Speaker #0Si on s'était complètement trompé sur le cholestérol ? Et si, depuis le début, notre vision des normes de cholestérol était complètement fausse ? Et si avoir un taux de cholestérol considéré comme normal en 2026 à l'heure où je vous parle était finalement déjà une anomalie ? Pour appuyer les propos que je vais tenir dans l'épisode et qui franchement a été absolument génial à préparer, je vais vous prendre une comparaison. Imaginez qu'on mesure la tension artérielle uniquement dans des populations de patients hypertendus. Et alors on va dire 16-9 c'est dans la norme. Et bien personne ne trouverait ça acceptable non ? Et bien c'est exactement ce qu'on fait depuis des décennies avec le cholestérol LDL. En fait on a pris des populations occidentales qui sont sédentaires, qui mangent trop, qui mangent mal depuis plusieurs générations. On les a mesurées et on a appelé ça la norme. Sauf que ce n'est pas une normale biologique, c'est en fait la moyenne d'une société malade qui s'est habituée à sa maladie. Et si je vous disais qu'un bébé qui vient de naître avant son premier biberon, avant toute influence du monde extérieur, arrive au monde avec un LDL autour de 0,3 à 0,5 g par litre, alors que votre médecin considère peut-être que votre LDL à 1,30 g par litre est tout à fait correct. Aujourd'hui... Je veux vous raconter l'histoire du LDL et pourquoi cette histoire vous concerne directement, que vous ayez un problème cardiaque connu ou non. Je suis le Dr Guidoir Couchois, je suis cardiologue. Bienvenue dans En plein cœur, la chaîne qui prend la cardiologie au sérieux tout en la rendant accessible avec bienveillance. Alors, commençons par poser le décor. En médecine, quand on définit une valeur normale, On fait quelque chose d'assez simple. On prend beaucoup de gens qui semblent plutôt en bonne santé, on va mesurer certains paramètres de santé comme le poids, la taille, des éléments de la prise de sang, et on va dire que les 95% du milieu, c'est la norme. On se dit que les résultats sont normaux. Et ça paraît plutôt raisonnable. Mais voilà le problème. Si la population entière est exposée depuis des générations aux mêmes erreurs alimentaires, au même manque d'activité physique, au même perturbateur métabolique, alors ce qu'on appelle normal n'est plus qu'une photo de groupe où tout le monde est un peu malade sans le savoir encore. Et il y a un terme en biologie évolutive pour désigner ça, on parle de mismatch évolutif. L'idée c'est la suivante. Notre génome, c'est-à-dire l'ensemble de nos gènes, s'est construit sur des millions d'années dans un environnement donné. Il s'est adapté aux contraintes de l'environnement extérieur. pour nous rendre plus résistants et à la fin nous permettre de survivre, de nous reproduire et de prospérer. Et là, en l'espace de quelques décennies, l'environnement a complètement changé et à une vitesse que nos gènes ne sont absolument pas capables d'anticiper. Du coup, les mécanismes qui nous protégeaient hier sont devenus des bombes à retardement aujourd'hui. Et quand on parle de cholestérol, l'histoire est absolument dingue, croyez-moi. Le LDL élevé, C'est l'exemple parfait en fait de ce mismatch. Et pour le comprendre vraiment, je vous propose un voyage. Un voyage dans le temps, un voyage dans l'espace, à travers cinq lignes de preuves qui toutes arrivent au même endroit. Mais avant de partir dans ce voyage, un mot rapide. Si vous n'êtes pas encore abonné à la chaîne, c'est le moment. Pas pour me faire plaisir, mais parce que YouTube fonctionne à l'algorithme et que sans votre abonnement et sans votre like, cet épisode restera certainement invisible pour beaucoup de gens qui peuvent en avoir besoin. Ça prend quelques secondes et ça change beaucoup. Allez-y maintenant, je vous attends. De précision aussi avant d'aller plus loin, parce que je connais mes détracteurs, je n'ai aucun lien financier et aucun conflit d'intérêt avec l'industrie pharmaceutique pour cet épisode. Et ce que vous entendez ici, c'est vraiment de la science vulgarisée, ça n'est pas une consultation médicale, votre médecin lui, il vous connaît, moi non, donc on est complémentaires, on n'est pas interchangeables, donc si vous avez un doute ou si vous avez des questions spécifiques sur votre santé, parlez-en avec votre médecin et votre cardiologue. Un auditeur qui se reconnaîtra m'a écrit ceci. Mon LDL est à 1,25 g par litre et mon généraliste dit que c'est parfait, alors que mon cardiologue dit qu'il faudrait le baisser. Qui a raison ? Eh bien, la vraie réponse, c'est que les deux parlent de référentiels différents. Le médecin généraliste va comparer peut-être à une population générale, alors que votre cardiologue va le comparer à ce que votre cœur lui préférerait. Et la différence entre les deux, elle est au cœur de cet épisode, et c'est pour ça que je vous propose de le continuer. Alors, on y va. Voici une révélation, et elle tient en une phrase. Le LDL ancestral de l'être humain... il se situait probablement entre 0,3 et 0,7 g par litre. Ce qu'en fait on appelle normal aujourd'hui, autour de 1 g, 1,30 g, voire 1,60 g pour certains, eh bien ça n'est pas un état physiologique. C'est en fait un état pathologique qui est devenu tellement commun qu'on lui a donné un tampon de valeur normale. Et je ne vous dis pas ça pour vous faire peur, je vous dis ça parce que 5 sources de preuves indépendantes convergent exactement vers cette conclusion. Alors suivez-moi. Premier arrêt, la salle de naissance. Un bébé qui vient de naître, c'est en fait un laboratoire parfait. Aucun fast-food, aucune sédentarité, aucune exposition alimentaire. Juste la biologie à l'état brut, avec des récepteurs LDL qui tournent à pleine capacité. Et ce bébé, il arrive au monde avec un LDL autour de 0,3 à 0,5 g par litre. C'est ce que montrent les données de Kelly Shiladi et de Vouriot. qui ont confirmé cela sur des centaines de naissances. Et tout ce qui monte après ça, ça n'est plus de la biologie, c'est de l'environnement. Deuxième arrêt, l'Amazonie bolivienne. Il existe au fond de la forêt amazonienne une population qu'on appelle les Tsiman. Ce sont des chasseurs, cueilleurs, horticulteurs qui vivent un corps comme nos ancêtres vivaient il y a des millénaires. Et en 2017, Kaplan et ses collaborateurs ont publié dans le Lancet une étude sur l'état de leurs artères. Le résultat est stupéfiant. 85% d'entre eux ont un score calci-coronaire à zéro. Aucune plaque détectable. 5 fois moins d'athérosclérose que les Américains du même âge et leur MDL autour de 0,71 g par litre à l'époque de l'étude. Mais il est en train de monter au fur et à mesure que les routes arrivent et que la nourriture transformée suit. Du coup, ce n'est pas la génétique, c'est vraiment... l'environnement. Même espèce, gènes similaires, résultats radicalement différents. Troisième arrêt, le laboratoire de la nature. En 2006, Cohen et ses collaborateurs publient dans le New England Journal of Medicine quelque chose de fascinant. Il existe des gens, parmi les populations afro-américaines notamment, qui portent un variant génétique qui bloque une protéine que l'on appelle PCSK9. Et je vous invite à écouter la saga sur le cholestérol que j'ai déjà faite au travers de plusieurs épisodes et vous pouvez retrouver le lien par ici en haut de la vidéo. Cette protéine PCSK9, c'est un peu le frein de l'élimination du LDL. Quand PCSK9 est trop actif, le LDL s'accumule. Et quand elle est bloquée, le LDL s'effondre. Les porteurs de ce variant avaient un LDL réduit de 28% et leur risque de maladie coronarienne était diminué de 88% sur 15 ans. Certains rares individus qui portent les deux copies de ce variant vivent avec un LDL à 0,14 ou 0,15 même grammes par litre toute leur vie et en parfaite santé. Cerveau, foie, rein, hormones, rien d'anormal. La nature a déjà fait le test pour nous. Et ce secret du variant PCSK9, il est incroyable. Et il nous enseigne quelque chose de fondamental. C'est que la notion de défait dose et défait temps au cholestérol existe bien. Les porteurs de la mutation génétique ont eu un LDL bas dès leur naissance et pendant 15, 30, voire même 50 ans. Cela a prouvé le concept du plus bas le plus tôt et le plus longtemps possible. On est passé de l'adage bien connu des cardiologues « lower is better » en y ajoutant « lower for longer » , c'est-à-dire Protéger nos artères, le minimum qu'il faut de cholestérol et le plus longtemps possible, c'est vraiment une notion aujourd'hui fondamentale dans la prise en charge du risque cardiovasculaire. Quatrième arrêt, les chasseurs-cueilleurs dans l'étude de Kifi dans le Journal of American College of Cardiology en 2004 qui ont compilé des données lipidiques de populations traditionnelles géographiquement très diverses passant par les Yanomamis du Brésil au peuple d'Afrique subsaharienne. Les résultats sont convergents. Un LDL moyen entre 0,35 et 0,70 g par litre, sans augmentation avec l'âge. Et sans athérosclérose significative. L'athérosclérose, elle n'est pas une fatalité du vieillissement. C'est en fait une conséquence pour une grande majorité d'un environnement spécifique. Enfin, cinquième arrêt, et très intéressant aussi, nos cousins les primates. Si en fait on cherche une preuve encore plus fondamentale, il suffit de regarder les grands singes en milieu naturel. Ils ont un génome similaire à 98%, avec une alimentation naturelle, de l'activité physique intense. et un LDL autour de 0,4 à 0,7 g par litre. Ça n'est pas un hasard, c'est ce que notre biologie demande quand on lui donne ce dont elle a besoin. Après tout ça, parlons des mécanismes qui expliquent cette histoire du LDL à travers l'évolution. Et là, j'entends déjà la question que vous allez me poser. Si un LDL élevé est aussi problématique, pourquoi l'évolution l'a-t-elle laissé s'installer ? Pourquoi des gènes qui élèvent le cholestérol ont-ils survécu ? Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Franchement, j'ai vraiment halluciné quand j'ai lu toutes ces hypothèses. Et en même temps, c'est tellement beau en termes de biologie que tout ça valait bien un épisode entier. Imaginez-vous à l'époque de la préhistoire, dans un monde de pénurie alimentaire. Ce que nos ancêtres ont connu pendant des centaines de milliers d'années, c'est-à-dire avoir un système qui épure moins vite le LDL, ça voulait dire mieux stocker les lipides, mieux transporter l'énergie. dans un corps qui marchait 15 km par jour pour trouver de la nourriture. C'était un avantage de survie réel. Du coup, ces variants, ils ont été sélectionnés positivement. Et aujourd'hui, dans un monde de surabondance calorique, ces gènes sont devenus un problème. Et il y a une deuxième histoire dans cette histoire, c'est celle de la lipoprotéine A. Vous vous souvenez, j'en ai parlé dans cet épisode, que vous pouvez aussi retrouver par ici, le lien est en haut de la vidéo. Cette lipoprotéine génétiquement déterminée qui est proche du LDL, eh bien, elle favorise la coagulation. Pour faire simple, avoir beaucoup de lipoprotéine A favorise la formation des caillots. Et c'est probablement une caractéristique qui a pu être avantageuse au cours de l'évolution. Pendant des milliers d'années, nos ancêtres avaient davantage de risque de mourir d'une hémorragie après un traumatisme ou un écouchement que d'un infarctus à 60 ans. Et ce qui nous protège aujourd'hui d'une perte de sang pouvait donc être bénéfique hier, mais dans notre monde moderne où nous vivons beaucoup plus longtemps, cette même caractéristique augmente le risque d'infarctus et d'AVC. Autrement dit, dans un monde sans chirurgie, sans antibiotiques, où mourir d'une hémorragie après une blessure banale était une réalité quotidienne, une lipoprotéine petite A élevée vous aidait peut-être tout simplement à ne pas saigner à bord. Les biologistes appellent ça la pléiotropie antagoniste, protectristo dans la vie et délétère sur le long terme. C'est l'hypothèse qui me convainc le plus pour expliquer pourquoi la lipoprotéine A s'est répandue dans toutes les populations humaines, elle avait une fonction, elle a peut-être un corps dans certains contextes, mais sur 60 ou 70 ans de vie moderne, eh bien ça fait des dégâts. Alors, soyons pratiques maintenant. Parce que tout ça c'est bien beau, mais... Vous voulez vraiment savoir ce que vous en faites quand vous irez revoir votre cardiologue préféré ou bien dans une prochaine discussion entre amis ? Alors voilà, il y a un essai, EZPAVE, qui a été publié dans le New England Journal of Medicine en 2026. Et il vient de confirmer que viser un LDL inférieur à 0,55 g par litre après un événement cardiovasculaire, c'est mieux que viser 0,7 g par litre. Ça n'est pas une position extrémiste comme beaucoup le disent, c'est simplement se rapprocher. de ce que notre biologie connaissait avant. Et concrètement, ce que je vous recommande, c'est 1. Demandez à votre médecin votre chiffre exact de LDL, pas le LDL qu'on va considérer comme normal, vous l'avez compris. Ensuite, 2. Demandez également votre taux de lipoprotéine A au moins une fois dans votre vie. C'est génétiquement déterminé, ça ne change pas avec le temps et ça compte indépendamment du LDL. En fait, beaucoup de gens l'ignorent encore et encore une fois, vous pouvez en savoir plus en allant voir l'épisode par ici que j'ai fait sur la lipoprotéine A. Enfin, troisièmement, si vous avez des antécédents cardiovasculaires ou des facteurs de risque cardiovasculaire multiples, discutez avec votre cardiologue d'une cible inférieure à 0,55 g par litre. Ça n'est pas agressif, c'est simplement être informé. Pour terminer l'épisode, je vais vous dire quelque chose clairement. Un LDL à 1,3 g par litre qui passe sous les radars pendant 20 ans, ça n'est pas un non-événement. C'est 20 ans de dépôt silencieux dans vos artères. C'est une plaque qui va grandir sans faire mal, sans donner de symptômes, jusqu'au jour où elle en donne un brutal qu'on appelle un infarctus ou un AVC. Le problème avec l'athérosclérose, c'est que ça ne prévient pas. Ça se tait jusqu'à ce que ça crie. Alors, la vraie question, c'est pas « Est-ce qu'il est dangereux de baisser le LDL très bas ? » La vraie question, c'est plutôt « Pourquoi avons-nous laissé un LDL monter aussi haut et depuis aussi longtemps ? » Pour résumer... 5 crevins dépendantes du nouveau-né à nos cousins primates en passant par la génétique naturelle nous disent la même chose. Le LDL humain de base, il se situe probablement entre 0,3 et 0,7 g par litre. Ce qu'on appelle normal aujourd'hui, c'est le reflet d'une société en mismatch évolutif. Et les outils pour corriger ça existent, ils sont bien tolérés et ils fonctionnent. Ils passent par l'hygiène de vie, vous l'avez compris, une bonne alimentation, de l'activité physique. et parfois aussi des médicaments. Si l'épisode vous a plu, lâchez un gros pouce en bas de la vidéo et partagez cet épisode avec quelqu'un qui vous a dit « mon cholestérol est juste un peu élevé, ça va » . Dites-moi aussi en commentaire, est-ce que vous connaissiez votre chiffre de lipoprotéines A ? Et d'ici là, je vous souhaite une bonne semaine, prenez soin de vous, à bientôt pour d'autres émissions.