- SG
Bonjour, bienvenue sur Échos de Territoires, le podcast inspirant de la Convention des Entreprises pour le Climat, qui donne la parole aux acteurs engagés et passionnés qui construisent l'économie régénérative de demain. Je suis Stéphane Gonzalez, alumni de la promotion 2023, et je vous emmène sur les territoires de Rhône-Alpes à la rencontre de dirigeantes et de dirigeants qui contribuent à dessiner les contours d'un avenir durable. Alors aujourd'hui, j'ai un peu la pression, pour être honnête, puisque dans le cadre de la journée embarquement Tenir le Cap, je vous propose un épisode un peu spécial avec quelqu'un d'un peu spécial. Alors là, j'ai envie un peu d'oublier la vitrine CEC. J'ai envie de passer dans les coulisses, les vraies, celles où il y a des doutes, il y a des galères, des moments de solitude, mais aussi des grandes joies, des surprises, et puis quelques anecdotes. Donc j'espère qu'on va en avoir. Et pour ça, j'ai la chance d'accueillir quelqu'un qui connaît bien ces coulisses, qui les connaît, j'ai envie de dire, même mieux que personne, le fondateur de la CEC lui-même, un Stéphanois d'origine, première indiscrétion. qui a réussi à embarquer des centaines de dirigeants dans une aventure assez folle. Et pourtant, nous ne sommes pas en 1976. Et ce fondateur, c'est bien entendu Eric Duverger. Eric, salut.
- ED
Bonjour, salut Stéphane.
- SG
je commence un peu dur, mais je me dis que pour poser les bases, un Stéphanois invité par un Lyonnais pour parler coopération territoriale, ça commence pas mal, non ?
- ED
Ouais, non, je pense qu'on part sur des bonnes bases !
- SG
Bon, alors moi, ce que j'ai envie, c'est quelque part, c'est que tu nous racontes un peu l'envers du décor. Pas vraiment celle où on te voit sur scène ou dans les médias, mais plutôt cette vie intérieure. Et du coup, je me suis mis, tu vois, j'ai fait le bon élève. J'ai mis une question un peu fil rouge qui est comment une intuition personnelle devient-elle un mouvement collectif capable de transformer l'économie sans perdre son âme en chemin ? Ça m'intéresse aussi d'entendre ça.
- ED
J'ai bien envie d'essayer de répondre à cette question avec toi.
- SG
Bon, alors déjà, tu es qui Éric ?
- ED
Écoute, moi, je suis quelqu'un de tout à fait, j'allais dire, normal. En tout cas, juste un citoyen qui a eu l'occasion de découvrir le monde de l'entreprise. Je suis fils de prof, j'ai grandi dans la banlieue de Saint-Etienne. A priori, rien ne me destinait a travailler dans le monde de l'entreprise, puis ensuite à lancer la CEC. Ce que je dirais, c'est que j'ai eu la chance de passer une vingtaine d'années chez Michelin, après des études d'école de commerce. Ce qui est bien, c'est qu'on fait des carrières très variées chez Michelin. J'étais dans à peu près toutes les fonctions corporate, que ce soit le marketing, la finance, la stratégie, un peu de richesses humaines. Et puis dans différents pays aussi. C'est aussi pour ça que j'avais choisi Michelin au départ. Notamment, peut-être, ce qui m'a marqué, c'est que j'ai travaillé une dizaine d'années en France, mais aussi six ans au total aux États-Unis. Deux fois, au tout début de ma carrière. Et puis, c'était mon dernier job chez Michelin. Et j'ai passé quatre ans au Mexique aussi pour Michelin. Et donc, quelque part, je suis très français. Je pense dans comment je pense. Mais j'ai appris beaucoup de choses aux Etats-Unis sur le côté pragmatique, avancé, sur le sens du business. Et j'ai appris beaucoup de choses au Mexique aussi, notamment au niveau humain, collectif, un peu cette vibration, le carigno des Mexicains. Sur le côté tête-coeur-corps, peut-être que j'ai le corps d'entrepreneur américain, le côté cœur mexicain et puis la tête, peut-être, la philosophie française. C'est peut-être ça ce que je suis aujourd'hui.
- SG
Déjà, je vois qu'on a un point commun parce que moi aussi, ma mère était prof. Ça commence bien. C'est quand le déclic ? Quand est-ce que la CEC apparaît pour toi ?
- ED
Alors comment elle apparaît ? Je comprends jamais vraiment. Je suis encore surpris des fois parce que je me dis mais qu'est-ce que je fais là, alors que j'étais vraiment tranquillement sur un chemin de carrière tout tracé chez Michelin. On rentre souvent dans cette entreprise comme on entre en religion. Je pensais que j'étais parti et tous les gens dans mon entourage pensaient que j'étais parti pour 40 ans de carrière. J'allais dire tranquillement. Ce n'est pas si tranquille parce que je bougeais beaucoup. Et puis, dans un grand groupe, il y a des questionnements, il y a des jeux politiques aussi. Il y a plein d'enjeux, mais effectivement, j'ai eu un moment un peu de bascule ou de rupture qui est venu avec le Covid quand même. Donc, c'est en 2020 et un moment très soudain parce que je me souviens exactement du moment. J'étais quelque part dans un couloir des bureaux de Michelin États-Unis le 15 mars 2020 où j'ai eu un choc en me disant non, mais ce n'est pas possible. Il faut que je fasse quelque chose. J'ai vraiment eu ma prise de conscience que la trajectoire pour laquelle je travaillais dans mon entreprise était, pour moi, ça m'a choqué à des années-lumières de ce qu'il faudrait faire si on devait revenir dans une économie raisonnable, raisonnée. Je me suis dit, on va dans le mur, quoi. Parce que j'étais dans une belle boîte, assez engagée sur ces sujets, et je me suis rendu compte que quand même, on traçait une ligne rectiligne de croissance, de toujours plus, et très très loin, au fond de moi, ce que je sentais qu'on devait faire. Si on redevenait raisonnable.
- SG
Au fond de toi, ça veut dire que tu avais déjà cette maturité ?
- ED
C'était une intuition. Depuis, avec la CEC, on peut se former. Mais je ne connaissais rien au monde de la transition. J'avais juste écouté quelques podcasts. Mais cette intuition, elle m'a percutée. C'est à la fois très soudain et en même temps, je crois beaucoup à cette phrase qui dit « Quand l'élève est prêt, le maître apparaît ». Donc, je crois que j'étais prêt, quelque part. Et c'est aussi un long processus. J'avais beaucoup lu sur le leadership, sur plein de sujets. Je me questionnais quand même. Et donc, j'étais peut-être prêt. Mais à un moment donné, j'ai pris ma claque comme ça. Et ce qui est chouette pour moi, j'ai eu la chance, c'est qu'on parle souvent de la théorie du U, c'est-à-dire descendre vraiment dans la prise de conscience et un peu faire son deuil de quelque chose, un peu pour remonter dans l'élan de l'action. Et moi, ça s'est passé en une demi-seconde. Au moment où je me suis dit, il y a un gros problème,t out de suite, je me suis dit, bon, qu'est-ce que je peux faire ?
- SG
C'est Néo, c'est l'élu, tu sais, c'est celui qui prend la pilule bleue. Et alors, ça ressemble à quoi au début dans ta tête, la CEC ?
- ED
Alors au début, il y a eu une phase de maturation entre ce moment-là, donc au mois de mars, le flash où il faut faire quelque chose. Là, je ne savais pas ce que ce serait. Je savais juste que je ne pourrais pas continuer comme avant. Et je savais aussi que ce que je veux, moi, c'est d'avoir le plus grand impact possible. En me disant il faut qu'on trouve des dispositifs, une méthode, parce qu'on n'a plus beaucoup de temps. Et donc, il faut viser grand, viser grand, viser très collectif, viser bascule. Et pour autant, je pense être assez humble ou assez modeste. Enfin, en ayant grandi à Saint-Etienne, j'ai jamais voulu un grand destin. Ce que je veux dire, c'est quand je dis que je suis quelqu'un de normal, Voilà, je n'ai pas eu des exemples héroïques dans ma famille ou autre, simplement faire ce qui est bien. Mais là, sur ce sujet-là, il y a un peu cette intuition que j'avais de dire il faut qu'on vise quelque chose qui puisse être un mouvement, qui puisse provoquer... Enfin, il faut qu'on se regroupe, il faut qu'il se passe quelque chose de grand. Ça ne va pas être des petits changements à la marge. Donc voilà, j'ai eu cette intuition-là et puis j'ai cherché pendant à peu près trois mois. Et puis à l'époque, il y a eu, aussi un autre choc que j'ai eu, qui était la présentation des propositions des citoyens, de la Convention citoyenne pour le client. 650 citoyens, c'était Cyril Dion à l'époque, qui arrivait au CESE à Paris avec une standing ovation. Il a pleuré en disant, voilà, vous avez fait un travail incroyable, vous les citoyens, on n'y croyait pas. Et ça, ça m'a marqué moi aussi. J'étais devant mon Facebook, j'étais aux Etats-Unis, j'ai vu ça. Je me suis dit, tiens, il s'est passé quelque chose d'un peu de transcendant, sur ses citoyens. Et quelques jours plus tard, je me suis dit, mais et si on faisait la même chose avec des dirigeants d'entreprise ? C'était ça le point de départ de l'idée. J'avais le 06 de Cyril Dion. Je lui ai envoyé un message en disant, on devrait faire une Convention des Entreprises pour le Climat, une CEC, parce que les entreprises, il faut qu'elles se bougent. Et il m'a juste répondu : "c'est pas une mauvaise idée". Et ça, pour moi, je me suis dit, c'est le grand signal qui faut qu'elle existe. Et voilà, ça a été mon point de départ. et après... Tout le reste a été une partie d'échec pour essayer de traduire cette intuition de départ.
- SG
D'accord, c'est marrant, c'est le deuxième point commun, parce que moi, j'ai fait ma bascule après le film « Demain » . Donc, Cyril Dion, si tu nous écoutes ! Bon, alors, OK, donc tu démarres, mais comment tu fais avec tes petits bras musclés ? Tu appelles des gens ? Tu mobilises qui ? Alors,
- ED
j'avais lu un livre qui s'appelle « Fierce Conversations » quand j'étais aux États-Unis, qui était sur l'idée qu'en fait, on peut, ce n'était pas forcément changer le monde, mais en tout cas, on peut réaliser de grands projets, une conversation après l'autre.
- SG
D'accord.
- ED
Mais une conversation profonde après l'autre. Donc, il y avait vraiment cette idée d'arriver avec les gens à toucher quelque chose de l'élan, créer une alliance pour essayer de mettre en mouvement un collectif et donc d'essayer de convaincre. En fait, quand on a un rêve, donc j'avais ce rêve, j'avais écrit l'histoire de la CEC, j'avais projeté sur 10 ans, donc sur une page. Je dis voilà la CEC en 2030, voilà ce qu'elle a réussi à faire. Là, on est à l'été 2020. Et avec ce document d'une page, je l'ai envoyé à plein de gens en disant il faut qu'on parle. Et mon idée, c'était : je vais me renseigner, savoir si c'est une fausse bonne idée, cette CEC, ou est-ce que c'est une vraie bonne idée. Et petit à petit, essayer de trouver des bonnes fées. Et donc, une conversation après l'autre. Et ça a vraiment été ça. Par exemple, une des premières personnes à qui j'ai parlé, c'est Jean-Pierre Goux, et depuis, c'est devenu un ami. Mais j'ai parlé aussi à ce moment-là avec Fabrice Bonnifet, avec qui maintenant je gère dans des conseils d'administration.
- SG
Du coup, pour le petit entrepreneur que je suis, qui a un réseau local, ça veut dire que tu avais quand même un réseau déjà là, prêt à activer ? Ou tu as dû chercher ?
- ED
Je n'avais pas beaucoup de réseaux, parce que c'est ça un petit peu le petit miracle. C'est que je revenais des États-Unis, j'avais travaillé tout le temps chez Michelin. Je n'étais même pas sur LinkedIn, par exemple. Je n'ai jamais été sur Instagramm. D'accord. Et j'ai appelé mon réseau. Alors, c'est vrai, des copains, des cousins. J'ai fait vraiment tout ce que je pouvais, mais avec un tout petit réseau au départ. Mais vraiment, je suis allé à Paris aussi, dans des événements où j'arrivais avec mon petit texte. Mais à peu près, quand je me suis lancé, c'était en fin août 2020, et le moment où la CEC est sortie du bois avec un communiqué de presse, c'était au mois de décembre. Donc il y a eu, je dirais, une centaine de jours. Et à peu près, j'ai calculé, j'ai parlé à 180 personnes. J'ai pitché. Alors là, j'ai beaucoup, beaucoup pitché la CEC. Il y a plein de gens qui m'ont dit, non, mais ce n'est pas une bonne idée. Il y a déjà plein de choses qui existent. Franchement, ça ne marchera pas. Les entreprises, et puis, ce n'est pas la même chose. Mais il y a aussi des gens qui ont dit « Ok, je te donne un coup de main » . Il y en a, je pense, qui disaient que j'étais complètement fou, mais ils ne voulaient pas dire un non. Et puis, il y en a quelques-uns qui m'ont vraiment aidé. Et puis, il y a eu 5-6 personnes qui ont dit, qui avaient un peu de temps, qui ont dit « Si tu lances ça, je pourrais être dans l'équipe de départ. » Donc, en décembre, il y a eu un double mouvement. Il y a eu 6 autres personnes; on a créé une équipe. J'étais un peu seul au début et on a été un peu cofondé le mouvement. Et puis, on a fait, si tu veux savoir les coulisses, normalement, c'est les coulisses. On n'a jamais parlé. On a fait un communiqué de presse. Personne ne me connaît. Je n'avais pas de contact journaliste. On lance un communiqué de presse dans la nature. En gros, le 20 décembre, en disant, si vous êtes dirigeant d'entreprise, vous avez entendu parler de la Convention citoyenne. Vous n'avez pas été tiré au sort. Mais là, il y a la Convention des entreprises pour le climat. Donc, vous pouvez vous engager. Et inscrivez-vous là. Et là, c'est avec mon voisin dans le village où j'habite actuellement en Auvergne, Sébastien. On avait créé un site, mais vraiment en deux heures, dans son garage, vraiment. Et en disant, on ne sait jamais, on avait créé un lien de préinscription, si vous êtes intéressé par la CEC. Et là, c'était les vacances. Il y a eu juste deux journalistes, Juliette Noël et une journaliste de Novethic, qui ont repris le communiqué de presse. Et Jean-Marc Jancovici a fait sur sa page Facebook en disant tiens, il y a peut-être un truc. On va regarder ça. Il n'y croyait pas trop mais bon, il avait fait un petit article dessus. Et là, je pars en vacances, les vacances de Noël et tout. Et mon voisin m'appelle et me dit, ouais Eric, je crois qu'on a un problème. Il y a en fait, on a déjà 85 candidatures en 6 jours. Sur le site, il y a des gens qui étaient venus. Ce n'étaient pas tous des dirigeants, ce n'étaient pas que des candidatures qualifiées. Mais il y avait un petit phénomène d'engouement. Il n'y a pas beaucoup de gens qui avaient entendu parler de ça. Donc, il y avait un appel. Et c'était quoi cet appel ? C'était vraiment des entrepreneuses, des entrepreneurs qui se sont dit, tiens, il y a peut-être un endroit là où je peux apporter quelque chose à plus grand que moi en tant qu'entrepreneur. Donc, je me suis dit, c'est là où je me suis dit, "c'est là l'effet Wahou ? Non, c'est l'effet, : Merde, en fait, il va vraiment falloir faire une Convention des Entreprises pour le Climat, sachant que je n'avais aucune expérience d'événementiel et que dans l'équipe, on n'avait jamais fait un truc comme ça. Donc, c'est là où je commençais à mal dormir à partir de ce moment-là.
- SG
C'est là où tu te dis, j'ai peut-être pris quelque chose qui va être plus gros que moi.
- ED
Oui, là, surtout, je savais que c'était plus gros que moi. Et là, oui, j'ai vraiment mal dormi pendant deux ans. Puisqu'il y a eu à peu près un an de préparation, huit mois de préparation. Mais après, organiser six événements de deux jours, quand tu n'as jamais fait ça. Pour 300 personnes, puisque c'était 150 fois 2. Franchement, c'était complètement insensé, déraisonnable. Et donc, ça a été énormément de boulot. Et aussi une charge mentale que je n'étais pas du tout prêt à assumer. Donc, ça m'a quand même fortifié. Mais c'était quand même risqué.
- SG
Ce que j'ai bien écouté ce matin, c'est vrai qu'il y a eu une intention. Finalement, tu allumes une mèche. Il y a Jean-Claude Fissi qui, l'air de rien, propulse le truc. Parce que quand même, là, tu as un influenceur de choix. Et après, j'imagine quand même que tu as des ambassadeurs qui t'ont aidé, parce que dans la première, il y a quand même des entreprises de poids.
- ED
Oui, alors après, c'est là aussi le moment un peu miraculeux. C'est que, et puis là, aujourd'hui, on est à Lyon. C'est que les trois premiers mois, dans ces candidatures, on a réussi aussi à attirer certaines locomotives. Comme par exemple Antoine Raymond, un dirigeant grenoblois d'une boîte de 2 milliards. Il y a eu Christophe Martin, PDG de Renault Trucks, mais plein d'autres, plein d'autres. Puis des boîtes comme Expansion, Mustela, Sophie qui s'est impliquée. On a recruté aussi beaucoup de femmes dirigeantes. On a voulu à un moment donné dire il y aura moitié-moitié. On n'est pas arrivé à la fin, mais donc on a actionné beaucoup, beaucoup de réseaux. Et il y a eu un phénomène où vraiment les têtes d'affiches et ces premiers logos, ces premiers visages, il y en a qui se sont dit « Ah, mais j'ai envie d'y être en fait, je vais rencontrer plein de gens super » . Et donc, c'est le moment où la mèche, les dominants ont commencé à tomber. Et là aussi, je me souviens quand on a lancé la deuxième vague, donc c'était des vagues de 30 entreprises par 30 entreprises, surtout avec 60 entreprises. Et là, j'ai regardé le panel des dirigeants qu'il y avait là, les logos qu'il y avait là. Ça représentait déjà une vingtaine de milliards de chiffres d'affaires. Je me suis dit, ah, mais là, ça se trouve, il va se passer quelque chose de ouf. Je me suis dit, là, vraiment, c'est là où j'ai cru en ma propre idée. parce que avant c'était plutôt théorique et là aussi j'ai encore repris peur en me disant mais il va falloir être à la hauteur du temps et de la confiance que vont faire ces gens là quand ils vont monter sur Paris je ne vais pas vouloir faire un truc nul et donc voilà c'était le deuxième moment où j'ai commencé à re mal dormir.
- SG
Bon là du coup ça prend finalement, tu t'accroches j'allais dire, un peu comment elle évolue cette posture en fait ? Parce que finalement tu passes d'inconnu à quelque part du coup quelqu'un qui est quand même dans la lumière non ?
- ED
Il y a quand même déjà le passage du je au nous parce que ce qui est génial avec la CEC c'est que chaque événement c'est quand même gros à organiser, il faut être multi-compétence Le gros enjeu, c'était quand même de s'entourer des bonnes personnes, des bonnes compétences, de la force de travail aussi, pour être à la hauteur de l'événement. Et c'est vrai que là, j'ai fait appel à d'autres qualités qui étaient de bien s'entourer, de savoir aussi mettre la lumière sur d'autres et de faire aussi que chacun, tous ceux qui sont venus au départ, on a terminé la première CEC, on était 130 bénévoles au total pour mettre ça en œuvre, puissent se dire, tiens, c'est aussi mon projet, je vais donner ça, je vais donner le meilleur de moi-même. Et l'enjeu devenait pour moi d'être manager, en tout cas d'arriver à donner le lient, le sens, et de tenir le collectif organisateur. Donc ça, c'était, je dirais, le premier enjeu. Et aussi de savoir prendre des décisions, parce qu'il a fallu prendre des centaines de décisions. on n'avait pas beaucoup d'argent, mais quand même au niveau financier, puis décider des lieux, décider des intervenants, c'est beaucoup, beaucoup de petites décisions qui, combinées ensemble, font qu'on réussit ou pas un événement. Donc, aussi, arriver à prendre des décisions et tenir le collectif, c'était quand même des lignes de crête. Là aussi, ça a été hyper apprenant pour moi, mais il y avait aussi ce facteur humain qui est très différent quand on est dans le monde associatif que dans l'entreprise. Parce que les salariés dans l'entreprise, en gros, ils suivent quand même ce qu'on leur dit. Et souvent, ils ne disent pas vraiment ce qu'ils pensent. Alors que dans une asso, ils disent d'abord ce qu'ils pensent. Et globalement, ils font un petit peu selon leurs convictions. Donc, à l'ordre 1, je réponds indirectement à ta question. Mais quand même, le plus grand défi, ce n'était pas de prendre la lumière. C'était vraiment d'arriver à distribuer, à combiner les talents de cette équipe. Et sur la partie de ta question, qui était la partie d'être porte-parole, d'être en visibilité, c'est vrai que je n'avais pas eu de média training et je me suis retrouvé avec des entretiens journalistes. Je me suis retrouvé à la matinale de France Inter avec cinq minutes sans avoir de formation là-dessus. Et là, c'est peut-être une bonne fée, mais par exemple, sur ces moments-là... Je ne sais pas, j'arrivais à mobiliser, me concentrer et je pense arriver à tenir la barque alors que je me lançais vraiment dans le vide. Et j'ai découvert aussi les charmes de la presse écrite où tu parles pendant 40 minutes et ce qu'on retient, c'est la petite phrase et tout.
- SG
Moi, je ne coupe pas, ne t'inquiète pas. Donc,
- ED
Je ne citerai pas les journaux, mais tu te fais un peu piéger parfois. Donc voilà, c'était en accéléré. Et puis aussi le monde politique.
- SG
Oui, bien sûr.
- ED
Parce que le médiatique vient avec le politique, on voulait aussi avoir une résonance nationale, donc on partait d'un mouvement sans budget, sans légitimité. Alors on a créé un comité de pilotage avec des garants dont, je ne sais pas, le président de l'ADEME, dont le Shift Project. On avait créé quand même une certaine stature, mais au niveau politique, on ne voulait pas dépendre du gouvernement, mais on voulait quelque part être adoubé aussi. Donc on a eu assez rapidement des contacts à l'Élysée. Le ministre de la Transition, le ministre de l'Économie, est-ce que vous allez venir en session et gérer la venue d'un ministre ? En l'occurrence, c'était une ministre dans une session CEC. C'était au niveau protocole, organisation, l'agilité qu'il faut avoir. Là aussi, tu ne dors pas bien. Parce que ça change au dernier moment. En plus, il y avait le Covid à ce moment-là. Et donc, c'était ça aussi arriver dans le jeu politique. Maintenant, j'ai un peu mieux compris comment ça marche et puis comment tu te fais utiliser par les politiques, en fait. À l'époque, j'étais, et dans l'équipe, on était très naïfs, à la fois sur le médiatique et sur le politique.
- SG
Mais du coup, quand on voit ça de l'extérieur, on se dit, mais ce mec, il ne vient pas de nulle part, ce n'est pas possible. Il vient vraiment de nulle part. L'Auvergnat, finalement, le Stéphanois, en fait. Et c'est vrai que de l'extérieur, quand on est en province, entre guillemets, on peut se dire, je te l'ai dit d'ailleurs, tu te rappelles un coup au téléphone, c'est très parisien. Alors qu'en fait, ça part d'une intention, toi, tu es là. Et moi, ce que je trouve assez surprenant, je pense qu'il y a une histoire de récit quand même. Parce qu'en fait, la CEC, c'est joyeux quand même. Et en fait, de trouver le bon calibrage pour ne pas être punitif, pour embarquer les gens. Et on voit bien que la difficulté, c'est l'embarquement. Et je pense que là, c'est là où tu as été fort aussi. C'est aussi l'histoire du récit, aussi de tendre la main presque à tout le monde.
- ED
Oui, alors, deux choses. Ça, c'est des choses qu'on comprend tout au long du chemin, en ayant toutes ces conversations. Moi, je me suis imprégné de toutes ces conversations, de tous ces conseils d'amis, en fait. Le premier, c'est, pour moi, je crois, dans une écologie qui n'est pas jugeante. Tout le monde est bienvenu dans la CEC. Toute sincérité est bienvenue dans la CEC. D'ailleurs, je peux le dire là, on est contacté par Total, qui veut aider les dirigeants dans des parcours CEC. Et quand je suis passé sur France Inter, à la Terre au Carré, c'était d'ailleurs une question d'un auditeur. Mais si Total voulait venir dans la CEC, est-ce que vous feriez une place ? Et j'ai dit oui, si quelqu'un est prêt à consacrer 10-12 jours sincèrement pour travailler sur ses enjeux et produire une feuille de route publique qui va au-delà de ce qui a été déclaré, ben oui, on a besoin de ça pour faire bascule. On ne peut pas être jugeant. Ce n'est pas une petite minorité qui va réussir à faire la transition. Il va falloir embarquer largement, tendre la main, en sincérité. Évidemment, on fait toujours attention au greenwashing, très, très attention au greenwashing. Mais ce n'est pas, je l'ai toujours dit, la CEC n'est pas un bon plan pour faire du greenwashing, parce que ça coûte 12 jours d'agenda. C'est le bien le plus précieux pour un dirigeant. Donc, c'est un petit peu notre antidote, je dirais, contre le greenwashing. Le fait qu'il y ait un engagement de temps qui soit posée dans la CEC. Et ce fait d'être sur une écologie, une volonté transformée sans être jugeant, parce que personne n'est parfait, il n'y a pas d'entreprise parfaite, il n'y a pas d'être humain parfait. Dès qu'on respire, on émet du CO2. Je crois que ça, c'est quand même hyper important. Et d'ailleurs, pour réussir le pivot qui doit être réussi là maintenant, pour embarquer sur un récit national, il ne va pas falloir dire aux gens « Oh là là, soyez tous végétariens, oh là là, arrêtez de manger » . Il va falloir poser des valeurs positives, proposer justement de coopérer, de changer des modes de consommation, d'accéder à de l'intangible, quelque chose qui peut rendre les gens heureux. Donc il y a aussi ça, se réconcilier avec l'humanité qu'on a en nous. Et puis aussi, quand tu dis : 'oui, la CEC c'est joyeux', en même temps c'est très sérieux, c'est très grave. Et donc là, c'est vrai que je crois qu'on a besoin d'émotions pour se galvaniser. par rapport à ce qu'on doit faire. C'est dur de changer de paradigme. C'est dur de transformer une boîte. Donc, pour se galvaniser, on a besoin d'appeler des émotions. Je pense qu'on a vraiment besoin des deux. Des émotions du côté de la peur. Parce que si on ne se rend pas compte de ce qui se passe et d'où on peut aller, si on n'active pas la peur, finalement, on va faire un peu mieux. On va se motiver, mais on ne va pas se transcender. Et puis, pour durer, la peur, c'est plutôt l'énergie du sursaut. Et pour durer ensuite dans l'action, C'est vraiment dans l'émotion de joie, en fait, un peu d'exaltation, de réussir, comme une équipe de foot (je suis stéphanois !), mais qui arrive à bien jouer collectivement, arrive à marquer des buts, célébrer des victoires. Et c'est ça qui permet de se transcender collectivement. Et ça, c'est joyeux. Et en même temps, il faut naviguer entre les deux, la peur et la joie. Et si on redevient joyeux, c'est génial, on est en train de se transformer. Ça ne va pas le faire non plus. Il faut reconvoquer de temps en temps. Comme on parle de la claque à la CEC, c'est plein de mini-claques aussi. On en reprend de temps en temps parce que malheureusement, les courbes ne s'inversent pas. Donc, il faut aussi être très lucide par rapport à ce qui se passe.
- SG
Et là, si je rentre un peu plus dans le modèle économique, parce qu'on est parti d'une association finalement. Aujourd'hui, j'allais dire c'est moche 'une grosse machine'. C'est quand même quelque chose de plus important. C'est quoi le modèle économique de la CEC ? Parce que les gens se posent cette question parfois. Comment vit la CEC ?
- ED
C'est hyper important. Il faut savoir que la CEC a commencé sur une impulsion qui tenait en deux mots. C'était : tous bénévoles. Donc moi, j'ai commencé et c'est comme dans tout système. Il faut que je montre l'exemple. Donc moi, j'ai pris deux années sabbatiques de Michelin. J'avais encore la possibilité de revenir chez Michelin quand j'ai lancé la CEC. Comme je te disais, je ne savais pas du tout si c'était une bonne idée. donc je me suis dit un an pour essayer de documenter, de formaliser un projet. Et puis, si ça marche, cette idée de CEC, un an pour la dérouler. Puisque c'est ce qui s'est passé, en fait, puisque en septembre 2021, on a démarré la première CEC qui s'est terminée en septembre 2022. Donc, ça a duré deux ans. Là, moi, j'ai dit, je fais deux ans. Ce n'est pas du tout un exploit. Deux ans où je donne tout mon temps à 100% pour la planète ou pour la cause. Je pouvais le faire, parce que j'avais travaillé pendant 23 ans pour Michelin, parce que ma famille me soutenait. Donc, je ne veux pas du tout dire que c'était sacrificiel, mais je pouvais le faire et j'avais un filet de sécurité. Donc, parfois, on me dit, ouais, tu as été hyper courageux et tout. Non, non, il y a des gens qui sont beaucoup plus courageux que moi. C'était quand même calculé. Mais en tout cas, je pouvais le faire. Je n'avais pas du tout non plus donné de bénévolat pour l'intérêt général pendant 22 ans, où j'étais à fond pour Michelin, les enfants et tout. De toute façon, j'étais sous l'eau. Et donc là, voilà, c'était mon engagement. Après, on s'est rendu compte rapidement que si vous voulez rémunérer tous les gens qui travaillaient, 140 personnes autour de ça pour la com, etc. Si on se compare à la Convention citoyenne pour le climat, Macron a investi 5,5 millions d'euros pour organiser la Convention citoyenne, pour 150 citoyens. Nous, on a fait la première CEC, c'était juste finalement la nourriture et puis l'événementiel, pour 750 000 euros. C'est ça qui a coûté la première CEC. Donc vraiment, je dirais qu'on ne s'est pas mis une contrainte de budget parce que personne ne nous connaissait. Tu vas voir une fondation, on dit vous êtes qui ? On avait cinq slides PowerPoint. Donc on n'avait aucune chance. Si on avait voulu avoir le budget avant de se lancer, on ne l'aurait jamais eu. Donc on s'est lancé dans un acte un peu de générosité, tous bénévoles. Et c'était aussi se mettre tous sur un pied d'égalité. Là d'ailleurs, dans la CEC, on a huit salariés. On est tous sur le même niveau de salaire qui est assez modeste, mais qui est 20% en dessous de ce qui serait un salaire dans l'économie sociale et solidaire, qui est 20 % ou 30 % en dessous d'un salaire dans une entreprise normale. Donc l'échelle de salaire de la CEC à ISO responsabilité, c'est 50 % de moins. Mais on n'est que 8 à pouvoir être salariés aujourd'hui. Et après, on est aussi très égalitaire, puisqu'il y en a certains qui sont prestataires pour la CEC, un jour par semaine, deux jours par semaine sur une mission. Et le taux, c'est 350 euros par jour, qui est en gros trois fois moins que ce qu'il y aurait à ISO Responsabilité sur le marché. Donc, on fait tous un effort et c'est la même chose pour tout le monde. Au moins, il n'y a pas de sentiment d'injustice avec des échelles de salaire. Mais on a quand même des ressources, puisque petit à petit, on a organisé 30 parcours CEC. On n'aurait pas pu faire ça en mode tous bénévoles. C'était impossible. Donc, on a eu des dons, des cotisations d'entreprises participantes. En gros, ça représente aujourd'hui 60-70% des ressources de la CEC, qui au total, l'année dernière, se sont montées à 6 millions d'euros au total national. Et puis, on a eu des soutiens du Ministère de la Transition, de l'Office français de la biodiversité, qui trouve qu'on parle très bien des chefs de biodiversité, de l'ADEME, qui trouve qu'on parle très bien des changements de modèle économique, et puis de fondations sur des secteurs, par exemple sur le secteur agricole, et parfois aussi des organisations publiques. Par exemple, dans le Grand Est, la région a voulu qu'il y ait une CEC dans le Grand Est. Donc, en fait, on fait ce travail aussi de trouver d'autres ressources. Et puis enfin, maintenant, on fait appel aux mécénats depuis un an, parce que l'année dernière a été très, très difficile pour tout le secteur. Et donc là, on a demandé à des mécènes et je les remercie ici. Il y en a 99. Notre objectif, c'était 100. 99 mécènes qui ont dit on croit en vous et donc on met un ticket pour que la CEC puisse aller jusqu'au bout de son impact. Donc ça au total, ça nous fait notre mode de financement. C'est moins que ce qu'on voudrait, mais c'est ce qui nous permet quand même de faire des beaux événements, des beaux projets. Mais il y a encore beaucoup de forces bénévoles. Je pense à peu près la moitié de l'effort de compétence de la CEC est encore bénévole aujourd'hui. Justement, du coup, là, on est à une CEC Régionale, on parle de cordée. Moi, j'aimerais que tu me parles un peu de ces cordées, parce que maintenant, l'idée, c'est d'aller encore plus en profondeur sur notre territoire. C'est ça l'idée de la cordée ?
- SG
C'est vrai qu'on a beaucoup de gratitude par rapport à la région Rhône-Alpes, parce qu'il y a beaucoup d'innovations qui sont nées avec les alumnis, les entreprises en Rhône-Alpes. C'est la région en proportion où il y a le plus de dirigeants engagés et il y a un vrai maillage qui fait qu'il y a une force de transformation particulièrement puissante en Rhône-Alpes. Et donc les parcours coopération, l'idée c'était d'aller jusqu'au bout du geste de l'économie régénérative. C'est-à-dire qu'à l'ordre 1, on a besoin que les entreprises engagées aient une feuille de route à visée régénérative tout individuellement. Elles doivent montrer l'exemple, elles doivent tracer leur chemin et elles doivent trouver une pérennité économique en le faisant. Donc ça, on se dit, si on a 300 boîtes en Rhône-Alpes dont des grosses locomotives trouvent, vont vers leur visée régénérative, ça, ça provoque un mouvement d'ensemble. Mais ensuite, l'économie régénérative, elle est coopérative par définition. C'est-à-dire que typiquement, les déchets de l'un peuvent devenir les ressources de l'autre. Et puis, pour travailler, par exemple, un modèle circulaire, on a besoin de plein de partenaires. Pour transformer une chaîne de valeur, on a besoin de travailler avec ses fournisseurs. Avec ses clients, sa distribution. Et donc, tout ça nous a incités, quand je dis nous, c'est vraiment l'équipe Rhônalpes, à penser un parcours pour aller plus loin ou pour vraiment concrétiser des coopérations. Et donc, il y a des sujets, j'en prends un, la maison régénérative. Comment faire qu'on construise une maison régénérative ? C'est un sujet, il faut 18 corps de métier, il faut les architectes, les bâtisseurs, mais aussi les financeurs les mettre autour de la table, pour créer ce référentiel qui va être la maison de demain. Et ça, il n'y en a pas un qui a la solution. À 18, ils sont en train de chercher cette solution. Et ça, c'est une cordée de coopération sur le sujet de la maison régénérative.
- ED
C'est marrant parce que cette cordée, je ne sais pas s'il y en a plusieurs, elle est sur mon territoire. Donc, je la connais très, très bien. Enfin, il y en a peut-être plusieurs, mais en tous les cas, sur le sud-ouest lyonnais, il y a une cordée maison régénérative. Et c'est assez marrant d'ailleurs, parce qu'on a à la fois des artisans, on a à la fois des fonctionnaires. Enfin, on a tout type de gens qui travaillent sur ces sujets. C'est assez intéressant.
- SG
C'est très important parce que aussi, la théorie du changement de la CEC, si de miser à fond sur l'énergie des entrepreneurs et de se dire, il faut que les entreprises aillent à fond sur ce sujet et qu'elles entraînent, quelque part, les pouvoirs publics et les citoyens. Moi, je suis convaincu que si les entreprises ne sont pas à fond, on n'a aucune chance. Mais, là, dans ces projets de coopération, on peut justement embarquer des parties prenantes. Alors oui, les entreprises, c'est elles qui sont vraiment à la manœuvre, mais on peut avoir d'autres parties prenantes. Et les pouvoirs publics, les communautés de communes, par exemple, elles ont hyper envie de travailler sur ces sujets. Il y a beaucoup de gens dans le monde politique qui aimeraient mieux connaître le monde de l'entreprise. Donc, on essaye de casser aussi ces représentations. Puis, il y a des cordées où il y a des collectifs citoyens aussi. Donc, c'est ça qui est le plus chouette quand plein de parties prenantes différentes enlèvent un peu les étiquettes. Ah, les patrons. Et qu'en fait, on se retrouve les manches tous ensemble. Ça, c'est un projet de société qui est hyper enthousiasmant. Oui, le pas de côté, c'est très enthousiasmant. Faire le pas de côté et découvrir qu'en fait, il y a des pépites autour de chez soi. L'aventure est en bas de sa rue. Je trouve que la CEC, c'est aussi ça qui est intéressant.
- ED
C'est ça et c'est peut-être, on boucle une boucle en disant ça, mais je n'aurais jamais imaginé que la CEC aboutisse, et elle n'a peut-être pas encore abouti, mais en tout cas qu'elle puisse se traduire de cette manière-là par des coopérations très locales, très territoriales, très multi parties prenantes. Moi, mon idée de départ, c'était juste, il faut que les dirigeants se bougent ! Et donc, on va les mobiliser. Et je pensais qu'une CEC en France, ça allait faire le job. Je ne pensais pas qu'il y aurait tout ce boulot derrière. Là, on en est à 30 parcours CEC dans toute la France et on a encore énormément de boulot. Pour faire une bascule du monde économique, il va falloir encore bosser beaucoup plus fort. Et aussi d'ailleurs avec plein d'autres partenaires. La CEC est un catalyseur, mais il y a plein d'autres gens qui se mobilisent, plein d'autres assos aussi, mouvements qui se mobilisent. Donc jouer l'écosystème, je n'avais pas du tout conscience de ça. Mais c'est aussi un cadeau tout au long du chemin parce qu'on rencontre plein de monde. Mais c'est ça aussi cette idée que quand on part en navigation, on ne sait pas jusqu'où et comment à un moment donné ça va se traduire, mais l'intuition c'était ça servira à quelque chose.
- SG
L'intuition pour être aussi dans l'espérance, enfin bref on peut imaginer pas mal de choses comme ça. Alors moi je m'excuse, il y a du bruit autour mais bon on est en mode c'est l'embarquement.
- ED
Ça papote autour, c'est normal.
- SG
Et si on veut avancer un peu sur la fin de ce podcast, à quoi toi pour la suite ?
- ED
Moi, je vais jusqu'au bout de la raison d'être de la CEC, qui est de rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Donc une économie régénérative, c'est une économie où on peut se sentir bien comme entreprise ou comme collectif d'entreprise, parce qu'on sait qu'elle est à l'intérieur des lumières planétaires et qu'elle crée du lien social. Et c'est une économie, si on la fait tourner dans cet univers-là, qui crée du lien social et qui respecte les milieux planétaires, on sait que chaque génération va donner une planète en meilleur état à la génération future. Et donc, on peut être juste heureux de cette économie-là. Et je crois que c'est possible. Je pense que c'est un projet de société que faire que les activités humaines qui sont organisées dans les activités économiques, puissent se faire et qu'on se dise à chaque fois qu'on fait du chiffre d'affaires c'est bon pour les générations futures pour la nature et pour les liens humains. Et donc le rêve c'est qu'il y a un moment où il y ait des marqueurs assez clairs, ça peut être culturel dans des émissions économiques, ça peut être sur des journaux mais ça peut être aussi dans un changement culturel, c'est parfois aussi ringardisé d'anciens réflexes, des gens qui vont dire « Ouais, j'ai fait un gros chiffre d'affaires cette année » et qu'il y a des gens qui disent « Ouais, mais on s'en fout de ton chiffre d'affaires. Est-ce que tes employés sont heureux ? Est-ce que tes clients sont heureux ? » Et donc, le rêve, c'est d'aller jusqu'au bout de cette raison d'être et de sentir qu'en France, il y a une bascule qui se cristallise. Moi, j'ai la chance, je vais partout en France. Il y a plein de parcours. Je parle avec des dirigeants tous les jours. Et donc, je ne suis pas objectif parce que je suis dans le microcosme qui est vraiment fer de lance. Mais quand même, je sens un élargissement de notre bulle et je sens qu'il y a un mouvement qui se cristallise. Je parle de la France, parce qu'en France, on a un écosystème, on a aussi la fresque du climat, les shifters, l'économie sociale et solidaire, un tissu associatif qui est le plus vitalisé au monde. Et donc, finalement, le rêve de la CEC, c'est de faire ce qu'elle a dit qu'elle rêvait de faire et de tout mettre en œuvre. Et voilà, mon rêve, c'est, j'espère qu'on va sentir ça, qu'on va se dire à un moment donné. Alors... On ne va pas se dire, ah ça y est, c'est fait. Mais en tout cas, culturellement, ce dont on est fier comme entrepreneur, c'est quand on s'est inscrit dans cette visée régénérative. Et je sens qu'on va vivre ça, que je vais vivre ça de mon vivant. C'est le pari que je fais avec les auditeurs.
- SG
Il y a un mouvement de fond parce que là, évidemment, les gens vont revenir manger. Du coup, je pense que je vais être obligé de conclure alors que j'avais encore plein d'autres questions. Est-ce que toi, dernière question ? Cette aventure CEC, forcément, elle t'a changé ?
- ED
Moi, elle m'a tourneboulé. En même temps, je dirais qu'elle ne m'a pas forcément changé. Elle m'a peut-être juste permis d'être moi-même, de pouvoir aussi avoir un mouvement, une organisation à mon image, avec une culture, comment on prend les décisions dans la CEC, comment on s'écoute. Donc, on a une culture CEC qui est notre plus grande force, je pense, aujourd'hui. On sait partout en France, ça se matérialise un peu de manière différente. Mais moi, je sens la couleur CEC, la simplicité aussi qu'on essaye d'avoir en étant très pro. C'est ça, un peu cette ligne de crête. Et donc, ça, c'est moi ce que j'aime. J'ai créé finalement le bocal dans lequel j'aime circuler. Donc, la CEC ne m'a pas transformé. Peut-être qu'elle m'a juste permis de déployer mon potentiel. Voilà, ce qui était déjà en moi.
- SG
Merci Eric pour cette plongée dans les coulisses. Il y a un petit brouhaha derrière, j'espère que ce ne sera pas trop dommage pour le son. On voit que c'est une aventure collective, on voit que c'est une aventure humaine. Pour finir, j'ai pris une citation d'un footballeur, qui était philosophe, qui s'appelait Eric Cantona, alors il existe toujours, il était aussi un peu dingue, parce que ton aventure est quand même un peu dingue, soyons clairs, même si tu es quelqu'un de très posé, il faut quand même être un peu dingue pour lancer ça et qui a dit et tu auras 4 heures pour réfléchir après. "Quand les mouettes suivent le chalutier, c'est parce qu'elles pensent qu'on va jeter les sardines à la mer." Voilà, t'as 4 heures. En tout cas, merci.