Et surtout que la fibrillation, elle peut venir et elle peut repartir aussi vite. Et donc, du coup, maintenant, en 2026, quels sont... tous les moyens à notre disposition pour pouvoir traquer cette fibrillation atriale et après potentiellement intervenir par la suite.
- Speaker #0
Il y a plusieurs parties dans la question. Il y a comment dépister ou faire un diagnostic et quelle est l'évolution de la maladie finalement. Alors pour ce qui est dépister, pour le moment il n'y a pas de dépistage de masse pour la fibrillation atriale. Généralement, l'auscultation des médecins généralistes pour les patients asymptomatiques, un électrocardiogramme quand on est suivi par un cardiologue, ça permet de dépister. Et de façon un peu plus nouvelle, on a les montres connectées qui donnent de façon spontanée des alertes de fibrillation atriale. Mais pour l'instant, même si on sait que c'est bien de dépister l'arythmie, on ne peut pas dire qu'il faut faire un dépistage et à partir de quel âge. Mais c'est bien de le dépister. mais il n'y a rien de structuré pour l'instant. Ensuite, pour ce diagnostic, ce n'est vraiment pas très complexe une fois qu'on est sur l'arythmie. Si vous êtes en train de faire une crise et que vous allez aux urgences ou chez votre médecin et que vous faites un électrocardiogramme, c'est simple, on fait l'électrocardiogramme, on a le diagnostic. Ce qui est plus complexe pour le diagnostic, c'est tous ces patients qui font des arythmies qu'on n'arrive pas à attraper parce qu'ils font une heure, cinq minutes à la maison. Le temps d'arriver aux urgences, il n'y a plus rien. On fait des examens type Holter qui durent 24 heures, mais Comme par hasard, le jour du haltère, il n'y a rien. Donc là, le diagnostic est un peu plus long et on arrive à les attraper avec les montres connectées ou en étant un peu plus patient.
- Speaker #1
Trop bien. Nouvelle technologie. On en a parlé, je sais que tu es novateur dans ça. Tu utilises. À quel point ça a changé ta pratique ? Et à quel point tu t'en sers dans la vie tous les jours ? pour aider à diagnostiquer, dépister, traiter cette fibrillation atriale ?
- Speaker #0
Là, si on parle de nouvelles technologies et rythmologie, finalement, on a beaucoup de chance. On est dans une spécialité en plein essor. Il y a beaucoup de choses, beaucoup d'informations, et il faut s'accrocher, parce que c'est très évolutif. Sur le plan du diagnostic... Si on doit faire deux parties, diagnostic et traitement, les montres connectées, petite révolution, mais bon déjà quelques années, déjà 4-5 ans. Au début, on faisait des topos aux médecins pour apprendre à l'utiliser, maintenant tout le monde sait. Et donc les montres connectées qui font des électrocardiogrammes, ce sont des machines généralement extrêmement fiables. Déjà c'est étonnant, les patients, tout le monde me pose la question, mais est-ce vraiment fiable ? C'est fiable, c'est une dérivation d'électrocardiogrammes. Vous avez un électrocardiogramme, donc en fait un cardiologue avec vous, tout le temps, où que vous soyez. Et donc si vous faites un électrocardiogramme parce que vous avez des palpitations, on pourra interpréter... quasiment comme un électrocardiogramme de consultation. Donc c'est vraiment très précis, ça permet de faire plein de diagnostics. Et ça, c'est vraiment formidable, c'est une révolution vraiment de diagnostics. Des patients qui, vraiment l'histoire la plus fréquente, c'est un patient qui pendant des années a fait des palpitations, il est allé aux urgences, aux urgences jamais rien. Vous êtes fous,
- Speaker #1
vous êtes folles.
- Speaker #0
Et là, on dit bon, ouais c'est bizarre, ça colle bien avec ce type de diagnostic. Achetez une montre, c'est remboursé ? Non. Allez quand même, faites un effort, il y en a plein et tout, il y a plein de types différents. Ok, ok, je vous fais confiance. Ils achètent le lendemain, ils t'envoient le tracé de l'arythmie. Après des années d'errance diagnostique. Vraiment, et inversement, pareil, il y a des patients qui sont étiquetés, bouvrés ou arythmie, ils font le tracé, en fait, c'était pas ça. Donc très très important. Ça c'est vraiment la révolution diagnostique.
- Speaker #1
Alors juste, est-ce que tu peux, parce que j'ai eu la question, juste préciser qu'il y a vraiment une différence entre... une dérivation d'électrocardiogramme et la fameuse courbe de fréquence. Ce n'est pas la même chose. Du coup, juste précise.
- Speaker #0
Je peux préciser sur un plan technique, mais surtout, quand on achète ces montres, il faut la fonction ECG, qui est électrocardiogramme. Généralement, il y a la fréquence cardiaque ou l'onde de poux, des choses comme ça. Et ça, c'est des techniques... qui ne vont pas enregistrer directement l'électricité et faire un tracé électrique, mais c'est pour moyenner et calculer les fréquences cardiaques. Donc on ne voit pas visuellement si c'est tel ou tel arythmie. Et donc ce n'est pas assez précis. Nous, on a besoin vraiment d'enregistrer. Et donc c'est pour ça que c'est une électrode qui est au dos de la montre et qui va être collée à la peau. Et on va fermer le circuit avec l'autre doigt. C'est pour ça que généralement on vous demande de mettre le doigt sur la bague de la montre. Et à ce moment-là, on va avoir un tracé électrique d'une dérivation, au lieu des fameuses 10 électrocardiogrammes, et on va avoir l'information. 12 dérivations, mais 10 électrodes généralement pour le CG.
- Speaker #1
Parfait. Ce que je voulais dire aussi, c'était, pour ces fameux 40% de patients asymptomatiques, moi ce que je préconise et ce que je pousse très souvent, c'est, elle aussi asymptomatique, c'est de prendre votre tension artérielle. Et souvent, je ne sais pas si c'est sur tous les tensiomètres, mais vous avez le petit sigle arythmie. C'est sûr. Ça, ce n'est pas le plus précis. Parfois, ce n'est rien du tout. Parfois, c'est ces fameux extra-systoles. Mais si jamais vous voyez ce sigle apparaître souvent, il serait judicieux de prendre une montre connectée pour savoir exactement si c'est une arythmie type fibrillation atriale ou si c'est autre chose, ou si c'est banal. Donc vraiment, il y a énormément de manières de...
- Speaker #0
Ou bien ils passent par leur cardiologue. Ou bien oui. Mais dans des endroits reculés où il n'y a pas de rendez-vous, ou bien c'est un peu long, monde connecté.
- Speaker #1
Effectivement. Est-ce qu'il y a d'autres choses qui ont changé ta pratique ?
- Speaker #0
Sur plan, on parlera après des aspects techniques, thérapeutiques. Ma question,
- Speaker #1
c'est, ça c'est une vraie question, est-ce que les mondes connectés dans l'inflammation atriale ont remplacé... totalement, genre la pose d'halter implantable et tout ?
- Speaker #0
Pas assez à mon sens, mais le halter implantable qu'on utilise, qu'on met sous la peau, donc c'est un petit mouchard qui va enregistrer, donc le halter c'est le principe d'enregistrer le rythme cardiaque, on l'utilise beaucoup pour déterminer s'il y a un problème électrique, notamment dans le cadre des AVC, des accidents vasculaires cérébraux. On sait que c'est bien de mettre ces fameux boîtiers. Mais ça peut être un peu difficile au niveau, c'est une petite intervention, il y a un coût pour la société, parce que généralement les patients ne payent pas. Mais ce qu'il y a de plus simple, c'est effectivement les montres connectées qui arrivent très progressivement dans les recommandations des neurologues. À mon sens, un peu lentement, mais oui, c'est génial d'avoir la montre connectée qui va nous faire l'alerte de fibrillation. J'ai quelqu'un qui a fait un AVC de type inconnu à qui on cherche un diagnostic, donc de cause embolique avec des migrations de cailloux. C'est vrai que c'est top.
- Speaker #1
Top. Souvent, moi, je... Enfin, souvent, parfois, les gens me demandent quelle marque prendre. Donc toi, tu dis juste... Pas forcément de marque précise, mais fonction électrocardiogramme.
- Speaker #0
On ne fait pas de pub, on n'a pas de billes dans une marque ou une autre. Donc vraiment, il faut... En fait, il y a deux choses. La montre fait aussi un autodiagnostic. L'autodiagnostic, c'est-à-dire qu'il va calculer avec la fameuse fréquence cardiaque, l'onde de Pou. Il va regarder, il va dire, ah oui, là, vous faites de la fibrillation ventricale. Du coup, faites un électrocardiogramme. Il envoie une alerte. Cette fonction-là est moins bonne dans certaines marques que d'autres. Mais le fait de faire soi-même un électrocardiogramme, donc d'avoir une participation active et pas en mode dépistage, mais plutôt « ah, j'ai des palpitations, je fais » , ça, globalement, elle fonctionne toute très bien.
- Speaker #1
Et effectivement, pour éviter que ça arrive en première intention, qu'est-ce que tu regardes ? En fait, moi, j'aime bien, du coup, tu es rythmologue, mais si jamais le patient récidive, est-ce qu'il y a des... Il y a des petits red flags que tu regardes, où en fait tu diagnostiques pour être sûr que tu n'es pas passé à côté de ce fameux C.
- Speaker #0
J'essaie de voir un peu la pression artérielle, si l'hypertension n'est pas contrôlée, le diabète, beaucoup l'apnée du sommeil. Beaucoup l'apnée du sommeil, vraiment. Alors maintenant tous les cardiologues la cherchent, mais bon on a quand même... Parfois aussi les patients viennent d'emblée nous voir sans passer par la case cardiologie. C'est sûr que là, le challenge est plus important, mais il faut rechercher l'avenue du sommeil. Le point où on a parlé, il y a l'alcool aussi. Et après, c'est la sédentarité. Et le dernier truc, c'est aussi vous dormez. Est-ce que vous travaillez la nuit, vous êtes inversé ? Est-ce qu'il y a du stress ? Ce n'est pas un gros mot de dire, mais il faut amener le sujet. Il ne faut pas dire, vous, vous êtes stressé. Ils ne le prennent pas bien, mais... Ils viennent à toi et disent « est-ce qu'il y a autre chose ? » Et tu dis « ah oui, ça ne va pas du tout au travail, c'est l'enfer » . Parfois, ils disent « ah oui, mais en fait, je vais changer, effectivement, j'ai compris » . En fait, je ne sais pas si tu te rappelles, quand on était interne, on avait un de nos chefs à la pitié qui nous disait « les gars, ne stressez pas trop, vous allez dilater votre oreillette » . C'est vrai ! Et ça, c'est ça, l'anxiété, le travail, le surmenage.
- Speaker #1
Non, non, effectivement. Donc ça,
- Speaker #0
tu cherches aussi un peu. Nous, on ne peut pas tout faire parce qu'on ne pourra pas expliquer les ablations, traiter toutes ces comorbidités, suivre le patient et en faire des opérations. On n'a besoin de vous et on a besoin du patient et de son médecin traitant, tout le monde. Mais il faut être extrêmement vigilant et lui faire comprendre d'emblée. Peut-être que là où ça marche le mieux, c'est avant l'intervention. Moi, des patients qui ont un poids trop important, je ne fais pas d'ablation. Ils peuvent me le demander, je ne le ferai pas. Dans les recommandations, ils disent vous devez perdre à date du diagnostic 10% de votre poids. C'est un chiffre, on n'a pas l'habitude d'avoir des chiffres comme ça. Dans les recommandations 2024, monsieur, vous avez un poids, vous êtes obèse, vous êtes en surpoids, vous devez perdre 10% avant de faire l'ablation.
- Speaker #1
Pour ceux qui nous écoutent, moi j'aime bien parler en valeur absolue, mais vous faites 100 kilos, vous êtes en surpoids, vous devez... être à 90 kg avant d'envisager une stratégie interventionnelle.
- Speaker #0
En tout cas, c'est un objectif.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Mais au-delà de 100 kg, 110 kg, techniquement, ça devient difficile pour nous aussi. Le patient a plus de risques, plus de complications et surtout, il a plus de récidives. On freine, on freine. On essaie vraiment de freiner. Je peux te dire, c'est assez étonnant, mais on a des patients qui ont eu un certain poids. Pendant longtemps, ils reviennent avec 15 kilos de moins. Ça les motive. Après, est-ce qu'il faut avoir une armée de diététiciennes ? On fait, ça m'arrive de faire un peu l'inventaire de ce qu'ils mangent sur le quotidien. Qu'est-ce qui se passe ? Un peu, sans aucune pincette, parfois un peu cru, on y va. Parce qu'en fait, comme on est sur une intervention, on a discuté, ils sont un peu étonnés des questions qu'on leur pose. Et là, j'en profite. Qu'est-ce qui fait que le poids est comme ça ? C'est pas toujours évident, il n'y a pas toujours de solution. On arrive parfois à ajuster, et c'est vrai que certains reviennent métamorphosés. Et là, on fait l'intervention.
- Speaker #1
C'est important que tu dises ça, parce que, en tout cas, moi, c'est mon expérience, et j'en parle avec des confrères, avec des potes et tout, il y a parfois ce non-dit autour du poids, que en gros, sans manquer de respect aux personnes en surpoids, mais effectivement, le fait d'être obèse... vous rend médicalement parlant et cardiologiquement parlant en moins bonne santé que la population générale. Et il faut arrêter de croire que ça n'a aucune conséquence, que ce soit pour... La fibrillation artérielle, on en parle, mais que ce soit pour la cardiopathie ischémique, que ce soit pour l'insuffisance cardiaque, que ce soit pour les facteurs de risque cardiovasculaire, effectivement, la prise en charge du poids et la perte de poids est un vrai traitement et parfois l'un des meilleurs traitements pour éviter l'apparition, la récidive de maladies cardiaques. Et effectivement, parfois, on y va avec des pincettes et je pense qu'on ne devrait pas, mais il y a toujours cette, on va dire... cette règle sociale qui dit qu'il ne faut pas trop en parler. Mais non, j'ai vraiment envie que ceux qui nous écoutent comprennent qu'il n'y a pas zéro conséquence d'être en surpoids ou en baisse. Donc je suis content que tu le dises. Après, aucune culpabilité. L'idée, ce n'est pas de vous culpabiliser.
- Speaker #0
Certains le prennent mal, mais finalement, moins que ce que je pense. En fait, le fait d'y aller un peu par quatre chemins, je pense qu'ils le prennent plus mal. que moi comme tu me connais t'es brutal je leur dis non on fera pas l'intervention ils disent ah bon ? mais je suis motivé là faut vous perdrez un peu et ils viennent et c'est génial c'est génial l'intervention est mieux après l'intervention ils te remercient parce qu'ils continuent leurs efforts ils ont tout compris vraiment très agréable je pense que c'est important que tu le dises parce que effectivement la
- Speaker #1
fibrillation atriale et le coeur en général c'est vraiment un travail d'équipe le professionnel de santé et le patient. En fait, c'est très important. J'adore ce que tu dis parce que, encore une fois, l'idée, ce n'est pas d'être culpabilisateur, mais il y a rarement de repas gratuits dans la vie ou zéro conséquence. Et effectivement, le fait de peu dormir, le fait d'être stressé, le fait d'être sédentaire, le fait de manger de la malbouffe et tout, c'est des choses... Je ne sais pas, qu'on considère pas acquis, mais qui, dans la tête de beaucoup de gens, n'ont zéro conséquence, alors que c'est vraiment des piliers majeurs pour être en bonne santé cardiovasculaire et en bonne santé tout court. Donc vraiment, et la fibrillation artérielle en fait partie, ça fait partie de ces pathologies qui sont déclenchées parce que l'hygiène de vie n'est pas optimale. Alors l'idée, c'est que, bien sûr, tout le monde a un travail, a une famille, a fait comme il peut, mais juste... Ayez conscience que vraiment le fait d'être stressé, le fait de peu dormir et tout, peut avoir des conséquences. Et je suis content que tu l'abordes aussi franchement. Et j'ai vu un de mes anciens co-internes aussi il y a deux jours maintenant. Profiter, moi ce que j'aime bien dire, c'est aussi profiter de cet événement cardiovasculaire, qui est une fibrillation atriale, ou parfois parce que c'est devenu de mieux en mieux traité un infarctus du myocarde, et on a l'impression que ce n'est pas très grave alors qu'on a pu mourir. Mais ce que j'ai bien aimé, et ce que Michel Zetouni, je t'embrasse, mais qui a dit, il a dit, profitez-en pour être en meilleure santé après qu'avant en fait. Et ça c'est majeur, et c'est cool que tu en parles, c'est bien.
- Speaker #0
Oui, c'est un T0, c'est un renouveau. Il nous arrive quelque chose, on essaie d'améliorer. Après, à nous aussi de montrer l'exemple, peut-être. Mais en tout cas, c'est bien d'en discuter. Si tu l'as dit, au pire, il est trop proche, mais au moins, toi, tu fais ton travail, tu globalises.
- Speaker #2
Cet épisode peut littéralement sauver quelqu'un d'un accident vasculaire cérébral. Si, en l'écoutant, vous pensez spécifiquement à un proche. Envoyez-lui le lien. Dans le prochain épisode, on prend le temps avec Arbalan d'expliquer les traitements et les spécificités de cette arrhythmie cardiaque. Les médicaments, l'intervention, ne rien faire et même vous raconter ce qui se passe exactement au bloc opératoire. Donc si vous voulez ne rien rater, abonnez-vous.