- Speaker #0
Au travers d'interviews de plongeurs en apnée et en scaphandre, et d'épisodes solos consacrés à l'hypnose, à l'auto-hypnose et plus généralement à la préparation mentale, En Profondeur vous fait plonger au cœur de votre être. Vous allez ainsi découvrir ce qu'il se passe à l'intérieur de mes invités. Quelles pensées, quelles émotions, quels ressentis, lorsqu'ils plongent et lorsqu'ils explorent leurs propres limites. Je m'appelle Sylvie Poulikin et je suis fondatrice d'Hypnée. A la fois praticienne en hypnose, préparatrice mentale et éducatrice sportive en plongée subaquatique, j'ai une foi indéfectible en la capacité de chaque être humain à accéder à ses plus belles ressources intérieures. Alors je vous emmène plonger avec moi au cœur de l'humain,
- Speaker #1
le temps d'une écoute.
- Speaker #0
Bonjour Julie, un grand merci à toi d'avoir accepté cette invitation pour En Profondeur Podcast.
- Speaker #1
Bonjour, merci pour cette invitation.
- Speaker #0
On va commencer tout de suite par un tout petit peu ton parcours, parce que la question que je me posais c'est justement de savoir ce qu'on trouve sur Wikipédia par exemple qui te décrit, c'est que tu as commencé la danse puis l'apnée. Est-ce que c'est vraiment décalé ou finalement les deux activités sont rentrées dans ta vie en même temps ?
- Speaker #1
Alors, je suis sur l'île de la Réunion, entourée d'eau, d'une maman danseuse et d'un père chasseur sous-marin. Donc en fait, depuis que je suis toute petite, sur terre je danse et dans l'eau je fais de la pédale.
- Speaker #0
C'est merveilleux. En tout cas, l'alliance des deux, c'est quand même très beau. Mais je sais que tu as été plus loin dans ton parcours, puisque tu as commencé finalement à être un peu connue, en tout cas à t'engager. vue de l'extérieur en étant compétitrice à Nice. Et j'ai vu que tu avais eu deux médailles en Coupe de France.
- Speaker #1
Alors, j'ai fait deux records de France d'apnée. Un à moins 68 mètres en poids constant et l'autre à 66 et 68 mètres de profondeur. Et en fait, j'ai commencé l'apnée assez tard parce que je faisais du coup de la chasse poumarine. J'utilisais l'apnée comme un moyen d'aller sous l'eau, d'attendre les poissons, de profiter des fonds marins. Et j'ai découvert à 18 ans que l'apnée était une discipline à part entière. Donc mon père m'a inscrite dans un club et j'ai tout de suite forcément été assez forte, parce que depuis que j'avais 11 ans, je descendais à 20 mètres. Donc je suis arrivée et j'ai fait direct 35 mètres. Et à l'époque, c'était déjà presque les performances les plus importantes au monde. Et je fais une première compète et c'est vraiment une discipline qui me plaît. je retrouve quelque chose de différent quelque chose de l'ordre de la performance que je n'avais pas quand je faisais de la chasse sous-marine je me lance dans l'aventure de la compétition en athlée à partir de mes 18 ans tu as un esprit de compétition c'est quelque chose que tu as en toi depuis toute petite j'ai toujours fait de la compétition j'étais jeune élite en gym de 8 ans à 11 ans ensuite beaucoup de danse après j'ai fait de l'escalade en compétition Merci. J'ai fait plein de sports de combat, j'ai toujours été très compétitive.
- Speaker #0
C'est vrai que la chasse finalement, est-ce qu'il y avait un attrait pour la beauté du monde sous-marin ? Ou tu avais vraiment un instinct de chasseuse, tu sais, comme la plupart des chasseurs ?
- Speaker #1
J'ai les deux, je suis une chasseuse cueilleuse. J'adore aller ramasser des choses dans la nature et les manger. Je trouve que c'est la plus belle manière d'être au monde. Vraiment d'aller cueillir sa propre nourriture et la chasse, je l'aime pour ça. Et je l'aime parce qu'elle m'a appris énormément de choses sur le milieu marin, c'est grâce à ça. C'est comme ça que j'ai développé mon amour pour l'eau. Parce que pour pouvoir attraper un poisson, il faut énormément de connaissances, énormément de compétences. Et il faut savoir reconnaître les fonds, il faut savoir connaître les poissons, la manière de les approcher. Il faut savoir comment réagissent tous les autres poissons autour. Et ça, ça donne un regard. sur le milieu marin qui est extrêmement précis. Et ça a développé forcément mon amour. Moi, je suis une amoureuse des poissons. C'est bizarre, j'aime les poissons et je les tue, mais je les respecte énormément et je les connais bien plus que n'importe qui.
- Speaker #0
C'est certain, c'est certain, parce que toute cette approche de la chasse, forcément, c'est cette connaissance du milieu marin. Même un compétiteur qui se mettrait plus tard à l'apnée ne pourrait pas avoir cette connaissance. Toi, tu l'as intégrée. Dans ton quotidien, dans ta jeunesse, tu y allais régulièrement dans l'eau ?
- Speaker #1
Oui, j'y étais tous les week-ends. J'ai vécu pendant quatre ans à Mayotte et même en semaine, des fois, on se faisait des sorties. Et c'est vrai que l'apnée est une discipline très intérieure qui est complètement à l'opposé de la chasse aux marées. Nous, on est des observateurs, on fait de la track, on analyse le milieu, les éléments, on analyse beaucoup de choses, alors que sur l'apnée, on s'analyse soi. C'est un voyage intérieur. Souvent d'ailleurs on ferme les yeux, on descend dans un câble, on est dans le bleu. Donc c'est une pratique qu'on a avec la mer mais surtout avec soi. Et ça m'a manqué. Et c'est pour ça qu'à un moment donné je ne me suis plus du tout retrouvée dans la compétition et j'avais envie de retrouver ce rapport à l'eau que j'avais quand je faisais de la chasse sous-marine où j'avais les yeux et le cœur ouverts vers l'océan et pas vers moi-même.
- Speaker #0
Et donc, ça coïncide avec l'arrivée de ton film, peut-être le premier film qui est sorti, qui était...
- Speaker #1
Freefall, oui. Oui, tout à fait. En fait, j'ai fait ma dernière compétition à Okinawa et ça s'est hyper mal passé. Pourtant, je m'étais extrêmement préparée, mais je n'avais plus la bonne approche. Je n'étais justement que sur la performance. Donc, j'avais envie d'atteindre ce chiffre. de me prouver et j'avais perdu la notion de plaisir et d'unité avec la mer et en fait quand on se bat contre l'océan et bien on perd et j'ai perdu donc j'ai fait plusieurs syncopes même lors de ces compétitions et je me suis dit est-ce que c'est ça que j'ai envie est-ce que j'ai envie de continuer sans avoir le plaisir et c'est là que j'ai décidé finalement d'arrêter mais la mort dans l'âme si on peut dire parce que je me dis que c'est quand même malheureux. J'ai ce talent de pouvoir rester longtemps sous l'eau, de profiter de façon différente de cet élément. Et qu'est-ce que je vais faire finalement si je ne le mets pas au service de forme de performance ? Et en fait, avec Guillaume, qui était mon compagnon à l'époque, il était à une compétition au Bahamas. Et moi, je le rejoignais en vacances. Et il plongeait le matin. Et le reste du temps, on s'ennuyait un peu. Et lui, c'est un fan de photos, et donc il avait cet appareil qui fait aussi des films. Et il me dit « Ah bah viens, ça ne te dit pas qu'on fasse un film ? » Je fais « Ouais, un film, comment est-ce que tu veux ? » « Ouais, je ne sais pas. » Il me dit « Ah, t'inquiète, je te montre. Là, ce bouton, c'est pour l'image est plus claire. Là, en bas, c'est plus foncé. Tu vois ce qu'il y a à l'image et c'est parti. » Et on a commencé par avoir cette idée où il marche sur le fond et il saute dans cet immense trou bleu. comme un humain aquatique. On avait envie de montrer l'apnée, pas comme une performance, mais comme quelque chose d'assez artistique, et de montrer que l'humain était fait, finalement, pour presque vivre dans l'eau. Donc on a commencé à faire ce film, et moi, je me suis vraiment prise au jeu, et j'ai adoré ça. J'ai adoré ramener à nouveau, comme quand j'allais chasser des choses de la mer, mais là, je ramenais des images, et je pouvais partir. Partager, en fait, avec le public. Comme j'allais partager mes poissons avec ma famille ou avec les amis. Là, je pouvais partager des images et des émotions et des sentiments de ce que je ressentais quand j'étais dans l'eau.
- Speaker #0
Oui, tu es devenue une chasseuse d'images.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et ça s'est fait rapidement parce qu'en plus, je sais que pour Free Fall, tu étais entièrement en apnée. Donc, une magnifique performance aussi. Même peut-être, je ne sais pas, il n'y a pas de comparaison. de ton côté, c'était une performance incroyable parce que tu devais à la fois penser à ton apnée et à la fois penser à ce que tu filmais. Comment ça s'est passé, ça ?
- Speaker #1
C'est encore quelque chose de différent de filmer en apnée parce que justement, là, on n'est pas tourné sur ses sensations, mais sur ce qu'on a à l'image. Et donc, on s'oublie. On oublie même qu'on est en apnée. Et c'est d'autres sensations. C'était hyper intéressant parce que c'était hyper créatif. Et je pense que j'ai toujours été quelqu'un de très créatif. C'est vrai que ça me manquait dans l'apnée pure. Et de pouvoir transformer ce talent en apnée, et à nouveau comme en chasse, l'utiliser comme un moyen et non comme une fin, ça a été une vraie révélation.
- Speaker #0
Pour notre plus grand plaisir d'ailleurs, puisque effectivement tu as continué après.
- Speaker #1
Et oui, il y a eu plein de jours de tournage. Tous les soirs, on monte et on se dit « Ah, il nous manque ça comme image, viens, on y retourne. » Donc ça a été vraiment complètement amateur. Et la surprise a été, quand on l'a mis en ligne, ça a fait un buzz mondial énorme, énorme, tout de suite. Et donc, je me suis dit, waouh, ça me plaît, mais en plus, ça plaît aux gens. Donc, voilà une direction que j'ai envie de prendre.
- Speaker #0
Oui, parce que depuis, je crois qu'il y a eu pas mal de gens qui se sont lancés. Mais franchement, je pense que c'était un des premiers films comme ça. Et puis, il y avait cette musique aussi, il y avait une ambiance.
- Speaker #1
C'est vrai qu'à l'époque, il y avait beaucoup de films documentaires sur le milieu marin, mais jamais de fiction, de choses artistiques qui montraient très autre chose. On a été un peu les précurseurs.
- Speaker #0
Oui, qui montrait la place de l'homme dans la mer. C'est le rêve de Jacques Mayol, l'homme dauphin.
- Speaker #1
Mais avec ce côté fiction, on a ajouté ça, je pense, le côté fiction. Et le fait que je filme en apnée, ça a donné une dynamique à l'image, finalement, qui est très difficile à avoir quand on fait de la bouteille. Parce qu'on est très statique, on est lourd. Moi, je suis hyper légère, en plus je suis hyper souple. Donc je peux bouger. En fait, on me dit souvent, on a l'impression de voir un animal dans l'eau. Mon parcours de danse finalement m'a énormément aidé aussi à donner une forme de fluidité au mouvement et de donner au spectateur l'impression d'être lui-même aussi dans l'eau.
- Speaker #0
C'est vrai, c'est exactement ça. Et pourtant à ce moment-là, la danse n'était pas encore présente dans ton imaginaire ?
- Speaker #1
La danse a toujours été présente. Donc quand j'étais compétitrice, j'ai été aussi remarquée par un artiste qui s'appelle Grégory Colbert, qui fait une exposition. extraordinaire qui s'appelle Ashizan Snow et chercher une danseuse apnéiste asiatique qui n'ait pas peur des animaux. Et donc, forcément, j'avais l'impression que toute ma vie, j'avais été formée pour faire ce truc. Et lui, il me faisait danser sous l'eau avec des animaux marins. Et ça m'a reconnectée avec la danse parce que j'avais arrêté. J'ai repris des cours de danse classiques pour pouvoir améliorer ma qualité de mouvement. Et à partir du moment où j'ai fait ça, et où j'ai commencé à faire des films, je me suis tout de suite dit, oulala, il y a vraiment quelque chose à faire. Le mouvement dansé dans l'eau est juste sublimé, parce que l'eau ralentit tout. Dans les films, c'est vrai que le mode ralenti, ça rend tout merveilleux. Et je sentais qu'il y avait quelque chose de fort avec ce mouvement dansé artistique dans l'eau, et mélangé de deux univers qui a priori n'avaient pas... pas de raison de se mélanger, mais j'avais cette conviction, moi, qu'il y avait quelque chose à faire.
- Speaker #0
Alors c'est amusant, parce qu'à l'heure où on se parle, ça paraît une évidence, en fait, maintenant, cette danse sous l'eau, puisque c'est quelque chose que tu as fait naître, qui existe, que tu as pu partager depuis des années, et puis je crois qu'il fait des petits, j'ai vraiment l'impression qu'il y a un mouvement dans le milieu de l'apnée, pour intégrer la danse dans l'apnée, il y a eu les mermaides,
- Speaker #1
C'est vraiment depuis que j'ai fait ce film « Mama » . J'avais en tête cette idée de la beauté du mouvement dans l'eau, mais je sais aussi, j'avais compris en tant que réalisatrice, que faire un film, et encore plus un film qui se traduit en mouvement, donc l'émotion se traduit en mouvement, il fallait un sens fort, une thématique forte. Et donc j'ai mis énormément de temps avant de trouver le bon axe et ce que j'avais envie de raconter dans ce premier film de Dansoul. Et Amma a cristallisé finalement tout ce que j'attendais jusqu'à ce moment-là. Et jusque-là, je n'avais jamais été à l'image aussi. J'étais toujours derrière la caméra. Et là, j'ai eu envie d'exprimer, de travailler avec mon corps et d'exprimer des choses par le mouvement. Et j'ai fait ce film qui, pareil, a marqué un tournant dans ma carrière où effectivement, il m'a donné une identité, une voix. J'étais Julie Gauthier, la femme qui danse sous l'eau. Et tout à coup, j'ai eu aussi énormément d'intérêt de la part des médias et je pouvais enfin raconter finalement mon histoire, mes envies, toutes ces choses qui n'apparaissaient pas forcément avant. Et Amma a vraiment lancé une espèce de mode et d'envie, parce que j'ai l'impression que ce film donne envie, de danser dans l'eau. Et on me demandait beaucoup, mais voilà, et comment tu t'entraînes ? Est-ce que tu encades ? Est-ce que tu enseignes ? Et à ce moment-là, je ne me sentais pas prête du tout. Parce que ce que je fais dans Hama, ça n'existait pas. J'ai dû moi tout l'inventer. Et vu mon passif de danseuse et d'apnéiste, je n'arrivais pas à décortiquer. Je sentais que c'était un travail énorme, en fait, de me mettre en position d'enseignante et de comprendre comment je pouvais le transmettre. Parce que c'est quelque chose d'autre, de transmettre discipline, un mouvement, des qualités. Pourquoi moi j'arrive à faire ça et pourquoi l'autre personne n'y arrive pas ? Qu'est-ce que je veux mettre en place ? Comment est-ce que je veux créer une dynamique, une progression pour que ces personas puissent après évoluer comme moi dans l'eau ?
- Speaker #0
Justement, si on peut s'arrêter un petit peu sur Hama, quand tu as démarré le tournage, bon déjà j'imagine qu'il y avait quelqu'un d'autre pour te filmer, un apnéiste d'ailleurs ?
- Speaker #1
Non, non. Pour Rama, j'ai pris mon caméraman Jacques Ballard, avec qui je travaille depuis très longtemps et qui me connaît par cœur. C'est un film très intime aussi. Et donc, j'avais besoin de quelqu'un qui me comprenne et avec lequel j'avais bossé depuis longtemps.
- Speaker #0
Mais lui, il était en plongée alors ?
- Speaker #1
Lui était en plongée bouteille parce que finalement, il n'y avait pas... d'intérêt spécial à ce que le film soit tourné en apnée, parce que les mouvements de caméra n'étaient pas si importants que ça. L'important, c'était mon mouvement à moi.
- Speaker #0
Alors justement, comment ça s'est passé ? Tu l'as tourné en combien de temps, ce film ?
- Speaker #1
Ça a été très rapide, le tournage. Ça a été deux jours. Donc une nuit, 4-5 heures pour faire l'image du début, avec la pluie. Et après, une journée et demie de tournage sous-marin. Mais ça, ça a été réalisable. parce qu'il y a eu deux mois de travail en amont, un mois de travail sur l'élaboration de la chorégraphie, même avant ça, de déterminer quels sont les mouvements pour pouvoir construire la chorégraphie. Vu que ça n'existe pas, j'ai dû faire un mois de test en piscine où je me filmais à la GoPro en faisant de l'improvisation. Ensuite, je décortiquais les vidéos pour voir quels étaient les mouvements. qui étaient beaux, quels étaient les mouvements qui allaient traduire ce que je voulais raconter comme histoire. Et à la fin, j'ai donné cette vidéo à ma prof de danse classique Ophélie Longuet, avec laquelle on a travaillé sur comment maintenant on prend les plus beaux mouvements, comment on construit une chorégraphie que je vais pouvoir après interpréter. Une fois qu'on a eu la chorégraphie, j'ai dû travailler pendant un mois pour qu'elle soit parfaitement exécutée, qu'il n'y ait jamais de petits mouvements. de nage ou de déséquilibre, que je la connaisse par cœur, parce que quand on est sous l'eau, la rétention de la respiration a cette faculté d'arrêter le process des pensées. Donc c'est génial, mais alors réfléchir sous l'eau, ça devient très compliqué. Donc il fallait que vraiment cette chorégraphie devienne une forme d'automatisme. Donc voilà, deux mois de travail en amont, deux jours de tournage et presque deux mois de post-production pour la colorimétrie, pour qu'elle ait la musique. pour faire le montage. Tout ça, c'est aussi derrière énormément de travail. Finalement, le tournage, c'est souvent ce qui prend le plus de temps.
- Speaker #0
C'est extraordinaire. On se doute qu'il y a tout ce travail derrière parce que ça se sent que ce n'est pas comme ça, un truc improvisé. Tiens, je vais danser sous l'eau. Ça se voit quand même. Un travail incroyable. Alors justement, quand tu t'es dit ça y est, c'est le moment, je vais pouvoir... J'y vais là. Quand tu t'es lancée à danser cette chorégraphie devant l'œil de ton ami qui te filmait, Tu as coupé tes pensées, justement ? Tu as pensé à quoi ?
- Speaker #1
Il y avait une ambiance très particulière dans ce tournage. C'était extrêmement calme, extrêmement paisible. Tout le monde était hyper concentré. On avait la musique dans l'eau. Donc forcément, ça mettait beaucoup d'émotions, beaucoup de douceur dans le tournage. Et je me suis vraiment connectée avec mes émotions et tout ce que j'avais envie. transmettre à travers ces mouvements.
- Speaker #0
C'est hyper émouvant, mais c'est tellement émouvant que tu as dû vraiment lâcher quelque chose. Qu'est-ce qui t'a permis de lâcher ça ? Franchement, donner au monde, parce que là, tu savais déjà qu'avec tout ce que tu avais fait déjà, ce film allait être exposé, forcément. Tu es une artiste, certes, tu es une compétitrice, mais avec toute cette émotion, comment tu as pu la livrer comme ça ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'il y a eu un cheminement en toi ? Qu'est-ce qui s'est passé, en fait ?
- Speaker #1
Bien sûr, il y a eu un cheminement et il y a eu surtout une forme de catharsis. Ce film, il était là pour... Ce film, il parle d'un deuil. Ce film, il est là pour exprimer une douleur et aussi pour exprimer la capacité des femmes à la résilience et à renaître finalement et à se sentir portées par ces douleurs. Et ça a un peu marqué l'étape dans ce deuil pour moi. et c'était ma manière à moi de l'exprimer, de le partager et c'est pour ça en fait je ne mets pas et je ne dis pas de quel deuil je parle parce que j'avais envie que ce film serve de transmetteur d'émotions pour que les gens s'approprient finalement des émotions et pas qu'ils vivent la mienne d'où l'intérêt du mouvement, d'où l'intérêt de la danse c'est un langage universel qui permet en fait ça, mais moi il y a une telle sincérité dans ce que je suis en train de transmettre et je pense que c'est ça qui fait la force du film Et heureusement que j'ai attendu, j'ai attendu huit ans. Depuis que j'ai eu l'idée de faire un film de danses sous l'eau et la réalisation, j'ai attendu huit ans. Et j'ai bien fait d'attendre vraiment ce bon moment où j'étais en totale ouverture et en totale don de quelque chose d'extrêmement intime.
- Speaker #0
J'imagine que ça t'a permis peut-être à titre personnel de passer une étape. Je ne sais pas, on ne va pas forcément rentrer dans... dans ce sujet-là.
- Speaker #1
Oui, ça a été une forme de libération. Et pour moi, c'est le phénix. C'est une nouvelle naissance. Depuis Amage, il se passe tout plein de choses dans ma vie. Et c'est grâce à ça. C'est grâce à ce film. C'est grâce à elle.
- Speaker #0
C'est grâce à l'apnée, c'est grâce à la danse, c'est grâce à ce film. À quel moment dans ta vie tu as découvert les hamas, ces japonaises ?
- Speaker #1
Ça fait un moment. Moi, étant chasseuse, étant femme de la mer, je me suis toujours un peu intéressée à ça. Et c'est les seules que je connaissais à l'époque. Il y en a un petit peu, il y en a quelques-unes, quelques autres. Mais c'est vrai que c'est les plus connues. Et moi, quand j'ai vu ces femmes, j'ai dit, oh mon Dieu, mais c'est elles, c'est elles ma communauté. Je suis une amas. Ce plaisir d'être dans l'eau, de partager. Ces femmes qui sont ultra fortes dans un milieu d'hommes, qui font un métier ultra dur, et qui aiment la mer, qui aiment la cueillette. C'était moi, en fait. C'était la communauté que j'ai toujours cherchée. C'est rare, les femmes comme ça.
- Speaker #0
Bon, ça donnerait presque envie de croire à la réincarnation. Il y a eu Hama, ça a lancé quelque chose avec toute cette émotion que tu as réussi à livrer. Avec Beyoncé, c'était avant ce qui s'est passé avec Beyoncé, parce que là, tu n'étais pas encore derrière.
- Speaker #1
Beyoncé, c'était avant, c'était vraiment suite à Ocean Gravity. C'est un défi qu'on a fait aussi dans la passe de Rangiroa. Projet perso que j'avais en tête à ce moment-là, justement. C'était cette étape-là entre Gravity et autre chose.
- Speaker #0
On n'est peut-être pas obligés d'y passer trop longtemps, mais quand même, comment ça s'est passé ? À quel moment Beyoncé t'appelle et te dit « Oui, Julie, I'm Beyoncé » .
- Speaker #1
« I'm baby, baby » . Mais évidemment, Beyoncé ne m'a jamais appelée. Je ne suis même pas sûre qu'elle sache que j'existe. D'ailleurs, je pense que je vais faire un petit coming out sur Internet en disant « Cher ami, sais-tu que c'est moi qui ai réalisé ton clip ? Il serait temps de donner... » à une femme, la paternité, la maternité finalement de cette œuvre. Parce qu'en fait, c'est une co-réalisation. Mais en fait, à la base, je n'ai pas fait un clip pour Beyoncé. J'ai été contactée par une prod qui avait pour projet de faire cette musique. Donc c'est Haro Benjamin et Naughty Boy. Et c'est pour eux que j'ai fait ce clip. Sauf que la légende voudrait... que Beyoncé ait vu le clip avant que ça sorte, j'imagine dans une soirée hollywoodienne, au bord d'une piscine, d'une séguère, et qu'elle aurait dit, non mais ça, c'est pour moi, je vais chanter dessus, je veux que ça devienne ma chanson. Et deux semaines avant que ça sorte, la production nous a dit, ah ben finalement, il y a quelqu'un qui fera joute, c'est Beyoncé. Ah d'accord.
- Speaker #0
Donc, tu n'es pas millionnaire, en fait, grâce à ce clip.
- Speaker #1
Ouh là là là là ! Malheureusement, je ne me suis pas acheté la maison. Pas du tout, loin de là. J'étais déjà très contente, en fait, d'avoir les moyens de pouvoir se faire ce clip, de faire ce projet là-bas, en Polynésie. Donc, ça m'a propulsée, par contre, au niveau notoriété, reconnaissance. Derrière, ça m'a permis de faire d'autres clips, de la pub, des choses comme ça. Mais non, ça n'a pas été le projet le plus rémunérateur de ma carrière.
- Speaker #0
Ça a permis vraiment de mettre la lumière sur ton travail encore plus.
- Speaker #1
Le clip, il est magnifique. J'en suis hyper fière et je n'aurais pas eu les moyens de le faire sans cette prod. Donc, je leur en suis quand même reconnaissant malgré tout. Mais c'est vrai que ça ferait bien que Beyoncé sache que j'existe.
- Speaker #0
Oui, alors évidemment, il aurait peut-être fallu régler des choses juridiques à un moment donné pour que ton nom apparaisse.
- Speaker #1
C'est le grand problème des artistes, n'est-ce pas, qui fonctionnent tout seuls. On apprend, on apprend. des erreurs.
- Speaker #0
Oui, oui. Et puis, de toute façon, j'imagine que tu es passée à complètement autre chose. Après, il y a eu Narcisse, qui est quand même d'une beauté aussi. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas eu aussi... Enfin, je n'en sais rien, peut-être qu'il a eu beaucoup de...
- Speaker #1
Non, c'est vrai qu'il a eu beaucoup moins de retentissement que les autres. Après, c'est aussi dû au changement des réseaux sociaux. C'est devenu de plus en plus dur maintenant de faire le buzz. Il faut vraiment mettre beaucoup de... de contenu tout le temps et moi je suis pas comme ça je suis pas une influenceuse et donc je suis assez peu présente sur les réseaux et donc du coup je suis mal référencée et du coup les projets partent moins facilement et j'ai pas du tout envie de me battre pour ça en tout cas de mettre des vidéos de moi toutes les 3 secondes pour rester sur la toile c'est quand même dommage que du coup j'ai beaucoup plus de mal maintenant à faire connaître mes films de façon organique en les mettant sur Internet. Parce que moi, j'ai toujours fonctionné comme ça. J'ai fait des projets perso que je mettais gratuitement en ligne, qui me donnaient de la visibilité, qui me permettaient derrière d'avoir des projets rémunérateurs. Mais ça, ça ne fonctionne plus.
- Speaker #0
C'est bien dommage. Tous les auditeurs qui n'ont pas encore vu Narcisse, qui vont le découvrir grâce à ce podcast, vous avez de la chance. Je les envie parce que vraiment, ceux qui n'ont pas vu Amma, je ne sais pas s'ils sont passés à travers, comment ils ont fait, mais vraiment, vous avez de la chance. mettez-vous dans un endroit tranquille pour regarder ça, c'est d'une beauté mais je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'artistes qui font des choses aussi belles actuellement En tout cas, sous l'eau, avec toute cette grâce. Ça, c'était finalement, pour toi, peut-être une suite d'amas ? Parce que c'est une belle allégorie, Narcisse. Enfin, je ne sais pas, est-ce que moi, j'ai projeté des choses personnelles du type où tu faisais une allégorie peut-être de la société ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Oui, Narcisse, c'est quoi ? C'est l'humain qui se perd dans sa propre image. C'est nous qui sommes en train de nous noyer dans nos fausses préoccupations. Et en fait, ce projet, ce n'est pas moi qui suis à l'initiative, c'est Behind the Mask avec lequel j'ai travaillé là-dessus, qui font des sublimes images aussi sous-marines plus animalières. Et lui, il avait eu cette idée, vous verrez le film, il a été tourné à l'envers en fait. Et donc, il voulait absolument filmer quelqu'un qui évolue et qui danse à l'envers sous une forme de plateforme. Sauf qu'il ne trouvait absolument personne qui arrive à… faire une performance, tête en bas, à l'envers, sous cette fameuse plateforme. Parce que ça demande des capacités de proprioception, de compréhension de son corps, sous l'eau, à l'envers, en apnée. Et personne ne pouvait tenir plus de trois secondes en faisant le moindre mouvement. Donc c'était pendant le Covid. Et Flo m'appelle et me dit « Julie, ça ne te dirait pas, la piscine, elle est vide, on va là-bas, on passe une semaine et puis on fait des tests. » C'était trop mignon parce qu'il m'avait fait un storyboard. Il m'avait fait trois petits dessins avec des petits personnages avec des petits bâtons qui faisaient deux pauvres mouvements. Et pour lui, c'était la seule chose qu'on pourrait avoir. Donc je fais « Ouais, écoute, viens, on y va. » Et donc on installe tout. Il met cette superbe backlight qui donne une impression très spatiale. très unique, avec une lumière bleutée. Il positionne la caméra, il avait fabriqué tout un système, parce qu'il voulait ce plan de caméra qui tourne, comme ça on a l'impression d'être dans une capsule spatiale, on ne sait plus où est le bas. Donc il installe tout son système, il allume la lumière, et puis il m'a dit, il me fait descendre. Alors lui, il s'imagine d'appuyer sur rec et de prendre 3 secondes. Donc je descends, et je fais un truc, je ne sais pas moi, de 3 minutes, non stop. Et on remonte, et il me regarde. et là il éclate de rire il me dit mais c'est incroyable je ne comprends pas et donc on est parti là-dessus on a été très très loin finalement dans le projet mais qui était très peu écrit à la base d'ailleurs ce miroir qu'on voit sous l'eau qui est en fait une poche d'air, il est arrivé par hasard, ça a été un cadeau en fait c'est une fenêtre, une petite fenêtre qui est sous cette plateforme qui s'est remplie d'air parce que lui il est en bouteille et quand j'ai vu ça Merci. j'ai vu que ça faisait un mur et j'ai dit Flo mais c'est Narcisse, c'est une histoire de Narcisse et on a construit toute l'histoire autour de ça et ce qui était très marrant c'est que c'était au mois de mars et c'était la période des Narcisses la fleur la Narcisse c'était en pleine saison et donc la fleur qu'on voit à la fin qui est une vraie Narcisse et on est parti l'accueillir en dehors de la piscine c'est comme s'il y avait un alignement aussi, pareil quand on se connecte finalement avec que... avec des amitiés, avec des choses spontanées et vraies, la magie opère.
- Speaker #0
C'est un cadeau de l'univers. L'âme agit. C'est ton âme qui agit en toi. Oui, mais évidemment, c'est vrai que quand on fait, je pense, les choses avec beaucoup d'intention, d'engagement, comme tu le fais, ce genre de magie arrive. C'est extraordinaire. C'était un projet plutôt spontané, dans le fond, Narcisse. On aurait dit qu'il était tout aussi travaillé, abouti, enfin, il est tout aussi abouti que Hama.
- Speaker #1
C'est un autre processus, mais on avait du temps, par contre. Ça, ça a été notre cadeau, c'est d'avoir le temps.
- Speaker #0
À quel moment tu as commencé à te dire, mais la danse, est-ce que je ne peux pas la transmettre maintenant ? C'était à ce moment-là ou c'était encore plus tard ?
- Speaker #1
Alors, figure-toi que la danse, c'est vraiment l'année dernière que ça m'a pris. Ça fait longtemps qu'on me dit « Ah Julie, quand est-ce que tu donnes des cours ? Quand est-ce que tu machins ? » Je vois de plus en plus sur Internet qu'il y a des gens qui se mettent à danser, à faire des vidéos, à transmettre, à faire des stages. C'est qu'un de dansent sous l'eau et là je fais « Oh là là, dis donc, il serait peut-être temps que je fasse quelque chose » . Et en fait...
- Speaker #0
Finalement, c'est grâce au fait que j'ai de plus en plus de difficultés à faire connaître mes films, trouver des financements, à en vivre, que je me suis dit, bon ben là, il faut que tu te réinventes. Là, il faut que tu trouves autre chose. Donc c'est le moment, je me suis dit, c'est le moment de me lancer dans cette aventure qui me faisait extrêmement peur. Parce qu'encore, comme je l'ai dit tout à l'heure, énormément de travail. J'ai tellement une vision globale de ce que peut devenir l'Aquadance Flow, je l'ai appelé comme ça. comme une véritable discipline, avec une académie, avec des cours, avec des profs, avec des niveaux, que j'avais du mal à m'y mettre parce que je me sentais déjà noyée, c'est très dommage pour moi, dans cette masse de travail. Et finalement, j'ai dit bon, allez, vas-y, il y en a d'autres qui le font, tu es capable de le faire, tu es légitime. J'ai commencé par donner des cours chez moi, à Nice. J'ai pris mes copines, j'ai dit écoutez les filles. J'ai envie de lancer ça. Déjà, est-ce que je sais le transmettre ? Est-ce que ça plaît ? Est-ce que moi, ça me plaît ? Est-ce que ça plaît aux autres ? J'avais besoin de savoir ça. J'ai mis en place des cours à terre, parce qu'il y a toute une préparation à terre à avoir, et des cours en piscine au mois de décembre de l'année dernière. Voyant que ça fonctionne, commençant un partenariat avec la marque équipementier Crécy de plongée, qui était au salon de la plongée, j'ai dit... « Oh, bah dis donc, si je lançais l'aventure au salon de la plongée à Paris, qui a eu lieu là en janvier, alors là, je vais au salon et c'est l'explosion. Incroyable l'engouement que je fais pour la discipline, engouement des professionnels, engouement des élèves, des gens, engouement des médias. Et là, je fais « Ah ouais, c'est maintenant, je suis prête. » Il y avait une petite piscine d'ailleurs à Paris où j'ai fait des initiations. et j'ai vu le sourire des filles, parce que 98% de filles, il faut le dire, un bonheur extraordinaire. Et je me dis, ah ouais, j'ai vraiment quelque chose à transmettre, je sais le faire et je peux vraiment faire du bien aux gens avec cette discipline.
- Speaker #1
Donc le déclic, là, tu te dis, mais ça y est, je me sens apte à transmettre rien finalement en te lançant ?
- Speaker #0
Des fois, en fait, on a des peurs qui ne sont pas justifiées et en fait, il faut faire juste un premier pas. Et peut-être qu'effectivement, ça ne va pas fonctionner ou ça ne va pas vous plaire. Mais le plus important, c'est de faire ce premier petit pas, de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop se mettre de limites, de ne pas trop avoir d'attente finalement sur les résultats. C'est lié étape par étape. C'est important d'avoir la vision sur le long terme. Mais si on s'attend à tout de suite faire un pas de géant, c'est hyper difficile de faire ce premier pas. Alors que si on se dit, je vais mettre la première petite pierre, on va voir, finalement, ce n'était pas si dur. Finalement, ça va. Et puis, on voit finalement que quand on est sincère dans ce qu'on fait, il y a plein de gens qui se greffent. Et on n'est pas seul. C'est ça, en fait. Comprendre que quand on est motivé, quand on met de la joie et de l'engouement dans ce qu'on fait, tout de suite, il y a des gens autour qui sont là pour vous aider, vous accompagner. On ne fait jamais rien seul.
- Speaker #1
Mais alors, les... des personnes qui viennent faire l'aqua dance flow ? C'est des danseuses qui veulent se mettre sous l'eau ou c'est des apnéistes qui veulent se mettre à la danse ?
- Speaker #0
Alors, il y a un peu de tout. Mais ce que je remarque, c'est que finalement, il y a beaucoup de gens, j'amène beaucoup de nouvelles personnes, c'est-à-dire des gens qui aiment l'eau, mais pas forcément des apnéistes, donc des danseurs, des gens qui aiment le mouvement, mais aussi plein de personnes lambda. Là, finalement, je n'ai même pas du tout d'apnéistes pros pour l'instant. qui s'intéressent à la discipline. C'est plus des débutants, c'est plus des danseurs, c'est plus des gens du spectacle, c'est plus des gens qui sont dans le corps, qui sont curieux finalement de cette nouvelle discipline.
- Speaker #1
Oui, les apnéistes pros, pas encore. Je suis persuadée qu'à un moment donné, ça peut ajouter quelque chose.
- Speaker #0
Je pense aussi. Mais c'est comme si c'était une approche complètement différente. Ayant été compétitrice, ce n'est pas du tout le même état d'esprit. Mais je pense que comme au niveau des danseurs, il y a plein de danseurs pros qui vont se retrouver dans l'eau, portés par l'élément. Il y a plein de nouvelles sensations et ça ouvre de nouvelles portes. Je pense que les apnéistes aussi pourront découvrir d'autres choses et que ça peut être quelque chose de complémentaire ou de différent. Il y a aussi les nageuses synchronisées. Pour moi, c'est le public le plus facile. Elles ont déjà toutes les qualités requises pour venir. Les sirènes. qui ont envie finalement de transmettre autre chose que de faire des coucous et machin, d'apprendre, d'avoir un bagage technique que moi j'apporte en fait. Je viens apporter des exercices, un bagage technique, comment développer une qualité de mouvement, comment développer de l'improvisation, comment travailler aussi sur du temps d'apnée. Ça mélange un peu vraiment les deux univers de la danse et de l'apnée.
- Speaker #1
Alors moi, ma spécialité, c'est plutôt la préparation mentale. mais l'apnée, pour moi, c'est vraiment... Je dis toujours ça, c'est vraiment une danse entre cette maîtrise qu'on doit avoir, la maîtrise de notre corps et de notre technique, autant que faire se peut. Après, tout dépend du niveau qu'on a. Et en même temps, ce lâcher total, cette espèce d'équilibre entre les deux. Difficile de conclure sans parler de Back Elite quand même. Parce que ça, je sais que c'est différent, mais c'est peut-être aussi une sensibilité que tu as, j'imagine.
- Speaker #0
Ça, Back Elite, ça a été mon premier film engagé. On me dit, pourquoi tu fais des films, c'était quoi le message et tout ça. Et c'est vrai qu'au début, j'avais une approche très artistique, émotionnelle. Et voyant l'impact que je pouvais avoir sur les gens qui venaient me voir en disant, non mais tes films, ils m'ont changé. Ils ont changé ma vie, ils ont changé ma vision. J'ai quitté mon taf à Paris pour devenir prof de plongée et faire de l'apnée. Il dit, oulala, j'ai une mission là. J'ai quelque chose que je dois transmettre. Et forcément, l'environnement, la protection des océans, quelque chose que j'ai dans mon ADN depuis toujours. Et je me suis dit, bon ben là, il faut vraiment que tous mes films servent aussi à ça. Et Kelly, tout particulièrement, je l'ai écrit pour ça, pour que ce soit une mise en avant. Et essayer, en fait, parce que... L'écologie, c'est beaucoup d'entre-soi. C'est beaucoup de gens qui se sont déjà concernés, qui ont déjà tout compris, qui ont déjà tout lu, machin. Et le plus difficile, finalement, c'est d'amener d'autres personnes. Et par l'art, par l'esthétique, le visuel, les films, parce qu'en plus, Back Elite, c'est quand même une petite œuvre fiction, un peu de super-héros, super-héroïne d'ailleurs, un peu en mode manga, ça amène un public. Et en fait, mes films ont toujours fait ça. on est sorti du milieu que de l'apnée pour toucher un public beaucoup plus large et donc j'ai eu vraiment à coeur d'essayer de rendre la lutte écologique accessible à d'autres personnes essayer de toucher un autre public que de gens qui sont déjà convaincus par la nécessité de cette protection
- Speaker #1
Et ça a fonctionné ?
- Speaker #0
Oui, ça a fonctionné et en fait, ce que je dis, ce fil n'aurait servi à rien s'ils n'avaient pas été soutenus par Imagine 2050 et On est prêt, qui sont eux des associations qui sont solutionnelles. Parce que moi, je n'apporte pas de solution. Moi, je montre quelque chose, ça touche les gens. Et c'est par le cœur, en fait, qu'on passe à l'action. En étant émerveillé, en tombant amoureux d'un élément, c'est comme ça qu'on a envie de le protéger. Mais si derrière, si on oublie, si on passe à autre chose, parce que le quotidien fake, c'est comme ça, qu'on n'a pas de solution immédiate, on passe à autre chose. et l'intérêt de notre collaboration, ça a été de faire un film qui attire du monde, qui touche les gens, et derrière, tout de suite, de donner des solutions. Et c'est ce qu'a fait On est prêt. Eux, ils étaient très impliqués dans faire voter des lois. Il y avait tout un kit aussi de dépollution de sa vie du plastique, expliqué aussi scientifiquement, et aussi de donner des chiffres sur la quantité de plastique qu'on ingère. Ils ont fait des tests sur les cheveux pour montrer à quel point la quantité de plastique qu'on avait, de polluants qu'on avait en nous. Donc voilà, attirer par la beauté, après parler des réalités et donner des solutions pour qu'on puisse agir. Parce qu'on peut tous agir. Il n'y a pas le colibri, tout ça. C'est vraiment des choses concrètes. Si chacun fait son petit geste, et c'est ce que dit le film, seul on va difficilement arriver à se battre contre le géant. Mais si on est à plusieurs... On a chacun notre part à jouer et on peut le faire. Et il y a plein de solutions et toutes les solutions. Il y a plein de choses à faire, chacun à son niveau.
- Speaker #1
Oui, c'est des petites briques. Sensibiliser à la fragilité de la biodiversité par l'art, en fait. Alors, je pose toujours cette question à mes invités pour conclure. Comment tu vas permettre à tes danseuses, justement tes danseuses apnéistes, de se détendre, une technique de prépa mentale, quelque chose que tu... Un outil que tu transmets pour permettre aux apnéistes, aux danseuses de lâcher, de se relâcher, de penser à autre chose ?
- Speaker #0
Oui, des techniques bien sûr. Moi j'essaie surtout de parler de lenteur, parce qu'on est toujours dans le faire, dans une attente de résultat aussi. Donc ce que je leur dis, dans l'eau il faut s'abandonner. il faut aller dans la lenteur. Pas gigoter, c'est vrai qu'on a tendance à vouloir se débattre un peu dans l'eau. Des fois, il suffit de rien faire et c'est déjà beau. De se poser au fond, de regarder la surface, d'avoir les cheveux qui flottent dans l'eau, de faire un petit mouvement de la tête, de se laisser tomber. Ça, de prendre conscience de la sensation d'être portée sous l'eau et de donner du sens à ce moment présent. cet instant-là.
- Speaker #1
Excellent conseil. Ça va me donner des idées pour mon prochain cours d'apnée. Et aussi, j'espère à toutes les personnes qui écoutent. Non, mais c'est clair. Merci beaucoup, Julie, vraiment. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu as envie de rajouter ?
- Speaker #0
J'ai envie de te remercier parce que tout ça, ça me replonge bien dans toute mon aventure, dans ce que j'ai envie de faire maintenant. Et c'est quand même super d'avoir cette possibilité d'en parler, d'échanger. et encore une fois de me donner une voix.
- Speaker #1
Toutes les voix qui peuvent permettre de communiquer la beauté, moi je suis pour. Merci d'avoir plongé avec moi dans cet épisode de En profondeur by Hypnée. Si cette exploration vous a inspiré, n'hésitez pas à vous abonner, à laisser un commentaire ou à partager le podcast autour de vous. Et pour prolonger l'aventure, retrouvez-moi sur mes réseaux sociaux en recherchant Hypnée. Je remercie Philippe Istria qui, avec sa triple casquette d'apnéiste, de journaliste et de spécialiste du son, assure désormais le montage de chaque épisode. Et maintenant, prenez une grande inspiration, explorez vos propres profondeurs et à très bientôt pour une nouvelle immersion.