Speaker #0Aujourd'hui, en bref, le podcast du Céreq révèle les résultats d'une étude qui montre qu'en matière d'accès à la formation continue, les ouvriers restent les moins bien lotis. A l'heure où les pouvoirs publics promeuvent l'égalité d'accès aux compétences tout au long de la vie, les ouvriers du secteur privé demeurent le segment du salariat le moins bien doté en formation continue. Leur taux d'accès aux cours et stages en 2020 s'établit à 36% contre 49% pour les techniciens et 54% pour les cadres. C'est ce que révèle la dernière étude du Céreq qui explore les inégalités d'accès à la formation au sein de la population ouvrière en s'appuyant sur l'enquête Formation Employeur, EFE, issue d'une coproduction Céreq, DARES et France Compétences. Premier constat ! La taille de l'entreprise et le secteur d'activité jouent un rôle déterminant dans l'accès à la formation. Le profit de l'employeur pèse lourdement sur les trajectoires individuelles. Un ouvrier travaillant dans une grande entreprise de plus de 1000 salariés a 5 fois plus de chances de se former que s'il est employé dans une structure de moins de 10 salariés. Les secteurs industriels ainsi que le transport et l'entreposage se révèlent les plus inclusifs avec des taux d'accès à la formation des ouvriers respectivement de 46% et 45%. Ces taux sont supérieurs de 10 points à la moyenne nationale. Ces filières, qui consentent 43% des ouvriers, bénéficient d'une forte présence de grandes entreprises et d'une propension plus élevée à l'innovation et à la recherche et développement. A l'inverse, l'agriculture et la construction restent en retrait, ces secteurs se caractérisant par un tissu d'entreprise fragmenté. Afin de mieux comprendre les écarts observés, L'étude distingue 5 grands profils d'entreprises de plus de 10 salariés employant des ouvriers et ayant formé au moins un salarié en 2020. Premier profil, les entreprises peu formatrices pour tous. Elles se caractérisent par un faible accès à la formation pour l'ensemble des salariés, de 22%, et un taux d'accès des ouvriers de 23%. Peu structuré en matière de politique de formation, il s'agit souvent d'entreprises de la construction qui comptent moins de 20 salariés. Deuxième profil, les entreprises peu formatrices sélectives. Elles aussi présentent un faible effort de formation globale, de 25%, mais avec une diffusion plus défavorable aux ouvriers, dont le taux d'accès tombe à 19%. Les entreprises de l'industrie et de moins de 20 salariés y sont surreprésentées. Troisième profil, les entreprises formatrices d'ouvriers. Ces entreprises se distinguent par un très fort accès à la formation pour l'ensemble des salariés, de 84%, mais surtout pour les ouvriers, dont le taux d'accès atteint 87%. Leur politique de formation est très structurée et fortement articulée aux besoins de production. Les entreprises de l'industrie et de plus de 20 salariés y sont ici surreprésentés. Quatrième profil, les entreprises égalitaires à faible part ouvrière. Elles affichent un accès élevé à la formation de 60% avec une diffusion plus homogène entre catégories de salariés dans un contexte où les ouvriers sont moins nombreux dans les effectifs. Il s'agit le plus souvent d'entreprises de l'industrie ou de la construction. et de plus de 20 salariés. Enfin, cinquième et dernier profil, les grandes entreprises structurées. Ces dernières conjuguent une politique de formation très formalisée, un fort accès global à la formation, de 67%, et un taux d'accès des ouvriers de 78%. Elles se singularisent aussi par une plus forte mobilisation des formations en situation de travail et par rotation sur poste. Les grandes entreprises du transport y sont ici majoritaires. Dernier constat, les formations des ouvriers sont avant tout techniques et réglementaires. Lorsque les ouvriers se forment, c'est principalement pour répondre aux évolutions de l'outil de production, pour travailler par exemple sur de nouvelles machines, intégrer de nouveaux procédés ou pour faire face aux exigences réglementaires. Les formations obligatoires autour de l'hygiène, la sécurité, les habilitations représentent entre 38 et 40% des heures de formation dans les entreprises à forte concentration ouvrière, soit près du double de la moyenne, qui est de 24%. Les entreprises les plus engagées évaluent aussi l'impact de la formation sur la performance, comme par exemple les temps de production, les délais ou l'utilisation des équipements. La formation y est un levier de compétitivité, autant qu'un outil qui permet de sécuriser les parcours professionnels. En conclusion, les inégalités d'accès à la formation professionnelle des ouvriers persistent, mais elles ne sont pas une fatalité. Des entreprises, notamment industrielles, bien organisées, travaillant avec les opérateurs de compétences, les opcos, parviennent à former la quasi-totalité de leurs ouvriers. La formalisation des politiques de formation et leur articulation à la stratégie économique apparaissent ainsi comme les leviers décisifs pour réduire ces inégalités.