- Speaker #0
Au travers d'interviews de plongeurs en apnée et en scaphandre, En Profondeur vous fait plonger au cœur de votre être. Vous allez ainsi découvrir ce qu'il se passe à l'intérieur de mes invités, quelles pensées, quelles émotions, quels ressentis, lorsqu'ils plongent et lorsqu'ils explorent leurs propres limites. Je m'appelle Sylvie Poulikin et je suis fondatrice d'Hypnée, à la fois praticienne en hypnose, Préparatrice mentale et éducatrice sportive en plongée subaquatique, j'ai une foi indéfectible en la capacité de chaque être humain à accéder à ses plus belles ressources intérieures. Alors, je vous emmène plonger avec moi au cœur de l'humain, le temps d'une écoute. Bonjour David Despel, je te remercie infiniment d'avoir accepté d'apporter ton témoignage autour de l'apnée dans mon podcast En profondeur by hypnée. David Despel, tu es domicilié en Belgique. et tu as créé une approche de l'apnée méditative avec une communauté qui s'appelle Apnaya. Tu nous en diras un petit peu plus. Apnaya, c'est quelque chose que tu as créé en 2017-2018 et tu organises très régulièrement, tout au fil de l'année, des séances d'apnée méditative dans une piscine à Tournai, en Belgique. Je crois que c'est près de la frontière française. Également, quelques séances à Nemo 33. Et puis, régulièrement, tu organises des retraites apnées dauphins et même des retraites apnées en Corse, à Sataya et puis peut-être dans d'autres lieux. Alors, pour aller un peu plus loin, cette année, donc en 2024, fais le tournage d'un court-métrage autour de l'apnée qui s'appelle Immersion. On aura peut-être l'occasion d'en reparler tout à l'heure. Et au-delà de ça, tu es instructeur AIDA depuis six ans. Tout ton univers d'apnée tourne autour de l'apnée méditative et de l'apnée introspective. Alors David, comment tu as découvert l'apnée ? Raconte-nous un petit peu.
- Speaker #1
En Belgique, on ne dispose pas de ces espaces de mer, de la mer Méditerranée par exemple. Donc du coup, moi j'ai grandi dans les piscines très jeune. J'avais un père qui était maître nageur et puis... Sa passion, son hobby, c'était de m'immerger dans l'eau déjà et me brancher à la compétition. Donc j'ai beaucoup grandi dans les piscines et au travers d'un environnement de compétition. Et c'est vrai que je me souviens, étant souvent dans les bassins, dans les piscines, j'accompagnais mon père. Je pratiquais de l'apnée, j'allais souvent sous l'eau et ça me faisait un bien fou. Mais je n'en avais pas la conscience. C'est lors d'un séminaire ou une formation qui s'appelle Soyez le changement, que j'ai suivi en 2015, me semble-t-il. C'est un séminaire piloté par Vincent Houba, avec qui j'ai co-animé un stage, une retraite apnée en Égypte. Et voilà, à travers une plongée... non pas dans l'immersion mais plongée à l'intérieur de soi, je me suis reconnecté à ces moments, ces moments d'apnée qui me faisaient un bien fou. Et j'allais me réfugier, en fait, dans un espace, un cocon. Et finalement, l'apnée a réémergé et ensuite, un chemin s'est créé, notamment grâce à un voyage initiatique à Hawaï en 2010. où j'ai rencontré Lena Sato, qui est une apnéiste franco-japonaise connue notamment pour son film Mère Océan. Elle vit sa grossesse avec les dauphins, les baleines. Et donc du coup, ce voyage à Hawaï a créé pas mal d'ouvertures, de projets. Je me suis formé à Marseille et très vite, j'étais appelé pour... accompagné avec cet outil de l'apnée de façon introspective, utilisé non pas pour une forme de dépassement de soi, mais de retour à soi. Et c'est là, ça c'est tout le paradoxe, et c'est là où ça crée du sujet, on va en parler, et c'est ça en fait. Donc l'apnée introspective, c'est vraiment découvrir cette autre dimension de ce sport, parce que c'est un sport, parce que l'apnée peut imposer... porte sa forme, elle procure un effet radical sur la sérénité, sur notre paix intérieure. C'est ce que je fais, je fais découvrir cette discipline comme un outil plutôt introspectif. Il va passer par la maîtrise de soi, l'écoute de son corps, et travailler sur la notion du lâche-prise, ce mot qu'on utilise tout le temps.
- Speaker #0
C'est toute une catégorie d'apnéistes qui recherchent ça aussi avec l'apnée. C'est soit l'apnée qui amène à ce bien-être, soit une envie de bien-être qui mène à l'apnée. Souvent, c'est un cercle assez vertueux. C'est une belle approche, c'est lors de ce séminaire que tu as découvert l'apnée. Et puis cette rencontre avec Lena Sato, c'est vrai que ce film est incroyable. Donc tu as créé Apnaya à ce moment-là, peut-être lors de ce voyage à Hawaï, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, exactement. C'est un peu spécial, mais effectivement, Apnaya, j'ai eu la chance de rencontrer une baleine bleue, ce qui est assez rare, et puis un grand moment, grande. Grande connexion qui a quand même été un grand tournant dans ma vie. Et cette rencontre, quelque part, facilitée par l'ENA, m'a permis de créer Apnaya, en fait. Et c'est vrai que quand on rencontre, parce qu'on va parler de ça, quand on a la chance de rencontrer une baleine comme ça, c'est quelque chose, c'est ce qu'on appelle l'ordre de la rencontre mystique. Et on dit que la baleine... porte la mémoire de l'humanité. Puis vous rentrez dans une autre dimension. Il y a quelque chose qui se passe, qui vous tombe dessus. Apnaïa, je ne sais pas pourquoi, ça a été déposé à ce moment-là. Je me suis dit, j'ai une forme de mission. J'ai poursuivi avec beaucoup de légèreté. Apnaïa grandit. On fait tracer huit ans au mois de... Cette année-ci, d'ailleurs, j'organise une soirée avec avec la projection immersion dont on va parler, et synchronicité aussi. Donc il y a Ingrid Obled, qui est une compositrice que j'ai rencontrée lors d'un festival en Vendée. Elle, elle produit le chant des baleines. Bon, bref. Et donc il y a toute une reconnexion, un fil qui va se faire autour, finalement, de cette baleine qui est la source, quelque part, pour moi, d'Apnaya.
- Speaker #0
Waouh, c'est une belle histoire. C'est vrai qu'à travers tes partages sur les réseaux sociaux, moi j'ai découvert Ingrid Obled et j'ai été vraiment époustouflée. Oui, parce que je suis allée écouter, j'étais curieuse. Puisqu'elle reproduit le chant des baleines avec sa musique. Elle utilise des instruments qu'on n'utilise plus du tout d'ailleurs, que peu de gens savent jouer, je pense. Et j'ai pris contact avec elle sur les réseaux sociaux parce que j'aimerais beaucoup assister à l'un de ses concerts. Mais pour l'instant, elle n'en a pas de programmé. Mais en tout cas, c'est à découvrir. Et avec le film Immersion, peut-être qu'on va découvrir cette musique-là.
- Speaker #1
Pas dans Immersion, mais en tout cas, si tu es libre et si tu es, si tu veux venir en Belgique, Sylvie, bienvenue le 17 avril à tourner dans un espace hyper chaleureux. Soirée immersive. Voilà, on va respirer, on va plonger et on va surtout écouter l'œuvre de Ingrid. qui est juste incroyable. Moi, elle m'a reconnecté avec cette expérience mystique.
- Speaker #0
Très bien. Donc, ça nous donne quand même des bonnes bases sur ton univers, qui est assez proche de celui d'Hypnée, il faut reconnaître. En tout cas, toute cette dimension intérieure de plonger à l'intérieur de soi introspective et puis d'apprendre à mieux se connaître. Ma première question que je pose habituellement à mes invités, c'est la suivante, c'est quel est pour toi ton pire souvenir en apnée, David ?
- Speaker #1
Mon pire souvenir en apnée ? Waouh ! Je dirais l'initiation, la découverte où ça ne passe pas, les oreilles sont bloquées, ça bloque à 7 mètres. Je ne sais pas ce qui se passe, moi qui ai toujours été un peu dans le dépassement du soi à l'époque. Avec la natation, je me disais, mais qu'est-ce qui se passe ? Je suis confronté à mes propres limites. Et bon, voilà, ça m'a bloqué. Et finalement, je me suis vite rendu compte que les oreilles, ce n'était pas les oreilles, c'était une envie de me dépasser, alors que ce n'était pas la voie pour moi, pour que la profondeur m'appelle. Mais c'est plutôt une expérience.
- Speaker #0
Oui, et c'était en mer ou en piscine, finalement ?
- Speaker #1
C'était au large du Pacifique.
- Speaker #0
Ah oui, quand même ! D'accord, formidable. Et là, un peu de frustration, descente à 7 mètres, tu n'arrivais pas à compenser, tu t'es bloqué et tu étais dans une dynamique à ce moment-là, plus peut-être de performance, de dépassement de soi, effectivement, j'entends. Et comment tu as fait pour passer, justement, pour switcher à, mais non, mais en fait, c'est peut-être pas la bonne approche pour moi, j'arrête. Qu'est-ce qui t'a fait ? transformé en toi cette vision en fait de l'apnée.
- Speaker #1
Je me suis reconnecté plus à mon corps, à mes sensations. J'ai pris mon pince-nez, qui est pour moi la plus belle forme d'immersion. En tout cas pour moi, j'adore plonger au pince-nez sans rien voir. Et voilà, travailler le relâchement, la relaxation, qui est la base des fondations de l'apnée. Pour moi, c'est 90% d'avoir cette capacité. à apaiser son esprit et explorer sa sérénité intérieure et qui va se révéler au fur et à mesure des immersions. Je me suis branché là-dessus et j'ai quitté cette notion de cambéen. Chaque immersion, je me reconnecte à l'eau, à cet élément, à notre source, la source de la vie. Peu importe la profondeur, c'est un voyage qu'on soit à 10 à 15. à 15, à 20, à 30, à 40, peu importe. Comme je disais à mes élèves, peu importe où vous allez, les bienfaits seront les mêmes. Et une fois qu'on a compris ça, il y a une forme de lâcher prise sur « je dois arriver » .
- Speaker #0
Oui, en plus le « je dois » , ça met une crispation, ça tend tout le corps, ça tend tout le mental. que 90% de l'apnée, c'est le relâchement.
- Speaker #1
Et le jeu d'oie, c'est le symbole de notre société. Nous avons été câblés là-dessus. Câblés au combien au rapport à une forme de performance. Je pense que l'un des enseignements de l'apnée, c'est ça, c'est de nous apprendre et ce n'est pas facile. c'est vraiment pas facile à se détacher, à dépouiller son ego et à sortir de sa montre et du combien. En sachant que, comme tu disais tout à l'heure, tous les chemins se croisent pour arriver à un même but commun finalement, c'est le bien-être.
- Speaker #0
Oui, se sentir bien, dans le fond, c'est ce qu'on recherche tous, je crois. Ne pas souffrir et se sentir bien dans son corps et dans sa tête. Et c'est finalement ta seule entre guillemets mauvaise expérience en apnée ?
- Speaker #1
Oui, après une autre qui me vient, c'est un sataïa, une plongée, une profondeur, et puis là en bas, petite rencontre avec un requin. Un requin. Bon, voilà. Apprendre aussi à se poser, pas s'exciter, et puis nous remonter. Mais voilà, il a été gentil le requin.
- Speaker #0
C'était un longiman ?
- Speaker #1
Non, c'était un petit requin. Par contre, je ne l'ai vu qu'il n'y a pas longtemps. Là, vraiment face à face, c'était un requin à tête blanche. C'était au mois de novembre. Là, c'était plus impressionnant. Trois mètres, imposant. Bon, voilà.
- Speaker #0
On sait qui est le maître.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Bon, voilà, ce n'est pas une même énergie que le dauphin, mais le requin est fabuleux en fait aussi.
- Speaker #0
Et comme ça, ça me permet d'enchaîner sur ton meilleur souvenir. Là, je pense que tu vas nous reparler de cette baleine, cette rencontre.
- Speaker #1
Oui, cette baleine qui était effectivement magique. Mais n'empêche qu'il y a eu d'autres rencontres. rencontre en Égypte, à Sataya, où là j'emmène des gens vers 16h, j'emmène un groupe d'élèves, et puis voilà, je m'autorise une immersion. Et là, au fond, c'était une famille de dauphins, mais ils étaient une centaine en fait, ils partaient, je pense qu'ils partaient chasser, en fait, le soleil commençait à tomber, et donc d'ailleurs j'ai filmé, j'avais ma GoPro, j'ai filmé ce moment C'était un moment de grâce. Vous avez la lumière qui rayonne sur la surface. Vous avez les dauphins qui t'en vont, qui sont dans cette communauté. Vous avez vraiment le symbole de l'unité, de la joie, de l'amour, du jeu, de la danse. C'était... Un moment de grâce, vraiment. Ça, c'était mon plus beau souvenir en apnée, en fait.
- Speaker #0
Et ils sont venus interagir ou non ? Ils sont passés ?
- Speaker #1
Ils sont passés devant, ils sont venus voir, tiens, un humain qui plonge, il se prend pour un dauphin, mais c'était beau, quoi. De là où j'étais, c'était magnifique. C'était vraiment bien.
- Speaker #0
De t'entendre, ça nous fait partager un petit peu ce... J'appelle ça des instants d'éternité, ces moments de grâce là, c'est vraiment extraordinaire. Je voulais te demander par rapport à cette baleine, parce que justement, c'est quelque chose que souvent les personnes qui ont rencontré des baleines de façon assez proche partagent, c'est le regard en fait. Est-ce que toi tu as pu plonger ton regard dans celui de la baleine ?
- Speaker #1
Mais oui ! Ben oui, c'est ça en fait qui a été pour moi le cœur du mystique, c'est ça, cette rencontre. Donc j'étais sur un kayak, puis Léna me dit « vas-y, c'est pour toi, elle est là, elle t'accueille » . Et là, bon, j'étais pas prêt, c'était pas prévu. N'empêche, je prends le temps de chausser mes palmes, je plonge, je me mets en apnée, et là je vois cette baleine qui passe devant moi, on était quoi, 5 mètres ? Et oui ! Cet œil de baleine, pour moi, c'est un canal, c'est un vortex, c'est quelque chose qui vous emporte. On essaie de trouver des mots, mais il n'y a pas de mots. C'est un moment lumineux. Elle vous regarde comme si elle vous transmettait quelque chose. Il y a vraiment des frissons quand j'en parle encore. et puis vous voyez son corps qui... continue comme un vaisseau spatial et qu'il n'en finit plus. Mais vous vous dites, waouh, c'est quoi ? Là, c'est l'or du mystique pour moi. Et puis, quand on remonte sur le kayak, là, on est dans un autre monde. Il y a des trucs. Mais qu'est-ce que j'ai vécu ? Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai vu un ovni. Voilà.
- Speaker #0
C'est la rencontre du troisième type.
- Speaker #1
Oui, mais vraiment, vraiment. C'est impressionnant, en fait. C'est impressionnant.
- Speaker #0
François Sarano, il parle de personnes non humaines, en fait, mais c'est vraiment un individu à part entière. Je pense que ça doit être des rencontres qui sont transformateurs. Je pense qu'il y a un avant et un après, c'est ça ?
- Speaker #1
Moi, oui, complètement. Oui, je le dis. Quand je vais vraiment expliquer l'origine d'Apnaya, oui, c'est cette baleine, clairement, qui, pour moi, a été un propulseur. En fait, j'ai été initié, j'ai reçu une initiation, non pas d'un humain, mais d'un être avec une intelligence, l'intelligence des profondeurs, qui est un bouquin que je recommande aussi.
- Speaker #0
Qui l'a écrit d'ailleurs ?
- Speaker #1
Je ne sais plus, mais en tout cas, elle est dans ma bibliothèque derrière moi. C'est un livre à quatre, écrit par tous des scientifiques qui ont étudié justement l'intelligence des cétacés, des orbes, des baleines, cachalots, des dauphins. et c'est super intéressant. Je pense que l'humain a beaucoup à apprendre et c'est aussi l'approche du cinquième rêve. Oui, ça me fait penser à ça,
- Speaker #0
forcément.
- Speaker #1
Que sont-ils venus refaire sur Terre pour nous enseigner l'ordre plutôt philosophique que ces animaux ne viendraient pas de la Terre, mais d'une autre Terre. Voilà.
- Speaker #0
Je laisse chacun se faire sa propre opinion. Comment un être, on peut se poser la question, comment des êtres comme ça, même si on est blasé, on a vu plein d'images dans des films ou dans des reportages sur l'océan, le jour où on les rencontre, même un peu à distance, même d'un bateau... et qu'on voit cette grâce, cette beauté, je crois qu'il n'y a pas beaucoup de personnes qui sont indifférents à ça. Ce n'est pas possible, en fait. Et comment un animal peut être aussi... Il y a un côté hors du temps, hors de l'espace, qui est la caractéristique de tout ce qui est, justement, non terrien, par définition. Bref, je délire. Non, mais ce n'est pas de délire.
- Speaker #1
Je ne peux pas en parler. C'est vrai que je pense qu'il y a... Mais je repars en mer Rouge, ce sera mon 11e voyage. Je pense que j'ai accompagné plus de 200 personnes. Et chaque fois, je peux vraiment confirmer que la rencontre du dauphin, la baleine, peu importe, en tout cas le dauphin, c'est... Pour moi, il y a de l'enseignement et de la guérison, carrément. Ça me fait penser aussi aux livres qu'a écrits, enfin, deux bouquins qu'a écrits Olivia de Bergerac. Ce dauphin médecin de l'âme, le dauphin vient nous enseigner quelque chose de transformateur. Et les retours que j'en ai, c'est chaque fois, oui, cette rencontre a changé ma façon de voir les choses, m'a enseigné la beauté, m'a enseigné... l'art de vivre avec moi-même ou en communauté. Il y a une notion d'amour aussi, il y a beaucoup d'amour dans ces dauphins. Bon, ben voilà.
- Speaker #0
Moi, c'est vrai que comme je travaille beaucoup, beaucoup avec des apnéistes, j'ai reçu au cabinet, en tout cas en séance, des confidences de personnes qui avaient été effectivement aidées. en tout cas intérieurement, par la présence d'un dauphin. Évidemment, comme tu le dis, je pense qu'il n'y a pas de mots, et ce sont toujours des expériences qui sont très personnelles. Mais il y a quand même une espèce de point commun entre tous ces récits qui montrent qu'il se passe quelque chose. Ok, génial ! Plongeons un peu plus à l'intérieur. On va peut-être revenir à ce que tu fais maintenant en tant qu'instructeur Aïda. Tu guides de l'apnée méditative introspective. Est-ce que toi, tu continues à faire de l'apnée pour toi déjà ? Je sais que tu encadres, mais est-ce que toi, tu continues à faire de l'apnée pour toi régulièrement ?
- Speaker #1
Oui, je continue. Essentiellement, sur le volet profondeur, le volet dynamique, j'ai pris la décision de stopper, je suis plus appelé dans le mouvement plutôt envie aujourd'hui de travailler le mouvement cardiovasculaire mais n'empêche que la profondeur, oui c'est ça qui m'anime en intégrant aussi une forme de danse dans l'eau j'essaie de sortir du cadre de la corde essayer de créer du mouvement autour de la corde une façon aussi d'être dans une autre forme d'apprentissage apnée et je suis appelé par ça.
- Speaker #0
Ah oui, formidable. Au salon de la plongée, il y avait Julie Gauthier qui était là. Qui a présenté l'aquadance en fait. C'est ça. Aquadance Flow, ça a l'air absolument extraordinaire. Comment tu te prépares quand tu es en surface, avant de mettre la tête sous l'eau déjà ? Dans quelle disposition d'esprit tu es ? Qu'est-ce qui se passe à l'intérieur de toi, dans ta tête, dans ton corps ?
- Speaker #1
Souvent je me prépare sur le dos, j'aime bien être sur le dos avec un boudin ou une frite, je ne sais pas comment on l'appelle, mais en tout cas je me mets sur le dos et puis je me reconnecte à ma respiration, cet outil tellement puissant qu'on a tous et qu'on a tendance souvent à oublier qu'on a cet outil-là. Et puis je me reconnecte à l'expérience de vie. des voyages, des dauphins, la baleine. Je revis. Je tente d'être dans un état de conscience modifié, en fait. Ça va te parler pour une hypnothérapeute, mais c'est ça, en fait. Je rentre dans autre chose. Parfois aussi, j'utilise les sorties de corps. Quand je dirais, je me vois. J'ai ma conscience sur mon corps. Je me vois.
- Speaker #0
J'appelle ça de la dissociation.
- Speaker #1
Ah oui, voilà.
- Speaker #0
Tu te dissocies, tu te dédoubles. C'est une façon de rentrer en état d'hypnose. Je dis ça aussi pour les auditeurs au passage. Et donc, tu fais ça en surpasse. Et à un moment donné, j'imagine que tu prends ta dernière inspi. Et puis là, tu passes de l'autre côté.
- Speaker #1
Et là, je passe de l'autre côté. Le voyage commence. Et là, c'est l'eau, en fait. Voilà, je suis en communion avec l'eau. avec la vie, la source. Et voilà, je suis dans mon voyage, dans ma narration. Je suis dans mon univers qui est complètement personnel, en fait, évidemment. Et là, je peux entendre des sons. Oui, c'est une forme de rêve éveillé dans l'eau.
- Speaker #0
Et même en émo, par exemple, même en fosse, tu ressens ça ? Surtout, oui.
- Speaker #1
Vraiment, surtout. Surtout, en fait, oui.
- Speaker #0
C'est une belle invitation au voyage pour les apnéistes de savoir qu'il y a mille mondes une fois qu'on a la tête sous l'eau. Donc tu démarres ton aventure intérieure et ça dure le temps que ça dure. Alors est-ce que tu as des moments où tu ressens l'envie de respirer ou finalement c'est vraiment du plaisir du début à la fin ? Ça se passe comment ?
- Speaker #1
Comme je disais à mes élèves, une fois qu'on s'engage dans la profondeur, j'essaie d'y mettre un certain mouvement, ça veut dire un certain rythme, un certain engagement, tout en profitant du voyage. L'idée, c'est pas non plus passer des heures sous l'eau. En fait, c'est le cas alors on fait de l'apnée statique. Donc j'en profite, mais en même temps, si j'ai envie de passer vraiment beaucoup de temps, alors je fais de l'apnée statique. Là, ici, je descends, j'y vais, je mets un rythme qui est... ni trop vite, ni trop lent, ce n'est pas forcément des longues apnées. Et puis voilà, je me laisse porter, je me laisse attirer par la profondeur. Némo 33, c'est 33, donc on sait psychiquement que ça nous arrête. Et puis après, le temps de la remonter.
- Speaker #0
Donc finalement, tu es plus dans tes sensations, dans cette recherche, sans vraiment y réfléchir forcément, en tout cas dans cette envie de sentir le mouvement. C'est ça, tu es plus dans ton corps. Tu n'es pas dans ta tête à ce moment-là.
- Speaker #1
Exactement. Et même quand je remonte, je quitte la zone de photopéthé négative. Je remonte et puis à un moment donné, ça y est, je commence à jouer avec la corde. Je fais des pirouettes, je fais des cumulés. Je sors du cadre un peu qu'on peut enseigner. La corde, je descends, je remonte. Mais j'ai envie de profiter du voyage. Et puis après, un nouveau souffle. La reprise ventilatoire qui est quand même quelque part une forme de nouveau souffle chaque fois.
- Speaker #0
À chaque fois, une nouvelle naissance, moi je trouve.
- Speaker #1
C'est ça, mais c'est vraiment ça, des renaissances.
- Speaker #0
Et en statique alors, c'est encore une autre approche. Comment tu abordes ça justement, le statique, il n'y a plus de mouvement ?
- Speaker #1
Disons qu'honnêtement, je ne suis pas vraiment le... spécialiste du statique parce que j'en fais pas beaucoup et j'ai pas l'occasion d'en faire beaucoup. Par contre, j'enseigne plus l'apnée méditative, non pas aller chercher le plus de temps possible, mais je travaille sur un protocole des séquences, exercices où on fait ce qu'on appelle l'hypoxie par intermittence, qui d'ailleurs fait l'objet maintenant d'études et de résultats scientifiques, notamment sur les souris. Tout ça, ça crée vraiment le bien-être total. Les gens se retrouvent dans un sentiment, ils sont shootés. Au fur et à mesure, on augmente l'espace-temps, mais on ne va pas chercher la notion de combien de temps. Oui,
- Speaker #0
il n'y a pas le regard sur la montre. Non, non. L'idée, c'est vraiment les ressentis, le bien-être.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Donc, moi et l'apnée statique, Merci. C'est le même système. Une fois préparation, une fois que je suis dans l'eau, c'est aussi me connecter. Je peux me connecter au son, à ce que j'entends. Je me connecte à ce que je vois si j'ai un masque. Je me touche. Donc là, c'est ce qu'on appelle les capteurs sensoriels. On a tous. On peut se connecter à ça. C'est aussi une forme peut-être de dissociation. En tout cas, mettre la conscience sur autre chose que je suis là, combien de temps je respire, blablabla. où je fais mon voyage. Je refais un voyage à sa taille, je me rends en contact avec la baleine, une situation avec les enfants. Puis vient ce moment à l'envie de respirer, qui est juste un besoin physiologique de sortir du CO2. Tout va bien et là, je mets des mots. Je mets des mots sur les contractions, bienveillance, amour, partage. Je mets vraiment des mots là-dessus. jusqu'à un moment donné où je me dis ok, c'est bon pour moi, super, je remonte et je suis content. Et je ne regarde pas la montre, pas de notion de combien j'ai fait.
- Speaker #0
J'adore. J'adore de sortir de ce système de la montre. Ce n'est pas facile, oui. Dans notre société, on est tellement accrochés à cette temporalité, alors que tout l'intérêt de l'apnée, c'est justement de sortir de ça et d'arriver dans des dimensions où justement, on perd un peu la notion d'espace, justement parce qu'on est dans l'eau, dans l'élément eau. Et puis, on perd la notion du temps parce qu'on ne sait pas bien, justement, combien de temps se passe. C'est ça que j'aime bien avec l'apnée et aussi l'hypnose, c'est que justement, le temps n'a pas la même profondeur, n'a pas la même réalité. On ne sait pas bien, on ne saurait pas dire, tiens, je viens de faire deux minutes ou je viens de faire quatre minutes ou je viens de faire 30 secondes. Des fois, on ne sait pas.
- Speaker #1
Exactement, c'est d'y coudre le temps et c'est ça qui est beau aussi, d'avoir la conscience que j'ai perdu la notion de temps. Et c'est là où je pense que c'est aussi la traduction qu'il s'est passé un voyage. Quand on peut dire, ah ben tiens, deux minutes, j'ai l'impression que j'ai fait 30 secondes.
- Speaker #0
En tout cas, ça donne envie d'aller pratiquer l'apnée méditative.
- Speaker #1
Oui, en fait, une fois qu'on rentre dans ce dit, ok, je fais l'apnée, je me pose la question, pourquoi je fais de l'apnée ? Et qu'on y a trouvé chacun son sens, chacun trouvera un sens à ce qu'il pratique. Et une fois qu'on est ok avec ça, à tout de suite. OK, tout est bon, tout est juste. Moi, j'admire les compétiteurs. J'ai plein de potes qui font la compétition. Je les admire parce qu'avec eux, on apprend beaucoup de choses aussi. On apprend les limites du corps humain, etc. Et c'est ça qui est beau. Ce n'est pas une voix mieux qu'une autre.
- Speaker #0
J'adore les deux. Oui, c'est ça. J'ai aussi l'esprit de compétition. Il y a ce côté joueur aussi. Ce côté envie de connaître ses limites. en fait c'est une façon de se connaître aussi, de toucher les bords. Donc on va tous chercher ça et on peut alterner d'ailleurs je pense entre une pratique de bien-être et de temps en temps, une année parmi d'autres où on va vouloir se challenger un petit peu. C'est bien de parcourir tout ça. Généralement, sur la fin de l'épisode, je demande si tu veux bien partager une technique de préparation mentale pour les auditeurs. Finalement, tu nous en as déjà donné une. Ça, je ne la connaissais pas, de poser des mots, amour, bienveillance sur l'espace. Je vais tester ça. C'est accueillir. Accueillir.
- Speaker #1
Accueillir, vraiment une notion d'accueil. J'accueille mes contractions. Et d'ailleurs, je suis occupé à travailler là-dessus. Je suis occupé à faire des ponts. entre l'aptonomie, que tu connais peut-être, et l'apnée. Je m'occupe à explorer ça, en fait. L'aptonomie qui est la science touchée, la science du rapport à soi et à l'autre. Et j'y vois aussi un outil en plus, c'est ça qui est fabuleux à l'apnée, c'est qu'il est holistique et comme l'hypnose, évidemment... hypnose et apnée, c'est tellement évident que c'est un mariage parfait. Et l'haptonomie, je pense aussi, ça pourrait être aussi un mariage parfait.
- Speaker #0
Oui, et tu vois, quand tu parles d'haptonomie, ça me fait encore penser à des limites, c'est toucher encore les limites du corps, tout simplement. Pour les gens qui ne connaissent pas, c'est aussi une technique qu'on utilise beaucoup avant l'arrivée d'un bébé, justement. Oui, très connu pour ça. Rentrer en contact avec eux. L'enfant vit à le toucher, c'est souvent la mère, la future mère qui le pratique. Il n'y a plus qu'à essayer maintenant.
- Speaker #1
Explorer, voyager, c'est ça.
- Speaker #0
Ce que j'aime bien, c'est que c'est à la fois un voyage intérieur et un voyage, quand tu pars avec des groupes, avec les dauphins, c'est aussi un voyage extérieur. Donc dans tous les cas, c'est du voyage. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?
- Speaker #1
Je pense qu'on a fait le tour. Merci pour les questions. Et puis oui, c'est inviter les auditeurs vraiment à aller, à utiliser l'apnée comme un... Oui, chaque fois un voyage, un voyage intérieur, communier avec, quelque part, les mystères de notre humanité, de vivre l'apnée comme une forme d'expérience qui peut... qui transcende le simple fait de retenir son souffle. C'est bien plus que ça. Et c'est ça qui est fabuleux. L'apnée, c'est un voyage, c'est un univers incroyable entre l'inspi et l'expi. Et voilà, j'invite tout le monde à explorer ça,
- Speaker #0
vraiment,
- Speaker #1
avec légèreté, vraiment.
- Speaker #0
Oui, et oui, c'est ça. On ne peut pas se prendre au sérieux non plus.
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Merci infiniment. Ça va être le mot de la fin parce que je crois qu'il n'y a rien à rajouter. C'est parfait. et puis donc merci merci à tous d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout et puis à très bientôt bien sûr merci d'avoir plongé avec moi dans cet épisode de En Profondeur by Hypnée Si cette exploration vous a inspiré, n'hésitez pas à vous abonner, à laisser un commentaire ou à partager le podcast autour de vous. Et pour prolonger l'aventure, retrouvez-moi sur mes réseaux sociaux en recherchant Hypnée. Je remercie Philippe Istria qui, avec sa triple casquette d'apnéiste, de journaliste et de spécialiste du son, assure désormais le montage de chaque épisode. Et maintenant, prenez une grande inspiration, explorez vos propres profondeurs et à très bientôt ! pour une nouvelle immersion.