- SG
Bonjour, bienvenue sur Échos de Territoires, le podcast inspirant de la Convention des Entreprises pour le Climat qui donne la parole à des acteurs engagés et passionnés qui construisent l'économie régénérative de demain. Je suis Stéphane Gonzalez, alumni de la promotion 2023, et je vous emmène sur les territoires de Rhône-Alpes à la rencontre de dirigeantes et de dirigeants qui contribuent à transformer très concrètement nos modèles économiques. Alors aujourd'hui, c'est un petit peu un épisode un peu particulier puisque nous sommes le 2 avril. Nous ne sommes pas le 1er mai, le 2 avril, donc ce n'est pas une blague. C'est une journée embarquement "Tenir le cap". Et pour ce podcast, pour cet épisode, on va parler télécom, on va parler téléphone, notre fameux précieux, celui qu'on ne lâche plus. Et pourtant, derrière ce secteur, il y a des enjeux majeurs, il y a des enjeux d'impact, il y a des enjeux d'usage de ressources, sobriété numérique, et puis aussi les choix de modèles économiques. Donc, est-ce qu'on peut vraiment faire autrement ? Et pour nous parler des télécoms autrement, on a le plaisir d'accueillir Marion Graeffly. Bonjour Marion, tu es la directrice générale de Telecoop, qui est le premier opérateur de télécom coopératif engagé dans la sobriété ou pour la sobriété. Donc ça m'intéresse d'en savoir un peu plus. On va essayer de comprendre comment fonctionne votre modèle et qu'est-ce que ça change finalement aussi pour l'utilisateur. Et bien sûr pour cet épisode, je suis accompagné de l'excellente, de la grande Marianne Coudert, pilote de la CEC. Salut Marianne. Salut. Bon, Marianne, ce que je te propose pour démarrer, déjà c'est de nous dire qui tu es.
- MG
Eh bien, merci pour cette invitation. Moi je m'appelle donc Marianne Graeffly, j'ai 37 ans, un petit garçon. Et en fait, moi, je suis donc la directrice générale et la cofondatrice de Telecoop, l'opérateur télécom coopératif. Alors moi, je ne viens pas du tout de ce monde-là, à l'origine. J'ai bossé 7 ans dans l'agroalimentaire. Pour rien vous cacher, je vendais des M&M's. Donc on est comme bien loin des télécoms. Et surtout de l'intérêt général, je dirais. Et en fait, j'ai fait ça pendant 7 ans. Et puis, j'ai cherché à rejoindre l'économie sociale et solidaire, donc la grande famille de l'ESS. C'est comme 10% à peu près du PIB en France, pour vous donner une idée, mais c'est très vaste. Il y a beaucoup de structures différentes. Et en découvrant un peu ce milieu, je me suis dit que moi, j'aimais beaucoup l'entrepreneuriat. J'ai toujours beaucoup aimé ça. Le business, concrètement, j'adore ça. C'est hyper intéressant pour moi de monter des modèles économiques, de comprendre aussi comment on crée des modèles indépendants. Ça, c'était aussi pour moi assez important. Et je suis montée, je suis tombée sur le monde, j'allais dire, merveilleux des coopératives. Pour moi, faisait la somme de beaucoup de choses. D'abord parce que ce sont des entreprises. Donc ça, j'aime beaucoup l'entrepreneuriat, comme je l'ai dit tout à l'heure. Et aussi parce que le monde coopératif, c'est finalement un monde où on rassemble toutes les parties prenantes d'un service. Donc au sein des coopératives, nous en particulier, on a monté une SCIC, donc une Société Coopérative d'Intérêt Collectif, qui nous permet de rassembler toutes les parties prenantes qui ont en fait un impact. soit d'usage, soit une manière de s'en servir, soit parce qu'ils ont un impact économique sur les télécoms. Et là, je me suis dit, j'ai eu comme une évidence, parce que je me suis dit qu'en fait, on avait besoin d'entreprises qui faisaient la somme de tous les intérêts particuliers autour d'un service, en particulier quand on parle des télécoms, parce que ça ne vous a pas échappé, je pense que vous avez tous un téléphone portable dans vos poches, peut-être que d'ailleurs vous nous écoutez depuis un téléphone portable. C'est un appareil qu'on prend 220 fois par jour dans les mains. Je le dis souvent, on prend plus souvent nos téléphones portables que nos propres enfants dans les bras. Ça veut un peu tout dire. Et pourtant, aujourd'hui, c'est un secteur qui est vraiment, j'allais dire trusté, mais c'est ça le terme, par des très grosses entreprises, finalement, qui sont assez loin de nous. On les connaît de nom, mais on ne sait pas bien comment ni les atteindre, ni comment parler des intérêts qu'on peut avoir au télécom et au numérique. Et en fait, c'est comme ça qu'est né Telecoop.
- SG
Attends, je rembobine moi. Parce que tu aurais pu prendre un truc plus simple quand même. Ce secteur-là, on a du mal à voir comment on peut faire sa place quand on est tout petit. Justement, raconte-nous comment tu arrives là-dedans et comment tu bouscules les choses.
- MG
En fait, c'est vraiment comme je viens de le dire. C'est-à-dire que nous, on est des citoyens à l'origine. On ne vient pas du monde du numérique. pas des télécoms. Et en fait, on s'est vite rendu compte, comme tout citoyen finalement peut le faire, que le numérique, c'est une sorte de boîte noire qui est quand même vraiment dirigée par certaines entreprises, des très grosses entreprises pour la plupart, et en grande majorité d'ailleurs qui ne sont pas sur notre sol. Je parle des GAFAM, donc Google, Amazon, etc. Pour ne pas leur faire de la pub. Enfin, est-ce qu'ils ont vraiment besoin de la pub ? Tout le monde les connaît. Et les opérateurs télécoms qui sont des très grosses entreprises. Et en fait, nous, ce qui nous dérangeait, à l'époque où on est nés, au moment de la 5G. Et en fait, ce qui nous dérangeait, ce n'est pas la 5G en soi, ce qui nous dérangeait, c'était le fait qu'il n'y ait pas de débat public. Qu'à un moment donné, il n'y a pas eu de possibilité pour les citoyens de s'interroger sur l'utilité ou non de la 5G. Or, on vit en fait dans une planète qui a des ressources finies. Donc finalement, tous les choix qu'on fait en termes d'investissement, d'utilisation des matières premières, ça a des énormes impacts sur notre futur et la 5G faisait partie de ces gros projets. Et nous, il nous semblait un peu incroyable qu'on ne puisse pas avoir un débat public autour de ces questions. Et on a remonté le fil, on s'est dit pourquoi on n'a pas un débat public ? Parce qu'en fait, ce secteur, il est finalement dirigé par des grosses entreprises, avec des gros intérêts économiques, etc. Et donc on s'est dit, en fait, il faut qu'on crée une entreprise.
- SG
Quand tu dis on, c'est là que tu n'es pas toute seule.
- MG
Oui, c'est très important. On est quatre à l'origine. Et on est d'ailleurs toujours dans la structure. Donc ça, c'est aussi bien. Parce qu'aujourd'hui, d'ailleurs, on fête nos six ans, on a signé les statuts à six ans tout pile. Donc effectivement, on est quatre à l'origine. Mais vraiment, on ne vient pas de ce monde-là. On a juste envie de dire qu'on a besoin d'une entreprise citoyenne qui puisse représenter aussi bien les citoyens, les particuliers, que les entreprises, les professionnels, les associations qui travaillent sur ces sujets. Et nous, on prend vraiment le volet économique. C'est très important pour nous de créer un acteur économique. Donc l'activité principale de Telecoop, c'est vraiment de vendre des forfaits mobiles. Un certain type de forfaits mobiles, on y viendra après. Mais c'est ça, c'est ça notre objectif.
- SG
Mais alors pour vendre des forfaits mobiles, il a bien fallu tirer un fil. Vous avez fait comment pour tirer le fil ? C'est ça qui m'intéresse moi.
- MG
Ouais, alors en fait, on a été malins parce que je pense que c'est un secteur qui est difficile d'accès. Mais pour autant, il y a quand même des lois qui imposent le fait qu'il doit y avoir des nouveaux entrants régulièrement, parce que c'est un principe de concurrence, donc ça c'est important aussi. Donc on s'est basé là-dessus, et en fait on s'est lié aussi à l'opérateur historique, qui est Orange, pour accéder à leur réseau. Donc nous on est ce qu'on appelle un opérateur mobile virtuel, c'est-à-dire qu'on ne possède pas nos propres réseaux, mais on a concrètement un partenariat avec eux pour accéder à leur réseau et on les paye pour ça. C'est notre fournisseur. Et une fois qu'on a dit ça, on a démarré avec deux fils et un arc. Mais globalement, ça devrait être ça, puisqu'on a démarré avec 50 000 euros. Et ensuite, on a posé des briques au fur et à mesure d'un service. Puisqu'en fait, le métier d'opérateur virtuel, c'est vraiment de gérer depuis la souscription, depuis l'arrivée des clients, jusqu'à vraiment l'accès au réseau. Donc nous, c'est ce qu'on garantit. Et après, effectivement, on ne fait pas la maintenance des pylônes et des machins, ça, c'est pas notre métier. Et bien sûr, en passant par le service client.
- MC
Avant, du coup, effectivement, là, on voit que vous vous êtes attaqués à un secteur qui est plutôt verrouillé, avec un modèle de coopérative qui n'est pas si bien répandu et encore plus dans ce secteur-là. Mais non seulement vous avez voulu créer ce modèle-là, mais en plus vous avez pris un certain contre-pied complètement qui paraît d'un premier abord contre-intuitif par rapport à ce qui est aujourd'hui dans ce monde-là sur l'utilisation de la donnée, etc. Vous avez pris complètement le contre-pied qui affecte au cœur votre modèle d'affaires. Est-ce que tu peux nous dire quel contre-pied vous avez pris, pour quel cap ?
- MG
D'abord, je voudrais dire qu'on a joué les règles de la stratégie classique d'entreprise. On a regardé notre marché et on s'est dit qu'est-ce qui allait nous différencier concrètement ? Qu'est-ce que font mal les autres et sur quoi on pense qu'on peut faire beaucoup mieux ? Ça, c'est hyper important parce que c'est un secteur qui est ultra difficile. Donc, il fallait qu'on soit sûr de nos armes. Ça, c'est une certitude. Et donc ce qu'on a fait, c'est qu'on a dit, en fait, nous, on veut proposer un service qui aide les gens à concrètement passer moins de temps devant leur téléphone. Parce que ça, c'est un vrai 'pain', comme on dit dans le jargon du marketing. Il y a presque plus de deux tiers des Français qui veulent passer moins de temps devant leur téléphone. Donc ça, il fallait une solution pour ça. Il y a, alors on avait fait plein d'enquêtes à l'époque, mais une très grande majorité des Français qui se déclarent mal servis par le service client de leur opérateur télécom. Ça, c'était un autre sujet. Et enfin, il y a aussi une frange, c'est plutôt une frange, mais ça commence à être un sujet qui monte de plus en plus, de personnes qui ne souhaitent plus donner leur argent à des milliardaires. C'est important ça comme truc, parce que les Français sont quand même attachés aussi à une juste répartition des richesses et on le voit, ils sont aussi attachés aux PME, aux TPE de leur territoire, on a vu dans les baromètres de confiance aux entreprises, que la confiance aux entreprises, notamment aux petites entreprises, est très forte. Donc nous, sachant ça, on a dit quoi ? On a dit qu'on allait créer des offres, des forfaits mobiles, qui vont encourager chacun à passer moins de temps devant leur téléphone. Donc on a relancé des forfaits mobiles qui facturent les abonnés en fonction de leur consommation de données mobiles réelles, ce qui ne se faisait plus, soit avec des forfaits un peu limités. Ensuite, on a lancé des forfaits aussi qui incitent les gens à moins consommer, c'est-à-dire que moins tu consommes, moins tu payes. Donc ça, c'est un deuxième point pour encourager les gens et puis avoir cette approche un peu ludique autour de ça. Le troisième point qui est très important pour nous, c'est notre service client. Donc chez nous, notre service client, il est directement accessible par téléphone. Il n'y a pas d'IA, pas de chat, tout ça, ça n'existe pas. Ou par mail. En fait, c'est par mail ou par téléphone. Et on garantit une réponse dans les moins de 24 heures. Et en général, on fait mieux que ça. Donc comme quoi, des humains derrière un ordi, ça va tout aussi vite. C'est pas mal. Et ça, c'est hyper... Dans toute la démarche, en fait, on s'est toujours dit que dès l'origine, il fallait qu'on construise un modèle économique qui ne dépend pas d'une logique productiviste.
- SG
C'est-à-dire que vous ne vendez pas de téléphone, par exemple ?
- MG
Exactement. On ne vend pas de téléphone. Alors ça n'empêche pas qu'on en propose, parce qu'on ne va pas se dire « Ah ben non, vous n'avez pas besoin de téléphone, démerdez-vous ! » Ce n'est pas l'idée. Mais on a monté plutôt des partenariats sur lesquels la coopérative ne se rémunère pas. Donc on monte des partenariats avec des entreprises d'insertion, des entreprises de reconditionnés en France, parce que pour nous c'est vachement important à chaque fois de chercher à mettre en avant des entreprises qui fabriquent en France, mais qui ont des modèles de qualité aussi, parce qu'on fabrique en France, on ne veut pas forcément dire qualitatif. Il y a aussi un audit qu'on met toujours sur ces questions-là. Donc voilà, ça c'est un point qui est hyper important, c'est-à-dire qu'en fait ce qu'on veut avec Telecoop, c'est restaurer la confiance. C'est-à-dire qu'on dit qu'en fait un opérateur Télécom c'est quelque chose qui est absolument crucial dans notre vie. Tant que ça marche, on ne s'en soucie pas vraiment, parce que ça fonctionne. Mais le moment où ça ne marche pas, là ça devient super compliqué, ça devient super difficile. Or, un téléphone portable, on en a besoin pour quasiment tout maintenant. Tous nos services passent par la téléphonie.
- MC
Mais du coup, votre modèle d'affaires, il contribue aussi à rééduquer les gens sur un truc sur lequel on n'a vraiment plus prise, on ne sait absolument pas combien de données on consomme, est-ce qu'on est connecté sur un Wi-Fi ou en 4G, ce qui est beaucoup plus consommateur quand on est en 4G que sur un Wi-Fi. Donc il y a une forme de « on crée un modèle d'affaires » qui, par essence, va rééduquer le consommateur qui était complètement déconnecté, ce qui peut faire le lien avec d'autres sujets de type alimentation, etc., où on se dit « les consommateurs sont un peu plus déconnectés » . C'est ça qui est intéressant aussi dans le modèle. Et vous tirez le trait sur certains aspects, notamment la réparation. Il me semble qu'il y a un bout qui offre justement ce premier pas qu'on fait peut-être encore peu, de se dire, en fait, là, je vais aller réparer, alors que je suis plutôt poussée à changer. Les autres opérateurs nous appellent tous les deux ans en nous disant, en fait, il y a un téléphone qui n'est pas cher et qui est tout neuf. Pourquoi veux-tu garder ton ancien téléphone ? Et vous, vous avez vraiment ce contre-pied-là.
- SG
Ou je vais prendre 100 gigas alors que j'en utilise 18 ou 20. Je crois que c'est 18 à la moyenne. Oui, c'est vrai que ce message-là... Justement, j'ai envie de te dire, les premiers dingues qui vous ont fait confiance, c'est qui ? Et maintenant, vous avez combien finalement de clients ? Parce que c'est ça qui est intéressant. Et c'est pour ça que c'est intéressant, parce que ça marche.
- MG
Oui, c'est vrai qu'à l'origine, c'était un peu avec le recul on ne réfléchit jamais trop quand on est entrepreneur à ce qu'on fait. Je crois qu'il y a un petit grain de folie, mais c'est très bien comme ça ! Mais en fait, les premiers qui nous ont fait confiance, c'est des gens qui étaient très concernés par les questions de la coopérative. Donc ça, c'est important. C'est-à-dire que nous, ce qu'on représente aussi, c'est dans cette société assez individualiste - je ne vais pas enfoncer des portes ouvertes, on sait de quoi on se parle - nous, on voulait vraiment jouer le collectif à fond. Et pas en disant que c'est une belle étiquette, c'est sympa, on fait un peu de social washing, on s'amuse bien. C'est pas ça, c'est nous, c'est vraiment le collectif face à l'immensité et la force des entreprises, du système sur lequel on est. Et ça je pense que c'est un point très important parce que Télécoop s'est vraiment construit sur cette idée-là que pour réussir, surtout sur un secteur tellement verrouillé, il fallait qu'on fasse collectif. Il fallait qu'on fasse collectif avec nos sociétaires parce qu'effectivement la SCIC comme je le disais tout à l'heure, elle est possédée aujourd'hui par 2400 sociétaires qui ont pris une part dans la coopérative 15 000 abonnés c'est ça ? Exactement, et par ces 15 000 abonnés qui nous ont rejoints donc les premiers qui ont cru c'est ça c'est vraiment ces personnes là qui ont conscience en fait que plus on se rassemble plus ça permet d'aller loin c'est vraiment très simple ce que je dis mais en fait nous ça se voit mais directement.
- SG
Du coup ça veut dire quoi en termes de gouvernance ? Parce que pour les gens qui ne voient pas ce que c'est qu'une SCIC
- MG
Alors une SCIC, le principe, c'est de rassembler toutes les parties prenantes qui ont, en fait, un lien au service. Donc chez nous, c'est des clients. C'est les salariés, c'est nos partenaires, donc c'est les personnes qui nous aident à monter le service ou alors qui font en sorte qu'on puisse proposer d'autres types de services avec la coopérative. C'est aussi finalement les personnes, les soutiens, des gens qui croient dans ce qu'on fait, qui ont envie de nous aider, donc c'est des bénévoles aussi qui donnent de leur temps pour faire ça. Et en fait, cette addition d'intérêts particuliers, parce que chacun a un intérêt particulier à la chose, quand on commence à faire nombre, ça représente l'intérêt collectif, parce qu'on arrive à avoir tous les besoins finalement qui sont nécessaires. Donc en fait, la gouvernance, c'est des collèges, des catégories de sociétaires, qui élisent chacun un membre au conseil d'administration, et qui vont voter sur le principe, et ça c'est hyper original dans le monde de l'entreprise, sur le principe d'une personne égale à une voix. Donc chez nous, qu'on ait apporté 10 000 balles ou 100 balles, ça vaut la même chose. On est vraiment une entreprise démocratique. Et ça, moi, je trouve qu'en tant qu'entrepreneuse, pour le coup, moi, je trouve que ça m'a donné des ailes en réalité. Parce que, alors moi, je ne serais pas, je pense que je ne me serais pas lancée dans un autre projet. Peut-être que je ferais autre chose plus tard, je ne sais pas. Mais ça, ce qui m'intéressait là, c'était vraiment cette construction de collectif, mais vraiment de pouvoir compter sur ces personnes pour pouvoir nous développer, nous, pour vous donner une idée, 20% de nos nouvelles souscriptions, c'est des gens qui ont parlé de nous. Donc c'est du parrainage. Donc pour faire ça, ça veut dire qu'il faut une qualité de service nickel. On est super content parce que chaque année, on fait des enquêtes de satisfaction et là, on a eu 98% de nos clients qui sont satisfaits ou très satisfaits. Donc c'est génial. On a un net promoter score qui est énorme. Des fois, je me dis, est-ce qu'on a un truc ? Non, c'est bon, on a vérifié. C'est pas ça. Donc ça, c'est trop bien. Et ça continue comme ça. Donc ça veut dire qu'il faut un service impeccable, parce que les gens ne vont pas parler d'un truc nul. Ça, c'est une certitude. Et après, il faut compter aussi sur ce collectif pour pouvoir faire grandir notre base de clients. Parce que ça, je pense qu'il y a un autre truc chez nous qui est très important, c'est qu'en fait la croissance, c'est important pour nous. On veut grandir. Et ça, je pense que dans le monde de l'économie sociale et solidaire ou les coopératives, c'est moins vrai. Mais ça peut être des fois un gros mot. En fait, nous, ce qu'on veut faire, c'est qu'on veut faire changer les choses de l'intérieur. Et pour ça, on sait qu'il faut qu'on atteigne une taille critique. Alors les 15 000, c'est déjà pas mal. On commence à peser quand même. On nous regarde comme on commence à pas mal nous regarder. À nous, d'ailleurs, à venir nous comment dire, titiller quand même, mais ça c'est bien, je l'attendais depuis un moment, donc quand c'est arrivé, j'étais contente. Et en fait, on sait qu'il faut qu'on continue à grandir pour que ce changement-là, il arrive, et puis on... Et surtout que... En fait, notre objectif, c'était de dire, on crée un autre modèle d'affaires, franchement, copiez-nous si vous voulez. Nous, on s'en fiche, on n'a pas le pattern de ce qu'on est en train de faire. Plus nombreux, on sera à faire la même chose, mieux ce sera.
- MC
Oui, en fait, c'est ça qui était intéressant, c'est que là, tu dis : toujours à la portée de la nuance, c'est-à-dire oui, la croissance c'est important pour nous et à ce stade aujourd'hui où on en est, et pour autant, en discutant avec toi à d'autres moments, tu disais on n'a pas vocation à être le nouveau Orange et ça c'est bien que taille au bout de cette pensée. Parce que quand on entend la croissance c'est important pour nous et nous on veut vraiment faire changer quelque chose de société on peut se dire ok, en fait Telecoop veut remplacer Orange ou les autres et en fait non, vous n'êtes pas dans cette dynamique-là, vous vous dites La croissance, oui, et jusqu'à une certaine masse critique, dont tu as peut-être d'ailleurs une idée. Et par contre, copiez-nous pour faire changer le secteur, mais où on ne redevienne pas finalement un secteur verrouillé, et notamment avec un gros acteur qui serait nous. Est-ce que tu peux nous dire, c'est quoi votre objectif ?
- MG
On pense que la bonne masse critique pour commencer à avoir de l'impact, c'est autour de 100 000 clients. L'année dernière, on a fait une croissance à + 30. Là, on démarre le début d'année à + 40. Donc, on a une bonne traction plus commerciale. Donc, c'est des choses qui vont mettre un peu de temps à arriver, mais qu'on pense qui sont atteignables. Et surtout, plus on grossit, plus on baisse nos coûts, notamment d'accès au réseau et puis aussi de mutualisation des coûts. C'est un business de service tout à fait classique pour le coup. Donc c'est l'achat-revente, mais en plus de ça, c'est aussi du business de masse.
- SG
On baisse les coûts, mais quand même on garde la qualité. C'est ça, exactement.
- MG
Et tout l'enjeu, ça va être là. C'est ça qui va être très intéressant parce qu'on a écrit notre feuille de route à 2030 avec nos valeurs, on sait exactement ce qu'on va aller chercher. Donc là-dessus, je ne suis pas inquiète, on ne va pas se dévoyer au milieu. Mais c'est là aussi où le statut de SCIC et de manière plus générale le statut d'entreprise, il aide. Parce qu'en fait, dans nos statuts, on a écrit nos objectifs, on a écrit les raisons pour lesquelles on se lève chaque matin. Et c'est vraiment écrit les objectifs de transition écologique. on veut atteindre cet idéal, concrètement. Ça, c'est un point qui est hyper important. Et donc, du coup, ça ne dépend pas de moi en tant que dirigeante. Et ça ne dépend pas de Pierre en tant que président avec qui j'ai cofondé Telecoop. Et ça, c'est un autre point qui est hyper important. C'est-à-dire que nous, on est très conscients qu'on fait un truc qui doit nous dépasser. Et je le travaille pour que ça nous dépasse. Sauf que pour que ça nous dépasse, il faut que notre organisation, elle soit ultra résiliente, ce qui n'est pas une mince affaire. J'ai déjà testé en partant en congés maternité. J'ai eu des moments qui sont assez déterminants d'ailleurs pour tester ça. Et ça a plutôt bien marché. Mais maintenant, on attend encore des autres tailles. Donc ces étapes-là, elles sont tout le temps à renouveler.
- SG
Il faut embarquer tout le temps. Finalement, chez vous, on achète un service, on partage un idéal. Si moi, je deviens client, ce qui me donne du sens, finalement, c'est de contribuer aussi.
- MC
Mais pour autant, tu gagnes une expérience qui, chez un autre opérateur, potentiellement te grattait ou n'était pas idéale. Et donc, effectivement, tu signes pour quelque chose auquel tu adhères. Notamment, tu disais, la coopérative, ça joue beaucoup. Et puis, peut-être l'éducation au fait que le téléphone ne doit pas prendre toute la place dans notre vie, etc. Et l'impact écologique de la consommation de la data, du changement de téléphone. Mais j'ai l'impression que ce qu'on gagne aussi en allant chez Telecoop, c'est ce que Marion disait, c'est s'attacher à faire en sorte qu'on enlève les pain points des gens, les douleurs chez d'autres opérateurs, où un service client hyper quali, un réseau qui marche bien, le côté gagné sur tous les fronts.
- SG
Et alors là, je pense à toi, Marianne, parce que tes enfants sont plus petits que les miens. Moi, j'ai des grands enfants, mais c'est aussi peut-être rassurant, parce que du coup, on peut peut-être accompagner aussi nos enfants, parce que finalement, les plus gros consommateurs, aujourd'hui, nous, les parents, on arrive un peu, et encore, c'est difficile, je trouve, de ne pas prendre son téléphone quand on n'en a pas besoin, mais nos enfants, ils sont quand même connectés. Donc peut-être que c'est peut-être aussi une piste à creuser, mais j'imagine que vous avez réfléchi à ça, d'accompagner aussi les familles, finalement.
- MG
Oui, tout à fait. En fait, pour vous donner une idée, le panier moyen chez Télécop, il est quasiment le même que chez les restes des opérateurs télécom. Donc ça veut dire qu'on a en plus un prix qui est sensiblement le même à partir du moment où on s'interroge sur la réalité de la consommation de données mobiles. Parce que nous, on devient moins cher quand on regarde aussi la réalité de sa consommation et notamment parce qu'on est aussi encouragé à moins consommer. Donc on a quasiment deux tiers de nos clients qui font des économies en passant chez nous. Donc en plus d'un point de vue monétaire, c'est intéressant. Et le deuxième point, forcément, qui est très intéressant pour tout le monde, c'est qu'on est sur le réseau d'Orange. C'est le premier réseau en France, mais aussi à l'international, etc. On bénéficie des mêmes niveaux de services. Et pour les enfants, c'est très important et très, Enfin, c'est fondamental pour nous. Donc, on a démarré un bout de chemin parce que, pour le coup, on a sorti une offre qui n'existait pas chez d'autres opérateurs, c'est-à-dire des forfaits bloqués. Des forfaits... Il y a trois gammes de forfaits. Il y a des forfaits sans données mobiles du tout, les forfaits avec 1 giga de données mobiles, les forfaits avec 5 giga de données mobiles. Et c'est bien le titulaire du compte, donc les parents, qui peuvent faire des modifications sur ces forfaits, ce qui n'est souvent pas le cas à la concurrence. Donc en fait, ce qui est aussi important, la façon dont on travaille la chose, c'est que, comme je disais tout à l'heure, c'est que nous, pour exister, il faut que notre service soit nickel, qu'il serve à quelque chose et qu'on remplisse un, j'allais dire, surtout un vide, souvent qui n'est pas rempli par les autres opérateurs télécoms, souvent trop gros pour le voir, pas assez agile. Il y a aussi un peu de ça. Mais aussi parce qu'on est une coopérative. Ça, c'est un truc qui est génial. Moi, je viens du marketing à l'origine. Les focus groupes, j'en ai fait je ne sais pas combien. Et là, j'en ai en direct. C'est-à-dire que c'est un truc de fou. Moi, quand je me dis que j'ai une intuition, j'ai un truc, mais il faut que je le vérifie comme toujours. J'ai 2 400 sociétaires que je peux aller interroger. En disant en fait, est-ce que ça, ça vous rendrait service ? Est-ce que ça maintenant ? Ou je le fais avec les abonnés ? Mais c'est avec des taux de retour génial, c'est hyper facile.
- SG
Une vraie relation.
- MG
Donc en fait c'est ça aussi, c'est-à-dire que c'est aussi ce qui garantit je trouve depuis le départ le fait qu'on arrive à faire de l'innovation. - MC : dérisqué quoi, un petit peu dérisqué - mais complètement et en fait c'est ça parce que en fait quand on lance un truc on sait qu'on a un marché derrière parce qu'on l'a vérifié auprès de nos premiers supporters qui bien sûr une fois qu'on le lance vont en parler autour d'eux enfin voilà donc cette approche là fait que c'est ça qui nous fait aussi qu'on arrive à tenir sur un marché qui est tellement compliqué. Et l'autre approche aussi, c'est vraiment l'approche de collectif, mais plus grand, plus large que sur les télécoms. On a cofondé le collectif des licornes avec deux O avec La Nef, avec Enercop, avec VirgoCop, avec WinCop, StyleCop. Avec toute l'idée de se dire que chacun sur nos marchés, on est petit, pourtant on sait qu'on représente la norme de demain. Donc pour exister et surtout pour pouvoir vraiment grossir, parce que c'est tous notre enjeu, on a besoin de mutualiser des moyens, notamment de communication, de plaidoyer, etc. Donc on a créé une asso qui s'appelle les licornes et qui nous rassemble en tant que coopérative de la transition pour faire avancer les sujets. Ça aussi, c'est fantastique parce que je trouve que dans la transition écologique, la transition sociale, tous ces métiers, et de manière plus vaste, quand on est entrepreneur, on est hyper solitaire.
- SG
C'est vrai.
- MG
On est très solitaire. C'est très difficile, on va en parler après, je pense, mais de tenir le cap, je pense que c'est vraiment difficile. Et en fait, on est hyper nombreux à avoir les mêmes problèmes. Enfin, c'est tout le temps, on a les questions qu'on se pose dans notre tête, la personne à côté se les a aussi posées. Et en fait, je pense que c'est un autre truc aussi qui nous définit. C'est que nous, dans nos structures, il n'y a pas de confidentialité. Enfin, si, il y a de la confidentialité, bien sûr. Mais je veux dire, il n'y a pas de sujet confidentiel. Dans le sens où, quand on se pose une question, quand on a une difficulté, on la met sur la table. Et voilà. Et on parle. Et ça, c'est quelque chose que je trouve... Enfin, je trouve ça passionnant.
- SG
Non mais c'est entreprendre autrement, c'est le vieil entrepreneur et on va être obligé de terminer parce que bientôt il y a le goûter, donc tout le monde va descendre et débouler, on ne va plus s'entendre. Mais ça fait du bien quand tu es un vieil entrepreneur, entre guillemets, d'entendre ça aussi parce que du coup ça donne de l'espoir. Et du coup, merci Marion pour cet échange, merci Marianne d'avoir rebondi quand j'étais aphone. En fait ce qui est intéressant aussi c'est que ça nous montre que dans un secteur qu'on pense verrouiller, finalement on peut faire autrement. On peut penser et agir, et ça c'est plutôt réjouissant. Évidemment, l'idée c'est de penser autrement, c'est de ralentir, c'est de se reposer plein de questions. Et vous ouvrez une voie intéressante aussi sur la gouvernance, ce que tu as dit, c'est aussi la SCIC, la coopérative. C'est des choses qui existent depuis bien longtemps. Je crois que la coopérative c'est 1946 ou 1947. Mais c'est des outils, on peut dire, que les entrepreneurs ont assez peu utilisés et je trouve que cette nouvelle génération dont tu fais partie, ça va un peu vieux mais c'est vrai utilise ces outils et tu l'as dit, il faut être rentable mais en pensant aux autres, en pensant à la planète et ça fait du bien. Je termine toujours par une citation citation d'un ingénieur penseur qui s'appelle Philippe Bihouix j'espère que je l'ai bien prononcé Bihouix parce que je pensais bien je dirais pas à quoi je pensais "le progrès ce n'est pas toujours cher plus C'est souvent apprendre à faire autrement." Voilà, je pense que ça colle bien avec ce qu'on s'est dit. En tout cas, merci. Merci beaucoup.