- SG
Bonjour, bienvenue sur Échos de Territoire, le podcast inspirant de la Convention des entreprises pour le climat, qui donne la parole aux acteurs engagés et passionnés qui construisent l'économie régénérative de demain. Je suis Stéphane Gonzalez, alumni de la promotion 2023, et je vous emmène sur les territoires de Rhône-Alpes à la rencontre de dirigeantes et de dirigeants qui contribuent à dessiner les contours d'un avenir durable. Alors longtemps, longtemps, j'espère que ça va s'arrêter, on a pensé que la nature était un décor. Aujourd'hui, on réalise quel est le socle invisible de nos entreprises. Dans cet épisode, on va parler de bifurcation, comme d'habitude, de biodiversité, et d'un projet qui aide les entreprises concrètement à remettre le vivant au cœur de leurs décision : le Poids du Vivant. Pour en parler, deux invités, Franck Couturieux, entrepreneur à l'origine du fonds de dotation, le Poids du Vivant, et Laurent Théophile, son directeur, celui qui transforme l'inspiration en action concrète. Alors messieurs, bonjour. C'est jeudi, on a le sourire. Bon, Franck, on va pas trahir le secret:o n a fait la CEC ensemble, on se connaît bien. On a même fait un premier podcast où tu étais vraiment au début de l'aventure du Poids du Vivant. Donc l'idée aujourd'hui, après un an d'expérience, moi, je suis assez curieux de savoir comment ça se passe. Comment vous arrivez à faire du lien avec les entreprises ? Comment vous leur mettez le pied à l'étrier ? Donc c'est un peu le déroulé, le fil rouge de notre podcast. Et puis quand même, un petit bonjour à Laurent Coppin. Salut Laurent.
- LC
Re-bonjour.
- SG
Voilà, de la revue Re.
- LC
Tout à fait, revue Re. On vous donne rendez-vous début avril et on retrouvera le Poids du Vivant pendant l'effeuillage de cette revue et on est très content d'être là.
- SG
Ok, donc Laurent, c'est le poil à gratter, il va poser des questions qui ne font pas plaisir alors que moi je suis dans le politiquement correct. Alors, je te propose déjà pour poser le cadre, Franck, c'est déjà que tu nous présentes le Poids du Vivant.
- FC
On va commencer comme ça. Je te présente le Poids du Vivant. Je ne te parle pas de moi. Non, après, tu parleras de toi après. Le Poids du Vivant, c'est une plateforme de mécénat pour aider les entreprises à agir sur le domaine de la biodiversité. Donc ça, c'est le projet initial d'accompagner les boîtes qui veulent faire quelque chose de bien pour le vivant autour d'elles. Mais aujourd'hui, c'est surtout un fonds de dotation qui accompagne les entreprises qui souhaitent agir, mais qui ne savent pas comment démarrer, qui ne savent pas par où passer. Et donc, on essaie de les prendre un petit peu par la main sur le début du process, sur « je souhaite agir, qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? » Et bien, qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? Il faut commencer par se documenter, savoir agir un petit peu sur son business model, agir un petit peu autour de soi, essayer de sensibiliser ses salariés. Et quand on a tout compris et quand on a commencé à faire des belles choses dans sa boîte, il s'agit d'aider ceux qui agissent concrètement pour le vivant et qui sont essentiellement représentés par des associations. Et pour les aider, il y a une formule géniale qui existe un petit peu partout dans le monde, mais en France, elle est pas mal aussi. Ça s'appelle le mécénat, qui est défiscalisé, qui permet d'apporter du soutien financier à ces belles associations qui font un travail énorme qu'on est infoutus de faire, nous, dans nos entreprises.
- SG
Tu démarres tout de suite par le mécénat, on en parlera après. On fait un peu de teasing, on démarre le podcast. Si j'étais un dirigeant de PME qui commence à écouter cet épisode, pourquoi il faut qu'il continue à tendre l'oreille et qu'il aille jusqu'au bout ?
- FC
Ce que je vais raconter est super intéressant. Je suis moi-même un ex-dirigeant, je suis toujours un entrepreneur, mais j'étais un dirigeant d'entreprise qui a commencé à comprendre les problèmes qu'il y avait autour de nous, qu'on ne peut pas imaginer quand on est pris dans son entreprise, dans son business model. Et quand on découvre ça, ce n'est plus avec son carnet de chèques qu'on le découvre, c'est avec son cœur qu'on a envie d'agir, qu'on a envie de faire les choses. Et ça, le chef d'entreprise ne peut le découvrir que par son cœur, que par lui-même, ce n'est pas ses équipes du CODIR ou son responsable RSE qui va lui amener ça au cœur. Donc voilà pourquoi il faut m'écouter.
- LC
On parle d'entreprise, tu as dit PME. Est-ce qu'il y a une taille critique de trop petit ou trop grand pour s'adresser au Poids du Vivant ?
- FC
Non, il n'y a ni trop petit ni trop grand. Mais effectivement, les grandes entreprises sont généralement structurées pour gérer elles-mêmes leurs propres actions biodiversité. Et les très petites, on se rapproche après du particulier. Là, elles peuvent agir directement auprès des associations, mais en général, elles sont vraiment trop concentrées par leur business et leur activité, qui est souvent très compliquée, surtout ces dernières années. Donc nous, notre vrai cible, c'est les PME, de partir de 20, 30, 40 personnes, qui ont la volonté d'avancer, qui ont la volonté d'agir et qui ne sont, elles, pas tout à fait structurées pour aller sélectionner les bons projets et savoir vraiment quoi faire. Les grosses boîtes ont un responsable RSE, les petites boîtes n'ont pas de responsable RSE. Et entre les deux, il y a peut-être quelqu'un qui a parmi ses activités la tâche de responsable RSE, mais qui n'a pas vraiment le temps à y consacrer. Et là, c'est là où on intervient.
- SG
D'accord. Alors moi, j'ai envie d'en savoir un peu plus, même si je sais à quel moment se fait le déclic. Si tu nous expliques ta vie d'avant dirigeant, est-ce que toi, tu étais déjà dans une démarche environnementale toi-même ?
- FC
Je l'étais effectivement comme beaucoup de sociétés, dans la tête. Déjà sur la partie tri des déchets, c'est un vieux sujet que je traînais depuis très longtemps. Sur avoir des économies d'énergie, c'était des sujets qui me tenaient à cœur depuis très longtemps. Puis c'est le sujet de la biodiversité du vivant qui est venu sur le tard, parce qu'effectivement c'est des sujets qu'on ne connaît pas du tout quand on est chef d'entreprise, qu'on ignore complètement. Autant le reste, j'aime bien dire qu'il y a de la pub pour en parler parce qu'il y a un vrai business derrière sur les déchets ou sur l'énergie, sur le carbone, il y a plein de choses. Mais alors sur le vivant, il n'y a aucun écureuil, il n'y a aucune forêt qui a les moyens de faire la publicité pour dire « coucou, on souffre, venez nous aider » .
- SG
Oui, mais justement, rappelons-nous que ta société c'était Elcia, donc un éditeur de logiciels, un éditeur français de chiffrage menuiserie. Bref, voilà. Et justement, est-ce que le Poids du Vivant, ce n'est pas aussi le fait, e ne trahis rien, mais on a fait la CEC ensemble. C'est de se dire, moi, je fais de l'édition logicielle, la biodiversité, c'est là-bas. Comment j'y vais, en fait ?
- FC
Mais on ne se pose même pas cette question-là. La biodiversité, on l'ignore totalement. Quand on est chef d'entreprise, c'est un sujet... Quand on regarde autour de soi, déjà, c'est vert. Quand tu vas à la mer, c'est bleu. Tout va bien, quoi. Donc, il n'y a pas de sujet. Donc, on ne s'y intéresse pas. Voilà, tout simplement.
- SG
On ne s'y intéresse pas. Et toi, tu as un peu creusé. Tu t'es quand même, je me rappelle, tu devais donner une anecdote sur ton grand-père qui découvrait le glyphosate à l'époque.
- FC
Ça c'est le passé, ça. C'est le passé,
- SG
Mais ça t'a remonté ton passé, en fait, ça.
- FC
Ben, c'est quand on finit par se poser la question et s'intéresser au sujet, donc il faut un déclic, il faut quelque chose qui nous amène à s'intéresser au sujet, et effectivement on se dit, aujourd'hui c'est comme ça, mais quand j'étais gamin, ce n'était pas comme ça. J'ai vécu autre chose, j'ai vécu une autre époque. J'aime bien dire que, aujourd'hui je vais avoir 60 ans, et j'aime bien dire que je suis né avant le drame. Avant le drame, c'est-à-dire il y a plus de 50 ans. Quand je suis né, la bouteille en plastique ou le glyphosate, les round-up, n'existait pas. Donc, c'était un autre monde. Et puis, quand c'est arrivé, j'avais à peu près 10 ans. Donc, tout ça pour dire que la bouteille en plastique ou les pesticides, ça n'a pas 400 ans. Je n'ai pas 400 ans ! Quand c'est arrivé, c'était des produits miracles, tout ça. Et depuis, on a utilisé à outrance ces produits-là, les plastiques et leurs dérivés, les produits chimiques, les pesticides et autres, et leurs dérivés. On en a mis de partout. pensant bien faire, franchement, il y a 50 ans, quand c'est arrivé, c'était du bonheur, tous ces produits-là. Et on oublie, parce qu'on est dans son business, on passe à autre chose. Ce qui nous intéresse, c'est de faire vivre notre boîte, c'est d'avoir des salariés, de les faire vivre, qu'ils soient contents au boulot. C'est de faire vivre une boîte, et ce qui se passe autour de nous, on ne suit pas, on ne se rend pas compte. Et quand j'ai ouvert les yeux là-dessus, effectivement, j'ai découvert que depuis 50 ans, pendant mon existence, ces produits-là et leurs multiples usages dans tous les sens, ont fini par détruire l'intégralité de, j'ai envie de dire notre planète, mais en fait, ils sont aujourd'hui dans toutes nos assiettes, dans ce qu'on mange, dans ce que l'on boit, dans ce qu'on respire. Et aujourd'hui, on respire, on mange, on boit des produits chimiques et des produits plastiques. Et quand on prend conscience de ça et que ça s'est fait dans les 50 ans de notre vie et que nos enfants vont trinquer à cause de nous, parce qu'il va falloir un jour ou l'autre, ils mangent déjà ça, ils souffrent déjà de ça, mais un jour ou l'autre, il va falloir réparer toutes ces choses-là. Et quand on en prend conscience, c'est pour ça que je dis que c'est avec son cœur, quand on en prend conscience, on a envie d'agir. Et là, ce n'est plus une histoire de chiffres ou quoi que ce soit ou de business. C'est avec ses tripes qu'on a envie de faire quelque chose.
- SG
Donc, comme tous les informaticiens, toi, tu es passé de zéro à un. Est-ce que tu décides de t'arrêter, de vendre, de créer le fonds ? Comment ça se passe, cette maturation ?
- FC
Quand j'ai découvert l'intégralité de ces problèmes... Effectivement, il y a un moment où le business n'a plus aucun sens. Il y a un moment où tu te dis, je ne peux plus, j'ai contribué à cette destruction, j'ai contribué à détruire tout ça. J'ai contribué à pourrir la vie de ma fille plus tard. Qu'est-ce que je peux faire ? Et je ne peux pas continuer, ce n'est pas possible. Et c'est là où effectivement est venue la volonté de passer à autre chose. petit à petit de quitter ma société, de vendre ma société et petit à petit d'activer ce fonds de dotation que j'avais créé, qui était destiné justement à agir pour le vivant, qui s'appelle le Poids du Vivant, et d'y consacrer 100% de mon temps. Voilà, c'est ce qu'on appelle la bascule, passer d'un monde d'entrepreneur pro-business que j'étais, à aujourd'hui entrepreneur pour le vivant que je suis devenu.
- SG
Du coup, tu fais la Convention des Entreprises pour le Climat, je la fais avec toi, tu t'impatientes, tu te rends compte que les entrepreneurs autour de nous... C'est vrai, la biodiversité, ils sont perdus, complet. Tu te dis, mais ce n'est pas possible, ça ne va pas assez vite. C'est aussi un déclencheur, ça, de voir tous les dirigeants autour qui, finalement, sont de bonne volonté, ont envie de faire. On parle de l'économie régénérative, mais c'est compliqué.
- FC
C'est ça, l'économie régénérative, j'ai eu du mal à... Enfin, on ne savait pas de quoi on nous parlait. Et donc, la CEC, on fait les premières sessions, ce qu'on appelle l'électrochoc, où tout le monde découvre l'intégralité des problèmes, ce que j'avais découvert avant. Et ce qui m'avait commencé à faire ma bascule, quand on découvre à quel point la planète est détériorée par nos 50 ans de vie passée, et bien ça, ça se passe en deux sessions à la CEC, et ces deux sessions détruisent beaucoup de gens. Enfin, détruisent, non, c'est pas le mot, mais percutent beaucoup de gens. Ça les amène à chercher des solutions, et les premières solutions qu'on aborde lors des premières sessions, ça concerne essentiellement les déchets et tout le carbone, donc le réchauffement climatique, et la pollution autour de nous. Et là, encore une fois, il y a du business autour de ça. Donc il y a de la pub. Donc tous les dirigeants ont des actions à mettre en place. Ils savent à peu près ce qu'ils vont faire. Ils savent qu'ils vont mettre des poubelles de tri. Ils savent qu'ils vont changer leurs ampoules, mettre des ampoules à LED. Ils savent qu'ils vont acheter des bagnoles électriques. Ils savent qu'ils vont mettre des panneaux solaires. Ils comprennent ce qu'ils vont faire. Puis arrive la session 3, où là on aborde enfin ce mot régénératif, et où lors de la CEC on nous explique, bon tout ce qu'on vient de vous dire dans les deux premières sessions c'est bien, mais le principal problème de la planète c'est le vivant. Et le vivant c'est tout ce qu'il y a autour de nous qui nous fait vivre, et là va falloir, toutes nos activités contribuent à détruire ce vivant, contribuent à détruire la planète qui va nourrir nos enfants demain. Donc si on veut une planète qui reste dans les limites planétaires et qui reste vivante, il faut changer nos business models, il faut passer au régénératif, il faut arrêter de détruire, il faut commencer à réparer. Et là, c'est là où j'ai découvert qu'autour de moi, il n'y avait plus personne.
- SG
On était un peu dans le même cas, soyons honnêtes.
- FC
Tout le monde dit mais c'est... alors là, je ne sais pas quoi faire. Je reviens à ce que je disais tout à l'heure, il n'y a pas de pub pour dire ce qu'il faut faire pour la planète. Et tout le monde était perdu. Et c'est là où je t'ai dit, mais Stéphane, ce qu'on est en train de faire, c'est ce que je veux faire avec le Poids du Vivant. Je veux justement trouver des solutions qui vont aider les gens à agir pour la biodiversité, pour le vivant, pour la nature autour de nous. C'est ce que je veux faire. Je veux le faire justement pour aider les entreprises à agir. Et ce qu'on est en train de nous dire à la CEC, c'est ça. Et là où tout le monde s'interroge sur qu'est-ce que je vais faire demain, mais je suis perdu, j'ai la solution. J'ai la solution. Enfin, j'ai une des solutions. Les solutions, il peut y en avoir plein demain. Et c'est là où cette session, c'était en début juillet. C'est là où j'ai passé tout l'été. Et à la fin de l'été, j'ai dit: j'arrête tout. C'est pendant cet été-là où j'ai dit, je quitte ce monde du business pour me consacrer à plein temps sur le poids du vivant afin d'aider les entreprises à agir, à trouver des solutions. Donc voilà cette bascule, voilà ce changement qui est fait avec mon cœur et non pas avec autre chose.
- SG
On veut la localiser, pardon, je me rappelle très bien, c'était sur la piste de course de Centrale. C'est vrai. Du coup, si je bascule sur la solution. Bon, Laurent, n'hésite pas à me couper, mais je m'adresse à l'autre Laurent. Juste après, je te donne la parole. Laurent, la solution, alors. Déjà, pourquoi la biodiversité ou la nature ou le vivant, peu importe comment on l'appelle, est important pour une entreprise ? On peut se poser cette question quand même, clairement.
- LT
Pourquoi elle est importante ? Tout simplement parce qu'on en dépend. De toute façon, il n'y a rien qui se passe aujourd'hui, que ce soit à titre individuel ou au niveau économique, sans biodiversité. On l'oublie souvent, mais Franck l'a dit tout à l'heure, on mange, on boit, on respire grâce au vivant, mais on produit aussi grâce au vivant. Donc sans vivant, pas de matière première, pas de... Pas d'alimentation et pas d'électricité aussi. L'électricité dépend du cycle de l'eau douce. Demain, le cycle de l'eau douce est altéré : moins d'électricité ou électricité plus chère. Donc du coup, le monde économique est forcément impacté. Donc voilà, la biodiversité, ça tombe un petit peu sous le sens. Et puis, il ne faut pas oublier que la biodiversité peut aussi nous aider à faire face aux dérèglements climatiques, à être plus résilients. Donc, on n'a pas d'autre choix que de s'y intéresser. Mais effectivement, c'est pas simple. C'est pas simple et les entreprises sont focalisées sur leur business, sur ce pour quoi elles ont été créées par leurs dirigeants et en face, il y a des experts de toutes sortes, mais souvent dans des associations et c'est deux mondes qui ne se connaissent pas. Pour moi, le poids du vivant, c'est...
- SG
Le poids du vivant, c'est de créer un lien finalement entre ceux qui font, qui connaissent et puis les dirigeants.
- LT
C'est ça. Moi, je viens justement de l'autre côté du fossé, côté association. J'y ai passé un peu plus d'une vingtaine d'années.
- SG
Quand tu dis fossé, c'est fossé, ça veut dire vraiment que personne ne se connaît.
- LT
Ben oui, il y a un fossé. Après, je ne vais pas dire qu'il est énorme ou insurmontable. Il y a des rapprochements qui se sont faits. Je sais que le Covid a aidé certaines entreprises et associations à se rencontrer. Moi, je l'ai vécu. Donc, voilà, il y a des choses qui se mettaient un petit peu en place ces dernières années, mais on n'est pas à la hauteur de l'enjeu et de l'urgence. Donc, une structure comme le Poids du Vivant, moi, quand Franck m'a présenté son projet, j'ai trouvé que c'était la solution idéale pour réunir ces deux mondes.
- SG
Justement, on peut peut-être en parler, vous financez quand même beaucoup d'associations, donc ça serait intéressant de faire un peu le panel de toutes ces associations. parce que quand on parle biodiversité en entreprise, alors je regarde, il va se marrer, j'en suis sûr, on parle souvent abeilles. Ma boîte a mis des ruches. Oui, c'est bien, mais du coup, vous financez toutes ces associations et quelles sont-elles ? Quels sont leurs projets, en fait ?
- LT
Donc, nous, sur la biodiversité, on a plusieurs thématiques, plusieurs causes. Ça va du fond des mers et océans au sommet des montagnes avec les glaciers. La biodiversité est partout. Il y en a dans le sol. Une biodiversité hyper importante. Donc, voilà. Nous, c'est tous les champs de la biodiversité. Et après, ça va être aussi tous les types d'actions en faveur de la biodiversité, puisque là aussi il y a plusieurs typologies d'actions suivant les associations qu'on va accompagner. Il y en a qui font de la sensibilisation, c'est indispensable. De la recherche scientifique, également indispensable. En fait, tout est indispensable. Mais on va aussi soutenir des associations qui font du plaidoyer. Parce qu'aujourd'hui, on a besoin d'associations qui portent un plaidoyer dans des instances locales, nationales, internationales, pour que les choses aillent dans le bon sens et que le vivant soit mieux considéré.
- LC
Moi, je voudrais m'adresser aux deux en même temps, peut-être avoir une réponse croisée sur le fait que toi, Laurent, tu viens du monde de l'asso, tu viens de nous le préciser. Franck Entrepreneur, en quoi votre rencontre, elle vous a permis de partager les bons freins à faire lever entre ces deux mondes ? Tu parlais de fossé. Je crois qu'il y a une évolution notable entre le moment où tu as créé le Poids du Vivant et aujourd'hui sur la logique de l'offre et de la démarche d'accompagnement. C'est quoi la dynamique que vous avez mis en place pour isoler les bons points amassés, pour le dire comme ça ?
- FC
Moi, à la base, je viens de... En tant que chef d'entreprise, je ne connais rien à ce monde associatif. Quand j'ai été amené à accompagner la première association, on me parle de conventions, on me parle de mécénat, on me parle de rescrits fiscaux, on me parle de beaucoup de choses que je ne connais pas dans mon activité. Et ce monde des assos, je ne le connais pas du tout. Je sais que c'est un monde d'experts, des gens passionnés qui s'appuient beaucoup sur le travail des scientifiques. pour faire de très belles choses, mais pour les sélectionner, je ne sais pas faire. On s'est fait accompagner pendant un an pour essayer de comprendre comment ça marchait. Et puis, à un moment donné, j'ai dit qu'il fallait qu'on sorte, qu'on aille voir des assos. Il se trouve que la première asso qu'on a été voir, c'était France Nature Environnement Haute-Savoie, dans laquelle Laurent était directeur. Laurent était dans ce monde des associations depuis 22 ans. Il en connaissait tous les rouages, il savait quels critères étaient importants, il connaissait quelless assos faisaient du bon boulot, qu'est-ce qu'il fallait comme coopération entre associations et autres. Chose que je ne connaissais pas du tout en tant que chef d'entreprise. Donc voilà, on s'est dit, quand on l'a visité, on s'est dit, putain, il faudrait un gars comme ça, ça nous aiderait vraiment à avancer parce que ce travail de sélection des assos, c'est trop compliqué. Un chef d'entreprise qui veut lui-même choisir ses assos, moi-même, je me serais vautré, donc il se serait vautré. Un chef d'entreprise qui veut décider tout seul va se tromper à 80%. Donc, on a besoin d'expertise chez le Poids du Vivant. Et si on veut être crédible, on a besoin de quelqu'un qui sait sélectionner les bonnes associations. Voilà, c'est ce qu'on s'est dit. Et il se trouve que 15 jours après notre visite, Laurent nous a fait une petite lettre en disant ce que vous voulez faire, c'est génial. Et si un jour vous embauchez, pensez à moi. Et voilà comment Laurent est arrivé en septembre 2023 au Poids du Vivant. Et Laurent, je te laisse raconter pourquoi le monde des assos est un monde qui ne connaît pas les entreprises. Toi, tu connais les assos, mais tu ne connais pas trop les entreprises finalement. Donc, on a besoin d'être... C'est pour ça qu'on est complémentaires tous les deux.
- LT
Oui, et après, ce qui m'a séduit lors de notre rencontre, c'est que même si Franck vient de le dire, il ne connaît pas le monde de l'association, mais en fait, il avait quand même tout compris. C'est ça que j'ai trouvé assez intéressant et qui a fait que j'ai voulu le rejoindre. c'est que Il savait que les associations étaient des experts. Et c'est vrai, les associations sont bourrées d'experts dans tous les domaines. Aussi des experts en termes de gestion. On dit souvent que les associations, c'est un petit peu des clubs de personnes avec des cheveux longs et autres. Bon, il y en a, il y a des cheveux longs, mais moi non. Et surtout, au niveau gestion, une association, c'est comme une entreprise. Et ce que j'ai trouvé aussi super intéressant, c'est qu'il savait très bien quelles missions il fallait soutenir. Moi, j'avais déjà échangé avec des entreprises de par mon poste à FN Haute-Savoie ou avant, et quand on leur parlait de soutenir des associations qui font du plaidoyer, ça faisait peur. Mais non, Franck avait compris que le plaidoyer, c'était important. Il avait aussi compris que soutenir des associations pour leur fonctionnement général, c'était primordial. Aujourd'hui, les associations sont soutenues pour des projets très précis, pour de l'investissement. Mais il n'y a personne qui veut les aider à se structurer, à financer les locaux, à financer le salaire du comptable ou autre. Mais tout ça, Franck avait déjà prévu que son fonds de dotation servirait aussi à ça, pour aller soutenir des associations là où personne ne les aidait. Donc moi, c'est pour ça que j'ai tout de suite compris que c'était une suite logique par rapport à mon parcours professionnel. Je voyais déjà qu'il y avait des choses qui se mettaient en place entre des assos, des entreprises dans mon secteur en Haute-Savoie. Des belles histoires, en plus avec des beaux partenariats. Et je me suis dit, si on peut en développer d'autres, si on peut faire en sorte que ces nouveaux partenariats entre entreprises et associations se développe de plus en plus, c'est là qu'il faut aller.
- SG
Et c'est vrai qu'on a aussi un boulevard, mais ce boulevard, je ne sais pas s'il se rétrécie pas un peu avec la RSE, la CSRD, c'est vrai qu'aujourd'hui les entreprises, il faut qu'elles investissent sur leur territoire, il faut qu'elles investissent dans la biodiversité, mais du coup ça nécessite aussi de faire le pas de côté, aussi bien chez les associations, qui peuvent parfois voir les entreprises d'un oeil un peu suspect, soyons clairs, mais aussi du côté des entreprises qui peuvent, en effet, tu l'as dit, alors moi, je dirais les cheveux rouges, mais qui peuvent voir aussi les associations politiquement un petit peu. Et donc, du coup, il faut que tout le monde fasse le pas de côté. Donc, en fait, vous êtes là aussi pour ça, pour aider chacun à se parler.
- LT
Oui, c'est exactement ça. On est facilitateur, entremetteur. Enfin, on va aider chacune des parties à contacter l'autre. Donc, avec Franck, une expérience entreprise et moi qui connais le monde associatif. Du coup, on peut arrondir un petit peu les angles et faciliter ces premiers contacts qui, on l'espère, peuvent après découler sur des partenariats pérennes et finalement de très belles histoires pour les entreprises. Et donc, oui, tu parlais de la RSE, de la CSRD. On va dire que c'est des coups de pouce, c'est des initiatives, mais qui manquent un peu de concret. Et aujourd'hui, nous, on apporte le concret, c'est-à-dire qu'une entreprise qui veut s'intéresser aux enjeux de l'agriculture biologique ou de la préservation des forêts, on va lui proposer tout de suite des projets, des associations sur son territoire, des choses qui vont lui correspondre.
- SG
Qui sont calibrées, qui sont validées, entre guillemets. Alors justement, allons-y, puisque je dis que ça fait un an, j'aimerais bien avoir des exemples concrets. Alors, il y a un exemple qui vient tout de suite à l'esprit. C'est le promoteur immobilier lyonnais M+M. C'est vrai, il est promoteur, architecte. Avec son programme Plume, Plume 2050. J'aimerais que tu nous en parles un peu, Laurent.
- LT
Oui, alors Plume, c'est une initiative qui a été lancée par M+M. Donc Marc Balaye et Marc Dubiez.
- SG
Qui ont fait la CEC, rappelons-le.
- LT
Qui ont fait la CEC, tout à fait. Et moi, ce que je trouve inspirant et qui a fait qu'on les a rejoints avec Franck, c'est que suite à cette CEC, ils ont lancé une initiative individuelle au niveau de leur société pour embarquer leur écosystème. Et Franck, venant aussi de la CEC, avait lancé un fonds de dotation, une initiative individuelle pour embarquer les entreprises. Donc le parallèle, il était évident. Et donc nous, on s'est inscrits totalement dans cette initiative de les aider à intégrer le vivant dans leur projet, dans tout ce qui concerne la promotion immobilière. Et donc l'initiative Plume, ça les a amenés à inviter à peu près 80 personnes, toutes liées à leur entreprise, des architectes, la collectivité, des notaires, le BTP. Enfin voilà, tous ceux qui font le bâtiment aujourd'hui, mais qui ne percevaient pas les enjeux sur la biodiversité. Et donc, nous, on amenait ce regard avec Franck, avec d'autres. Mais voilà, ça nous...
- SG
Concrètement, c'est quoi ? C'est des ateliers où vous expliquez, vous faites de la pédagogie, vous présentez des assos ?
- LT
L'idée, c'était... Donc, ça a duré à peu près six mois. Il y a eu plusieurs groupes qui se sont réunis cinq fois. Et l'objectif, c'était de mettre en place des indicateurs qui soient adaptés, partagés, compris par l'écosystème de la promotion immobilière pour intégrer le vivant, d'une part, ça c'était notre partie, mais aussi les enjeux carbone et les enjeux de la ressource. L'objectif, c'était de vraiment améliorer les prochains projets immobiliers qui seraient proposés par M+M mais aussi par leur écosystème, parce que c'est une démarche qui est totalement participative, collaborative. Ils ont même invité certains de leurs concurrents, donc c'est quand même génial. Et l'idée, c'est que tout le monde aille de l'avant, vers des solutions beaucoup moins impactantes sur tous ces sujets.
- SG
Plus de coopérations ensemble. Et du coup, par exemple, je ne sais pas, il y avait quoi ? Est-ce que après les ateliers, est-ce que les gens finalement repartent en disant OK, c'est bien gentil, mais moi, oi je n'ai pas les moyens ? Ou voilà, je suis trop loin du sujet. C'était quoi les premiers retours ?
- LT
Les premiers retours, alors un petit peu comme ce que disait Franck tout à l'heure sur les enjeux carbone ou ressources, il y a déjà des démarches, ça a déjà légiféré sur ces sujets-là. Donc, les personnes étaient, on va dire, moins déconnectées. Par contre, sur tout ce qui est biodiversité, effectivement, on partait encore de loin. Pourquoi ramener de la nature sur des projets immobiliers ? Pourquoi ramener de la nature en ville ? Quel est l'intérêt ? Enfin, voilà, donc, il a fallu faire un petit peu de pédagogie là-dessus, mais au final, on se rend compte que les gens ne sont pas si loin et qu'en plus, ils avaient le besoin. Certains se disaient "on n'a pas les compétences, on n'a pas les connaissances pour répondre à ces questions dans nos projets". Et nous, du coup, on avait la réponse, puisque les associations qu'on côtoie de l'autre côté peuvent apporter des réponses à ces entreprises. Donc c'est là où, encore une fois, le lien est possible.
- SG
Alors moi, je vais prendre mon exemple, parce que du coup, on va dire que j'ai une toute petite PME, TPE, mais via le Poids du Vivant. J'ai été intéressé sur mon territoire, il y a le CRBA, qui est de la botanique appliquée. C'est vrai que c'est intéressant, moi j'ai trouvé intéressant grâce à vous d'avoir fait la visite à Charly, donc à côté de chez moi, de gens qui récupèrent des graines, qui plantent des plantes, on peut dire, ou des légumes en fait, qui viennent du monde entier pour les tester, pour voir comment ils s'acclimatent pour après, finalement, faire une sélection et ensuite donner ses graines aux agriculteurs du territoire. Bon, voilà, j'ai trouvé ça juste incroyable. Et du coup, c'est vrai qu'en fait, il y a plein de choses à côté de chez soi, finalement, qu'on ne connaît pas. Bon, voilà, moi, je prends mon exemple, mais peut-être qu'il y en a d'autres. Peut-être que Laurent, tu as peut-être un...
- LC
Alors je n'ai pas d'exemple directement, mais d'après ce que je comprends là, sur ce que tu dis, entre ce que nous disait Franck sur le rapport à l'intuition, le départ de la CEC, votre rencontre, la consolidation d'une offre de fundraising, accompagnement au mécénat pour rapprocher ces deux mondes. Vous avez fait monter en maturité le modèle. Et pour vous, aujourd'hui, le mécénat, c'est une démarche. Je ne sais pas si c'est une cerise ou le gâteau, ça, c'est à vous de me le dire. Mais c'est une démarche, un levier. Mais il y a aussi une ambition culturelle d'accompagnement, d'acculturation, tu disais sensibiliser. Et votre offre, elle est un peu plus large que juste la facilitation de sélection d'associations d'un côté et de faire matcher.
- FC
Effectivement, à la base, notre démarche était d'apporter une solution aux entreprises qui souhaitaient agir. Et plus on avançait, plus on se rendait compte qu'avant d'apporter une solution, il fallait expliquer le problème. Parce que le problème est totalement inconnu des entreprises, mais si j'élargis, totalement inconnu du grand public. L'individu lambda ignore totalement les problèmes qui nous entourent, les problèmes de biodiversité qui peuvent nous entourer. Donc, avant de parler de mécénat, il fallait commencer par expliquer le problème. Et puis, l'autre chose qu'on ne souhaitait pas non plus, c'est que les gens pour se débarrasser du problème de la biodiversité fassent un chèque en disant j'ai fait mon action, salut. Donc, on a transformé notre action du Poids du Vivant pour prendre ce que je disais tout à l'heure, les entreprises par la main en disant bon, on va vous accompagner sur le B.A.B.A. sur le début. Vous expliquez pourquoi il y a un problème, faire intervenir certains des experts qui peuvent y avoir dans nos associations pour venir vous expliquer. Une fois que vous aurez compris le problème, vous aurez probablement, certainement envie d'agir. Et à partir du moment où vous allez avoir envie d'agir, vous allez comprendre qu'il faut peut-être changer deux, trois choses dans votre business model. Vous allez peut-être comprendre qu'il faut changer deux, trois choses dans la vie de votre entreprise, dans le fonctionnement que vous avez avec vos employés. Vous allez peut-être mettre en place deux, trois choses autour de chez vous, c'est-à-dire arrêter peut-être de tondre votre gazon pour qu'il soit super vert et super beau avec plein de pesticides dedans, produits chimiques pour supprimer les chardons. Vous allez peut-être mettre en place un ou deux nichoirs. Vous allez peut-être mettre en place une ruche, ce qui sera un bon moyen pour nous de vous expliquer ce que c'est que la biodiversité. Et quand vous aurez compris tout ça, c'est-à-dire quand vous serez enfin sensibilisés, que vous aurez compris les problèmes de notre planète, et que vous aurez compris que la plupart de ces problèmes sont au-delà de votre clôture, au-delà souvent de nos frontières, vous comprendrez que ceux qui savent très bien faire ça, ça s'appelle des associations. Et c'est là où nous, la solution de base, à la base pourquoi on a créé le Poids du Vivant, existe. Et le mécénat vous permettra d'agir sur ces projets très importants pour nous tous.
- SG
Du coup, si je rebondis, c'est là où vous avez fait évoluer votre offre quand même. Parce qu'il y a un an, quand on en discutait, c'était je vais mettre en place un système. Finalement, je vais financer des associations et mettre en place un système fiscal qui est finalement intéressant. Parce qu'on défiscalise à 60% quand on investit dans le Poids du Vivant. Et en fait, vous vous êtes rendu compte que finalement les entreprises il n'y en a pas beaucoup qui venaient au final du coup vous avez quand même modulé votre offre en disant il faut qu'on les accompagne dès le départ.
- FC
C'est ça : il faut qu'on explique le problème voilà,
- SG
Donc c'est les 4 étapes qu'on a mises en place avant d'en arriver au mécénat ça veut dire que quand on vous appelle Laurent tu prends les choses du point de départ et tu fais le lien.
- LT
Tout à fait, là maintenant et d'ailleurs on commence à avoir des interventions en entreprise. On ne commence pas directement par vous voulez financer quel assaut et pour combien. On se déplace, on vient expliquer les enjeux, présenter plusieurs assos, plusieurs thématiques, et c'est là où c'est intéressant au final, parce qu'il y a une relation qui s'instaure, et un accompagnement qui est vraiment complet. Et voilà, nous on a à cœur de développer cette partie-là. Effectivement, on pensait peut-être un peu naïvement que les entreprises allaient se bousculer au portillon, en se disant c'est cool, on peut faire du mécénat facilement. Bon, on était peut-être un peu naïfs, mais ça nous a fait grandir, et c'est très bien, puisque maintenant, je pense qu'on a vraiment un accompagnement qui correspond à ce que les entreprises peuvent avoir besoin. Et ça nous permet aussi à nous de faire passer des messages, de faire du lien avec d'autres structures. Demain, on peut renvoyer des entreprises à aller faire la CEC ou des programmes d'accompagnement pour améliorer leurs pratiques. Voilà, ça, c'est des choses qu'on ne fera pas, mais on peut initier. On peut mettre aussi en relation les entreprises avec ce type d'acteurs. Donc, je pense qu'on est encore mieux placé. En tout cas, on occupe une meilleure place pour aborder les sujets biodiversité en entreprise.
- SG
Si je rebondis, parce que je l'ai connu avec Franck, il y a aussi la problématique de l'embarquement. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a embarqué le dirigeant, voire le Codir, en fait, il va embarquer toute l'entreprise. Donc, il y a aussi tout ça à apporter à l'entreprise. Ce n'est pas juste, je fais du mécénat, comme tu dis Franck, j'ai fait un chèque. Non, il faut aussi donner du sens à tout le monde, en fait. Parce que le dirigeant, il est aussi challengé par ses collaborateurs sur ça.
- LT
C'est en ça que le lien avec les associations va apporter de la crédibilité à l'engagement du chef d'entreprise. Donc on va faire intervenir une association qui va présenter les enjeux aux salariés. On va faire participer les salariés aussi. Ça, c'est des choses qu'on commence à mettre en place. On va dire le chef d'entreprise ou le Codir vont sélectionner une thématique. Et nous, on arrive, on présente quelques associations et c'est les salariés qui vont voter. Donc il y a une implication. Et du coup, les choses se passent bien plus naturellement. Et puis, les échanges, justement, sur ces choix, sur ce qui parle au cœur un peu des personnes, du dirigeant, c'est vraiment satisfaisant.
- SG
Et alors, je rebondis parce qu'à côté de nous, il y a Carmen. Elle n'a pas de micro, mais dans votre équipe, vous êtes quand même trois. Voilà. Et justement, Carmen, elle rentre sur cette partie communication aussi parce qu'on se rend compte que souvent, les entreprises, elles ne valorisent pas leurs partenaires. Elles ne racontent pas ou mal l'histoire. Donc, vous apportez aussi ça quand même. Ce sujet-là.
- LT
Donc on apporte ça à l'entreprise et à l'association. Encore une fois, on se trouve entre les deux et c'est très bien puisqu'on aide des associations à communiquer sur leurs actions, chose qu'elles, pour certaines, font difficilement parce qu'elles n'ont pas forcément les compétences ou les moyens humains et financiers. Et puis après, on va voir l'entreprise en disant maintenant que vous avez fait un soutien, il faut en parler parce que c'est bien. Trop peu le font, donc on va vous aider à valoriser ce soutien et demain, ça va donner envie à d'autres de le faire. Donc, la boucle sera bouclée et l'objectif qui est d'apporter le plus possible de soutien aux acteurs de terrain va permettre de grandir grâce à cette communication autour d'initiatives positives.
- SG
Ok, on a donné l'exemple de M+M moi j'ai donné un exemple, il y en a peut-être d'autres.
- LT
Oui, on a Ruel Etiquettes, une entreprise pour le coup qui n'est pas du tout de notre secteur géographique. Donc, ça montre qu'on commence à être... à être vus et que l'initiative apporte une réelle solution, donc une entreprise de Poitiers qui a voulu soutenir une association, on a échangé avec eux, on a apporté une sélection d'associations, ils ont fait leur choix, ils ont soutenu une première association et on espère que d'autres vont suivre, qu'ils vont nous faire rencontrer des entreprises de leur écosystème aussi. C'est en ça que ça peut créer un cercle vertueux d'acteurs engagés. Puisque actuellement, M+M nous a invités à parler à son écosystème. Donc, on a fait plusieurs interventions. On espère que celles qui ont participé vont nous inviter à nouveau à parler à d'autres personnes de leurs écosystèmes propres. Demain, l'entreprise Ruel Etiquettes va peut-être faire pareil. Donc, voilà, je pense que ça peut faire effet boule de neige. Et demain, on espère qu'on sera débordés.
- FC
Je voulais rebondir sur ce qu'on apporte aux entreprises quand même. Quand on présente les associations, c'est-à-dire quand on est en amont, quand on a la présentation du problème, comme le disait Laurent, on va expliquer aussi ce que feront certaines assos. Et moi, franchement, là, je me place dans la peau du chef d'entreprise. J'ai découvert, on soutient aujourd'hui à peu près 70 associations avec tous des projets super intéressants, des sujets que j'ignorais totalement, qui sont passionnants. Et ça me déçoit d'avoir attendu 58 ans avant de découvrir tout ce qui peut être fait autour. Non, je ne l'ai fait pas, je sais. Mais il y a tellement de belles choses que l'on découvre dans ces assos, mais c'est inspirant, c'est de l'oxygène plein poumon, c'est des belles choses. Tu parlais tout simplement du CRBA, une asso qui va planter comme on a vu la semaine dernière, 170 espèces de poireaux venus du monde entier pour définir lesquels, comment ils vont vivre dans le temps, lesquelles seront les meilleurs à exploiter demain quand la température va remonter de quelques degrés en France, et suivant les climats, etc., quelle espèce de poireaux il faut planter. Franchement, le business derrière est zéro, ça ne gagne rien du tout. Donc, aucune entreprise ne va aller faire ça, pourtant c'est essentiel, et c'est le travail des assos. J'ai découvert aussi, puisqu'on va revenir sur La Ruche, j'ai pu découvrir qu'il y avait en France 1000 espèces d'abeilles. 10 000 ou 20 000 dans le monde, 1000 espèces d'abeilles. Pour moi, les abeilles, c'est tout pareil. C'est un gros paquet d'insectes. Non, il y en a 1000. Et quand on installe, sur ces mille, il y en a une seule qui vit dans les ruches, dans une petite maison. Donc, quand on met des ruches, c'est pour favoriser une espèce d'abeilles parmi 1000. Donc, ce n'est pas vraiment de la biodiversité puisqu'on défavorise toutes les autres. Donc, ça, j'ai découvert avec les assos. Et en gros, on aime bien dire « mettez une ruche » , ça nous permettra de vous expliquer en quoi ce n'est pas très intéressant. Puisque finalement, mettre une ruche chez soi, c'est pareil que j'aime bien faire l'analogie avec les oiseaux. Les populations d'oiseaux s'effondrent. Donc c'est comme si toutes les entreprises disaient « je vais mettre en place un poulailler dans mon entreprise pour lutter contre les effondrements de populations d'oiseaux. » C'est stupide ? Ben voilà. J'ai tout dit.
- SG
Mais ce n'est pas complètement stupide, parce que si tout le monde mettait une ruche, ça serait génial.
- FC
Mais non, c'est bien pour la pollinisation. Voilà, c'est ça.
- SG
Si on n'explique pas le sens, si on explique juste dire que c'est pour faire du miel, je suis bien d'accord avec toi. Mais quand même, globalement, si tout le monde mettait une ruche, ça serait incroyable.
- FC
Mais découvrir qu'il y a 1000 espèces d'abeilles, c'est formidable. Et quand tu découvres comment vivent ces abeilles, c'est une vie exceptionnelle qu'il y a à découvrir autour des abeilles. C'est rien que ça.
- SG
Mais c'est comme Stéphane Crozat qui nous parle des 10 000 sortes de blé, je crois. Bref, en fait, on se rend compte qu'il y a plein de vieilles plantes qui n'existent plus parce qu'on uniformise, on uniformise et on n'utilise plus que le riz. Enfin bref, c'est vrai qu'on est quand même très ignare sur notre nature.
- FC
Il nous expliquait la semaine dernière l'histoire des tomates. Aujourd'hui, on exploite celles qui produisent le mieux. Et donc, comme il nous disait, aujourd'hui, il vaut mieux boire un verre d'eau que manger trois tomates parce que c'est exactement la même quantité de produits nutritifs qu'il y a à l'intérieur. Alors qu'il y a des toutes petites tomates qui font nourrir beaucoup plus, mais qui n'intéresse personne parce qu'elles ne sont pas très lourdes, donc pas très chères à vendre.
- SG
Oui, c'est ça.
- FC
Voilà, ça je découvre avec le monde des assos.
- LC
Je vais filer la métaphore de l'essaimage ou de la puissance nutritive. Dans votre modèle du poids du vivant, c'est 100 % de ce qui est collecté qui est reversé aux assos.
- FC
C'est ça, ça c'est la base du business de notre schéma. Il y a eu quelques écueils il y a quelques années avec des associations où une bonne partie des dons allaient dans les poches qu'il ne fallait pas. Donc, dès le début, j'ai dit il faut qu'on change ça, il faut qu'on rassure les entreprises par rapport à ça. Donc, quand elles décident de verser à une asso pour un projet donné, 100 % de leurs dons va au projet donné. Effectivement, vous allez me poser la question comment ça marche, parce que par quel miracle j'ai fait en sorte qu'il n'y ait pas de charge. Moi-même, je suis mécène, mais je suis mécène d'une structure qui s'appelle le Poids de Vivant. Donc, les frais de fonctionnement du Poids de Vivant, c'est moi qui les prends en charge en tant que mécène. Et donc, c'est ce qui permet de faire en sorte que les dons aillent directement au projet choisi.
- LC
Ok. C'était important à préciser, je pense, parce qu'on dit tout le temps 60 % de dédi fiscal, mais ce qui se passe derrière, on ne sait jamais trop. Moi, j'avais une question, ça c'était la question quanti ; j'ai une question quali. Plusieurs fois, Laurent ou toi, Franck, vous avez parlé de territoire, d'écosystème et de choses comme ça. on sait que la biodiversité elle se joue à des échelles différentes. Est-ce que vous, vous avez un conseil à donner à l'entrepreneur qui viendrait toper à votre porte dans le parcours que vous lui proposez entre agir localement et mécéné globalement ? Je ne sais pas votre retour d'expérience là-dessus. Qu'est-ce qui fait plus le changement culturel, j'allais dire, et qui ancre les choses ?
- FC
Moi, je vais dire, il faut faire les deux. Il faut faire un peu de local justement pour avoir des assos qui peuvent venir présenter aux salariés et où les salariés peuvent éventuellement aller faire des visites. Donc pour montrer en vrai les actions mises en place. Et puis il faut, parce que tout ne se passe pas en bas de chez soi, il faut soutenir des actions un peu plus lointaines ou un peu plus difficiles, tel le plaidoyer. Typiquement le plaidoyer, il n'y a rien de sexy à vendre à ses salariés ou à ses clients. Mais il y en a besoin, c'est essentiel. Donc il faut soutenir ça. Et puis la destruction, encore une fois, notre façon de vivre d'occidentaux détruit la planète de l'autre côté, loin de nous. Donc quand on a pris conscience de ça, si on peut essayer de réparer ce qui se passe à l'autre bout de la planète, les déforestations, les destructions de paysages pour aller chercher du nickel, du lithium, etc. pour nos voitures, ce n'est pas en France, ce n'est pas en Europe qu'on récupère tout ça, c'est à l'autre bout de la planète. Et là, ça se passe avec des quantités de produits chimiques astronomiques qui se déversent tous dans les océans et qui détruisent la biodiversité de l'autre côté de la planète. Donc, il y a besoin d'agir localement et à distance, soit géographiquement, soit sur le thème notamment du plaidoyer.
- SG
Ok, alors si on termine, il va falloir qu'on termine, moi je vous aime bien, c'est vrai qu'on pourrait passer toute l'après-midi à échanger, mais si on se projette dans, allez, pas 10 ans, maintenant on ne peut plus, mais dans 5 ans, on vous invite dans 5 ans, comment vous saurez que le poids-vu du vivant a fonctionné ?
- FC
C'est pas compliqué.
- SG
Attention, vous allez parler performance globale, c'est ça le chiffre d'affaires ?
- FC
On va dire que, encore une fois, il y a 15 ans les problèmes du réchauffement climatique, de carbone et autres, on n'en parlait pas. Il y a 8 ans, les problèmes de pollution plastique, pollution des océans, etc., on n'en parlait pas. Et aujourd'hui, les problèmes de biodiversité, alors que ces deux sujets-là, aujourd'hui, sont dans la tête de tout le monde, le carbone, la pollution, le plastique et autres, tout le monde a compris qu'il y en a partout. Aujourd'hui, le sujet de la biodiversité, c'est dans la tête de pas grand monde. Donc, on se dit que dans 5 ou 10 ans, j'espérais plutôt 5 ans, ça sera comme tout le reste dans la tête de tout le monde et que tout le monde trouvera naturel d'agir, de chercher des solutions pour agir, pour préserver notre monde vivant autour de nous. Donc c'est comme ça que je vois les choses, moi, pour la suite. Et donc, dans 5 ans, on va se dire que le réflexe naturel sera de se dire, on souhaite agir pour la biodiversité et l'évidence, c'est de passer par le Poids du Vivant. Voilà, comme moi, j'espère les choses en tout cas.
- SG
En donnant du sens, c'est-à-dire que c'est quoi mon impact ? Mais ce n'est pas juste de donner de l'argent. Mon impact, c'est aussi de m'engager avec le cœur, tu l'as dit au départ.
- FC
Moi, je reste sur le cœur. C'est ce qui nous fait vivre. Donc, c'est une évidence que c'est le cœur qui doit agir en premier, qui doit réagir en premier.
- SG
Puis, soyons clairs, à un moment, si ça s'effondre, de toute façon, le porte-monnaie aussi, ça ne fonctionnera plus. il faut être clair.
- LT
Je me dis que si je n'ai plus rien à faire, c'est que soit que j'en ai vraiment mal, mais je ne pense pas. Ou alors, c'est que les entreprises ont compris et qu'elles vont naturellement vers les associations. En passant par la plateforme, puisque ça simplifie quand même grandement les choses. Mais voilà, si on n'a plus besoin d'expliquer le problème, on sera déjà bien mieux qu'aujourd'hui. Mais voilà, je pense qu'on aura toujours besoin d'accompagner les entreprises. Et j'espère que dans cinq ans, tous les jours, j'aurai des entreprises qui me contacteront, ou qui contacteront notre équipe pour aller faire des ateliers de sensibilisation, pour rencontrer des associations, aller voir sur le terrain ce qui se passe, ou alors des entreprises qu'on aurait accompagnées ces premières années et qui inviteraient d'autres entreprises pour montrer ce qu'ils ont fait, pour inspirer encore une fois et embarquer d'autres acteurs vers la préservation du vivant.
- SG
Aujourd'hui, c'est aussi un peu l'idée de ce podcast, c'est de dire à toutes les entreprises qui ont fait la Convention des Entreprises pour le climat, vous êtes soucieuse de ce sujet-là. Profitons-en, puisque le Poids du Vivant a aussi fait la CEC, si on parle en termes de communauté. Donc c'est aussi l'idée de donner un coup de pouce, soyons clairs. Laurent, pour finir, question ?
- LC
Je vous souhaite que dans cinq ans, du côté des associations, on ne dise plus les bénévoles, je l'entends de plus en plus dans l'ESS, et qu'on dise les militants. Et puis que du point de vue des entreprises, on ne dise plus uniquement les collaborateurs, mais qu'on dise aussi les militants. Je pense que le pas culturel, il sera bien avancé si on en est là. Et il y aura un but commun au service du vivant. Et c'est bien pour tout le monde.
- SG
Je termine toujours par une citation. Mais là, j'ai décidé de changer un petit peu. J'ai voulu prendre un peu de hauteur. Ce que vous nous racontez, ce n'est pas une histoire de perfection. Parce que souvent, on a l'impression qu'il faut être parfait. Ce n'est pas le cas. C'est déjà une histoire de premier pas. Je pense que vous, déjà, vous permettez de faire ce premier pas. Donc, il suffit d'appeler. Il suffit d'aller sur le site. Et après, l'entreprise, elle va être accompagnée. Et encore une fois, il y en a pour tous les budgets. J'allais dire, je fais l'article. Donc l'idée remettre le vivant au cœur d'entreprise, ce n'est pas un luxe. On voit bien que c'est vraiment une condition pour durer. Pour ceux qui pourraient se poser des questions, je veux dire, c'est maintenant ou jamais parce qu'après, il sera trop tard. Donc en tout cas, merci Franck. Merci Laurent. Et je terminerai par une question plutôt qu'une citation. La question n'est pas : est-ce que je peux agir, mais simplement par où je commence. Et je pense que vous êtes là pour aider les gens à commencer. Donc merci en tout cas. A bientôt.
- FC
Merci Stéphane.