- Delphine GARDIN
Vous écoutez Du Pin sur la Planche, le podcast qui vous plonge au cœur de la filière forêt-bois. Je suis Delphine Gardin, et mon quotidien, c'est d'aider les acteurs de ce secteur à mieux communiquer. Qui sont-ils ? Pourquoi le bois est une ressource clé pour relever les défis de la transition écologique ? Si toutes ces questions vous intéressent, vous êtes au bon endroit. Ici, une fois par mois et sans langue de bois, je vous emmène à la découverte de cet univers et de ses experts.
- Damien CARMINATI
Cette filière bois à l'échelle de notre territoire, elle a un sens. Utiliser le bois pour chauffer des collectivités ou des personnes, on parle de chauffer nos plus petits dans les écoles comme nos aînés dans les maisons de retraite, ça a du sens. Donc ça, on va continuer à le défendre.
- Delphine GARDIN
Aujourd'hui, je suis au lac de Payolle à Campan dans les Hautes-Pyrénées. où je rencontre Damien Carminati, qui est le fondateur Estera. Estera, c'est une entreprise spécialisée dans le bois énergie, qui conçoit et exploite des chaufferies biomasse, ainsi que des réseaux de chaleur, pour les collectivités des Pyrénées. Alors dans cet épisode, on s'est intéressé forcément à la place du bois énergie dans nos territoires. On est aussi venu questionner la naissance Estera. Pourquoi avoir choisi de maîtriser une grande partie de la chaîne, de la forêt jusqu'au radiateur ? et comment on s'assure que le bois utilisé pour produire de l'énergie est bien à sa place dans la hiérarchie des usages. Avec Damien, on est aussi revenu sur son parcours, son aventure entrepreneuriale, mais aussi sur les critiques adressées au bois énergie. C'est un épisode pour comprendre comment fonctionne une filière bois énergie locale et pour prendre un peu de recul sur les débats qui l'entourent. Bonne écoute ! Bonjour Damien !
- Damien CARMINATI
Bonjour Delphine !
- Delphine GARDIN
Alors on est ici au lac de Payolle, en plein cœur des... Hautes-Pyrénées. Je suis très contente d'être avec toi pour parler de ton projet. Enfin, c'est plus un projet, c'est une entreprise qui s'appelle Estera, qui agit dans le secteur du bois énergie. Mais avant de parler de ton entreprise, j'aimerais qu'on revienne un peu en arrière et que tu m'expliques comment tu es arrivé dans la filière forêt-bois.
- Damien CARMINATI
Déjà, ravi de l'intérêt que tu portes à Estera. Je suis arrivé dans la filière bois par une formation de technicien forestier. Et ensuite, j'ai démarré dans le réseau des communes forestières pour animer. La filière bois, développer des projets valorisant cette ressource avec les élus des communes et notamment aussi animer une filière bois énergie.
- Delphine GARDIN
D'accord. Et alors justement, elle ressemble à quoi cette filière bois énergie dans les Pyrénées quand tu arrives au réseau des communes forestières ?
- Damien CARMINATI
La filière bois énergie à l'époque, fin des années 2000, c'était une filière bien développée dans les Pyrénées orientales, naissante en Ariège et à part ça, il n'y avait pas grand-chose. Et il n'y en avait pas une seule, notamment dans les Hautes-Pyrénées, le département où on se trouve. D'accord.
- Delphine GARDIN
Et alors, c'est toi, en faisant ce constat-là, que l'idée est venue de donner naissance à ce projet ? Ou qu'est-ce qui a fait, en fait, que tu as voulu monter Estera ? Puis tu vas peut-être nous expliquer aussi ce que c'est exactement.
- Damien CARMINATI
Donc non, non, je ne suis pas tout seul dans cette histoire. Il y a d'abord des élus particulièrement impliqués qui étaient motivés pour... porter des projets ambitieux valorisant la ressource forestière locale à l'échelle du Massif des Pyrénées. Et toujours à cette échelle de massif, c'est une époque où s'élabore le schéma stratégique forestier du Massif des Pyrénées et où l'ensemble des acteurs de la filière se concertaient pour tirer les grandes lignes des axes de développement de la filière bois. Donc voilà, un moment où... Beaucoup de constats, d'orientations et de pistes d'action émergent sous différents angles. Et donc l'idée de trouver un concept qui facilite l'usage du bois énergie pour les collectivités est née de ce... de ces différentes réflexions, discussions entre acteurs avec les élus des communes forestières.
- Delphine GARDIN
Alors quand tu parles de ressources forestières, concrètement, c'est quoi la ressource forestière disponible dans les Pyrénées ? Et qu'est-ce qu'on en faisait ? Qu'est-ce qu'on en fait encore ?
- Damien CARMINATI
Concrètement, il y a déjà deux grandes catégories de bois qui sont utilisées. Les phagots de Syrie, ce qu'on appelle les DOS, qui n'ont pas d'autre usage que l'énergie pour cette ressource-là.
- Delphine GARDIN
C'est quelle essence ?
- Damien CARMINATI
En fait, c'est toute essence. Après, il se trouve que dans les Pyrénées, c'est essentiellement des scieries résineuses. On peut tout à fait employer les doses de feuillus. Et ensuite, c'est tous les produits issus de la sylviculture. Nous, on s'inscrit vraiment dans l'idée que les filières d'usage du bois sont complémentaires avec comme objectif final, en termes de production de bois, de valoriser du bois d'œuvre. Mais donc, avant d'avoir du bois d'œuvre, il y a euh euh un certain nombre d'opérations, d'éclaircies, etc., qui sont nécessaires. On a aussi des cas où des bois sont non conformes pour tous les autres usages, qu'ils soient trop gros, qu'ils soient abîmés, qu'ils soient attaqués par des insectes ou des champignons, ou cassés par la neige, tempêtes, etc. Donc tous ces types de bois, l'énergie, elle, est une filière qui les accepte sans problème.
- Delphine GARDIN
Et donc avant d'avoir ce débouché en bois énergie, Toute cette ressource, vous en faisiez quoi ?
- Damien CARMINATI
On a une certaine quantité de bois qui peut bloquer des coupes, ou alors laisser en forêt, tout simplement. Mais surtout, dès lors qu'on parle de grande quantité, c'est des bois qui partent du territoire. Et ça, c'était quand même un sujet majeur pour l'angle aménagement du territoire, développement de l'économie locale. C'est aussi l'idée qu'une ressource... peut apporter une valeur ajoutée à un territoire si elle est transformée localement, utilisée localement. Et donc, c'est ça qui a guidé aussi l'objectif d'inscrire une filière ancrée à l'échelle de nos territoires des Pyrénées.
- Delphine GARDIN
Alors, il y a quelque chose d'intéressant dans la genèse Estera. Tu me disais que vous avez fonctionné avec des installations pilotes avant même que l'entreprise existe. Pourquoi vous avez commencé par le terrain ?
- Damien CARMINATI
Ce qui était fondamental dans l'approche de notre projet, c'était qu'en aucun cas, il fallait que ça reste un dossier... qui plaisent à tout le monde mais qui restent au fond d'un tiroir.
- Delphine GARDIN
Un dossier de plus.
- Damien CARMINATI
Un dossier de plus disant ce qu'il fallait faire. Donc on ne voulait pas s'arrêter à dire ce qu'il est bien de faire mais de le faire. Et donc de mobiliser tout de suite des capacités de réalisation. Donc là on a pu s'appuyer en partenariat avec l'ONF pour engager tout de suite les premiers projets pilotes. Donc trois chaufferies bois modulaires qui ont pu être mises en service dans une approche vente de chaleur. Et c'est ça qui nous a permis d'avoir le côté démonstratif, à même de rassembler plusieurs acteurs autour du projet et de passer de la phase projet à la phase société qui déploie l'offre.
- Delphine GARDIN
Et du coup, justement, quel était le modèle que tu voulais inventer, que vous vouliez inventer avec Estera ?
- Damien CARMINATI
Oui, donc le modèle avait pour base d'ancrer la filière bois-énergie à partir de la ressource du territoire, d'être sûr que ce soit... la filière locale qui alimente les chaufferies bois qui seraient déployées. Premier point. Deuxième point, d'arriver à développer une offre qui garde toute la valeur ajoutée au bois énergie initial. Parce que quand on parle d'une ressource bois dédiée à la filière énergie, c'est quelques euros pour le propriétaire et on paye le travail d'exploitation, etc. Mais donc on est déjà très content si tout ça se fait. Mais en fait, aller encore plus loin. et que la chaîne de valeur qui va jusqu'à la chaleur produite pour chauffer les bâtiments soit intégrée à cette offre locale mise en œuvre par les acteurs de la filière amont. Que ce soit les acteurs de la filière amont qui s'intéressent à la valeur ajoutée qui est en aval. Et ensuite, de développer une offre de service qui englobe toutes les composantes d'un projet, de son exploitation et de sa vie au long cours, pour que finalement l'usager, ce ne soit pas plus compliqué pour lui de faire appel au bois. que de faire appel au gaz ou à l'électricité parce qu'il y a un opérateur qui s'occupe de tout depuis la conception, les études initiales, le financement, ensuite des opérations et l'exploitation au long cours avec la maintenance, avec l'approvisionnement en bois, etc.
- Delphine GARDIN
Donc concrètement, pour quelqu'un qui ne connaît pas du tout le secteur, en fait, vous, vos clients, c'est des collectivités qui veulent pouvoir chauffer plusieurs bâtiments au sein d'une commune ou d'une communauté de communes ? Et vous, vous venez faire les études, l'installation, et ensuite vous gérez même l'approvisionnement bois de ces installations. Oui,
- Damien CARMINATI
c'est notre particularité et qui est issue aussi de l'histoire de la filière. Je disais qu'il n'y avait pas de chaufferie bois dans les Hautes-Pyrénées à ce moment-là. Pas de chaufferie bois, ça veut dire pas de... Pas de filière organisée non plus en amont. Donc pour sécuriser la traçabilité, qui était quelque chose d'important pour nous, qui correspond à notre ADN et à l'identité de notre offre, Estera que pour pouvoir être sûr qu'on ait le rattachement d'une parcelle forestière jusqu'à la chaudière, on a intégré le stockage, la préparation et le stockage de ce combustible.
- Delphine GARDIN
Donc on sait presque d'où vient le bois. Nous,
- Damien CARMINATI
on a l'inventaire total des... des parcelles qui permettent de fournir le bois qui ensuite alimente les chaufferies. Donc ça, c'est l'une des particularités d'être aussi intégré dans toutes les composantes du métier. Donc il y a cette maîtrise de la production du combustible. On a l'équipe de maintenance pour l'entretien des chaudières. On a l'équipe bureau d'études pour la conception, le suivi des travaux pour les projets de chaufferie. Ce qui fait que, mis bout à bout, tous ces métiers-là sont assez différents. mais qui forment le métier unique de producteur de chaleur bois pour les collectivités, nous donne aussi cette légitimité, cette force de connaître ce qu'on fait, de A à Z.
- Delphine GARDIN
De maîtriser.
- Damien CARMINATI
Cette maîtrise donne une fiabilité derrière, une qualité du service aussi, et puis une responsabilité. Estera qu'en aucun cas, on se défaussera de quoi que ce soit s'il y a un couac quelque part. Le client, il n'en entendra jamais parler. C'est que nous, on le réglera avec les différents intervenants, que ce soit en interne ou en externe avec des entreprises partenaires. Mais voilà, on assume et on gère. C'est fondamental pour que lui, le client, il soit tranquille dans l'usage de sa chaleur.
- Delphine GARDIN
Et en termes de chiffres, tu peux nous parler de l'équipe. Tu as une équipe et puis aussi peut-être du nombre de projets, d'installations. Oui,
- Damien CARMINATI
donc il y a cinq personnes chez Estera. on gère euh 12 installations en propre et puis au-delà, on exploite 3-4 installations de plus parce que les collectivités qui nous connaissent sont intéressées pour avoir le service de maintenance.
- Delphine GARDIN
Des installations que vous n'avez pas installées. Oui, c'est ça.
- Damien CARMINATI
Mais c'est vrai qu'il y a quand même des collectivités qui font le choix de gérer elles-mêmes leurs projets en maîtrise d'ouvrage propre. Mais ensuite, il leur faut des entreprises pour la maintenance. maintenance des installations ou pour leur fournir le bois. Donc on réalise ça également.
- Delphine GARDIN
Et tu peux nous parler d'un projet concret ? Tu m'avais parlé du réseau de chaleur de Lourdes-Barousse.
- Damien CARMINATI
Oui, le réseau de chaleur de Lourdes-Barousse, il est assez représentatif de ce qu'on a comme besoin de chaleur à l'échelle de nos petites villes des Pyrénées. Donc la genèse, c'est qu'on est en partenariat avec le syndicat d'énergie des Hautes-Pyrénées. Un partenariat fait de compétences, Estera compétences au sens juridique. Le syndicat a pris la compétence réseau de chaleur, qui est une compétence initiale de chaque commune. Mais les communes n'ont pas forcément les moyens techniques, économiques, de porter des projets assez ambitieux, assez conséquents. Et donc il y a transfert de compétences au syndicat qui l'aurait proposé. Le syndicat, à ce moment-là, devient maître d'ouvrage du réseau de chaleur. s'occupe de mettre en oeuvre le réseau qui va raccorder les principaux bâtiments. Par exemple, pour l'Ourbarousse, on parle de la maison de retraite, du collège, du groupe scolaire, du gymnase, il y a encore peut-être une salle des fêtes, quelque chose comme ça. Et ensuite, il y a vraiment le rôle public, de service public, pour raccorder tous ces bâtiments. Et après, il y a le rôle métier, où pour produire la chaleur à injecter sur ce réseau, ils passent des appels d'offres sur lesquels ensuite ils retiennent un opérateur pour produire la chaleur. Donc là, c'est Estera qui a été retenu. Et donc, nous, notre métier, c'est de concevoir, réaliser et faire fonctionner l'installation pour alimenter ce réseau de chaleur. Et donc là, on est en 100% bois.
- Delphine GARDIN
D'accord. Et ce bois, il vient d'où ? On l'a compris, mais quand même. Nous,
- Damien CARMINATI
on a notre plateforme logistique à l'Anne-Mezan, qui va bientôt être transférée sur la commune de Saint-Laurent-de-Nest.
- Delphine GARDIN
Oui, parce que tu portes un projet de plateforme aussi. Oui,
- Damien CARMINATI
alors ce projet de plateforme, en plus, il nous tient beaucoup à cœur et il va être assez emblématique pour nous, Puisque... il sera réalisé en bois des Pyrénées. Il fallait aller jusqu'au bout. On tenait à montrer que le savoir-faire des entreprises, que ce soit scierie, charpentier, etc., ça pouvait encore fonctionner en bois massif. Ça va être un beau démonstrateur.
- Delphine GARDIN
Oui,
- Damien CARMINATI
exactement. On est très contents que ça arrive. Et donc, les approvisionnements en bois viennent d'un rayon de 60 km autour de autour de la plateforme avant ensuite de repartir Vers les chaufferies.
- Delphine GARDIN
Et ça, comment tu peux garantir à tes clients cette traçabilité ?
- Damien CARMINATI
On est certifié PEFC.
- Delphine GARDIN
D'accord.
- Damien CARMINATI
Donc ça, c'est une chaîne de contrôle. Ensuite, l'ensemble des flux de bois qui entrent et qui sortent sont tracés. On est également adhérent à la charte qualité bois énergie occitanique. C'est une démarche volontaire des acteurs pour identifier les points clés de bon fonctionnement. de la filière bois-énergie en Occitanie.
- Delphine GARDIN
Est-ce que ces deux certifications, elles t'assurent aussi que le bois utilisé pour le bois-énergie, il n'aurait pas pu avoir une meilleure valorisation pour un autre usage ? Si on parle de hiérarchie des usages... Ça,
- Damien CARMINATI
c'est plutôt un... Une relation étroite avec les exploitants et les gestionnaires de forêt avec qui on travaille. Donc on a des contrats d'approvisionnement avec l'ONF, avec des exploitants forestiers. Et c'est avec eux que sont déterminées les qualités de bois qu'on accepte ou qui doivent être fléchées vers les usages plus nobles pour le bois. On est dans un contexte de crise. Et donc c'est vrai qu'avec la fermeture depuis ces derniers mois de l'usine de pâte de Saint-Gaudens, Voilà, le contexte est très compliqué en ce moment pour la filière. On est aussi dans une démarche de soutien au sens où on maintient des prix, on maintient des volumes qu'on peut faire avec les acteurs avec qui on travaille depuis de longues dates. Mais c'est à notre petite échelle ce qu'on peut faire pour le moment. Voilà, contexte compliqué en ce moment.
- Delphine GARDIN
Bon alors on a parlé du projet, de l'entreprise, etc. Moi j'aimerais qu'on parle aussi du Damien Damien Carminati entrepreneur, parce que ça fait 15 ans du coup que tu entreprends, alors que tu viens plutôt du monde de l'animation territoriale. Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en passant de celui qui accompagne des projets à celui qui prend le risque ?
- Damien CARMINATI
Ouais, en termes de surprise, ça n'en manque pas. Alors on a une demi-heure. Tout d'abord, c'est un mélange de... de pression du résultat, d'ambition et de liberté dans le projet, et finalement de responsabilité quotidienne de ce qu'on entreprend. Et ça, c'est très plaisant. En tout cas, ça m'a toujours beaucoup parlé dès lors que je suis parti dans cette voie. Et ensuite, on se lance. Il y a les concepts. C'est aussi passé de quelques idées, de quelques concepts, de quelques... de l'organisation qu'on peut se faire à l'avance, de comment on veut formaliser l'entreprise, et puis ensuite se confronter concrètement avec qui on peut faire entreprise, avec qui on peut s'associer. Au capital, on parle d'associer au sein d'une entreprise, et donc c'est trouver qu'est-ce qui rassemble, qu'est-ce qui fédère pour avoir un projet d'entreprise en commun. Et donc ça, c'est vrai qu'on a eu la chance de pouvoir raccrocher avec l'agence régionale Énergie Climat. qui est la société publique d'investissement de la région dans les énergies renouvelables pour l'Occitanie et qui nous a permis aussi d'avoir les moyens de l'ambition de nos projets.
- Delphine GARDIN
Et est-ce qu'il y a eu des compromis entre l'entreprise que tu avais imaginée et celle que tu as construite ?
- Damien CARMINATI
Oui,
- Delphine GARDIN
c'est toujours des compromis,
- Damien CARMINATI
du pragmatisme aussi bien souvent, mais avec un fil conducteur à tenir pour que finalement dans la durée ce qu'on fait garde tout le sens qu'on voulait avoir au départ. Les compromis, c'est par exemple accepter que, moi en venant du monde associatif, il y a un modèle coopératif d'intérêt collectif, etc. Ça, ça fonctionne quand on a des interlocuteurs, entreprises ou partenaires qui ont cette même accroche. J'en reviens à l'état de la filière du moment. En fait, le bois énergie n'existe pas, donc il n'y a pas vraiment d'autres... Acteurs à aller chercher pour dire, en fait, on va mutualiser nos compétences. Donc, ça a plus été un modèle de société plus classique et traditionnelle, mais avec lesquelles on a réussi à monter des statuts qui, en fonctionnement, avec des voix pondérées dans des collèges, etc., ressemblaient quand même un peu à la gouvernance qu'on voulait avoir dans ce genre de projet. Une équipe de collègues, d'amis, en tout cas d'actionnaires fondateurs citoyens qui ont cru au projet et qui ont permis aussi d'avoir cet élan et de garder cet élan dans la durée. Oui, c'est pas facile. Pour garder le cap et dépasser aussi les aléas d'une vie d'entreprise.
- Delphine GARDIN
Les difficultés, forcément, oui. Et de quoi tu es particulièrement fier avec Estera ?
- Damien CARMINATI
Il y a déjà eu un premier cap, c'est quand ma rémunération s'est faite à partir de la société que j'avais créée. Ça, c'est vraiment quelque chose, mais alors ça a passé un cran au-dessus encore quand j'ai pu créer le premier poste pour une autre personne. Et ça, c'est vrai que créer des emplois par les idées qu'on a eues, le concept, l'entreprise qu'on développe, ça, c'est vraiment une très grande fierté. C'est le côté humain de l'entreprise quand on arrive à... à avoir une petite équipe totalement impliquée, engagée dans le projet, qui adhère complètement aux valeurs de l'entreprise, etc. C'est ça aussi qui fait la richesse du quotidien de l'entreprise.
- Delphine GARDIN
Surtout sur des territoires quand même très ruraux, où j'imagine que les emplois sont peut-être moins faciles que dans les grandes villes.
- Damien CARMINATI
Et c'est ce qui incarne l'entreprise vis-à-vis de tout le monde. en premier lieu les... les clients, les usagers de la chaleur. Et donc ça, de voir que ça fonctionne, d'avoir les retours. Estera aussi, 15 ans après, il y a eu plusieurs sites sur lesquels les clients nous ont dit, mais on veut renouveler l'installation, continuer à avoir plus de production à partir du bois. Parce que c'est vrai qu'au début, on était prudent et on proposait juste un mix énergétique qui laissait une place à l'installation existante pour ne pas trop déstabiliser le fonctionnement de nos clients. et donc là... Quand on a ces retours-là, quand certains clients aussi disent, mais tout simplement, dites à vos équipes, ils peuvent être fiers du travail parce que vous avez toute notre confiance. Voilà, ça, c'est la fierté.
- Delphine GARDIN
Tu peux, oui. Bon, alors, on va parler bois énergie parce qu'on en a un petit peu parlé, mais quand même pas tant que ça. Surtout qu'en ce moment, c'est quand même un sujet qui peut faire débat ou en tout cas qui interroge parce qu'on entend certaines critiques sur le bois énergie. Déjà, est-ce que ces critiques... tu les comprends, est-ce qu'elles te paraissent légitimes ? Et puis on va peut-être essayer justement d'apporter un peu d'eau au moulin sur ces critiques.
- Damien CARMINATI
Alors critique au sens questionnement de cette filière, moi je trouve ça complètement légitime. Estera que questionner comment est collectée la ressource, quelles sont les conséquences sur un environnement qui est commun à tout le monde. Quand on parle de forêt, c'est pas tout le monde s'approprie un peu la forêt parce que c'est un usage qu'on en a chacun à notre façon. C'est notre patrimoine commun.
- Delphine GARDIN
Bien qu'elle soit quand même au trois quarts privée.
- Damien CARMINATI
Qu'elle soit privée ou publique, à la fin, chacun se l'approprie. On s'y promène, on fait nos actifs, peu importe ce qu'on en fait. Mais on l'a sous les yeux, c'est des paysages. Donc ça, il y a un lien particulier, je dirais, à la forêt qui fait qu'il y a une sensibilité qui peut être exacerbée et des préoccupations. Puis c'est en lien aussi avec les bouleversements du changement climatique. Enfin bref. Tout ça, je comprends toutes les préoccupations qui sont liées à cette ressource naturelle. Et donc, c'est à nous aussi de prendre les devants, d'être pédagogique sur le sujet et de permettre au débat d'avancer et d'éclairer les bonnes et les mauvaises pratiques. Parce que je ne veux pas, moi, défendre tout ce qui se fait en termes de pratiques. C'est quoi les bonnes pratiques ? Il se trouve que, quand même, nous, ce qui est important, c'est de travailler avec des acteurs de la filière Hamon. qui sont dans un cadre de gestion durable, Estera des forêts qui sont dotées de documents d'aménagement qui déterminent les orientations, les affectations de la forêt, que ce soit avec des priorités économiques, écologiques, touristiques, peu importe. Mais donc ça, il y a quand même un code forestier qui s'applique en France et de travailler avec des gestionnaires forestiers qui font un travail très qualitatif sur le sujet. Donc après, j'ai déjà parlé de cette traçabilité de... Du bois, ce qui permet aussi de refuser en miroir. Ça t'es déjà arrivé de refuser ? Oui, Estera que ça ne correspond pas à la filière qu'on veut soutenir quand il y a 20 hectares de taillis qui sont mis par terre en coupe rase. Après, ça permet aussi de faire le tri dans ce que nous, par notre politique d'achat de bois, ce qu'on veut défendre. Ça, c'est toute la partie amont de notre métier, de notre filière. Et puis, il y a la partie aval parce que le bois énergie, c'est aussi... On en entend beaucoup parler à niveau national par les émissions de particules fines, avec le diesel pour les carburants, c'est les deux grandes sources d'émissions de particules fines en France. Et donc là aussi, il faut prendre les devants, démontrer, expliquer dans quelles conditions le bois est brûlé dans ces chaudières automatiques. Et donc là, la maîtrise de l'ensemble depuis la... J'insiste, je reviens toujours à ça, mais concevoir... Bien dimensionner les puissances des chaudières, bien les mettre en œuvre, avoir un bois incombustible qui soit de qualité, avec des réglages maîtrisés par des techniciens qui connaissent leur métier. C'est l'ensemble de ces conditions-là et plus des équipements appropriés. Maintenant, les chaudières sont dotées de filtres à particules, etc. Ce qui fait qu'on a une parfaite maîtrise des émissions de particules fines. Et ça, c'est un enjeu de santé publique. donc c'est vraiment pas à prendre à la légère et à nous professionnels de montrer que les choses peuvent bien se faire.
- Delphine GARDIN
Alors il y a ces questions ou ces critiques, et puis il y a aussi un paradoxe, parce que c'est vrai qu'il y a une quinzaine d'années, quand Estera a été créé, les pouvoirs publics ont encouragé fortement le développement du bois énergie. Aujourd'hui, le contexte a un peu changé. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Damien CARMINATI
Qu'est-ce qui s'est passé ? Parce que c'est assez récent, mais je dirais qu'en un an et demi, deux ans, on a un revirement assez sévère sur le... La façon dont le bois énergie peut être soutenu par les politiques publiques, il est encore soutenu.
- Delphine GARDIN
Est-ce que c'est en lien justement avec ces questions que la société se pose ?
- Damien CARMINATI
Alors, j'y vois plusieurs facteurs, Estera qu'il y a un sentiment d'urgence à réduire les émissions de CO2. En termes de politique nationale, pour réduire les émissions de CO2, la priorité absolue est mise sur l'usage de l'électricité, bien que les filières électriques... C'est pas que du nucléaire qui fait qu'il y a zéro CO2 qui est rejeté dans la raine. Il y a quand même un impact carbone. Mais donc nous, la filière bois, le cycle du carbone fait qu'à échelle des 5 ou 10 ans, quand on brûle du bois, le carbone, c'est une réalité, il est libéré dans l'atmosphère et il Estera plusieurs décennies à être restocké par les arbres. Mais ça, c'est le cycle de la forêt qui a toujours été sur Terre. Bon, et donc peut-être que là, il y a des stratégies comme ça qui sont très court-termistes, Estera qu'on ne veut pas, on veut limiter absolument la combustion du bois, mais peu importe, moi ce que je crois, c'est qu'à l'échelle de notre pays, on a tout ce qu'il faut pour avoir un mix énergétique renouvelable qui tient la route. Il faudra garder une place pour chacune de ces filières. La filière bois énergie à l'échelle de nos territoires ruraux, là où se trouve la ressource, là où se trouvent les entreprises qui sont capables de la mobiliser, Là où se trouve toute l'économie qui peut se développer, et ça c'est primordial pour nos territoires, on le voit là. C'est du très concret. Quand une usine ferme pendant plusieurs mois, ça met en difficulté un paquet de monde. On a des entreprises qui commencent à fermer. C'est catastrophique. Je ne veux pas dramatiser les choses, mais c'est juste la réalité de ce qui est vécu en ce moment par bon nombre d'entreprises. Cette filière bois à l'échelle de nos territoires, elle a un sens. utiliser le bois pour chauffer des collectivités ou des personnes. On parle de chauffer nos plus petits dans les écoles comme nos aînés dans les maisons de retraite. Ça a du sens. Donc ça, on va continuer à le défendre aux côtés de tous les partenaires qui sont avec nous.
- Delphine GARDIN
Et alors, si on se retrouve justement dans 15 ans, quelle place tu aimerais que le bois énergie ait pris ici, dans les Pyrénées ?
- Damien CARMINATI
Oui, dans 15 ans, on a tellement de choses à faire en termes de... de conversion aux énergies renouvelables, que le bois énergie, il peut être multiplié par 10. Et ça n'impactera pas la ressource forestière ? Et en multipliant par 10, on parle juste d'être, on va dire, encore à la moitié de la production forestière du département des Hauts-de-Pyrénées, par exemple. C'est ça,
- Delphine GARDIN
on a de quoi faire.
- Damien CARMINATI
Et surtout... moi ça me tient à coeur, c'est à dire que c'est une ressource qui est disponible localement, qu'on sait gérer durablement etc, il y a les gestionnaires les entreprises, tout est en place par contre ce qui compte pour moi c'est de quelle façon on va employer ce bois, ça a du sens pour moi que les gens puissent continuer à se chauffer à des coûts maîtrisés, stables dans le temps plutôt que d'en faire des carburants pour avion c'est aussi simple que ça et donc moi dans 15 ans je veux qu'il y ait un aux côtés des autres énergies, géothermie, pompes à chaleur, tout ce que vous voulez, tout ce qui permettra d'effacer le maximum d'énergie fossile. Mais moi, ma priorité, c'est que les gens qui habitent ces territoires puissent être dans des conditions de chauffage environnemental, économique, etc., qui soient stables, qui soient cohérents avec notre écosystème, et pas de continuer à pouvoir voler les avions pour une poignée de personnes. Ce sera très bien s'il y a du surplus de... de ressources qui peuvent être dédiées à ça. C'est là où moi je pose des hiérarchies dans les nouveaux usages du bois dans ces différentes filières.
- Delphine GARDIN
C'est vrai que ça se questionne, tu as raison. On arrive à la fin de cet entretien, mais comme toujours ici dans Du Pin sur la Planche, j'aime bien terminer avec une petite chasse aux idées reçues. On l'a déjà un peu fait sur le bois énergie, mais est-ce qu'il te reste un cliché à démonter sur ton métier ou sur le bois énergie de manière générale ?
- Damien CARMINATI
Je ne sais pas à quel point le... On part de loin ou pas dans le cliché sur le bois énergie, mais en tout cas, le bois énergie n'est plus une filière Estera, archaïque et où il y a des bricolages et des bûches qu'on met dans le poêle. C'est un métier pointu qui demande des compétences à tous les niveaux et pour gérer efficacement ces installations et donc cette ressource, il y a d'une part des matériels hyper performants. et puis des personnes au grand savoir-faire.
- Delphine GARDIN
Justement, si on a envie de découvrir tout ça et de voir un peu peut-être des images de vos installations, où est-ce qu'on peut vous suivre ?
- Damien CARMINATI
Il y a un site web Estera et puis une page LinkedIn. Ok,
- Delphine GARDIN
on va aller voir tout ça. On Estera les liens dans les descriptions de l'épisode.
- Damien CARMINATI
Merci Delphine.
- Delphine GARDIN
Je te remercie. C'était le premier épisode qui traitait du bois énergique dans Du Pin sur la Planche. Je suis très contente d'avoir eu cet échange avec toi. Merci.
- Damien CARMINATI
Merci beaucoup Delphine.
- Delphine GARDIN
Vous venez d'écouter Du Pin sur la Planche. Un grand merci à mon invité pour son temps et son témoignage. Si vous aimez cet épisode, aidez-moi à le faire connaître. N'hésitez pas à mettre des étoiles, des commentaires sur vos plateformes d'écoute préférées. Pour en savoir plus sur cet univers de passionnés, ça se passe sur Instagram, Du Pin sur la Planche, le podcast. Prochain épisode, le mois prochain. A bientôt !