Speaker #0Bienvenue dans « Élégance et ambition » . Je m'appelle Thalia, et après plusieurs années à décrypter les codes de la classe aisée, j'aide désormais les personnes ambitieuses à gravir l'échelle sociale tout en restant fidèles à elles-mêmes. Ici, on parle d'élégance, de savoir-être et de conseils pratiques pour naviguer dans les cercles les plus prestigieux. Dans ce podcast, je vous partage tout pour transformer vos ambitions en actions concrètes et vous accompagner pas à pas dans votre quête de réussite sociale. Alors installez-vous confortablement et laissez-vous inspirer. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode d'élégance et ambition, et cet épisode étant le premier de l'année 2026, je tiens à vous adresser mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année. Je vous souhaite une année 2026 pleine de santé, pleine de réussite, pleine de progrès, et pas seulement de progrès instagrammables, mais des progrès concrets dans votre trajectoire, dans vos choix de vie, dans votre confiance en vous. Et surtout, je vous souhaite une chose essentielle, c'est d'oser. Oser vous élever, oser viser plus grand, oser prendre place avec élégance et surtout avec ambition. Ceci étant dit, rentrons maintenant dans le gif du sujet. Aujourd'hui, je voulais enregistrer pour vous un épisode sur une question très simple, qui est la suivante. Apprendre les bonnes manières est-il suffisant pour s'élever socialement ? Je vois passer, depuis que je publie sur Instagram, énormément de comptes, de contenus. de médias, de manière générale, qui parlent d'élégance, de savoir-vivre, de bonne manière. Et, je vais être honnête, j'en fais partie, je plaide coupable, pour la simple et bonne raison que j'apprécie beaucoup ces sujets, je les trouve passionnants, et surtout je pense qu'ils sont utiles. Mais aujourd'hui, je vais prendre le contre-pied de cette tendance à tout miser sur les bonnes manières. Aujourd'hui, j'aimerais vous sortir d'une idée qui est très répandue, l'idée que les bonnes manières seraient le B.A.B. de l'ascension sociale. et surtout l'illusion que les bonnes manières suffiraient à vous élever socialement. En d'autres termes, que les bonnes manières seraient une stratégie à part entière d'élévation sociale. Je vous donne la conclusion tout de suite. Au risque de vous décevoir, la réponse est non. Alors, je tue le suspense, je sais, je suis désolée pour les personnes qui aiment être tenues en haleine pendant 45 minutes avant de découvrir la fin, mais ceci n'est pas une série Netflix, c'est un podcast qui se veut opérationnel. et vous connaissez ma tendance à vouloir aller droite au but. Donc je vous donne ma conclusion de but en blanc dès l'introduction. Donc non, les bonnes manières ne suffisent pas à s'élever socialement et dans cet épisode, je vais vous expliquer précisément pourquoi ce sujet parce qu'il y a une croyance derrière tout ça qui dit implicitement si je me tiens bien, si je parle bien, si je tiens bien ma fourchette, si je sais quel verre correspond à quel breuvage, finalement si je m'exprime, si je fais... Comme les gens de la haute société, ça finira par payer, je finirai par être accepté par ces gens de la haute société, je finirai par être accepté dans leur cerveau. Et cette croyance, elle est compréhensible, elle est logique, elle est humaine, mais elle a un problème, c'est qu'elle est incomplète. Et parfois même, elle est délétère parce qu'elle vous met sur une trajectoire où vous investissez beaucoup d'énergie pour peu de résultats. Au programme de cet épisode, nous allons voir pourquoi... croire que les bonnes manières suffisent, c'est une illusion. D'où vient cette croyance et pourquoi elle vous piège ? Ensuite, nous allons parler de ce qui fait réellement l'ascension sociale, notamment les fameux capitaux de la théorie bourdeusienne. Et vous allez comprendre le mécanisme global, et pas le seul morceau de la partition que sont les bonnes manières. Et enfin, nous allons voir comment utiliser les bonnes manières de façon intelligente, parce que les bonnes manières sont un outil utile, efficace. mais seulement quand elles sont bien utilisées au bon moment, dans le bon contexte. Et à l'issue de cet épisode, vous aurez une compréhension beaucoup plus claire de ce que les bonnes manières peuvent faire pour vous et ce qu'elles ne feront jamais. Vous aurez une grille de lecture simple pour comprendre pourquoi vos efforts restaient sans effet jusque-là si vous aviez misé sur cette stratégie, ainsi que des signaux d'alerte pour savoir si vous utilisez mal cet ensemble de codes et surtout une vision stratégique. à savoir comment utiliser les bonnes manières dans un écosystème qui servira vraiment votre progression sociale, une vraie progression. Commençons par déconstruire l'idée selon laquelle les bonnes manières suffisent pour s'élever socialement. Pourquoi finalement tout cela n'est qu'une illusion ? Les bonnes manières, elles sont souvent perçues comme le ticket d'entrée vers l'ascension sociale, alors qu'en réalité elles ne sont qu'un sous-produit vivible, elles ne sont que la vitrine. Je reviens à cette phrase, à cette idée qui dit que si je fais comme les gens de la haute société, je finirai par obtenir ma place dans leur cercle. Intuitivement, cela paraît logique. Et c'est vrai, les codes comptent. D'ailleurs, c'est sur quoi je base mon propos. Mais cette croyance, elle devient un piège quand vous imaginez que ce sont les codes qui créent la trajectoire. En réalité, les codes, ils ne font qu'accompagner la trajectoire, mais ils ne la remplacent pas. Avant d'aller plus loin, on va faire quelque chose de très simple, on va définir les termes. Parce que si on ne sait pas exactement de quoi on parle, on peut rapidement tomber dans la confusion. Les bonnes manières, qu'est-ce que c'est ? Les bonnes manières, à l'origine, c'est ce que l'on fait avec ses mains, et par extension avec son corps. Le mot manière, il a la même racine étymologique que la main. A l'origine, la manière, cela désigne la façon de manipuler, de tenir, de faire. Et effectivement, historiquement, les bonnes manières... elles ont une composante plutôt corporelle. C'est comment on mange, comment on se tient, comment on salue, comment on touche ou comment on ne touche pas, justement. Et puis, progressivement, le terme s'est élargi pour englober la manière de parler, de se mouvoir, d'entrer en relation. Tant et si bien que le terme « bonne manière » au sens large, c'est l'ensemble des comportements, des gestes, des postures, des façons de s'exprimer et d'interagir. qui sont considérées comme appropriées, légitimes et valorisées dans un groupe social donné, et en particulier dans les milieux favorisés. Et ça c'est très important parce que les bonnes manières, elles ne sont pas universelles. Elles sont historiquement, socialement, culturellement situées. Les bonnes manières, elles ne disent pas seulement comment se comporter, elles signalent surtout quel est le monde auquel on appartient, ou quel est le monde auquel on aspire. Autrement dit, les bonnes manières, c'est une sorte de langage social. C'est un langage qui permet de se reconnaître entre pairs, de fluidifier les interactions, d'être à l'aise dans un milieu qui a ses propres codes. Et ces codes, ils ne sont pas neutres. Ils sont produits par une classe sociale, les classes favorisées ou les classes aisées. On parle également souvent de classe dominante, même si j'aime moins ce terme parce qu'il est un peu plus connoté politiquement. mais dans tous les cas, ces codes, ils reflètent les normes, les valeurs et le rapport au monde de cet ensemble de classes sociales qu'on appelle les classes favorisées. Autrement dit, les bonnes manières, ce sont l'expression visible d'un habitus de classe, et je reviens sur ce terme dans un instant. Mais avant, je souhaiterais distinguer le terme de bonne manière de celui de politesse. On a souvent tendance à confondre les deux, mais la politesse, c'est tout autre chose. La politesse, ce sont les règles. minimale sociale de coexistence. La politesse, elle a un côté transversal, parce que la politesse, c'est le socle du vivre ensemble. La politesse, c'est tout simplement dire bonjour, merci, au revoir, s'il vous plaît, s'excuser quand vous bousculez quelqu'un. C'est une forme de respect social basique que l'on devrait, en théorie, tous pratiquer, quelle que soit notre classe sociale. Et c'est en cela que réside la différence avec les bonnes manières, c'est que la politesse, elle permet de vivre ensemble, alors que les bonnes manières... elles permettent de vivre ensemble dans un certain cercle bien défini et d'être reconnus dans certains cercles. La politesse, c'est un socle, alors que les bonnes manières, c'est un outil de navigation sociale. Les bonnes manières, c'est contextualiser. Les bonnes manières, ce sont des usages qui sont codifiés dans un milieu donné. Ce qui m'amène à introduire un autre concept que j'ai mentionné brièvement précédemment, c'est celui... d'habitus. L'habitus, c'est un terme sociologique, c'est un concept de sociologie qui a été popularisé par Pierre Bourdieu, et ça désigne l'ensemble des manières de penser, de se tenir, de se mouvoir, de s'exprimer, d'échanger, mais également de réfléchir et d'agir. L'habitus, c'est également la manière dont vous vous percevez dans le monde, dont vous pensez votre propre place dans la société, et ça touche même à vos ambitions. Et c'est là que je veux que vous comprenez un point essentiel c'est que les bonnes manières ce n'est qu'un fragment de l'habitus de classe puisque les bonnes manières concernent la manière de se tenir de s'exprimer de s'échanger mais les bonnes manières ne concerne pas forcément la manière de penser la manière de concevoir son ambition la manière de prendre sa place donc oui apprendre les bonnes manières c'est louable c'est utile mais ça ne suffit pas à transformer votre trajectoire et c'est en cela que réside la première prise de conscience que je veux vous offrir, c'est qu'on peut parfaitement maîtriser les codes, on peut parfaitement maîtriser les bonnes manières, et pour autant, rester à la même place, rester dans la même position sociale. et en l'occurrence, stagner dans une position sociale dans laquelle vous n'avez pas forcément envie de rester. Pourquoi ? Parce que les codes, de bonne manière, c'est l'apparence fonctionnelle d'un système. Mais le système qui est derrière, lui, il repose sur un ensemble d'éléments qui vous manquent si vous vous arrêtez de la bonne manière, à savoir sur des capitaux, sur des réseaux, sur des positions et sur des opportunités. On y reviendra dans la deuxième partie. Alors comment savoir si vous utilisez mal les bonnes manières, ou plutôt comment savoir si jusque-là vous utilisiez une stratégie de bonne manière mais que ça ne vous aide pas à progresser socialement, quels sont les signaux, les signes qu'il est temps de passer à autre chose ? Le premier signal, il est évident, c'est que cette stratégie d'apprentissage, d'appropriation des bonnes manières ne produit pas de résultats. Vous vous appliquez, vous faites attention, vous êtes minutieuse, vous êtes consciencieuse, et pourtant... Aucun résultat ne se produit, vous restez invisible socialement parlant, personne ne reconnaît vos efforts, vous avez toujours ce sentiment de décalage vis-à-vis de votre milieu social d'origine, mais pour autant vous ne parvenez pas à atteindre un milieu social plus élevé, ou du moins vous n'atteignez pas celui auquel vous aspirez, vous avez l'impression de tout faire bien mais d'être toujours à côté. Le deuxième signal qui doit vous indiquer qu'il faut arrêter de miser uniquement sur les bonnes manières, c'est la fatigue mentale. Parce que quand vous êtes dans l'imitation permanente, dans le contrôle permanent, eh bien, le risque, c'est que ça vous épuise. Et ce n'est pas seulement le risque, c'est l'effet que ça va produire. Parce que si vous vous contentez de faire sans comprendre la logique derrière et sans incarner véritablement, sans réfléchir, sans penser, sans vous approprier cette habitude, eh bien, vous allez vous fatiguer parce que vous aurez juste l'impression d'imiter et pas d'agir naturellement. Et le troisième signal... Je dois vous indiquer qu'il faut passer à autre chose, c'est la confusion. Parce que les gens ne sont pas toujours d'accord, même au sein d'un groupe social, sur les codes. Il faut comprendre que les bonnes manières, c'est un ensemble de dispositions normées, implicites. Et comme c'est implicite, ce n'est pas toujours écrit. Et parfois, les avis sont contradictoires sur ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire. Ce qui a pour effet... que parfois on vous dit de faire comme ça, la fois suivante il faut faire l'inverse, et vous au milieu de tout cela vous finissez par vous demander mais c'est quoi la règle au juste ? Et ici je veux vous dire quelque chose de très important, c'est que travailler uniquement sur l'apparence ou les apparences, à savoir les bonnes manières, ça traite le symptôme mais pas la cause. Et quand je parle de cause, c'est la cause peut-être de votre stagnation, de votre manque d'aisance. Mais cette cause, elle est plus profonde. Elle tient plutôt à des éléments comme la confiance en soi, l'estime de soi, le syndrome de l'imposteur, le sentiment d'illégitimité, le fait de ne pas oser voir grand, le fait de ne pas oser formuler ses ambitions. Et les bonnes manières, certes, elles peuvent vous aider à mettre le corps dans une certaine posture, à mettre votre corps dans une certaine disposition pour gagner confiance en vous et pour ressentir une certaine forme d'aisance. Mais ça ne remplace pas votre manière de penser, ça ne vous aidera pas à travailler votre manière de penser. Et cela ne remplace pas cette idée que pour changer de classe sociale, pour appartenir à un nouveau groupe social, il ne suffit pas de faire, il faut être, il faut devenir. Ça ne remplace pas l'incarnation. Je vous renvoie à ce point dont j'ai déjà parlé dans l'épisode 27, l'élégance expliquée, la comprendre, la maîtriser, l'incarner, dans lequel je vous expliquais le piège du paraître, dans lequel l'élégance fait souvent tomber. Les bonnes manières, c'est un peu mieux, c'est bien, parce que ça touche à un niveau plus profond que le paraître. Cette fois, avec les bonnes manières, on est dans le faire, on est dans l'action, mais on n'est pas encore dans l'être. Et surtout, si vous faites des bonnes manières une performance ponctuelle, Par exemple, vous vous inscrivez et vous assistez à un stage de bonne manière une fois dans l'année, mais que derrière vous ne pratiquez pas parce que vous n'êtes jamais amené à fréquenter un contexte qui se prête à ces codes, eh bien vous allez perdre ce que vous avez appris, vous allez oublier, et finalement l'impact sera extrêmement faible. Pour mieux comprendre à quoi servent réellement les bonnes manières et la réalité qui se cache derrière, j'aimerais vous amener à un concept anthropologique. qui est celui de la tribu. En anthropologie, qui est la science de l'étude des hommes, des êtres humains sous tous ses aspects, il est universellement reconnu que les êtres humains se regroupent en tribus. Alors le terme de tribu ne fait pas uniquement référence à l'image qu'on se fait. de la tribu, à savoir les tribus aborigènes ou amazoniennes dans des contrées reculées. Le terme de tribu, il sert à désigner un groupe humain structuré, uni par des éléments communs et qui se distingue des autres groupes. D'un point de vue anthropologique, la tribu, elle n'est pas définie par la biologie, mais elle est définie par des codes communs, des rites, des symboles, une culture partagée, une manière spécifique d'être au monde. Et donc une tribu, c'est donc avant tout un système de reconnaissance mutuelle. On reconnaît les siens, les membres de notre tribu, à leur manière de parler, de se tenir, de penser, et surtout à ce qu'ils valorisent ou à l'inverse, à ce qu'ils méprisent. Et c'est universel, toutes les sociétés humaines fonctionnent sur ce mode de tribu. Ce n'est pas réservé à des groupes qui seraient archaïques ou primitifs. Toutes les sociétés humaines, y compris les sociétés modernes, urbaines, occidentales, fonctionnent sur ce mode tribal. La différence, c'est que les tribus modernes sont un peu moins visibles, mais elles n'en sont pas moins normées. Et dans nos sociétés occidentales contemporaines, on appartient simultanément à plusieurs tribus. La première, en général, quand on habite dans un pays occidental, c'est celle de l'état-nation. Si vous habitez en France, en Belgique, au Canada, une de vos tribus d'appartenance, c'est la France, la Belgique ou le Canada. Mais la tribu, cela peut également être votre groupe professionnel. l'entreprise dans laquelle vous travaillez, votre région d'appartenance, et également une classe sociale. Dans tous les cas, chaque tribu possède son langage, ses codes implicites et ses frontières symboliques. Et dans le cadre de ce podcast, la tribu qui nous intéresse, c'est justement celle des groupes sociaux favorisés. Alors on pourrait encore découper cela en sous-tribus, en fonction du niveau de richesse. et avoir un niveau de granularité un peu plus élevé, mais on va se contenter, pour simplifier, de parler de classe favorisée, de classe aisée, en tant que tribu à part entière. Et donc, cette fameuse tribu classe favorisée partage un habitus commun, des références culturelles, des normes de comportement, une vision du monde. En somme, c'est un groupe qui, même s'il n'est pas homogène économiquement, il est cohérent, symboliquement parlant. Et cette notion d'habitus dont je vous parlais, elle est centrale parce que l'habitus, c'est l'ensemble des dispositions incorporées, acquises très tôt, souvent inconsciemment, qui orientent nos comportements, nos goûts, nos ambitions. Et dans les milieux favorisés, l'habitus, il indique comment se comporter sans y penser, il dicte ce qui est normal, avec tout ce que cela regroupe dans... dans cette acception, et cela définit ce qui est élégant ou distingué, ou à l'inverse, ce qui est déplacé ou vulgaire, ce qui justement ne fait pas partie de la tribu, ce qui est en dehors des frontières symboliques de la tribu. L'habitude, c'est ce qui permet à la tribu de se perpétuer sans avoir besoin de le justifier, de le dire explicitement. Et les bonnes manières dans tout cela, c'est... une forme de langage tribal. Les bonnes manières sont à comprendre comme le langage corporel, social, symbolique de la tribu favorisée. Elles servent à se reconnaître entre membres, à tester l'appartenance, à maintenir la cohésion du groupe et à filtrer les intrus. Ceux qui ne maîtrisent pas les bonnes manières seront reconnus immédiatement et exclus du groupe. Mais, point fondamental, les bonnes manières ne sont jamais suffisantes Merci. pour appartenir à l'attribut. Pourquoi ? Parce qu'elles ne sont que la partie visible, elles ne sont que la surface et elles ne sont que l'expression extérieure de quelque chose de beaucoup plus profond. Parce qu'en tant qu'individu, vous pouvez imiter les gestes, reproduire les postures, apprendre les règles, mais si vous n'avez pas les références, les réflexes, la vision du monde, la lecture implicite des situations, vous resterez en dehors, vous serez perçu comme quelqu'un d'extérieur. Et c'est là que se situe le piège des bonnes manières, parce qu'appliquer les bonnes manières, c'est imiter sans s'intégrer. Quand vous appliquez les bonnes manières hors contexte, c'est-à-dire hors des contextes sociaux favorisés, vous le faites potentiellement dans la mauvaise tribu, au mauvais moment. Et c'est cela qui peut conduire au malaise. au rejet, à la moquerie, à l'invisibilité dont vous êtes beaucoup à me faire part dans justement cette application des bonnes manières et des codes sociaux élégants. Parce que dans toute tribu... Les codes sociaux ne sont valorisés que lorsqu'ils sont partagés. Un comportement, il n'est jamais élégant en soi. Il est élégant dans un contexte donné, reconnu par un groupe donné. Et donc si vous appliquez des codes d'une tribu dans un environnement qui ne les reconnaît pas, vous vous mettez en risque de rejet. Pas parce que vous êtes une mauvaise personne, pas parce que vous faites mal les choses, mais parce que... le code que vous appliquez, le langage que vous essayez de pratiquer, il n'est pas reconnu, il n'a pas de sens dans ce contexte. Quand vous appliquez les bonnes manières dans votre classe sociale d'origine, ça ne peut pas avoir les effets que vous escomptez, parce que dans ce contexte, ça n'a pas de sens. Et à l'inverse, si vous appliquez les bonnes manières en dehors du contexte dans lequel elles devraient être appliquées, ça n'aura pas non plus de sens. Je vous propose une métaphore pour que vous compreniez mieux. Imaginez que vous regardiez un reportage à la télévision, justement sur une tribu amazonienne, et que cela vous fascine, et vous vous dites « Ah, c'est beau, c'est intéressant, j'aimerais faire comme eux, je veux appartenir à cette tribu. » Et donc vous commencez à vous renseigner, vous apprenez leur langage, leur dialecte, vous regardez comment ils se tiennent, comment ils se déplacent, comment ils s'habillent. Et puis vous commencez à aller plus loin, vous commencez à les imiter, vous grimez, vous vous peignez le visage avec ces motifs si particuliers. Vous portez les mêmes coiffes en plumes, les mêmes billoux, vous reproduisez leur code extérieur. Mais si vous faites tout cela en France, en région parisienne, en plein milieu de la société occidentale, sur une dalle de béton, sans jamais prendre la décision de prendre votre machette et un sac à dos et d'aller traverser la forêt amazonienne pour aller braver la jungle et rencontrer concrètement les humains qui constituent cette tribu, eh bien vous vous rendez compte que ça n'a pas de sens. Si vous êtes grimé et habillé comme des membres d'une tribu amazonienne dans un contexte occidentalo-occidental, vous n'allez jamais réussir à vous intégrer à cette tribu amazonienne. Vous serez juste un hurluberlu avec des peintures sur le visage et des plumes sur la tête. Eh bien avec les bonnes manières, c'est la même chose. À un degré un peu moindre évidemment, mais le mécanisme est identique. Si vous adoptez les codes d'un groupe social favorisé, sa manière de parler, sa manière de tenir, de se comporter, sans faire la démarche réelle, concrète et stratégique d'aller dans les lieux, dans les cercles, dans les espaces où ce groupe existe, où les personnes de ce groupe se regroupent, et bien ces codes deviennent absurdes. Si vous les appliquez dans le mauvais contexte, ces codes ne sont plus des signes de reconnaissance, ils sont juste des déguisements. Et c'est à ce moment-là, souvent, qu'interviennent les moqueries, le sentiment de décalage et l'incompréhension sur pourquoi le fait d'appliquer les bonnes manières, ça ne fonctionne pas. Ce n'est pas parce que vous faites mal les choses, c'est parce que vous appliquez ces codes dans un environnement qui ne les reconnaît pas. Les bonnes manières, c'est le langage d'une tribu, mais parler une langue sans aller là où elle est parlée ne vous fait appartenir à aucun peuple. Voilà pourquoi les bonnes manières... ne suffisent pas à s'élever socialement, en soi. Venons-en maintenant à la deuxième partie, sur ce qui fait réellement l'ascension sociale. L'ascension sociale, ce n'est pas qu'une question de bonne manière, on l'a vu, c'est surtout une question de combinaison stratégique de capitaux. Pourquoi ? Parce que les élites tiennent leur position par un ensemble d'éléments qu'on appelle des capitaux. Si on s'en tient à la théorie bourdieusienne, il y en a trois principaux, le capital culturel, le capital économique et le capital social. Et si je veux résumer non seulement cet épisode, mais presque tout ce que je vous raconte dans ce podcast, c'est très simple. Vous avez à travers ces trois capitaux les trois chemins, les trois voies, les trois stratégies possibles. La première, c'est le capital culturel. Pour faire simple, c'est la culture générale. Alors attention, la culture générale, ce n'est pas la culture en général. C'est un type de culture particulier, une culture légitime, reconnue, mobilisable socialement. C'est la culture qui va vous permettre... d'échanger, de comprendre le monde, de vous y mouvoir, d'être reconnus par vos pairs dans les discussions, dans les loisirs et par les références que vous pouvez apporter à la table. Et point important, la culture générale, ce n'est pas seulement ce que vous savez, c'est la manière dont vous êtes capables de mobiliser cette culture. Parce que c'est très bien d'avoir plein de connaissances, mais si vous ne savez pas les utiliser, ça n'aura aucune utilité. Je vous donne un exemple très simple, c'est le mien. Quand j'ai préparé le concours de Sciences Po, j'ai ingurgité une quantité phénoménale de connaissances. Mais pour moi, cette culture avait un but utilitaire qui était de réussir un concours. Donc j'ai acquis cette aisance à ressortir des concepts dans un cadre normé, celui de la dissertation, dans une moindre mesure dans celui de l'entretien oral. Mais dès lors qu'il a fallu mobiliser ces références dans une conversation mondaine entre étudiants, dans des échanges informels, quelle que soit leur nature, là, c'était une autre histoire. Et en tout cas, dans mes premières années d'études à Sciences Po, j'en étais parfaitement incapable parce que cette culture générale, je l'avais assimilée en tant que savoir académique, mais je ne l'avais pas assimilée de manière naturelle, de manière à la mobiliser dans des conversations. comme ce que faisaient la plupart des étudiants de cette école qui venaient plutôt de milieux favorisés. Donc le capital culturel, ce n'est pas seulement l'accumulation, c'est aussi l'intégration, l'aisance, la spontanéité et surtout le bon usage. Ensuite, deuxième stratégie, le capital économique. Le capital économique, c'est l'ensemble de vos ressources financières, de vos ressources matérielles, de vos actifs, de vos revenus, mais c'est aussi votre éducation financière et votre rapport à l'argent. Il faut aussi savoir... activer ce capital parce que vous pouvez gagner des quantités assez importantes d'argent, mais ne pas savoir le convertir en statut, en opportunité. Par exemple, c'est ce qu'on reproche beaucoup aux nouveaux riches. Dans les milieux sociaux favorisés plus traditionnels, on a tendance à critiquer les nouveaux riches qui ont tendance à exposer leur fortune à travers notamment des signes ostentatoires de richesse parce qu'ils ne maîtrisent pas justement ces codes de discrétion et de sobriété. Donc c'est très bien d'avoir du capital économique, mais si vous ne savez pas le transformer en capital symbolique, pour vous faire votre place, vous risquez d'être bloqué. Et troisième type de capital, c'est le capital social. Alors le capital social, c'est tout simplement le réseau, c'est l'ensemble des personnes que vous connaissez, c'est votre réserve de relations, de connexions, de ressources humaines, si on peut le dire ainsi. Et le capital social, c'est surtout qui vous connaissez et à qui vous connaissez. quel point vous connaissez bien ces personnes. Donc sur le capital social, soit vous êtes né dans la bonne famille et vous en héritez, soit vous devez construire votre réseau. Et si vous écoutez ce podcast, il y a de grandes chances que vous soyez dans le deuxième cas. Tout comme moi je l'ai été à un certain point. Et dans ce cas-là, il ne s'agit pas de réseauter au hasard, il faut construire un réseau qui répond à vos objectifs d'ascension sociale, un réseau de personnes qui soient pertinents pour vous, qui vous permettront... d'avoir accès à un certain nombre de positions, un certain nombre d'informations ou d'opportunités. Et effectivement, dans ce cadre, dans ce contexte, les bonnes manières sont extrêmement utiles parce que ce sont des outils de connexion, mais ce n'est pas une finalité, ce n'est pas une fin en soi. Parce que dans le réseau, si vous maîtrisez les bonnes manières, c'est très bien, mais si vous n'avez rien à apporter sur la table, si vous êtes juste là pour prendre sans avoir quelque chose à... offrir en retour. Autrement dit, si vous n'avez pas de vraie stratégie d'ascension sociale, eh bien vous allez vous retrouver bloqué quand bien même vous maîtrisez les bonnes manières. Et j'en reviens à ma logique de tribu. Les bonnes manières sont utiles quelle que soit la stratégie que vous utilisez, que ce soit par le capital culturel, par le capital économique, par le capital social. Les bonnes manières, elles sont utiles dès lors que vous arrivez à la frontière des tribus, quand vous passez d'un milieu à un autre. quand vous traversez une frontière symbolique, quand vous êtes en train d'entrer quelque part. Mais en aucun cas, ces bonnes manières ne remplacent les capitaux. Elles ne remplacent pas une vraie stratégie d'ascension. Et c'est précisément à cette idée que je veux vous amener, c'est que les bonnes manières, c'est un outil qui est puissant, c'est un outil qui est efficace, mais seulement s'il est bien utilisé. Les bonnes manières, elles sont utiles, elles facilitent la première impression, Elles vous permettent... de faciliter votre entrée dans certains cercles, ou plutôt votre maintien, parce que c'est plutôt justement la stratégie d'ascension sociale qui va vous permettre d'entrer, et les bonnes manières qui vont vous permettre d'y rester, parce qu'elles vont vous conférer cette aisance. Elles font partie du langage commun, comme je l'ai dit, qui permet de se reconnaître, mais ces bonnes manières ne vous confèrent aucun statut, elles ne vous permettent pas d'avoir une lecture des rapports de pouvoir, et elles ne vous permettent pas de définir des ambitions. Ces bonnes manières, elles ne vous donnent pas la capacité à apporter de la valeur, elles ne vous donnent pas de stratégie de positionnement et elles ne vous disent pas à quelle table être invité, avec qui il faut discuter. Parce que les bonnes manières vont vous apprendre finalement à bien savoir tenir votre coupe de champagne. Mais si vous n'avez personne avec qui discuter pour boire votre champagne, quel est l'intérêt ? Et les bonnes manières, si elles sont pratiquées dans le vide, elles deviennent un artifice. Et un artifice, ça n'a aucune utilité. Un artifice, c'est joli, ça fait bien, c'est agréable à voir. Mais un artifice, ça ne change pas une vie. Et puis, j'aimerais ajouter un point à propos des... des bonnes manières qui va peut-être déranger. Mais je le dis quand même, le piège des bonnes manières, c'est que, isolément, l'apprentissage des bonnes manières peut rapidement vous transformer, en particulier quand vous êtes une femme, en personne docile, en personne discrète, qui s'efface. Et si, effectivement, votre rêve, votre ambition, si je puis dire ainsi, c'est d'être discrète, de ne pas déranger, d'être la petite présence élégante, le pot de fleurs qui ne prend pas trop de place, Très bien, mais je pense que dans ce podcast, vous n'êtes pas au bon endroit. Parce que ce podcast, il s'appelle « Élégance et ambition » . Et si j'avais seulement voulu vous apprendre les bonnes manières, il s'appellerait « Élégance tout court » . Donc oui, ici, on parle de savoir-être, de code, mais toujours dans cette idée que ces codes, ces bonnes manières, ce savoir-être, il doit s'inscrire dans une stratégie d'ascension sociale. Il doit s'inscrire dans une certaine ambition pour que cela ait une véritable portée. J'en arrive à la conclusion de cet épisode, et pour répondre encore une fois à la question « est-ce qu'apprendre les bonnes manières suffit à s'élever socialement ? » , vous connaissiez ma réponse, qui est bien évidemment non, mais maintenant vous savez pourquoi, puisque les bonnes manières ce n'est pas une stratégie, c'est un outil. Mais surtout, le point important, c'est que les bonnes manières c'est une condition nécessaire, mais non suffisante. Si vous voulez évoluer socialement, il va absolument falloir coupler les bonnes manières avec une stratégie concrète d'ascension sociale. Parce que les bonnes manières, à elles seules, elles ne créent pas ni de capital culturel, ni de capital économique, ni de capital social. Les bonnes manières, elles accompagnent ces capitaux, elles facilitent leur mise en place, elles rendent les interactions plus fluides, mais elles ne remplaceront jamais le fait de construire votre trajectoire avec une vraie stratégie concrète. Pour finir, je veux quand même nuancer mon propos parce que c'est important. Un enseignement pur des bonnes manières, il peut être pertinent si vous avez déjà effectué une progression sociale fulgurante. Si par la force de votre travail, par un exploit professionnel, une réussite intellectuelle, peu importe, vous avez réussi très vite à rejoindre des milieux élitistes et vous vous trouvez complètement perdu, là, oui. les bonnes manières peuvent être le vernis qui vous manque. Ces bonnes manières peuvent être l'outil d'adaptation urgente à votre nouveau milieu social. Mais si vous partez de peu, si vous partez d'un environnement plutôt classe moyenne ou populaire et que vous êtes encore dans ces cercles-là et que vous n'arrivez pas encore à vous en extraire, si vous n'avez pas encore bâti une stratégie d'ascension sociale qui porte ses fruits, alors l'apprentissage des bonnes manières à lui seul aura peu d'utilité significative. Je tiens à vous rassurer, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, au contraire c'est une excellente nouvelle parce que ça ne veut pas dire que c'est vous le problème, ça ne veut pas dire que c'est un manque de discipline, d'effort ou que vous faites mal les choses, ça signifie juste que vous avez besoin d'un plan, d'une stratégie, d'un cadre. Les bonnes manières, c'est un outil, certes, mais ce qui va véritablement changer votre trajectoire, ce sera la cohérence, l'articulation entre où est-ce que vous mettez votre énergie. Quel capitaux vous construisez et quel cercle vous visez ? Et comment vous traversez ces frontières symboliques entre la tribu que vous avez envie de quitter et celle que vous avez envie de rejoindre ? Je vous laisse avec cette dernière réflexion. C'est que les bonnes manières, c'est parler le langage d'une tribu. Et pour rejoindre une tribu, il faut aussi aller là où elle vit, comprendre ses règles, construire votre place et surtout vous donner les moyens d'y rester. Merci infiniment d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Comme toujours, s'il vous a plu, aidé ou inspiré, je vous invite à laisser un commentaire et une note 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Et quant à moi, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente journée ou une excellente soirée, et je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode d'élégance et ambition.