- Speaker #0
Vous écoutez Du Pin sur la planche, le podcast qui vous plonge au cœur de la filière Forébois. Je suis Delphine Gardin et mon quotidien, c'est d'aider les acteurs de ce secteur à mieux communiquer. Qui sont-ils ? Pourquoi le bois est une ressource clé pour relever les défis de la transition écologique ? Si toutes ces questions vous intéressent, vous êtes au bon endroit. Ici, une fois par mois et sans langue de bois, je vous emmène à la découverte de cet univers et de ses experts.
- Speaker #1
Si on veut que la forêt rende aux hommes les services qu'elle est en capacité à rendre, il faut quand même influencer sa gestion.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis allée à Oseville-Tolozane, à côté de Toulouse, dans les locaux du CNPF Occitanie, où je rencontre Sébastien Drouineau, qui est ingénieur forestier et aussi directeur adjoint de la délégation régionale. Alors, dans cet épisode, on s'est intéressé à un sujet dont on entend souvent parler, la gestion durable des forêts privées. Mais à quoi sert réellement le... le CNPF, pourquoi gérer une forêt plutôt que la laisser évoluer seule, comment accompagne-t-on les millions de propriétaires forestiers en France et finalement qu'est-ce que c'est qu'une forêt bien gérée. Avec Sébastien, on a donc pris le temps de revenir aux fondamentaux. On parle du rôle des propriétaires forestiers, des grands principes de la gestion durable mais aussi des défis auxquels nos forêts font face aujourd'hui. Un épisode qui permet de mieux comprendre ce qui se cache derrière une expression, que l'on utilise souvent sans toujours savoir ce qu'elle recouvre vraiment. Bonne écoute ! Bonjour Sébastien !
- Speaker #1
Bonjour Delphine !
- Speaker #0
Bienvenue dans Du Pin sur la planche, je suis ravie de t'accueillir ici. On est à Oseville-Tolozane dans les locaux du CNPF Occitanie. Aujourd'hui ensemble on va parler de forêts privées forcément et de gestion durable des forêts. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais te laisser te présenter, puis si tu peux nous expliquer quel est ton métier et ton rôle au CNPF Occitanie en quelques mots.
- Speaker #1
Très bien, je suis Sébastien Drouineau, je suis directeur adjoint dans la délégation régionale du CNPF. J'ai un long parcours au sein des CRPF et du CNPF, puisque j'ai commencé en 2001 mon aventure au sein du CRPF Aquitaine, avant de migrer vers ce qui était à l'époque le CRPF Midi-Pyrénées. en 2013, voilà, en deux mots.
- Speaker #0
Et alors, tu n'es pas issu d'une famille de forestiers. Qu'est-ce qui t'a donné envie de venir travailler dans la forêt ?
- Speaker #1
C'est un peu bête. Moi, ma petite enfance, elle était plutôt à la campagne. J'aimais bien la nature, j'aimais bien les sciences naturelles. J'avais un papa qui était ingénieur, mais plutôt génie industriel. Ça n'avait rien à voir du tout, mais je me sentais plutôt un état d'esprit d'ingénieur. Les sciences, ça m'intéressait, se poser des questions, essayer de les résoudre, concevoir, enfin voilà. Donc j'ai plutôt au lycée suivi une filière scientifique avec l'idée de faire une prépa pour intégrer une école d'ingénieurs. Et puis voilà, en terminale, je me suis dit finalement, dans toutes les sciences, qu'est-ce que je préfère ? C'était plutôt les sciences naturelles, donc prépa bio. Voilà, c'est parti là-dessus. Je fais ma prépa et puis il y avait la possibilité d'aller vers le milieu de la géologie, vers le milieu de l'agronomie et vers le milieu de la forêt. Je me suis dit, voilà, là-dedans, qu'est-ce qui te plaît le plus ? C'est plutôt la forêt quand même. Et donc, voilà, ça s'est fait par resserrement successif, si on peut dire. Je me suis retrouvé en école forestière, n'ayant pas de famille qui possédait de la forêt, en ne connaissant personne qui avait travaillé dans le milieu forestier, et voilà, quoi.
- Speaker #0
C'était une grande découverte, finalement.
- Speaker #1
C'était une découverte, oui.
- Speaker #0
Et alors, en entrant à l'école, tu te faisais peut-être une idée du métier qui est différente de ce que tu pratiques vraiment aujourd'hui ?
- Speaker #1
Complètement. Moi, j'avais un petit peu en tête des clichés, des images d'épinales. l'administration des eaux et forêts. Donc, on parlait d'eau et forêts. Donc, pour moi, un ingénieur forestier, c'était plutôt une espèce de gestionnaire de milieu naturel. En réalité, ça l'est, effectivement. Mais la dimension économique, elle m'échappait complètement, comme à 90% des Français, enfin, de tout un chacun, quoi. Je me suis fait rapidement en fait, parce qu'effectivement, quand on réfléchit un tout petit peu, il y a quand même une équation qu'il faut résoudre. On gère, mais on ne gère pas. De manière complètement éthérée, avec des sous qui viennent d'on ne sait où. Et puis en même temps, on aime bien avoir du bois chez soi, il faut bien qu'il vienne de quelque part. On utilise du papier, on se chauffe pour certains avec des bûches ou avec d'autres solutions bois énergie. Ce n'est pas découplé de la forêt tout ça.
- Speaker #0
Et puis ce n'est pas gratuit.
- Speaker #1
Ce n'est pas gratuit.
- Speaker #0
Alors tu me disais que tu avais commencé ta carrière à l'étranger dans le cadre de la coopération. Moi j'aimerais qu'on revienne sur cette étape qui est peut-être un peu marquante dans ton parcours. À quoi ça ressemblait cette expérience ?
- Speaker #1
Eh bien oui, en effet, tu auras noté que j'ai quelques cheveux blancs. Ça se voit pas.
- Speaker #0
Ça se voit à peine. Je crois pas qu'on filme, mais bon.
- Speaker #1
Et donc, j'ai fait partie des dernières promos, entre guillemets, qui ont eu droit au service national. Donc le service national, dans la plupart des cas, c'était le service militaire, voilà, pendant une dizaine de mois. Mais il y avait... également d'autres façons de faire son service national. L'objection de conscience, c'était aussi quelque chose qui était pas mal demandé, mais on pouvait demander à travailler en coopération avec des services avec lesquels la France entretenait des relations de coopération régulières. Et notamment, les anciennes colonies françaises, en réalité, qui faisaient pas mal appel à des ressources humaines en coopération pour donner des coups de main sur des programmes de développement et tout ça. Alors les forestistes étaient très très prisés parce que finalement... Dans tous ces pays avec lesquels on avait l'habitude de travailler, la forêt prenait souvent une part importante, et plus qu'en France. Moi j'ai travaillé au Gabon, Gabon c'était 80% de couverture forestière, c'était le premier employeur je crois après le pétrole de l'État. Les besoins, la demande étaient très importantes, donc on n'avait aucune difficulté à faire des choses qui étaient vraiment très très intéressantes. Donc je suis allé pendant 16 mois au Gabon. Sur un beau projet qui s'appelait Savane Côtière, qui consistait en fait à s'intéresser, parce qu'on était dans une période où quand même, sous l'influence de grands bailleurs de fonds internationaux, les pays d'Afrique notamment se dotaient de réglementations qui encadraient un petit peu les prélèvements en forêt et qui essayaient de raisonner ce qui ressemblait à des aménagements forestiers. Pour ça, il fallait avoir... des bases de connaissances de la croissance des arbres. Au Gabon, il y a un arbre qui s'appelle l'Okume, qui est très connu, qu'on retrouve très souvent dans les contreplaqués qu'on a chez telle ou telle grande surface de bricolage. Et l'Okume, il fallait muscler un petit peu les connaissances en matière de renouvellement des peuplements, de croissance des peuplements, pour pouvoir le prélever de manière raisonnable, sans dépasser la capacité des forêts à... se reconstituer, à reconstituer son stock de koumé. Donc voilà, moi j'ai fait ça pendant 16 mois, c'était super parce que c'était à moitié sur le terrain et à moitié en ville, donc il y avait un bon équilibre pour ce qui me concernait. Ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, ça permet d'accéder très vite à des niveaux de responsabilité importants. Moi, j'encadrais une base vie qui n'était pas énorme, mais il y avait quand même une dizaine de personnes dans mon équipe et donc ça voulait dire une dizaine de familles. Voilà. On s'occupait aussi bien d'alimenter la pharmacie que la petite épicerie du coin, le carburant, qui a mesuré des arbres.
- Speaker #0
C'est une super expérience, peut-être plus intéressante qu'un service national classique aurait pu t'apporter en termes d'expérience.
- Speaker #1
Oui, je ne veux pas faire de spéculation, mais c'était une super expérience, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Et alors après cette période-là, tu rentres en France.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et là, ça coïncide avec la période des tempêtes de 1999.
- Speaker #1
Oui, c'est à peu près ça. En réalité, je devais repartir quand même au Gabon parce que ça m'intéressait. Il y avait, comme je le disais, un certain nombre d'opportunités qui étaient liées à l'évolution du contexte réglementaire, notamment en Afrique centrale. Toute cette mise en place d'aménagement, une politique d'aménagement forestier qui créait des besoins du côté des entreprises qui exploitaient le bois. Et puis, ça ne s'est pas fait. Et puis, il y a eu les tempêtes, en effet. Je suis parti au JPCOFOR. Le JPCOFOR, c'est un groupement d'intérêts publics qui réunit des gestionnaires, des organismes de recherche, l'Office national des forêts, le CNPF, qui sont adhérents au JPCOFOR et qui réfléchit à tout un tas de problématiques autour de la forêt. Le JPCOFOR, comme finalement il assemblait des compétences très différentes aussi bien dans la gestion que dans la recherche, il a été mandaté. par le ministère en charge des forêts qui à l'époque était le ministère de l'agriculture pour travailler sur un retour, une expertise, un retour d'expérience de la forêt et des tempêtes. Il s'agisse à la fois de comprendre pourquoi il y avait tant de dégâts et d'essayer de capitaliser, de faire un état de l'art de tout ce qu'on pouvait savoir en matière de reconstitution de forêts sinistrées par des tempêtes.
- Speaker #0
Donc ça, ça a été la suite de ta carrière. Et puis ensuite, tu es arrivé, à l'époque, on disait le CRPF, peut-être ?
- Speaker #1
On dit toujours le CRPF, toujours inscrit dans le code forestier. Mais comme on est vraiment une grande famille au sein du CNPF, on évite de brouiller les esprits. On parle plutôt de CNPF aujourd'hui. Mais à l'époque, c'était des entités qui étaient complètement indépendantes, les CRPF, en effet. Donc, il n'y avait pas de CNPF. Il y avait une association nationale qui... qui réunissait les CRPF, mais qui n'avait pas du tout d'autorité hiérarchique par rapport à chacun des CRPF. Ça servait juste à harmoniser les violons et à mutualiser peut-être un certain nombre de moyens autour de questions juridiques, par exemple. Mais chaque CRPF était un établissement public national à compétence régionale. C'était assez singulier comme construction, complètement indépendant les uns des autres.
- Speaker #0
Et donc, tu arrives au CNPF. En Nouvelle-Aquitaine.
- Speaker #1
Ouais, et donc à l'époque, ancienne Aquitaine.
- Speaker #0
Voilà, ancienne Aquitaine. Et c'est là que tu vas pouvoir nous raconter ce que c'est concrètement être ingénieur forestier ou ton métier au CNPF. Et puis peut-être plus globalement le rôle du CNPF auprès des propriétaires privés.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, le métier des ingénieurs au sein des CRPF, au sein du CNPF, il repose... sur une relation avec des propriétaires forestiers qui se construit plutôt sur le terrain et beaucoup par le biais de nos techniciens qui sont sectorisés et qui sont vraiment les chevilles ouvrières du travail de développement forestier qu'on peut accomplir pour la forêt privée. Donc la forêt privée, tu l'as dit dans beaucoup de podcasts, elle est très majoritaire en France. C'est quasiment les trois quarts de la surface forestière qui est privée. Il y a 3,5 millions de propriétaires forestiers en France. Alors il y en a plein, c'est des propriétaires de toutes petites forêts, ils ne s'y intéressent pas forcément beaucoup. Mais quand on s'intéresse à tous ceux qui ont un petit peu de forêt, qui sont motivés, ça fait quand même du monde auprès duquel il faut essayer de porter des informations et parfois auprès desquelles il faut cadrer un petit peu les choses pour éviter des mauvaises pratiques. Nous, notre métier au CNPF, il est celui-là. Il est d'organiser le développement forestier et de promouvoir une gestion durable des forêts. On le fait, on va dire, de deux manières. Enfin, après, ça pourrait se décliner en sous-catégorie, tout ça. Mais il y a vraiment une animation, une information, quelque chose de proactif auprès des propriétaires forestiers au travers de sessions de formation, au travers de réunions d'information, au travers de publications. On porte des messages pour les inciter à, mais également on a une mission d'encadrement des pratiques de gestion, donc au travers de la rédaction d'un document qui s'appelle le schéma régional de gestion silvicole, qui donne un cadre à finalement ce qu'est une bonne gestion des forêts au niveau régional, parce qu'il y a quand même des nuances entre la forêt du sud-ouest et la forêt du nord-est qui peuvent exister. et puis ce cadre là Il sert d'une part à encadrer les pratiques de coupe pour les forêts qui ne sont pas sous document de gestion durable, mais d'autre part, on en reparlera tout à l'heure, les propriétaires, à partir d'une certaine surface de forêt ou sous certaines conditions, sont tenus d'avoir ce qu'on appelle un document de gestion, qui est un document dans lequel on leur demande de se poser un petit peu, de faire un état d'élu de la situation, de regarder la forêt, les menaces auxquelles elle fait face. son potentiel, de réfléchir à ses attentes en tant que propriétaire, qu'est-ce qu'on veut en faire, et puis de mettre en musique tout ça en essayant de se doter d'un programme de gestion. Donc voilà, les propriétaires forestiers de plus de 20 hectares de forêt, ils doivent réaliser ce qu'on appelle un plan simple de gestion, ça fait PSG, c'est facile à retenir. Et puis il y a des documents peut-être un peu moins ambitieux pour des propriétaires de plus petites surfaces de forêt, c'est l'adhésion à des codes des bonnes pratiques silvicoles ou à des règlements types de gestion. Là, on est plutôt sur une adhésion à des principes, à des guides de sylviculture qui sont définis par d'autres personnes. En fait, le Code des bonnes pratiques sylvicoles, c'est le CRPF qui le rédige en région. Et puis le propriétaire, il a un certain nombre de palettes techniques d'itinéraires qui lui sont proposées. Il regarde sa forêt, il regarde ce qu'il peut mettre en œuvre et il dit « moi je vais faire ça » . Et il décline tout ça sous forme d'un programme de coupé de travaux sur un panel de 10 ans. Le règlement type de gestion, c'est un peu pareil, sauf que le rédacteur de ce guide, c'est une coopérative ou un expert forestier. D'accord. Voilà. Donc, quand on n'a pas 20 hectares, on n'est pas tenu d'avoir un document de gestion, mais nous, on cherche à faire en sorte que les propriétaires s'en dotent volontairement, même pour des surfaces plus petites, parce que ça leur donne de la visibilité. On s'aperçoit que quand ils en ont moins, ça leur facilite un peu les choses pour la gestion au quotidien, et puis pour aussi la transmission des forêts. souvent les propriétaires forestiers ils acquièrent la forêt par héritage quand ils ont 50 ans, 60 ans et tout ça et puis 30 ans plus tard c'est quelqu'un d'autre qui va récupérer ces forêts et ce quelqu'un d'autre il est pas forcément sur place C'était le papa qui gérait, il avait tout dans la tête. Les gens sont un peu démunis. Quand on a fait un plan simple de gestion, on a des cartes, on a une feuille de route sur 10 à 20 ans. Ça aide beaucoup.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. En fait, c'est la question que j'allais te poser, c'est qu'est-ce qui fait qu'un propriétaire ou une propriétaire, on peut aussi parler aux féminins, finit par s'impliquer dans la gestion de sa forêt ? Quels sont les arguments que vous leur mettez en avant ? Et puis, comment ça se fait qu'à un moment, ils passent à l'action ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'on a une difficulté particulière en forêt par rapport, par exemple, au monde agricole. C'est que la forêt, c'est exceptionnellement le premier revenu financier des foyers. On a affaire à des gens qui ont une autre activité. Beaucoup sont retraités, je l'ai dit, mais pas tous. Et puis, si la forêt n'est pas sur place, si elle n'a pas un potentiel de production de bois très important, si elle n'assure pas de revenus au quotidien, ça peut être un peu la cinquième roue du carrosse. Parce que les gens, ils ont aussi des tas de choses à faire. Il faut faire bouillir la marmite, il faut élever les enfants, etc. Donc nous, on essaie de leur expliquer que c'est vraiment un super sujet la forêt. Il y a plein de choses intéressantes à faire et il y en a pour tous les goûts. Et ça, c'est important. Parce que, je l'ai dit tout à l'heure, 3,5 millions de propriétaires forestiers, c'est en fait un petit échantillon de l'ensemble de la société française. On a des gens qui vont être plutôt dans une logique, voilà, j'ai une forêt, c'est une ressource, c'est pour produire du bois, c'est pour chasser, c'est pour, voilà. Il y en a d'autres qui ont une fibre environnementale très marquée. Il y en a qui ont une fibre environnementale aussi, mais qui s'exprime un peu différemment. Ils vont réfléchir à des grands enjeux, le carbone, des choses comme ça. Mais en fait, la forêt, bien gérer sa forêt, ça permet de matcher avec tous ces sujets-là, quoi. utiliser la forêt, se servir de... mettre en place des stratégies de bonne gestion pour avoir réponse à toutes ces questions.
- Speaker #0
Ce que tu es en train de dire, c'est que finalement, les documents de gestion durable, ils sont rédigés en fonction des objectifs des propriétaires.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, ça résulte du croisement entre des attentes qui peuvent être multiples et elles sont toutes légitimes parce qu'on est quand même sur des forêts qui appartiennent à quelqu'un et des enjeux qu'on ne peut pas passer sous silence. c'est-à-dire que, on reparlera tout à l'heure de gestion durable des forêts, mais aujourd'hui, on se dit que ce n'est pas parce qu'on a quelque chose qu'on peut faire absolument ce qu'on veut, de la même manière que quand on a un appartement dans un centre-ville historique, on ne choisit pas forcément la couleur de ses volets, parce qu'il y a des règles d'urbanisme qui s'imposent à vous. Donc ça, c'est vrai aussi en forêt, c'est vrai dans son jardin, c'est vrai partout. Et en l'occurrence, en forêt... Il y a un trépied, comme ce micro, qui définit un petit peu ce que c'est que la gestion durable des forêts. Ce trépied, c'est des notions d'économie, parce que la forêt dégage de l'économie. Une gestion forestière doit se financer, je le disais tout à l'heure. En forêt, il y a des enjeux environnementaux qui sont particulièrement forts. C'est quand même le principal stock de biodiversité terrestre. Et puis il y a des enjeux sociaux en forêt.
- Speaker #0
Donc c'est les trois pieds de ce trépied. Le social, l'environnemental et l'économique.
- Speaker #1
Et on se dit qu'avant d'élaborer un plan simple de gestion ou un document de gestion en général, un aménagement forestier en forêt publique, il faut réfléchir à l'aune de ces trois facettes, de ces trois sujets-là, et essayer de trouver un point d'équilibre qui, par ailleurs, matche avec ses propres attentes à soi.
- Speaker #0
Et alors, peut-être, moi, la question que je me pose, pardon, je te coupe, mais c'est pour les propriétaires qui ne sont pas soumis à des documents de gestion. ils n'ont pas d'obligation de gérer leur forêt. Qu'est-ce qui se passe quand il ne se passe rien, justement, dans une forêt qui n'est pas gérée ? On fait une petite parenthèse, mais j'avais envie de te poser cette question. Je pense que c'est important d'expliquer aux gens pourquoi c'est important, justement, d'intervenir en forêt.
- Speaker #1
Alors, on est en pleine période d'incendie majeur. Une forêt bien gérée, ça brûle aussi. Mais une forêt bien gérée, on réduit considérablement le risque d'incendie. Voilà, donc c'est jamais du 100%. Ça, ce que je te dis là, ça vaut pour les incendies, mais ça vaut pour plein d'autres choses. L'idée, ce n'est pas de dire qu'une forêt a besoin des hommes pour exister. La forêt existait bien avant que l'homme n'apparaisse sur Terre. Là-dessus, il n'y a pas de souci. Mais si on veut que la forêt rende aux hommes les services qu'elle est en capacité à rendre, il faut quand même... influencer sa gestion. Ça, c'est un premier point. Et puis, deuxièmement, la forêt, elle est soumise à des adversités, à des adversités qui sont un petit peu hors de contrôle dans le contexte du changement climatique et puis dans un contexte sanitaire qui est aussi beaucoup plus... Brutale que ce qu'on connaissait avant, parce qu'on importe tous les jours des parasites, des cultures agricoles et des forêts, parce que l'homme circule, il y a des bateaux, il y a des marchandises qui circulent, et ça c'est aussi des nouveaux agresseurs auxquels la forêt n'a pas forcément l'habitude de faire face. Donc pour préparer la forêt à ses évolutions, là aussi gérer la forêt, ça peut nous permettre de gagner du temps, ça peut nous permettre d'adapter nos forêts à toutes ces adversités. toutes ces menaces.
- Speaker #0
J'aurais aimé que tu nous expliques peut-être assez simplement, mais quand même de manière claire, qu'est-ce que c'est que la gestion durable ? Parce qu'on entend souvent ce mot, mais je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce que c'est que vraiment une gestion durable des forêts. Donc peut-être qu'on peut repartir de la base et que tu nous expliques ce que c'est.
- Speaker #1
Oui, si on repart de la base, en fait, on peut repartir en 87. C'est cette année-là que naît le concept de développement durable. Et finalement, la gestion durable des forêts, c'est... C'est la déclinaison forestière du développement durable. Elle apparaît avec force au sommet de la terre à Rio en 92, qui est un grand sommet mis en place par l'ONU, qui est le premier sommet qui réunit à la fois des États, des États-nations, et des organisations non gouvernementales de manière massive et quasiment d'égal à égal. Et ce sommet, il porte vraiment, le sommet de la terre, fortement sur la forêt et la façon de la gérer. Ce sommet de la terre, il va faire des petits. Il y a un certain nombre de principes de gestion des forêts qui vont être définis à Rio, dans les différents continents, dans les grandes éco-régions, en se disant que les problématiques forestières ne sont pas tout à fait les mêmes en Amazonie et en Allemagne. Donc il faut qu'on mette en musique, dans des contextes bio-géographiques un peu plus resserrés, ces principes qui sont définis à Rio. Et donc en fait, voilà l'année qui suit, je crois, à Rio, je crois, dès 93, on a la conférence d'Helsinki qui définit la gestion forestière durable des forêts européennes. Et en fait, moi j'aime bien la définition de la gestion durable qui est donnée à Helsinki, parce qu'elle dit à la fois que ce sont des principes de bonne gestion aujourd'hui, mais qui doivent permettre aux générations futures de profiter de la même manière de tous les bénéfices. que peuvent engendrer les forêts. Donc il y a cette notion de projection dans le temps. Et puis il y a aussi une projection spatiale, en disant que les mesures de gestion qui sont mises en place pour la forêt, elles ne doivent pas non plus porter préjudice aux écosystèmes voisins. Donc on est vraiment sur une réflexion un petit peu intégrée. Et il y a six critères qui ont été définis à Helsinki, pour essayer de voir justement ce qu'il fallait regarder quand on essayait de mettre en place des pratiques de gestion dites durables. Et ces six critères, finalement, c'est une déclinaison un petit peu affinée du trépied que je disais tout à l'heure. Le critère 1 porte sur la ressource forestière, le critère 2 sur la santé des forêts, le critère 3 sur la production de bois et de services, le 4 porte sur la biodiversité, le 5 sur la protection des sols et des eaux, et le 6 sur toutes les fonctions sociales et culturelles qui peuvent être associées à la forêt. On pense par exemple à la pratique de la chasse, qui est très puissante dans nos territoires ruraux.
- Speaker #0
Et ce qui a été dit à Helsinki ? est toujours valable aujourd'hui et le sera toujours dans 50 ans ?
- Speaker #1
Je pense que ces critères qui sont un petit peu fourre-tout, ils prévalent dans tous les cas. Ces critères, l'idée c'était qu'ils percolent dans les réglementations forestières des différents pays et qu'ils soient justement adaptés en fonction du contexte socio-économique des différents pays et de la réglementation existante. Et on voit bien, à partir de 1993, que le droit forestier, il évolue très très fortement en France, et on passe d'un droit forestier qui encadre les pratiques forestières plutôt dans une perspective de pérennisation de la fonction de production, on veut éviter que les gens raclent la forêt et qu'il n'y ait rien de repousse derrière, parce que sinon il n'y aura plus de bois demain. Et puis il y a un petit peu l'enjeu sécuritaire quand même, qui est fort. Avant 1993, il y a déjà un sujet des FCI, et il y a un gros sujet, restauration terrain de montagne qui date carrément de la fin du XIXe siècle, les stabilisations des dunes sur les landes de Gascogne. Donc voilà, ces enjeux de protection des sols, protection visée de l'érosion, ils sont forts. La biodiversité, elle est quasi absente du débat. Et on voit bien que quand même, tous ces sujets-là, ils s'introduisent dans l'endroit forestier à partir de 1993, et ça continue, et ça continuera.
- Speaker #0
Donc ça a été un gros changement quand même. Oui. Et alors aujourd'hui... En tout cas en France métropolitaine, comment on sait qu'une forêt est bien gérée, qu'une forêt est gérée durablement ?
- Speaker #1
Justement, je reboucle avec ce que je disais tout à l'heure, une de nos missions au CNPF, c'est de définir les schémas régionaux de gestion silvicoles qui sont un cadre. pour l'agrément de documents de gestion. Et les documents de gestion, c'est les documents que produisent les propriétaires pour justement se projeter à horizon 10 à 20 ans, dire ce qu'ils vont faire et pourquoi ils vont le faire. Donc ces schémas régionaux de gestion civicole, ce cadre, il n'est pas de l'opération du Saint-Esprit, il se nourrit vraiment de ces critères d'Helsinki. On essaie de scanner, de passer en revue tous ces enjeux environnementaux, sociaux et économiques. autour de la gestion des forêts, et on fixe un cadre qui est un cadre le moins contraignant possible. Il y a beaucoup de recommandations dans un schéma régional de sciences idycoles, mais de temps en temps, il y a des bornes, en disant qu'il y a un gros sujet sur les coupes de renouvellement, par exemple. On sait aujourd'hui, parce que la connaissance a évolué, que ces coupes de renouvellement, ces coupes RAS sur des grandes surfaces, peuvent présenter des problèmes particuliers. Ce n'est pas vrai de la même manière partout. mais il y a un vrai sujet autour de ces questions-là. Ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas forcément en faire mais quand on dépasse une certaine taille de coupe-rase, il y a des questions à se poser. Et si on peut faire autrement, ça peut être mieux.
- Speaker #0
Donc ça, c'est écrit dans les schémas régionaux de gestion site-vicolle ?
- Speaker #1
Oui, c'est écrit dans les schémas régionaux de gestion site-vicolle. On cherche plutôt à accompagner qu'à contraindre et par ailleurs, chaque cas est un cas particulier. En fait, il peut y avoir... de très mauvaises raisons de faire des coupes rases sur de grandes étendues, mais il peut aussi y en avoir de très bonnes, des raisons sanitaires par exemple. Et puis, quand on est dans les Landes de Gascogne, sur terrain plat, dans un contexte où la forêt est présente à peu près partout, une coupe rase de grande étendue ne pose pas tout à fait les mêmes problèmes que quand on est sur des pentes très marquées dans les Pyrénées, avec des sols qui ne se tiennent pas. paysager évident parce que il y a une vision du versant d'en face, qu'en plus on a un monument historique qui est là et dont il faut préserver le cadre. C'est pour ça que nous, on propose des seuils. On parlait des coupes-phrases, il y en a bien d'autres, dans le SRGS, mais ce ne sont pas des seuils stricts. Ce sont des seuils au-delà desquels finalement, le rédacteur de son plan simple de gestion va nous dire, je dépasse le seuil du SRGS, je propose de le dépasser pour telle ou telle raison. C'est argumenté. C'est argumenté. Et derrière, on rend au niveau de notre organe de gouvernance au CNPF, qui est le conseil de centre au niveau régional, on rend un avis positif ou négatif et au cas par cas, en disant effectivement le rédacteur nous a complètement convaincus, c'est ça qu'il faut faire, on n'a pas trop de choix. Ou alors non, on peut faire autrement, en préservant les intérêts économiques du propriétaire forestier, mais en étant beaucoup moins impactant. dans les mesures de gestion. Donc à ce moment-là, on refuse.
- Speaker #0
Je vais essayer de résumer tout ce que tu nous as dit et je vais surtout essayer de ne pas me tromper. En gros, on a les schémas régionaux de gestion sylvicole qui donnent un cadre pour pouvoir rédiger les documents de gestion durable. Et en fonction de la propriété, des objectifs du propriétaire forestier, on va donc écrire ce document de gestion durable qui va être soumis au CNPF, qui va le valider ou émettre des corrections pour... pour émettre une autre version qui soit plus satisfaisante. Et ensuite, le propriétaire forestier a son document de gestion durable qui va lui donner les grandes lignes directrices pour 10-15 ans. Il va savoir ce qu'il va faire ou ce qu'on va faire dans sa forêt.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Tu l'as mieux résumé que je n'aurais pu le faire.
- Speaker #0
Je ne me suis pas trompé.
- Speaker #1
Le seul truc, c'est qu'effectivement... Ce n'est pas le CRPF qui va corriger la copie initiale si jamais il y a des choses à faire, c'est toujours le propriétaire qui rédige son plan de gestion. Donc on va lui dire, ça ne va pas sur tel ou tel point, il faut revoir un tout petit peu la copie. Mais c'est le propriétaire qui propose une version alternative. Alors évidemment, comme on est aussi un acteur de développement forestier, on lui suggère des réponses, une ou plusieurs réponses possibles, mais derrière c'est à lui de choisir. Encore une fois, c'est lui le maître de sa gestion. C'est très rare qu'on se pose en censeur. En tout cas, ce n'est pas du tout dans cette posture qu'on s'installe. Nous, on a une posture d'accompagnement. Le but, c'est que le propriétaire forestier soit content du projet qu'il a formulé pour sa forêt.
- Speaker #0
Et alors justement, si on s'intéresse un peu de plus près à ces propriétaires forestiers, Est-ce qu'on peut s'en faire une image, parfois un peu fausse ? Est-ce que tu peux nous... Alors, ça va être difficile de dresser le portrait de tous les propriétaires forestiers, mais nous expliquer quels sont ces types de personnes ? Est-ce qu'il y a des différences ? Je ne sais pas, nous expliquer la variété des propriétaires forestiers en France. J'aurais du mal à la résumer, ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est un petit échantillon de la société française. Ce qu'il ne faut surtout pas, c'est la réduire à un profil type, justement, peut-être de propriétaires forestiers un peu aristocratiques, un peu à l'ancienne, très à cheval sur le droit de propriété. Il peut y en avoir, évidemment, mais il y en a plein d'autres. Et puis, même les propriétaires forestiers avec une particule, ils sont parfois très intéressés par les questions de biodiversité, ils sont souvent très ouverts. Il ne faut pas les réduire à une espèce de caricature. Et puis, effectivement, beaucoup de nos contemporains sont propriétaires d'un bout de forêt sans parfois même le savoir.
- Speaker #1
Mais alors, comment ils le découvrent ?
- Speaker #0
Ils le découvrent parce que, je ne sais pas, ils font un peu de généalogie. Puis, ils s'aperçoivent que... Les notaires, il peut y avoir du loupé du côté de certains notaires. Quand même, si on possède des surfaces forestières importantes, normalement, on le sait. Mais c'est intéressant de se dire qu'en tout cas... Quand on a fait des enquêtes sociologiques en forêt, l'objectif qui sortait en 1, ce n'était pas l'économie, ce n'était pas la production de bois, c'était la biodiversité.
- Speaker #1
Les objectifs des propriétaires forestiers, c'est plutôt de maintenir la biodiversité ou en tout cas même de l'améliorer.
- Speaker #0
En tout cas, dans les enquêtes qu'on a faites, ceux qui rédigent des plans simples de gestion forestières, ils ont souvent des surfaces forestières importantes.
- Speaker #1
Quand tu dis importantes, c'est à partir de quelles surfaces ?
- Speaker #0
Le seuil pour les plans simples de gestion, c'est 20 hectares. Donc disons 20. évidemment ça dépend de la nature des peuplements forestiers qu'on a, mais on peut commencer à y passer un petit peu de temps quand on a 20 hectares et si on y passe un petit peu de temps, il faut financer le temps qu'on y passe aussi, donc la préoccupation de récupérer un peu quelques deniers de sa gestion forestière, on va l'avoir en tête. En tout cas, ce que beaucoup de propriétaires gardent en tête, c'est le fait de transmettre un patrimoine forestier qui ne soit pas, comment dirais-je, dévalué quand il s'agira d'organiser sa succession. Évidemment, ce n'est pas 100% des propriétaires forestiers qui sont comme ça, mais je pense que l'immense majorité des propriétaires forestiers ont le souci de transmettre quelque chose à leurs enfants qui ne soit pas, comment dirais-je, moins intéressant que ce qu'ils n'ont récupéré eux.
- Speaker #1
Donc, il faut le valoriser.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce qui t'a, toi, le plus surpris depuis ces nombreuses années où tu travailles à leur côté ? Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont particulièrement marqué ?
- Speaker #0
Ben oui, moi j'ai... Commencer à œuvrer en Aquitaine. J'avais une casquette plutôt thématique d'ingénieur en charge des questions économiques. Parce qu'en Aquitaine, il y a les Landes de Gascogne, qui est quand même un territoire un peu singulier, très majoritairement privé, avec des propriétaires forestiers pour lesquels, quand même, il y a une attente économique plus forte qu'ailleurs. Très clairement, dans la mesure où en plus ils investissent dans leurs forêts. On plante un arbre...
- Speaker #1
Est-ce que dans cette région-là, il y en a qui, pour qui, enfin c'est pas leur métier, mais en tout cas ça fait partie de leur revenu, contrairement à d'autres régions où vraiment c'est pas le revenu principal, le fait d'être propriétaire forestier ?
- Speaker #0
Ouais, là encore c'est une palette, mais on a des propriétaires forestiers qui ne vivent que de ça. Dans les dents de Gascogne, ça existe, c'est pas la majorité. Et il y en a beaucoup pour lequel c'est un revenu non négligeable. Au-delà d'être un revenu au quotidien, parce qu'une forêt, on la coupe pas tous les ans comme un... comme une culture agricole, c'est une valeur. Si les propriétaires forestiers n'ont pas besoin d'argent dans l'immédiat, mais que leur patrimoine continue à s'apprécier, que les arbres continuent à pousser, ce n'est pas forcément très grave, parce qu'un jour ils transmettront ce bien, peut-être ils la vendront, peut-être ils la transmettront à leurs enfants, mais ils transmettront un patrimoine de valeur. Donc ça c'est important. On a souvent une image peut-être un peu caricaturale du propriétaire forestier landais, c'est une usine à bois, Merci. une espèce de champ de maïs sur 700 000 hectares. Mais moi, j'ai adoré bosser là-bas. J'ai vraiment adoré bosser là-bas parce qu'en fait, alors déjà, pour pareil, casser un petit peu un mythe, une forêt de pas maritimes qui est une forêt cultivée, ça reste en fait un milieu dans lequel on est 100 fois moins interventionniste que dans n'importe quelle parcelle agricole, c'est clair. Il y a parfois un petit peu d'intrants qui est mis au début de la vie des peuplements et puis on s'arrête pendant 40 ans, 50 ans, voilà. On intervient via des travaux et ce n'est pas tous les ans, ce n'est pas forcément tous les ans. Les éclaircies, ça commence à 15 ans, 20 ans. Ça reste très très peu interventionniste en réalité. Et puis par ailleurs, on parlait des propriétaires forestiers. Moi, j'ai trouvé des propriétaires forestiers investis, et investis sincèrement et investis avec leur tripe. Et ça, c'est super, quand on est un organisme de développement forestier, d'avoir du répondant en face.
- Speaker #1
J'imagine, oui.
- Speaker #0
Parce que dans cette immense nuée de propriétaires forestiers... Il y en a des tas qu'on accroche, mais il y en a aussi des tas qu'on n'accroche pas du tout. Et on se dit, mais quel dommage, quoi. Là, il y avait du répondant et ça, c'était vraiment intéressant.
- Speaker #1
Ouais, donc en fait, après, c'est vrai que ça se tient ce que tu dis, mais en fonction des régions, les propriétaires forestiers ne sont pas les mêmes et puis n'ont pas la même approche de leur gestion et n'ont pas le même lien avec vous, finalement, au CNPF, quoi.
- Speaker #0
C'est vrai que quand il y a une dimension économique importante, l'implication, elle est en moyenne plus élevée. on va retrouver ça évidemment en pop-culture on va retrouver ça dans les massifs résineux du sud du massif central, dans les Douglasais du côté du Tarn, du côté de de l'Aveyron, du côté de la Lozère on retrouve aussi ça dans une bonne partie de la forêt feuillue en centre-valle de Loire la chaîne des Bords de Loire les gens s'en occupent sérieusement c'est important pour eux en tout cas avoir du répondant des gens qui s'impliquent C'est la meilleure des choses pour un acteur de développement forestier. Et puis, ce n'est pas parce qu'on est dans une forêt de production que les gens sont forcément, j'allais dire, hyper interventionnistes, pas du tout soucieux de tout le reste, de la qualité de leur environnement. Nous, on en avait l'état. On aurait tapé dans leur petite ripisilve dans les Landes de Gascogne, dans laquelle ils allaient chercher leurs champignons. Mais c'était un sacrilège.
- Speaker #1
Bon, alors on voit qu'en fait, tu as eu une expérience peut-être plus centrée sur le sud-ouest, mais j'imagine que tu portes un regard quand même assez global sur la forêt française. Et aujourd'hui, on est le 22 juillet, on en a parlé avant d'enregistrer, on est un peu terrassé face à l'ampleur du changement climatique et on est en plein dans les incendies. J'aimerais que tu partages avec nous les défis de ces prochaines années pour la forêt française.
- Speaker #0
Des défis, c'est vrai que malheureusement... Il y a pas mal de défis qui sonnent comme des menaces aujourd'hui. Et c'est un peu angoissant. Que ce soit mes collègues au sein du CNPF ou des collègues de la forêt publique à l'ONF, il y en a pas mal des techniciens, des ingénieurs d'expérience qui eux-mêmes se trouvent un petit peu démunis. Donc il y a un défi d'exposition au changement climatique avec des effets directs et indirects. On s'attend. Si ça continue comme ça, il y a peu de doutes sur le fait que l'an prochain, on ait des mortalités qui soient liées à la sécheresse et la canicule qu'on est en train de connaître.
- Speaker #1
Quand tu dis des mortalités, c'est des mortalités de jeunes plants ?
- Speaker #0
Pas forcément. Ah,
- Speaker #1
pas forcément.
- Speaker #0
Pas forcément, oui. Des arbres qui meurent en forêt ? Des arbres qui meurent en forêt. D'accord. Et ça prend parfois un an, parfois deux ans à mourir un arbre, quand il a pris un à-coup qui finalement lui aura été fatal. On pense qu'il va y avoir des conséquences là-dessus, mais il y a un effet très visible immédiatement, c'est les incendies. On est persuadé qu'une bonne gestion forestière, ça limite le risque, mais le risque, on ne l'élimine jamais complètement. Ça, c'est très clair. Et j'allais dire, il suffit, sur un territoire donné, d'un départ de feu dans un coin, justement, les mesures de prévention ont été mal mises en œuvre pour que le feu débarque et puisse se propage. dans des forêts qui pourtant ont fait l'objet d'une gestion attentive et dans lesquelles on a fait tout ce qu'il fallait, à priori, pour éviter que ça parte. Donc il y a ça. Il y a un gros sujet autour de l'équilibre sylo-synégétique aussi.
- Speaker #1
Alors peut-être que tu peux expliquer, je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce que c'est.
- Speaker #0
Oui, je suis même sûr que non. Non, en fait, il y a quand même une grosse préoccupation autour du renouvellement des forêts. Et quand je dis renouvellement, ce n'est pas seulement le renouvellement dans un schéma où on coupe 100% de la parcelle et on la laisse se régénérer ou on la plante. C'est-à-dire que même des forêts qui sont gérées, on dit en irrégulier, c'est-à-dire où en fait on prélève des arbres au coup par coup, de manière relativement homogène dans une parcelle, et qu'on essaie de faire en sorte de maintenir un couvert forestier continu. La pression des cerfs vidés, elle est tellement forte aujourd'hui, on a tellement de cerfs en forêt, tellement de chevreuils, que tous les jeunes plants... ils se font bouffer. Et il y a vraiment des territoires où la situation est critique. De tout temps, en fait, ces questions-là se sont réglées via un partenariat avec les chasseurs. Mais dans bien des territoires, la situation est relativement hors de contrôle.
- Speaker #1
Parce qu'il y a moins de chasseurs ? Ou parce qu'il y a eu une perte de contrôle justement sur les populations de gibiers ?
- Speaker #0
Parce qu'il y a moins de chasseurs, parce que... Peut-être à une époque, on a été trop attentifs au fait de maintenir un cheptel gibier. C'est extrêmement étrange. Il y a 50 ans de ça, les chevreuils et les cerfs étaient en quasi-situation, en voie de quasi-disparition en France. C'était exceptionnel d'en voir en forêt, en dehors de contextes un peu particuliers comme les grands domaines de chasse. qu'on pouvait avoir autour de Chambord, dans ces coins-là. Maintenant, c'était rareté. On a peut-être été un petit peu trop précautionneux par rapport à ces éléments-là. Et après, effectivement, la population des chasseurs, il y en a de moins en moins. Ils ne sont pas forcément très bien vus. On les incite à être un peu plus dynamiques dans les prélèvements. Ils souhaitent aussi avoir des populations de gibier de manière importante parce que... Faire une sortie en forêt et puis pas voir un animal, c'est pas sympa. Donc ils sont parfois un peu trop conservateurs à notre goût. Puis derrière, aujourd'hui, on est dans une situation de dynamique relativement croissante de ces cheptels. Puis d'ailleurs, c'est un peu inquiétant. C'est inquiétant aussi pour des questions de sécurité routière, de plus en plus de collisions. Et puis peut-être qu'effectivement, un jour, on va avoir une grande épidémie comme on a failli en avoir avec la fièvre porcine. avec des vecteurs qui sont les sangliers, qui ne posent pas énormément de problèmes en forêt, qui peuvent en poser, mais c'est plus rare, mais qui sont également très très nombreux. Enfin voilà, il y a un gros sujet autour de l'équilibre sylvocinégétique.
- Speaker #1
À l'inverse, est-ce qu'il y a, j'espère, quand même quelque chose qui te rend un peu optimiste ?
- Speaker #0
Alors, il y a un certain nombre d'opportunités quand même. Déjà, on s'aperçoit que quand même, la société s'intéresse de près à la forêt. Alors elle s'intéresse avec un prisme qui est parfois un petit peu déformé. Nous on essaie de dire que la forêt ce n'est pas du tout environnemental, ce n'est pas du tout production, ce n'est pas du tout on y fait ce qu'on y veut parce qu'on est chez quelqu'un, de trouver des points d'équilibre un peu astucieux. Peut-être que le sujet forestier, la société, le grand public ne se l'est pas suffisamment acculturé pour avoir du recul par rapport à ces questions-là.
- Speaker #1
Et qu'ils ont moins cette notion de production dont tu parlais au tout début, que tu as découverte en entrant à l'école aussi.
- Speaker #0
De production et de vision de long terme aussi. On pourra y revenir. Nous, on essaie en tout cas de ne pas être dans la caricature, de ne pas être dans le tout environnemental, de ne pas être dans le tout économique. Un bon forestier, c'est quelqu'un qui intègre tout ça dans le document de gestion. Un document de gestion, c'est un exercice d'intégration de tout un tas de sujets. Mais dans les opportunités, le fait que finalement, de plus en plus de gens s'intéressent à la forêt et comprennent qu'il y a un enjeu derrière tout ça, on a des financements privés qui se mettent en place pour accompagner des pratiques de bonne gestion, y compris des pratiques de bonne gestion qu'on a du mal à mettre en œuvre si on n'a pas de soutien. Au niveau des territoires, c'est pareil, il y a une vraie préoccupation autour de la forêt. Et ça, ça peut être des opportunités intéressantes qu'on n'avait pas avant.
- Speaker #1
Quand tu dis des financements privés, c'est des entreprises, j'imagine, qui financent ?
- Speaker #0
Ce sont des entreprises, il y a des collectivités aussi. Mais tu as peut-être entendu parler du label Bacarbon. Voilà, je pensais à ça. Le label Bacarbon, c'est une opportunité qu'on n'avait pas avant. Il y a des fonds qui sont organisés par... des organisations, Nature Impact par exemple avec le VVF, qui peuvent accompagner des projets forestiers, donc plutôt avec une forte composante environnementale, protection de la biodiversité, protection des sols et des eaux, mais dans des forêts où ces enjeux-là sont très forts, c'est super d'avoir des opportunités comme celle-là pour avoir une gestion vraiment appropriée autour d'un territoire singulier avec des enjeux qui sont un peu uniques.
- Speaker #1
Ok. Bon, et après toutes ces années passées au CNPF, toi, qu'est-ce qui continue de te passionner dans ton métier ?
- Speaker #0
Alors, ce qui continue, et c'est aussi un défi, c'est justement de réussir à intégrer tout ça et de réussir à discuter avec des gens qui sont parfois un peu polarisés en leur disant, mais voilà, peut-être que la bonne gestion, elle n'est pas aussi tranchée de manière unilatérale sur le tout production, le tout environnement ou le tout accueil du public. et j'aime bien l'idée que dans une même forêt alors là on parle de forêts qui sont un peu étendues on puisse se dire dans tel coin là j'ai une zone qu'il faut que je protège absolument et il ne faut pas y toucher on va la laisser en libre évolution peut-être sur quelques hectares parce qu'il y a des espèces particulières qui s'y développent déjà qui n'ont besoin de pas être dérangées qui sont associées à des critères de maturité biologique qu'on a donc ça on n'y touche pas et on n'y touchera pas durablement à l'inverse là Il y a peut-être des peuplements un peu différents qui sont faciles d'accès. Il y a un vrai potentiel de production de beau bois. Et si on travaille correctement pour ne pas tout cochonner, on peut produire du bois et on peut en produire assez sereinement. Pour moi, la gestion forestière, c'est ça. C'est prendre de la hauteur, regarder sa forêt, regarder ses attentes et puis se dire, voilà, je vais faire... ce type de gestion à cet endroit, puis telle gestion à tel autre, et puis après, en espérant que finalement on ne soit pas rattrapé par le changement climatique ou un vilain parasite, un vilain ravageur, et puis si c'est le cas, on ajustera, on modulera nos options de gestion, et puis voilà.
- Speaker #1
Bon, ben écoute, on verra. On arrive à la fin de cet enregistrement, j'ai encore deux petites questions pour toi. J'aimerais peut-être que tu partages avec nous et les gens qui écoutent cet épisode un livre ou une ressource qui, toi, t'inspire en lien avec la forêt.
- Speaker #0
Je voulais revenir sur peut-être une personne, une expérience un peu particulière que j'ai trouvée intéressante parce que justement elle cassait le mythe du propriétaire forestier productiviste qui ne veut pas qu'on mette les pieds chez soi, qui fonctionne en vase clos, qui veut absolument avoir... la main totale sur ce qu'il fait et n'avoir de compte à rendre à personne. Mais voilà, c'était une personne que j'ai rencontrée à la fin de mon passage en ancienne Aquitaine, en l'occurrence. Il s'appelait M. Lescouzer. M. Lescouzer, il vivait avec sa sœur. Il avait un énorme patrimoine forestier. Il n'avait pas d'enfant. Il avait de la famille. Et ça faisait partie de ces propriétaires forestiers qui considéraient qu'ils étaient... peut-être bien nés, parce qu'ils étaient nés avec un patrimoine hyper important, mais pour qui ça représentait une forme de devoir vis-à-vis de son territoire et vis-à-vis de ses habitants. Et donc il s'est investi toute sa vie dans le collectif, il a été maire de son village, il a été président d'association de DFCI, il a été président du syndicat des sylviculteurs du sud-ouest à l'époque, et je pense que dans son esprit, c'était une forme de devoir. le concernant, parce que justement, il avait eu la chance d'avoir un patrimoine un peu particulier, des atouts que n'avaient pas eu d'autres personnes, et il fallait qu'il renvoie l'ascenseur quelque part. Et en fait, à la fin de sa vie, comme il n'avait pas d'héritier direct, il s'est dit, voilà, ce modèle landais, il doit perdurer, parce que ça fait vivre l'économie d'un territoire. Il avait quand même une option économique forte, c'est une réalité. On est dans les Landes. Mais encore une fois, il n'était pas... Pape Borné, il s'est dit, il faut le faire connaître, il faut que ça perdure, et il faut qu'on continue à réfléchir autour de la gestion de ce modèle landais, mais sans occulter ces enjeux qui apparaissent aujourd'hui d'accueil du public, de biodiversité, etc. Il a transmis une partie de son patrimoine à ses neveux, mais il a souhaité mettre en place une fondation. Autour d'un agroppement forestier dont il était le gérant principal, il y avait quand même 900 hectares. Et en fait, à la fin de mon aventure bordelaise, moi j'ai participé pendant 2-3 années à la mise en place d'une structure qui serve finalement de terrain de jeu pour la recherche, pour les gestionnaires forestiers, la coopération forestière, pour l'INRA, pour l'enseignement forestier Bordeaux Supagro, et qui lui survivent.
- Speaker #1
Et elle s'appelle comment cette fondation ?
- Speaker #0
C'est les Amis des Agro. A-G-R-E-A-U-X parce que c'était le domaine des agros et donc aujourd'hui en fait la gouvernance de ce grand GF qui fait près de 1000 hectares elle est assurée par une association des amis des agros qui réunit l'INRA qui réunit le CNPF qui réunit Alliance Forêt-Bois la coopération des acteurs économiques dans lequel il se passe plein de choses encore une fois je pense que Il n'y a pas une année dans laquelle les forestiers de bord de Supagro ne descendent pas y faire un tour pour mettre en place un projet, des choses comme ça. Et j'ai trouvé ça super, il avait vraiment ce sujet économique qui était fort, qui était puissant, mais son objectif numéro un c'était de bien gérer sa forêt et de faire en sorte que ça serve à un petit peu de forêt modèle. Je parlais d'implication de propriétaires forestiers, quand on est acteur de développement forestier, avoir des gens comme ça en face... qui permettent qu'on ne prêche pas dans le désert. C'est vraiment super.
- Speaker #1
Dernière question, et cette fois-ci sans langue de bois. C'est quoi le plus gros cliché sur la gestion durable des forêts ou sur ton métier ? C'est à toi de voir.
- Speaker #0
Je ne vais pas être original, je vais redire ce que j'ai dit tout à l'heure. C'est le propriétaire landais ou le propriétaire de Douglas en montagne noire ou le propriétaire de Peuplier qui serait... enfermés dans une espèce de caricature et à contrario, la bonne gestion forestière, c'est qu'il ne faut rien y faire, il faut laisser la nature s'exprimer. Et en fait, ces deux caricatures de forêts intouchées, il y a des forêts qui sont des forêts primaires qu'il faut maintenir en tant que telles. Des vieilles forêts, c'est des pépites aujourd'hui. En France ?
- Speaker #1
Métropolitaine, on en a ?
- Speaker #0
Alors, des forêts primaires, non, mais des forêts subnaturelles, oui. Ce qu'on appelle des vieilles forêts, il y en a quelques-unes. Il y en a de l'ordre de 4% dans les Pyrénées. Il faut vraiment avoir une vigilance particulière avec ces forêts-là, parce qu'elles rendent des tas de services aussi au reste des forêts, parce qu'elles hébergent des communautés qui sont moins présentes ailleurs, et notamment des communautés de saproxyliques. Les saproxyliques, ce sont des insectes, ou des champignons, ou des mollusques. qui s'attaquent, qui se nourrissent ou qui se reproduisent sur le bois mort. Et finalement...
- Speaker #1
Ça proxylique,
- Speaker #0
découvrir un mot. Et quand ils font ça, finalement ils permettent d'assurer le retour au sol de toute la matière organique qu'il y a dans les forêts. Ces insectes-là, ils sont hyper abondants évidemment dans des vieilles forêts et ils participent au bon fonctionnement de l'écosystème. Et ce bon fonctionnement, j'allais dire, il fait un peu tâche d'huile sur les autres forêts qui sont alentours. et donc c'est des forêts qui sont très intéressantes mais il ne faut pas se dire qu'on va gérer 100% de la forêt française en n'y mettant plus les pieds et de la même manière qu'il ne faut pas se dire que je suis propriétaire chez moi j'ai le droit d'y faire ce que je veux j'ai tout compte à rendre à personne et circuler il n'y a rien à voir non il faut s'intéresser à sa forêt
- Speaker #1
Allez consulter les formations, les documents du CNPF pour justement bien gérer sa forêt en fonction de ses propres objectifs.
- Speaker #0
Voilà, et puis il y a aussi des courroies de transmission, il y a des gestionnaires forestiers dans les coopératives forestières, il y a des techniciens forestiers indépendants, il y a des experts forestiers. Quand on a un patrimoine forestier important, ça peut être intéressant aussi d'être accompagné par des gens qui sont vraiment, pour le coup... des prestataires de services, mais qui passent du temps et qui connaissent leur métier.
- Speaker #1
C'est vrai que si on peut conclure peut-être cet épisode, s'il y a un propriétaire forestier qui nous écoute et qui ne sait pas quoi faire de sa forêt, il ne faut pas hésiter à aller frapper à la porte des organisations qui sont là pour les accompagner.
- Speaker #0
En y voient, nous, on viendra, on lui dira ce qu'on pense de sa forêt, ce qu'on pense de son projet, peut-être s'il en a un, ou on l'aidera à en formuler un. Et puis s'il veut aller plus loin, être accompagné vraiment au quotidien, oui, c'est un gestionnaire qui peut. mais nous, on ne lui lâchera jamais la main de toute façon.
- Speaker #1
Bon, très bien. On va terminer là-dessus. Je te remercie, Sébastien.
- Speaker #0
Je t'en prie.
- Speaker #1
Bonne fin de journée.
- Speaker #0
Bonne fin de journée à toi.
- Speaker #1
Vous venez d'écouter Du Pin sur la planche. Un grand merci à mon invité pour son temps et son témoignage. Si vous aimez cet épisode, aidez-moi à le faire connaître. N'hésitez pas à mettre des étoiles, des commentaires sur vos plateformes d'écoute préférées. Pour en savoir plus sur cet univers de passionnés, ça se passe sur Instagram, du pin, sur la planche, le podcast. Prochain épisode, le mois prochain. A bientôt !