- Speaker #0
En quête d'accord, l'art de communiquer est étranger. Je rencontre Florence Courteau à l'occasion de la sortie de son roman « Arabesque » . Mais Florence n'est pas seulement auteur. et les médecins anesthésistes, humoristes et coachs professionnels. Pour Florence, le bien-être au travail n'est pas une option, et la réalisation de soi est une philosophie. Je vous souhaite une excellente écoute. Bonjour Florence Cortot.
- Speaker #1
Bonjour Imane Chakaoui.
- Speaker #0
Consoeur anesthésiste.
- Speaker #1
Consoeur.
- Speaker #0
Quel bonheur quand même de papoter entre anesthésistes. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai, c'est sympa.
- Speaker #0
C'est toujours très sympa. On a beaucoup de choses à dire et moi j'ai été très très heureuse de tomber sur ton livre qui s'appelle Arabesque. Est-ce que tu peux me dire la maison d'édition, comme ça on peut donner des appréhensions ?
- Speaker #1
Oui, la maison d'édition s'appelle M plus édition.
- Speaker #0
C'est ça. On le mettra de toute façon sur les réseaux. On en parlera peut-être un peu plus longuement après, parce que j'ai beaucoup de choses à dire sur ce livre que j'ai adoré.
- Speaker #1
Super !
- Speaker #0
Merci. Pour démarrer, j'ai envie d'expliquer un petit peu notre rencontre. J'ai découvert le livre, mais à travers le livre, je t'ai découverte toi, Florence, avec quelque chose qui résonne et qui fait écho à ce que je suis, parce qu'on partage une profession en commun. et Par contre, je ne pense pas que j'ai pu imaginer jusqu'à quel point elle pouvait encore, cette profession, laisser la place à d'autres choses. À l'écriture, ce livre, il y en a eu un autre, à du spectacle, à du stand-up incroyable, des spectacles d'humour et de stand-up que tu as... réalisé, que tu as joué à Paris, à Lille, à Avignon durant beaucoup d'années, tu me diras ?
- Speaker #1
Une dizaine d'années.
- Speaker #0
Ah oui, quand même, voilà. Donc, tu sais que j'avais fait l'année dernière un stage de théâtre et j'ai vu s'entraîner à côté de moi des gens pour faire du stand-up et j'ai trouvé ça fascinant tellement j'ai trouvé ça dur. L'humour, on va pouvoir en parler, j'espère. Et puis, il y a autre chose qui sont qu'on a probablement en commun, mais que tu as déployé de façon officielle, professionnelle, qui est le coaching. Tu t'intéresses au bien-être. Pas qu'au bien-être. Tu vas peut-être me le préciser de façon plus juste. Le coaching est la gestion de la pression qui peut concerner les professionnels de santé, mais qui peuvent concerner aussi les cadres, les dirigeants, et qui peuvent intéresser aussi tout travailleur, toute personne. qui a besoin de se déployer dans son travail, mais de façon saine, de façon harmonieuse, qui puisse respecter sa façon d'être. Et on a tous à cœur de passer ce temps-là, qui est long, qui est important, qui est le temps du travail, dans des conditions et des circonstances bonnes, harmonieuses, fluides. J'ai envie d'abord, avant de parler de ça, de te demander de te présenter parce que tu n'es pas qu'une Florence, tu es plusieurs Florence.
- Speaker #1
Certainement.
- Speaker #0
Tu n'es pas schizophrène, je précise. Non, je ne crois pas.
- Speaker #1
Je m'appelle Florence, donc j'ai 46 ans, j'ai trois filles, un mari, Sébastien, et je suis anesthésiste et j'ai toujours laissé la place, comme tu le disais très justement, Imane, à la création artistique depuis ma thèse de docteur en médecine. Voilà.
- Speaker #0
Ça, c'est ta présentation, mais on saura peut-être un petit peu plus longuement de chaque facette de toi au fil de la discussion. Et alors, comment est venue cette idée d'accompagner les gens dans leur gestion de leur savoir-être au travail ? Je le dis comme ça, mais... Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Écoute, il y a deux ans, moi, j'ai connu un peu des difficultés au travail. Je me suis sentie un peu submergée par beaucoup d'émotions, beaucoup de questionnements. Et à ce moment-là de ma vie, je n'ai pas forcément eu besoin d'aller voir une psychologue ou un psychiatre, mais j'ai eu besoin qu'on m'accompagne et qu'on me permette de trouver des clés pour mieux vivre mon travail au quotidien. Et donc, j'ai recherché un petit peu. Le coaching, ça m'a parlé. J'ai bien aimé cette approche qui vise à aller vers un état dans lequel on va se sentir mieux. Je trouve ça chouette. Et puis, je me suis intéressée de plus en plus. Je me suis formée. Et aujourd'hui, je trouve que c'est un bel outil à proposer, comme tu dis, aux gens qui bossent. Parce qu'on peut très bien aimer son métier, mais être dans des schémas de pensée, des modes de raisonnement qu'on a depuis toujours et qui ont été à un moment de nos vies centraux pour qu'on puisse avancer, mais qui aujourd'hui nous polluent l'esprit et nous empêchent justement de vivre notre travail avec sérénité et Alors, la sérénité, quand on est au bloc opératoire, ce n'est pas toujours de mise, mais au moins avec lucidité, en sachant pourquoi on est là, pourquoi on fait ça et pourquoi on adopte telle attitude. Donc, c'est une manière, je trouve, d'exercer son travail en pleine connaissance de ce qu'on est et de ce qu'on veut faire, en fait. Et je trouve ça intéressant et ça permet aux gens, je trouve, d'être plus alignés. Oui, plus sur deux finalement et de la manière dont ils font leur travail.
- Speaker #0
Je me demandais, est-ce que comme moi, tu as rencontré dans le monde de la santé, beaucoup de professionnels qui sont à un moment donné de leur pratique et de leur exercice, en souffrance, en recherche de sens, en démotivation ?
- Speaker #1
Beaucoup.
- Speaker #0
Et d'autant plus vrai que quand c'est des postes à haute responsabilité, avec un tiraillement permanent entre les exigences, les injonctions, qui font qu'à un moment donné, on est obligé de s'arrêter, parce qu'on ne s'arrête jamais, de s'arrêter et de se poser les questions. Des fois, malheureusement, à des moments où on décide... pas de s'arrêter, c'est-à-dire qu'à un moment donné, quelque chose lâche, une dépression, on peut le dire, c'est quelque chose qui arrive assez régulièrement dans les milieux dynamiques et les milieux sous pression. Est-ce que c'est ça qui est arrivé pour toi ?
- Speaker #1
Écoute, je n'ai pas eu l'impression d'avoir été dans cet état dépressif, mais ce qui est sûr, c'est que je me suis investie de manière importante dans mon travail avec qu'effectivement, peut-être à un moment donné, comment dire ça, une succession d'obstacles qui ont fait que je me suis épuisée. Voilà. Donc, sur le plan à la fois psychique et physique. Et je trouve que ce qui serait intéressant de mener comme réflexion, mais je pense que beaucoup d'autres gens ont cette même réflexion, C'est... Avant d'en arriver là, à cet état d'épuisement, où vraiment la seule solution, comme tu le dis, c'est de s'extraire du milieu hostile et puis d'aller se ressourcer, et c'est quand même pas toujours facile pour les gens, ni pour l'entourage et l'équipe. Avant d'en arriver là, est-ce qu'on ne pourrait pas justement se pencher sur ces soignants et les accompagner dans leur carrière pour éviter d'en arriver à des situations où les gens craquent ? Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire dans la prévention de tout ça. Et le coaching est un moyen d'y arriver, je pense. Parce que quand on est en coaching, on fait un pas de côté sur sa manière d'être, sur sa manière de réagir, sur toutes ces pensées qu'on peut avoir, qui peuvent être envahissantes, sur les représentations qu'on plaque sur certaines situations, ou sur ce qu'on devrait être, sur ce qu'on devrait dire. posons-nous, réfléchissons-y, soyons bien au clair avec ce qu'on est et travaillons avec plus de lucidité, plus de sérénité. Et ça, je trouverais intéressant qu'on intègre ça à notre pratique. Comme on a des formations sur, je ne sais pas moi, l'intubation difficile. C'est ce qu'a fait la HAS récemment en publiant les facteurs humains. Avec le rétentiel des compétences non techniques. J'espère qu'il y aura des répercussions concrètes. Moi, je vais tout faire pour que ça arrive, en tout cas à ma petite échelle.
- Speaker #0
Je te remercie de faire référence aux facteurs humains, parce que comme on le disait, c'est aussi des facteurs humains dont il s'agit. L'idée, c'est de développer toutes nos compétences non techniques, même si ça n'existe pas en réalité. Il faudrait que ce soit vraiment associé aux compétences techniques, et ça devrait être enseigné. Et c'est le but du référentiel. C'était l'objet du podcast que je viens de publier avec Régis Fusier. Donc, moi, ce qui me vient à l'esprit, c'est que dans le cadre spécifique de la santé, au fait, oui, ça a un coût, tout ça, quand ça arrive au-delà où ça doit aller, quand on arrive à épuisement. Pendant ce temps-là, déjà, c'est dommageable parce qu'au fait, pour se remettre, remettre un professionnel de santé, sur pied pour qu'ils puissent de nouveau être capables de gérer comme il faut. Donc, ça nécessite du temps, des moyens, ça doit coûter. Je pense juste aux infirmiers, par exemple, qui sont démotivés, qui partent pour lesquels on a investi une formation et tout, et qui, au bout d'un moment, partent faire autre chose que de la médecine, alors qu'on en a besoin. La démographie, on a besoin de personnel médical. Mais je me dis que... Au-delà de cet aspect-là, qui est déjà en soi un enjeu, pendant le temps de cette fatigue où on est à contresens, ce n'est pas toujours sécure d'être dans cet état-là, dans la dynamique d'équipe.
- Speaker #1
On ne prodigue pas des soins optimaux dans ces moments-là, c'est certain. Or, c'est quand même ce vers quoi on devrait tendre. Donc, ça fait partie, bien sûr, de la qualité des soins qu'on va prodiguer. Comme tu le dis, un médecin qui est en surmenage permanent. en stress chronique, il loupe des choses, il oublie des infos, il passe trop vite sur quelque chose où il n'aurait pas dû.
- Speaker #0
Il communique mal.
- Speaker #1
Il communique mal, il s'énerve. Donc oui, bien sûr, on est aussi tout au bout de la chaîne, la qualité des soins et la qualité de ce que tu vas pouvoir offrir aux patients.
- Speaker #0
Exactement. Et donc de là, tu es venue, c'est ta façon de travailler les facteurs humains. Donc tu t'es intéressée aux routines. Est-ce que tu peux me dire déjà qu'est-ce que ça t'a apporté à toi, le coaching ?
- Speaker #1
Moi, je trouve que ça m'a apporté, je me suis bien remise au clair sur mes valeurs et sur ce que je voulais faire dans ma vie. Et quelle était ma mission de vie ? C'est un peu un grand mot, mais c'est ça en fait. Mais c'est bien. Voilà. À partir du moment où tu as bien identifié ça, tu déroules le fil et tes actions, tes paroles, elles sont en lien avec ce que tu veux être. Donc, c'est quand même plus clair. plus facile. Voilà. En tout cas, en ce qui me concerne. Et puis, je trouve que ça m'a permis aussi d'envisager certaines situations sous un angle un peu différent. De pas forcément attribuer à l'extérieur ou à l'autre l'origine de mes difficultés, mais plutôt de me dire qu'est-ce que moi, je peux faire pour ça ? Comment moi, je peux traiter l'information ? Et en quoi je peux être actrice de cette chose qui ne me va pas ? Donc, je trouve que c'est pas mal aussi de reprendre aussi la responsabilité de nos actes, de nos décisions. Finalement, le coaching nous responsabilise. On a quand même souvent tendance à remettre les difficultés sur la structure, l'environnement, les collègues. Oui, mais nous, qu'est-ce qu'on peut faire ? Donc, si je veux arriver à tel état, je fais telle chose.
- Speaker #0
Oui. J'ai longuement lu ce que tu proposais sur ton site internet, qui est extrêmement bien explicatif, je veux dire.
- Speaker #1
Merci, Mme.
- Speaker #0
J'avais simplement besoin de comprendre, par exemple, les outils. Je ne connais pas bien le coaching. Tu parles de coaching cognitivo-comportemental, et tu déroules un certain nombre d'outils. Je ne les connais pas. Est-ce que tu peux me les expliquer, Florence ?
- Speaker #1
Oui. Le coaching cognitivo-comportemental, en fait, alors il y a beaucoup de principes, mais il part du constat qu'il y a un continuum entre la pensée, l'émotion et le comportement. Et que certains modes de pensée que tu vas avoir, qui sont, comment dire, contre-productifs, vont t'amener à avoir des émotions qui ne te font pas du bien et vont t'amener à avoir des comportements qui sont eux-mêmes pas adaptés. Voilà, en gros, si on veut schématiser. Et l'objectif du coaching cognitivo-comportemental, c'est justement d'identifier ces processus cognitifs qui sont inadaptés. une fois qu'on les a identifiées, de pouvoir en envisager d'autres qui sont plus aidants, plus vertueux. Pour ça, tu as différentes manières de faire, mais ce qui est souvent utilisé, c'est les colonnes de bec. Donc, c'est un outil parmi d'autres qui permet d'identifier ce qu'on appelle les pensées automatiques. Donc, toutes ces pensées stressantes qui nous viennent comme des pop-up, un peu comme ça, qui surgissent dans notre esprit.
- Speaker #0
C'est la même chose que les ruminations ?
- Speaker #1
Un peu. et ces pensées automatiques comment on arrive à force de s'entraîner à les modifier pour des pensées qui sont plus aidantes, plus positives c'est le mot un peu facile mais disons plus aidantes et puis on a aussi ce qu'on appelle la BCDE d'Elysse où on va avec la personne qui est en face en coaching travailler justement avec elle on va l'amener à identifier ce qu'elle a pu se dire quelles ont été ses émotions, quelles ont été ses réponses comportementales, et juste par l'expression de ces données-là, lui faire prendre conscience que finalement, ce qu'elle a ressenti, ce qu'elle a fait n'était pas aidant, et qu'est-ce que ça dit d'elle, et qu'est-ce que ça dit de ce qu'elle s'impose, cette personne, des croyances qu'elle a sur tel ou tel sujet. Voilà, donc ça fait partie effectivement des outils. Et puis après, on en a beaucoup d'autres. On peut faire des jeux de rôle, on peut faire des mises en situation où le coaché prend la place du coach et inversement pour se rendre compte de nos distorsions cognitives. Il y a beaucoup de choses à faire. C'est ça qui est sweat.
- Speaker #0
Il y a plusieurs outils. Une séance de coaching dure combien de temps ?
- Speaker #1
Une heure et demie à peu près.
- Speaker #0
Une heure et demie pour changer, par exemple, Une croyance limitante, changer un comportement. Je sais que ça doit être différent d'une personne à l'autre, mais en moyenne, combien ça prend de travailler sur un aspect ?
- Speaker #1
Alors, en fait, on ne va pas forcément travailler sur une croyance limitante parce que déjà, la personne qui vient te voir, elle n'en a pas toujours conscience. On va travailler sur un problème que la personne rencontre dans sa vie professionnelle. Voilà, ça peut être par exemple... des choses qu'une personne n'arrive pas à dire à une autre, alors que sur le plan professionnel, elles doivent communiquer, elles n'y arrivent pas. Donc, en quoi c'est un problème ? Pourquoi c'est un problème ? Depuis quand c'est un problème ? Qu'est-ce qu'elle a déjà essayé de mettre en place ? Une fois qu'on a bien identifié ce problème, on va aider le coaché à définir quels sont les objectifs qu'il veut atteindre et comment il peut les atteindre. Et puis, entre les séances, lui, son travail, ça va être d'essayer justement d'atteindre ses objectifs. Et puis, quand on se revoit, on voit ce qui a été, ce qui n'a pas été. Parfois, il y a des situations nouvelles qui ont émergé et dont le coach a envie de parler. Donc là, on va se pencher sur cette situation. Parfois, ça va être, j'ai essayé de faire telle chose, ça n'a pas marché du tout, j'ai pas réussi à… Et on débriefe. Pourquoi cette personne n'a pas réussi à faire telle ou telle chose ? Et... Et c'est là où, effectivement, même si le coaching relève de l'aspect professionnel, on va quand même aller voir avec la personne quelles sont ses croyances profondes. Et donc là, on va toucher peut-être à ce qu'il y a de l'ordre d'un peu plus intime, un peu plus personnel.
- Speaker #0
Alors, tu incites sur le fait que ce n'est pas une consultation médicale ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Que ce n'est pas une thérapie ?
- Speaker #1
Ah non, surtout pas.
- Speaker #0
Voilà. Non. Donc, on ne va pas chercher à... parler du passé, ni à refaire de la psychothérapie. Tu ne l'es pas, tu n'es pas psychothérapeute.
- Speaker #1
Je ne suis pas psychothérapeute, ce n'est pas mon travail. C'est quelque chose que je réserve aux gens qui savent faire. Si moi je vois quelqu'un qui est en souffrance, en détresse, mon rôle sera de lui dire et éventuellement de lui conseiller d'aller trouver quelqu'un pour se faire aider. Mais en aucun cas, en aucun cas, on est là pour traiter la souffrance psychique intense ou même modérée. On n'est pas du tout dans ce registre-là. Quand on a quelqu'un devant soi qui est dans cet état-là, il ne faut pas faire un coaching. Il faut aller voir un autre professionnel.
- Speaker #0
D'accord. Que ce soit un professionnel de santé ou un cadre ou quelqu'un qui veut faire le point sur sa vie professionnelle, parce qu'il ne se sent pas complètement en adéquation avec ce qu'il fait et qu'il sent qu'il est à contre-courant, par exemple, et il ne sait pas s'il va pouvoir se projeter les années à venir dans le même job, avec les mêmes codes. Est-ce que c'est une façon de faire le point que de venir te voir ou de venir voir un coach ?
- Speaker #1
Oui, clairement. Moi, je trouve que quand tu ne sais plus où tu en es dans ta vie professionnelle, si c'est ça que tu as envie de continuer à faire, Pourquoi tu le fais ? Si vraiment tu as ces questions-là, le coaching professionnel, c'est complètement, je trouve, l'endroit où tu peux le faire, où quelqu'un va éventuellement te poser des questions qui vont pouvoir te faire avancer dans ta réflexion, tout en sachant bien que le coach, il n'a pas une position de sachant. Celui qui sait, c'est le coaché. Donc nous, on va juste l'amener à trouver ses propres réponses. On est comme un cadre pour l'aider à arriver où il veut arriver. Mais oui, clairement. En tout cas, je peux dire que pour avoir été dans cette situation-là, ça m'a permis de bien clarifier ce que je voulais faire sur le plan professionnel.
- Speaker #0
Ça enlève du brouillard mental, au fait.
- Speaker #1
Je trouve.
- Speaker #0
Ça apporte de la clarté.
- Speaker #1
Ça apporte de la clarté, de la lucidité. Et c'est souvent ce dont on a besoin. dans ces périodes-là ?
- Speaker #0
Je me disais, pour des postes qui sont à haute responsabilité, comme pour les professionnels de santé ou certains dirigeants, est-ce que ce ne serait pas souhaitable d'avoir, durant sa carrière, des mises au point comme ça, sans qu'on arrive à l'état de fatigue ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est de faire de la prévention et de faire régulièrement un espèce de point pour voir où on en est.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
se poser les bonnes questions pour être toujours dans des états qui permettent au fait... Oui,
- Speaker #1
et puis ça ne semble pas complètement fou. Par exemple, tu vois, si on prend une carrière de médecin qui, en théorie, peut quand même durer très longtemps, même en pratique, une quarantaine d'années, ce n'est quand même pas déconnant, toutes les dizaines, de se poser la question de savoir est-ce que je suis bien dans mon job ? Est-ce que ça me convient ? Est-ce qu'il y a des choses que j'ai envie de faire évoluer ? Est-ce que d'autres que j'ai envie de lâcher ? ça paraît quand même plutôt sain. C'est l'inverse, en fait, finalement, qui est complètement hallucinant. C'est que pendant toutes ces années où on traite l'humain, on n'est pas, justement, des périodes où on puisse faire un peu le bilan de tout ça et de savoir si on est toujours à la bonne place. Donc, moi, c'est aussi un peu dans ce sens que je fais ce travail-là parce que je trouve que c'est important que les gens, quand même, se posent des questions de temps en temps de savoir s'ils sont bien dans leur travail. Et s'ils ont une difficulté, de savoir qu'ils peuvent trouver quelqu'un pour les accompagner pendant quelques mois et puis après repartir pour peut-être dix ans, super bien, en sachant bien pourquoi on est là et pourquoi on fait les choses. Donc oui, moi je trouve que ça serait très intéressant, et d'ailleurs je t'en ai touché un mot tout à l'heure, d'intégrer ça dans notre parcours, dans le parcours d'un médecin.
- Speaker #0
d'un soignant en général, d'une infirmière.
- Speaker #1
Je trouve que ça devrait, au même titre que tu as des formations, comme je te disais, sur l'intubation difficile. Pourquoi tu n'aurais pas, à un moment de ta vie, la possibilité de te poser et de réfléchir sur ta carrière ?
- Speaker #0
La notion de bien-être et de bonheur au travail, est-ce qu'on peut enfin commencer à en parler comme un élément fondamental ? Ou est-ce que c'est nier encore de parler de ces choses-là ?
- Speaker #1
Nier ? Non, je ne trouve pas. Je trouve qu'on est quand même sur terre. pour être heureux. Donc, si tu n'es pas heureux quand tu vas bosser alors que tu bosses tous les jours, il y a un problème. Il y a un problème. Donc, ne pas vouloir en parler ou hésiter à en parler, pour moi maintenant, je trouve que c'est faire l'autruche. On voit bien aujourd'hui dans le monde du travail qu'au contraire, les gens ont besoin d'être écoutés, soutenus. aider, accompagner. En fait, je pense qu'il y a plutôt la base, mais ça n'est que mon point de vue.
- Speaker #0
Oui, mais Florence, tu es d'accord avec moi que plus, c'est-à-dire le dirigeant, l'image du dirigeant, ou l'image de celui qui assure, ou celui qui performe, c'est celui qui sait tout gérer, qui gère son stress, qui ne se plaint pas, et qui est capable d'encaisser jusqu'à l'infini, sans pouvoir, sans se plaindre, ni son... sans qu'ils se fatiguent. Donc, on n'est plutôt pas encore dans l'idée de plus on est bien, mieux on gère les situations, mieux on gère les équipes, meilleures sont les décisions qu'on prend, plus de cerveau disponible à travailler en équipe, plus de cohérence et donc plus de rentabilité et de performance, si on doit parler de performance. Est-ce que maintenant, on a des études qui le montrent ? Mieux on est dans son boulot, plus on est sécure pour les autres et plus on est performant.
- Speaker #1
Alors écoute, les études, je ne pourrais pas t'en citer là comme ça. Ce que je peux te dire, c'est que ce que tu as évoqué, tu vois, le dirigeant sûr de lui, qui bosse à fond. Effectivement, là, on est en plein dans la croyance du dirigeant qui... qui doit jamais se poser, qui doit toujours assurer, qui doit être fort, ne pas se plaindre, et justement, au nom de quoi ? Donc ça, c'est le genre de choses qu'on travaille en coaching. Qu'est-ce qu'un bon dirigeant ?
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, on s'effondre, au fait.
- Speaker #1
Il y a des gens qui tiendront toute leur vie et d'autres qui ne tiendront pas. Et effectivement, si être un dirigeant comme celui que tu as décrit ne te pose aucun problème, si pour toi, c'est vraiment l'éclate et que tu vas au boulot en étant hyper joyeuse d'être comme ça, voilà. Ok, mais... si cette posture-là ne te convient plus, elle ne te convient pas, elle engendre un mal-être, elle est problématique, alors arrêtons de vouloir plaquer sur des fonctions, des postures complètement archaïques. Je pense que quand même, au XXIe siècle, on peut commencer à prendre en compte le facteur humain, comme on disait tout à l'heure.
- Speaker #0
Je me demandais, si le coaching, au final, était un outil qui fonctionnait ?
- Speaker #1
Oui, alors les études commencent à montrer que oui, le coaching t'apporte, donc améliore ton quotidien professionnel et les relations que tu as avec les autres. Donc, il y a des études qui commencent à sortir là-dessus. je pourrais te transmettre les références si tu veux les donner. Oui, on peut les mettre en descriptif. Oui, ça peut être sympa pour les gens de lire. Et donc, en tout cas, pour le coaching cognitivo-comportemental, oui, on voit bien que ça augmente le bien-être, ça diminue quand même l'anxiété au travail. Donc, c'est des choses qui sont intéressantes.
- Speaker #0
Pour ceux qui ne sont pas des dirigeants, tu proposais quand même, pour ceux qui ont un changement, par exemple, de profession, les étapes de travail, par exemple, changer de service, partir à la retraite. Il y a des moments de la vie professionnelle qui nécessitent un point. Alors, c'est fait avec des RH. Est-ce que c'est correctement fait ? Est-ce que ça peut être bien fait via quelque chose qui s'intègre dans la structure ?
- Speaker #1
Tu veux dire comme intégrer du coaching dans la structure ?
- Speaker #0
C'est ça. Ou est-ce que le RH peut aussi faire du coaching et avoir le temps de s'intéresser à faire des mises au point ?
- Speaker #1
Je pense que c'est vrai que si le RH a fait un peu de coaching dans sa vie, ça ne peut que faire du bien. Après, est-ce qu'ils ont le temps de le faire ? Est-ce qu'ils ont aussi les outils pour le faire ? Je ne sais pas. L'envie aussi. Mais oui, je trouve que les périodes de vie, comme tu dis, un peu charnières comme ça, ça peut... Ça peut tout à fait faire l'objet d'un coaching. Prise de poste, retour après une grossesse ou après un arrêt maladie. Tous ces moments de la vie un peu charnières où tu as peut-être besoin. Tu peux avoir besoin à un moment d'ajuster. Après, ce n'est pas obligatoire. Mais en tout cas, savoir que si tu en as besoin, c'est là.
- Speaker #0
Pour toi, Florence, du coup... Tout ça, tu as pu en saisir l'importance parce que tu as pu te poser toutes les questions concernant le bien-être au travail. Mais je pense que tu t'es interrogée au tout début de ta carrière. Les questions ont commencé à venir dès que tu es devenue docteur. Tu te posais déjà la question de si la médecine, si ton exercice allait pouvoir vraiment répondre à tous tes besoins. Et comment tu as répondu à cette question ?
- Speaker #1
Par non.
- Speaker #0
Je ne suis pas que ça ?
- Speaker #1
Oui, j'ai assez vite effectivement pris conscience que malgré l'immensité des connaissances qui me restaient à acquérir en médecine, et dont je ne prétends pas avoir fait le tour, bien au contraire, mais que la thématique... n'allait pas me suffire, qu'il allait me falloir d'autres thématiques à aborder qui pourraient simuler un peu ma curiosité. Et puis aussi me sortir d'un milieu que je trouvais et que je trouve aussi parfois un peu austère. Austère ? Difficile ? Oui, difficile.
- Speaker #0
C'est vrai que tout le monde parle souvent de l'esprit carabin. Oui, mais bon, ce n'est quand même pas au quotidien. Et je trouve que c'est un milieu quand même relativement sérieux. Un milieu où on se comprend un peu les uns les autres, mais on parle toujours un petit peu des mêmes choses. Moi, ça me convenait dans une certaine limite.
- Speaker #1
Il y a quand même un recul. peut-être une distance, une juste distance à avoir par rapport à toutes les histoires qu'on traverse dans le milieu médical ? Est-ce que c'est un besoin aussi ?
- Speaker #0
Est-ce que c'est un besoin ? Peut-être. Je ne l'ai pas vraiment identifié comme ça, mais je crois que j'ai besoin de rire dans la vie. J'ai besoin de légèreté, de plaisir. Et finalement, je trouve que la médecine ne comble pas ce besoin. ne comble pas ce besoin de manière satisfaisante en ce qui me concerne.
- Speaker #1
Je comprends. Donc, je me dis que pour être heureux dans sa vie professionnelle, il ne faut pas que la vie professionnelle prenne le dessus sur les autres choses qu'on aime ou qui nous représentent. C'est à ce titre-là qu'on peut être complètement aligné et on peut continuer à faire des années durant, des dizaines d'années durant. le même travail parce qu'il ne nous a pas empêchés d'être le reste ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. Je pense qu'il y a des gens qui ne se sentiront jamais empêchés par leur travail parce qu'ils l'aiment profondément et rien ne les rendrait plus heureux. J'en connais. Si c'était à recommencer, je recommencerais exactement la même chose. C'est génial. Super.
- Speaker #1
Donc, ça ne les empêche pas ?
- Speaker #0
Non, ça ne les empêche pas.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Voilà. Tu as des gens qui sont parfaitement deux. heureux d'être là où ils sont. Et puis, t'en as d'autres pour qui ce qu'ils font correspond peut-être, a pu correspondre à un besoin à un moment et peut un peu moins correspondre 20 ans plus tard. Ou cet aspect du travail qui est très sérieux peut leur paraître pesant à vivre au quotidien. En tout cas, là, je parle pour moi.
- Speaker #1
Ok. Donc il faut savoir s'interroger et connaître ses besoins et ses envies pour ne pas se retrouver frustrée et à regretter une partie de ce qu'on pourrait être.
- Speaker #0
Peut-être. Après, je ne prétends pas. Ma manière de voir les choses, c'est juste ma manière à moi. Donc chacun fait ce qu'il veut finalement. Chacun est libre de s'interroger ou pas. Moi, je l'ai fait, mais c'était, comment dire ? presque une évidence. Je n'ai pas eu beaucoup d'efforts à faire. L'idée s'est imposée à moi. Comme je te le dis, une vie aussi dédiée au travail et à ne faire qu'un travail à fond, c'est aussi beau, quelque part. Et donc, si les gens sont à l'aise dans leur basket à le faire, qu'ils le fassent. Moi, c'est vrai que c'était... J'aspirais à autre chose.
- Speaker #1
Oui. Mon idée, Florence, c'est... Je pense que... il y a plusieurs aspects à vivre et que si une partie, si un côté va pouvoir prendre toute la place sur le reste et qu'on est frustré de ne pas faire vivre l'autre partie, cette frustration-là va probablement empêcher d'aller jusqu'au bout, de se déployer dans sa profession. Je pense qu'on gagnerait à vraiment tout vivre pleinement parce que je pense que les deux parties se nourrissent. Par exemple, quand... Donc, si je devais avoir quelque chose que je faisais et que j'aimais faire, comme par exemple mon podcast, j'estime qu'au fait, ça apporte un énorme plus à mon exercice parce que ça me rend heureuse, parce que ça répond à une curiosité, parce que je me sens pleinement satisfaite de ce que je fais en dehors. Et je pense que c'est tout bénéfice pour mon exercice et que ça apporte de l'appréhension, ça vient nourrir tout simplement.
- Speaker #0
Ton activité ?
- Speaker #1
Voilà, exactement. Je pense que si on n'en a pas le besoin, il n'y a pas à chercher. Simplement, c'est bien de s'interroger à un moment donné, de dire est-ce que vraiment ça ne m'empêche pas d'autre chose ? Avant que ce soit l'épuisement, la frustration ou le regret. Donc à un moment donné, le point à faire, c'est de se dire est-ce que je suis dans l'équilibre de ma vie pro et ma vie perso ?
- Speaker #0
Est-ce que c'est la vie que je veux avoir ?
- Speaker #1
Oui, c'est important.
- Speaker #0
Oui, non. Si c'est non, alors comment on fait pour y arriver ? Oui, moi, c'est la question que je me suis posée. Mais encore une fois, on n'est pas obligé de se la poser. Et tout le monde ne se la pose pas. Et c'est aussi bien comme ça. Mais oui, moi, ça m'a beaucoup apporté de faire ces choses à côté de mon travail. Heureusement que j'avais ça.
- Speaker #1
C'est extraordinaire tout ce que tu as fait. Moi, je suis admirative. Merci. De stand-up. deux spectacles de stand-up pendant une dizaine d'années. Ça, c'est fabuleux parce que pour moi, s'il y a un exercice qui est aussi compliqué à faire, c'est celui de faire rire. Je te l'ai dit, pour moi, le rire est peut-être le must de l'intelligence relationnelle parce que ça nécessite plusieurs compétences, plusieurs intelligences. D'abord, il faut une grande observation de l'autre.
- Speaker #0
Ça, c'est vrai, oui.
- Speaker #1
Il faut avoir de la dérision et de l'auto-dérision, de se remettre en question déjà. Rire avec les gens, ce n'est pas simple parce qu'il faut vraiment sonder ce qu'ils attendent. Rire, c'est aussi vérifier que l'autre est réceptif à notre humour.
- Speaker #0
Ce n'est pas toujours le cas.
- Speaker #1
Ce n'est pas toujours le cas, mais évidemment. Et puis, surtout, c'est de ne pas avoir peur du regard des autres. qu'ils peuvent poser sur nous, ni de leur jugement, et de se délester au fait de notre personnage pour venir un petit peu se révéler aux autres en toute confiance. C'est tout ça, c'est vrai. Pour moi, l'humour, c'est le comble du comble. Donc déjà, je trouve que c'est merveilleux pour une anesthésiste de son sérieux, du comble de ce métier. hyper sérieux, de venir rire. Quel a été le premier spectacle pour commencer ?
- Speaker #0
Pour commencer, je n'ai pas commencé direct par le spectacle, j'ai commencé par faire des scènes ouvertes. J'allais, après le boulot, il y avait une scène ouverte où les humoristes pouvaient tester leur... Il y en a plein à Paris. J'adore faire ça, tu sais. Pour tester leur ban.
- Speaker #1
J'y vais.
- Speaker #0
Tu y vas souvent ?
- Speaker #1
Dès que je peux, je le fais parce que j'adore le stand-up et que j'adore découvrir des gens non connus qui testent Et je trouve que c'est une fenêtre fabuleuse sur le monde des autres.
- Speaker #0
J'adore ça. Voilà, donc j'ai fait ça pendant quelques mois, peut-être une petite année. Et puis, en fait, de fil en aiguille, le sketch que je faisais, ça prenait pas mal. Donc, le gérant du lieu, il m'a dit, tu peux faire une demi-heure maintenant de ton spectacle. Donc, j'ai fait une demi-heure. Et puis, à l'issue de ça, il m'a dit, OK, c'est bon, on fait le spectacle. Et là, c'était plus régulier. Alors, c'était aussi en fonction de... Mon emploi du temps. Et puis, c'était ce que je pouvais faire à cette époque-là avec le temps que j'avais. Mais c'était chouette. C'était une belle expérience. Donc ça, c'était le premier spectacle qui ne s'appelait pas « Avec n'importe qui » . C'était un spectacle assez trash. L'humour vraiment très noir. Un peu carabin, tu vois. J'aimais bien. C'était un bel exutoire, franchement. Et puis après cinq ans de ce spectacle, j'en ai écrit un autre qui, lui, était plus... plus mesurée, plus posée. Un spectacle sur les études de médecine, la galère des études, et puis la relation médecin-malade, c'est assez rigolo, cette relation qu'on a. Parfois, elle n'est pas rigolote du tout, parfois, elle est plus difficile, mais il y a des moments qui sont forts, qui sont drôles, et desquels on peut rire. C'était un spectacle là-dessus, et lui, je l'ai tourné un peu moins, peut-être, parce qu'il y a eu le Covid.
- Speaker #1
et puis après tu referais de nouveau du stand-up Florence ? J'imagine qu'il y a 10 000 autres projets donc du coup est-ce qu'il aura de la place le stand-up ?
- Speaker #0
Écoute je pense que je reviendrai sur scène mais je ne sais pas de quelle manière mais la scène t'as parlé ouais j'aime bien ça c'est chouette c'est un beau moment de partage quand tu arrives à faire rire les gens c'est une belle communion je suis d'accord Merci. une belle communion et tu sais que tu leur fais du bien. Donc ça, j'ai beaucoup appris, la scène m'a beaucoup appris en termes d'humilité, en termes de d'amour propre. Tu vois l'amour propre quand tu vas sur scène.
- Speaker #1
C'est des délestés de l'amour propre.
- Speaker #0
Tu n'en as plus.
- Speaker #1
Non, pas non.
- Speaker #0
Il faut le laisser de côté. Tu le laisses complètement de côté. Donc ça, je veux dire, pour l'ego, c'est une belle... Voilà, c'est une belle leçon. Est-ce que, Florence,
- Speaker #1
tu as aussi la réflexion sur le deuil de la perfection ?
- Speaker #0
Ah ben, oui. Oui et non, parce que... Alors oui, le deuil de la perfection, bien sûr, parce que quand tu ne fais pas rire, tu es bien obligé de le reconnaître. C'est criant, ça fait mal et c'est direct. Les gens ne font pas semblant. C'est ça. Donc, ça, c'est vraiment une belle leçon d'humilité. Et en même temps, l'écriture, en tout cas en ce qui me concerne, parce que je ne suis pas très douée dans l'improvisation. moi j'aime bien les phrases qui sont ciselées l'humour vraiment très très travaillé et donc en ce sens l'écriture c'était un exercice c'est vraiment un travail un peu d'orfèvre où tu vas chercher le mot qui va faire rire et en ce sens alors je ne vais pas dire que j'étais guidée par la perfection parce qu'on a tous sa propre idée de la perfection mais en tout cas je cherchais à faire un texte qui à mes yeux était le mieux possible donc une école d'exigence je dirais, ça c'est vrai ça tu sais faire,
- Speaker #1
de part de ton métier déjà et puis tu es musicienne aussi un peu,
- Speaker #0
alors bon je ne suis pas Euh... Je n'ai pas fait le conservatoire, mais je fais du piano.
- Speaker #1
Oui, tu fais du piano régulièrement.
- Speaker #0
Oui, je fais du piano régulièrement et du chant. J'ai fait du piano voix.
- Speaker #1
C'est aussi l'école de la rigueur.
- Speaker #0
Oui, alors pas que. Je pense qu'on peut avoir aussi une approche de la musique. J'en parle dans mon bouquin qui est plus intuitive et plus détendue. On n'est peut-être pas obligé d'être tous passés par le conservatoire pour se faire du bien. Dans la musique, c'est un peu mon approche.
- Speaker #1
Allez, on va parler de musique.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
On va parler de musique et on va parler de ton livre.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Il s'appelle...
- Speaker #0
Les Arabesques.
- Speaker #1
Voilà, en référence à...
- Speaker #0
Aux Arabesques de Debussy.
- Speaker #1
Voilà. Et je fais le lien directement parce que tu dis, ce n'est pas le conservatoire. Et Debussy est le personnage que j'ai redécouvert grâce à toi et grâce à ton livre que j'ai adoré. Merci, Imane. C'est qu'au début, Debussy, pour moi, c'était au clair de lune. Et grâce à toi, j'ai revisité Debussy parce que c'est une promenade en livre. C'est une promenade musicale. Et chaque chapitre correspond à une référence musicale. Et Debussy, il est complètement présent. Il y a les arabesques, il y a les rêveries, il y a plein de morceaux. Et j'ai, comme je t'ai expliqué, réécouté Debussy. et là je... je me redécouvre un monde, un monde écrit de façon déstructurée, qui est Debussy. Au fait, il a complètement pris le contre-pied de ce qui se faisait dans son époque et il a inventé une musique.
- Speaker #0
Oui, c'était un... C'était un... Le mot m'échappe, mais un novateur ou un avant-gardiste, voilà. Et il s'est toute sa vie senti incompris, mal aimé. Et pourtant, ce qu'il faisait était remarquable. Ça me plaît bien, ça, parce que je trouve que dans la vie, ce n'est pas parce que ce que tu fais ne plaît pas qu'il ne faut pas le faire, en fait, ou que c'est mauvais. C'est juste que peut-être à ce moment-là, quand tu arrives, ce n'est pas le moment de recevoir cette information-là pour les autres. Mais tu vois, lui, il a quand même tenu bon, il a vécu sa vie. et puis... Il a fait des choses incroyables. Donc, je trouve que c'est inspirant, ce genre de parcours. On n'a bien sûr pas le génie de Debussy, mais à notre petite échelle, on peut faire ce qu'on peut pour nous produire ce qu'on a à produire.
- Speaker #1
Produire ce qui nous représente et se fier à qui on est pour la ligne. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Point barre.
- Speaker #0
Oui, pourquoi se compliquer la vie ? On n'aura pas de chance numéro 2.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça. Autant être qui on est et pas quelqu'un d'autre, sinon c'est de la perte de temps.
- Speaker #0
Oui, je trouve aussi.
- Speaker #1
Et de l'énergie. Et de toute façon, on fait mal. Il vaut mieux faire ce qu'on sait faire. On fait moins bien ce que pour les autres. Autant faire ce qu'on sait faire et qui on est. Et si on devait raconter à Radesk, les personnages de Garance, d'Aurélien. de Charles qui m'ont accompagnée quelques jours et que j'ai adoré accompagner aussi t'as un personnage préféré toi ? Mais je ne peux pas ne pas aimer Garance.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
c'est vrai. Je ne peux pas ne pas aimer. C'est ton héroïne. Je ne sais pas si c'est une héroïne, mais je la comprends tellement. Je la comprends tellement. Et je suis heureuse qu'elle porte sa sensibilité et qu'elle la défende. Je n'en dirai pas plus, mais voilà. Après, un petit faible pour Aurélien. Parce que voilà, on s'attendrit de son histoire. J'ai aimé Fanette. Elle m'a bouleversée. Et si tu nous en parlais ?
- Speaker #0
Avec plaisir. Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Speaker #1
Alors oui, de quoi parle ce roman ? On peut expliquer peut-être le contenu. Et pourquoi la forme du roman ? En sachant que ce n'est pas le premier, c'est ton deuxième. Tu as commencé par le premier qui s'appelle Le Labyrinthe. Oui,
- Speaker #0
Le Labyrinthe.
- Speaker #1
Qui était un autre style.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qui a répondu à un autre moment.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis s'est déployé quelque chose que tu as voulu musical, où il y a un personnage qui t'accompagne et qui est Debussy tout le long du livre.
- Speaker #0
Oui. Oui, tu veux que je te parle plutôt des arabesques ? Oui. Est-ce que sur le plan global ou tu veux que je rentre un peu dans les détails ?
- Speaker #1
Comment est arrivé arabesque dans ta vie, Florence ?
- Speaker #0
En fait, la musique m'a toujours accompagnée. Et pour moi, ça a été à beaucoup de moments un grand réconfort. Quand dans les périodes où tu n'es pas bien. où la vie te secoue un petit peu, la musique pour moi fait vraiment partie des choses qui me font du bien. Et puis la pratique de l'instrument, du piano en l'occurrence, m'apportait tellement de bonheur que j'ai eu envie de mettre en scène peut-être l'histoire d'une femme d'aujourd'hui, qui essaye par tous les moyens de trouver... sa voix, trouver son bonheur. Et pour moi, Les Arabesques, c'est un livre sur le refus. Le refus de vivre une vie qui ne nous convient pas. Tous les personnages, à leur échelle, ils ont fait des choix, et ces choix, ils étaient bons ou ils n'étaient pas bons, mais ils ont vécu leur vie et certains n'ont pas pu accomplir tout ce qu'ils auraient aimé. Et d'autres vont avoir le courage de le faire.
- Speaker #1
Je trouve ça émouvant. C'est vrai ? Mais oui, parce que ce sont des questions existentielles. Parce qu'au fait, c'est des choses qu'on ne se dit pas ouvertement ni à haute voix. Et c'est des choses qu'on peut se murmurer ou des fois qu'on n'ose même pas se poser comme question. Tellement, au fait, on a peur de la réponse, souvent.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Et le fait de le poser là, sous cette délicatesse-là et cette... est accompagné par la musique de Debussy, telle qu'il l'a imaginée lui. C'est-à-dire, pour lui, la musique ne se consomme pas comme quelque chose de linéaire, mais plutôt comme les arabes est quelque chose en mouvement, comme la vie, quelque chose qui n'est pas tout droit. Il a eu le courage de sortir de... des carcons et des lignes toutes tracées pour tracer sa propre trajectoire qui était au départ difficilement compréhensible. D'ailleurs, comment aimer Debussy dès le départ ? Il ne faut vraiment pas l'écouter en bruit de fond. Il faut vraiment s'attarder à chaque note, le suivre et en comprendre. C'est ça.
- Speaker #0
Ça demande un petit effort intellectuel quand même d'intégrer ces dissonances, ces mélodies un petit peu particulières, un peu orientalisantes parfois, où tu te demandes ce que c'est. Et ça peut ne pas te toucher au départ.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Après, ça peut ne pas te toucher du tout dans ta vie. Tu as des gens qui sont hermétiques à cette musique, ce n'est pas grave. Mais oui, ça demande effectivement... Ce n'est pas une évidence.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Pas toujours.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais comme tu le dis, le chemin de la vie n'est pas non plus toujours une évidence. Pour certains, ça l'est. Et pour d'autres, non. Comme Debussy, ça ne l'est pas. Et puis pour certains personnages de mon roman... Ça ne l'est pas non plus.
- Speaker #1
C'est ça. Donc, c'était des magnifiques trajectoires. Et je suis vraiment agréablement surprise de ce roman. Et pour dire, voilà, je l'ai adoré. Je l'ai adoré. Maintenant, j'ai et Florence Courteau comme autrice et j'ai aussi redécouvert Debussy. Mais c'est génial,
- Speaker #0
écoute.
- Speaker #1
Merci pour ça.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Est-ce que les projets à venir, Florence ? Qu'est-ce qui t'anime actuellement ?
- Speaker #0
Actuellement, ce qui m'anime, c'est de développer un peu cette activité de coaching que j'ai mise en place. Et puis, l'écriture d'un nouveau livre qui est déjà pas mal avancé, qui est plutôt de l'ordre du thriller psychologique. Donc, on est passé dans quelque chose d'un peu plus noir que j'aime bien aussi. Et puis, j'ai encore aussi une idée et Idées de romans, pareil, sur la banquise, le grand froid. Voilà, donc quelques idées. Et puis, je te disais, je trouve ça génial ce podcast que tu fais. Ça me donne envie d'en faire. Et j'ai plein d'idées, mais pas encore le temps pour les réaliser. Voilà, ce qui m'anime en ce moment.
- Speaker #1
Oui, donc j'entends qu'il y a un livre à venir.
- Speaker #0
Oui, mais alors...
- Speaker #1
Je saurais attendre, t'inquiète.
- Speaker #0
Il n'est déjà pas encore complètement écrit et puis il n'est pas publié, celui-là. Donc, ça sera de nouveau un parcours pour la publication. On verra s'il trouve son chemin, lui aussi.
- Speaker #1
Oui. Est-ce que, de notre échange, tu as envie de conclure sur quelque chose qui te tient à cœur ? Est-ce qu'à la lumière de ce qu'on a raconté toutes les deux, est-ce qu'il y a quelque chose qui te paraît importants, que ce soit pour toi ou peut-être un message que tu voudrais transmettre imaginant à des gens chers, à tes filles par exemple ?
- Speaker #0
Je leur dirais prenez des risques et les gens s'habitueront. C'est René Char qui disait ça. Mais voilà ce que je leur dirais. Prenez des risques parce que si vous n'êtes pas bien dans une situation, bougez. Osez. Allez-y. Il n'y aura pas de chance numéro deux, comme je te disais. Il n'y aura pas de seconde chance.
- Speaker #1
Tu veux dire pas de seconde vie ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais on a le droit de se tromper, on est d'accord ?
- Speaker #0
Et on a le droit de se tromper. Heureusement. Et puis, on peut avoir adoré quelque chose pendant des années, ne plus l'aimer. On peut avoir besoin d'autre chose à d'autres moments de sa vie. And so what ? On y va. On ose. Qu'est-ce qu'on risque ?
- Speaker #1
On ne risque rien. Pas grand-chose. Pas grand-chose. À part le pire d'être heureux.
- Speaker #0
c'est ça c'est Mandela qui disait je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends c'est quand même assez sage il a raison c'est ça que je leur dirais,
- Speaker #1
allez-y les filles osez et moi j'ai envie de rajouter juste une petite touche je dirais soyez heureux même au travail surtout au travail très important parce que c'est
- Speaker #0
là où on passe le plus de temps oui
- Speaker #1
Merci infiniment Florence Courteau.
- Speaker #0
Merci Imane, chère Kaoui. Merci beaucoup de ton invitation et de ce super moment.
- Speaker #1
Mes chers amis, vous retrouverez les références du livre de Florence Courteau en description. Je vous demanderai, comme d'habitude, de soutenir Enquête d'accord par vos likes, vos appréciations. Et je vous demanderai aussi de venir regarder les vidéos sur Instagram. Je serai très heureuse de vous y retrouver. A très bientôt !