Speaker #0Bienvenue dans Élégance et Ambition. Je m'appelle Thalia, et après plusieurs années à décrypter les codes de la classe aisée, j'aide désormais les personnes ambitieuses à gravir l'échelle sociale tout en restant fidèles à elles-mêmes. Ici on parle d'élégance, de savoir-être et de conseils pratiques pour naviguer dans les cercles les plus prestigieux. Dans ce podcast, je vous partage tout pour transformer vos ambitions en actions concrètes et vous accompagner pas à pas dans votre quête de réussite sociale. Alors installez-vous confortablement et laissez-vous inspirer. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Ellégance & Ambition et aujourd'hui nous allons parler de culture générale. Il existe une expression à ce sujet que vous avez probablement déjà entendue et qui circule depuis longtemps dans l'imaginaire collectif qui est la suivante « La culture c'est comme la confiture » . moins on en a, plus on l'étale. C'est une phrase un peu moqueuse qu'on a tendance à sortir lorsqu'on parle de quelqu'un qui fait de l'étalage, qui fait de l'esbrouf, qui fait de l'ostentation vis-à-vis de ses connaissances et qui contient quelque chose de profondément juste. Pas parce qu'elle dirait que la culture est quelque chose de ridicule ou inutile, bien au contraire, mais parce qu'elle dit quelque chose de notre rapport à la culture et surtout de notre insécurité face à cet élément. Ce que l'on étale, en réalité, ce n'est pas la culture quand on parle de ses connaissances, c'est le besoin de prouver qu'on en a. Et si cette expression, elle a autant traversé le temps et les générations, c'est parce qu'elle pointe un malaise très répandu, c'est la confusion entre le fait d'avoir de la culture, d'une part, et le fait de savoir s'en servir. Et dans cet épisode, j'aimerais précisément prendre le temps de déconstruire cette confusion, de montrer ce qui se cache réellement derrière l'expression de culture générale. Et donc la problématique ou le fil rouge de cet épisode si vous préférez va consister à répondre à la question suivante comment forger sa culture générale et surtout comment faire en sorte que cette culture soit utilisable en contexte social et ce de manière élégante. Dans cet épisode je ne vais pas vous apprendre à réciter des références ni à citer des auteurs pour pour paraître plus intelligente ou plus intelligente. Ce n'est pas le but de cet épisode. Je ne vous donnerai pas non plus des recommandations, des listes de livres à lire. Ça n'aurait pas de pertinence. Ce n'est pas comme cela que l'on construit sa culture. Ce que je vais vous transmettre ici a un objectif beaucoup plus profond. C'est de vous permettre de gagner en légitimité intérieure, en confiance en vous et surtout en aisance sociale dans des contextes où le capital culturel est valorisé. La culture générale dont nous allons parler aujourd'hui, ce n'est pas une culture décorative, ce n'est pas une culture d'apparat. C'est une culture qui sert à structurer, à se stabiliser, à savoir se tenir en société. Et à la fin de cet épisode, vous saurez vers quelles ressources vous tournez, quelle posture mentale adopter et surtout comment vous comporter en contexte social afin de savoir bien manier cette culture pour pouvoir vous en servir avec élégance et justesse. Pour commencer, et avant de parler de méthode de lecture et avant de parler de conversation, il faut d'abord commencer par comprendre ce que l'on cherche à construire. Parce que tant que le concept de culture générale est mal compris, on ne peut pas vraiment se l'approprier. On a tendance à penser à tort que la culture générale c'est un empilement de connaissances, un stock, une accumulation, une somme de savoirs. ce serait un capital qu'on accumulerait comme on accumule les bons points, les dates, des noms, des œuvres. Or, voir la culture générale de cette manière, c'est profondément réducteur. Et pour cette raison, je vous invite à voir la culture d'une autre manière, notamment à travers le prisme de la sociologie. Et c'est précisément ce que nous montre Pierre Bourdieu, qui est un sociologue dont vous connaissez le nom et l'œuvre puisque je la cite abondamment à travers ce podcast. Pierre Bourdieu, c'est l'un des grands penseurs de la reproduction sociale et on va s'attarder sur son propos, sur sa pensée, sur son œuvre pour aborder la question de la culture générale. Donc la culture générale, c'est ce que Pierre Bourdieu désigne sous forme de capital culturel qui est l'une des trois grandes formes de capital avec le capital économique et le capital social. Et Pierre Bourdieu nous parle plus en détail de ce capital culturel dans un papier qu'il a publié en 1979 qui s'intitule « Les trois états du capital culturel » . Dans cet article, il explique que la culture, elle ne se réduit jamais à ce que l'on sait. En réalité, le capital culturel existe sous trois formes distinctes qui ne produisent pas les mêmes effets sociaux. La première forme et la plus importante, c'est le capital culturel incorporé. Ce capital incorporé, c'est tout ce qui est passé dans le corps et dans l'esprit. C'est la manière de parler, le vocabulaire, le rapport au langage, la façon de structurer la pensée, la capacité à faire des liens entre différents éléments culturels, le rapport à la légitimité, la capacité à mobiliser des références et des savoirs. C'est une forme de culture qui ne s'exhibe pas parce qu'elle est devenue naturelle. Elle ne s'énonce pas, elle se manifeste. Et Pierre Bourdieu nous dit dans son article, justement, que ce capital culturel incorporé, il demande de l'assimilation, de l'incorporation d'un certain travail. Et ce travail demande du temps. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut déléguer. C'est quelque chose que les individus doivent prendre le temps de faire par eux-mêmes. Et donc ça suppose un investissement personnel prolongé et on ne peut pas faire l'économie de cet apprentissage. La deuxième forme de capital culturel, c'est le capital culturel objectivé. Le capital objectivé, ce sont tous les objets culturels comme les livres, les œuvres, les instruments de musique, les supports matériels, les abonnements à diverses formes de culture, un journal, un opéra ou à certains types de spectacles. Et il explique que posséder tous ces éléments, posséder ces objets, ça ne suffit pas en soi. Et il explique que ce capital culturel objectivé, il est propre aux classes dominantes ou aux classes favorisées, mais que sans le capital incorporé, le capital objectivé à lui seul, il est inefficace, il n'a pas d'utilité. Pour vous donner un exemple, ce n'est pas parce que vous avez plein de livres chez vous dans votre bibliothèque que vous avez incorporé ce capital, en tout cas les connaissances qui existent dans ces livres. La différence entre capital culturel objectivé et capital incorporé, c'est que le capital objectivé, c'est l'ensemble des livres qui composent votre bibliothèque, et le capital culturel incorporé, c'est l'ensemble des connaissances qui sont issues des livres que vous avez lus et dont vous êtes capable de discuter dans une conversation banale. Parce que vous pouvez très bien, par exemple, aller chez Ikea et vous construire des étagères, et ensuite faire une radia à la FNAC de... tous les livres de culture générale et de tous les grands classiques de littérature et vous pouvez très bien placer tous ces livres dans votre bibliothèque fraîchement construite, mais si vous n'avez pas lu ces livres, finalement ça veut dire que vous avez accumulé beaucoup de capital objectivé mais très peu de capital incorporé. La logique serait la même si par exemple vous vous amusiez à collectionner plein de tableaux que vous auriez dénichés dans des venteuses en chair ou dans un vide-grenier mais que finalement vous ne seriez pas capable de parler de ces œuvres parce que peut-être vous n'êtes pas capable de les situer dans un courant artistique, vous n'êtes pas capable de situer leurs auteurs, de dire à quelle époque ils ont vécu, de quel courant ils s'inspirent. Voilà ce qu'est la différence entre le capital objectivé et le capital incorporé. Et enfin, la troisième forme de capital culturel, c'est le capital institutionnalisé. en somme la reconnaissance officielle du savoir. Mais là encore, Pierre Bourdieu nous met en garde sur le fait qu'un diplôme ne garantit ni l'aisance sociale, ni la légitimité perçue, ni la capacité à évoluer avec naturel dans certains milieux. Et c'est précisément pour cette raison que certaines personnes qui sont très diplômées se sentent parfois profondément illégitimes dans des contextes mondains ou dans des contextes élitistes. Ce que Pierre Bourdieu nous montre aujourd'hui au fond, c'est que la culture générale réellement efficace n'est ni celle que l'on possède, ni celle que l'on achète, ni celle que l'on affiche, mais c'est celle que l'on incarne. C'est celle qu'on est capable de mobiliser dans des contextes sociaux. Pour comprendre cette dimension incarnée, j'aimerais vous introduire un deuxième auteur qui est Norbert Elias. Norbert Elias, c'est un sociologue allemand qui, dans son ouvrage phare « La civilisation mais également dans un de ses autres ouvrages qui s'intitule « La dynamique de l'Occident » , a montré comment, au fil du temps, les sociétés occidentales ont progressivement déplacé les contraintes extérieures vers des contraintes intérieures. Norbert Elias, lui, il ne voit pas la culture comme un savoir, mais comme un processus de civilisation. La culture, pour Norbert Elias, c'est l'apprentissage de l'autocontrôle, c'est la maîtrise des affects et elle contribue finalement au raffinement progressif des comportements. La culture ce n'est pas une façade, ce n'est pas un vernis, mais c'est plutôt le ferment de la discipline intérieure. Il a montré dans ses ouvrages comment des éléments extérieurs comme la violence qui pousse, provoquer de la contrainte chez des individus, ont été amenés à être intériorisés par les individus à tel point que les individus étaient la première source d'autocontrôle, que les gens se disciplinaient par eux-mêmes parce qu'ils avaient intériorisé certaines règles. Et il a également écrit un ouvrage déterminant qui s'intitule « La société de cour » , dans lequel il part de l'étude de la cour de Versailles du temps de l'Ancien Régime en France. Il explique que dans les cercles socialement dominants, Personne ne vous dit explicitement comment vous comporter, mais finalement tout est organisé pour que vous sachiez instinctivement ce qui est approprié, ce qui ne l'est pas, quand parler, quand se taire, quand intervenir, quand se retirer. La culture c'est une boussole, un radar social. C'est un élément qui permet de se repérer sans que ce soit explicite, sans faire de bruit, sans excès. Et cette culture elle repose davantage sur ce que l'on ne fait pas que sur ce que l'on fait. Cette culture, donc cette culture au sens large, elle permet de savoir que, par exemple, ce n'est pas poli d'interrompre, de corriger, de surréagir. Et cette élégance culturelle, justement, elle ne se manifeste pas dans l'étalage de références mais plutôt dans la retenue, dans l'autocontrôle. Et enfin j'aimerais vous citer un troisième auteur ou plutôt une troisième autrice qui est Anna Arendt qui est une grande philosophe du XXe siècle à travers ses ouvrages... La crise de la culture et conditions de l'homme moderne, dans lesquelles elle explique que la culture n'est ni utilitaire, ni productive, ni rentable, mais qu'elle sert surtout à deux choses. La première c'est que la culture sert à relier les individus dans le temps, et la deuxième chose c'est que cette culture permet de penser le monde. La culture générale c'est un socle de jugement, c'est quelque chose qui permet de prendre de la hauteur, et de marquer une certaine maturité intellectuelle. Cette culture, elle sert à ralentir, à penser et à juger. Elle permet de développer une faculté fondamentale qui est le jugement par opposition à l'opinion. Parce que l'opinion, c'est quelque chose d'immédiat, de réactif, d'émotionnel. Alors que le jugement, c'est une notion qui suppose de prendre de la distance, de faire des comparaisons, de faire de la mise en perspective. Et donc, une personne cultivée, si on extrapole... Ce que nous dit Anna Arendt, ce n'est pas quelqu'un qui a réponse à tout, mais c'est plutôt quelqu'un qui sait suspendre sa réaction, qui sait attendre, qui sait formuler plutôt que de trancher ou d'émettre des opinions hâtives. On pourrait même rajouter que les personnes réellement cultivées sont celles qui savent dire « je ne sais pas » sans avoir honte, sans rougir. La culture devient avec cette nouvelle perspective une capacité à se tenir dans le monde sans être hâteuse. happé par l'instant, par l'émotion ou par la nécessité de réagir. Vous l'avez compris donc, si l'on devait résumer la pensée de ces trois auteurs, Pierre Bourdieu, Norbert Elias et Anna Arendt, la culture générale ce n'est pas une accumulation de connaissances, c'est aussi une manière de penser et c'est une manière de manipuler et de réutiliser ses savoirs pour interagir avec le monde et pour... pour savoir se comporter avec le monde qui nous entoure. Une fois que l'on a compris ce qu'est réellement la culture générale, donc non pas comme un stock de savoirs mais comme une culture incorporée, intériorisée, incarnée, comme un ensemble d'éléments qui permet la retenue, qui permet de ralentir, de se poser et de réfléchir, la vraie question devient comment est-ce que l'on forge cette culture ? La première réponse, et qui va décevoir celles et ceux qui cherchent une solution rapide, c'est que... On ne forge pas sa culture générale avec des techniques miracles. Il n'y a pas de quick fix, comme on dit en anglais, il n'y a pas de solution rapide. Et comme je vous l'ai dit avec la présentation de la pensée de Bourdieu, le capital culturel incorporé, ça nécessite du temps. Vous ne pourrez pas faire l'économie de ce temps et de cet effort pour vous approprier cette culture générale. Mais je vais m'efforcer dans cette deuxième partie de vous donner... plusieurs éléments pour vous forger cette culture de manière la plus efficace possible. D'abord, On se forge sa culture générale avec un changement de posture mentale. La première chose à faire, et c'est probablement la plus importante, c'est d'arrêter de considérer la culture comme quelque chose d'inaccessible. Beaucoup de personnes se disent « je n'ai pas de culture générale » et en disant cela, elles se ferment déjà la porte. Et c'est dommage parce qu'en réalité, personne ne part de zéro. Même si vous venez d'un milieu populaire où... personne ne parlait de culture, du moins de grande culture, de culture classique. En réalité vous avez sans doute déjà des références, des intérêts, des curiosités, des expériences, un certain rapport au monde et la culture générale elle ne commence pas là où vous seriez censé combler un manque, elle commence là où vous acceptez l'idée que vous avez un champ immense devant vous, un océan de possible « il me manque quelque chose » , vous pouvez très bien partir du principe que vous avez énormément de choses à apprendre et que finalement c'est quelque chose de merveilleux. Si vous êtes dedans, il faut vraiment que vous vous sortiez de cette posture de déficit, cette posture presque honteuse qui consiste à dire que les autres savent et que vous, vous ne savez pas. Cette posture elle est paralysante et de toute façon la culture générale c'est tellement infini que vous ne pourrez jamais tout savoir. Donc à la place, il faut adopter une posture de curiosité et non pas une posture de curiosité anxieuse dans laquelle vous chercheriez à rattraper un retard imaginaire, mais plutôt une curiosité tranquille, presque enfantine. C'est une curiosité qui doit vous pousser à vous dire « je ne sais pas encore, mais je peux apprendre » . Le deuxième changement de posture mentale que je veux vous faire acquérir, c'est d'arrêter d'aborder la culture de manière scolaire. La culture générale, ce n'est pas un oral de concours, ce n'est pas un examen. Alors si vous êtes dans ce cas-là, oui, il va falloir en passer par une approche scolaire, mais vous pouvez très bien coupler l'approche scolaire à celle que je veux vous présenter. Mais dans tous les cas, on n'est pas un oral de concours. Les gens avec qui vous allez discuter de divers éléments de culture générale ne sont pas un jury d'examen. Vous n'allez pas passer un QCM. Pourtant malheureusement, beaucoup de de personnes abordent encore la culture générale comme si elles allaient être évaluées en permanence, comme s'il fallait tout retenir, tout mémoriser, comme s'il fallait être capable de tout restituer immédiatement parce qu'on serait devant un jury. Mais ce n'est pas le cas et il faut vraiment vous débarrasser de cette approche parce que non seulement elle est anxiogène mais surtout elle est inefficace. Les méthodes scolaires classiques qui consistent à faire des fiches, les recopier, les relirent, Tout cela, ça a un effet très marginal sur l'apprentissage réel. On le sait aujourd'hui grâce aux sciences cognitives, on apprend beaucoup mieux quand on manipule une information, quand on la reformule, quand on l'explique, quand on la relie à d'autres éléments. La culture générale, si vous voulez qu'elle soit vraiment incorporée, vous ne pourrez pas la construire en ingérant, en faisant de la boulimie d'informations. Cette culture générale, pour vous l'approprier, il va falloir le faire par émulation. assimilation. Et c'est exactement ce que Pierre Bourdieu disait lorsqu'il parlait du capital culturel incorporé, ça va vous prendre du temps. Et pour cela, il va falloir vous plier à ce qu'on appelle de l'exposition répétée. Parce que c'est en étant confrontés de manière répétée, de manière prolongée dans le temps, que vous commencerez à assimiler naturellement cette culture générale. J'ai remarqué que les personnes qui ont beaucoup de culture générale depuis un très jeune âge, c'est parce qu'ils sont plonger littéralement dans un bain culturel à domicile. Mais tout cela, ça n'a rien de naturel, c'est simplement le fruit d'une exposition répétée. Et si vous voulez vous forger une culture générale, eh bien vous ne pouvez pas faire l'économie de cette exposition répétée et il va falloir accepter que cela prenne des mois voire même des années. Donc si vous pensez que vous n'avez pas de culture générale, que vous partez de zéro, encore une fois c'est rarement le cas, comptez plusieurs mois avant de commencer à vous sentir à l'aise avec cette culture générale et comptez au moins une bonne année pour que cela commence à devenir naturel. Alors ne vous sentez pas découragé, ne baissez pas les bras tout de suite, ce n'est pas le signe d'un échec, c'est tout à fait normal. La culture générale c'est le fruit d'un temps long, c'est le fruit d'un processus de sédimentation, ça se dépose couche après couche si on veut filer la métaphore. Beaucoup de gens voudraient pouvoir télécharger la culture générale comme on télécharge un fichier ou comme on télécharge un film. Quoique ça ne se fait plus maintenant avec le streaming, mais peu importe. Mais non, la culture générale, ça a besoin de temps. Votre cerveau, il a besoin de processer les informations. Il a besoin que vous... que vous soyez exposé fréquemment, que vous vous assimiliez, que vous réfléchissez. Et tout cela, ça nécessite une certaine durée incompressible. Une autre idée importante à déconstruire, c'est celle selon laquelle il faudrait ingurgiter un maximum de connaissances le plus vite possible. Ce réflexe, il vient souvent de la peur. De la peur d'être démasqué, de la peur de ne pas être à la hauteur, de la peur de passer pour quelqu'un d'ignorant. On voudrait ingurgiter plein de connaissances pour pouvoir être en mesure de les recracher le moment venu dans une conversation au moment opportun. Donc, oubliez les méthodes de fiches, toutes ces méthodes scolaires et toutes les méthodes de bachotage qui vous ont peut-être permis de réussir des concours ou des examens par le passé parce que la culture générale dont nous parlons ici, ce n'est pas une stratégie de façade, c'est un véritable travail de fond. Une fois que vous avez intégré cette posture mentale, on peut passer à la méthode. Et cette méthode elle est à la fois très simple et très exigeante. La première chose à faire c'est de lire. La deuxième chose à faire c'est de lire. Et la troisième chose à faire c'est de lire. Alors vous allez me dire mais qu'est-ce qu'il faut lire ? Eh bien le premier élément vers lequel vous pouvez vous tourner c'est tout simplement la presse écrite. C'est un point d'entrée qui est extraordinaire. Pourquoi ? Parce que l'actualité... C'est une source inépuisable de culture générale. La culture générale, elle sert précisément à comprendre le monde dans lequel on vit, à donner du contexte, de la profondeur, des repères. Et quand vous lisez de l'actualité, vous construisez déjà votre culture générale. Alors quand je parle d'actualité, je précise c'est vraiment la presse écrite, c'est lire et je ne parle pas de la télévision et des chaînes d'information en continu. ou des formats rapides que vous pouvez voir sur les réseaux sociaux. Oubliez tout ce qui est BFM TV, ça n'a aucune plus-value intellectuelle, ce n'est pas comme ça que vous allez forger votre culture générale. Alors pourquoi la lecture ça a autant de vertu ? Premièrement parce que quand vous lisez, vous lisez beaucoup plus vite que vous n'écoutez. On parle à une vitesse moyenne de deux mots par seconde, alors qu'on lit à une vitesse de 9 à 10 mots par seconde. Donc lire vous permet de parcourir. bien plus d'idées, bien plus de concepts et bien plus de points de vue en un même temps donné. Deuxième élément, c'est que quand vous lisez de l'actualité au lieu de la regarder, la presse écrite a le mérite de vous permettre d'aller en profondeur, de lire des analyses, d'être dans la réflexion. A l'inverse, les chaînes d'information continuent et c'est pour ça que je vous conseille d'éviter absolument ce type de format. Elles sont dans l'émotion, elles sont dans le sensationnel. Ce n'est pas de l'information, c'est du divertissement. C'est fait pour vous générer de la chair de poule et de la sensation forte. Donc hésitez parce que les chaînes d'information en continu, justement elles sont là pour susciter de la réaction et de l'opinion. A l'inverse, la presse écrite vous permet de formuler un jugement, comme nous le conseillait plutôt Anna Arendt. Et je ne parle même pas des réseaux sociaux, qui là pour le coup, en plus d'être des relais incroyables de fonds, fausses nouvelles sont aussi plutôt axées sur la sensation et sur l'émotion. Et ne me dites pas que vous n'aimez pas lire, ce n'est pas vrai. Je ne vous crois pas, je ne vous croirai pas. Vous lisez en permanence, vous lisez des recettes de cuisine, vous lisez des listes d'ingrédients, vous lisez vos messages, vous lisez des notices, vous lisez plein de choses au quotidien. Le problème ce n'est pas la lecture, le problème c'est la représentation que vous en avez. Si vous dites que vous n'aimez pas la Peut-être que vous en avez été dégoûté pendant votre scolarité avec les ouvrages qu'on nous force à lire et qui ne sont pas forcément du goût de tout le monde. Mais si c'est le cas, je suis sûre qu'il existe plein de livres qui peuvent convenir à vos goûts. Si ce sont les livres longs qui vous impressionnent ou qui vous rebutent, sachez que tous les livres ne font pas 500 pages et ne sont pas écrits en poli suite. d'essais d'actualité qui font 100 à 200 pages et qui sont écrits de manière aérée et qui sont beaucoup plus diverses. Il existe aussi des formats plus accessibles, notamment les nouvelles, les nouvelles de mots passants par exemple. J'en ai relu certaines récemment et certaines sont vraiment croustillantes et je vous conseille de vous diriger vers ce type d'écrit. Si les lectures trop longues vous rebutent, vous avez également les Fables de la Fontaine qui sont magnifiques et aller au-delà des simples classiques des revues et revues, le corbeau et le renard ou la cigale et la fourmi. Quoique certains sont intéressants à lire, le message est souvent mal compris sur ces fables donc ça vaut aussi la peine de relire celles qui sont les plus connues. Mais en tout cas la culture générale à travers la lecture elle ne commence pas forcément par des ouvrages difficiles elle commence par le plaisir de comprendre et lorsque vous lisez que ce soit la presse, un essai un roman et c'est là un conseil supplémentaire Creusez les angles morts. Dès lors que vous tombez sur un mot dont vous ne connaissez pas la définition, ou un concept que vous ne maîtrisez pas, ou une référence qui vous échappe, Allez chercher, ouvrez, creusez. Ouvrez de nouvelles perspectives, de nouvelles portes, en gardant à l'idée qu'un concept peut en ouvrir dix autres derrière. Et c'est comme cela que se construisent les réseaux de sens. Une fois qu'on a parlé de la lecture, c'est bien, mais ça ne suffit pas. La lecture à elle seule ne vous suffira pas pour améliorer votre culture générale. La meilleure manière de vous approprier réellement cette culture, c'est d'en parler, c'est de poser des questions, c'est d'échanger. Et c'est souvent là que les choses se bloquent parce que les conversations culturelles ont tendance à impressionner. Quand on est en situation sociale, parfois on n'ose pas parler parce qu'on a peur d'être prise pour un idiot ou une idiote. Et c'est pour cette raison que je vous invite à choisir des cadres qui s'y prêtent pour parler justement de cette culture, pour commencer à la manipuler. Une fois que vous avez commencé à assimiler, à accumuler cette matière première, il va falloir la mettre en forme, la manier. Et pour cela, vous avez plein de cadres qui vous permettent de faire cela, notamment les clubs de lecture, les cafés philosophiques, les cafés littéraires, des cercles de discussion ou de débat. Et ce sont des espaces qui sont parfaits pour cet objectif parce que personne n'attend de vous que vous sachiez tout. Ce qui est valorisé, c'est la participation, c'est la curiosité, c'est la capacité à réfléchir ensemble, c'est la diversité des points de vue. Mais attention, ne vous contentez pas d'y aller une fois de temps en temps. Ce n'est pas en y allant une fois par an que quelque chose va se passer et que vous allez véritablement développer votre culture. Il faut en faire une habitude comme ce que je vous disais dans l'épisode 35 dans lequel je vous conseillais d'oublier les bonnes résolutions et adopter les bonnes habitudes. On s'améliore et on ancre un comportement par l'habitude. Et donc prendre l'habitude... d'aller dans un café philo, dans un café littéraire pour aller discuter de ces notions de culture générale. C'est ça qui va faire que vous allez développer votre culture. Je trouve qu'un rythme d'une fois par semaine, c'est un bon rythme. Et c'est vrai que je sens cet engouement chez les personnes de développer leur culture générale mais souvent c'est suivi de peu d'effets. Pour vous donner un fait qu'on m'a rapporté j'ai un ami qui tient un café philo tous les dimanches et il me dit souvent qu'il y a des habitués et puis il y a des gens qui viennent une fois pour voir, prendre connaissance du café en question et de ce qui s'y dit. Et finalement ces gens ne reviennent jamais. Et très souvent ces gens qu'on ne revoit jamais, ce sont des personnes jeunes qui viennent une fois et qui se sentent déstabilisés et qui disparaissent. Le problème c'est que la culture générale ça ne se construit pas avec une seule occurrence dans un café philo. Ça se construit dans la répétition, dans l'exposition régulière, dans le temps long. Donc prenez-le parti de trouver une structure qui se prête, qui vous convienne. Bien évidemment, ne vous forcez pas à aller à un endroit si vous trouvez que les choses qui s'y disent ne correspondent pas à ce que vous cherchez en termes de culture générale. Mais je pense qu'il faut faire au moins trois ou quatre apparitions à un même endroit pour justement commencer à sentir cette confiance. Aller à un café littéraire ou philosophique une fois et se dire « Ce n'est pas pour moi » , ce n'est peut-être pas la bonne manière d'aborder les choses. Mais en tout état de cause... Et c'est là que je veux vous amener le stade ultime de l'appropriation. Après avoir fait des lectures, après en avoir discuté, c'est d'expliquer les choses, c'est d'expliquer les concepts. Expliquer un concept à quelqu'un, c'est la meilleure manière de l'apprendre soi-même. D'ailleurs, pour vous donner un exemple qui est le mien, je n'ai jamais aussi bien compris la théorie bourdieusienne que depuis que je vous l'explique. Alors, je la connaissais bien avant de... commencer ce podcast pour l'avoir étudié pendant mes études et également pour l'avoir vécu intimement à travers mon propre parcours, mais c'est véritablement en la traduisant, en la reformulant, en la rendant intelligible que je l'ai réellement incorporée. Parce que si vous lisez du Pierre Bourdieu et de manière générale de la sociologie, si vous avez déjà lu des productions universitaires dans ce domaine, vous savez que c'est du texte qui est particulièrement indigeste Et le fait de reformuler, de trouver des mots pour rendre cela intelligible me permet de mieux le comprendre et par conséquent de mieux l'incorporer. Donc faites cet effort vous aussi à travers tous les concepts de culture générale sur lesquels vous pourriez tomber et que vous voudriez assimiler. Mais la condition bien sûr c'est d'avoir des interlocuteurs qui soient réceptifs. Et ça ce n'est pas toujours simple. quand on a un entourage qui n'est pas forcément intéressé à l'idée de forger sa culture générale. D'où l'importance de bien s'entourer. A cet effet, je vous invite à éventuellement trouver un binôme, un partenaire intellectuel, en tout cas quelqu'un avec qui vous pouvez discuter régulièrement, même de manière informelle, en prenant un café une fois toutes les semaines. Peu importe ce qui compte, c'est la continuité, c'est la régularité, et c'est d'avoir quelqu'un de confiance avec qui discuter. Quelqu'un à qui vous pouvez dire, voilà, j'aimerais bien m'approprier ce concept de culture générale. Est-ce que tu es partant ou partante pour que je te l'explique, pour que toi aussi tu l'assimiles et que moi, par cette explication, je me l'approprie de manière plus efficace. Une fois que cette culture générale commence à s'installer, une fois que vous l'avez nourrie par la lecture, par l'échange, par la répétition, que vous avez commencé à l'incorporer, il y a une question qui se pose qui est comment on l'utilise en contexte social, puisque c'est tout l'enjeu de cet épisode. Et c'est aussi là que beaucoup de personnes se sabotent, parce qu'avoir de la culture générale, ça ne suffit pas. Encore faut-il savoir comment la mobiliser, et surtout comment ne pas la mobiliser. Et avant d'aller plus loin sur le comment, on va brosser l'ensemble des erreurs qu'il faut éviter de commettre. La première erreur, la plus classique et probablement la plus coûteuse socialement, on en a parlé en introduction, c'est l'étalage de connaissances. C'est typiquement les personnes qui citent des auteurs, des citations, qui alignent des références. Les citations, c'est très bien, mais gardez-les pour les dissertations, pour les articles, éventuellement pour vos PowerPoints si vous animez des conférences dans un cadre formel. Mais en contexte social, citer des grandes références, c'est presque toujours... contre-productif. Ça crée une forme d'asymétrie, implicitement ça met les autres en position d'infériorité et en faisant cela vous renvoyez une image d'ego bien plus que celle d'une personne cultivée. La deuxième erreur qui va souvent avec la première c'est de monopoliser la parole. Parler, parler, parler, parler, expliquer sans fin, étaler ses connaissances sans jamais s'arrêter, sans jamais laisser la place aux autres pour s'exprimer. Mobiliser sa culture générale de manière élégante, ça ne se manifeste pas par la saturation de l'espace. La culture élégante, c'est aussi laisser la place aux autres, laisser la parole circuler. Et puis, troisième erreur qui est particulièrement grave et qui peut vous tuer, socialement ou symboliquement parlant, on va dire, c'est de corriger les autres. Si, dans une discussion, une personne se trompe, et vous savez qu'elle se trompe, vous êtes absolument certain que cette personne se trompe, ne la corrigez pas en public. Ne la corrigez même pas en privé sur le chemin du retour, surtout sur un sujet culturel. Faire cela, c'est une faute sociale. Si quelqu'un énonce une citation en disant que c'est une citation de Nietzsche, alors que vous savez pertinemment que ce n'est pas de Nietzsche, mais que c'est de Voltaire, ne la reprenez pas en disant « C'est pas de Nietzsche, c'est de Voltaire. » Ne faites jamais ça. Déjà... vous n'y gagnez rien, vous humiliez l'autre, vous lui faites perdre la face, et les gens n'aiment pas perdre la face. Donc vraiment, c'est une attitude à proscrire. Si la personne s'est trompée, elle s'est trompée. En général, tout le monde sait qu'elle s'est trompée, mais ça n'a aucun intérêt, socialement parlant, de la reprendre. Vous n'allez pas passer pour quelqu'un de plus intelligent parce que vous avez corrigé avec la bonne information. Et surtout, si vous faites cela... de corriger quelqu'un en public. Le comportement le plus probable, c'est que la personne que vous aurez corrigée va s'accrocher à son erreur, qu'en plus de ça, les autres prennent son parti, non pas parce qu'elle a raison, mais peut-être parce qu'ils ont des accointances avec elle, et qu'elle est plus intégrée que vous dans le groupe, et vous, vous ne serez pas perçus comme quelqu'un de cultivé, vous passerez juste pour l'indélicat de service. Et dans certains milieux, ce type d'indélicatesse ne pardonne pas, alors certes, on ne vous le dira pas, On continuera à être polis, mais vous ne serez plus invité. Et c'est ici que les apports de Norbert Elias et de Hannah Arendt prennent tout leur sens, puisque Elias nous explique que la culture, c'est le fruit d'un processus de civilisation, qu'elle repose sur l'autocontrôle, sur la maîtrise des émotions, sur le raffinement progressif des comportements, et la culture, c'est votre discipline intérieure et sociale. Hannah Arendt, elle, elle nous dit que la culture, elle permet de s'arrêter, de penser, de ne pas être... dans la réaction immédiate, d'être dans le jugement plutôt que dans l'opinion, et appliquée à la conversation mondaine, cela change profondément la manière de parler de culture. Parler de culture générale, ça ne consiste pas à énoncer des faits ni à réciter des connaissances brutes. Cela ne consiste pas à dire ce qu'est une œuvre, ni à en faire une analyse savante. Ce qui est beaucoup plus intéressant et beaucoup plus élégant au passage, c'est de poser des questions et surtout de parler de ressenti. J'insiste sur ce point, en particulier avec tout ce qui touche aux œuvres, à l'art, à la littérature, au cinéma, à la musique. il y a toujours quelque chose qui est légitime, c'est ce que vous avez ressenti. Tout le monde n'est pas capable de faire une analyse fine, structurée ou universitaire d'une œuvre, mais en revanche, tout le monde est capable de dire ce qu'une œuvre lui a fait ressentir. Vous êtes capable, aussi bien que tout le monde, de dire ce qu'une œuvre a réveillé chez vous, peut-être ce qu'elle a dérangé, ce qu'elle a éclairé. Vous êtes capable d'exprimer vos émotions. Et c'est précisément là que la conversation en devient intéressante. Je vous donne un exemple très concret. Récemment, un ami mentionnait un livre qu'il venait de terminer, en finir avec Eddie Bellegueule, d'Edouard Louis, et il se trouvait que je venais de finir le même livre au même moment. Et le réflexe aurait pu être de faire une analyse, de parler du style, du propos sociologique, du contexte, et plutôt que de poser des questions sur le style ou l'analyse sociologique, que je lui ai... On a plutôt parlé du ressenti qu'on a eu vis-à-vis de ce livre. Et la discussion est immédiatement passée sur le terrain des émotions. Moi, j'avais trouvé ce livre captivant, j'avais réussi à le raccrocher à ma propre histoire. Et mon ami, en l'occurrence, lui, il avait plutôt une autre perspective sur l'ascension sociale, sur la violence symbolique, sur la difficulté qu'il avait eue aussi à s'extraire de son milieu d'origine. Et il en a plutôt parlé en ces termes. Il m'a dit que ce livre l'avait bouleversé. qu'il avait eu des émotions très fortes qui étaient remontées à la lecture de ce livre, au point où il en avait pleuré. Et c'est là que la conversation est devenue riche, parce qu'on peut disserter la foison sur le style, sur les qualités littéraires, qui sont d'ailleurs excellentes. Mais le fait de parler de nos ressentis, c'est vraiment ce qui nous a permis de voir ce livre sous des angles différents, de comprendre ce qui le touchait chez l'autre et de créer du lien. Je me sers de cet exemple pour vous dire que décrire une œuvre de manière objective, finalement, ça a peu d'intérêt. Mais dès lors que vous introduisez la composante émotionnelle, la discussion, là, elle change de nature, elle devient beaucoup plus vivante, et ça permet de créer du lien. Et finalement, c'est ce qui fait que la culture devient accessible. Même chose, j'avais une discussion avec un ami récemment au sujet de la musique classique. J'ai très peu de connaissances en termes de musique classique, à part que je m'y intéresse par la pratique du piano que j'ai commencé il y a quelques années. Dans cette discussion, on parlait de préférence musicale. Moi, je lui disais qu'en termes de musique classique, je préférais plutôt les airs dynamiques, les airs entraînants, un peu comme la marche turque de Mozart, alors que lui préfère les airs plutôt calmes, plutôt doux, qui génèrent plus d'émotions. Donc, vous voyez que même avec un faible niveau, en tout cas, moi, je considère que j'ai un faible niveau de culture musicale, je suis quand même capable de m'exprimer sur ce sujet avec quelqu'un qui s'y connaît bien. sans pour autant m'inquiéter de mon niveau. Parce qu'au final, personne ne peut vous retirer votre ressenti. Et la culture générale élégante, elle n'est pas là pour impressionner, elle est là pour relier. Et paradoxalement, c'est souvent cette manière-là de parler de culture, par le vécu, par l'émotion, par le questionnement, qui donne l'image la plus cultivée. Parce qu'elle montre une capacité à ressentir, à réfléchir, à écouter, plutôt qu'à étaler. La culture générale... De manière générale, elle ne vous oblige pas à parler. Justement, elle vous autorise à ne pas parler. Elle vous donne cette sécurité intérieure nécessaire pour ne pas intervenir à tout prix, pour ne pas avoir à prouver ou à combler des silences. Cette culture générale, elle doit vous permettre de savoir parler au bon moment, mais aussi de savoir quand ne pas parler, quand c'est approprié de ne rien dire et plutôt d'écouter. Moi, j'ai toujours eu une admiration pour les personnes qui parlent peu. pour les personnes qui n'interviennent que lorsqu'elles ont quelque chose à apporter, celles dont la parole est rare mais juste. Et moi ça m'a toujours arrangée parce que j'ai moi-même un rapport assez fonctionnel au langage, c'est-à-dire que je parle quand il y a un intérêt à parler, mais parler pour parler ne m'intéresse pas beaucoup. Et dès lors que j'ai compris que je n'avais pas besoin de parler pour participer à une conversation et pour y avoir une valeur ajoutée, ça m'a enlevé d'un poids énorme. Et c'est là que j'ai vraiment commencé à ressentir de l'aisance dans les conversations. C'est vraiment à partir de ce moment où j'avais retiré l'enjeu de la nécessité de la prise de parole absolue, qui en fait n'en était pas une. Mais au-delà de mon propre tempérament, il y a une leçon très importante que je veux que vous reteniez, c'est que l'élégance comportementale, elle ne se situe jamais dans l'excès. Elle se situe dans la mesure. Et la culture générale, à l'image de... La théorie de Norbert Elias, cette culture générale, elle doit vous permettre de vous maîtriser émotionnellement, de ne pas vous sentir obligé de montrer ce que vous savez et de ne pas chercher la validation à travers la parole. Elle doit vous donner cette tranquillité intérieure qui fait que vous pouvez écouter vraiment, de poser des questions et de faire parler l'autre. Et paradoxalement, ce sont souvent ces personnes-là, celles qui parlent peu mais qui écoutent bien, que l'on juge les plus cultivées, parce qu'elles donnent l'impression d'avoir une profondeur. J'en viens à la conclusion de cet épisode et pour en faire un bilan, il y a plusieurs éléments à retenir. Le premier, c'est que la culture générale, cela prend du temps, dont vous ne pourrez pas faire l'économie. Ce temps, c'est le temps nécessaire à l'assimilation, à l'incorporation et c'est un cheminement long et surtout infini. Le deuxième élément, c'est qu'en réalité, il n'y a pas de moment précis où quelqu'un pourra vous dire « ça y est, maintenant tu as une bonne culture générale » . Ce moment, il n'existe pas. Ce qui compte réellement, ce n'est pas la quantité de connaissances accumulées, ni le nombre de livres que vous aurez lus. Finalement, ce qui compte vraiment, c'est votre sentiment d'aisance. C'est le moment où vous commencerez à vous sentir plus à l'aise dans vos conversations. Le moment où vous comprendrez mieux ce qui se dit autour de vous, et le moment où cette peur de ne pas savoir, elle commencera à disparaître. C'est là que la culture, elle commence réellement à être incorporée. Et quand vous atteignez ce stade, ça ne veut pas dire qu'il faut s'arrêter, bien au contraire, ça veut dire qu'il faut continuer. Parfois, les autres vous complimenteront sur votre niveau de culture générale, mais cette reconnaissance extérieure, elle ne doit pas être un point de départ à votre légitimité. Votre légitimité sur votre propre culture générale, elle doit d'abord venir de l'intérieur. Elle doit être auto-validée. Elle doit venir de votre propre ressenti. et de votre propre confiance en vous-même. Le troisième élément, c'est que la culture générale, ce n'est pas seulement ce que vous apprenez, c'est la manière dont vous mobilisez ce que vous savez pour penser le monde, pour faire des liens, pour échanger avec les autres. Et enfin, la culture générale, c'est une discipline intérieure. C'est une discipline par laquelle vous apprenez la maîtrise, la retenue et l'élégance. Comme l'exprime Anna Arendt, la culture, elle permet d'être dans le jugement. plutôt que dans la réaction et de ne pas se laisser emporter par l'émotion et de prendre de la hauteur. Et en conversation, c'est ce qui change tout. Il vaut mieux en dire peu que trop. Il vaut mieux ne pas parler du tout que de monopoliser la parole. Il vaut mieux parler une fois pour dire quelque chose de très juste plutôt que de chercher à montrer tout ce que l'on sait. Parce que l'élégance culturelle, elle ne se situe jamais dans l'étalage, elle se situe avant tout dans la mesure. dans la retenue et dans la capacité à savoir quand parler et quand laisser le silence s'installer. Merci infiniment d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il vous a plu, qu'il vous a inspiré, qu'il vous aidera à améliorer votre culture générale et surtout à apaiser votre rapport vis-à-vis de la culture. Vous l'aurez compris, la culture générale, c'est aussi un état d'esprit, bien plus qu'une accumulation de savoir. Pensez à vous abonner pour ne pas manquer... la suite des épisodes pour être averti de la sortie des prochains. Si le cœur vous en dit, je vous invite à laisser un commentaire et une note 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Je vous en serai très reconnaissante. Et quant à moi, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente journée ou une excellente soirée et je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode d'élégance et ambition.