Speaker #042 jours c'est le délai médian qu'il faut pour un français en 2025 pour obtenir un rendez vous chez le cardiologue alors ici on parle des cardiologues libéraux puisque majoritairement les cardiologues sur doctolib sur les cardiologues de ville ce chiffre il interpelle alors vous allez Vous allez me dire... D'où ça sort ? Comment ça a été fait ? Je voudrais quand même porter mon éclairage sur ce chiffre et ce que ça veut dire aujourd'hui. Alors j'ai repris un communiqué de France Info qui reprend les différentes spécialités et qui donne un panel des délais et probablement des fractures qu'il peut y avoir dans l'accès aux soins en France. Forcément, ça fait réagir, mais en fait, ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant le chiffre, ça va plutôt être la personne qui va se connecter, par exemple, sur Doctolib, qui va vouloir prendre un rendez-vous parce qu'il a des symptômes et qu'il voudrait savoir ce qui se passe, parce qu'aujourd'hui, les gens ont du mal à avoir accès à leur médecin généraliste, et donc, il va y avoir aussi des gens qui vont vouloir accéder directement au cardiologue. Ce qui me gêne, ça va peut-être être la personne qui va se connecter, justement, sur Doctolib un matin parce qu'elle a une douleur dans la poitrine, parce qu'elle est essoufflée, et le risque... c'est finalement que ça constitue une perte de chance pour la personne. Ce qui m'a surtout intrigué, c'est les commentaires. C'est ce que les gens ont pu mettre dessous et qui traduit, je pense, réellement ce mal-être que beaucoup des gens ont à ne pas avoir accès à leur médecin, encore plus quand il s'agit de la cardiologie, puisque vous le savez, c'est une spécialité qui concerne essentiellement du suivi, mais il y a quand même des situations d'urgence et c'est là où il va peut-être falloir apporter une nuance. Alors moi je m'appelle Grégoire Cauchois, je suis cardiologue. Les informations que je vous donne aujourd'hui, elles sont tirées de ma propre expérience. Ça concerne uniquement mon avis. Je ne parle pas au nom de tous les cardiologues de France et je tiens à le préciser. Je n'ai pas non plus de conflit d'intérêt ni avec Doctolib, ni avec la Fondation Jean Jaurès. Donc ce que je dis, je le dis en toute indépendance. Alors l'article qui a été publié, il a été fait par Doctolib sur plus de 80 000 praticiens libéraux. Et ça concernait 234 millions de consultations en 2025 en France. Donc on peut dire quand même que c'est une source sérieuse. Mais pour bien lire ce chiffre de 42 jours, je voudrais vous dire exactement de quoi on parle. Les cardiologues libéraux, ceux qu'on trouve en ville, ceux qu'on trouve justement sur Doctolib, ils ont un rôle précis dans l'organisation des soins. C'est les médecins de suivi. Ils assurent donc la surveillance au long cours des patients qui vont avoir des problèmes de tension, d'arythmie. Et évidemment, des gens qui se plaignent de douleurs dans la poitrine, d'essoufflement, de malaise, mais dans la filière de soins, ça ne sera pas des situations d'urgence, puisque dès qu'il y a une situation d'urgence, il faut appeler le 15. Donc, à mon sens, le chiffre, il peut être assez impressionnant parce qu'on a l'impression que, et vous le verrez dans les commentaires que je vous mettrai ensuite, on a l'impression que les gens, finalement, ils vont avoir le temps de mourir. Non, les gens n'ont pas le temps de mourir. C'est peut-être justement un moment pour éduquer sur les signes d'alerte, ce qui doit vous faire amener à appeler le 15 justement, et pas à attendre une consultation, encore plus quand le délai est de 42 jours, puisqu'évidemment vous pouvez avoir un rendez-vous très rapidement sur un désistement, mais vous pouvez aussi tout à fait avoir un délai de consultation au bout de 12, 13 mois, voire plus. En réalité, la médecine de ville cardiologique, c'est une médecine qui n'est pas une médecine d'urgence, tout simplement, et ce n'est pas une mauvaise volonté des cardiologues, c'est que il y a un retard à la prise en charge si la personne attend. Deuxièmement, parce que les structures de ville, ce ne sont pas des structures qui sont équipées d'un plateau technique pour gérer l'urgence. Souvent, aux cardiologies de ville, on va avoir évidemment un électrocardiogramme et une échographie. On peut avoir un plateau pour faire un test d'effort, mais on n'a pas la prise de sang et surtout, on n'a pas le plateau technique pour prendre en charge une urgence cardiaque. Donc, en fait, ces 42 jours, ça reflète juste le délai médian. Quand on regarde cette carte de la France, elle est intéressante parce que ce que l'on peut noter, c'est que les zones où les délais sont les plus courts, c'est des petits territoires, on va dire les grandes villes. Évidemment, Paris sort toujours du lot parce que l'attractivité est peut-être plus importante, mais aussi l'offre de soins est plus représentée. Donc, il y a des grandes disparités dans le territoire. Et c'est peut-être ça aussi le problématique de l'accès aux soins, c'est la répartition des médecins en France. Mais je ne vais pas rentrer dans les problèmes politiques de cet accès aux soins. et du maillage territorial, parce qu'il y a d'autres problématiques qui sont beaucoup plus profondes, avec des fractures territoriales qui sont vraiment importantes, qui justifient parfois que l'offre de soins ne soit pas aussi bonne qu'on pourrait l'espérer. La deuxième chose qu'il faut voir, c'est que majoritairement, les délais de suivi s'allongent. Alors oui, les délais chez les cardiologues augmentent fortement. C'est très problématique parce qu'on a affaire à une population qui vieillit, et que le cardiologue devient de plus en plus central dans... L'organisation des soins parce que ça touche à beaucoup d'autres disciplines. On gère le diabète, on gère les complications qui sont liées aux chimiothérapies et qui prennent de plus en plus de place pour les cardiologues de ville. Je pense qu'au travers de cet épisode, c'est important de vous rappeler les signes d'alerte, ceux qui doivent vous amener à ne pas attendre justement une consultation chez un cardiologue ou même parfois chez votre médecin traitant, justement d'appeler le 15 parce qu'il y aura une régulation. Des fois, les gens me disent j'ai peur d'appeler parce que j'ai l'impression de déranger. Alors un, vous ne dérangez pas et deux, si vous attendez que la situation se dégrade, la situation peut être beaucoup plus problématique. Et là, finalement, c'est branle-bas de combat et ça va être beaucoup plus difficile à gérer pour nous. n'attendez pas d'avoir un rendez-vous chez un cardiologue, n'attendez pas d'avoir un rendez-vous chez votre médecin, c'est une urgence vitale, c'est vraiment le cas, c'est ce qu'il faut faire. Et puis, je vois quand même beaucoup d'hostilité dans les commentaires que j'ai pu voir sur France Info, parfois ça coince un peu, je ne vous le cache pas. Vous comprenez qu'en fait, l'ennemi, ce n'est pas le médecin. On n'est pas coupable de cette situation-là. Les médecins qui travaillent, ils sont à fond, ils sont hyper dévoués, ils sont hyper investis pour votre santé. Ils travaillent beaucoup. On connaît aussi beaucoup de burn-out chez les médecins. Donc, s'il vous plaît, dites merci à votre médecin. Ceux qui seront là, c'est ceux qui seront là pour vous soigner. Donc, n'allez pas jeter de lui sur le feu, n'allez pas les agresser, parce que vraiment, je vous assure qu'on donne le maximum. Et puis, il y a une problématique aussi, c'est que... Un médecin, ça met 10 ans à être formé en cardiologie, ne pourra pas en avoir beaucoup d'un coup en quelques années. Donc malheureusement, j'ai bien peur que ce qu'on voit aujourd'hui en 2025, ça soit pire en 2026 et les années qui suivent, probablement jusqu'à 2030, quelque chose comme ça. Donc pour pallier à ça, sachez que les cardiologues de ville s'organisent pour optimiser la prise en charge et la filière de soins. Je vais vous détailler mon expérience, comment j'essaye de répondre à ça. pour assurer des rendez-vous qui soient satisfaisants, mais aussi pour aider des médecins généralistes et des correspondants qui ont des problématiques cardiologiques, ou parfois, juste dans le cadre d'un suivi, ce n'est pas tant l'accès aux cardiologues qui va être problématique, ça va être certains examens complémentaires, comme l'électrocardiogramme, mais ça peut aussi être finalement une adaptation de traitement, et pour ça, il y a un outil qui est très efficace, qui s'appelle la télé-expertise. Je vous montre ce que ça donne. C'est en fait une plateforme, mais il y en a beaucoup qui existent. Pour ma part, j'utilise Omnidoc. Encore une fois, je n'ai pas de conflit d'intérêt avec Omnidoc. L'idée, c'est en fait un soignant. On parle de requis et de requérants. Donc, moi, je vais être l'expert de cette télé-expertise, on va dire. Et un médecin, souvent généraliste, va me solliciter pour un avis. Je vous montre concrètement à quoi ça ressemble. Vous avez donc ce médecin qui m'écrit en m'expliquant dans la situation actuelle. Un patient qui a 23 ans qui a fait un malaise, le détail, ça n'importe pas. Mais ce qui est utile et qui va vraiment aider dans la prise en charge, c'est des examens complémentaires que le médecin va mettre à portée de la plateforme, savoir un électrocardiogramme, une prise de sang, une radio, pourquoi pas un scanner, des choses comme ça. Et avec ces éléments-là, je vais pouvoir donner déjà une orientation dans la prise en charge. Vous voyez bien que... En fonction des éléments que le médecin généraliste aura déjà pu avoir, évidemment hors situation d'urgence vitale, on peut déjà orienter. On peut dire, ce patient-là, j'estime vraiment que l'urgence est à 48 heures, par exemple, et on va pouvoir trouver un créneau pour quelqu'un qui a besoin de ça. Mais finalement, ces créneaux-là ne seront pas visibles sur Doctolib. En fait, ils sont en interne, ils sont entre nous. L'étude statistique de Doctolib est intéressante pour donner un état des lieux de la fracture qu'il y a au niveau sanitaire, mais les médecins sont responsables de leur patient et ils le prouvent aussi parce qu'il y a des outils qui permettent d'accélérer la prise en charge et ces rendez-vous seront donnés. Je pense que si vous regardez autour de vous, il y a beaucoup de personnes qui ont pu bénéficier de ces solutions qui existent, de telles expertises. Il y a aussi une autre solution qui existe pour répondre aux difficultés d'accès à la filière cardiologique de ville. Pareil, je n'ai pas de conflit d'intérêt avec eux, mais j'utilise cet outil qui s'appelle Satélia. Satélia, c'est une plateforme qui permet de mettre en contact une équipe soignante à distance, un cartologue, le médecin généraliste aussi impliqué dans la prise en charge s'il le souhaite, et surtout le patient. Donc le patient est au cœur de la prise en charge. Il va y avoir une connexion entre l'infirmière qui recueille des informations, mais si le patient est à l'aise avec ça, il peut le faire tout seul. Dans le cas de l'insuffisance cardiaque, ça existe pour d'autres maladies chroniques, mais là je parle de la cardiologie. Pour l'insuffisance cardiaque, ce sont des personnes qui sont essoufflées, qui sont fatiguées, qui vont prendre du poids, qui vont avoir des variations de fréquences cardiaques ou de rythmes. et qui vont avoir les jambes qui gonflent, pour faire simple. Et donc avec un algorithme, vous voyez que la personne, ici donc à 88 ans, on a ses coordonnées, ses informations administratives, et puis vous allez voir des fluctuations comme ça du poids, vous allez voir aussi que la personne, à partir d'éléments d'un formulaire, va pouvoir établir un score, ça va concerner le poids, si la personne, si elle est soufflée, si ses jambes gonflent, et puis une tendance. Et c'est intéressant parce que ça nous donne en tant que cardiologue Un peu un baromètre, une sorte d'état des lieux et notamment de gravité. Donc nous on a un score, on peut le consulter régulièrement, généralement c'est le lundi et le jeudi pour mes patients, mais ça peut être plus fréquent si on le demande, ou moins fréquent quand la situation est stable. C'est renouvelable tous les six mois et on voit ici que la personne est globalement stable. Donc nous ça nous rassure parce que finalement, et la personne aussi, le patient qui est suivi, parce qu'il sait qu'il y a cette sorte de connexion avec le cardiologue et que s'il y a un problème, on va contacter la personne. On ne va pas attendre qu'elle soit pleine d'œdème, qu'elle soit très essoufflée et voir qu'elle fasse un œdème pulmonaire qui la met dans l'hôpital. On peut réagir déjà en amont. Et puis, une dernière chose aussi, c'est que la problématique de tout ça aujourd'hui, c'est de libérer du temps médical. Ça, c'est très compliqué parce que, je vous assure, la charge administrative, elle est colossale. Je pense qu'il y a à peu près 25 à 30 % du temps que je passe au cabinet, et hors des... Bord de consultation, c'est des choses que les gens ne voient pas, mais passer 18 heures quand les consultations se terminent pour ma part, je suis généralement au cabinet jusqu'à 20 heures, parce que j'ai toute cette paperasse à faire, et c'est du temps médical qui n'est pas optimisé, c'est du temps médical qui n'est pas donné aux gens, alors que mon cœur de métier c'est de soigner les gens. C'est pas de remplir des formulaires, c'est pas de gérer des problématiques de facturation, malheureusement il faut le faire, c'est dans nos prérogatives, mais aujourd'hui on demande beaucoup aux soignants, et les choses évoluent. Mais il y a encore beaucoup de ce temps administratif. En dernier lieu, il y a quelque chose qui est intéressant et qui se développe beaucoup parmi les cardiologues, c'est des assistants médicaux ou des infirmiers de pratique avancée, voire des infirmiers spécialisés en insuffisance cardiaque. Ce sont des binômes souvent qui se font entre le cardiologue, le médecin, et des personnels soignants pour justement accompagner les gens, pour optimiser le temps médical. Un infirmier qui a bossé en cardiologie pendant pas mal d'années, qui est très compétent et qui aujourd'hui sait gérer des problématiques cardiologiques. Il peut me dégager du temps et surtout permettre d'apporter des soins de qualité et optimiser les filières de soins. Et en dernier lieu, il y a aussi vous, les patients. Comment vous faites pour... Améliorer votre consultation, comment vous faites pour optimiser, faire gagner du temps à votre cardiologue ? Préparez votre courrier, préparez vos documents, j'ai beaucoup de patients malheureusement qui encore aujourd'hui arrivent les mains dans les poches, ils ont à peine le courrier du médecin, pas souvent même l'ordonnance de médicaments, alors que finalement on vous demande de ramener des documents de base pour nous, pour travailler. Donc au pire vous prenez une photo ou vous le recopiez sur un papier, c'est pas grave, on n'a pas spécialement besoin de l'ordonnance du médicament, on veut juste savoir ce que vous prenez. et si vous faites ça déjà je vous assure qu'on gagne beaucoup de temps et ça, ça permet finalement de réduire les délais de consultation parce que ça permet aussi de voir probablement plus de gens un commentaire que j'ai pu voir de Juanita Banana sur France Info qui disait un an pour un rendez-vous cardio ça va j'ai le temps de faire mon AVC bah non, je ne suis pas tout à fait d'accord l'urgence cardiologique elle est gérée le suivi il est programmés pour la plupart. Quand il y a une urgence, les médecins nous contactent, il y a des plateformes de télé-expertise qui existent. Pour éviter l'urgence, il y a aussi des plateformes de télésuivi des maladies chroniques comme l'insuffisance cardiaque qui existent. Donc oui, les cardiologues sont encore plus impliqués et je pense que ça va surtout être une réorganisation des soins qui devra se faire à l'avenir. Faute de cardiologues, encore plus quand on en manque et que ça met du temps surtout pour les formuler. Voilà. C'était un petit coup de gueule dans un sens mais en même temps je... comprend tout à fait les problématiques que la plupart des Français rencontrent. Il y a des disparités territoriales, à la fois en termes de population, de distance et de nombre de cardio-lèvres qui sont présents en France. Mais sachez juste qu'on est très impliqué, on donne le maximum, on essaye de penser à plein de choses pour justement voir le maximum de personnes et pas laisser des gens qui sont sur le carreau. Voilà, si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous. Et vous pouvez me retrouver sur les réseaux sociaux, Instagram, LinkedIn, YouTube. Avec cette chaîne que j'ai faite il y a un peu plus d'un an et demi, et que je vois grossit bien, je vois qu'il y a de l'intérêt pour la cardiologie, ça me fait évidemment plaisir. Voilà, je vous dis à bientôt et prenez soin de vous.