Speaker #0Aujourd'hui, en bref, le podcast du Céreq évoque les premiers résultats de la dernière enquête génération et il en ressort que malgré la massification scolaire, le diplôme n'a rien perdu de sa valeur. Entré sur le marché du travail en 2021, en pleine crise sanitaire, les jeunes de la génération 2021 affichent trois ans plus tard des indicateurs d'insertion globalement meilleurs que leurs aînés de la génération 2017. Un accès à l'emploi en hausse, un chômage en recul et des revenus mieux orientés. Mais cette embellie masque une dégradation à l'heure ou depuis l'été 2023, sous l'effet du ralentissement économique. S'appuyant sur deux décennies d'enquête génération du Céreq, cette étude confirme que, malgré la démocratisation des études, le diplôme continue de jouer un rôle protecteur déterminant sur le marché du travail. Les jeunes de la génération 2021 ont entamé leur vie active dans une conjoncture favorable. La reprise post-Covid a dopé les embauches et les rémunérations à l'entrée sur le marché du travail. A l'été 2023, le taux de chômage s'établissait à son plus bas niveau, soit 11%, et le taux d'emploi à son plus haut niveau, soit 77%. Mais ce contexte porteur a été de courte durée. Dès la fin 2023, la dégradation de la conjoncture économique a inversé la tendance. Le chômage a progressé, Le taux d'emploi a reculé et la part des contrats à durée indéterminée a stagné puis diminué. Au terme des trois premières années de vie active, la génération 2021 affiche un taux de chômage global de 16%. Ces évolutions touchent l'ensemble des niveaux de diplôme, sans pour autant effacer les écarts structurels liés aux spécialités de formation et à la voie de formation, scolaire ou apprentissage. Les jeunes sortis sans qualification demeurent les plus exposés. Avec un taux de chômage de 40% trois ans après leur entrée sur le marché du travail, en dépit d'une baisse de 20% par rapport à la génération 2017, ils restent très en retrait par rapport aux diplômés. Moins de la moitié d'entre eux sont en emploi à la date d'enquête et parmi ceux qui travaillent, moins de la moitié bénéficient d'un emploi stable. Leur salaire médian au premier emploi est inférieur au montant net mensuel du SMIC à temps plein. Pour replacer les résultats de la génération 2021 dans une perspective longue, le Céreq a comparé 6 cohortes de sortants sur la période 2004-2024 en s'appuyant sur 4 indicateurs. Les revenus à l'embauche, le taux de chômage, l'accès à l'emploi stable, c'est-à-dire l'emploi à durée indéterminée, et enfin le risque de déclassement. Premier constat, les revenus à l'embauche ont connu une stagnation en début de période avant de nettement progresser entre les deux dernières générations. Du point de vue salarial, La hiérarchie des diplômes s'avère quasi immuable sur 20 ans. En effet, les années d'études supplémentaires continuent de se traduire directement en rémunérations plus élevées. Deuxième constat, le taux de chômage des diplômés du supérieur n'a jamais franchi le seuil de 15% pour les 6 générations, quand celui des sortants du secondaire l'a systématiquement dépassé. La protection conférée par l'enseignement supérieur est donc robuste, même en période de crise. Troisième et dernier constat, l'accès à l'emploi stable a évolué en deux temps. une baisse continue jusqu'à la génération 2013, puis un rebond pour la génération 2017, dans une conjoncture favorable à la veille de la crise sanitaire, avant de fléchir à nouveau pour la génération 2021. Le taux de déclassement des jeunes diplômés est passé de 26% pour la génération 2004 à 32% pour la génération 2021. Cependant, cette progression doit être lue au regard de l'élévation générale du niveau de formation des sortants. La norme utilisée pour qualifier un emploi de déclassé n'a pas varié, alors que la structure des diplômes, elle, a profondément changé. Plus significatif encore, pour les diplômés de niveau 5 et plus, qui sont précisément ceux dont les effectifs ont le plus augmenté avec la troisième explosion scolaire, le taux de déclassement tente à diminuer depuis une décennie. L'hypothèse d'une inflation des diplômes du supérieur long, au sens où leur multiplication a en réduit la valeur individuelle, ne se vérifie pas. La situation est moins favorable pour les diplômés du supérieur cours, c'est-à-dire les Bac plus 2, Bac plus 3 ou Bac plus 4. Leur taux de déclassement a franchement augmenté entre 2013 et 2021, à l'exception notable des filières santé sociale dont les conditions d'insertion restent singulièrement protectrices. Les modélisations économétriques réalisées sur les six cohortes confirment la robustesse du diplôme comme un facteur clé de l'insertion. Elles révèlent aussi des singularités notables dans la hiérarchie des titres selon l'indicateur retenu. Les diplômes de la santé et du social, supérieur cours, offrent des conditions d'insertion relatives systématiquement favorables, notamment face au risque de chômage et en termes d'accès à l'emploi stable, bien au-delà de leur rang symbolique. Les titulaires d'un doctorat affichent des probabilités d'accéder à l'emploi stable inférieures à celles des Bac plus 5 hors université, révélant un profil d'insertion spécifique lié à la nature des carrières académiques et de recherche. Pour les salaires d'embauche, La hiérarchie verticale selon le nombre d'années d'études est la plus stable dans le temps et la plus linéaire, corroborant une relation bien établie en économie de l'éducation. En conclusion, la génération 2021 a traversé des turbulences inédites, sanitaires, inflationnistes, géopolitiques. Pourtant, sur 20 ans de comparaison, le diplôme conserve une valeur protectrice réelle face aux aléas du marché du travail. Ce sont ceux qui en sont dépourvus qui paient le prix le plus élevé des crises. Première victime de chômage, dernière à accéder à la stabilité, ils sont les premiers exposés au sous-emploi.