- Speaker #0
En quête d'accord, l'art de communiquer est être en lien. Pour introduire notre épisode, je vous livre trois phrases. Quel lien peut-il y avoir entre un blessé de guerre et une femme après césarienne ? 2. La césarienne naturelle n'est pas un oxymore. 3. Un médecin anesthésiste spécialiste de photos de naissance. Voilà les trois thèmes de notre épisode d'aujourd'hui. Je vous souhaite une excellente écoute. Bonjour Franck Bernard.
- Speaker #1
Bonjour Eman.
- Speaker #0
C'est un grand honneur et un grand plaisir de te recevoir ici à Enquête d'accord. Je suis très heureuse parce que je te connais depuis plusieurs années, anesthésiste, médecin anesthésiste, dans une clinique libérale qui est la clinique Saint-Grégoire à Rennes. Mais je te connais principalement parce que tu es responsable du pôle hypnose et douleurs aiguë. au sein d'Emergence. C'est un institut de formation à l'hypnose, directeur pédagogique en douleur et communication thérapeutique. Je n'ai pas envie de te résumer à des exercices ou des pratiques. Est-ce que tu veux te présenter, Franck, à mes auditeurs ?
- Speaker #1
Oui, pourquoi pas ? Alors, se présenter, c'est toujours un peu difficile parce qu'on ne sait pas par où commencer. Je vais commencer par le début, je suis breton. Je fais effectivement médecin anesthésiste depuis 40 ans bientôt et formé à l'hypnose depuis 30 ans. J'ai une formation qui est assez polyvalente puisque j'ai commencé l'hypnose à Paris, à l'Institut français d'hypnose, entouré de psychanalystes et de psychiatres. C'était très amusant, je ne comprenais rien et ça ne m'a servi à rien juste après. J'ai bien vu que j'avais dans l'idée de faire de l'hypnose pour l'anesthésie et là, ce n'était pas du tout adapté. Donc j'ai fait d'autres formations après, dont une formation avec Claude Viro-Haren à l'Institut Émergence, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés. Puis j'ai aussi fait une semaine de formation avec le professeur Fémonville, professeur Fémonville qui a été une des pionnières en hypnose et imagerie fonctionnelle, puisque c'est elle qui a montré la réalité des processus hypnotiques, à l'origine avec des PET scanners, donc des scanners avec injection. elle montrait que le le Au niveau du cerveau, on avait des modifications qui étaient reproductibles. Et que ces modifications, on ne les retrouvait pas lorsque les gens n'étaient pas hypnotisés. C'est la première à avoir montré ça. C'est une femme qui fait ce qu'elle dit et qui dit ce qu'elle fait. C'était très agréable de travailler une semaine avec elle. Elle m'a vraiment introduit dans le monde de l'anesthésie et de l'hypnose. Je lui en sais encore gré maintenant. Ensuite, j'ai fait un DE à la Pitié-Salpêtrière à Paris. le DU de Jean-Marc Benaïm, qui m'a vraiment donné de bonnes assises sur le plan scientifique. Et ça, c'était vraiment aussi intéressant. Ce qui fait qu'avec cette formation-là, très naturellement, je me suis un peu tourné vers l'enseignement, qui m'intéresse de toute façon. Et puis, ça fait maintenant un peu plus de 20 ans que je donne des cours d'hypnose, à émergence, mais aussi en Suisse, en Belgique, récemment au Canada, dans les pays francophones. marié, père de 4 enfants ça c'est aussi quelque chose de très important dans ma vie, j'ai 2 petits-enfants et je fais de l'aquarelle du pilates et du vélo, je crois que tout est dit
- Speaker #0
Excellent et moi je suis très très heureuse d'accueillir un confrère anesthésiste de qui j'ai beaucoup appris et puis surtout parce que émergence c'est quelque chose c'est un souvenir qui est particulier pour moi parce que j'ai j'ai Merci. poussé les portes d'émergence il y a quelques années, le congrès, sans avoir eu au préalable une formation d'hypnose. Et ce que j'ai découvert là était pour moi un monde incroyable, que je ne soupçonnais pas, qui est venu répondre à un instinct ou à un besoin, au fait, dans ma pratique. Et j'étais très heureuse de découvrir tout ce qui se disait dans le congrès d'hypnose et puis dans l'une des formations. il y avait toi qui parlais de la salle de naissance, un endroit si particulier, parce que j'ai quand même passé pas mal d'années dans une maternité niveau 3, il fut un temps. Donc, c'est vraiment un endroit particulier, la salle de naissance. Et là, tu décrivais une salle de naissance avec une ambiance différente. C'était très différent. Et l'ambiance, l'accompagnement des patients. Et tu pratiquais une anesthésie avec une dimension qui était toute nouvelle pour moi. Et je suis quand même heureuse de pouvoir partager ça avec des initiés, c'est-à-dire probablement des confrères qui vont nous écouter, mais aussi avec des patientes ou des personnes qui sont déjà passées par des salles de naissance. peuvent imaginer comment, parce que dans la vie d'une femme, on peut imaginer qu'il peut parfois y avoir ce passage par un monde médicalisé qui est particulier et qui répond à un événement qui est presque naturel. Alors, toi, tu as décrit quelque chose d'absolument innovant. probablement pas le premier, mais tu as quand même apporté ton empreinte, c'est cette césarienne naturelle. Est-ce que tu voudrais m'expliquer d'où est venue l'inspiration de changer la pratique en salle de naissance ?
- Speaker #1
L'inspiration est venue tout simplement des études que j'ai pu lire qui montraient que 54% des femmes qui ont des césariennes regrettent de ne pas avoir été actives. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que j'avais eu une étude qui montrait qu'environ 25 à 33% des femmes qui subissent entre guillemets des césariennes, présentent dans les semaines, les mois qui suivent, des symptômes post-traumatiques. Alors un symptôme post-traumatique, ça peut être une insomnie, des cauchemars, des choses comme ça. Il ne s'agit pas d'un syndrome post-traumatique, là on tombe quand même à 3 à 8% des femmes, ce qui est quand même énorme. Pour vous donner un ordre d'idée, 25 à 30% des femmes en France, ça représente la ville de l'Orient par an.
- Speaker #0
C'est impressionnant.
- Speaker #1
Alors, j'avais déjà ça dans l'idée. Avec mon collègue Hervé Muslec, avec qui je travaille, on avait eu l'idée de faire souffler les femmes pendant la sortie du bébé. Mais c'était tout, on ne faisait que cela parce qu'on avait vu une publication anglaise qui montrait qu'ils appelaient ça césarienne naturelle, effectivement. Ils faisaient souffler les femmes. Et puis on s'est dit, c'est un peu idiot parce que nous avons... à notre disposition quelque chose d'extrêmement puissant qui est l'hypnose, avec la possibilité de profiter d'un mode de conscience, d'un processus de conscience qui s'est installé chez les couples qui sont dans la salle de césarienne, à savoir un processus hypnotique. Parce qu'on entend souvent parler d'hypnose, et on pense souvent à mesmères, on pense souvent à des choses complètement absurdes, mais c'est un peu comme si on pensait à anesthésie et qu'on pense aux drogués. La différence est à peu près la même. C'est-à-dire que notre cerveau fonctionne de différentes façons. Il y a différents processus de conscience. Parmi ces processus de conscience, il y a le processus de conscience critique, c'est-à-dire celui qui nous permet d'avoir du recul par rapport aux événements, d'avoir des facultés de cognition, de réflexion. Et puis, il y a un autre processus que le processus hypnotique, où justement ces facultés que nous avons d'être critiques Merci. sont déconnectées du reste de notre cerveau.
- Speaker #0
Elles sont en veille.
- Speaker #1
Oui, elles sont en veille, exactement. C'est-à-dire qu'il y a une modification de l'interconnectivité au niveau cérébral entre différents réseaux. Notre cerveau fonctionne suivant différents réseaux. Et le réseau qui nous sert à être critique se déconnecte un peu, se désamorce du reste du cerveau. Ce qui fait qu'une des particularités de la conscience hypnotique, c'est que nous devenons extrêmement sensibles aux suggestions qu'on nous fait. Et là, nous avions un couple, je dis un couple parce que c'est souvent un couple, qui est l'arrière-parent et le coparent. Un couple qui est extrêmement sensible, parce que toutes les conditions pour qu'on déconnecte notre cerveau critique sont présentes. Il y a l'attente, il y a le stress énorme, il y a la confusion de ne pas savoir trop ce qui se passe. Et ça, c'est vraiment des circonstances qui favorisent ce processus hypnotique. et donc on a Ces circonstances étant présentes, pourquoi ne pas les utiliser en injonctant des suggestions aux patientes et à leurs coparents ? Je peux juste reformuler, Franck.
- Speaker #0
C'est simplement quand la personne qui vient accoucher est accompagnée de son coparent. Quand ils arrivent en salle de naissance, ils sont dans un état modifié de conscience du fait de la conjoncture, dans l'état émotionnel. Et donc, du coup, ils sont particulièrement sensibles à la suggestion et ce qu'on peut leur dire.
- Speaker #1
Ça, c'est une des premières remarques qu'on peut faire. Ils sont sensibles aux suggestions. La deuxième remarque, c'est que souvent les femmes sont dissociées. C'est-à-dire qu'il y a une espèce de perte du continuum de notre corps et de notre esprit. Par exemple, cette dissociation, on la rencontre chez les gens qui sont victimes d'accidents, on la rencontre chez les soldats de la guerre du Vietnam, de la guerre d'Irak. Ce sont des gens qui ont des dissociations, et ces dissociations aiguës, puisque là c'est vraiment quelque chose qui survient à un moment donné, elles peuvent se chroniciser et c'est le lit des syndromes post-traumatiques.
- Speaker #0
C'est quoi être dissocié ? Ça veut dire qu'on est là sans être là ?
- Speaker #1
Exactement, on est là sans être là. La dissociation, c'est quelque chose qui vient à l'origine pour nous protéger. Par exemple, on en rencontre chez les gens qui sont victimes d'agressions sexuelles. Souvent, les gens, principalement des femmes, disent « je ne bougeais plus, c'est comme si je ne voulais rien ressentir » . Et ces femmes, quand on les retrouve dix ans, cinq ans après, elles n'ont plus de plaisir à être avec leur mari, elles n'ont plus de plaisir à être avec leurs enfants. Elles savent bien qu'elles aiment leurs enfants, qu'elles aiment leurs conjoints, mais elles sont dissociées de leurs émotions. Elles se sont dissociées parce que c'était trop intense et trop violent pour elles de pouvoir être là au moment de l'agression sexuelle. Et donc, pour pouvoir ne plus être là, en fait, elles se dissocient, elles partent ailleurs. Leur corps reste là, mais leur esprit par ailleurs. Elles coupent, elles débranchent en quelque sorte. Et le problème, c'est un peu comme la douleur. La douleur aiguë, c'est très utile. Si je mets la main sur une plaque chauffante, je l'enlève tout de suite parce que ça me fait mal. C'est protecteur. La dissociation, c'est protecteur initialement. C'est la chronicité qui n'est pas protectrice. C'est la chronicité qui est pathologique, comme dans la douleur. Si, après avoir retiré ma main de la plaque chauffante, je continue à avoir mal pendant des mois, des années, c'est absolument pas normal, et ça devient pathologique. Si, après m'être dissocié pendant un viol ou un attentat, je reste dissocié pendant des années, c'est pathologique. Et je pense que c'est ce qui se passe pour beaucoup de femmes qui vivent des césariennes. Donc on avait le double problème, entre guillemets, le fait d'être hyper suggestible, donc faire attention à ne pas donner de mauvaises suggestions, ce qui peut être le cas des gens qui sont dans la salle, par exemple. Et puis ? faire attention à ce que la femme ne se dissocie pas trop et au contraire reste bien associée à l'événement. Et pour que ce soit le cas, il faut déjà diminuer l'anxiété préalable, expliquer ce qui va se passer de manière à ce que la femme ne soit pas dans la confusion mais justement qu'elle comprenne ce qui va se passer et la faire participer. Et le trépied de la césarienne naturelle, c'est exactement cela. Donc la première chose qu'on fait, c'est qu'on diminue l'anxiété. Pour diminuer l'anxiété, on essaie d'avoir un local qui soit plutôt agréable sur le plan sensoriel. Dans notre salle de naissance, nous, de césarienne, il y a une fenêtre. Donc ça, c'est la lumière du jour, c'est plutôt sympa. Au début, j'avais mis de la musique et puis ce n'était pas toujours très adapté. Donc maintenant, je mets surtout des bruits naturels, des chants d'oiseaux, des choses comme ça. Il faut que la femme soit bien installée, confortablement, qu'elle ait bien chaud. Et il faut que ça sente bon. Donc je mets des huiles d'orange douce pour que ça sente bon. Donc tous ces sens recueillent des informations qui sont agréables. Et cette information, elle est transmise immédiatement à leur cerveau émotionnel, qui donc est plutôt branchée sur « ça se passe pas mal ici » , plutôt que « c'est inquiétant ici, ça sent les terres, il fait froid, je suis mal installé » .
- Speaker #0
Est-ce que tu leur parles de tout ça à la consultation d'anesthésie avant la naissance ? Je parle des césariennes programmées. Et puis, bien sûr, tu me diras comment ça se présente quand c'est une césarienne qui n'était pas attendue et quand elle survient en urgence.
- Speaker #1
Effectivement, quand j'ai la chance de voir les femmes en consultation pré-anesthésie, je leur explique la césarienne naturelle. Déjà, quand c'est programmé, je recadre la césarienne. La césarienne, ce n'est pas une opération que vous allez subir, en fait. La césarienne, c'est le meilleur moyen pour votre bébé et pour vous. que ce bébé naisse en fait. Et il y a environ un cinquième des femmes qui accouchent par voie haute. Et je dis bien qui accouchent par voie haute et non pas qui sont césarisées.
- Speaker #0
Ah, ça change tout.
- Speaker #1
Ça change tout. C'est du langage, mais ça change tout.
- Speaker #0
Elle est active, elle participe à cet accouchement, elle ne va pas le subir.
- Speaker #1
Tout à fait, elles deviennent participantes pleinement et ça les rapproche de l'accouchement autocycle, comme on dit, c'est-à-dire l'accouchement par voie basse. Ça devient un accouchement par voie haute. Je donne souvent l'image de la porte-fenêtre. Il y a environ un cinquième des gens qui, quand ils habitaient la campagne, ils sortent par la porte-fenêtre au lieu de la porte d'entrée. Une fois qu'ils sont dehors, finalement, tout le monde s'en fiche.
- Speaker #0
Il y a des dramatismes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors, comment leur parler du risque à ce moment-là, sans les inquiéter, parce que c'est une obligation de parler de tout ce qui peut arriver ?
- Speaker #1
Alors, globalement, comment parler des risques ? Eh bien, je parle surtout des solutions.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Déjà. Par exemple, si la femme me dit, la césarienne, ne serait-ce que la césarienne, c'est un risque en quelque sorte, mais c'est aussi une solution. Donc on va en parler comme solution. Si on doit parler des événements indésirables qui peuvent survenir, on peut évoquer le risque au point de vue probabilité, mais en donnant une probabilité positive. Par exemple, le risque de mourir d'une anesthésie, c'est alors toute personne confondue en France maintenant, aux alentours, on va dire, de 1 sur 1 million, même entre 1 sur 1 million et 1 sur 10 millions. Ça ne veut rien dire, ça, 1 sur 1 million, parce que 1 sur 1 million, Les statistiques, quand ça vous tombe dessus, c'est du 100%.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Par contre, si je dis à la personne, prenez votre téléphone, et maintenant que vous l'avez, les gens prennent parce que c'est le docteur qui l'a dit, vous faites 0686. Alors, ils font 0686. Maintenant, vous faites n'importe quel numéro. Si mon téléphone qui est là sonne, c'est la probabilité qu'il se passe quelque chose de vraiment grave en anesthésie. Et là, les gens sourient, c'est la vraie probabilité. J'ai dit la vérité. Mais je les comparais avec quelque chose qui paraît tellement incroyable, impossible, que c'est une métaphore du risque. Et donc, ils rangent leur téléphone et ils sourient. Et alors, à ce moment-là, pour les faire rire, je dis en plus, mon téléphone est sur mode avion avec moi.
- Speaker #0
Je ne la connaissais pas, je la garde. Merci Franck.
- Speaker #1
Et donc, on explique un peu les risques comme ça. Le risque, je ne sais pas, d'avoir des problèmes dentaires, c'est le même risque que la même probabilité que dans un champ. rempli de trèfles, de trouver un trèfle à quatre feuilles du premier coup. Voilà, etc. Donc, c'est une façon d'aborder les choses qui est différente.
- Speaker #0
Et après, est-ce qu'on leur parle un petit peu de tout le déroulement, de ce qu'elles vont vivre ? Est-ce que le fait de savoir comment ça va se présenter, est-ce que ça rassure ? Est-ce que ça permet d'anticiper ?
- Speaker #1
Alors, imagine qu'on achète une maison, quelqu'un achète une maison, une maison très isolée dans la forêt. Et cette personne la reçoit le 1er janvier. Le propriétaire lui donne les clés. Donc le premier week-end après, cette personne va toute seule dans cette maison. Et tout à coup, à 11h du soir, il y a un bruit énorme qui arrive. Quelque chose, mais d'énorme. Ça fait très peur, en fait. Deuxième cas de figure. Cette personne achète une maison. Les propriétaires lui donnent la clé le 1er janvier. Et ils lui disent, ah, j'ai oublié de vous dire, le premier samedi de chaque année, Il y a une vérification du système de chauffage, parce que c'est une pompe à chaleur et c'est obligatoire. C'est vérifié automatiquement une fois par an. Ça fait énormément de bruit. Avant, c'était à minuit. Maintenant, c'est à 11h du soir. On n'a jamais pu changer les horaires. Donc, sachez que ça va être samedi prochain. Le samedi d'après, quand la personne s'installe dans la maison, elle entend le bruit. Effectivement, c'est assez énorme. Elle n'est plus inquiète. Donc, savoir où on va, c'est une façon d'être rassuré. Et donc, je pense qu'il faut expliquer aux gens, pas sur le moment, Mais avant, en amont, ce qui va se passer. Expliquer sur le moment, ça ramène à focaliser les gens sur ce qui se passe. Et ça, je pense que ce n'est pas bien en fait. Alors que si on a expliqué avant, même s'il y a une partie qui voit ce qui se passe, bon, on s'est expliqué, c'est bon, on sait ce que c'est. Donc effectivement, moi j'explique en consultation comment ça va se dérouler. J'explique, voilà, dans un premier temps, on installe tout, on met des grands draps pour vous protéger et protéger l'équipe chirurgicale, votre cours. Votre mari ou votre femme, ça dépend, votre mère des fois vient à côté de vous, vous vous installez. Et puis c'est le début du protocole de la naissance. À un moment donné, vous entendrez qu'on va rompre la poche des os. C'est un accouchement, donc on rompt la poche des os. Et peu de temps après, vous allez sentir qu'on installe des choses. Et ça va bouger parce qu'un accouchement, ça bouge. Et c'est là qu'on va vous demander de respirer et de vous servir de la respiration pour mobiliser votre diaphragme, c'est-à-dire le muscle qui est à la base du thorax, et mobiliser aussi... d'autres muscles qui vont permettre de faciliter la sortie du bébé et donc de faire naître votre bébé. Et si vous le souhaitez, on peut tout à fait à ce moment-là baisser un peu les champs opératoires où nous avons une petite fenêtre transparente qui permet de voir ce qui se passe et vous verrez ce qui se passe.
- Speaker #0
Alors Franck, avant qu'on puisse décrire tout le processus d'une patiente ou d'une parturiante, parce que ce n'est pas une patiente qui va venir pour sa césarienne naturelle, Est-ce que tu peux juste me dire qu'est-ce qui t'a plu ? Il te reste comme possibilité quand même pour baisser la fréquence de survenue du syndrome post-traumatique chez une césarienne non programmée en urgence. On a encore des manœuvres, on a encore des choses à mettre en place pour réduire le stress et faire en sorte que ça se passe bien ?
- Speaker #1
Oui, alors tout dépend. Quand on fait des césariennes, il y a trois codes. Il y a un code vert, c'est la césarienne programmée, tout va bien. Il y a un code orange. Ça, c'est une césarienne qui n'était pas programmée. Par exemple, son bébé est en siège. Elle doit avoir une césarienne dans huit jours. Et puis, elle arrive en travail. Donc, on est obligé de faire une césarienne. Donc, ce n'est pas programmé, mais c'est un code orange. C'est assez rapide. Il ne faut pas traîner dans les couloirs, mais on a le temps. Et puis, le troisième type de césarienne, c'est le code rouge. C'est extrêmement urgent. Les codes oranges... on retrouve un peu ce qu'on fait dans les codes verts. Donc là, c'est exactement la même chose. Les codes rouges, on n'a absolument pas le temps d'installer tout ça. Donc là, je me sers d'une métaphore que j'utilise aussi dans les hémorragies de la délivrance. Je dis au couple, vous avez déjà vu une course de Formule 1. À la course de Formule 1, le pilote et le copilote, parfois, rentrent au stand, et là, tout le monde s'occupe d'eux. Il y en a un qui change les pneus, il y en a un qui met l'essence, il y en a un qui change les essuie-glaces, il y en a un qui met l'eau, l'autre qui met l'huile, etc. Et le copilote et le pilote, pendant ce temps-là, ils sont calmes et tranquilles, ils respirent, ils en profitent. Et tout le monde court autour et c'est normal, et c'est l'équipe qui gagne. Et là, nous sommes une équipe et vous êtes le copilote et le pilote. Et on a plein de choses à faire. Et puis, au moment où on sort le bébé, je leur propose quand même de souffler. Et comme il y a des phénomènes hypnotiques qui sont installés, et de façon très prégnante, je donne aussi des suggestions. Je leur dis que c'est super ce qu'elles font, je leur dis que c'est vraiment bien. Parce qu'à force de l'avoir fait, j'ai automatisé un certain nombre de choses que je peux dire. Donc je peux tout à fait m'en servir tout en faisant tout à fait autre chose.
- Speaker #0
Exact. Est-ce que tu vois la différence entre les parturiantes qui ont reçu, par exemple, cet accompagnement-là et celles qui ne l'ont pas eu ? Parce que j'imagine que tout le monde n'est pas formé à l'hypnose ?
- Speaker #1
Alors... Moi, je ne le vois pas vraiment parce que finalement, je ne vois plus les autres, celles qui n'ont pas. Tout le monde n'est pas formé à l'hypnose, c'est vrai. Mais dans l'équipe où je travaille, il y a déjà sur les 35 médecins anesthésistes que nous sommes, il y en a une petite vingtaine qui sont formés déjà. Ensuite, parmi les autres, il y a une espèce d'osmose qui s'est faite. Ils ont un peu l'habitude. Et puis surtout, les infirmiers de bloc opératoire qui travaillent en salle de césarienne et les gynéco-obstétriciens. Alors eux, ils ont tellement eu ça, et ils ont, ils nous le disent, ils ont tellement vu les bénéfices de ce type de naissance, qu'eux, ils sont très partants, et quand l'anesthésiste ne le fait pas, c'est eux qui le font. Alors c'est pas tout à fait pareil, ils font la césarienne naturelle, ils font participer la femme, ils n'utilisent pas les suggestions forcément, ils savent qu'il y a des mots qu'il ne faut pas dire, parce que des mots comme « vous n'êtes pas mal » , « vous n'êtes pas froid » , des choses comme ça, parce que le cerveau n'entend pas les négations dans ces cas-là. Si on leur dit, n'ayez pas peur, le bébé ne va pas mourir la tête écrasée par le forceps, c'est vrai, mais en même temps, c'est pas à dire. Et on se rend compte à travers cette phrase, combien on peut dire des choses qui vont heurter le cerveau du couple. Donc les gynécos sont habitués, ils le font naturellement. Et surtout, les psychologues du réseau Périnatalité, qui passent voir systématiquement toutes les femmes ayant accouché par césarienne, et toutes celles qui posent des problèmes autrement, Elles nous le disent. Elles nous disent, de toute façon, on entre et on sait, rien qu'à la tête, si c'est une césarienne naturelle ou si c'est une césarienne d'autrefois.
- Speaker #0
Alors, tu soulignes quelque chose d'extrêmement important, c'est que dans un endroit où l'hypnose est pratiquée, il y a une émulation qui se fait. Et puis, j'imagine qu'il y a beaucoup qui sont passés par la formation à émergence. j'ai vu sur les formations à l'émergence que la communication thérapeutique était proposée non pas seulement au personnel soignant, mais vraiment à tous les participants, brancardiers, secrétaires médicals. C'est un travail d'équipe et s'il y a quelqu'un qui n'a pas la formation et qui n'est pas dans la sensibilité des mots et de comment pratiquer la communication vis-à-vis des patients, en fait, ça prêche. Et il faut que ça marche pour tout le monde, il faut que tout le monde participe.
- Speaker #1
Bien sûr, il faut qu'il y ait une cohérence du soin, il faut qu'il y ait une cohérence du cadre soignant, je dirais. L'avantage des formations à émergence, c'est qu'elles sont faites principalement par des infirmiers anesthésistes et des médecins anesthésistes qui travaillent au bloc opératoire tous les jours. Et donc, forcément, ce sont des gens qui sont impliqués dans l'hypnose et la douleur aiguë. Et je pense que c'est ça qui fait que c'est bien efficace. Et quand on est formé à l'hypnose, même si on ne fait pas d'hypnose formelle pour faire des opérations, on garde forcément toute cette empreinte d'hypnose informelle et qui permet d'être efficace et d'être beaucoup moins agressif vis-à-vis des patients et des patientes.
- Speaker #0
Ok, alors si on déroule maintenant le petit trajet de cette parturiante qui va venir pour un jour heureux, accouchées de son bébé, même par césarienne. Donc, je crois comprendre que même dans la démarche, puisqu'on est dans une démarche active, elle est parturiante, elles arrivent debout.
- Speaker #1
Oui, chez nous elles arrivent debout, parce que c'est mieux, elles arrivent debout, parfois elles arrivent en poussant le berceau. Ah bon ? Oui, parce que c'est des berceaux sur roulettes, donc elles repartiront avec le berceau et le bébé, et donc elles arrivent debout avec le coparent. Le coparent va se changer de manière à être apte à rentrer dans le bloc opératoire, et la femme pendant ce temps-là, on l'installe. Pendant que le coparent se change, il va attendre dans la salle où il fera plus tard la rencontre. charnel avec son bébé, c'est-à-dire il fera le pot à pot, eh bien, pendant ce temps-là, nous, on installe la femme.
- Speaker #0
Alors, dans mon souvenir, le moment de poser une perfusion est un moment quand même assez stressant pour les parturiantes, parce que je me souviens que les perfusions, personne n'aime ça.
- Speaker #1
Alors, personne n'aime ça. De plus, dans les césariennes, on pose des perfusions avec des cathéters d'un bon calibre.
- Speaker #0
Je ne voulais pas le dire pour ne pas inquiéter, mais oui, tu as le droit.
- Speaker #1
Et quand les femmes voient ça, elles ont souvent un petit peu d'appréhension. On utilise des techniques toutes simples, comme des techniques de confusion, qui ont été éprouvées et vraiment prouvées également scientifiquement, puisqu'il y a eu des articles dans la presse médicale, notamment dans le British Journal of Anesthesia, qui montrent qu'on est plus efficace, on diminue les douleurs de façon incroyable au niveau de la pose de la perfusion. Déjà, une pose de perfusion, c'est quelque chose qui est relativement, pas confortable mais On met tout en œuvre pour que ce soit le plus confortable possible. Mais là, avec des techniques de confusion, ça devient vraiment très facile. Et en plus, ces techniques de confusion permettent de renforcer le lien soignant-soigné.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux donner à nos auditeurs un petit exemple ? Ou est-ce que le fait de le dire peut faire que ça ne marche pas au moment où on la pose ? Non,
- Speaker #1
ça marche toujours.
- Speaker #0
Ça marche toujours, même quand on connaît la technique.
- Speaker #1
Oui. Est-ce que ton mari va toujours à la piscine ?
- Speaker #0
D'accord, donc ça te fait réfléchir sur un truc et focaliser sur quelque chose qui fait que...
- Speaker #1
Tout à fait, ou alors on peut dire aussi, les gens nous regardent et disent comment ? Donc ils sont archi-focalisés sur ce qu'on a dit, donc comme ils sont archi-focalisés, la focalisation c'est la porte d'entrée dans le monde hypnotique. Donc ils deviennent en mode hypnotique, leur cerveau bascule en une fraction de seconde en mode hypnotique, donc en mode d'hypersuggestibilité. Donc ils sont focalisés sur autre chose que la perfusion.
- Speaker #0
Premier atout. Deuxième atout, ils sont hyper suggestibles. Et à ce moment-là, on leur fait un grand sourire et on leur dit non, rassurez-vous, c'était juste incompréhensible pour qu'on soit le plus agréable pour vous. Et donc, on donne des suggestions qui sont non verbales et verbales de bonheur, d'agréabilité, de choses comme ça.
- Speaker #1
Il arrive des fois que certaines parties orientent ou certains patients dans la vraie vie, même avec toutes les techniques du monde, ils sont complètement stressés. paniquer, comment on fait ? Est-ce que tu as des outils dans l'hypnose qui peuvent aider ?
- Speaker #0
Oui, on a des outils très rapides qui permettent juste à l'entrée en salle ou juste avant l'entrée en salle de baisser un petit peu le niveau d'anxiété des gens. Ce sont des techniques basées sur je ne vais pas rentrer dans les détails d'hypnose mais sur la catalepsie, sur la lévitation, des techniques sur la visualisation, il y en a plein en fait, sur la respiration. Il y a énormément de techniques très simples, très rapides, qui sont vraiment faites en, je dirais, une minute, deux minutes. Et ces minutes qui semblent perdues sont des minutes gagnées, en fait, pour plus tard. Et ça permet de baisser le niveau émotionnel, et donc ensuite de retrouver un petit peu de niveau critique pour faire toute cette partie entre je rentre dans la salle et mon bébé arrive.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut partager, par exemple, juste un outil qui est la mise à l'index ? Pour nos auditeurs, comme ça, ils peuvent sortir un petit peu de l'abstraction de l'hypnose qui reste quand même un domaine assez inaccessible. Alors,
- Speaker #0
on demande aux gens, et vous pouvez le faire en même temps si vous voulez, on demande aux gens de faire une pince entre le pouce et l'index, c'est-à-dire de mettre son index au-dessus de son pouce.
- Speaker #1
Je le fais.
- Speaker #0
Et puis de sentir qu'il y a un pou, c'est-à-dire un pou, P-O-U-L-S, une pulsation. On peut rechercher la pulsation. Des fois, il faut appuyer un peu plus, appuyer un peu moins. Une fois qu'on a bien la pulsation,
- Speaker #2
vous allez laisser l'index se soulever extrêmement lentement, le plus lentement possible, de quelques millimètres au-dessus du pouce, un peu moins d'un centimètre. Et puis quand l'index est soulevé, quelques millimètres au-dessus du pouce. Alors à ce moment-là, vous allez pouvoir explorer ce petit matelas d'air qui existe entre le pouce et l'index, un peu comme on palpe une pêche pour voir si elle est bien mûre sans trop appuyer, juste une pression discrète. Et à ce moment-là, sentir l'élasticité. de la petite couche d'air qui se trouve entre le pouce et l'index, et sentir toute l'énergie de l'air, comment l'énergie est utile, l'énergie des molécules, des atomes, cette énergie qui rentre, qui permet aussi au reste du corps de ne rien faire, rien que du calme. du confort, de la tranquillité. Puis une fois que toute cette énergie de calme, cette vague de bien-être, de tranquillité, une fois qu'elle est rentrée dans le corps, qu'elle s'est installée, qu'elle enveloppe, qu'elle protège, tranquillement, le doigt va revenir de lui-même, tout seul. sur le pouce, et c'est un sentiment très agréable qui va s'installer dans l'ensemble du corps, un peu comme une détente, une détente globale, et puis une fois que cette détente est bien là, elle va rester pendant peut-être plusieurs heures, et vous pouvez à ce moment-là frotter.
- Speaker #0
les mains l'une contre l'autre, et profiter de ce calme qui s'est installé. Voilà, ça c'est une petite technique, qui s'appelle la mise à l'index, ou la catalepsie des doigts, qui permet donc d'amener du calme. On a plein d'autres. Après, ça dépend un peu des gens, ça dépend des circonstances, ça dépend aussi de mon envie, parce qu'il y a des jours où j'ai envie de faire celle-ci, d'autres, voilà.
- Speaker #1
Oui, c'est interactif. Moi, je retrouve mes esprits parce que j'ai fait quand même l'expérience et la mise à l'index. Alors, une fois que la perfusion est posée, vient un moment qui est tout aussi fatidique, qui est l'anesthésie rachidienne. Donc, j'explique aux auditeurs que pour la césarienne, c'est souvent une anesthésie que du bas du corps, qu'on appelle anesthésie rachidienne. Et donc, ça consiste en une injection dans le dos et que beaucoup d'entre nous redoutent. je parle des femmes, c'est un moment où c'est intéressant de proposer encore des techniques pour que ça se passe bien.
- Speaker #0
Oui, alors là aussi, d'abord, il faut savoir qu'on réalise une anesthésie locale de la peau du dos dans un premier temps. Moi, j'en fais toujours une anesthésie locale de la peau du dos, de manière à ce que la suite soit tout à fait anodine finalement. C'est l'anesthésie locale qui ressemble à un vaccin. Donc, en fonction de la personne, je vais lui dire que c'est un vaccin vers le confort. ou comme de l'acupuncture, ou comme un tatouage de bien-être. Donc, j'explique cela de manière à ce qu'il y ait quelque chose qu'elle connaisse, qu'elle puisse rattacher à quelque chose qui est réel pour elle. Une fois que j'ai expliqué cela, je propose à la personne, par exemple, il y a plusieurs techniques là encore, mais on peut lui proposer d'aller vers un endroit qu'elle aime bien. Vers quel endroit elle aimerait bien être aujourd'hui si elle n'était pas là ? On peut proposer aussi d'aller un peu dans le futur. on peut proposer aussi simplement de basculer les yeux en arrière et de nous parler de la couleur qu'il y a à l'intérieur de soi. Parce que nous avons tous une certaine couleur à l'intérieur de nous. Les choses n'existent que si elles sont sensorielles. Et si on regarde autour de nous, on voit qu'il y a des couleurs, on entend qu'il y a des sons, on sent qu'il y a des sensations, des odeurs. Et c'est ce qui fait que ça existe. Et l'intérieur de moi, il existe aussi. Donc si je bascule mes yeux, À l'intérieur de moi, je vois une certaine couleur. Je peux entendre un certain son. Et donc, je vais focaliser la personne en lui expliquant cela. Et ensuite, je peux lui proposer de modifier la couleur, par exemple. Si je trouve que la couleur n'est pas terrible, ou si par exemple, elle me dit, je ne sais pas, l'autre jour, une femme m'a dit, c'est un peu jaune pipi, en faisant une grimace. Donc, ça veut dire, pour moi, ce n'est pas très agréable. Comment est-ce qu'on pourrait changer ça ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Alors elle m'a dit, je ne sais pas, si c'est un peu comme du pipi, et si on mettait un colorant, par exemple, si on mettait un joli colorant bleu, comme du bleu de cuirassot, est-ce que ce serait bien ? On peut proposer des choses et demander à la personne de le faire. Et pendant qu'on fait la rachianesthésie, elle, elle change la couleur. Et le fait de changer la couleur, changer la couleur vers quelque chose de plus agréable, c'est une suggestion que les choses deviennent plus agréables. Et ça fait un peu cercle verteux, les choses deviennent plus agréables. Et puis, une rachianesthésie, ça dure moins de cinq minutes. Une à deux minutes, c'est très rapide. Donc, il n'y a pas besoin de faire quelque chose de très long pour que ce soit agréable et utile.
- Speaker #1
Baisser la douleur et l'anxiété par le balancement ?
- Speaker #0
Alors, on peut aussi. Ça, on s'en sert beaucoup pour les péridurales. Plus que pour les césariennes, on peut le faire aussi pendant la césarienne. Si la femme est vraiment un peu inquiète, on peut balancer d'avant en arrière, faire un petit mouvement entéropostérieur. On avait réalisé avec une anesthésiste qui s'appelle Véronique Weisblatt, qui travaille dans la région parisienne, à Montfermeil, on avait réalisé une étude qu'on a publiée à l'association d'anesthésie américaine et à la Société Française d'Anesthésie aussi, qui montrait qu'on pouvait diminuer, si mes soignants sont bons, sur une échelle de 0 à 10, de 2.5, la douleur ressentie de la péridurale, rien qu'en faisant du balancement, plus un peu d'hypnose. Et donc on peut faire ça. effectivement c'est une façon très simple aussi de diminuer les sensations moins agréables.
- Speaker #1
J'ai vu dans une formation que tu donnais qui était enregistrée, je pense que c'était un congrès où tu parlais de la focalisation, alors c'est dans le cadre de la péridurale sous échographie, où tu parlais de la focalisation par l'écran et que c'était aussi une manière d'utiliser ce qui se passe. passe, notamment l'échographie et l'écran pour faire focaliser les patients.
- Speaker #0
Tout à fait. La métaphore de l'hypnose, c'est Mary Poppins. Comme Avrigo Pins, avec les enfants et son amoureux, saute dans des dessins à la craie sur le trottoir. Vraiment, c'est la métaphore de l'hypnose, parce qu'il saute dans un autre monde. Et pour sauter dans un autre monde, dans le dessin animé, vous pouvez voir qu'il y a une focalisation. C'est-à-dire que tout se regroupe, leurs images se regroupent dans le dessin, et ensuite repartent du dessin et se retrouvent dans le paysage du dessin. Et donc effectivement, en focalisant l'éparturiante sur quelque chose. Par exemple, je peux aussi focaliser sur le bâtonnet qui sert à nettoyer le dos en le donnant à la parturiante et en lui demandant de le garder bien vertical. C'est une façon de focaliser. Mais on peut aussi focaliser sur l'écran d'échographie qui sert quand les péridurales sont un peu moins faciles à faire. On se sert de l'échographie pour bien visualiser les structures osseuses et interosseuses. Et donc, il y a un écran d'échographie. Donc, il y a la focalisation. c'est la porte d'entrée dans l'hypnose et derrière il va y avoir la créativité de la personne et puis la sienne propre lorsqu'on fait des échographies pour les péridurales on a plein d'images différentes on doit rechercher des choses qui sont un peu comme des lutins on doit rechercher des choses qui ressemblent à un oiseau donc c'est assez facile d'emmener les gens vers autre chose que la salle de naissance je me souviens d'une clairière Merci.
- Speaker #1
Ça m'a remarqué.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
C'était très joli. Est-ce qu'on discute de choses positives ? Dans la discussion des choses positives, est-ce qu'on peut parler de la césarienne qui va suivre en posant la péridurale ou de l'accouchement qui va suivre pour se projeter un peu ? Est-ce qu'on parle même de après ?
- Speaker #0
Alors, pendant la pose de la rachianesthésie ou de la péridurale, ce n'est pas le bon moment pour parler de l'après. Mais par contre, Une fois que, par exemple, dans la césarienne, la rachianesthésie s'installe, qu'elle est faite, qu'on rallonge la parturiante, il y a tout un moment de préparation pour l'équipe chirurgicale, à savoir le badigeonnage et le nettoyage de la zone qui va être opérée, et largement, puisqu'on badigeonne bien au-delà de la zone opérée pour que tout soit bien propre, la mise en place des champs opératoires, la mise en place de la sonde urinaire. Bref, il y a environ 5-10 minutes pendant lesquelles on... De notre côté, il ne se passe plus grand-chose si ce n'est une surveillance. Donc on peut en profiter pour projeter mentalement, en se souvenant que la femme est toujours hyper suggestible, on va la projeter dans un futur « idéal » , un futur où tout va bien et où elle va être après la césarienne. Et ce futur-là, on va l'interroger petit à petit sur ce qui va se passer, de manière à ce qu'elle construise aussi ce futur-là. Qui vient vous chercher ? Quelle est la première chose que vous faites en rentrant chez vous ? Et puis, au bout d'un mois, vous vous souvenez, vous êtes devant la glace, c'est le matin, vous vous regardez, et vous vous dites, il y a un mois, c'était la naissance de Roméo. J'étais avec l'anesthésiste. Et là, on peut retracer tout. Il me disait comment ça allait se passer, comment j'allais pouvoir moi-même participer à la naissance, comment j'allais pouvoir souffler. Et on lui redit ce qu'on lui a dit avant. C'est une façon de re-expliquer les choses, mais en étant un peu à côté. Et en donnant plein de suggestions de calme, de confort, que tout va bien, que tout se passe bien. Alors évidemment, si c'est une césarienne en extrême urgence, on n'a pas le temps de faire ça. Et puis, on ne sait pas trop ce qui va se passer après, si l'enfant va aller bien, etc. Donc, on évite de faire ça. Mais dans les césariennes programmées, il n'y a aucune raison pour que l'enfant aille mal. Donc, de fait, on va parler de ça.
- Speaker #1
D'accord. Là, le coparent, il est rentré ou il va rentrer ? Souvent, il est rentré.
- Speaker #0
Moi, je le fais rentrer assez tôt parce que ça leur évite de rentrer au moment où on a commencé à inciser, où il y a une ambiance qui est une ambiance de bloc opératoire auquel les gens ne sont pas forcément habitués. S'il rentre et qu'on est en train de nettoyer, qu'il voit les choses s'installer progressivement, je trouve qu'il y a une espèce d'habitude, une habituation en quelque sorte, qui se fait et qui font qu'ils ne sont plus détendus. Et ils n'arrivent pas juste au moment de la naissance de l'enfant. Ils sont déjà là un peu, ils sont déjà un petit peu à côté de nous, les choses sont déjà un peu installées, donc ils ont eu le temps de se poser.
- Speaker #1
Ont-ils un rôle, ces copains ?
- Speaker #0
Bien sûr, ils ont un rôle parce que c'est extrêmement important. Moi, ce n'est pas pour rien que j'ai dit que j'avais quatre enfants. Parce qu'effectivement, j'ai assisté à la naissance de mes enfants et j'ai souvent trouvé que je n'avais pas grand-chose à faire. Et pourtant, j'étais anesthésiste. et pourtant je connais bien la maternité, j'ai beaucoup travaillé en maternité mais souvent les coparents ils n'ont pas grand chose à faire si ce n'est qu'être comme des potiches au milieu d'un d'un magasin de potiches et donc Je trouve que leur donner un rôle, c'est extrêmement important. Et le rôle qu'ils peuvent avoir, c'est de soulever la tête, de souffler avec, de donner des suggestions positives à leurs femmes. Alors, à émergence, on va bientôt faire, je pense que c'est au mois de janvier l'année prochaine, une formation justement pour les coparents, c'est-à-dire pour les papas et pour les deuxièmes mamans qui viennent, de manière à ce qu'ils sachent quoi faire, non seulement pendant les césariennes, mais aussi pendant les accouchements par voix basse.
- Speaker #1
Oui, ça me semble important parce qu'ils peuvent se sentir mal, un peu exclus de la dynamique.
- Speaker #0
Complètement, alors qu'ils peuvent avoir un rôle, et un rôle super valorisant pour eux, et très utile pour leurs femmes.
- Speaker #1
Et alors, maintenant qu'on a installé les champs et qu'on s'apprête à accoucher par voix haute, comme vous dites, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #0
Alors, c'est le moment où le chirurgien, le obstétricien arrive. Donc là... Il ne se passe pas grand-chose, donc j'ai encore du temps. Et j'ai du temps pour proposer à la femme d'apprendre ou de réviser, si elle ne l'a pas vu avant, de réviser la façon dont elle doit devoir respirer lors de la naissance. Donc c'est l'inspiration par le nez et l'expiration, ou le fait de souffler, par la bouche. Et parallèlement, je me sers de ma main pour faire ce qu'on appelle un pacing dirigé. Ben, ici, c'est... respirer en même temps que le patient et le diriger avec son doigt. Donc je demande à la dame de souffler sur mon doigt qui s'éloigne de son visage. Donc il y a une focalisation extrême sur le doigt et j'en profite pour donner plein de suggestions que ça va être facile, que c'est super ce qu'elle fait, que la naissance va être vraiment incroyable, etc. Et ça leur apprend en même temps à souffler. Et de plus, ça permet en allongeant Euh... l'expiration, d'activer une partie du système nerveux, qu'on dit système nerveux autonome, qui est la partie parasympathique. En gros, dans notre système nerveux, il y a une partie qui est l'accélérateur, qui fait accélérer le cœur, qui fait augmenter la tension, qui est liée un peu à la fuite, au combat, et puis une partie de résilience, qui est la partie parasympathique, qui est la partie de repos, notre cœur se ralentit, notre tension baisse. Et on sait que lorsqu'on souffle longtemps, lorsqu'on augmente la partie expiratoire de la respiration, on active le parasympathique, donc ces capacités du système nerveux autonome de nous fabriquer du calme, de la détente, de la réassurance. Et donc en allongeant l'expiration, puisqu'elles soufflent sur mon doigt, donc elles sont obligées de souffler tant que mon doigt s'éloigne, je leur suggère qu'elles vont être plus calmes aussi. Et je fabrique du calme.
- Speaker #1
Alors, et cette naissance ? Comment va participer cette parturiante à la naissance de son enfant par voie haute ?
- Speaker #0
Alors, il y a un signal. Le signal, c'est quand le chirurgien rond la poche des os. Pourquoi ? Parce que c'est assez simple. Parce qu'on entend à ce moment-là l'aspiration par l'aide du liquide amniotique. Pour ne pas qu'il y en ait partout. Donc, on entend le bruit de l'aspirateur. Donc, je sais que c'est le signal pour moi. Je sais que juste après, on va mettre les écarteurs et qu'on va pousser. Donc, je dis à la... au couple, je dis, ben voilà, ça y est, la poche des oeufs est rompue, donc je vais vous demander de commencer à respirer. Et quand, donc à ce moment-là, le processus de la naissance est enclenché. Et dès que, alors moi j'ai un oeil au-dessus et un oeil sur le couple.
- Speaker #1
Est-ce qu'on fait une ouverture dans le champ ? À quel moment on la fait ?
- Speaker #0
Alors, on fait l'ouverture au moment où la tête va commencer à sortir, quand je vois que la tête va commencer à sortir. Parce que le chirurgien prépare la zone et à un moment donné, il enlève les écarteurs et la tête va commencer à sortir. Et c'est à ce moment-là qu'il faut... Alors, on a des champs qu'on dit fenestrés, c'est-à-dire les champs opératoires, ce sont des grands draps, il y en a des horizontaux sur le patient ou la patiente, mais il y en a aussi des verticaux qui sont la barrière de séparation entre l'équipe chirurgicale et l'équipe patient-anesthésie.
- Speaker #1
Et souvent, le patient, il l'a en face de ses yeux et de sa tête. Donc, il ne voit pas ce qui se passe de l'autre côté. Exactement.
- Speaker #0
Donc, on a des champs fenestrés, c'est-à-dire qu'il y a une partie qui est transparente. Un peu comme les châssis pour la culture. Et donc, on peut relever la partie qui n'est pas transparente de manière à ce que le couple puisse voir au travers de cette petite fenêtre ce qui se passe. Et donc, ils ont pile poil la vue sur la tête du bébé.
- Speaker #1
D'accord. Ce n'est pas impressionnant ?
- Speaker #0
Pas plus qu'un accouchement par voie basse.
- Speaker #1
Pas plus qu'un accouchement par voie basse.
- Speaker #0
C'est la même chose. Je dirais même que c'est moins impressionnant. Moi, je trouve ça moins impressionnant. Je ne sais pas. Honnêtement, je trouve ça moins impressionnant qu'un accouchement par voie basse. Et puis, on voit la tête qui sort. Donc, on demande à la femme de souffler, on lui soulève un peu la tête. Ça, c'est le rôle du coparent, de manière à ce qu'elle puisse voir, qu'elle puisse aussi mobiliser ses muscles. Elle pousse ? Elle pousse. On lui demande de pousser.
- Speaker #1
Donc, elle accouche de son enfant ?
- Speaker #0
Elle accouche de son enfant, même si ses muscles poussent. Pas trop parce qu'il y a l'arraché anesthésie, mais elle pousse dans sa tête et il y a quand même des muscles qui poussent. Et donc l'obstétricien, il va lentement pour aider à sortir. Il dirige très lentement. C'est vraiment une direction. Dans les césariennes non naturelles, c'est l'obstétricien qui tire l'enfant. Là, dans les césariennes naturelles, c'est la femme qui pousse et le chirurgien qui dirige. C'est un autre avantage, c'est que l'enfant va rester plus longtemps dans la cavité utérine. Et ces pieds vont pouvoir tamponner cette cavité éthérine, c'est-à-dire appuyer sur les parois de l'utérus et favoriser ce qu'on appelle l'hémostase, c'est-à-dire le fait qu'il y a toujours un peu de sang qui part, parce qu'il y a le placenta qui se décolle, etc. Donc, ça favorise le fait qu'il y ait de moins de sang possible à sortir. Et donc, ça, c'est vraiment hyper, hyper utile. Et puis donc, le bébé sort. Au moment où le bébé sort, le chirurgien clampe le cordon qui relie l'enfant à son placenta. À ce moment-là, on rebaisse le champ opératoire et le bébé vient de l'autre côté. Il est mis tout de suite avec la maman. Dans la salle de naissance, il y a le pédiatre qui est avec nous. Et il y a la petite table de naissance. Comme on dit, c'est une petite table où le pédiatre fait les premiers soins de l'enfant. à savoir, il met un il refait ce que le chirurgien a fait, c'est-à-dire qu'il met un clan plus petit, plus propre que le chirurgien, enfin plus propre non, mais plus petit, plus pratique. Sur le nombril, sur l'ombilique, sur le petit bout du cordon qui dépasse, on essuie l'enfant parce qu'ils sont quand même un peu humides, on met un petit bonnet pour qu'il soit bien chaud dans la salle, on commence un peu à les habiller, et puis le pédiatre fait les premiers soins, on voit si tout est bien normal. juste à côté de la maman et du coparent. Donc ça, c'est à 30 centimètres.
- Speaker #1
C'est sous l'œil de la maman.
- Speaker #0
Ah oui, à 30 centimètres. Ça dure environ 5-10 minutes, tout ça. Quand le bébé a son petit habillement et au moins sa couche, eh bien, on le laisse torse nu et on le met contre la maman en faisant du peau à peau contre le sein de la maman. Donc ça, c'est un moment qui est vraiment génial parce que c'est hyper émouvant.
- Speaker #1
Toujours. Moi, je pleurais tout le temps.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Toi aussi ? Même après tant d'années ?
- Speaker #0
C'est hyper émouvant, rien d'en parler c'est émouvant Et donc on met le bébé contre la maman Et là c'est merveilleux Et donc le coparent Tient là encore Parce que c'est quand même une position un peu instable pour le bébé Donc tient Le bébé sur la maman Auparavant on a fait attention Lors de l'installation de mettre toute la surveillance Dans des endroits qui ne vont pas Utiliser la poitrine de la maman Parce que d'habitude on met La surveillance cardiaque, elle est faite sur des petites pastilles qu'on met sur la poitrine. C'est les crottes,
- Speaker #1
les fils, on les dégage pour que le poids apporte.
- Speaker #0
Les fils sont mis sur le pied, le fil de l'oxygénation par exemple, sur le pied. Et puis le tensiomètre, une fois que les tensions sont bonnes pendant une partie du temps, souvent moi je le détache, je le vois bien.
- Speaker #1
Pour arrêter de médicaliser quand ce n'est pas nécessaire.
- Speaker #0
Et la maman tient son enfant. Et à ce moment-là, je fais les photos.
- Speaker #1
C'est excellent.
- Speaker #0
Du coup, je trouve que c'est mieux que ce soit le papa qui tienne le bébé. Et c'est moi qui fais les photos. Donc, je propose de faire les photos. Anesthésiste,
- Speaker #1
photographe de naissance.
- Speaker #0
Oui, mais c'est super.
- Speaker #1
C'est magnifique. C'est super.
- Speaker #0
Puis, je sais faire les photos de manière à ce qu'on ne voit pas les trucs qui ne sont pas bien. Maintenant,
- Speaker #1
tu as de l'expertise sur la photo de naissance. C'est excellent, j'adore. J'ai envie de savoir, du coup, l'état d'esprit de la maman au moment de la naissance. Est-ce qu'elle est en état d'hypnose ?
- Speaker #0
Alors... Ce qui est très important, c'est si elle est plutôt en processus hypnotique, il ne faut pas qu'elle soit dissociée. Il ne faut pas qu'elle soit ailleurs. Parce que là, on se retrouve dans la situation du viol, exactement. Donc, il faut qu'elle soit présente. Elle peut être, comment dirais-je, en processus hypnotique, mais il faut qu'elle soit archi-focalisée, archi-présente. Et ça, c'est vraiment important. Et le fait de la faire souffler, de la faire regarder. Et pas d'avoir un truc qui se passe, elle ne sait pas ce qui se passe. Ça participe au fait qu'elle est active et qu'elle est présente.
- Speaker #1
Comment tu peux vérifier qu'elle n'est pas dissociée ?
- Speaker #0
Comment je peux vérifier qu'elle n'est pas dissociée ? Ça, c'est une bonne question. Je n'en ai aucune idée. Je ne sais pas. Je pense qu'il y a des signes de dissociation qui sont le fait que la personne paraît ailleurs, le fait que son regard soit vide, fixe, le fait qu'elle ne parle pas, qu'elle ne bouge pas. Ça, c'est des signes de dissociation qu'on peut rencontrer. Mais dans les césariennes, ces signes-là, ils étaient souvent absents parce que souvent, ce sont plutôt des signes de répétition de mouvements, de mal-être qu'on ressent en fait. Là, quand la femme est active, qu'elle souffle, etc., je sais qu'elle n'est pas ailleurs.
- Speaker #1
Elle est dedans.
- Speaker #0
Oui, elle est dedans. En fait, je ne sais pas comment on peut savoir que la femme n'est pas dissociée, parce qu'elles ne sont plus dissociées maintenant. Je les vois associées à la naissance.
- Speaker #1
Elles sont complètement proactives.
- Speaker #0
Exactement. On est cinq personnes complètement associées à la naissance. La femme, le coparent, le chirurgien, l'aide et moi. Et le bébé.
- Speaker #1
Et le bébé.
- Speaker #0
Ça fait six.
- Speaker #1
Oui, le bébé. C'est toujours un moment puissant. Et alors, le pot à pot avec le coparent ?
- Speaker #0
Alors ensuite, une fois que, là, on a fait le pot à pot avec la maman, il y a le moment où le chirurgien a refermé la petite ouverture, qui est une petite ouverture de 10 cm, qui va être cachée dans le maillot de bain ou dans le slip. Il va y avoir tout un nettoyage, il va falloir enlever les champs. Donc, ce n'est pas pratique pour le bébé. qu'on en profite pour... installer le coparent avec son enfant dans la petite salle où il s'est changé et où sa femme, sa compagne va le rejoindre ensuite de manière à ce que il fasse du pot à pot. Donc on installe des fois c'est moi, des fois c'est les auxiliaires de puriculture qui installent le bébé en pot à pot avec son papa ou sa deuxième maman dans cette petite salle-là, en attendant le retour de la maman en fait.
- Speaker #1
La suite... La césarienne, c'est quand même une chirurgie, malgré tout, avec la réhabilitation qui a été de mieux en mieux organisée autour pour diminuer la douleur, pour faire en sorte que ces mamans qui ont accouché par voie haute puissent être actives et pouvoir participer au premier jour de la vie de bébé, être disponibles pour l'allaitement, tout ça. donc Comment maintenant se fait la réhabilitation post-opératoire ?
- Speaker #0
Alors ça, c'est assez bien programmé. Ça, c'est les sociétés françaises d'anesthésie qui nous disent comment faire. C'est un peu à l'image de ce qu'on retrouve en orthopédie, notamment ce qu'on appelle la RAC, la réhabilitation précoce après chirurgie. Et en fait, la femme est déperfusée rapidement, elle peut se réalimenter rapidement. On fait tout en sorte que ce soit comme un accouchement par voie basse, là encore, et que... toute la partie chirurgicale disparaisse largement.
- Speaker #1
Et la douleur ?
- Speaker #0
La douleur est prise en charge. Déjà, il y a la rachianesthésie. Au sein de la rachianesthésie, on met des produits qui vont durer deux heures à peu près, qui permettent la chirurgie, mais on met aussi des produits qui permettent d'avoir une analgésie de qualité jusqu'à 18 heures après la naissance. Merci. Ce produit est relayé par des médicaments qui sont pris per os, par la bouche, dès la salle de post-césarienne.
- Speaker #1
L'hypnose a quoi comme apport au niveau de la douleur ?
- Speaker #0
Déjà, on utilise en salle de césarienne des échelles de confort plus que des échelles de douleur. Imaginez que vous alliez dans un restaurant et qu'on vous demande de coter entre 0 et 10 le mauvais goût des aliments, c'est un peu idiot parce que vous n'allez pas au restaurant pour avoir des mauvais aliments. Donc on vous demanderait plutôt de coter sur les sites, sur les réseaux sociaux, on vous demande de coter la qualité. Et la qualité maximum, c'est 5 étoiles ou c'est 0 à 10. Et là, on demande de coter le confort parce que la femme, quand elle arrive en salle de post-césarienne, elle est confortable puisqu'elle ne ressent rien en fait. Donc son confort est à 10 et on s'arrange pour lui. parler de confort. Il y avait une étude qui avait été faite et publiée dans une grande revue d'anesthésie par Sina, C-Y-N-A, c'est un auteur australien, je crois, qui montrait l'utilité de ces échelles de confort par rapport aux échelles de douleur, en fait. Parce qu'elles sont beaucoup plus cohérentes avec ce qui se passe quand la femme arrive. Donc, on utilise ces échelles-là et puis, voilà, on donne aussi, alors il y en a eu avant, il y en a pendant la naissance et il y en a après, des suggestions de confort, de réhabilitation. de résilience pour les jours à venir.
- Speaker #1
Chez toi, est-ce qu'on dit encore est-ce que vous avez mal en salle de réveil ?
- Speaker #0
Non, parce que, je vais reprendre l'exemple du restaurant, est-ce que la serveuse qui arrive, tout à l'heure j'étais au restaurant, la serveuse ne m'a pas demandé est-ce que c'était dégueulasse ? Elle m'a dit est-ce que c'était bon ? Est-ce que ça vous a plu ? Donc je fais pareil. Est-ce que tout va bien ? Soit j'ai un doute sur le fait que la personne est un peu mal, à ce moment-là je dis est-ce que tout va bien ? Ou comment ça va ? Si je n'ai aucun doute, c'est-à-dire que je vois une personne qui est relâchée, je dis « ben voilà, votre confort est à combien ? » Si par contre, la personne est extrêmement douloureuse et que ça se voit, il serait presque criminel de lui demander « alors, votre confort ? » alors qu'elle est en train de se tordre de douleur. Donc dans ces cas-là, la matrice cérébrale de la douleur est déjà activée et je peux parler de douleur, j'ai le droit de parler de douleur, mais pas autrement. Parce que sinon, on active la matrice cérébrale de la douleur, on sait. Ça, on le sait depuis 2010. C'était une étude qui était parue dans Pain, qui est un grand journal de médecine aussi. C'est quelqu'un qui s'appelait Richter, je crois, qui a montré que rien qu'en parlant, en donnant à une personne, sans hypnose, sans rien du tout, rien qu'en parlant à une personne de mots comme douleur, souffrance, bourreau, on active, on préactive la matrice cérébrale de la douleur. Et on sait que lorsqu'on préactive cette matrice cérébrale, c'est-à-dire on a tous les centres nerveux qui sont impliqués dans la douleur, dès qu'on les préactive, quand le stimulus nociceptif va survenir, la douleur va être plus importante. Un peu comme un échauffement.
- Speaker #1
Oui. Mais Franck, je me dis que l'hypnose, elle a dû changer tellement de choses en toi depuis tant d'années. Même ta façon de réfléchir, s'il y a des mots que tu dis moins souvent, forcément, ça doit changer même ta perception. du confort, de l'inconfort, ça a dû vraiment complètement métamorphoser ta pratique ?
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Jusqu'à quel point ?
- Speaker #0
Ça a métamorphosé le soin, c'est-à-dire que maintenant, je n'ai plus de patients chiants, parce que sinon, avant j'en avais. Maintenant, je dois faire autrement, mais je n'ai plus de patients qui sont vraiment casse-pieds, que je crains de voir. Finalement, j'arrive grâce à l'hypnose et surtout grâce aux techniques de communication qui sont issues de l'hypnose et qu'on enseigne à l'émergence, j'arrive très bien à trouver ce petit pertuit par lequel je vais rentrer dans l'esprit des gens qui va me permettre de m'en faire des alliés or on sait que l'alliance thérapeutique c'est la base du soin et donc je vais arriver à me faire allier de la personne et me faisant allier de la personne et bien Je vais recevoir à mon tour quelque chose de l'ordre de l'empathie, on pourrait dire ça comme ça pour simplifier, qui fait que j'en ai un bénéfice secondaire énorme en fait.
- Speaker #1
Est-ce que c'est ça qui te fait réveiller encore la nuit ?
- Speaker #0
Alors non, non. La nuit, ce qui me fait réveiller quand je suis à la maternité par exemple, c'est le coup de téléphone de la sage-femme qui m'appelle et qui me dit vite code orange. Alors ça, ça me fait réveiller. c'est ce qui me motive pour sortir. Grosso modo, on a trois réseaux de la motivation. Il y a le réseau adrénergique, c'est le réseau de l'obligation. Je suis obligé d'y aller. Je suis payé pour ça, je suis responsable, j'ai accepté de faire des gardes, je suis médecin anesthésiste, c'est moi qui suis la bonne personne. Donc, je suis obligé d'y aller. Là, je me lève, en grognant des fois, d'ailleurs, quand il est 2h du matin et que je me suis couché à minuit. Donc là, je grogne et j'y vais. Et puis petit à petit, comme j'ai acquis, un peu comme dans le soin, on acquiert des techniques. On ne pense plus, le chirurgien qui coud, il ne pense plus du tout qu'il est en train de coudre, il fait ça. Ma mère, elle nous faisait rester nos devoirs en regardant les chiffres et les lettres et en tricotant, tout en surveillant la cuisine parce qu'elle avait tellement l'habitude de faire tout ça qu'elle pouvait faire ça en même temps. Donc moi, je peux très bien faire ma péridurale, faire ma rachianesthésie, tout en parlant et en ayant automatisé à la fois le geste et à la fois ce que je dis. C'est-à-dire que c'est très technique, en fait, l'hypnose, la communication hypnotique. Et donc, je peux tout à fait automatiser cela. Donc, dans un premier temps, c'est ce qui passe. C'est-à-dire que j'automatise, je suis vraiment hyper professionnel. Et le fait d'être hyper professionnel fait que, malgré tout, j'ai un retour. Et ce retour-là, il fait que je me réveille. Je me réveille déjà factuellement, je me réveille. Et puis, en plus, je me réveille à la relation. c'est à dire que L'autre me renvoie de l'empathie, je renvoie de l'empathie, et en fait, ça devient presque agréable, et je passe dans un autre mode, un mode qui est un mode aussitôt synergique, qui est un mode de motivation, voilà ce que je cherchais comme mot. Aussitôt synergique, c'est le mode de la relation, qui n'a rien à voir avec le mode dopaminergique, qui est aussi un mode de motivation. Le dopaminergique, c'est tout ce qui est de... De l'ordre de le chocolat, l'argent, le sexe. De l'addiction. L'addiction, exactement. Là, je n'ai pas d'addiction, clairement. Une fois que j'ai fait ma césarénée et que ça s'est bien passé, je ne suis pas motivé pour en avoir une, une heure après. Clairement. J'ai plutôt envie de dormir. Mais, celle qui s'est passée... Même si au début c'était adrénergique, elle devient quelque chose de l'ordre de la relation, quelque chose d'agréable. Et quand je repars me coucher, je suis assez heureux. Je pense que c'est vraiment ça le gain énorme de l'hypnose et de toutes les techniques hypnotiques. C'est qu'on transforme son métier, on en fait ce qu'on avait voulu en faire. On a un métier très technique comme anesthésiste. Moi j'aime beaucoup la technique, j'ai beaucoup aimé ça, j'aime encore ça. Mais j'aime encore plus le fait d'avoir des vraies relations avec les gens, de participer à ce moment tellement émouvant, comme tu disais tout à l'heure, de la naissance en fait. Et puis il y a une bonne ambiance dans la salle de césarienne avec l'aide, l'obstétricien, même si tout le monde n'est pas réveillé au début. Finalement après, tout le monde est content.
- Speaker #1
Tu appelles ça le cerveau prosocial ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça. On active son cerveau prosocial. Le cerveau prosocial, c'est qu'on active des zones qui sont l'inverse des zones du dégoût. C'est quand même assez intéressant. On active des zones du bonheur.
- Speaker #1
C'est un mot qui me plaît bien. C'est ça qui te motive encore après tant d'années d'exercice ?
- Speaker #0
Oui, je crois. Vraiment, c'est ça qui me motive. C'est le fait de travailler en équipe et de travailler avec des patients qui font partie de l'équipe. À un moment donné, ce sont des intermittents du spectacle. mais le spectacle, c'est eux qui le font. Donc, c'est des intermittents vraiment importants. Et le fait d'avoir des relations avec ces gens-là, c'est hyper important. Franchement, je pense que si j'avais un métier uniquement technique ou uniquement gang-pain, je serais à la retraite.
- Speaker #1
Est-ce que l'hypnose participe justement à ces capacités et ces comportements prosociaux et compassionnels ?
- Speaker #0
Oui. Oui, l'hypnose participe à ces comportements prosociaux. Ça a été montré là aussi que le fait d'avoir des bonnes relations de ce type-là préservait du burn-out syndrome, les syndromes d'épuisement émotionnel. On avait fait une étude à émergence qu'on a publiée, je crois que c'est dans le Canadian Journal of Anesthesia, je ne suis pas hyper sûr, mais je crois que c'est ça, une étude qui montrait, on prenait tous les gens qui venaient se former, on a fait ça sur plusieurs années, et on leur faisait remplir une échelle qui s'appelle l'échelle de Maslach. qui est une échelle qui mesure l'épuisement émotionnel des gens avec plusieurs items.
- Speaker #1
Les gens, pardon, c'était les soignants.
- Speaker #0
Des soignants qui allaient se former, des infirmiers anesthésistes, des infirmiers, des médecins anesthésistes, des gynéco, des urgentistes, des médecins généralistes, des sages-femmes, etc. Donc, des soignants qui venaient se former et on mesurait leur épuisement émotionnel à temps zéro. Et puis ensuite, on faisait la formation hypnose. Ça dure à peu près un an, grosso modo, avec plusieurs... Ces quatre sessions de trois jours, qui sont hyper agréables d'ailleurs pour les gens qui la font. Et puis au bout d'un an, on leur refaisait, c'était un questionnaire complètement anonyme, l'échelle de masse lâche. Et on s'apercevait que pour plein d'items, pour tous les items d'ailleurs, d'épuisement émotionnel, il y avait une amélioration. Les gens, rien que le fait d'avoir retrouvé du sens à leur métier, leur permettait de diminuer leur épuisement émotionnel.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut ? en France, trouver des centres formés à la césarienne naturelle ?
- Speaker #0
Chez nous, évidemment, au CHP de Saint-Grégoire, à Rennes, mais je pense qu'il y a d'autres centres, j'avoue, je ne sais pas trop, mais on a formé beaucoup de gens à émergence, et parmi la formation, il y a des formations pour les césariennes naturelles, il y a des formations qui sont faites pour l'obstétrique, pour ceux qui veulent faire uniquement de l'obstétrique. Il y a des formations d'obstétrique, puis il y a des formations pour la douleur aiguë et l'anesthésie, dans lesquelles on parle aussi des césariennes. Donc, tous ces gens-là, je pense, doivent faire des césariennes naturelles. Je n'en doute pas, d'ailleurs. Parce qu'une fois qu'on l'a fait, c'est tellement bien que...
- Speaker #1
C'est tellement bien qu'on l'adopte. Donc, on peut, si on est une patiente ou une parturiente, de toute façon en parler avec son obstétricien et avec son anesthésiste.
- Speaker #0
Bien sûr. Je me demandais, est-ce que vous faites des césariennes naturelles ? Est-ce que c'est même possible ? Parce que des fois, les demandes peuvent venir des patients. Tout à fait. La première fois que j'ai fait une hypnose, c'était une patiente qui voulait absolument avoir une ligature de trompe avec hypnose. Moi, je n'étais absolument pas chaud, parce que les ligatures de trompe, à l'époque, se faisaient par une technique de chirurgie qui s'appelle la celluloscopie, pour laquelle on nous dit bien qu'il faut endormir les gens. Mais il se trouve que le gynécologue avec qui je travaillais était un gynécologue qui avait dix ans de plus que moi. Il y a longtemps, au tout à fait début de mes études de médecine, les celluloscopies, elles étaient faites au cabinet du gynéco-obstétricien sous anesthésie locale. Il dit, mais moi j'en ai fait plein sous local, il n'y a aucun problème, il ne suffit de ne pas gonfler, puisqu'on gonfle avec du gaz carbonique. Donc on a fait la celluloscopie, ligature de trompe, avec hypnose, à la demande de la patiente, et ça s'est très bien passé. Souvent les patients peuvent être des promoteurs de certaines techniques.
- Speaker #1
De la demande et du besoin. Merci. infiniment, Franck. Est-ce que tu as envie d'ajouter quelque chose au sujet de la naissance par ce mode ou au sujet de l'hypnose ?
- Speaker #0
Peut-être tout simplement ce que je dirais, c'est que on me demande souvent, mais est-ce que ça prend du temps ? Est-ce que ça rapporte de l'argent ? Est-ce que ça prend du temps ? Non, ça en gagne. Est-ce que ça rapporte quelque chose ? Alors, on est largement payé de ce qu'on fait avec l'hypnose. On est payé de deux manières. On est payé par la Sécurité Sociale, puisqu'il y a un code pour l'hypnose, qui est le code CCAM, qui est le code ARNP001. La Sécurité Sociale nous offre gracieusement 0€, bien qu'elle ait fabriqué un code de CCAM, donc un code de rétribution des actes chirurgicaux et anesthésiques, mais il est de 0€. Je ne sais pas s'il y a d'autres actes qui sont à 0€. Donc ça, c'est la première façon d'être rétribué. Le deuxième façon, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est le bonheur des gens, c'est le fait d'avoir tout cet amour qui nous est renvoyé et qu'on partage, qu'on vole des moments d'amour. Et puis l'hypnose, c'est peut-être aussi une autre façon de faire des voyages dans la vie des autres. Et ça, c'est merveilleux.
- Speaker #1
C'est absolument facile. Merci infiniment, Franck Bernard.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour l'invitation.
- Speaker #1
Mes chers amis, je suis certaine que ce thème trouvera écho et résonance chez bon nombre d'auditeurs et d'auditrices. N'hésitez pas à l'offrir en partage autour de vous et retrouvez-moi sur Instagram. A très bientôt !