- SG
Bonjour et bienvenue sur Echos de Territoire, le podcast inspirant de la Convention des entreprises pour le climat, qui donne la parole aux acteurs engagés et passionnés qui construisent l'économie régénérative de demain. Je suis Stéphane Gonzalès, alumni de la promotion 2023, et je vous emmène sur les territoires du bassin lyonnais et des Alpes à la rencontre de dirigeantes et de dirigeants qui contribuent à dessiner les contours d'un avenir durable. Et aujourd'hui, c'est un numéro spécial, je dirais presque le numéro de Noël, à écouter au coin du feu, on va passer de l'autre côté du décor de la CEC Bassin Lyonnais et Alpes. Oui, on va rentrer dans les coulisses, là où ça rit, là où ça improvise, là où ça tricote le collectif. Et parfois, ça éteint des incendies imaginaires. J'ai fait vraiment un effort d'introduction là. Et pour raconter tout ça, j'ai la joie d'accueillir Caroline Ducharme. Caroline, bonjour.
- CD
Bonjour Caroline.
- SG
Ouais, moi c'est Caroline. Vas-y, ça démarre fort. Allez, on y va. C'est de toute façon, on est parti là-dedans. Et Marianne Coudert.
- MC
Bonjour Stéphane.
- SG
Salut Marianne. Donc les initiatrices, les chefs d'orchestre, les gardiennes du cap, et si je voulais même utiliser un mot un peu vilain, je dirais les taulières. Bref, celles qui gardent toujours le sourire, même quand ce n'est pas simple, quand on est dans des incertitudes. Donc en fait, toutes les deux, vous êtes ingénieures de formation. Centrale Supélec, quand même, vous êtes des vedettes, j'ai été voir vos profils. Donc vous aviez des carrières qui étaient plutôt bien rangées devant vous, en fait, et puis vous avez choisi de bifurquer et de vous embarquer dans un truc quand même pas simple tous les jours. Alors Caroline, toi, tu as quitté l'industrie pour plonger dans l'innovation sociale, l'intelligence collective. Et puis Marianne, elle a laissé la transformation digitale pour la redirection écologique, les récits, bref. Et ensemble, vous pilotez aujourd'hui une aventure qui est ambitieuse. Moi, je le vois, je fais le pas de côté, je regarde ça, je me dis « waouh » . Parfois un peu rock and roll, il faut être honnête aussi quand même, parce que la CEC, c'est aussi ça. C'est une construction de tous les jours. Et comme je vous connais quand même assez bien toutes les deux, maintenant, je me dis que cet épisode, alors il a déjà démarré un peu... Un peu bizarrement, puisque déjà tu m'as appelé Caroline, sympa. Donc j'espère qu'on va avoir quelques révélations quand même, et puis des anecdotes, et puis du frisson, et puis comme toujours de l'engagement. Alors ce que je vous propose, c'est déjà de me dire à quoi ressemblait votre vie avant la CEC. Qui est-ce qui démarre ?
- MC
Je peux démarrer. Effectivement, je pense que toutes les deux, on a suivi un schéma classique de bonne élève, et donc ensuite, ce qui apporte le plus de voies possibles, de métiers possibles, donc la carrière d'ingénieur, en tout cas le diplôme d'ingénieur. Il faut déjà aller jusque là. Et puis après, des métiers qui sont plutôt côté conseil ou en tout cas dans ces grandes entreprises. Et donc moi, côté transformation digitale.
- CD
Et moi, j'étais vraiment dans les sujets de transition énergétique. Ca faisait neuf ans que j'étais dans la maison EDF, donc effectivement, d'habitude, on ne quitte pas trop ce type de maison. Mais j'avais le côté entrepreneuriat et création qui me tenait vraiment à cœur et je me suis dit, j'ai envie de sauter dans le bain et il faut un pas dans le vide pour faire des vraies transformations, je trouve. Du coup, j'ai tout quitté. À ce moment-là, ma vie a croisé celle de la CEC, en la personne de Marianne notamment, au moment où ça se créait. Parfois, je trouve que quand on fait une sorte de pas dans le vide, il y a des choses qui s'ouvrent qui n'étaient pas possibles avant. Le fait de quitter une voie très tracée et très sécurisée, pour moi, ça m'a permis de me dire, j'ai essayé de me réinventer. Tout en gardant ces compétences professionnelles qui me tiennent à cœur, donc le côté transition, accompagnement du terrain et trouver de l'impact, du sens.
- SG
Parce qu'il y a bifurcation évidemment sur l'économie régérative, mais il y a aussi bifurcation entrepreneuriale finalement. Alors Marianne, toi tu es quand même une fille d'entrepreneur.
- MC
Oui.
- SG
Donc tu as ça quand même un peu dans les gènes ou pas ?
- MC
Peut-être, mais je n'étais pas partie du tout sur cette voie et honnêtement... Moi, quand j'ai décidé de quitter, j'avais vraiment une crise de sens pour le coup. J'aimais bien mon métier dans les compétences que ça exploitait. Et sur ça, je rejoins Caroline. J'aimais bien les compétences que j'exploitais. Par contre, dans quel but ? C'est vraiment l'utilité finale de mes compétences qui était vraiment remise en cause. C'est tombé au moment d'une épreuve familiale assez forte, d'un retour de congé maternité où ça bouscule aussi, retour au travail et Covid par-dessus donc le côté vraiment Covid où tout le monde aussi s'est reposé des questions. Pour moi, tous ces trois événements sont mis en même temps. Et là, crise de sens et je ne peux plus retourner au boulot en fait, je ne peux pas faire ça. Il faut que je mette mes compétences au service de quelque chose qui me rend vivante au quotidien et sur lequel j'ai l'impression d'avoir de l'utilité. La vie est trop courte pour ne pas mettre de l'utilité, passer huit heures sur une chaise et se dire que je ne suis pas utile. Donc c'est vraiment ça qui m'a fait ça mais vraiment par un concours de circonstances, je suis devenue auto-entrepreneur, mais ce n'était vraiment pas ce que j'avais décidé au départ. Et pour le coup, ça me plaît vraiment.
- SG
La bascule, c'est quoi ? C'est le Covid ? où il y a de ces enchaînements de choses ?
- MC
Oui, c'est ça, c'est retour de congé de maternité, où tu te poses plein de questions de pourquoi tu es là et pourquoi tu n'es pas ailleurs. Le côté enfermé chez soi, en famille, et confinement. Et donc ces questions-là, où on se dit, c'est quoi la vie ? Qu'est-ce qui est important ? Et une épreuve aussi familiale. Mais du coup, c'est se dire comment j'utilise ma vie et mon temps de manière plus utile.
- SG
Et toi alors ?
- CD
Moi, j'avais vraiment l'impression de faire quelque chose d'utile, notamment parce que j'accompagnais la transition énergétique. J'ai longtemps travaillé pour les DOM, donc tous les territoires non interconnectés, notamment pour les îles en Bretagne qui ne sont pas connectées au réseau électrique. Donc comment on les accompagne pour passer du tout diesel à des mix renouvelables ? Et j'avais adoré cette expérience parce que j'allais rencontrer les maires sur le terrain. C'était le fond du Finistère. Tu sors de ta tour à la Défense et tu vas sur le terrain, tu prends ton bateau. Tu les rencontres, tu essaies d'expliquer qu'est-ce que c'est le sujet technique. Et vraiment, cette expérience, elle m'a transformée parce que je me suis dit, là, on est dans du vrai, on est dans des choses qui ne sont pas simples d'un point de vue dialogue de territoire, façon de faire, dialogue des élus, qui sont des gens retraités qui font vivre ces territoires hyper atypiques.
- SG
Tous les élus ne sont pas des retraités, mais c'est vrai.
- CD
Non, mais là-bas, sur des îles, tu vois, c'est l'île de Saint, il y a 100 habitants à l'année. Donc, c'est vraiment une autre façon. Et après, on m'a mis dans des parcours carrières, tu vois. Parce que c'est des grosses maisons où il faut prendre du management. J'ai fait du management de terrain chez Enedis. J'avais beaucoup de personnes sous moi. C'était très hiérarchique. Après, j'ai bifurqué vers une startup d'EDF. Et en fait, je me disais, moi, ce que je veux, c'est aussi réinventer la façon de travailler avec les autres. Et vraiment, je me rends compte que je ne sais pas travailler seule. J'adore travailler en collectif. Je suis meilleure en collectif. Et vraiment, le côté management différent, intelligence collective, moi, ça m'a passionnée. Quand j'ai découvert le management, ça a éclairé ma vision. Et je me suis dit, en fait, partir dans l'entrepreneuriat, c'est une façon aussi de travailler différemment. Et il y avait quand même ce truc qui insistait en fond de pensée qui est, c'est cool la transition énergétique, c'est super intéressant les sujets de décarbonation, mais j'ai l'impression qu'on loupe des choses et qu'on justifie des choses au titre de la décarbonation. Donc c'est un vaste sujet, mais en fait, le fait que le sujet biodiversité ne venait pas dans les façons de faire, le sujet de gouvernance ne venait pas, les sols, alors je ne dis pas que ce n'est pas traité chez EDF, mais dans mon scope en fait, on ne me demandait pas ça et j'avais envie de me dire comment je peux ouvrir complètement et mêler les sujets sociaux, sociétaux à ça. Et avec ce sujet, réinvention des gouvernances, de la façon de travailler, de la façon de faire société en fait. Et j'avais l'impression qu'il fallait sortir des structures classiques pour peut-être le réinjecter. Il y en a qui le font, mais moi, c'est ce que j'ai cherché aussi à la CECC. C'est une autre façon de travailler et une autre façon de me dire, il y a eu quand même... Un gros vide, tu vois. Tu pars, tu es dans des positions de direction, chez EDF, depuis très longtemps, dans un track carrière. Quand je suis sortie, j'ai dit, en fait, maintenant, je suis chômeuse. Laisse tomber dans les soirées, t'es pas très bien. Tu te dis, mais qui je suis ? Je suis vachement définie par cette carrière. Et ce qu'on attend de moi... Et d'ailleurs, on m'a dit, quand je suis partie, il y en a qui m'ont dit, tu trahis l'entreprise. Il y a un côté, tu enlèves une partie de toi-même. Et de croiser la CEC ça a été de se dire comment je pourrais... refaire collectif avec des gens que je ne connais pas du tout. On a tous envie de faire le pont entre ces mondes, parce que le monde de l'entreprise, j'y ai travaillé 12 ans, et c'est hyper important pour moi. Et le monde de, voilà, une façon entrepreneuriale, travailler autrement, une façon associative, où on réinvente beaucoup de choses.
- SG
Justement, vous n'êtes pas hors sol, parce que souvent, on dit la CEC, c'est une secte. Moi, j'entends des choses. C'est complètement déconnecté, mais non, pas du tout. Ce n'est pas du tout déconnecté. Mais est-ce que vous étiez les écolos de service ?
- CD
Dans nos familles ou autres ? Non.
- SG
Non, vous n'étiez pas les écoles de service. Vous n'étiez même pas des militantes pour la cause écologique.
- MC
Pour la cause écologique ?
- CD
Maintenant, on pourrait dire que pour certains, on l'est forcément. Maintenant, oui. Même dans ma famille, la première végétarienne, ce n'était pas moi, c'était ma sœur. En fait, je trouve que c'est hyper intéressant comment tout ça, ce n'est pas d'un coup, du jour au lendemain, tu deviens, mais petit à petit, tu comprends. Et moi, ce qui m'a poussée vers la CEC, c'est le besoin de comprendre plus largement. Et de me dire, en fait... De quoi on parle ? J'ai l'impression qu'il y a un problème sur la biodiversité, mais de quoi on parle ? J'ai l'impression qu'il y a un problème sur l'eau, mais pourquoi ? Relier tous les points anxiogènes qui sortent et d'en faire un tableau d'ensemble et un endroit où on peut vraiment travailler. Et moi, mon éco-anxiété, elle a baissé depuis que je travaille à la CEC. Alors que franchement, ce qu'on voit, c'est terrifiant. Mais j'ai l'impression d'être lucide et qu'on puisse travailler dedans. Et ça, c'est puissant, je trouve.
- SG
Et vous quittez un monde finalement plutôt masculin, parce que le monde de l'ingénierie, il est quand même plutôt masculin, vers un monde qui est vraiment quand même très féminin. La CEC, ça peut parfois être surprenant, parce qu'en fait, on a beaucoup de dirigeants qui sont des hommes, enfin, dont moi, par exemple. Et en fait, on n'a que des femmes en face de nous.
- MC
Moi, je dirais que ce n'est pas le monde masculin des études qu'on a faites et des mondes professionnels dans lesquels on a vécu. Moi, ça ne m'a pas dérangée particulièrement. De toute façon, à partir de 18 ans, même si tu remontes au lycée, les classes scientifiques, tu commences à baisser le nombre de filles concrètement. Donc, tu t'habitues au fur et à mesure et moi, ça m'allait bien. J'ai un caractère plutôt bien trempé, en tout cas, j'ai l'impression. Donc, ça allait quoi.
- SG
J'allais confirmer.
- MC
Ca allait mais voilà, j'ai découvert un monde complètement féminin. Notre équipe, elle est à 97% féminine, malgré notre ouverture vers des profils masculins qui voudraient nous rejoindre. Mais ça montre pour moi dans un premier temps que notre société, elle est faite avec des femmes qui prennent soin et qui font les choses derrière et qui ne sont pas forcément mises en avant d'ailleurs. Nous, on a vraiment une organisation très transversale. On a quitté nos pyramides finalement. Très, très transversale. Et même si on apprend à se connaître et que ce n'est pas forcément toujours simple dans le fonctionnement dans lequel on est, il y a un niveau d'écoute maintenant qu'on a dans l'équipe qui est hallucinant et qu'on ne trouverait pas dans des situations plus hiérarchiques ou plus masculines. Dans le monde d'aujourd'hui, je pense que les hommes aussi sont mis dans un cadre qui ne les aide pas à aller dans cette position d'écoute.
- CD
Et aussi parce que je pense qu'on a une équipe de gens... de bifurqueuses au global en fai,. Il y a plein de gens qui ont vécu dans les entreprises comme nous et qui en sont partis et qui veulent réinventer la façon de travailler. Et du coup, il y a un niveau de... Après, on est beaucoup à être facilitateurs, coachs, etc. Donc ça aide, mais pas forcément. Et en fait, ce que j'aime, c'est que tout le monde est là avec le juste niveau d'ego. En fait, ce n'est pas pour se faire mousser et pour se réaliser via la CEC. On est là parce que c'est notre façon d'agir en tant que citoyen et citoyenne, et du coup... D'essayer d'être là, à la juste place, et on balance nos vies. Donc on est tous indépendants, c'est-à-dire qu'il faut qu'on vive à côté de la CEC. La CEC ne nous fait pas vivre. Du coup, on jongle avec des missions, des interventions, voire un autre boulot, pour tenir cet engagement-là. Et cet engagement-là, il est précieux, parce qu'il nous réunit et il fait de nous un collectif. Et moi, c'est un truc de dingue, j'ai jamais eu l'impression d'être indépendante depuis les trois ans où je suis indépendante. C'est que je vis avec cette équipe. À plein de titres, j'ai trouvé vraiment une équipe d'entrepreneuriat comme je le voulais. C'est-à-dire qu'on invente des choses, on se remet en question et on essaye toujours de questionner la justesse de la façon dont on agit. Et ça, c'est hyper précieux.
- SG
En intro, j'ai parlé de bricolage, mais ce n'était pas dans le mauvais sens du terme. C'est-à-dire qu'en fait, c'est tellement bien huilé, tellement bien organisé, c'est tellement intelligent. Alors, c'est normal, on n'a que des filles qui sont toutes des premières de la classe. C'est peut-être pour ça. Et en fait, ça ne fait pas du tout bricolage. Par contre, c'est vrai que votre modèle économique, il n'est pas simple. On voit bien aujourd'hui l'économie sociale et solidaire. Enfin, globalement, tout ça, ce n'est pas simple. En fait, parce que c'est des nouveaux modèles, parce qu'il faut aussi que les gens soient embarqués. Voilà, donc j'ai parlé de bricolage, mais du coup, vous, comment vous vous rencontrez ? Alors moi, je me suis dit que vous vous êtes rencontrés dans une soirée de Centrale ?
- MC
Non, en fait, on sait qu'on était toutes les deux, on n'était pas exactement dans la même promo, un an d'écart. On avait des amis en commun, mais je pense qu'on ne s'est jamais parlé. On n'a jamais eu l'occasion de se parler. Donc je connaissais le visage de Caroline. Je connaissais son nom, son nom de famille même, son prénom et son nom de famille. On n'était pas beaucoup de filles. Mais voilà, ça aide aussi. Mais pas plus que ça. On ne s'est pas parlé, Je pense qu'on ne s'est pas parlé
- CD
Et moi au moment où je me suis dit Allez il faut que je fasse le pas dans le vide, eh ben Je vais explorer des voies et j'avais contacté sur LinkedIn, donc c'est une vraie histoire Linkedin, j'avais contacté Marianne et elle m'avait fait, elle m'avait donné une demi-heure de son temps pour m'expliquer, elle était là "J'ai encore une personne qui me demande Qu'est-ce qu'on fait à la CEC" Et finalement, j'avais réussi à tirer le fil. Et je m'étais dit, peut-être la CEC se lancera sur le territoire, peut-être pas, c'était le moment où ils réfléchissaient à faire la bascule.
- SG
Du coup c'est Marianne qui rentre en premier dans la CEC, c'est ça ?
- CD
Oui c'est ça. Marianne elle est rentrée dans la première CEC, l'équipe qui a créé le concept. Elle avait un an et demi d'avance sur moi. Du coup, je m'étais dit, tiens, ça a l'air vachement sympa. Et puis, c'est marrant parce que dans l'écosystème de la CEC, il y a d'autres gens que je connaissais, en fait c'est beaucoup de gens qui sont liés à notre écosystème école d'ingé, école de commerce à peu près du même âge en fait c'est marrant il y a quand même quelque chose qui se passe d'un point de vue société pour que tous ces gens quittent ces carrières et aient envie de créer autre chose, ces ponts un peu différents. Et du coup, je l'avais contactée sur LinkedIn et ça avait donné un peu ça. Et je me souviens, au moment où j'étais en train de me dire, mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Je n'ai pas encore tout lancé. J'avais reçu un petit message en disant, ah, au fait, on lance l'équipe.
- MC
Moi je sentais bien que la maison EDF commençait à s'effriter côté Caroline et je ne voulais pas la pousser parce que je sais que c'est difficile de lâcher une démission ou une rupture ou je ne sais quoi. Mais bon, du coup, voilà, j'avais mis des petits messages en lui laissant le temps de quitter le navire ou pas. Parce que voilà, je savais pas.
- CD
Ouais, c'était genre 15 jours après que je sois partie de DEF que tu m'as envoyé un message. Et du coup, j'ai rejoint un début au moment où on crée le premier collectif. Et je me souviens, au début, je me disais, un petit jour par semaine, ça va. Finalement, tu te dis, un petit jour, ça devient un petit quatre jours, un petit cinq jours. Et surtout, je me disais, mais qui sont ces gens qui envoient des WhatsApp de 22h à 23h avec tous les noms d'entreprises de la région qu'on pourrait contacter ? Et ils sont là à envoyer 1000 WhatsApp. Tu te réveilles, il y en a déjà 20 messages. Je me suis dit, c'est des fous furieux. Des folles furieuses, pas mal. Il y en avait quelques-uns dont Raphaël Zaccardi, initiateur sur le territoire, qui était sacrément actif. Et petit à petit, je me suis dit, mais cette aventure, elle est incroyable. Je veux voir la suite. Ce n'est pas juste trois mois où je leur prête un peu de mon temps. J'ai envie d'en être.
- SG
Et alors, qu'est-ce qui fait que ça marche entre vous ? Parce que ça aurait pu ne pas connecter.
- MC
Je pense que ça aurait pu ne pas connecter parce que je pense qu'on est toutes les deux des profils un peu difficiles. ça y est c'est laché. en fait difficile, pas difficile ouais voilà exigeant mais je pense que mine de rien nos études et nos écoles font qu'on a une façon de réfléchir qui va dans le même sens. Donc on décompose les problèmes dans la même façon. Et donc on arrive potentiellement à comprendre le cheminement de pensée de l'autre. Et donc quand on veut prendre une décision, on sait déconstruire la façon dont l'autre a pris la décision et challenger le bout qui fait qu'elle est allée dans un autre chemin. Moi je ressens ça parfois quand on n'est pas d'accord ou quand on doit prendre une décision. Je vois tout de suite si elle a fait le même cheminement que moi ou si elle a bloqué sur la même chose que moi. Et je pense qu'on est sensible au même truc.
- CD
Oui, c'est ça. En fait, c'est drôle parce que les gens nous confondent beaucoup. Je pense parce qu'on a le même âge, on est brunes, on a peut-être la même énergie. Mais en vrai, on est très, très différentes sur la façon d'aborder. Mais on est capable de couper court aux emballements l'une de l'autre en se parlant de façon assez... cash. Et on n'a pas peur des mêmes choses, on ne vrille pas sur les mêmes choses. En fait, on gère comme une entreprise très... Tu dis bricolage, mais c'est assez instable, ce modèle, cette équipe, tout. Et du coup, il y a des choses qui me font peur, il y a des choses qui ne me font pas du tout peur. Et en fait, ça fait un ping-pong d'équilibre. Alors parfois, si ça ne va pas tous les deux, ça peut être dur, mais on arrive à se parler et on se parle beaucoup. Clairement, je parle plus à Marianne qu'à mon conjoint en volume horaire, je pense, toute la journée. Et en fait, ce truc-là, ça fait qu'on se retrouve, je pense, dans cette envie de faire avancer tout ça en se posant régulièrement la question de pourquoi on le fait et comment on le fait.
- SG
Alors je ne suis pas Frédéric Lopez, mais si je vous pose la question l'une envers l'autre, c'est quoi la qualité de l'une ou de l'autre ?
- MC
Moi, je trouve que c'est une machine.
- SG
Ah, c'est une machine ! Merci.
- MC
C'est-à-dire que, et pour le coup, on n'est pas pro-performance, pro-productivité, tout ce que tu veux. Mais en fait, je trouve qu'elle structure les choses. Quand elle attaque un sujet, alors des fois, ça ne démarre pas et on sent qu'il n'y a pas eu le café, il n'y a pas eu le truc qui fait que le cerveau est allumé. Mais quand le cerveau est allumé et qu'il faut que le truc soit fait, en fait, ça avance. On prend les trucs et on les avance. Et ça, pour moi, c'est une qualité forte parce que parfois, j'ai plus le côté peut-être que ça peut marcher comme ça et elle a le côté, je pose sur papier, je structure et est-ce que c'est comme ça qu'on voit le truc ? Ah oui, c'est comme ça qu'on voit le truc.
- CD
Moi, je dirais, Marianne a ce côté assez visionnaire de dire, et si on tentait ça ? Et si on prend le pas de côté ? Et ça, les gens qui savent prendre le pas de côté, moi, c'est moins ma zone de confort. J'ai plus le côté, effectivement, structuration. Oui, mais ça répond hyper bien parce qu'on arrive à pivoter vite. Et en fait, ce que j'admire le plus et vraiment, ça m'impressionne, c'est la capacité toujours de dire est-ce qu'on est au juste endroit ? Est-ce qu'on le fait de la bonne façon ? Quitte à abandonner, quitte à refaire. Parfois, justement, je suis partie en mode, allez, on avait dit qu'on faisait comme ça, mais reposer la question et dire, attends, juste, quel est le regard et tout ? Ça, c'est une qualité, je trouve, de dingue. Et d'arriver à le faire sans que ça blesse les égos. Sans qu'on se dise que ce n'est pas bien ce qu'on a fait. On a fait ce qu'on pouvait faire dans le passé. On repivote, on réajuste pour la suite pour que ça soit bien ajusté. Et ça, je trouve que c'est une qualité de dingue. Parce qu'on va en reparler, mais comme on est vraiment sur des lignes de crête tout le temps, se reposer à la question de ce que c'est le pas d'après, ça peut éviter d'aller dans le vide.
- SG
En fait, vous avez ouvert aussi tous les autres territoires finalement. Vous avez été un peu pionnières. Suite à la nationale, quand même.
- MC
Il y a d'autres territoires qui se sont lancés en même temps que nous, quasiment. Il y a l'Ouest et le Provence-Méditerranée. Et chacun a sa façon. Et c'est ça qui est beau aussi. C'est chacun sa singularité. Les autres territoires ont suivi aussi parce qu'il y a eu des équipes qui se sont proposées pour aller défricher tel ou tel territoire. Après, voilà, on essaye effectivement, comme on est un peu en avance de phase du fait qu'on a démarré tout de suite après la CEC nationale, on est forcément plus en avance de phase, mais ça reste une avance temporelle. Après, on a des profils aussi dans l'équipe qui sont connectés au projet et qui donc vont se dire qu'on a envie d'innover, même si je n'aime pas trop ce mot, mais d'expérimenter dans tel ou tel endroit. Et on se donne les moyens pour.
- SG
Du coup, comment vous imaginez ce premier programme ? Parce qu'en face de vous, vous avez quand même des dirigeants de PME qui n'ont pas beaucoup de temps, qui ont des cerveaux qui moulinent vite. Je veux dire, il faut tout de suite marquer des points, parce que sinon, vite, on abandonne. Il faut être honnête. Comment vous imaginez ce programme ? Comment vous le concevez ? Comment ça se passe au début ?
- MC
En fait, déjà, au démarrage, sorti de la session nationale, il y avait sur le territoire, on s'est dit Raphaël et moi, on y va. Et ce n'est pas Raphaël et moi, c'est les 10 ou 20 dirigeants qu'il y avait côté Alpes et côté Bassin lyonnais. Donc, des dirigeants qui comptent en fait sur le territoire et qui ont dit on veut que ce truc existe sur le territoire. Et ils nous ont donné une force incroyable pour le faire. On a du coup trouvé toute une équipe qui allait soutenir ça. Et pour moi, c'est vraiment eux et nous, on a fait le recrutement des autres de la nouvelle promo. C'était pas facile. Je pense qu'il n'y a pas une candidature qui est venue toute seule. Mais clairement, et c'est pour ça aussi que d'autres territoires se sont lancés plus tard, c'est qu'il nous faut des alumnis qui ont déjà vécu l'expérience pour convaincre d'autres, des pairs et des confrères, etc. Donc je pense que c'est comme ça qu'on s'est lancés. Avec un travail acharné clairement sur le recrutement parce qu'effectivement, les gens n'ont pas de temps. Nous, on est une association d'intérêt général qui ne fonctionne que sur les dons. Donc en fait, il faut que le projet fonctionne au global.
- CD
Et à ça, j'ajouterais le fait que depuis trois ans, on est une équipe qui est très stable et très engagée. Et on a des gens dans l'équipe qui sont trop forts, d'un point de vue intellectuel. Tu dis qu'il faut aller vite pour les dirigeants, mais même moi, je le ressens. Quand j'entends une conf d'un expert qu'on est allé chercher, je me dis, mais quelle chance j'ai aussi d'être là. Et là, vraiment, je me suis dit, mais ça, c'est un peu... Voilà, ça se fait. Je ne sais pas à quel point on a eu de la chance que ces personnes-là viennent dans l'équipe, et le fait que les personnes côté programme qui l'ont monté, elles ont l'exigence qu'il faut pour aller chercher le bon truc sur l'expert, le briefer parfaitement! Parce qu'en fait, ce n'est pas juste l'expert qui vient, c'est tout le travail de brief, de lien avec la suite. Et là, t'as les personnes côté intelligence collective qui disent, bah les camps de base, on va les dérouler avec ça, pour que ça percute sur ça. T'as les personnes côté événementiel qui font que tout est tellement huilé, rodé. T'arrives, t'es trop content, t'es dans un bel amphi, qu'on a potentiellement, d'un point de vue financier, vraiment fait des bricolages, mais tu le vois pas. En fait, vraiment, chacun est à son poste et les compétences qu'on a accumulées toute une vie, bah on les met au service de cette équipe, de cet asso et je pense que c'est ça qui fait une des grandes forces en fait c'est ce modèle hybride
- SG
Non, mais c'est vrai qu'intellectuellement, c'est un truc incroyable. Et à quel moment, parce que vous faites quand même venir des experts, alors je passe sur les KLR et compagnie, il y en a certains qui deviennent finalement, entre guillemets, classiques. Mais certains que vous êtes allés chercher et que personne ne connaissait. Du coup, j'ai oublié ma question.
- CD
Comment on trouve tout ça ?
- SG
Comment on arrive à faire marcher ce réseau ?
- CD
En fait, ce qui est marrant, c'est qu'en tant qu'équipe, on travaille beaucoup entre nous. C'est-à-dire qu'on passe notre temps à se partager des ressources, des idées, des experts. On en a quelques-unes dans l'équipe qui sont boulimiques de conférences et tout. Donc, il y a des expertises pointues, mais ça s'assemble beaucoup ensemble. Et moi, j'ai vraiment senti, et ça, c'est un autre sujet qui m'a marqué, c'est la joie et l'intérêt des experts de venir parler à une assemblée de décideurs économiques qui vont en faire quelque chose. Ce n'est pas juste qu'ils écoutent, ils rentrent chez eux, ils ont pris un cocktail. Ils écoutent. et l'intègrent à la feuille de route et l'intègrent à leur mode d'organisation. Et c'est là où il y a la puissance de quelque chose qui n'est pas juste des confrères. Tout à fait,
- SG
je te confirme que c'est ça en fait. C'est-à-dire que tu es un dirigeant et tu te fais quand même sacrément bousculer par des choses que si on sortait, si on était hors contexte, on ferait de la politique, personne ne resterait. Et là, c'est ça qui est assez puissant en fait. Parce que dans un monde aujourd'hui où tout le monde, entre les extrêmes, enfin bref, l'environnement est balotté, on a l'impression que c'est un sujet politique, alors qu'en fait c'est le sujet de tout le monde. Et là, tu as des dirigeants quand même qui souvent brassent les millions, qui ont des modèles économiques et ils sont là et ils écoutent et ils ressentent en se disant prise de conscience, mais plus que prise de conscience. Justement, c'est à quel moment vous sentez que là, vous avez fait un truc quand même incroyable ?
- CD
Vous le sentez à un moment quand même ?
- MC
En fait, j'aime bien, moi, quand on fait venir des intervenants, quand les intervenants parlent les uns des autres. Et là, je me dis, là, au lieu d'être dans un... Dans un endroit où les conférences s'enchaînent mais ne sont pas forcément liées, moi j'aime beaucoup ce qu'on arrive à travailler, c'est le lien et la cohérence entre les différents experts et leurs pensées. Là je me dis, on a tissé vraiment quelque chose qui est vraiment lié du début de la journée jusqu'à la fin de la journée, qui est cohérent et qui fait des rappels, etc. Et donc je pense que les dirigeants, on le ressent. Ils se disent, OK, tous les gens qu'on a vus sont d'accord entre eux. Et voilà comment leur pensent et s'articulent. Je pense que ça, c'est hyper précieux. Et on a des dirigeants, par exemple, quelqu'un qui nous dit, en fait, tout ce que j'ai entendu en conf, ça m'a beaucoup parlé. Mais ce qui m'a plus touchée, c'est d'entendre, d'être 150 dans une salle et d'entendre ce silence, en fait. Une espèce de...
- SG
de prise de conscience qu'on est beaucoup et on entend la même chose et ça nous frappe pareil, ça c'est hyper fort.
- CD
Moi je veux dire, à un moment j'ai halluciné, c'est Camille Etienne.
- SG
Oui,
- CD
on va en parler. Qui arrive et qui dit, attendez, moi partout où je vais je me fais siffler, allumer, et là j'arrive et elle se fait applaudir. Alors qu'elle n'a pas encore parlé.
- MC
Et qu'elle ne voulait pas venir. Elle ne voulait pas venir parce qu'en fait elle ne voulait pas se retrouver face aux décideurs économiques. C'est dur en fait pour elle. Et en fait, c'est Heidi Seves, donc une autre experte qui a un lien en particulier avec notre équipe, qui l'a convaincue. Et ça, pour moi, c'est un moment décalé. Je pense que c'est un moment,
- CD
on ne peut pas dire un moment de grâce, parce que vous n'en avez pas jusque-là, mais un moment incroyable, honnêtement.
- MC
Et où les gens, moi, dans mon camp de base, il y a deux dirigeants qui m'ont dit, je l'ai vu arriver. Je me suis dit, ah non, je ne l'aime pas, c'est une militante. Et je me suis dit, mon fils me dirait, allez, écoute. et finalement j'ai écouté et c'était hyper intéressant de pouvoir entendre ça
- SG
et je dis pas qu'on est d'accord mais au moins on peut dialoguer les gens ont applaudi avant c'est ça qui était beau c'était incroyable ça m'a marqué aussi et en fait c'est pour nous là où on se dit on fait quelque chose de particulier c'est que les gens qui étaient un peu réfractaires en la voyant arriver, un certain nombre vont se dire ok je vais plus réouvrir mes oreilles sur ces discours là ou en tout cas me renseigner un peu plus sur ce qu'elle fait vraiment ou ce qu'elle fait mais elle le fait pas toute seule mais ce que ces gens font ... Et pas juste, je ne vais pas prendre juste le titre des dix articles que je vais voir dans n'importe quel média. C'est, je vais, attends, je vais creuser, attends, je vais creuser. Parce que là, j'ai l'impression que je me suis fait embobiner dans une vision qui n'était pas la mienne au départ. Et en fait, j'ai envie de creuser. Et nous, je pense que c'est ça qui est le plus important. On fait venir un libraire, Raconte-moi la Terre, qui vient, François, à certaines de nos sessions. En fait, c'est ça, c'est... on vous donne la connaissance, prenez-la, intégrez-la vous-même, on n'est pas là pour vous briser. Faites votre propre chemin.
- MC
Et je trouve que les silences, ou en tout cas la qualité d'écoute qu'on a dans une session CEC, moi c'est quelque chose qui me nourrit, parce que déjà, souvent, moi je me fais moi-même bousculer par les experts, souvent ça secoue, je n'ai pas très bien dormi la première nuit, la première fois où j'ai entendu Arthur Keller, par exemple, mais voilà, il y a ce OK, on est ensemble, on prend le temps d'écouter et on prend le temps de débattre et de faire société. En fait, ce qu'on n'arrive plus à faire aujourd'hui dans le temps qu'on a ou avec les médias, là, on se le prend. Et on l'a refait dans le dernier parcours. Là, il y a eu Pablo Servigne qui est venu parler de son travail sur les coopérations, sur l'autre loi de la jungle. Mais il y a quand même eu un moment un peu suspendu où lui-même, il a regardé, il a dit « Waouh, je suis anarchiste et je parle à des chefs d'entreprise. Qu'est-ce qui se passe ici, quoi ? » Et ce moment, c'était drôle parce que c'est vrai, en fait, on aura des différences. On ne sera sûrement pas d'accord sur plein de choses. Mais par contre, parlons du fond des sujets et de ce qui nous concerne, c'est le vivant.
- CD
Justement, est-ce que la CEC, ce n'est pas un moyen de faire le pas de côté pour tout le monde ? C'est-à-dire aussi bien des experts que des dirigeants. Et or, dans un monde aujourd'hui où plus personne ne se connaît, où plus personne n'ose aller vers l'autre, c'est aussi ça qu'on vient chercher, je pense à la CEC. C'est ce côté pas de côté et on s'écoute. Et c'est incroyable.
- MC
Après...
- SG
J'apporte quand même un tout petit peu de nuance. Ah, j'ai entendu. C'est que, oui, on essaye de faire ce pas de côté qui n'existe plus dans plein d'endroits. Mais attention aussi en le backstage. On est, par exemple, notre équipe, on n'est que des femmes. On n'a pas une représentation du tout de la société diversifiée. Parce qu'il y a des mécanismes de société qui font que c'est les gens qui ont fait le plus d'études, qui ont peut-être plus la possibilité de se dire OK, je prends un an, deux ans pour travailler un peu plus dans une asso. Ce n'est pas des gens qui comptent les sous à la fin du mois. Enfin, voilà, je veux quand même mettre en avant que, attention, et même dans nos dirigeants, on a galéré, même dans nos intervenants, on galère à trouver aussi plus de femmes qui prennent la parole sur ces sujets. Dans nos dirigeants, bien sûr, évidemment, la plupart des dirigeants sont des hommes. Et les personnes qui les accompagnent, c'est-à-dire les responsables, les réseaux, sont majoritairement des femmes, ou en tout cas plus des femmes. Donc on représente la société telle qu'elle est construite aujourd'hui et on va essayer et on essaye de la représenter mieux, de représenter toutes les diversités. Mais aujourd'hui, on n'est pas encore du tout là-dedans et c'est normal dans un certain sens. Ce ne serait pas juste de ne pas représenter la société comme elle est aujourd'hui. Mais attention, ce n'est pas parfait sur ce côté ouverture. Oui,
- MC
et puis parfois, ça ne marche pas. Parfois, on nous renvoie qu'on essaie de faire passer des messages. Cette année, l'année dernière, on avait fait venir une sociologue pour parler des inégalités sociales profondes qui font être exacerbées par le changement climatique, notamment le fait que les femmes, notamment, mais aussi toutes les personnes racisées, toutes les personnes qui ont déjà moins de moyens, vont être de plus en plus exposées à des choses difficiles avec le changement climatique. Et il y a des dirigeants qui nous ont dit, ça, c'est politique. Et en fait, non, c'était une sociologue. Mais voilà, c'est dur de trouver le bon ajustement quand nous-mêmes, en plus, c'est des sujets sur lesquels on n'est pas forcément à l'aise parce qu'effectivement, on a ce biais d'équipe et ce biais de niveau social. Donc, c'est plein de questions. Je pense qu'il faut qu'on continue à creuser et qui sont difficiles, je trouve.
- CD
Oui, ce n'est pas simple. Mais en même temps, rappelons-nous, il me semble que l'objectif de la CEC, c'est quand même de faire basculer les politiques, que l'économie... fasse basculer le politique et c'est ça qui est aussi intéressant parce que les dirigeants ils sont pragmatiques en fait voilà et aujourd'hui on sent que les dirigeants alors vous vous êtes moi je suis un boomer vous êtes la génération qui a voilà mais la génération des cinquantenaires elle a vécu d'une certaine façon à la montée des entreprises avec une certaine voilà et aujourd'hui elle se retrouve avec des enfants qui qui se retrouvent face à cet environnement face à la déchéance artificielle qui eux aussi se posent des questions et c'est eux qu'on les manette donc je pense qu'ils sont ils sont ils s'offrent aussi un moment de réflexion par rapport à qui ils sont Et justement, j'allais vous poser la question parce qu'on peut aussi se dire tout ce qu'on fait, est-ce que ça sert à grand chose quand on voit ce qui se passe autour ? Comment on regarde un peu cette fois ? Est-ce que vous mesurez quand même cet impact ?
- MC
Moi, il y a plein de moments où je me dis à quoi bon ? Et je pense comme plein de gens, je me dis est-ce que je ne suis pas juste en train de... m'amuser moi ou en tout cas de me faire plaisir ou en tout cas de vivre quelque chose d'enrichissant pour moi mais qu'au final c'est la goutte d'eau et vraiment on est loin d'être sorti des ronces il y a plein de moments où je me dis c'est cool mais on n'y est pas on n'y est pas et en même temps j'ai l'impression que c'est vraiment il faut se sortir de ce côté Chacun va sauver le monde. Je me dis, moi, ma micro-goutte d'eau, à plein d'endroits, elle fait bouger par ricochets, à droite, à gauche. Je ne le vois pas forcément, d'ailleurs. Mais si moi, je commence à lâcher, alors que, justement, le niveau social qui le permet, le niveau d'études qui le permet, etc. Si moi, je ne fais pas, mais qui d'autre va faire ? C'est ma responsabilité, à un moment donné aussi, de prendre ce truc. Et d'ailleurs, moi, ça me... Ça me choque et j'ai envie de secouer nos contemporains de Centrale Supélec ou quand je vois où est-ce qu'ils sont. Et parfois, j'ai juste envie de leur dire, mais qu'est-ce que vous faites encore là ? Et pitié, adressez-vous, adressez des sujets qui sont hyper importants.
- CD
C'est clair. Après, ça bouscule beaucoup. Cette année, elle est dure. Souvent, on parlait de lignes de crête, mais en fait, souvent, on prend des coups des deux côtés. En fait, là où on est, pour les assos, on n'est pas assez engagés. On n'est pas assez radicaux et pour les entreprises, parfois, on est militant. Donc en fait, ça, ça fait que souvent les deux camps nous reprochent des choses. Et ça, parfois, moi, ça bouscule vachement d'un point de vue personnel. Et je me dis, je comprends ceux qui vont dans le militantisme, parce que moi, c'est des lignes droites, un peu plus droites, même si ce n'est pas si simple. Nous, on est vraiment dans un entre-deux un peu gris. C'est beau, les lignes de crête, mais parfois, tu te demandes si tu n'es pas en train de faire le pas qui va louper, quoi. Donc je trouve que c'est dur. Je trouve que ce qui permet d'aider, c'est le fait de le faire en collectif et d'en parler beaucoup entre nous, d'en parler aussi avec les dirigeants, avec ceux qui ont envie. Et puis d'essayer de se décaler, parce qu'on est à la génération aussi, on mesure tout, on met des indicateurs sur tout. Il faut savoir, il faut mesurer son temps, il faut que ça soit utile, ton temps. Et parfois, je me dis, est-ce qu'on ne peut pas faire ce pas de côté, lâcher ça ? Et là, j'ai envie de faire référence à une femme qui m'inspire beaucoup. c'est Lamya Essemlali de la directrice générale de Sea Shepherd France qui dit « Moi, je ne mesure pas l'impact de mes actions. Je fais mon action parce qu'elle me semble juste et au bon endroit. Et s'il faut sauver une baleine, ce ne sera qu'une baleine. Et peut-être que ça n'a aucune conséquence sur le monde, mais par contre, pour moi, cette action, elle est juste. » Et je me dis « Nous, on essaye de toucher des humains. » Tu ne sais pas si tu les touches vraiment, les humains ou les dirigeants. Parfois, ils disent « C'est incroyable ce que vous faites et ça m'a touché. » Et là, cette parole, elle nourrit notre élan d'équipe et on se les garde. on se les garde, on se les cultive, on se les partage on se dit regardez ça c'est des petits témoins de ce qu'on a fait par contre qu'est-ce qui est plus fragile enfin tu vois on n'a pas fait bouger des paquebots mais peut-être qu'un paquebot il bougera parce que plein de petits humains ont décidé de le faire bouger
- SG
il faudra atteindre le moment où ça va enfin basculer donc c'est aussi se rassurer en se disant qu'il y a quand même un vrai mouvement de fond, on le sent on le voit est-ce que le fait de changer aussi de verbatim c'est peut-être pas le mot on parle moins d'urgence climatique mais d'adaptation Aujourd'hui, c'est vrai qu'on se rend compte que si un dirigeant, quand on lui parle d'adaptation Je pense qu'il comprend mieux parce que peut-être qu'il projette aussi son business à 10-15 ans en se disant « il y a moins de matières, il y a moins d'eau » . Donc du coup, il y a cette adaptation et le fait aussi de sortir sur les territoires, je pense que c'est aussi important parce que parfois on peut aussi imaginer que, et je peux le vivre en politique, je n'y suis bientôt plus, mais en fait, il y a la métropole et puis il y a les territoires. Et en fait, quand on fait 10 kilomètres, qu'on sort de la métropole de Lyon par exemple, on sent qu'il y a plein de choses qui ne sont pas passées en fait. Donc c'est aussi ça la suite de la CEC, c'est d'aller encore plus loin sur les territoires, plus de coopération avec les cordées ?
- MC
Oui, en fait, on est arrivé à un moment donné où on s'est dit, bon là, on a 280, 290 dirigeants qui sont passés du bassin Rhônalpin, qui sont passés par notre parcours, qui ont sorti du coup une feuille de route ou qui ont travaillé sur une feuille de route, qui l'ont rendue publique. C'est des paroles et on voit des actes régulièrement, on n'est pas forcément au courant, mais on voit un article par-ci, un article par-là, on est au courant. Mais on a ressenti quand même un manque, une difficulté énorme des entreprises à pouvoir mettre en marche des choses qui ne dépendraient pas que d'elles. Et donc attaquer un sujet qui nécessite forcément la coordination de plusieurs entités, publiques, privées ou acteurs différents. Et ça, on ressent que les dirigeants et les dirigeantes, ils ont plus de mal. Ils le font à certaines échelles. Mais sur les sujets de transition écologique, il faut déjà embarquer sur est-ce qu'on parle de la même chose ? Est-ce qu'on est d'accord sur les constats ? En vrai, c'est hyper long. Donc nous, ce qu'on a voulu faire effectivement, et qu'on teste cette année, c'est... des alumni qui disent je veux attaquer tel et tel sujet. Et nous, on les accompagne, on met le cadre pour qu'ils rassemblent autour d'eux un sous-groupe d'entreprise ou d'organisation qui veut attaquer ce sujet avec eux. Et on veut sortir des choses concrètes sur le territoire, parce que le territoire, c'est hyper fort, c'est vraiment là que ça se passe.
- SG
Exemples, donnez quelques exemples de cordées.
- CD
Oui, alors on a par exemple la cordée portée par le groupe Cheval de Biodiversité et Inclusion. Comment on transforme les métiers d'entretien des espaces verts en des... Des métiers qui sont à plus forte valorisation sociale, un métier, une façon d'inclure dans la société et aussi de relier au vivant au sens large. On a une cordée autour du bâtiment régénératif porté par l'ALEC et par Walterre, qui d'ailleurs, ils vont être 15, c'est incroyable. Vraiment, ça fédère, c'est comment on change les usages du bâtiment. Une problématique autour de qu'est-ce qu'on fait de ces territoires de 1000 mètres en montagne. Voilà, ils disent "ceux qui sont dans la merde". Qu'est-ce qu'on en fait ? Et c'est assez génial parce que là, c'est un profil d'entrepreneur. Donc, c'est Tom Wallis qui est à Monté le Clariant, notamment. Et César Gaouti, qui est directeur adjoint de la Fondation UGA, mais qui porte l'association La Morte Vivante, qui travaille sur la station de l'Alpe du Grand Serre, à côté de Grenoble, qui ouvre cet hiver, mais pas sûr sur la suite. Et du coup, ils vont travailler sur ce cas d'application spécifique de l'Alpe du Grand Serre. Et on a aussi une autre cordée bâtiment qui travaille sur comment on fait la rénovation de la maison individuelle. 50% des logements en France sont des maisons individuelles qui consomment de l'eau, des ressources, qui artificialisent les sols, qui carbonent. Comment on travaille ça en global et en systémique ? Et la dernière, c'est autour d'Aix-les-Bains. Comment on fait du tourisme, du levier tourisme, un impact positif sur la santé et la vie des habitants ?
- SG
Ce qui est intéressant avec cette cordée, moi je pense à celle qui est sur mon territoire portée par Jean-François Dubré, justement, sur l'habitat, c'est aussi que ça va connecter des gens qui ne se parlent pas. Et ça va connecter des fonctionnaires, par exemple, des responsables urbanistiques. Bref, et c'est ça qui est aussi intéressant.
- CD
D'ailleurs, on le voit, on a dans les Cordées un mix de publics privés. On a, par exemple, côté montagne, le commissariat de Massif qui vient dans la Cordée travailler avec nous. On a des conservatoires d'espaces naturels. On a les métropoles. Enfin, c'est hyper enthousiasmant de se dire qu'on va essayer de sortir des objets concrets. Et c'est là que tu parlais de, on ne parle pas d'urgence climatique, mais d'adaptation. On voit qu'en fait, se mettre au travail autour d'une coopération, d'un objet concret. La pensée de la robustesse d'Olivier Hamant, c'est hyper enthousiasmant, parce qu'il y a ce côté concret et qui fait émerger des choses positives et qui répondent à des risques en fait. Donc c'est pragmatique, mais ce n'est pas un plan de décarbonation. C'est quelque chose qui va connecter des gens entre eux et apporter à ceux qui y travaillent et faire avancer aussi de façon concrète comment on travaille sur ces sujets.
- SG
Sur son territoire, j'avais évoqué justement à Givors, quand il y a eu les inondations, c'était les premiers réfugiés climatiques. Ce qu'ils appelaient d'autres communes pour dire est-ce qu'on peut venir s'installer chez vous ? Non, nous, communes, il faut qu'on réponde de l'ouest lyonnais autrement. Plutôt aller les aider chez eux, plutôt que de dire aux entreprises, mais venez chez nous. Et c'était très concret pour le coup. Et du coup, cette coopération sur un territoire est intéressante parce qu'elle est mesurable et elle est presque facile. mais en même temps Tu connais parfois le bout du monde et tu ne connais pas le bas de ta rue.
- MC
Exactement. Et puis en plus, il y a effectivement des entreprises qui sont passées par la CEC et qui ont bien voulu regarder plein de conférences, travailler avec nous pour travailler sur une feuille de route et tout. Et puis, il y a des entreprises beaucoup plus petites qui ont pris d'autres parcours, qui ont suivi d'autres choses. et qui, elles... n'ont pas vocation à vivre un parcours CEC complet, et qui, par contre, ont envie de mettre les mains dedans tout de suite. Et nous, on veut raccrocher aussi ça, pas se dire qu'on fait le club de ceux qui ont vécu la CEC et qui fait encore un entre-soi de plus. On se dit, on en met quelques-uns qui tiennent, du coup, ce niveau de radicalité, ce niveau d'élan, et ils raccrochent autour d'eux des gens qui sont pragmatiques, qui ont envie de... Et le sujet n'est presque même pas l'écologie, finalement. Enfin, on veut faire ce projet. On veut faire ce projet parce qu'il est bon pour le territoire, parce qu'il est bon pour nos entreprises, pour qu'elles survivent, et parce qu'il est bon pour le territoire. Mais on n'a pas forcément besoin, toujours, de parler... Enfin, parlons de bon sens et de qu'est-ce qu'il faut pour mieux vivre, quoi. Et pas forcément parce que ça répond à telle ou telle question, quoi.
- CD
Et on retrouve ce côté... Regards croisés, pas de côté, faire collectif et se connaître différemment sans qu'il y ait un intérêt business immédiat. Et ça, je trouve, c'est ça qui décale et qui crée aussi de l'enthousiasme. Ça fait du bien dans nos vies au quotidien de se dire, tiens, je n'aurais jamais bossé avec toi parce que financièrement, ça ne peut pas marcher. Par contre, on va créer un objet commun qui revient à faire avancer les choses et qui sera duplicable, qui nourrira nos métiers, nos façons de faire et tout. Et ça, moi, à chaque fois que je suis dans une session CEC, c'est ça qui me tient aussi. C'est de voir tous ces humains qui sont là en physique, en train de bosser ensemble. du plaisir à travailler ensemble et une compréhension commune. Et du coup, on va vite.
- SG
C'est clair qu'on va vite parce qu'on se comprend vite. Après, il y a une histoire de lien, il y a une histoire de récit aussi, que vous portez plutôt bien. C'est-à-dire qu'en fait, on est quand même dans la joie et la bonne humeur.
- CD
Oui, c'est ça, ça crée de l'enthousiasme.
- SG
Alors évidemment, quand tu sors d'une conférence d'Arthur Keller, tu sors un peu au fond du trou. Mais globalement, tu es 95% du temps en train de te marrer. tu as conscience des enjeux mais néanmoins c'est aussi ça qui fédère C'est aussi la bonne humeur et la convivialité. C'est des choses sérieuses, mais finalement, on a envie aussi de ça.
- MC
Je pense que c'est la force de notre collectif aussi, que l'équipe soit engagée avec un engagement citoyen et pas, entre guillemets, parce que moi, j'ai l'image de consultante que j'étais avant. On m'a mis sur cette mission et je fais ma mission. Et voilà, tu n'as pas le même. En fait, tu ne mets pas les tripes pareilles dans le projet. Je pense que ça, ça se ressent beaucoup pour les dirigeants de voir que le projet, il est porté par une équipe qui fait ça en plus de son métier qui le nourrit, qui a des liens particuliers, des difficultés particulières. Je pense que ça, ça nourrit beaucoup de l'esprit et de ce qu'ils vivent. VS peut-être une autre boîte de conseil plus classique qui va les accompagner et qui va faire la mission. Mais je trouve qu'il y a un lien qui se crée aussi entre nous qui est, voilà, on porte le truc à bout de bras et on le fait parce que c'est juste.
- CD
Et c'est là où l'intérêt général, en fait, le fait qu'on soit une asso d'intérêt général n'est pas anodin. Parce qu'en fait, on peut être un carrefour de plusieurs mondes, notamment le pont vers les experts, les collectivités et les acteurs économiques, parce qu'on n'a pas d'intérêt économique à y gagner. En fait, on est un tiers de confiance. Et ça, je trouve que ça, moi, ça m'enthousiasme vachement, parce qu'on n'a pas d'intérêt à réunir tous ces gens. On le fait parce qu'on y croit et parce qu'on pense que c'est juste et intéressant. Mais on ne le fait pas parce qu'on en vit. Donc, ça crée aussi d'autres espaces.
- SG
Mais quand même, on est quand même dans le monde économique, il y a quand même un modèle économique qui doit tourner.
- CD
Oui, oui, ça c'est sûr.
- SG
C'est-à-dire que vous n'êtes pas non plus hors-sol. C'est-à-dire que vous ne vivez pas forcément de subventions dans tous les sens. On parle de dons. Alors, c'est vrai que sur plusieurs podcasts, je n'ai pas parlé de dons, mais en fait, c'est des dons. Alors, je ne me suis pas engueulé. Merci, Marianne, de me rappeler à l'ordre. Mais il y a quand même un modèle économique. Et c'est aussi ça, la difficulté, la ligne de crête. C'est aussi...
- MC
Oui, mais je trouve que c'est le premier degré de la coopération. C'est-à-dire que... Quand les entreprises veulent faire vivre le mouvement sur le territoire, la première coopération, c'est de mettre un panier au milieu de la table et dire « chacun met ce qu'il peut » , parce que c'est vraiment du don libre. Chacun met ce qu'il peut et le panier va faire vivre le mouvement sur le territoire. Je trouve que c'est le premier degré de coopération. Je suis consciente que l'entreprise d'à côté va pouvoir mettre moins et moi je peux mettre plus et peut-être l'année prochaine, ça sera l'inverse. Mais voilà, ma première coopération, c'est qu'on doit remplir ce panier pour faire vivre. Comment on le remplit tous ensemble ? Et on ne se regarde pas, on ne passe pas 150 ans à se regarder les uns les autres pour dire « je vais mettre moins que les autres » . En fait, rien que ça, c'est beau de se dire qu'on arrive à faire tenir un mouvement parce que des entreprises vont se dire « ok, je crois au truc et je vais aider parce que ça va tenir un mouvement sur le territoire » .
- CD
Sans logique, oui. de qu'est-ce que j'en tire. Il n'y a pas la logique de qu'est-ce que j'en tire. C'est ça qui n'est pas simple. Quand on parle à des entreprises, ce n'est pas la logique usuelle.
- SG
Mais ce n'est pas simple non plus pour un dirigeant à expliquer à ses équipes. Parce qu'en fait, lorsqu'ils sortent de la CEC, tu as entendu des experts, tu es convaincu finalement. Comment toi, tu réexpliques tout ça ? Et tu vas expliquer à tes collaborateurs que tu fais ça pour le bien commun. évidemment qu'il y a une vision stratégique derrière parce que ta boîte elle doit être là mais
- CD
ouais en fait c'est là où je trouve c'est intéressant d'être très pragmatique et de dire tu le fais pour ton rôle de dirigeant qui est que ta boîte soit pérenne et que le modèle tienne et qu'on soit capable d'affronter tous ces chocs et tous ces risques, c'est Olivier Hamant qui le redit en disant l'approche risque elle est réelle et tellement d'entreprises sont en train de se les prendre déjà il n'y a plus besoin de la démontrer et finalement on remet le dirigeant dans une place juste et puissante de prendre le pas de recul ... Et je trouve que c'était Benoît qui l'avait dit à ton micro, ça m'avait vachement marqué cette phrase, Benoît Lambrey, il disait « ça réenchante l'entreprenariat finalement, de reprendre cette vision-là du dirigeant aussi et de la responsabilité d'entreprendre. »
- SG
C'est de la vision, c'est de la stratégie, clairement, c'est sûr. C'est pour ça qu'en parlant d'adaptation, parfois, on arrive mieux à expliquer les choses que le climat.
- CD
C'est pas conceptuel en fait.
- SG
Bon, là c'est super bien, mais il y a bien eu des moments où vous vous êtes engueulées, il y a bien eu des moments où vous avez flippé sur des trucs, un expert qui vient pas. Allez, on te fait un peu d'anecdotes, parce qu'on est bientôt sur la fin.
- MC
On s'engueule pas très souvent, en tout cas, je crois qu'on s'engueule pas, dans le sens... Dans le sens... Ouais, dans le sens colère, quoi. En tout cas, c'est ma vision, peut-être qu'elle va dire l'inverse, mais... Je pense qu'il y a des moments où on n'est pas d'accord, on est agacés, on est chacune dans notre truc, et donc on sent qu'on n'est pas d'accord et que ça se tend, mais un, ça ne dure pas très longtemps, et deux, on arrive assez vite à expliquer pourquoi. Donc moi, je n'ai pas l'impression de me...
- SG
Un moment où tu as flippé, je ne sais pas.
- MC
Je flippe tout le temps, mais en fait, je flippe tout le temps. Je flippe tout le temps. Elle me fait flipper parce qu'elle a peur toujours sur les sous et moi je n'ai jamais peur sur les sous. Voilà, par exemple.
- SG
Elle a bossé chez EDF c'est ça !
- MC
c'est ça. Je ne sais pas, mais voilà. Je flippe. On a flippé quand on ne fait jamais des intervenants en visio. C'est vraiment un truc qu'on s'est dit. On ne fait jamais des intervenants en visio. On a un intervenant qui nous appelle la veille en disant, je me suis fait les croisés au badminton ou je ne sais pas quoi. Il n'a même pas les croisés, j'en sais rien. Il a été excellent en vidéo. C'était génial. Mais voilà, il y a des moments où on se dit... Ou le deuxième recrutement qu'on a fait pour faire la promo 2024. On s'est dit, moi on m'avait prévenu, c'est pas parce que c'est la deuxième promo que tu vas y arriver plus, et ça va être encore plus difficile. Mais on s'est dit, même nos dirigeants, ils nous disaient, non mais vous rigolez, vous allez faire une deuxième promo, on est 130, on va chercher 130 entreprises, chacun va en chercher un, un dirigeant, et c'est bon, votre promo elle est faite. Donc nous, si tu les écoutais en un mois, c'était fini. Mais on a vraiment galéré.
- CD
6 mois de galère.
- MC
Et puis, il a fallu tenir l'équipe parce que le moral, il est dans les chaussettes après quand tu n'y arrives pas. Donc franchement, là, tu flippes parce que tu te dis, on a dit qu'on y allait. Est-ce qu'on est nuls ?
- CD
Vraiment, je me souviens, c'était Noël il y a deux ans. On était à se dire, on est en train de réserver les salles. Parce que franchement, ça ne s'improvise pas de faire une session avec 150 personnes, les experts. Donc, on a les experts, les salles. On n'a pas les participants, pas les sous. L'équipe qui est là, mais qui se dit qu'on ne va pas y arriver. Oui, il y a des grands tunnels. Mais on va se dire, mais qu'est-ce qu'on fait là ? On est en train d'inventer quelque chose. Ça existe, ça n'existe pas, on ne sait pas. Et puis d'un coup, tu te retrouves le jour de la session 1. Tu te dis, est-ce qu'il va y avoir des gens ? Tu as tous les badges là. Et tu te dis, est-ce qu'ils vont venir ? Est-ce qu'on a inventé ce truc ? Et là, ils viennent. Et tu te dis, c'est réel. Et je me souviens, la première, la session 1 à Lyon, où tu étais Stéphane, à la clôture le samedi après-midi, il y a eu au moment où on dit merci Tout le monde s'est levé pour nous applaudir. Et moi, j'étais saisie, j'étais là. Qu'est-ce qui se passe ? Du coup, toute l'équipe est venue sur scène. On a vécu ce moment. Et je me suis dit, en fait, c'était réel. On l'a vraiment fait. Et il y a quand même tout ce moment. Je pense que c'est ce que vivent les entrepreneurs quand ils montent des boîtes. À quel point c'est l'idée dans ta tête et la réalité, elle va arriver. Et là, c'est ce qu'on vit un peu avec le parcours coopération. Là, on est pile au moment où c'est en train de basculer parce que ça y est, on a plus d'une vingtaine d'organisations qui sont engagées. pour être là. On sait que c'est le 14 janvier que ça démarre. Ça prend forme, tu vois. Mais ce moment où la forme, elle est un peu floue, il faut sacrément tenir le cap. Et il y a eu plusieurs fois où ça a été... Ouais, ça a été très dur, quoi. Ça a été très dur.
- SG
Mais c'est très audacieux donc c'est très entrepreneur. Moi, je vous le dis, c'est ce qui me plaît. Et juste, moi, je m'étais posé une petite question sur le podcast parce qu'en fait, quand je faisais le podcast, je me rappelle quand j'ai fait un premier podcast, un super accent stéphanois. Ça m'a fait... vachement bien parce que moi je suis à Lyonnais de chez Lyonnais tu vois l'accent est stéphanois j'ai pas l'accent stéphanois j'ai un accent lyonnais c'est vrai qui peut au couteau et donc du coup moi je peux le dire aussi merci de l'audace de se dire voilà moi je vous propose un podcast voilà est-ce que ça vous va bah vas-y feu un petit débrief qui a été sympathique voilà dans ce podcast c'est ce qu'il y a des trucs où des fois vous avez eu des surfrades
- MC
Moi, il y a un des premiers podcasts que tu as fait, c'est avec Éric Petrotto, qui est passionné, mais qui travaille dans son sujet alimentation. Il commence à partir sur l'intelligence artificielle, la géopolitique, tout ça. Je me suis dit, le truc ne va jamais finir. Ils sont partis, on ne va plus comprendre ce qu'ils racontent. Une petite sueur froide là, connaissant Éric, je me suis dit, on ne va pas l'arrêter et il va perdre tout le monde. Mais sinon, globalement, j'ai toujours ma petite ueur froide avant la citation. Je me dis, qu'est-ce qu'il va choisir ?
- SG
Là, j'ai hésité avec une citation de footballeur, mais je me suis dit non. Mais à chaque fois, je pense à vous quand je fais la citation. Je dirais, je vais faire vraiment le truc de beauf ou le truc... Non, mais en tout cas, c'est un bon moment. Les gens qui viennent raconter leur histoire, en fait, ils sont sincères. Et ça, ça fait du bien, honnêtement. Ils ne sont pas toujours aguerris à l'exercice. Ils s'y prêtent et en fait, ils transpirent la CEC. Et c'est ça qui est assez joyeux. Et pourtant, il y a des gens comme le patron d'Alpina, la chartreuse, qui sont des gens qui représentent des choses quand même. On a Aelera qui vient de la chimie. Franchement, c'est assez réjouissant. Et c'est en ça que je trouve que c'est intéressant de faire passer le...
- CD
Merci de l'avoir proposé, parce qu'en fait, ce qui est génial, c'est que c'est né de ton idée. Et voilà, ça permet de faire vivre ces voix-là. Parce que nous, il y a vraiment cet enjeu de dire comment on en tire des choses qui ont bougé de nos parcours. Et en fait, les voix des gens, moi, c'est ce qui me touche à titre personnel, parce que c'est concret. Ils parlent de leurs doutes, de leur entreprise, de ce qu'ils ont vécu. Et c'est OK, ce n'est pas du tout un chemin tracé ni une recette à utiliser, mais c'est... autant de chemin. C'est comme quand tu pars en montagne, tu as plein de chemins de randonnée. Chacun prend son chemin et il témoigne de ce qu'il a vu. Est-ce que c'était intéressant ? Peut-être que ça aura changé dans deux ans, etc. Et parfois, on se dit, si on ne captait pas ses voix, on ne saurait pas ce qui se passe. Tu vois, par exemple, ce qui m'avait marqué, c'était PhotoWeb. Quand il a sorti sa feuille de route il y a trois ans, toi, tu étais dans son camp de base, tu savais. Il n'y avait rien de la coopétition, etc. Trois ans après, il vient et témoigne dans une de nos sessions pour dire En fait, l'ingrédient CEC, c'était que je n'ai pas breveté ma nouvelle machine d'impression et je la fais visiter à mes concurrents. Et ça, c'est la CEC. Et ça, s'ils ne l'auraient pas dit, c'est incroyable d'entendre ça. C'est une grosse boîte, quand même, grenobloise. Et se dire, peut-être qu'on a fait bouger une ligne, on ne sait pas qui, comment, mais si on fait bouger plein de lignes et capte ces récits, ça va inspirer d'autres personnes. Moi, ça m'inspire d'entendre des vraies voix, des vrais gens et de la sincérité, pas un discours polissé de chef d'entreprise qui fait un discours, tout va bien, on va gagner des parts de croissance, et voilà, quoi. Non, il y a les doutes dedans.
- MC
Oui, c'est du courage, franchement, c'est du courage pour eux. Je viens d'écouter, effectivement, le nouveau podcast qui est sorti d'Axelera, c'est fort, en fait, d'entendre des gens qui ont une position sur le territoire, qui représentent, eux, ils ont 400 adhérents, donc ils représentent des gens, ils ne peuvent pas dire n'importe quoi. Enfin, on imagine qu'ils ne peuvent pas dire n'importe quoi. C'est la chimie. Bon, quand même, ils disent, à ton micro, bon, je sais que tu n'es pas écouté un million de fois, mais quand même, quoi ! ça va venir sympa merci non mais je peux te dire c'est quand même voilà c'est pas quelque chose que je te dis à toi Marianne ou Caroline ou Stéphane enfin au coin d'une rue parce que je te le dis parce que je sais que personne nous écoute je prends on m'interroge et je dis je dois questionner l'utilité de telle et telle industrie c'est aussi faire des renoncements Enfin, OK, on avait une vallée de la chimie qui était comme ci, comme ça. Et ce n'est pas grave. Enfin, c'est comme ça, ça a été comme ça. On est OK avec ça. Et maintenant, il faut aller, il faut avancer. Et je trouve que c'est hyper fort et hyper courageux de leur part de dire ça. Et je dis, là, je dis pour Axelera, mais pour tous ceux qui sont passés dans le podcast. Ouais, c'est courageux, en fait, de dire les choses.
- CD
Et je trouve que ce courage, il nourrit le fait que ce n'est pas juste des entreprises, c'est des humains. Donc, on revient à une sorte de tissu, de lien, de société. En disant, moi, ce qui me touche quand je vois une bière Ninkasi ou des pâtes Alpina ou une bouteille de chartreuse, c'est que je connais les humains derrière et je vois à quel point ils veulent faire bouger leur entreprise, emmener leurs salariés avec eux, leurs collaborateurs, que ce n'est pas simple. Et moi, j'ai envie de leur donner un élan collectif d'aide pour qu'on y aille ensemble. Et je trouve ça tellement enthousiasmant. En fait, ça éclaire aussi les entreprises qui font et qui vivent sur notre territoire différemment.
- SG
Mais en fait, tu as parlé de chemin. C'est vrai que tout le monde est sur un chemin et en fait, vous les mettez dans la confiance. en fait quand ils viennent là alors ok j'ai l'accent lyonnais à coups de couteau je fais des fautes de français donc ça ça les rassure, ils disent bon c'est bon ils n'ont pas une vedette en face d'eux mais globalement c'est parce qu'ils viennent en confiance et ils savent qu'ils ne sont pas jugés et qu'ils sont sur un chemin et c'est ça que vous avez réussi à faire très bien et du coup alors pour finir parce qu'il faut quand même finir, ça fera une heure et ça sera le plus long podcast mais je pense que au coin du feu on a le temps d'écouter sous sa couette donc ça sera très intéressant . Qu'est-ce que vous pourriez adresser un message à ceux qui hésitent à bifurquer, à s'engager, à créer ? Qu'est-ce que vous leur diriez ?
- MC
C'est pas simple parce que chaque situation est différente. Donc on ne peut pas dire à n'importe qui, oui, oui, bifurque, tu vas voir, ça va être génial. Donc, il faut effectivement passer. Moi, à ceux qui ont la situation qui le permet, j'ai envie de mettre un petit coup de pied aux fesses. Et à d'autres, moi, personnellement, ça m'a re-rendue vivante. J'étais en train de me dessécher. J'étais en train de perdre le sens. Mais perdre le sens, c'est toujours un truc qu'on dit. Mais en fait, c'est une sorte d'élan vital. que tu perds au fur et à mesure. Et moi, je trouve que même si ce n'est pas facile tous les jours et même si je suis bien contente d'être en vacances de temps en temps, en fait,c'est un élan vital que j'avais perdu et maintenant qui me nourrit énormément.
- SG
Je vais mettre de la musique et on va pleurer à la fin.
- CD
C'est le mot de la fin avec l'élan vital. Je suis d'accord, ça nourrit. Et particulièrement, pour bifurquer, je trouve qu'il ne faut pas le faire seul. Et vraiment, merci à cette équipe incroyable, parce qu'on est deux au micro, mais derrière, il y a une quarantaine de personnes qui font vivre la CEC sur le territoire. Il y a la CEC au global, qui nourrit aussi tout ça et qui nous permet de continuer à tirer les fils. Et en fait, c'est vraiment ça, c'est de se sentir en lien avec des dirigeants, des dirigeantes qu'on connaît différemment. Et moi, parfois, je me dis que c'est incroyable, j'aurais jamais croisé ces gens si je n'avais pas fait partie de cette aventure-là. Ça me nourrit vachement. Et on a des collectifs pour affronter tout ça, parce que ce n'est pas simple. et on en fait des terrains d'espérance, de joie, plein d'émotions. Il y a vraiment un côté hyper sincère et brut des émotions. Et ça, c'est quand même assez génial.
- SG
La joie et l'espérance, ça me va bien. En tout cas, merci Caroline. Merci Marianne pour ce que vous êtes, pour ce que vous portez, pour votre joie de vivre, pour votre courage aussi. Alors, j'hésite entre une citation de Cyril Hanouna et d'Aimé Jacquet. Ça va faire un peu lourd. Donc, j'ai pris une citation d'intellectuel. Je l'ai pris une citation d'André Gide parce que je me suis dit que je devais être au niveau quand même. Je vais le dire quand même avec mon accent lyonnais et non pas Stéphanois je le rappelle. L'homme ne peut découvrir de nouveaux océans tant qu'il n'a pas le courage de perdre de vue le rivage.
- CD
Eh bien tu sais quoi ? Il était en session 1 cette citation.
- SG
Ah bah voilà.
- CD
Parce qu'elle est puissante et merci Stéphane pour tout ce que tu fais.
- SG
Merci.