- Speaker #0
Bonjour Podren ! Bonjour Romain !
- Speaker #1
Bonjour Imane !
- Speaker #0
Je suis super heureuse d'être là. Je me mets confortablement devant vous là pour profiter du moment parce que c'est un moment super. Je suis accompagnée de Romain. Romain Presetti, je vais vous expliquer toute l'histoire. On va passer plutôt sur un mode intimiste plus tranquille. On va prendre le temps, il est 14h. Il y a les auditeurs de l'autre côté qui nous écoutent. Et c'est super de pouvoir être en public et de pouvoir avoir des gens qui vont nous écouter plus tranquillement dans le confort de chez eux. Je suis très très heureuse d'être là et Romain aussi, on a ça en commun. Mais il y a une différence entre moi et Romain, c'est que Romain, il est bien, il est content d'être là. Il profite de l'énergie du festival et moi, je ne sais pas, ça va. Alors, je me présente, mon prénom c'est Imane. Je réalise enquête d'accord depuis à peu près quelques mois, depuis l'été dernier. Mon métier, c'est médecin anesthésiste. J'ai maintenant cette double passion, mon métier et le podcast depuis peu. Je tiens avant tout à remercier David, qui est là, qui a tenté de me former. Au podcast, je suis venue le voir il y a quelques mois, un peu vers l'été. Je lui ai demandé des conseils pour apprendre à réaliser un podcast, monter un projet et m'apprendre le montage. Alors, je ne sais pas, malgré sa grande patience, sa patience infinie et ses grands talents, il faut croire que je réussis et je suis encore plus à l'aise. dans un bloc opératoire que devant un repair par exemple. Mais bon, ce n'est pas grave. Devant mes patients, je suis plutôt en one-to-one, donc plutôt à l'aise. Et quand on est dans un studio d'enregistrement, on a toujours l'idée que si ça ne se passe pas bien, qu'on dit n'importe quoi ou que... en béguet, comme ce que je suis en train de faire, ou que la grammaire est approximative, ou que la conjugaison, elle prend des règles un peu inédites, eh bien, il y a David derrière, il y a le montage. Et là, c'est autre chose. Là, il y a un public, il y a des gens en face. Et donc, pour moi, c'est un grand jour, parce que la prise de parole en public, pour moi, c'est un peu l'Everest. Et Romain, lui, il est plutôt mode Club Med, il m'aurisse. Je ne sais pas si vous voyez un petit peu à quoi je veux en venir, mais je vous expliquerai. En tout cas, merci de me donner l'opportunité de montrer mon art, c'est-à-dire mon bégaiement, ma grammaire, mon conjugaison, tout ça. Mais ce n'est pas grave, le plaisir est là, le plaisir est immense. Je voulais voir avec vous, peut-être par lever de main, qui est à l'aise pour la prise de parole en public ? Je ne sais pas s'il y a beaucoup de podcasteurs ici. Ah ouais, d'accord. Ok. Plus que la moitié, donc je m'adresse à des initiés. Ça, je n'avais pas trop prévu, Romain. Comment il faut faire, là ?
- Speaker #1
On va improviser.
- Speaker #0
On va improviser, donc vous êtes tous à l'aise. Bon, vous allez voir comment, au fait, quand on n'est pas à l'aise, on arrive à s'améliorer au bout d'une heure de 50 minutes. Alors, voilà, donc quand j'ai reçu l'invitation du festival, je me suis dit qu'est-ce qu'il y a de plus pertinent que la prise de parole en public pour parler face à un public. Et du coup, j'ai tout de suite pensé à Romain Presetti, parce que tout de suite est venu à moi le souvenir du sacre de Romain. Au grand concours national Cyrano, c'était dans une salle de théâtre parisien. Je me souviens, c'était l'année dernière, il y a une année, et j'avais eu le plaisir d'emmener mon petit garçon de 12 ans avec moi. Et je me souviens encore de la salle qui vibrait au talent, au talent des candidats qui étaient jeunes, qui étaient puissants en pertinence, en éloquence. en confiance en eux, tout ce que je n'ai pas. Et j'ai trouvé ça incroyable. Et Romain, tu avais été vraiment splendide ce jour-là. Et donc, naturellement, je me suis dit, allez, parlons éloquence. Et avant tout, puisque vous êtes tous des initiés, je n'ai même plus besoin de faire de statistiques à ce niveau, on peut quand même parler de Romain qui représente une génération et un parcours qui, pour moi, est extrêmement inspirant. J'ai deux fois son âge et je suis extrêmement admirative. J'ai tout à apprendre de lui et je vous invite à nous suivre comme ça dans cette conversation pour comprendre l'art oratoire à travers lui, à travers son vécu et son expérience. Salut Romain !
- Speaker #1
Salut Imane !
- Speaker #0
Merci infiniment d'avoir accepté de venir jusqu'à Rennes et de partager ce moment qui est quand même spécial pour moi. Merci d'être là. Est-ce que tu veux te présenter à notre public, puisqu'on en a un, et à mes auditeurs qui vont nous écouter par la suite, raconter un petit peu qui tu es, ton parcours, comment t'en es arrivé à gagner un concours qui est quand même prestigieux, qui était… impressionnant qui est le concours Cyrano.
- Speaker #1
Bien sûr, oui. Donc, je me dis comment on peut faire pour ensuite se présenter après tous les compliments que tu m'as donnés. C'est un moment vraiment un peu particulier.
- Speaker #0
Sans mériter.
- Speaker #1
C'est gentil. Je dirais que la première chose pour pouvoir me présenter, et pour présenter mon parcours, c'est dire que je suis le fruit de 10 ans de travail acharné. en prise de parole en public, parce que je ne suis pas né avec la possibilité de pouvoir parler comme je le voudrais, comme je le voulais à l'époque. Et je suis ce qu'on appelle un peu, ça fait un peu presque ancien fumeur, mais je suis un ancien timide. Voilà, j'étais presque accro à la timidité. Je me cachais un peu dans une certaine forme de confort alors que je voulais parler. Il y a plein de moments où je voulais prendre la parole, dans des réunions. dans des groupes d'amis, même, et je n'osais pas le faire, ou quand je le faisais, c'était un moment horrible, insupportable. Et je me dis, c'est pas possible. Pourquoi certains arrivent à prendre la parole sans avoir aucun problème, sans ressentir ces manifestations physiques, avoir la piscine municipale sur le front, avoir le cœur qui bat tellement qu'on a l'impression qu'il va partir. Et je me suis dit, ce n'est pas possible, je ne peux pas en rester à ce stade-là. Et je me suis mis en difficulté, en danger, exprès. On va dire que je suis un peu sadomasochiste, mais c'est comme ça que j'ai appris à parler. J'ai appris à parler dans cette difficulté-là, un peu contre moi-même. Et au fur et à mesure des expériences, au fur et à mesure de la pratique, j'ai appris que la parole, elle se construisait chez tout le monde. Tout le monde a la possibilité de devenir un orateur, tout le monde a la possibilité, même en sachant parler, d'améliorer la manière dont il va communiquer un message aux autres. Et aussi, j'ai appris à avoir confiance dans ce que je pouvais dire aux autres, avoir confiance dans ce que je pouvais communiquer et transmettre. Et aujourd'hui, je suis ce qu'on appelle un orateur, donc je prends régulièrement la parole. que ce soit sur scène, je suis au Cercle des Orateurs Disparus, qui est un collectif d'artistes de la parole avec des comédiens, des humoristes, des réteurs, donc ceux qui utilisent la rhétorique, l'art de bien prendre la parole. Je suis aussi comédien et improvisateur. Donc j'ai fait de la parole le principal outil de ma vie, en fait. Parce que, parce que au travers de la parole, je trouve que on peut dire... tellement de choses, on peut faire passer tellement de choses. On peut entrer en contact avec les autres. Et je pense qu'il n'y a rien de plus beau qu'entrer en contact avec les autres.
- Speaker #0
Ta formation initiale, Romain ?
- Speaker #1
Ma formation initiale, on va dire qu'elle est un peu loin de la prise de parole, mais quand même, elle s'en rapproche. J'ai une formation très littéraire. J'ai fait un bac L à l'époque où ça voulait dire quelque chose. Et à mon âge, ça me fait bizarre de me dire que je me sens déjà vieux.
- Speaker #0
Surtout pas ça, je ne te racheterai pas.
- Speaker #1
Et... J'ai fait une formation littéraire, j'ai fait trois ans de prépa littéraire parce que j'adorais les mots. J'adorais les mots, la littérature, le théâtre, l'utilisation des mots au quotidien. Et même si ce que je faisais était plus de l'analyse de textes où on regardait comment les émotions étaient construites, comment les textes étaient construits, ça m'a beaucoup enseigné en matière de création. de texte, de présentation, et c'est très utile à l'oral de savoir comment on construit un texte. Et ensuite, j'ai fait des études de sciences politiques. J'ai un parcours de persévérant parce que mon objectif au départ était de devenir administrateur de l'État. Et je ne pensais pas avoir la capacité pour le faire, et pourtant je me suis dit non, mais je vais y arriver. Et je voulais absolument entrer à Sciences Po Paris. Et Sciences Po Paris... eux voulaient absolument me refuser. Voilà, c'est que j'ai passé plusieurs fois l'examen et je me suis retrouvé avec des refus systématiques. J'ai tenté quatre fois d'entrer à Sciences Po Paris et à la quatrième fois, visiblement, ils en avaient marre de me voir. Ils ont dit, bon, tu peux rentrer. Et je suis entré à Sciences Po Paris. J'ai fait des stages dans le domaine que je voulais faire et j'ai été absolument déçu parce que l'image que j'avais du... de servir le bien commun, de servir une cause qui me paraissait juste, l'intérêt général, la société, les citoyens. Dans la manière dont ça se faisait au quotidien, il fallait tenir bon. Il fallait tenir bon parce qu'il y a beaucoup de choses qui sont de l'ordre de l'humain et donc extrêmement imparfaits. Et la manière dont les processus sont construits était tellement lourde que... C'est difficile de voir véritablement un sens quand on ne se dit pas c'est bon j'y vais et puis j'essaie d'avoir la conscience que je fais quelque chose pour les autres. Et moi je n'arrivais pas à l'avoir, je n'arrivais pas à avoir cette conscience-là et je me suis dit en fait ce n'est pas pour moi, en fait je n'ai pas envie d'y aller, je n'ai pas envie de faire ce que je voulais faire au départ. Donc c'était une petite déchirure quand même, mais grâce... A tout le parcours que j'avais fait pendant ces dix ans où je me formais à la prise de parole, où j'essayais de dépasser ma timidité pour je ne sais quel objectif, en fait finalement c'était un combat un peu contre moi-même, et bien ce combat il m'a servi aussi dans mon ambition professionnelle. Parce que je me suis dit que la parole c'est le nerf de la citoyenneté, c'est le nerf de nos sociétés, c'est le nerf de... de toutes nos interactions sociales. Et que si on cultivait cette parole, et j'entends par là faire en sorte que les personnes qui ont besoin de prendre la parole, les personnes qui veulent exprimer des messages qui sont touchants, qui sont sincères, qui sont authentiques, et qui transmettent véritablement quelque chose aux autres, le fait de faciliter cette parole-là, c'est aussi faciliter le lien entre les citoyens. C'est aussi faciliter le lien entre les gens. Et je me suis dit que c'est peut-être comme ça, que je voulais participer au bien commun, participer à l'intérêt général, en participant à la construction de cette parole-là et en la facilitant. Donc aujourd'hui, la parole, ça fait partie de ma vie entièrement, parce que c'est aujourd'hui mon quotidien. Je suis aujourd'hui formateur en prise de parole.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Donc je suis des personnes individuelles. Aujourd'hui, principalement des lycéens et des étudiants ou des personnes qui sont auto-entrepreneurs et qui... ont beaucoup appris sur leur domaine, mais pas nécessairement comment communiquer les choses qu'ils voudraient transmettre. Et je suis également intervenant dans des écoles. Il y a des étudiants qui sont dans des domaines dans lesquels la culture de la parole n'est pas très présente. Ça peut être des domaines, les développeurs, les informaticiens, ceux qui travaillent dans le digital, qui ont un lien. très fort avec leur technique, un lien passionné et une volonté de se développer, mais en même temps qui ont quelquefois du mal à entrer en contact avec les autres, qui ont du mal à relier leur passion. avec les autres et de pouvoir transmettre ce qu'ils savent, ce qu'ils veulent faire et ce qu'ils peuvent aimer dans ce qu'ils font. Et ça, ça aide énormément d'avoir la parole pour pouvoir transmettre ce qu'on aime, pour pouvoir transmettre la personne que l'on est. Et dans le domaine professionnel, comme dans le domaine personnel, savoir transmettre ce qu'on fait à un ami, savoir transmettre ce qu'on aime à quelqu'un qu'on aime, c'est une richesse. incommensurable.
- Speaker #0
Je te rejoins parfaitement Romain. Alors je suis en même temps en train de voir le chat et alors la question qui se pose c'est le concours Cyrano. Est-ce que tu peux nous parler de ça parce que beaucoup de personnes ne connaissent pas. Est-ce que tu peux parler de ce concours ? Comment t'en es arrivé à le passer ? Les différentes étapes ? Moi j'ai profité de la finale mais il y a tout un cheminement avant d'arriver à la finale.
- Speaker #1
Alors Merci. Avant de parler de mon parcours dans le concours, il faut parler du concept de ce concours. Ce concours a été créé par deux amoureux de la parole, qui sont Eliott Nouaille et Pierre Faury, qui en ont fait toute leur vie. Eliott Nouaille a beaucoup œuvré pour la parole, il a été au Syndicat Général des Lycéens il y a très longtemps. Il a d'abord eu une parole très militante, et ensuite... Il a fait de la parole un de ses outils de vie. Il coache également beaucoup de personnes et il a créé notamment le Cercle des Orateurs Disparus, ce collectif d'artistes de la parole, avec cette conception-là que l'art oratoire, ce n'était pas simplement les avocats ou les personnes qui faisaient de l'éloquence, qui pourrait très vite apparaître comme un outil d'élite, quelque chose qui ne se retrouve que dans les grandes strates de la société. L'art oratoire se retrouve dans tous les moments où on va prendre la parole. Donc les moments où on va prendre la parole pour pouvoir toucher les autres, les moments où on va prendre la parole pour faire une conférence, les moments où on prend la parole... Le départ,
- Speaker #0
les réunions de famille... Exactement,
- Speaker #1
les réunions de famille, tout ça, ça fait partie de l'art oratoire. Et l'art oratoire se retrouve aussi dans l'humour, les scènes de peur. Ça se retrouve aussi chez les podcasteurs, ça fait partie aussi de l'art oratoire, la possibilité de pouvoir transmettre des choses. Et un des problèmes de l'éloquence et de l'art oratoire, notamment aujourd'hui, c'est que c'est très concentré dans les universités. L'aspect positif, c'est que les étudiants ont la possibilité, l'opportunité de pouvoir développer cet art-là. Pas suffisamment tard,
- Speaker #0
Romain, je trouve, parce que l'université, je trouve que c'est un peu trop tard. Il faudrait l'insérer à l'école, en école élémentaire, au lycée. On a beaucoup besoin de ça.
- Speaker #1
Oui, absolument. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Et la difficulté, c'est que l'art oratoire, il se retrouve partout, pas seulement dans les universités. Donc, comment faire en sorte que l'art oratoire quitte ce podium un peu élitiste et quitte le milieu unique des universités, là où se situe la majorité des concours d'éloquence ? Et le concept a été de créer un concours d'éloquence qui respecte cette conception de l'art oratoire plurivalent et pluriel. Donc, on peut avoir du slam, du rap, de la chanson, de la musique, certaines formes de palettes. Et également, un concours qui soit ouvert à tous et intergénérationnel. Et ce concours, c'est le prix Cyrano, qui en est à sa troisième édition cette année. Et le concours est en ce moment en cours, d'ailleurs. Et j'ai participé à la première édition de ce concours. J'ai participé à la première édition, ça faisait... Ça faisait 8-9 ans que je faisais de la prise de parole, donc j'étais confiant, je me suis dit c'est ma chance, je vais y aller. J'ai participé aux sélections et j'ai échoué aux sélections. J'ai échoué, les portes se sont fermées et c'était une chute, mais une chute positive, parce que les chutes arrivent toujours dans des moments où on a peut-être besoin. On a peut-être besoin de chuter, de connaître un échec pour pouvoir réfléchir. et prendre du recul sur ce qui s'est passé à ce moment-là. Et donc, j'ai compris que j'avais encore besoin d'apprendre, que le prix Cyrano était une étape qui demandait en fait beaucoup plus de travail que je pouvais me l'imaginer. Et donc, j'ai retenté pour la deuxième édition. J'ai été pris aux sélections cette fois et j'ai passé l'ensemble des épreuves. Il faut savoir qu'il y a 300 candidats à ce concours, 300 candidats qui viennent de la France entière, de plein de milieux différents. et même certains qui viennent d'autres zones de l'Europe francophone, notamment de Belgique et de Suisse. Et ensuite, il y a 10 épreuves pour départager les 24 candidats sélectionnés. Et les 10 épreuves, elles sont absolument diverses.
- Speaker #0
Raconte les épreuves.
- Speaker #1
Alors, il y a des épreuves de discours, discours classique. Donc, on donne un sujet et on doit faire un discours entre 3 et 5 ou 7 minutes, selon ce qu'on nous donne comme timing. Et il y a également des épreuves d'improvisation. On donne un sujet, on a 5 secondes et on se débrouille. Pour faire en sorte, souvent, de faire rire. le public, d'établir une connexion de manière très simple et très spontanée avec le public. Il y a aussi des épreuves de débat, de joute verbale, où on va là essayer d'être plus stratégique et en même temps d'amener des arguments, de faire en sorte d'amener le public dans son raisonnement. Et on a aussi même des épreuves un peu saugrenues, qui sont par exemple le discours en musique. Donc, on nous donne une musique, on nous donne un thème et il faut faire un discours qui corresponde à la musique.
- Speaker #0
Si vous avez envie de lancer Romain, c'est possible. Mettez la musique, il peut mettre le discours en même temps.
- Speaker #1
Et donc, c'est des épreuves qui sont challengeantes. Et on a un défi qui nous est donné, qui est de sortir de notre zone de confort. Parce que le discours en musique... Je ne l'avais jamais fait. Je n'avais jamais même pensé que c'était possible de construire à partir d'une musique un discours qui puisse se tenir et qui puisse même toucher les autres, qui puisse apporter un sentiment aux autres. Et ce discours et ce concours, davantage que simplement un moment, une opportunité où on montre le travail qu'on a fait, où on montre son expérience, c'est aussi un moment d'apprentissage. Le prix Cyrano, il m'a appris énormément de choses sur moi-même, sur ce que j'étais capable de faire, et aussi sur la prise de parole et l'éloquence sur scène. Qu'est-ce qui se produit à ce moment-là sur scène ? Et qu'est-ce qui doit être privilégié ?
- Speaker #0
Est-ce que quelqu'un a déjà participé, pas participé, mais juste été voir un concours d'éloquence en direct ? C'est assez impressionnant. Au fait, les jeunes sont extrêmement... éloquent, pertinent, c'est très touchant et c'est vibrant d'authenticité, c'est très beau ce qui est impressionnant je trouve c'est les joutes verbales aussi parce qu'il faut trouver de la répartie, il faut avoir des arguments et si on parlait de la préparation parce que j'imagine que pour avoir de la répartie comme ça et avoir des sujets sur lesquels on peut rebondir présenter des arguments débattre euh euh Il y a forcément une technique derrière, il y a un apprentissage. Qu'est-ce qui t'a structuré pour arriver jusqu'à Cyrano ? Sur quels axes il faut travailler ? J'imagine qu'il y en a plusieurs.
- Speaker #1
Il y en a plusieurs, notamment parce que l'art oratoire, ça implique une myriade de compétences. Vous avez les compétences qui sont sur la gestion de son corps. sur la gestion de la scène, ce qu'on appelle notamment la proprioception, un mot un peu savant, mais c'est la gestion de l'espace, la gestion de sa gestuelle, qu'est-ce qui se passe autour de nous et comment on va l'utiliser, comment on va le maîtriser. On a ensuite toutes les compétences qui sont sur la structuration de son discours, sur l'argumentation, parce que, et c'est notamment ce que je répète souvent aux étudiants que je suis, C'est qu'on a beau avoir de belles choses à dire, si l'autre ne comprend pas où on veut en venir, si l'autre ne comprend pas notre structure, c'est compliqué à suivre. Il faut aussi penser au cerveau de l'autre, à l'attention de l'autre. Et on ne peut pas tout lui balancer en disant, fais le tri, fais en sorte de comprendre avec ce que je te dis. C'est compliqué dans ce cas-là. et on a aussi toutes les compétences qui vont être des compétences qui vont ajouter un caractère agréable au moment. C'est à la fois sur les émotions, faire en sorte de se connecter à l'autre, donc comment on fait passer des émotions, comment on se connecte à l'autre pour lui transmettre la tristesse qu'on peut ressentir, la fierté qu'on peut ressentir, la volonté de convaincre, la volonté de vaincre aussi, dans ce genre de combat qu'on peut mener. Et il y a également ce qu'on appelle la prosodie, c'est la mélodie de la langue. Comment on peut rendre sa voix, sa... sa diction, son langage, joli et agréable à entendre. Peut-être que certains ont déjà écouté du rap, par exemple, peut-être et très certainement, certains ont des musiques préférées. Si vous regardez les paroles, il y a aussi une raison pour laquelle on aime ces musiques ou on aime certaines punchlines de rap. C'est que ça fait appel à une certaine forme de prosodie. Il y a des figures de style derrière. Il y a une construction qui fait que ça sonne bien. qui fait qu'on passe un moment agréable. On se dit, ah, ça, ça me parle, ça parle à mon cerveau. J'ai l'impression que c'est agréable pour moi. Et c'est exactement ça également qu'il faut travailler. Il y a un élément aussi, et c'est ce que j'ai beaucoup travaillé dans ma préparation du prix Cyrano, c'est tout ce qui va être expression des émotions. Ça, je l'ai beaucoup travaillé avec le théâtre, vu que j'étais également comédien. que j'étais très proche du théâtre, mais pas encore assez. Donc je suis rentré dans une troupe de théâtre et j'ai travaillé sur l'expression des émotions, sur une certaine forme de recherche d'authenticité et de naturel. Et aussi, je suis entré dans une troupe d'improvisation qui m'a appris ce qui est essentiel, c'est le lâcher prise. Le lâcher prise par rapport au regard des autres et par rapport au regard qu'on porte sur soi. Et ça, c'est essentiel. Et je dirais même que c'est l'élément, un des éléments les plus essentiels. en prise de parole qui nous permet de pouvoir oser, qui nous permet de pouvoir franchir, on appelle le mur de la peur finalement. Et même, j'irai même plus loin, on dit souvent, il ne faut plus que j'ai peur, il faut que je dépasse ma peur, il faut vaincre sa peur. Et en réalité, et c'est le prix Cyrano qui m'a appris ça, c'est que la peur, elle ne disparaît jamais. Le stress ne disparaît jamais, ça n'existe pas. Les gens qui ne sont pas stressés, sont soit des gens qui considèrent que ce qu'ils vont faire n'est pas important pour eux, ou alors ce sont des psychopathes. C'est deux choix. Et donc, avoir peur, être stressé, c'est quelque chose qu'il faut considérer avec bienveillance, avec indulgence. J'ai peur parce que ça compte pour moi. J'ai peur parce qu'il y a un enjeu. Et plutôt qu'essayer de vaincre sa peur, j'y vais avec. J'y vais et puis tant pis. Je montre ce que je suis capable de faire. parce que de toute façon Cet effort-là, c'est déjà ça du courage. Le courage, c'est d'y aller avec sa peur. La peur est à côté de nous et c'est presque une amie qui vient nous rappeler qu'il y a un enjeu et qu'on est là pour passer aussi un bon moment.
- Speaker #0
Oui, quand le plaisir prend le dessus, c'est le plus important. Le plaisir, il dépasse la peur. J'ai envie de te poser beaucoup de questions. Pour Cyrano, mais également j'ai envie qu'on évoque sur ton parcours, à quel moment tu as estimé que tu as trouvé ton style ou ta signature ? Est-ce que c'est quelque chose qu'on obtient dès le départ et qu'on affine au fil de notre approfondissement du sujet ? Ou est-ce que c'est quelque chose qu'on arrive à avoir une fois qu'on a maîtrisé une certaine technique ? On peut commencer par ça et après ?
- Speaker #1
Le style... oratoire parce qu'il y a plusieurs styles oratoires, il y a plusieurs manières de faire de l'art oratoire et même en fait de parler. On a différents registres. Vous avez certains qui vont avoir une parole plus militante, d'autres qui vont avoir une parole plus rationnelle parce qu'ils sont très carrés dans leur vie. Vous avez des personnes qui aiment beaucoup l'aspect logique et donc avoir un raisonnement qui se tient bien. Vous en avez d'autres qui vont avoir un côté un peu plus humoristique, qui vont faire passer des choses avec plus de comique. qui vont avoir un style plus comique. Et vous avez aussi d'autres qui vont avoir un style plus poétique. On va essayer de faire passer des images aux autres, de belles images, de belles allégories, de belles métaphores, pour transmettre leur message. Et on peut se rendre compte qu'on a généralement, instinctivement, un style qu'on va privilégier au tout départ, en fonction de notre personnalité. Si on a une personnalité un peu plus facétieuse, On va opter souvent pour un registre qui est plus comique, dans la manière dont on va interagir avec les autres. Si on a un style un peu plus indigné, un peu plus qui essaye de combattre pour de nobles causes, on va avoir un style un peu plus militant. Ce style-là, c'est, on va dire, un style de base, qui est probablement à travailler davantage pour qu'il prenne toute sa place et pour qu'il prenne toute son importance. Et tous sont sublimes, je dirais. Donc tous les styles se valent. L'important, c'est surtout de travailler son style pour arriver au maximum et à l'optimisation maximale possible de son style. Mais on se rend compte également, en travaillant, qu'on peut développer d'autres styles.
- Speaker #0
J'ai connu des personnes qui avaient un style qui était plutôt carré, qui était très rationnel. Et dans certains moments, il y avait des moments d'humour. Et ces moments d'humour, ils étaient tellement géniaux qu'on peut se dire qu'il faut que tu y ailles plus. Il faut que tu mettes un peu plus d'humour parce que ça fonctionne, parce que ça pourrait vraiment apporter un élément complémentaire et quelque chose de plus dans ton style oratoire. Ça ne change pas qu'au départ, on a un style un peu plus rationnel, ce qui a ses avantages, mais ça permet de retirer les inconvénients potentiels de ce style-là, qui est, quand on est très rationnel, on a quelquefois du mal à faire passer des émotions. Tandis que si on a un style un peu plus léger, on peut faire passer des émotions avec l'humour, avec de la poésie, avec un peu plus de connexion avec l'autre.
- Speaker #1
Est-ce qu'on n'est pas à... plus efficace si on arrive à passer d'un style à l'autre, si on rythme, si tu veux, le discours entre du factuel, de l'émotionnel, et qu'on joue, et qu'on arrive à jouer un petit peu toutes les cordes et toutes les mélodies ?
- Speaker #0
Tout à fait. Je parlerais pas nécessairement d'efficacité parce que l'efficacité, ça serait une certaine forme de performance, donc être plus efficace pour quel objectif ? C'est surtout que Merci. La variation en termes de style, en termes de registre dans un discours, c'est ce qui permet, un, de capter l'attention, parce que quand il y a une rupture, quand il y a des bascules dans un discours, dans une prise de parole, notre cerveau, ça change. C'est comme s'il y avait quelque chose de nouveau, quelque chose d'insolite qui arrive et on ne s'y attend pas. Et également, ça permet de faire passer plus de choses. La complémentarité des styles, la complémentarité des registres permet effectivement de faire passer un message de... de manière beaucoup plus, j'ai essayé de ne pas redire le mot efficace, mais à la fois de manière beaucoup plus belle et en même temps de manière beaucoup plus facile. Ce qui est une certaine forme de facilité dans la transmission. C'est comme si quand on prenait la parole, il y a potentiellement un mur entre nous. Il faut essayer de tisser un lien avec l'autre. Et quand on prend la parole, la difficulté c'est comment je fais pour tisser un lien vers l'autre. Comment l'autre peut prendre l'émotion que je communique, et surtout mon message, ce que je veux lui transmettre. Et l'humour, changer de registre, ça peut parler à différentes facettes de son cerveau, et différentes facettes de sa personnalité. Ça parlera à ceux qui sont plus rationnels, ça parlera à ceux qui sont un peu plus émotifs, qui sont un peu moins rationnels, mais qui ont à cœur de ressentir des émotions pour prendre des informations. Et ça, effectivement, ça permet de toucher la majorité des personnes et de la manière la plus belle qui soit.
- Speaker #1
Est-ce que vous êtes comme moi, vous misez beaucoup sur l'introduction et la conclusion ? Je ne sais pas s'il y a des podcasteurs. Est-ce que pour vous, les premières minutes et les premiers instants d'un discours, d'une prise de parole ou d'un podcast, vous soignez votre introduction, vous y réfléchissez ? Et que c'est un moment important. Par levé de main, est-ce que l'intro vous la préparez ? Ok, moi aussi. Donc on va poser la question à Romain. L'intro, c'est un moment extrêmement important.
- Speaker #0
Je dirais même que c'est le moment fatidique. C'est LE moment. Une mauvaise introduction. fait que, surtout si on est face à un auditoire, des gens qui nous écoutent, on a une capacité d'attention limitée. Et surtout aujourd'hui, on est bombardé d'informations, on a la grande facilité de regarder sur son portable, de scroller, de regarder ailleurs, d'écouter autre chose, d'être distrait. Donc l'introduction, c'est ce qui permet de dire au cerveau, « Oh non mais tu peux rester, il va y avoir quelque chose d'intéressant. » Laï. Il faut que tu restes. Et l'objectif de l'introduction, c'est ça. C'est faire en sorte de capter l'attention du cerveau pour que le cerveau ait n'est qu'une seule décision à prendre, c'est d'écouter, c'est de rester là et de prendre le temps de prendre le message que vous avez à lui communiquer.
- Speaker #1
Il y a des axes ?
- Speaker #0
Il y a des axes. Donc, on estime, et ce n'est pas moi qui le dis, c'est notamment Éric Bas, qui est un grand auteur dans... prise de parole en public qui est prolifique et je vous invite à lire ses livres en prise de parole si vous êtes intéressé Il écrit que l'introduction, il y a quatre missions. La première mission, c'est capter l'attention. Faire en sorte de capter l'attention par quelque chose d'insolite, en créant du suspense, en posant une question, par exemple. Vous avez aussi le fait d'établir la connexion avec l'autre, que l'autre se sente concerné, que l'autre sache que vous êtes connecté. Ensuite, il y a susciter l'intérêt, faire en sorte que l'autre soit intéressé. Par exemple, si vous dites à la fin de ce podcast, vous connaîtrez tout sur tel sujet. Vous aurez les clés pour répondre à tel ou tel problème. Et enfin, vous avez introduire le sujet, faire en sorte que l'auditeur, que la personne qui écoute, la personne qui vous regarde, soit sur des rails. Qu'il ne soit pas inquiet en disant, mais oui, où va-t-il ? Et l'introduction fait qu'ensuite, on peut se lancer dans une narration. on appelle la narration dans un développement qui va avoir l'ensemble de l'attention de l'autre.
- Speaker #1
Et ensuite, une fois qu'on a établi un lien, qu'on a pris les auditeurs ou le public par la main, qu'on l'a emmené sur une petite balade ou un voyage sur un sujet ou un thème, il est important de savoir conclure aussi, finir un... sujet, finir un échange, il faut expliquer, il faut finir par un message peut-être ?
- Speaker #0
Oui, la conclusion, elle passe souvent par une sorte de synthèse. Une sorte de synthèse pour finalement, qu'est-ce qu'on peut en conclure ? Qu'est-ce qu'on en retient de tout ça ? Une synthèse qui va revenir sur les points clés de tout ce qui a été dit, parce que... nécessairement ce qui va le plus être retenu, ce qui aura le plus de probabilité d'être retenu par l'autre, c'est la fin, c'est la conclusion. Donc il faut peaufiner sa conclusion, il faut être certain qu'il y ait l'ensemble des éléments saillants de votre présentation à l'intérieur de la conclusion. Et aussi, il y a toujours le risque de, à la fin de la conclusion, de finir sur une phrase qui, on n'a pas l'impression qu'on a fini, on reste sur un peu un goût d'inachevé. On reste sur sa fin. Et il faut donc penser à une phrase qui boucle bien. Souvent, ça peut être une phrase qui fait le lien avec son introduction ou une phrase qui permet de donner de la perspective, de donner de l'universel là-dessus. Par exemple, si je vous parle d'environnement, si l'ensemble de ma présentation parlait d'une solution pour mieux trier ses déchets ou une solution pour participer. à la lutte contre le changement climatique, je pourrais dire que la solution que j'ai proposée est beaucoup plus qu'une solution partielle, c'est un petit pas pour un monde meilleur ou un petit pas dans la sauvegarde de la planète, une sauvegarde collective. Et ça permet d'aller sur quelque chose de plus universel, sur un message global qui donc pourra être davantage mémorisé.
- Speaker #1
Très intéressant. Et alors, je me disais, pour arriver à un niveau de pertinence, d'éloquence et puis d'avoir un discours, parce que pour moi, l'éloquence, c'est au-delà du fait d'être à l'aise devant un public, c'est aussi une façon de construire une pensée et d'apprendre à organiser sa façon de penser et de pouvoir la présenter de la meilleure façon. parce que j'estime que... Je ne sais pas vous, mais la clarté, c'est un cadeau qu'on donne aux autres. Être clair, c'est aussi pour soi, mais aussi aux autres. C'est la meilleure façon d'éviter les malentendus, d'éviter de se chamailler, d'être en conflit. Des fois, pour simplement une mauvaise présentation. Et donc, je me disais, est-ce que toi, dans ton parcours, Est-ce que tu as un rituel ? Est-ce que tu as une façon de faire qui fait que tu as appris à construire des arguments ? Parce qu'avant de savoir parler, pour construire sa pensée, il faut avoir des arguments tout le temps prêts. Pour débattre, il faut avoir une idée, une culture générale déjà un peu développée. Est-ce que tu t'astreins à des exercices, à des lectures, à des choses qui font que ton cerveau… est déjà habitué à la réflexion, aux arguments et à la façon de réfléchir ?
- Speaker #0
La culture générale, bien entendu, elle aide. Elle aide parce que ça permet de pouvoir avoir des arguments qui vont aller se trouver dans la littérature, qui vont aller se trouver dans l'histoire, qui vont aller se trouver dans la psychologie ou que sais-je, n'importe quel domaine. Je ne dirais pas qu'elle est absolument nécessaire dans le sens où il faut absolument avoir la culture, sinon on ne peut pas débattre, sinon on ne peut pas discuter. Ça serait beaucoup trop simple et c'est même simpliste. Je dirais que l'essentiel, c'est surtout de se poser les bonnes questions. Et ça part de là, et je pense que toute prise de parole et toute présentation part d'abord sur du questionnement. Souvent, je demande à mes étudiants, au tout début de cours, pour faire un petit icebreaker, pour les sortir de l'aspect très académique du cours, je leur demande, c'est quoi votre passion ? C'est quoi votre rêve ? Partagez un peu pour que moi, je puisse mieux vous connaître. Et il arrive très souvent que l'étudiant ne sache pas répondre. Alors même que ça le concerne lui. Alors même qu'il en a des passions, il a des choses qu'il aime. Il y a des moments où quand l'étudiant dit « je ne sais pas trop, rien, je n'ai pas vraiment de passion » et j'ai dit « vous allez me faire croire que quand vous rentrez chez vous, vous ne faites rien. » Ce n'est pas vrai. C'est surtout qu'ils se posent la mauvaise question. Leur question c'est « qu'est-ce que je dis ? » Qu'est-ce que je dis là tout de suite ? Sauf que c'est une mauvaise question. C'est une mauvaise question parce qu'on ne peut pas tirer le fil. La vraie question c'est « qu'est-ce que je veux dire ? » « Qu'est-ce qu'il me plaît ? » dans la vie et pourquoi ça me plaît. Et c'est comme ça qu'on arrive, même sans question de culture générale ou de livres qui sont des apports importants, mais déjà se poser les bonnes questions, c'est déjà réfléchir à des arguments, à du contenu à apporter, à dire, ok, je veux parler de ma passion, voilà ce qui me passionne, voilà ce qui m'anime, voilà pourquoi ça m'anime, voilà pourquoi je veux vous le transmettre. Et ça, on n'a pas besoin. de culture générale pour ça, on a simplement besoin de répondre à des questions.
- Speaker #1
Est-ce qu'un vocabulaire riche, une lecture assidue, une lecture répétée, est-ce que ça ne permet pas d'enrichir son langage ? Est-ce que ça n'ouvre pas l'essence à des choses qu'on ne connaît pas ? Si tu sais dire, je ne sais pas, un certain mot avec des synonymes à l'infini, ça t'ouvre quand même à des perspectives, à des angles de vue différentes qui enrichissent, peut-être que ça peut aider ?
- Speaker #0
Oui, ça aide tout à fait. Ça participe à ce que je disais quand je parlais de prosodie, la mélodie de la langue. Des mots qui ne se répètent pas, un vocabulaire riche participe à cette mélodie. Après, il faut toujours faire attention à une certaine limite. En tout cas, plutôt à un caractère qui doit être adapté du vocabulaire. Parce qu'on peut utiliser plein de mots de vocabulaire, Mais il faut faire en sorte aussi... d'utiliser un vocabulaire qui soit en soi le plus simple et de manière générale. Parce qu'il y a des mots de vocabulaire qui peuvent très vite déterminer une distance ou un niveau de classe quelquefois qui n'est pas nécessairement sain, parce qu'il faut en avoir conscience. Les mots sont quelquefois vecteurs d'inégalité, vecteurs de différenciation sociale, et donc ce ne sont pas nécessairement des mots. qui vont pouvoir être utilisés parce qu'il va y avoir une distance. Et ce n'est pas parce que je peux utiliser tel mot que je suis différent. Il faut bien le dire. L'objectif d'un orateur, c'est jamais de se dire, de dire je suis au-dessus des autres. Jamais. C'est au moment où l'orateur se dit au-dessus des autres qu'il perd déjà le statut, à mon sens, de quelqu'un qui a une parole saine. Et donc il faut bien se dire que ça ne sert à rien d'apprendre des mots qui sont super élaborés, même des mots qui dans le langage courant ne sont plus utilisés. Parce que l'objectif c'est de faire passer des messages, c'est ça le véritable objectif. Ce qui fait que quelqu'un qui peut se dire j'ai pas un vocabulaire varié, il peut quand même être un orateur, c'est pas la question. L'orateur n'est pas lié absolument au vocabulaire. Le vocabulaire, c'est quelque chose qui peut aider, c'est quelque chose qui peut participer à la mélodie et participer au contenu, mais c'est tout à fait distinct. Et vous avez des personnes qui n'ont pas nécessairement, on va dire, un vocabulaire qui pourrait être considéré comme très élaboré pour les gens de la haute, disons, et pourtant, ils sont vecteurs et ils véhiculent tant d'émotions. étant de sincérité et d'authenticité, qu'il n'y a pas besoin, en fait. Il n'y a pas besoin de mots élaborés, ça ne sert à rien. C'est du boursouflage, c'est de la fioriture, c'est de l'artifice.
- Speaker #1
Alors, du coup, la liaison est facile pour moi pour parler des différents stades. qu'il y a au fait au niveau de la fabrique des orateurs est-ce que tu peux m'en parler rapidement et pour finir un mot sur le stress avant qu'on rende l'antenne parce que c'était mon sujet de date j'ai défié ma situation mais le plaisir prend le dessus
- Speaker #0
Donc déjà, avant de parler de ça, de parler de la Fabrique des Orateurs, la Fabrique des Orateurs, c'est un institut de formation en art oratoire dans lequel je travaille avec Eliott Noailles, qui est un de mes mentors en éloquence. Et la Fabrique des Orateurs a...
- Speaker #1
On a trois minutes pour le décrire. On a trois minutes pour le décrire.
- Speaker #0
Trois minutes. La Fabrique des Orateurs a cet objectif de rendre accessible l'art oratoire et l'art oratoire dans toutes ses multiplicités. Et dans son travail, la fabrique des orateurs a élaboré une méthode qui est une méthode de différents stades, de différents niveaux pour déterminer à quel niveau on se situe et quels sont surtout les axes de progression. Quelles sont nos forces et comment on peut dépasser l'ensemble de nos fragilités potentielles. Il y a cinq niveaux qui vont de l'aspirant à l'expert et l'ensemble de ces niveaux sont une sorte de parcours oratoire. Vous avez au tout départ la personne qui n'ose pas trop parler, qui va essayer de s'élancer sur scène et ça passe ou ça casse, va dépasser le mur de la peur, va passer le mur de la peur. Et ensuite, quand quelqu'un passe le mur de la peur, il est un peu sur scène. Comme sur un bateau, il s'est lancé sur le bateau et puis le bateau tangue un peu. Donc il a du mal à tenir le cap. Et au fur et à mesure, il arrive à tenir le cap. L'objectif, c'est d'arriver à une grande maîtrise. tout en quittant l'aspect artificiel de la technique, parce qu'au fur et à mesure qu'on apprend des techniques, on devient potentiellement artificiel, on arrive potentiellement sur de la surmaîtrise, et d'arriver sur quelque chose qui est de la maîtrise de l'imprévu, où on maîtrise tellement l'art oratoire qu'on a la possibilité de pouvoir parler sans préparation, qu'on a la possibilité de pouvoir se faire à l'environnement et de prendre le moment présent comme un instant. d'opportunités et de potentiels sublimes.
- Speaker #1
Est-ce que vous voulez que je lui pose la question pour le stress ? Moi, ça va, je me sens bien, mieux qu'au tout début. Mais j'ai quand même envie de connaître ta technique, Romain, pour être cool et tranquille et affronter 300 personnes un jour de concours.
- Speaker #0
Déjà, il y a trois choses. La première, c'est que je suis toujours stressé, en fait. En réalité, tous les orateurs sont stressés. Les orateurs, les comédiens, les improvisateurs, les chanteurs, ils sont tous stressés. Donc c'est la première chose, se dire que le stress est normal. C'est un moment qui est nécessaire, même. Comme je vous l'ai dit, le stress, la peur, ça nous dit à quel point c'est important et à quel point il y a un enjeu. Et ensuite, la deuxième chose, c'est qu'il y a une perspective intellectuelle à avoir sur le stress. C'est justement de se dire que c'est normal et... Le stress n'est que la manifestation de l'importance qu'on donne. Les outils. Les techniques, c'est notamment des techniques de respiration. Vous avez des techniques de respiration qui sont respiration par le nez et puis on retient pendant quelques secondes dans le ventre et ensuite on lâche par la bouche.
- Speaker #1
C'est la cohérence cardiaque ici.
- Speaker #0
La cohérence cardiaque, très utile.
- Speaker #1
Sophrologue peut-être. Sophrologue. Vous êtes sophrologue peut-être.
- Speaker #0
Non, je suis utilisatrice de la cohérence cardiaque.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et la respiration est très, très utile. La respiration, c'est une des clés, en fait, de l'art oratoire.
- Speaker #1
Tu n'as pas d'astuce ? Tu n'as pas de gris-gris ? Tu n'as pas de choses particulières ? Alors,
- Speaker #0
d'éléments superstitieux, non. Non, je n'en ai pas. Si, j'utilise beaucoup la méditation. J'utilise beaucoup la méditation pour me recentrer, pour me centrer sur le moment présent et me dire surtout un élément, c'est que je ne suis pas là pour montrer que je suis parfait. Je ne suis pas là pour montrer même quelque chose. Je suis juste là pour profiter du moment pleinement et en réalité, nous ne sommes toujours que sur un chemin et j'ai encore des choses à apprendre et fort heureusement, un expert. même en art oratoire et dans la méthodologie de la fabrique des orateurs, il n'arrive jamais à 100% de son potentiel. Ça n'existe pas parce qu'on a toujours besoin de travailler. Et je pense que c'est sur cette perspective-là et de se dire, d'accord, ok, c'est juste un bon moment que je vais passer avec les autres, c'est une discussion, c'est un échange que je vais faire avec l'autre et ça permet de se dire, voilà, le stress, il est là pour m'accompagner et me dire, c'est important, d'accord, je vais donner toute l'importance à ce moment qu'il mérite.
- Speaker #1
Merci infiniment Romain pour ce magnifique échange. C'était un vrai plaisir. Merci de nous avoir soutenus, de l'invitation et du moment partagé.
- Speaker #0
Merci.