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Entre-Nous. Le management et le leadership pour tous.

23. Un leadership profondément humain: le témoignage de Maddalena di Meo

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1h02 |26/11/2025
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Description

Et si notre manière de manager trouvait sa source dans notre histoire, nos valeurs et nos expériences de vie ?


Dans cet épisode d’Entre Nous, j’ai le plaisir de recevoir Maddalena di Meo, ancienne infirmière devenue entrepreneure, dirigeante et administratrice.

Un parcours riche, traversé par le sens du service, la résilience et l’envie d’impacter positivement le monde du travail.


De ses racines familiales à la direction de Firstmed, de la vente de son entreprise à sa réflexion sur la transmission, Maddalena partage avec sincérité ce que ces étapes lui ont appris sur le leadership humain et la gestion d’équipe.


Elle se bat pour rendre le monde du travail plus humain en encourageant une approche managériale basée sur le DEI (Diversité, Egalité et Inclusion)


Dans cette conversation :

  • Comment son histoire familiale et son éducation ont posé les bases de son parcours

  • Ce que le métier d’infirmière lui a appris du leadership et de la relation à l’autre

  • Les défis et apprentissages de son parcours d’entrepreneure et de dirigeante

  • Ce que la vente et la transmission de son entreprise lui ont révélé sur la confiance et le lâcher-prise

  • Sa vision d’un management ancré dans l’humain, le courage et la bienveillance


Que vous soyez manager, RH ou collaborateur, cet épisode vous apportera des clés précieuses pour mieux comprendre les enjeux humains derrière la performance.


🎧 Très bonne écoute !


💬 Retrouvez Maddalena di Meo sur :

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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Manager aujourd'hui, c'est naviguer dans un monde qui change vite, complexe, exigeant, parfois même déroutant. Ici, pas de recette miracle, parce qu'un bon manager ne cherche pas la perfection. Il apprend, il s'adapte et il ose. Je suis Magali Vanet, coach, consultante et formatrice en management. Entre nous, c'est le podcast des managers où on parle vrai, du terrain, des défis, des doutes et des réussites. Toujours avec une seule intention, partagée avec... vous des réflexions et des outils concrets issus de mes 20 ans de management et de ce que j'observe chaque jour avec mes clients. Parfois en solo, parfois avec des invités du terrain, mais toujours dans l'authenticité et le partage, pour vous donner des clés utiles et actionnables. Alors, prêt à souffler un peu, à sortir la tête du guidon et avancer dans votre rôle ? C'est parti pour un nouvel épisode d'Entre nous. Et dans ce nouvel épisode, aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Madalena Dimeo, qui est associée et directrice de la société FirstMed, qui est une école de premiers secours active en Suisse romande. Après plus de dix ans comme infirmière, Madalena se forme à l'Université de Genève, dans le domaine de l'entrepreneuriat et du business. Et en 2011, elle prend la direction de cette école, FirstMed, et on devient, quelques années plus tard, associé. et administratrice. Et comme vous l'entendrez dans les premières minutes de notre échange, elle ne veut pas qu'on parle d'elle et de son parcours comme quelque chose d'extraordinaire. Mais elle se décrit volontiers comme une femme ordinaire et têtue. Et pourtant, et vous l'entendrez, en l'écoutant, on comprend vite que derrière cette simplicité, il y a un vrai courage, beaucoup de cœur et beaucoup d'engagement. Dans cet épisode avec Madalena, on a parlé de ses racines italiennes, de sa famille, de ses valeurs, mais aussi des obstacles qu'elle a surmontés et de la manière dont elle s'est affranchie du regard des autres. Elle nous partage aussi ce que son métier d'infirmière lui a appris sur le management et comment elle a su entreprendre avec courage, sensibilité, authenticité et tout ça en laissant. de côté son égo. Aujourd'hui, Madalena vit une étape charnière, la vente et la transmission de l'entreprise qu'elle a dirigée pendant près de 15 ans. Alors, elle nous explique dans cet épisode, avec beaucoup de sincérité, mais aussi pas mal d'émotion, ce que représente ce passage de relais et comment elle vit cette transition, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle nous a aussi parlé de sa vision du leadership. Un leadership non-genré, comme elle aime le dire, est profondément humain. Et c'est ce qu'elle défend d'ailleurs avant tout, c'est l'idée forte de remettre l'humain au centre du monde du travail. Et c'est aussi à quoi elle souhaite désormais consacrer son énergie et son engagement. C'est accompagner les entreprises à redonner du sens, du lien, de l'humain. Et vous l'entendrez, tout au long de cet épisode, on découvre une femme forte. sensible et terriblement inspirante. Alors vous pouvez retrouver Madalena Dimeo sur LinkedIn et sur son site web madalena-dimeo.ch D'ailleurs, les liens sont dans la description de l'épisode. Bon, allez, place maintenant à cet échange avec Madalena. Hello Madalena !

  • Speaker #1

    Bonjour Magali !

  • Speaker #0

    Je suis très très contente de te recevoir aujourd'hui. Merci pour le temps que tu m'accordes pour ce podcast. Je sais que c'est une période particulière et intense pour toi. Donc d'autant plus merci vraiment de prendre le temps de cet échange. Je me réjouis vraiment beaucoup de cette conversation toutes les deux. Mais moi aussi, merci en tout cas de l'invitation. C'est un vrai plaisir d'être à tes micros. Et c'est vrai que je suis ton parcours entrepreneurial maintenant depuis plusieurs années. Et puis, j'avais vraiment envie de t'entendre, de pouvoir échanger avec toi sur ce parcours, sur comment tu l'as construit. Et je pense que ça peut aussi donner beaucoup d'impulsion, beaucoup d'inspiration aux personnes qui nous écoutent, aux auditeurs. Et puis, on nous écoute à travers ce podcast bien au-delà de la Suisse romande. Donc, je me réjouis de t'entendre et de pouvoir partager toute cette conversation avec les auditeurs du podcast. Pour commencer, pour lancer la conversation, je te propose peut-être pas de te présenter de manière un peu traditionnelle, mais plutôt que tu nous racontes un petit peu ton parcours à travers les principales étapes qui font que tu es la personne, la leader que tu es aujourd'hui, si ça va pour toi.

  • Speaker #1

    Bien sûr, alors avant toute chose, vous n'allez pas... Entendre l'histoire d'une femme extraordinaire, mais d'une femme ordinaire, têtue. Je suis une infirmière devenue entrepreneur un peu par hasard, un peu par frustration. C'est l'histoire d'une femme qui a toujours rêvé d'être infirmière, depuis l'âge de 3 ans. J'ai aimé ce métier et je suis devenue infirmière et la vie m'a amenée à devenir entrepreneur un peu par hasard. La frustration de mon métier ? Parce que... Quand j'ai choisi de soigner, j'ai choisi de soigner des gens, des histoires, des parcours de vie, d'être auprès d'eux. L'économie est entrée dans ce domaine des soins et j'ai vu l'évolution de la façon dont on soignait les gens. Et quand vous aviez une charge de 4 patients, puis vous finissez votre carrière avec 12 patients, avec une seule infirmière, on n'est plus dans la qualité, on est dans la performance et dans l'exécution automatisée. Et moi, ça me frustrait énormément. Et quand on est face à une frustration, il y a deux options. soit on devient aigri parce qu'on est frustré puis on devient cette collègue insupportable parce qu'au final, on n'est pas bien avec soi, on n'est pas bien avec ce qu'on vit au quotidien et du coup, on le fait, on reporte ça sur les autres ou bien je me responsabilisais puis je faisais quelque chose de cette frustration et c'est là que mon parcours a débuté. Comment il a débuté, tu vas me dire ? Exactement ! Comment il a débuté ? J'ai toujours voulu faire du social, je détestais l'économie et ses outils économiques mais j'ai réalisé que ces outils pouvaient être utiles et servir les causes. s'ils étaient bien utilisés. Donc, j'ai commencé mon cursus de réorientation professionnelle en faisant une formation en management social et culturel. Pour la petite anecdote, moi je m'appelle Madalena Di Meo, je suis fille d'immigrés italiens, qui mes parents sont là depuis maintenant 48 ans en Suisse, plus que bien intégrés, et je suis née à Vevey.

  • Speaker #0

    On y reviendra aussi sur ton histoire plus familiale.

  • Speaker #1

    Donc, pour vous mettre un peu le contexte, au moment où j'ai décidé de reprendre des études, je prenais un risque. financier aussi parce que je n'avais pas les moyens d'arrêter de travailler. Donc, j'ai diminué mon activité de 100% à 8 ans tout en faisant mon activité d'études en parallèle.

  • Speaker #0

    Tu avais quel âge à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    J'ai commencé, j'avais 27 ans. Donc, à ce moment-là, grosse remise en question. Je commence ce cursus-là avec un projet qui me tenait à cœur. Je voulais faire un audit managérien des financiers d'une ONG à Yaoundé, d'une fondation qui est la Fondation Marie-Jovis. Une femme que j'ai rencontrée sur mon parcours d'infirmière jeune, j'avais 18 ans quand je l'ai rencontrée la première fois, je l'ai re-recontrée à 26-27 ans. Et moi j'ai toujours eu une admiration pour cette femme qui s'est complètement effacée pour vivre sa fondation, d'où son salaire, elle l'a envoyée en Afrique pour mettre en place son orphelinat. Alors je lui ai dit écoute, je fais mon parcours d'études, as-tu envie qu'il te soit utile ? Puis il m'a dit oui, puis on a commencé cette histoire et dans ce cadre-là on a fait une levée de fonds, donc passé 100 000 francs pour envoyer un conteneur qui contenait Un bloc opératoire, tout le matériel médical pour mettre en place un dispensaire en Afrique. De ce dispensaire-là, on a pu faire les vases communicants en louant l'infrastructure aux médecins diplômés sur site et nous permettre d'envoyer les orphelins à l'école pour qu'ils puissent acquérir une éducation académique qui pour nous était le fondement d'une liberté, d'une possibilité, d'un avenir.

  • Speaker #0

    Donc bien avant de créer ta propre entreprise finalement, tu étais déjà dans un mode entrepreneurial à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Oui, mais je ne m'en rendais pas compte sur le moment. Pour moi, c'était de l'action, un outil, je lève des fonds, j'aide et j'avance. Je n'avais pas cette notion entrepreneuriale. Par contre, ce qui m'a perturbée, c'est que dans le cadre de ce parcours, il y a eu deux événements. La première, c'est que j'ai rencontré M. Raphaël Cohen, qui était à la tête, parce qu'il n'est plus actif, se d'a son entrepreneurship et business development à l'HEC de

  • Speaker #0

    Genève. Et puis,

  • Speaker #1

    en partant à la fin de sa formation, il m'avait remis un petit flyer, en me disant peut-être que tu auras envie de poursuivre. Lui, il avait perçu quelque chose que moi, je n'avais pas encore perçu à l'époque. Et puis, j'ai fini mon travail avec Monsion. Et je n'ai pas compris. J'avais ici ces Monsions. Et je me suis dit, oh, wow, OK. Puis, j'ai gardé ça au long coin de la tête. Et puis, dans ce moment-là, j'étais en train de lire un livre qui m'a bouleversée, qui a changé complètement ma vie. Et si Raleigh Dussaini m'écoute, merci. C'est « Mille soleils splendides » de Raleigh Dussaini.

  • Speaker #0

    « Mille soleils splendides » , je n'ai jamais entendu.

  • Speaker #1

    Que je conseille. Il n'est pas évident à lire. mais quand j'ai fermé ce livre J'ai compris que j'étais devenue une femme capricieuse, que j'étais devenue une femme qui cherchait des excuses pour ne pas avancer. Quand il y a des femmes aujourd'hui qui n'accèdent pas à la liberté de penser, à la liberté d'aimer, à la liberté de marier les personnes qu'elles souhaitent, qui n'ont pas le droit d'être visibles, et moi j'avais peur de quoi ? D'échouer, de sortir de mon cadre de statut de fille d'immigré d'Italien, milieu ouvrier, du fait que tout le monde m'attendait dans une case d'infirmière qui allait performer, continuer dans ses spécialisations. Et du coup, j'ai dit OK, go. Et j'ai appelé Raphaël Cohen.

  • Speaker #0

    Donc, ça a été un moment pivot. Et à travers aussi la lecture de ce livre, finalement, quelles sont ces prises de conscience à ce moment-là qui t'ont fait avancer encore d'un pas supplémentaire ?

  • Speaker #1

    Je me suis dite que je n'avais pas le droit de ne pas avancer pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. Je suis née dans un pied libre, en tant que femme libre, qui a le droit d'aller s'asseoir sur des bancs d'école. Et clairement, je me suis dite à ce moment-là... J'avais un projet qui était une maison de soins palliatifs pédiatriques dans ma tête. Mon rêve était d'accompagner la fin de vie pédiatrique différemment. Donc je rêvais d'une maison comme Rive-Neuve pour pouvoir accompagner les parents et les enfants parce qu'on a de la chance de ne pas avoir énormément de décès en Suisse, mais il y en a. C'est un de mes rêves et je me suis dite que si les outils économiques m'ont permis de lever des fonds pour pouvoir mettre en place un dispensaire et accompagner une fondation en Afrique, pourquoi pas aller plus loin et aller chercher une compétence supplémentaire pour utiliser ce véhicule économique pour de bonnes raisons. Et c'est ça qui m'a motivée.

  • Speaker #0

    D'accord. Et comment tu as engagé les prochaines étapes ? Et ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a une forme de vouloir prendre ou reprendre une forme de liberté.

  • Speaker #1

    Oui, puis prendre ma vie en main. Je voulais m'affranchir aussi, c'est par la suite que j'ai compris que j'étais en train de m'affranchir, de m'affranchir des attentes, parce qu'on a tous, on porte tous des attentes et des projections, des regards des gens. Que ce soit dans le milieu du travail, que ce soit mes parents qui ont construit aussi leur vie. Je viens d'une famille qui a sacrifié leurs affects, leur pays, pour leur se donner une chance d'avenir pour leurs propres enfants. Donc eux, ce qu'ils souhaitaient, c'est de me donner une stabilité. Là, je venais perturber leur projection par rapport à moi. Et puis ensuite, ce qui a été important pour moi, c'est qu'on... Et je le dis toujours, je suis reconnaissante d'avoir eu sur mon parcours mes passions. J'ai fait de la fin de vie et... C'est le moment de votre vie où vous êtes le plus authentique. Et vous devez l'être, par respect pour le patient. Chaque matin, quand je me lève, je suis reconnaissante de pouvoir écrire un nouveau chapitre de ma vie. Un nouveau jour. Et face à cette possibilité-là, je me suis dite, laisse tomber tes peurs. Existe, va de l'avant. Au pire, tu vas te relever. C'est tout, tu auras un échec. Et alors ? Par contre, j'ai pris un risque financier. Les petites économies que j'avais, elles sont toutes parties dans mes études. Donc c'était vite vu, si je me plantais, je repartais vraiment de 0 à 0. Et même contexte, je n'avais pas le luxe d'arrêter de bosser. Donc, un week-end sur deux, j'étais ou à l'Uni ou à la clinique. Et puis, j'allais de l'avant.

  • Speaker #0

    D'accord. Tu parles de s'affranchir. Je pense que c'est un élément important où tu mets le doigt sur quelque chose d'extrêmement important. Parce que beaucoup de personnes ont de la peine. Il y a beaucoup de projections qui viennent de l'extérieur. On est beaucoup pollué par ce que... par le regard des autres, par ce que les autres projettent sur nous. Et puis, ça peut être très, très difficile. Et quand on est leader, c'est quelque chose sur lequel il faut beaucoup travailler pour justement se sentir libre, se sentir authentique. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu conseillerais aux personnes qui écoutent, aux leaders, pour se sentir le plus libre et s'affranchir du regard des autres ?

  • Speaker #1

    Je pense que la première chose qu'il faut accepter, c'est de décevoir. On va décevoir. Parce que les gens mettent des attentes. Et quand on ne satisfait pas les attentes, on déçoit. Mais décevoir, ça ne veut pas dire perdre les affects. Ça ne veut pas dire perdre une relation. Décevoir, moi je me suis toujours dit, c'est les gens qui sont déçus d'une attente qu'ils n'ont pas vue avec moi. Mais ce n'est pas mon attente, ni mon envie. J'ai accepté de ne pas être parfaite. J'ai accepté la critique. J'ai accepté de déplaire aussi. Parce que quand on prend des décisions, Il n'y a pas tout un groupe unanime qui va vous dire « Oh, wow, c'est formidable » . Nous, on a eu ce moment aussi en famille, quand j'ai repris les études. Mon père, à juste titre, était inquiet pour moi. Il m'a dit « Mais tu as tout pour toi. Tu as une carrière d'infirmière, tu réussis, tu as un CDI, tu es reconnu dans ce que tu fais, tu as une stabilité, mais pourquoi tu te mets en danger ? Mais tu vas chercher quoi ? » Moi, je faisais l'inverse de ce que lui a fait. Et puis, en plus, qu'on le veuille ou pas, je viens d'un milieu ouvrier, pas du patronat, pas de l'entreprenariat. Donc, c'était aussi trahir nos racines de départ. C'était un peu compliqué, ce changement de statut. Parce que mon père a été ouvrier, ma mère était une ouvrière. Les patrons, c'était un univers à part, avec un contexte à part à l'époque.

  • Speaker #0

    Avec peut-être plus de confrontation aussi. Exactement. Puis,

  • Speaker #1

    à une époque où il y avait plutôt le côté, une hiérarchie très verticale, le patron a une image très négative, et puis l'ouvrier délivre, etc. puis moi tout d'un coup j'avais envie de m'affranchir de ce qu'on était, mais je n'étais pas en train de repousser qui j'étais. Je demandais juste d'exister à ma façon.

  • Speaker #0

    Et comment tu as fait pour les convaincre, si tu cherchais à les convaincre, ou en tout cas peut-être les rassurer ? Eh bien, j'ai fait.

  • Speaker #1

    C'est-à-dire que je n'ai pas suivi leurs conseils dans le sens où je me suis entêtée, je suis arrivée sur le banc de l'université et je suis allée de l'avant. Et c'est dans l'action, le quotidien qu'eux se sont apaisés aussi. Quand ils ont vu que j'étais rassurée. Et qu'à quelque part, je n'étais pas en danger.

  • Speaker #0

    Que ça fonctionnait et que, aussi, tu voyais épanoui.

  • Speaker #1

    Alors oui, ils m'ont vu, en tout cas, dans la dernière année de l'Uni, un peu en souffrance entre quand vous faites des journées de 12 heures à l'hôpital, vous bossez le soir pour travailler vos devoirs, pour les envoyer le lendemain matin. Moi, j'ai perdu un document, j'ai cru que je pleurais. J'ai vécu dans un studio jusqu'à l'âge de 30 ans, parce que financièrement, je ne peux pas me permettre d'avoir un 2,5 ou un 3, parce que je me finançais mes études. Et puis j'avais mon salaire d'infirmière, donc ils m'ont vu faire des sacrifices pour aller au bout de ce rêve.

  • Speaker #0

    Quelles sont les valeurs ? que finalement ta famille, tes parents t'ont donné et que tu gardes profondément encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Le respect du travail, énormément. Moi, mon père, je l'ai toujours vu partir à 6h30 du matin et revenir à 18h30. Il partait avec une blanc et je pense que je peux compter sur mes deux mains, sur 45 ans de carrière, quand est-ce qu'il a été absent. Même avec de la fièvre, il partait bosser. Il devait être vraiment cloué. au lit pour ne pas y aller. Donc le grand respect du travail, la grande force que mes parents ont eue. De ma mère, j'ai beaucoup appris, pas tant du sacrifice. Ma mère m'a démontré quelque chose d'assez fou, parce qu'il ne faut pas oublier que ma mère est arrivée en Suisse en 1979, quand encore on devait s'arrêter à Bric pour la douche sanitaire et le contrôle sanitaire. Ma mère a été mise à nu derrière d'autres femmes pour être contrôlée, pour être autorisée à entrer. Ma mère est arrivée en Suisse quand à l'époque il y avait encore des panneaux qui disaient interdit aux chiens et aux italiens. Donc ma mère a lâché une famille de 12 frères et sœurs d'un pays chaud avec une mère. La vie au quotidien c'était la mère. Et là elle est arrivée en janvier de 1979, dans le froid, dans la neige, avec un non-respect de sa personne. Et j'ai beaucoup appris de sa force.

  • Speaker #0

    Et on se dit ça fait que 46 ans. Et c'était encore ces pratiques à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Exactement. Et c'est pour ça que je me dis, l'histoire, il ne faut jamais l'oublier. On est censé en tirer des enseignements. Et on se rend compte aujourd'hui, au vu de l'actualité, on est en 2025. Je pense que les enseignements n'ont pas été si bien tirés que ça, malheureusement. Mais j'ai beaucoup appris ça. Et c'est pour ça que je revendique mes origines. Je suis naturalisée et j'en suis tellement fière. Parce que je crois que vous ne vous rendez pas compte de ce que c'est d'être une songundo ou non son propre. Son pays d'origine, on n'est pas, on n'appartient pas à l'Italie, on n'appartient pas à la Suisse qui nous a vu naître et grandir. Puis quand j'ai eu mon passeport suisse, j'en ai pleuré, mais je suis fière d'être qui je suis et d'où je suis partie.

  • Speaker #0

    Ce qui est aussi intéressant dans ton histoire et en lisant aussi des articles de presse sur toi, sur ton site web, c'est que tu as pas mal rencontré d'obstacles dans ton parcours. Et si j'ose l'aborder, si tu es d'accord, par rapport aussi à ta taille. Oui,

  • Speaker #1

    bien sûr.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu es d'accord un peu de nous en dire plus ? Et puis surtout aussi, comment... Alors, tu parles... J'ai beaucoup aimé quand tu as dit au tout début, je suis quelqu'un d'ordinaire, têtu. Et je pense que c'est ça aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il fait ? Je pense qu'on est tous des personnes ordinaires. Après, c'est la force de caractère. On va se distinguer par des personnalités. On est tous différents. Mais finalement, ces obstacles, comment tu les as ? T'es passée à travers, outre ces obstacles, et comment ça t'a renforcée ?

  • Speaker #1

    Ma taille a toujours été un complexe petite, mais peut-être pas tant moi. Les gens, c'est les gens qui vous rappellent que vous n'êtes pas grande. Ça revient à la projection, finalement, qu'on disait tout à l'heure. Exactement, les gens vous le rappellent. Donc, vous, vous vivez votre vie, et en tant qu'enfant, alors encore plus innocemment, sans trop de... Puis après, vous avez des remarques. Ah, mais t'es trop petite. Ah, le rez-de-chaussée. Puis vous savez à l'école, à la gym, quand ils vous disaient mettez-vous en ordre de grandeur, puis on vous met au bout, puis vous recevez des remarques à la... Oui. Voilà. On s'est compris. Voilà. Et puis ça vous forge aussi le complexe de nous dire je ne suis pas dans la norme, je ne suis pas normale. Les gens ne savent pas ce que j'ai pu traverser, le pourquoi je faisais ce 1m50 et parce que je fais 1m50 que je revendique. Et je remercie les Eva Langoria qui existent et toutes les petites femmes qui démontrent qu'on peut exister et briller, même si on ne fait pas le 1m75. Mais j'ai eu un pédiatre extraordinaire. Et je crois que je l'ai mis sur le site internet. J'ai eu un pédiatre extraordinaire.

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup aimé cette histoire d'ailleurs.

  • Speaker #1

    Parce que moi, j'étais suivie pendant 10 ans au CHUV toutes les années par rapport à ça. Et qui m'a dit quelque chose qui m'a bouleversée. Et mes parents ont été extraordinaires sur ça. Il a fait venir une femme dans la consultation et m'a dit... Madalena, tu vois cette jeune femme, j'avais 12 ans, je t'ai dit oui, il me dit ça c'est mon infirmière, c'est la plus compétente de toutes, mais pourtant elle fait pas 1m75, elle fait à peine 1m50 ou 1m55, et puis il vit très bien sa vie. Et là il est parti en me disant écoute, réfléchis à ce que tu veux faire par la suite, traitement ou pas traitement, mais sache que tu n'as pas besoin de ces centimètres pour exister, et pour être la femme que tu as envie d'être, ou la petite fille à l'époque. On a beaucoup réfléchi, il est parti en effet Je suis restée avec mes parents, mes parents étaient extraordinaires Même avec leur... peur face au traitement, parce qu'à l'époque où les hormones de croissance, il y avait la maladie de Crossfell-Jacob, les décès l'un derrière l'autre, ils ont été extraordinaires. Ils m'ont donné leur opinion, mais ils m'ont dit, au final, c'est ton choix et on t'accompagnera. Puisque, m'a dit, le monsieur m'avait, peut-être à ce moment-là, je ne m'en étais pas rendu compte, mais ouvert une brèche d'authenticité en me disant, je vais accepter celle que je suis. La vie a voulu que, c'est pas grave, je suis pas moins. que les autres, et peut-être que je suis plus que d'autres. Et j'ai cheminé comme ça en faisant le deuil de ces centimètres perdus. Est-ce que ça t'a donné, selon toi, plus de force, finalement, pour oser, pour aller de l'avant, pour être dans l'action ? Oui, je pense. Alors, pour être honnête, tu as devant toi une femme pour qui personne n'aurait parié un franc sur moi, vraiment. J'étais la fille effacée, j'étais la fille dans mon coin, j'étais la fille qui ne voulait pas déranger, qui voulait rentrer dans le cadre et autres. J'avais pas de... Cette persévérance ou cette détermination ou cette force que tu perçois aujourd'hui. Mais il y a quelque chose qui... Je crois que cette envie de vivre, cette envie d'exister, cette envie de pouvoir laisser quelque chose sur cette terre a été plus forte que ma timidité, mon complexe, etc.

  • Speaker #0

    Comme quoi, ce que tu dis ? Et puis si je crée un pont avec le leadership, on parle toujours, est-ce que c'est plutôt inné ? Est-ce que ça s'apprend ? Est-ce que... Finalement, ce que tu dis par rapport à comment... tu étais plus jeune et qui tu es aujourd'hui, que finalement, ce n'est pas comme tu étais qui te définit pour la vie. Moi, je trouve que c'est un message fort et c'est quelque chose d'hyper important aussi de vraiment relever. C'est que finalement, on nous enferme beaucoup, beaucoup et encore aujourd'hui énormément dans des cases.

  • Speaker #1

    Énormément.

  • Speaker #0

    De dire qu'on ne parie pas un centime sur toi, finalement, je trouve extrêmement dur, extrêmement difficile. Mais c'est encore la réalité pour beaucoup de personnes. Alors, est-ce que c'est plus vis-à-vis des femmes ? C'est aussi quelque chose qu'on peut aborder ou si c'est quel que soit le genre. Mais moi, je trouve que c'est quelque chose où on entend encore trop, trop souvent qu'on se base sur, une nouvelle fois, nos préjugés, une perception qu'on a, quelque chose qu'on projette. Mais c'est souvent de par ses propres peurs, ses propres frustrations. Tu parlais de frustration aussi, qu'on va projeter sur l'autre des choses positives ou négatives, mais finalement qui ne sont pas la réalité. Non, complètement.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de leadership. Moi, je ne crois pas qu'on ait... Alors, je pense qu'on a un terrain. Faire-t-il ou pas. Mais on ne n'est pas leader, on le devient. Et moi, je suis assez persuadée de ça, vu mon vécu. Donc, je ne peux pas incarner le leadership parce que ce n'est pas à 12 ans que tu ne te serais pas dit que ça va devenir un leader demain. Par contre, c'est sûr que quand j'ai fini mes études, j'ai reçu le prix des droits de l'enfant et de la femme. J'étais déjà un peu militante dans l'âme. Donc tout ce qui était cause sociale en classe, c'était moi et j'étais là et j'y allais. C'était les seuls moments où je me sentais digne de prendre la parole et d'exister. Pourquoi, je ne sais pas, mais c'est là où je puisais ma force, c'était pour les causes sociales. Et puis par rapport à ce que tu disais au départ, moi je dis toujours, et j'ai une grande admiration pour Michelle Obama, puis je dis toujours une chose, son livre, moi j'ai eu la chance de l'avoir à Paris, le départ ne définit pas qui on va devenir et qui on est. Le parcours, il est morcelé. On crée des chapitres. De ces chapitres, on en tire des enseignements. Aujourd'hui, je pense que la vraie clé, c'est l'éducation. Ce qu'on va donner à nos enfants, c'est leur donner de la confiance en eux. Apprendre qu'ils sont perfectibles, qu'ils peuvent devenir la meilleure version de eux-mêmes, qu'ils ont le droit d'échouer. Échouer, ce n'est pas un tabou. On a le droit, et tant mieux, parce que c'est de ça qu'on a besoin pour grandir, pour s'améliorer, pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. si aujourd'hui on veut que demain plus de femmes deviennent leaders Commençons par changer la façon dont on éduque nos enfants. Pour moi, c'est la clé, l'éducation. Et d'autant plus pour une femme, que ce soit dans l'éducation financière, que ce soit dans l'éducation de sa posture.

  • Speaker #0

    Et comme tu dis, il n'y a pas un seul modèle. Il n'y a pas un seul chemin aussi qui dessine un leader. Alors oui, je pense qu'il y a, comme tu le dis, je te rejoins quelque chose de l'ordre de l'éducation, qui doit être fort. Et puis aussi, je pense que par rapport à ton parcours et ce que j'entends et ce qui résonne, c'est aussi ta capacité à te remettre en question. Et ça aussi, je pense qu'en leadership, c'est aussi quelque chose qui va façonner son chemin. C'est cette capacité à se regarder soi, à accepter ses failles, à être dans l'authenticité, à persévérer. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de dimensions, mais ça revient toujours aussi à la capacité à bien se connaître et à se remettre en question.

  • Speaker #1

    Oui, et puis moi, il y a une chose que ce que tu as dit me touche particulièrement et ça résonne, c'est que moi quand j'engage quand j'engageais en tout cas des gens Je leur disais toujours, parce que l'avantage de la PME, c'est qu'on s'occupe de la cave et du grenier. Tu fais tout. Exactement. Et dans ce cadre-là, quand j'engage quelqu'un, je dis toujours, moi, j'ai le luxe de vous choisir. Moi, je peux vous choisir. Mais vous n'avez pas le luxe de choisir votre boss. Une fois que vous avez choisi FirstMed, c'est Madalena votre boss. et ce que j'aimais à faire et ce que je fais, et puis je continuerai à faire aussi, c'est que je leur dis toujours Je suis votre manager, mais je suis perfectible. La critique, je suis capable de l'entendre parce que je forge mon leadership et mon management à travers vous aussi. C'est comme ça que je grandis. Donc la critique est toujours bonne à recevoir si elle est constructive. Les attaques méchantes, etc. ne servent à rien. Et pour moi, ça, c'est la partie très importante pour un leader ou un manager d'être capable d'avoir cette remise en question. Et je pense qu'on confond toujours confiance et égo. Aussi pour la femme. On se dit, mais une personne qui a confiance a de l'ego. Alors, pas du tout. Pour les gens qui me connaissent, ce n'est pas une question d'ego chez moi, parce que je n'en ai pas. Par contre, j'ai dû apprendre à avoir confiance. Confiance en moi, dans ce que je vais dire, dans ce que je vais faire. Ça ne veut pas dire qu'à travers mon parcours, je n'ai pas peur. À chaque fois que je prends le micro, j'ai peur. Présentement, j'ai peur. Je suis à la télé, j'ai peur. Mais c'est une peur saine qui devient un moteur pour me dire, il faut que tu donnes le meilleur de toi. parce que tu dois être à la hauteur aussi de la confiance que les gens mettent en toi.

  • Speaker #0

    Et si je crée un point avec ce que tu viens de dire, et si on va un step sur ton parcours, on continue un petit peu ton chemin. Donc, tu as passé du domaine des soins en tant qu'infirmière et tu as, on l'a bien aussi compris à travers ce que tu as dit précédemment, tu as pris la direction et tu as créé l'entreprise FirstMed. Alors,

  • Speaker #1

    je ne l'ai pas créée, moi j'ai repris la direction. Alors, pour la petite anecdote, voilà, moi j'ai eu mon diplôme. Oh la grande surprise de tout le monde, parce que mon année HEC, c'est pas l'année la plus joyeuse de ma vie, pour être honnête, parce que j'étais confrontée aussi aux clichés, je veux dire, les gens qui étaient sur les bancs d'école n'étaient pas du même milieu que moi, etc. Et j'arrive avec ce diplôme, je me suis laissée six mois pour réfléchir à ce que je voulais faire, parce que rendez-vous compte, j'étais diplômée infirmière, ce que moi je savais faire, c'était l'urgence, la pédiatrie, l'ortho, la chire et l'anesthésie, etc. Que j'avais un diplôme en management social et culturel, que j'avais un DAS en entrepreneurship business development. mais alors c'est qui qui veut de cet extraterrestre dans le monde du travail ? Et du coup, je me suis inscrite à une plateforme JobUp et il y avait une offre pour devenir directrice d'école de premier secours. Alors, vous le croirez ou pas, je ne voulais pas ce job parce qu'il était à Genève. Par contre, je voulais de l'entretien. Je voulais d'un exercice, je voulais me donner la capacité de comprendre comment j'étais perçue par le milieu du travail. Et j'ai été acceptée pour le premier round. Je vais à ce rendez-vous. J'enfile ma tête à travers la vitrine pour dire bonjour au fondateur de FirstMed, qui étaient les deux médecins. Et puis, je fais cet entretien. Mais moi, je suis hyper sereine. Je ne veux pas de ce job. J'ai fait mon exercice. Je sors de là en me disant, c'est fini. Va-t-il pas que je reçois le deuxième mail qui me dit, on aimerait bien voir pour le deuxième round.

  • Speaker #0

    C'est souvent comme ça. C'est quand on est un peu détaché, que c'est là que ça fonctionne.

  • Speaker #1

    Là, je n'ai pas tout compris. Je suis, ah bon, super, bel exercice. et je repars avec cette légèreté en me disant cool, c'est un exercice. Parce que j'étais à mille lieux de penser que ces deux hommes qui avaient fondé cette école pouvaient laisser les rênes à une femme qui n'a jamais managé et qui était infirmière. Et à la fin de l'entretien, ils me disent, le job est à vous. Je n'ai pas rien compris à ma vie, mais rien compris. Puis je dis, ok, ok, ok, ok. Puis je dis un oui, sans réfléchir plus que tant. Donc, je quitte Genève pour aller chez mon ancien employeur pour leur dire, voilà, j'ai un emploi, je prends la direction d'une école, mais j'ai besoin de partir dans trois semaines. Ils ont été extraordinaires, ils m'ont libérée avec mes heures suives, les vacances, etc. Et du coup, j'ai vraiment fait la transition. J'ai quitté le terrain de l'infirmière pour arriver devant un ordinateur à First Med à Genève, dont je ne pensais jamais mettre les pieds.

  • Speaker #0

    Mais tu dis finalement, qui voudrait être une extra-tresse comme moi ? Finalement, tu avais déjà un socle de compétences extrêmement intéressant, que ce soit dans ton expérience d'infirmière, que aussi, alors l'expérience peut-être pas professionnelle encore, des études que tu avais achevées.

  • Speaker #1

    Mais sur le moment, je ne m'en rendais pas compte, parce que moi, ce que je faisais au quotidien, c'était... Piquer, poser des voies veineuses, faire des antibios, récupérer des patients en bloc, descendre des patients en bloc, faire des soins, faire la toilette, nurser les patients, répondre aux appels malades, gérer des équipes, être avec mes collègues. Donc ça, je savais, je maîtrisais. Vous me disiez de poser une voie veineuse, alors je ne dirais pas que je le faisais les yeux fermés. Mais c'était easy pour moi de trouver une veine, de piquer, puis de poser ma perf. Mais là, du coup, j'étais devant un écran d'ordinateur, il y avait Excel, j'ai vu l'Excel. Oh, c'est quoi ça, Seigneur Dieu ? Parce que, bien sûr, je l'ai vu durant mes études, mais ce n'était pas mon quotidien. Et là, ça devenait mon quotidien. Et puis, ce qui m'a énormément impressionnée, c'est que tout d'un coup, quand j'ai pris ce rôle là j'étais employée

  • Speaker #0

    Je n'ai pas réalisé que je commençais à incarner l'entreprise dans mon rôle comme si c'était la mienne. Je me mettais la pression de la performance financière, je me mettais la pression que je devais sortir les salaires, je me mettais la pression de la satisfaction des gens de travailler avec FirstMed. Je me mettais la pression comme si c'était moi, FirstMed. Et j'ai dû me forger ma boîte à outils de manager et j'ai dû forger ma nouvelle identité.

  • Speaker #1

    Comment tu as pris ta place ?

  • Speaker #0

    J'ai décidé d'aller sur le terrain. J'ai décidé de ne pas rester sur mon rôle de directrice derrière un écran. J'ai décidé d'aller voir ce qui se passait de la cave au grenier, de dire aux équipes que j'étais là pour apprendre, pour observer, pour les entendre. Ça a pris deux ans pour donner ma couleur à FirstMed. C'est ces deux ans qui m'ont permis de faire des erreurs, parce que j'en ai faites, de faire des choses bien, parce que j'en ai faites aussi, et puis de pouvoir commencer à fédérer les gens autour de la nouvelle manager, de la nouvelle identité aussi de FirstMed dans son management. Et ce qui m'a énormément aidée, c'est que j'ai transposé des compétences de soignante. Au management. Et lesquelles ?

  • Speaker #1

    Tu arrives à nous dire un petit peu ? Oui, concrètement.

  • Speaker #0

    On nous apprend beaucoup l'écoute active en tant qu'infirmière. On nous apprend beaucoup l'empathie. On nous apprend aussi beaucoup le parcours de soins. Et l'entreprise, je l'ai pris comme si c'était un parcours de soins. Un patient, on a un parcours de soins. L'objectif, c'est de retrouver un état de santé normal. Et ce que je voulais à mon entreprise, c'était de lui donner un état de santé optimal, voire performant. Et j'ai fait ce même parallèle-là, mais sur une entreprise avec... C'était à moi de créer mes critères, mes enjeux pour comprendre quand est-ce que ma stratégie de soins était juste ou pas juste, pour rectifier si besoin le traitement. Et c'est comme ça que j'ai abordé l'entreprise. Après, sur l'aspect humain, je suis restée celle que j'étais, une écoute active. J'ai dû juste apprendre un peu plus à m'affirmer pour me dire, mais quand je dis non, ce n'est pas méchant. Je peux dire un non sans être la sorcière de cette équipe. J'avais peur de ne pas être aimée par mes équipes. Moi, j'avais besoin d'avoir l'adhésion. Moi, je vis que de travers ça. si mes équipes adhèrent et sont avec moi, je sais que... Je vais me lever tous les jours, à point d'heure, pour eux. Si je n'ai pas ça, je ne sais pas pourquoi je me lève.

  • Speaker #1

    Et comment tu as fait pour ça ? C'est aussi quelque chose qu'on entend beaucoup. Moi, quand j'étais manager, je l'ai aussi beaucoup ressenti. Voilà, ce besoin. J'avais aussi besoin d'être toujours, de me sentir aimée. Jusqu'au jour où j'ai compris que c'était plutôt, j'étais là pour me faire respecter et pas de chercher l'adhésion. C'est juste impossible d'être acceptée de tout le monde. Et puis, voilà, on n'est pas là pour se faire aimer, mais pour se faire respecter. et Comment tu as fait pour t'affirmer à ce niveau-là, de t'étacher de la partie plutôt amour de l'autre, par rapport au respect, par rapport aussi à ton rôle ?

  • Speaker #0

    Il y a eu plusieurs étapes. Je pense qu'une des premières, c'est que je me suis rendue accessible. Donc accessible à la critique, accessible à l'amélioration. J'ai aussi dit à mes collaborateurs, que ce soit par mail ou autre, que je souhaitais être respectée par eux, qu'on était en train de co-construire quelque chose, une histoire ensemble. Et dans la co-construction, il faut de la bienveillance. Et puis ensuite, quand j'ai débuté, j'avais une vitrine commerciale à Genève et la porte était toujours ouverte, d'été comme hiver. Donc les collaborateurs pouvaient venir spontanément. Moi, j'en ai eu un qui préparait son examen de médecine légale pendant que moi, je travaillais sur mes Excel. Et puis on créait cette cohésion. Puis dans le quartier, à un moment donné, on est devenu une communauté parce que les personnes âgées venaient à 9h prendre le café, ce qui me permettait de checker qu'ils étaient toujours parmi nous. Et du coup, voilà, j'ai créé une sorte de communauté. Merci. Moi j'ai une difficulté, c'est que moi j'ai des équipes nomades. Mes collaborateurs étaient et sont étudiants en médecine ou médecins ou infirmières. Donc explosés à travers les facultés, explosés dans leur activité paramédicale.

  • Speaker #1

    Ils ne sont pas toujours là.

  • Speaker #0

    Jamais là physiquement. Et pourtant, les moments clés, c'est les moments de formation. On fait les formations le week-end et c'est à ce moment-là qu'on crée la vision de l'entreprise, qu'on crée aussi l'adhésion à l'entreprise, aux valeurs de l'entreprise. Cette communauté-là, vous la créez dans ces moments-là. Ce que vous allez... passer à votre collaborateur, et c'est là où je reviens à l'éducation, moi je les forme, je les forme avec une équipe compétente, c'est à ce moment-là que vous passez aussi un peu l'ADN de votre entreprise. Puis c'est à vous de désamorcer les conflits plus rapidement. Ne pas attendre que la pomme pourrisse. Parce que je dis souvent à des managers qui me remontent des problèmes RH, je leur dis toujours, mais vous arrivez à un stade où maintenant vous voulez la remettre en question, voire vous en séparez pour X raisons, ce que je peux entendre, mais vous avez toléré ces attitudes pendant 20 ans. Essayez de comprendre que maintenant, Cette personne ne peut pas comprendre ce qui se passe. Qu'est-ce qui fait que vous avez toléré pendant 20 ans ? C'est à vous de vous remettre en question et de savoir maintenant, vous en faites quoi de ce que vous avez toléré pendant 20 ans ? pour pouvoir accompagner cette transition et s'il y a vraiment besoin de cette transition-là. C'est aussi ça, manager. C'est des avancées des conflits en amont.

  • Speaker #1

    Oui, exactement. Et d'identifier tous ces signaux qui peuvent... Perturber le dynamique. Qui va perturber et qui peuvent vite prendre de l'ampleur dans une organisation. Par rapport à la dimension humaine, on parlait par rapport à ton parcours d'infirmière, de dire, quand je sentais que ce n'était plus vraiment la relation humaine qui était au centre. Donc voilà, j'ai décidé de sortir de ce monde. Comment tu as fait pour maintenir toujours cette proximité humaine avec les collaborateurs tout en dirigeant cette entreprise au niveau de sa performance, au niveau de son développement ? Comment tu as jonglé ou comment tu as trouvé l'équilibre entre ce côté performance et ce côté toujours proximité avec l'humain ?

  • Speaker #0

    Ce qui m'a énormément servi, c'est d'écouter les critiques. les points d'amélioration. Parce que moi, je suis allée sur le terrain avec mes moniteurs, j'ai vu comment ils travaillaient, ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Et je leur dis souvent, la colonne vertébrale d'une entreprise, c'est vous. D'ailleurs, je leur ai écrit dernièrement en disant, le vrai succès aujourd'hui, c'est vous. Que ce soit mon succès à moi ou le succès de l'entreprise, c'est vous. Et je pense qu'un leader doit longtemps, et un manager doit longtemps, un chef d'entreprise, vous pouvez avoir la meilleure idée du monde. La meilleure. Si vous n'avez pas des gens qui sont autour de vous, avec vous qui tirent sur la même corde, parce que vous. vous tirez vous sur la même corde avec eux. Cette idée n'a pas d'âme et ne sera pas viable. Et c'est ce qui nous a aidés. Après, c'est vrai que depuis 2011 jusqu'à présent, j'ai fait de la croissance chaque année et pourquoi on a eu cette croissance-là ? C'est parce qu'on a aussi créé une dynamique. On est une famille, on a un concept où on a envie d'apprendre les gestes, plutôt d'enseigner les gestes qui sauvent, de démocratiser. Il y a aussi la raison pourquoi on le fait.

  • Speaker #1

    La raison d'être.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Tes collaborateurs aussi. Le fameux « why ? »

  • Speaker #0

    Pourquoi on le fait ? Et puis pourquoi ils viennent ? Et puis pour eux, j'ai aussi donné des conditions pour qu'ils se disent « c'est un job qui me va bien, j'ai des études contraignantes, elle nous soutient. » Et je leur dis toujours « ce que j'aimerais quand vous quittez cette entreprise, c'est qu'il y a une chose que vous devez retenir de moi, c'est la capacité de se remettre en question, qu'on est perfectible et que je n'ai jamais attendu la perfection de vous, Qu'est-ce que la direction de l'entreprise t'a appris sur toi-même ? Que j'étais résistante à un point que je ne pensais pas, parce que moi j'ai quitté mon statut d'employée et je suis devenue associée en 2014, donc deux ans après être entrée au sein de l'entreprise. Que la vie entrepreneuriale face à une dette, face à un prêt, quand j'ai racheté des parts, je suis contente de ne pas avoir d'ulcère. Mais je n'ai jamais pensé être auto-investie, c'est-à-dire moi je me lève à 5h du matin et je me couchais à minuit. Donc, j'étais pleinement dédiée à l'entreprise et je n'aurais jamais cru avoir cette capacité de tenir sur 15 ans à ce rythme-là d'investissement humain et physique.

  • Speaker #1

    Comment tu te préserves ? Qu'est-ce que tu mets en place concrètement ? Ça peut aussi aider les personnes qui nous écoutent. On parle beaucoup de la santé mentale maintenant, de toute cette forme d'épuisement. Il y a encore récemment une étude Gallup qui a montré qu'il y avait quand même... 70% des managers qui se disent désengagés, une forme de désengagement. Comment concrètement, toi, tu te préserves de cette pression ? Tu dis, je peux être contente de ne pas avoir d'ulcère. Finalement, qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu fais pour te préserver ?

  • Speaker #0

    Je vais te décevoir, je suis une pire élève. Je n'ai rien fait. Je pense que mon métier d'infirmière m'a aussi appris à travailler dans des conditions pas du tout faciles. Des plannings à 8 ans de 2 heures. ou 72 heures par semaine, alterner trois jours, deux jours, deux nuits, revenir deux jours. Donc, la pression, ça, je connais. J'ai beaucoup appris avec mon métier de séparer l'émotionnel du factuel. Quand vous êtes dans une réa, ce n'est pas l'émotion qu'il faut, c'est du factuel. C'est les automatismes, c'est la réa, etc. Donc, vous fonctionnez. Et puis, l'émotionnel, si vous avez le temps de vous en occuper, vous vous en occupez. Et puis, j'avais fonctionné dans ce mood-là. Puis après, il y a eu un événement dans ma vie en 2020. Alors, tout le monde pensera la pandémie, mais pas que. ma jeune soeur a été atteinte d'un cancer et puis elle va bien et je suis hyper contente évidemment et je suis très très heureuse mais ça vous remet aussi l'église au milieu du village ça vous remet aussi en place vos valeurs, de ce que vous voulez pour la suite parce que le demain n'est plus garanti même si j'avais cette notion déjà du fait que demain n'est pas une garantie pour moi, là d'autant plus quand on est une femme qui arrive au tournant des 42 ans, il y a plein de choses qui font que j'ai réalisé et que j'ai aussi réalisé que vous pouvez donner à 250% une équipe C'est... Il faut savoir faire... Un pas en arrière, c'est pas parce que vous donnez 100%, 80% que vous serez moins bon ou moins performant. Vous avez le droit d'exister en tant que personne.

  • Speaker #1

    Ou moins reconnu aussi, ou se sentir... Je pense que ça peut être, en t'entendant, ça me fait penser aussi à ce qu'on entend beaucoup, c'est de se dire, c'est pas parce que je fais un pas de recul que je me préserve, que je suis moins engagée et que je vais être moins légitime.

  • Speaker #0

    Complètement. Et c'est complètement ça. Après, je n'avais pas tant de problèmes de reconnaissance parce que vraiment, je n'ai pas d'ego. Je pense que pour certains disent que c'est parfois une faiblesse parce qu'on vous marche dessus. Alors oui, clairement, moi, mes plus grandes erreurs et ce que je consécre maintenant de plus en plus à ce que je fais dans le cadre des coachings, la confiance aveugle, c'est fini. Il faut mettre des gardes fous, il faut mettre un cadre, il faut protocoler les choses. Il ne faut pas agir à l'instinct, il ne faut pas agir au ventre. Tout le monde vous vendra du rêve quand vous êtes dans un projet qui peut être bankable demain ou simplement qui est super intéressant. il faut vous dire que c'est pas parce que vous êtes un tout petit peu méfiant que vous n'avez pas le cœur à la bonne place. C'est juste que vous êtes stratégique parce qu'il faut savoir faire la part des choses dans une activité business et dans une activité sociale ou privée. Et ça, pour moi, ça apporte.

  • Speaker #1

    Trouver toujours ce meilleur équilibre. Oui, tout à fait.

  • Speaker #0

    Puis maintenant, c'est sûr que j'essaie de reprendre la place en tant que Madalena, en tant que femme. Et pour ça, je reprends ce que j'aime faire. J'adore lire. Donc, du coup, je suis repassée au livre papier. Plus de liseuse, j'ai besoin de ça. Je prends du temps pour faire du sport, de cuisiner. plutôt des pâtisseries, parce que cuisiner au quotidien, c'est un fait, mais prendre le plaisir de faire des choses un peu plus élaborées, des petites choses comme ça, qui vous sont peut-être anecdotiques, mais qui, dans un quotidien, vous ramènent à vos moments à vous.

  • Speaker #1

    Alors, je prends la balle au bon. Effectivement, aujourd'hui, tu es dans une période intense et particulière, si je peux l'appeler comme ça, puisque tu es dans la transmission, tu remets l'entreprise. Je te propose, si tu es d'accord aussi, de nous en dire un petit peu quelques mots. et puis surtout... de nous dire comment tu vis cette période où tu vas, après de nombreuses années d'engagement à la direction de cette entreprise et aussi en tant qu'associée, comment tu arrives à prendre du recul, à lâcher prise ? J'imagine que c'est aussi un gros défi à ce niveau-là.

  • Speaker #0

    C'est un gros challenge. En effet, on a pris la décision, tu me parlais de comment tu te préserves. Mars 2021, lors d'une assemblée générale, on a pris une décision de vendre l'entreprise. Moi, j'ai annoncé à mes associés qu'il était temps qu'on... que je fasse un pas en arrière, que je décide de prendre soin de ma vie, d'exister en tant que Madalena. Et d'un commun accord, on s'est dit avec mes associés qu'il était temps de vendre, parce que FirstMed est arrivé à maturité, parce que FirstMed va bien. Puis c'est dans ces phases-là que c'est pertinent d'aider une entreprise à encore plus prendre son essor. Et puis d'un commun accord, on s'est mis en route pour ce parcours qu'est la transmission d'entreprise. Et qui s'est donc achevé positivement, puisqu'on a vendu l'entreprise. Mais par contre, ce parcours de transmission d'entreprise, ce n'est pas un parcours si facile. Alors ça, ça mériterait un podcast, mais tout à part.

  • Speaker #1

    J'imagine. Ça serait très intéressant d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Parce que vous vous imaginez, vous vous projetez sur un montant, sur un type de sortie. Vous vous dites, si je vends, je pars, je claque la porte gentiment en disant merci pour tout ce que vous m'avez donné durant ces années. En vérité, ce n'est pas ça. Quand on est une PME, ce qui crée la valeur de la PME, c'est l'humain. J'ai dû faire mon deuil aussi du concept. Oui, on sort et c'est fini, au revoir. J'ai dû me remettre aussi en question dans les deals, etc. Et au final, en effet, j'ai vendu l'entreprise. Nous avons vendu. Là, je reste active en tant que directrice stratégique et innovation pour accompagner First Med dans une nouvelle phase de sa vie, pour écrire un nouveau chapitre, d'accompagner à quelque part mon nouvel associé. C'est le cas, c'est un nouvel associé. qui a une énergie folle et qui va amener, j'en suis sûre, une énergie différente à First Med. L'ADN ne sera pas trahi, mais au contraire, sa vision, son dynamisme, cette fraîcheur va amener quelque chose de nouveau, qui était nécessaire. Le fait de faire un pas en arrière, c'est aussi savoir accepter qu'à un moment donné, on a fait ce qu'on devait faire. C'est success and legacy. Il y a eu un succès, je lègue et je délègue. Et puis, j'ai formé pendant neuf ans mon bras droit. qui est Natacha, et qui maintenant a repris les rênes opérationnels de l'entreprise et à qui je ne peux que souhaiter une aventure aussi pleine et riche, autant humainement qu'au niveau managérial que j'ai pu la vivre. Et je suis heureuse de cette transmission.

  • Speaker #1

    Et on voit aussi que le processus est long. Tu parles de 2021, votre décision, et puis on est en novembre 2025. Donc voilà, c'est un processus long. Est-ce qu'il y a eu, durant ce processus, des étapes un petit peu plus... particulières pour toi, où tu t'es plus remise en question, où tu doutais de ce qui allait potentiellement se passer par rapport à la transmission d'entreprise, où c'était quelque chose que tu as plutôt vécu comme quelque chose d'assez fluide ? Alors moi,

  • Speaker #0

    je vais dire ce que j'ai dit hier à la conférence concernant la transmission d'entreprise. Si vous pensez que vendre une entreprise, c'est comme vendre un vélo sur Ricardo.ch, il faut arrêter. Il y a le process, il faut arrêter, mais maintenant. Parce que c'est un process qui est long. Après, il faut savoir aussi qu'il ne faut pas avoir d'égo. Si vous avez un égo, il ne faut même pas rentrer dans un process comme ça. Vous allez être challengé, vous êtes mis à nu, vous allez être dans la transparence la plus totale. On va vous challenger aussi dans votre gestion administrative, managériale, une due diligence. On va jusqu'au dernier détail, mais ce n'est pas le dernier détail financier uniquement. C'est le fonctionnement, l'âme de l'entreprise. Donc, il faut être capable d'avoir la vulnérabilité d'être mis à nu et d'accepter cette mise à nu qui peut vous remettre aussi en question. Ça a été des moments émotionnels, c'est des up and down tout le temps, parce qu'après, vous rencontrez des gens, ça match ou ça match pas, etc. Mais ce qui m'a été difficile, c'est que... À un moment donné, on se dit, je dois remettre le bébé. Vous avez mis tellement... Moi, j'ai mis mon cœur, ma vie dedans. C'est 15 ans de ma vie complète que je suis en train de repasser. Et c'est sûr que j'en ai pleuré, qu'il y a eu des moments de doute. Est-ce que je fais le bon choix ? Mais c'est un parcours que je ne regrette pas. Est-ce que je l'aurais fait différemment ? Bien sûr, avec l'expérience que j'ai aujourd'hui, j'aurais optimisé ce parcours. Mais bon, je n'avais pas l'expérience. On ne refait pas le chemin. Exactement.

  • Speaker #1

    On peut seulement continuer à avancer.

  • Speaker #0

    Je peux juste utiliser mon expérience, j'espère, pour d'autres.

  • Speaker #1

    Alors que tu dis, tu passes le bébé, est-ce qu'il y a quelque chose que t'aimerais qu'il reste de la pâte de Madalena ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est le côté lien, famille. Ce n'est pas parce qu'on est une équipe explosée en Suisse, qu'on est digitale, etc. Parce qu'évidemment, on est un peu des digitales nomades. Et puis j'ai une équipe qui est nomade, puisqu'on est explosée en Suisse romande. C'est de garder ce lien de famille et puis surtout se rappeler. Je dis toujours à mes médecins et à mes étudiants ou les gens qui sont... Au sein de FirstMed, FirstMed va vous apprendre une chose qui est la chose la plus précieuse. C'est de démocratiser et vulgariser votre langage. C'est de rendre accessible le savoir. C'est de rappeler que le premier maillon de la chaîne de premier secours, ce n'est pas nous en blouse blanche, mais vous le citoyen. C'est vous qui allez pouvoir agir. C'est vous qui allez appeler le 144. Et je leur dis souvent, on vous donne la compétence de demain, auprès d'un patient à qui il faudra expliquer le diabète ou une maladie complexe, de savoir encore plus facilement l'expliquer parce que vous aurez appris à vulgariser et aller à l'essentiel. Et j'ai envie qu'il garde cet aspect-là de ma part. Cette humilité de se dire on est à niveau et on explique les choses calmement et simplement.

  • Speaker #1

    J'aimerais, si tu es d'accord, qu'on parle de leadership, ta vision future. J'aimerais beaucoup t'entendre par rapport à comment tu vois le leadership dans le futur. Alors, il y a déjà des choses que tu as abordées dans cette conversation. La première chose que j'aimerais te demander, c'est quelque chose que j'ai beaucoup aimé entendre de ta bouche. quand on a échangé autour d'un café avant d'enregistrer cet épisode, tu m'as dit « le leadership n'a pas de genre » . Oui. Et moi, j'ai trouvé cette phrase extraordinaire, parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de leadership au féminin. Moi, c'est des notions avec lesquelles je ne suis pas non plus très à l'aise, parce qu'on a toujours, une nouvelle fois, tendance à mettre dans des cases les choses. Donc voilà, j'aimerais juste qu'on explore un petit peu ce que t'en penses. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, cette notion de leadership ? qui n'est pas genrée.

  • Speaker #0

    C'est rappelé que le leadership, c'est un état d'être, un état de fait, c'est une façon de se positionner. Et là, je sors du cadre du leadership parce que là, on est plus dans le côté managériel. Vous avez des femmes qui managent comme des hommes, avec l'agressivité, le cadrage et tout, puis des hommes qui ont une sensibilité, une empathie qu'on dirait féminine. Donc, si on arrêtait juste de genrer le leadership ou le management, ça permettrait juste de se dire qu'ils ont des compétences managériale à avoir. C'est une compétence qu'on peut acquérir. Il y a des choses où on est obligé de genrer, que ce soit dans la médecine, dans les traitements, etc. Et on le voit très bien aujourd'hui que dans la médecine des femmes, la recherche est passablement en retard, etc. Donc il y a des endroits où il faut genrer. Il y a des endroits où je ne vois pas l'intérêt. Bien sûr que je me bats pour l'entrepreneuriat au féminin, mais non pas parce que je veux qu'il soit au féminin, c'est que je veux remettre la place de la femme dans l'économie. Et si je suis obligée de dire « entrepreneuriat au féminin » pour qu'on considère la femme chef d'entreprise, ok, je le mettrai. Mais le leadership, c'est quoi ? C'est incarner. C'est incarner qui on est, c'est incarner le why, c'est incarner son projet, c'est incarner la volonté de tirer ensemble sur la même corde. Et ça, on peut le faire tout aussi bien si on est un homme, une femme. Après, ce qui va diverger aussi, je m'excuse, c'est plus qu'une histoire de genre, c'est l'éducation. Bien sûr. C'est nos qualités intrinsèques. C'est ce qu'on travaille sur soi. Donc c'est pour ça que moi, j'aime bien garder cet aspect-là, de le leadership n'a pas de genre.

  • Speaker #1

    Je trouve ça... J'adore. vraiment je suis je suis Je trouve que c'est extrêmement parlant par rapport à ça. Quels sont pour toi, en termes de leadership, les plus grands enjeux dans les prochaines années qui vont vraiment impacter le leadership de manière générale ?

  • Speaker #0

    L'authenticité. On va avoir un gros problème. Alors, je ne sais pas si c'est tant le leadership que sur l'aspect managérial. Manager une équipe qui utilise des outils IA, comment j'évalue mon collaborateur ? Comment je sais que ce qui est en train d'être fait, vient de lui spontanément, donc d'une démarche intellectuelle qu'il a prémâchée, travaillée, etc. pendant des heures, que le fait qu'il sache bien prompter une problématique et que l'IA nous redonne quelque chose que lui mettra. Le gros challenge, il est là pour moi aujourd'hui, c'est manager avec l'IA. Parce que ce que j'aime dans le management humain actuel sans l'IA, c'est que j'évalue une personne dans sa compétence à elle, dans sa façon d'être et de faire. Avec l'IA, on est biaisé. Je ne sais jamais qui va me répondre. Est-ce que c'est un mail écrit ? Donc là, il y a ça. Après, il y a le côté très authentique, le côté qu'on va de plus en plus nous amener à automatiser ou à robotiser certains postes de travail. Comment on fait pour garder le management humain ? Parce que je lead des humains, je ne lead pas les robots d'Amazon qui, actuellement, sont en train d'emballer des colis. C'est la place du leader. Aujourd'hui, on a une société qui... à cet essor d'automatisation ou de robotisation de certains postes, ce qui m'inquiète.

  • Speaker #1

    Et ce que tu dis par rapport à l'IA, effectivement, est extrêmement important, puis je l'avais également mis pour l'aborder avec toi. Selon toi, comment aujourd'hui, parce que c'est un enjeu, ce que tu disais, il n'y a pas d'humain sans IA.

  • Speaker #0

    Il faut quelqu'un prompt.

  • Speaker #1

    Il faut quelqu'un qui prompte, effectivement. Et ça, je pense, c'est un enjeu, comme tu le dis, qui est extrêmement central. Comment... Aujourd'hui, très concrètement, une entreprise, elle peut faire ou qu'est-ce qu'elle peut faire pour tant donner la place, ça fait partie de notre quotidien et ça va encore se renforcer dans les mois et les années à venir, et essayer de garder la place centrale de l'humain et la proximité avec l'humain. Comment tu vois les choses par rapport à ça et comment les entreprises pourraient le faire ?

  • Speaker #0

    Je crois que les entreprises doivent se rappeler qu'il existe des soft skills. C'est très important de se le rappeler parce qu'on a tendance, on est une société qui acte sur la performance. Donc, qui dit performance dit quelque chose de très analytique, très carré, etc. On a des personnes qui ont des soft skills qu'on sous-exploite. Peut-être qu'on doit aussi revoir ce qu'on cherche à avoir chez nos collaborateurs. Parce qu'une partie de leur tâche sera automatisée, mais il y a peut-être moyen de. Après, si aujourd'hui, je serais à la tête d'une entreprise où il faut intégrer l'IA, mais il faut l'intégrer l'IA, c'est d'identifier les postes. Quel impact ça a sur mon collaborateur ? comment je peux renouveler. Je ne veux pas le remplacer. J'espère que je ne veux pas le remplacer. Ça, c'est le gros challenge. Je ne veux pas le remplacer. Comment je peux utiliser sa force autrement, allouer ses compétences ailleurs et éduquer le collaborateur à l'IA ? Je pense que c'est aussi ça. C'est vraiment, on est à un stade où il faut de l'éducation. Et il faut de l'éducation responsable parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de dérives actuellement. L'IA n'est pas que salutaire. On salue les avancées, mais il y a aussi un côté qui moi m'inquiète. tout ce qu'on voit actuellement, les suicides liés à l'IA, les jeunes qui se font des amis imaginaires avec l'IA, les partenaires de vie via l'IA, il y a des dérives. Et je pense qu'il faut adopter un code éthique quand on est une entreprise qui utilise l'IA et avoir des warnings.

  • Speaker #1

    Oui, il y a beaucoup de choses à travers l'IA qui peuvent se construire de faux. Complètement, toute une carrière. Voilà, donc c'est vrai que j'ai l'impression, alors ça c'est tout à fait personnel, qu'il y a quand même pas mal d'organisations, d'entreprises qui mettent encore pas mal les pieds contre le mur. Alors que finalement, je pense qu'il faut absolument pouvoir intégrer ça, parce que si l'entreprise n'intègre pas de manière transparente l'IA dans ses process, dans son entreprise, il y aura forcément les personnes, les individus qui vont le faire de manière un peu détournée. Donc là aussi, il y a des risques. Et puis, une autre chose, alors je ne sais pas ce que tu en penses, mais ça, c'est tout à fait aussi personnel. Moi, j'ai un peu l'impression qu'autant on est dans quelque chose d'étonnant, assez disruptif avec l'IA, mais autant j'ai l'impression que ça va nous ramener peut-être quelque chose de beaucoup plus humain, un besoin d'être beaucoup plus proche de l'humain. Je ne sais pas si tu le ressens aussi. Une nouvelle fois, c'est vraiment un sentiment très personnel dans les discussions que j'ai avec les entreprises.

  • Speaker #0

    Il y a deux aspects. Sur ce que tu disais sur l'IA et l'intégration pour les entreprises, je vais parler quand on est entrepreneur, pas de leader, pas de manager en tant qu'entrepreneur. Si on met les pieds au mur, ça veut dire qu'on veut rater. Ou qu'on se sabote l'avenir et l'opportunité de l'avenir. Il y aura toujours un concurrent qui fera mieux, il y aura toujours un concurrent qui ira plus vite. On ne peut pas mettre les pieds au mur en disant « je ne veux pas de l'IA » . Alors ça, c'est déjà pas du tout salutaire pour la vision entrepreneuriale de l'entreprise. Ce qui est salutaire, c'est de se poser la question de comment je l'intègre, de quelle est sa plus-value, et où je la... Vraiment, pour moi, c'est une analyse et une éthique à adopter. Donc sur cet aspect-là, je te rejoins pleinement. Sur l'autre aspect, je vais être transparente avec toi, je suis un peu mitigée. Je suis un peu mitigée parce que les gens vivent derrière les écrans, de plus en plus. C'est pour ça que je soutiens énormément la culture. Les endroits où on se retrouve tous ensemble, c'est dans une salle où on peut rire à l'unisson sur un sketch ou sur une phrase. Moi, j'aime les spectacles, j'aime les expositions. Vous êtes obligés d'aller sur un endroit, vous déplacer et vous retrouver. Et ça, j'aime assez. Moi, ce qui m'angoisse, c'est qu'on vit à travers Zoom, énormément. Toutes les réunions, 98% des réunions sont Zoom. Ce que je n'apprécie moins dans Zoom, c'est qu'au final, vous avez l'impression peut-être que la réunion s'est mal passée parce que vous avez eu un ressenti, parce que la personne a posé le regard un peu de travers, etc., On désamorce la tension quand on est... en physique et plus difficilement en Zoom. Mais j'espère en effet que ce que tu disais se concrétise vraiment et qu'on continue à se rencontrer sur des choses, comme je dis, sur les loisirs, sur l'envie de se retrouver. Il faut que nous, managers et leaders, on soit vigilants sur la partie team building. À nous de recréer des moments où on se retrouve. Parce que le télétravail prend un essor fou. Il y en a certaines personnes qui ne sont pas revenues au bureau. À nous d'être vigilants, à garder l'humain au cœur de nos entreprises.

  • Speaker #1

    Je pense alors, effectivement, une nouvelle fois, comme je disais, c'est quelque chose de très personnel. Ce que je ressens, alors je pense qu'on en est encore de loin pas là. Et puis, on va encore traverser des moments justement où ce fossé va encore peut-être encore un peu se creuser. Mais je me dis que peut-être c'est ce qui va renforcer. À un moment donné, les gens en auront vraiment marre que tout passe au niveau de la technologie, au niveau de l'intelligence artificielle. Donc, je me dis que ça peut être aussi une opportunité. Les gens, à un moment donné, ils auront tellement marre qu'ils diront qu'on veut retrouver ce côté humain. Et on le voit. Alors, effectivement, ce côté télétravail a enlevé beaucoup de liens sociaux dans les entreprises. Mais je vois aussi des entreprises qui essayent de recréer. Et on voit cette problématique qui s'est un petit peu installée et qui essaye de mettre en place des événements. Plus de séances en présentiel, vraiment qu'essaye de redonner du lien, de recréer du lien entre les collaborateurs, entre les équipes, même si ce n'est pas facile parce qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui sont habituées à travailler à distance et qui ont de la peine à revenir au bureau ou en tout cas en présentiel. Et il y a ceux qui ne veulent pas du tout travailler à la maison et qui veulent absolument garder ce lien. Donc, effectivement, c'est un défi pour les entreprises de trouver un juste équilibre en gardant cette flexibilité, mais aussi en mettant... au centre ce lien social qui est hyper important.

  • Speaker #0

    Pour moi, l'essentiel d'une entreprise, c'est avant tout l'humain. Et si on ne fait plus d'humain, puis que tout le monde est loin et tout le monde est robotisé, est-ce qu'on peut encore l'appeler entreprise ? Je ne sais pas. Comme on l'a entendu à l'époque, les entreprises, c'est les gens. C'est les gens qui le font, qui font la définition d'entreprise, pour moi.

  • Speaker #1

    L'avenir nous le dira.

  • Speaker #0

    On verra.

  • Speaker #1

    On arrive gentiment au bout de cette conversation. Pour boucler un petit peu la boucle, j'aimerais te demander, quand tu regardes ton parcours, de quoi es-tu la plus fière ?

  • Speaker #0

    C'est une bonne question. Est-ce que j'ai une fierté ? Oui, je pense que ma plus grande fierté, c'est que je me suis toujours battue pour ce qui me semblait juste, que ce soit pour la médecine digitale. Je suis montée jusqu'à Berne, quand j'ai voulu démocratiser cette accessibilité aux urgences. Il y a plein de choses pour lesquelles je me suis battue. qui n'ont pas toujours eu des issues positives, parce que quand vous êtes dans le milieu politique, ce n'est pas forcément là que vous allez faire bouger des pierres. Je pense que je suis fière de ne jamais avoir abandonné. Là, je te raconte une histoire qui peut sembler super, mais j'aimerais que les gens retiennent une chose. Avoir une photo dans un magazine, faire une interview, c'est de la paillette, c'est très joli. Mais ma réalité, elle est cabossée. J'ai les genoux, mais on sent. Je suis tombée, pas une fois, pas deux. mais je suis tombée plus de 50 fois. J'ai reçu des coups. Et là où je suis la plus fière, c'est d'avoir été capable d'en faire des forces, de me relever, de m'améliorer, d'accepter la critique pour en faire, j'espère, quelque chose qui m'amène à être la meilleure version de moi-même.

  • Speaker #1

    Et tu es ordinaire. Complètement. Complètement. Et c'est ça aussi qui est important pour moi avec mes invités sur le podcast. Moi, j'aime recevoir des personnes. Enfin, une nouvelle fois, alors bien sûr que tu as un côté... publique par rapport à ton parcours, par rapport à ce que tu as construit au fil des années. Mais moi, je reçois d'abord une personne ordinaire et qui partage son parcours, qui peut en inspirer d'autres, qui peut ouvrir des paroles, qui peut allumer quelques lumières aux personnes qui écoutent. Mais pour moi, ce qui est hyper important, c'est d'avoir en face de moi, de pouvoir partager. C'est ça aussi que j'aime, me nourrir de personnes ordinaires.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup. Si j'ose, il y a une chose, que si quelqu'un m'écoute, J'aimerais une chose qu'ils doivent absolument retenir de moi. Si je prends la parole, c'est pas pour moi. C'est pas pour raconter une histoire. Si je prends la parole, c'est pour le faire pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. C'est pour pouvoir être peut-être cette voix qui va être... d'impulsion, de courage, de se dire ok, si elle, elle y est arrivée, moi je peux y arriver aussi. Parce que moi, je vous le dis, on n'aurait pas parié un franc, je n'ai rien fait d'extraordinaire, j'ai juste essayé d'améliorer un quotidien, d'essayer d'aller au bout des idées. Donc j'aimerais que s'il y a quelque chose qu'il faut retenir de moi, c'est ça. C'est que si moi j'y suis arrivée,

  • Speaker #1

    mais tout le monde peut y arriver. Il n'y a pas un chemin unique,

  • Speaker #0

    il n'y a pas une recette. et puis il y a une chose que j'aimerais dire aux femmes mettez-vous pas la pression, on n'attend pas de vous d'être parfaite Et puis, on n'attend pas de vous que vous soyez toutes des entrepreneurs. On attend juste de vous que vous soyez heureuses dans ce que vous voulez faire et accomplir ce que vous voulez faire.

  • Speaker #1

    Mettez-vous pas de pression sur ça. Et si tu devais adresser un message aux femmes et aux hommes, aux managers qui nous écoutent, qu'est-ce que tu aimerais leur dire en particulier ? Alors, tu as déjà donné beaucoup de messages,

  • Speaker #0

    mais une chose qui va nous permettre de boucler la boucle ? Que dans le rôle de manager, on a des phases. Et dans ces phases-là, on peut être plus ou moins bon. Et dans les phases moins... Il faut être capable d'aller se confronter à la critique, de comprendre ce qui ne va pas. La remise en question ne remettra pas en question tous les bienfaits faits en amont. Il y a parfois la capacité et l'humilité de se dire peut-être que j'arrive à la fin d'un chapitre et c'est soit moi qui ne suis plus à la bonne place, soit avec mes collaborateurs, j'ai perdu un lien et que je peux reconstruire. Je pense que parfois, si je vous parlais du début de mon histoire, j'étais aigrie au lieu de faire peser mon aigreur sur les autres, juste prendre le temps d'être un peu,

  • Speaker #1

    de faire une introspection sur soi. Ça sera le mot de la fin ? Je te remercie infiniment. Merci Magali, c'était agréable l'échange. Je te remercie pour ton temps, une nouvelle fois, et puis aussi pour tes propos hyper authentiques. Et ça, je trouve, tu parlais d'authenticité d'ailleurs tout à l'heure, ça je trouve que c'est quelque chose qui est d'autant plus important aujourd'hui. On parlait de l'IA, on parlait de la technologie, on parlait de cette place centrale de l'humain, et on peut s'autoriser dans les entreprises, que ce soit en tant que leader, en tant que manager, et aussi en tant que... collaborateurs à être authentiques. C'est important.

  • Speaker #0

    Merci infiniment de ta présence.

  • Speaker #1

    Et à tout bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner pour ne rien manquer des prochains. Et surtout, venez me retrouver sur LinkedIn pour continuer la discussion. J'adorerais connaître votre point de vue et échanger avec vous. À très vite pour un nouvel épisode d'Entre nous.

Description

Et si notre manière de manager trouvait sa source dans notre histoire, nos valeurs et nos expériences de vie ?


Dans cet épisode d’Entre Nous, j’ai le plaisir de recevoir Maddalena di Meo, ancienne infirmière devenue entrepreneure, dirigeante et administratrice.

Un parcours riche, traversé par le sens du service, la résilience et l’envie d’impacter positivement le monde du travail.


De ses racines familiales à la direction de Firstmed, de la vente de son entreprise à sa réflexion sur la transmission, Maddalena partage avec sincérité ce que ces étapes lui ont appris sur le leadership humain et la gestion d’équipe.


Elle se bat pour rendre le monde du travail plus humain en encourageant une approche managériale basée sur le DEI (Diversité, Egalité et Inclusion)


Dans cette conversation :

  • Comment son histoire familiale et son éducation ont posé les bases de son parcours

  • Ce que le métier d’infirmière lui a appris du leadership et de la relation à l’autre

  • Les défis et apprentissages de son parcours d’entrepreneure et de dirigeante

  • Ce que la vente et la transmission de son entreprise lui ont révélé sur la confiance et le lâcher-prise

  • Sa vision d’un management ancré dans l’humain, le courage et la bienveillance


Que vous soyez manager, RH ou collaborateur, cet épisode vous apportera des clés précieuses pour mieux comprendre les enjeux humains derrière la performance.


🎧 Très bonne écoute !


💬 Retrouvez Maddalena di Meo sur :

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Transcription

  • Speaker #0

    Manager aujourd'hui, c'est naviguer dans un monde qui change vite, complexe, exigeant, parfois même déroutant. Ici, pas de recette miracle, parce qu'un bon manager ne cherche pas la perfection. Il apprend, il s'adapte et il ose. Je suis Magali Vanet, coach, consultante et formatrice en management. Entre nous, c'est le podcast des managers où on parle vrai, du terrain, des défis, des doutes et des réussites. Toujours avec une seule intention, partagée avec... vous des réflexions et des outils concrets issus de mes 20 ans de management et de ce que j'observe chaque jour avec mes clients. Parfois en solo, parfois avec des invités du terrain, mais toujours dans l'authenticité et le partage, pour vous donner des clés utiles et actionnables. Alors, prêt à souffler un peu, à sortir la tête du guidon et avancer dans votre rôle ? C'est parti pour un nouvel épisode d'Entre nous. Et dans ce nouvel épisode, aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Madalena Dimeo, qui est associée et directrice de la société FirstMed, qui est une école de premiers secours active en Suisse romande. Après plus de dix ans comme infirmière, Madalena se forme à l'Université de Genève, dans le domaine de l'entrepreneuriat et du business. Et en 2011, elle prend la direction de cette école, FirstMed, et on devient, quelques années plus tard, associé. et administratrice. Et comme vous l'entendrez dans les premières minutes de notre échange, elle ne veut pas qu'on parle d'elle et de son parcours comme quelque chose d'extraordinaire. Mais elle se décrit volontiers comme une femme ordinaire et têtue. Et pourtant, et vous l'entendrez, en l'écoutant, on comprend vite que derrière cette simplicité, il y a un vrai courage, beaucoup de cœur et beaucoup d'engagement. Dans cet épisode avec Madalena, on a parlé de ses racines italiennes, de sa famille, de ses valeurs, mais aussi des obstacles qu'elle a surmontés et de la manière dont elle s'est affranchie du regard des autres. Elle nous partage aussi ce que son métier d'infirmière lui a appris sur le management et comment elle a su entreprendre avec courage, sensibilité, authenticité et tout ça en laissant. de côté son égo. Aujourd'hui, Madalena vit une étape charnière, la vente et la transmission de l'entreprise qu'elle a dirigée pendant près de 15 ans. Alors, elle nous explique dans cet épisode, avec beaucoup de sincérité, mais aussi pas mal d'émotion, ce que représente ce passage de relais et comment elle vit cette transition, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle nous a aussi parlé de sa vision du leadership. Un leadership non-genré, comme elle aime le dire, est profondément humain. Et c'est ce qu'elle défend d'ailleurs avant tout, c'est l'idée forte de remettre l'humain au centre du monde du travail. Et c'est aussi à quoi elle souhaite désormais consacrer son énergie et son engagement. C'est accompagner les entreprises à redonner du sens, du lien, de l'humain. Et vous l'entendrez, tout au long de cet épisode, on découvre une femme forte. sensible et terriblement inspirante. Alors vous pouvez retrouver Madalena Dimeo sur LinkedIn et sur son site web madalena-dimeo.ch D'ailleurs, les liens sont dans la description de l'épisode. Bon, allez, place maintenant à cet échange avec Madalena. Hello Madalena !

  • Speaker #1

    Bonjour Magali !

  • Speaker #0

    Je suis très très contente de te recevoir aujourd'hui. Merci pour le temps que tu m'accordes pour ce podcast. Je sais que c'est une période particulière et intense pour toi. Donc d'autant plus merci vraiment de prendre le temps de cet échange. Je me réjouis vraiment beaucoup de cette conversation toutes les deux. Mais moi aussi, merci en tout cas de l'invitation. C'est un vrai plaisir d'être à tes micros. Et c'est vrai que je suis ton parcours entrepreneurial maintenant depuis plusieurs années. Et puis, j'avais vraiment envie de t'entendre, de pouvoir échanger avec toi sur ce parcours, sur comment tu l'as construit. Et je pense que ça peut aussi donner beaucoup d'impulsion, beaucoup d'inspiration aux personnes qui nous écoutent, aux auditeurs. Et puis, on nous écoute à travers ce podcast bien au-delà de la Suisse romande. Donc, je me réjouis de t'entendre et de pouvoir partager toute cette conversation avec les auditeurs du podcast. Pour commencer, pour lancer la conversation, je te propose peut-être pas de te présenter de manière un peu traditionnelle, mais plutôt que tu nous racontes un petit peu ton parcours à travers les principales étapes qui font que tu es la personne, la leader que tu es aujourd'hui, si ça va pour toi.

  • Speaker #1

    Bien sûr, alors avant toute chose, vous n'allez pas... Entendre l'histoire d'une femme extraordinaire, mais d'une femme ordinaire, têtue. Je suis une infirmière devenue entrepreneur un peu par hasard, un peu par frustration. C'est l'histoire d'une femme qui a toujours rêvé d'être infirmière, depuis l'âge de 3 ans. J'ai aimé ce métier et je suis devenue infirmière et la vie m'a amenée à devenir entrepreneur un peu par hasard. La frustration de mon métier ? Parce que... Quand j'ai choisi de soigner, j'ai choisi de soigner des gens, des histoires, des parcours de vie, d'être auprès d'eux. L'économie est entrée dans ce domaine des soins et j'ai vu l'évolution de la façon dont on soignait les gens. Et quand vous aviez une charge de 4 patients, puis vous finissez votre carrière avec 12 patients, avec une seule infirmière, on n'est plus dans la qualité, on est dans la performance et dans l'exécution automatisée. Et moi, ça me frustrait énormément. Et quand on est face à une frustration, il y a deux options. soit on devient aigri parce qu'on est frustré puis on devient cette collègue insupportable parce qu'au final, on n'est pas bien avec soi, on n'est pas bien avec ce qu'on vit au quotidien et du coup, on le fait, on reporte ça sur les autres ou bien je me responsabilisais puis je faisais quelque chose de cette frustration et c'est là que mon parcours a débuté. Comment il a débuté, tu vas me dire ? Exactement ! Comment il a débuté ? J'ai toujours voulu faire du social, je détestais l'économie et ses outils économiques mais j'ai réalisé que ces outils pouvaient être utiles et servir les causes. s'ils étaient bien utilisés. Donc, j'ai commencé mon cursus de réorientation professionnelle en faisant une formation en management social et culturel. Pour la petite anecdote, moi je m'appelle Madalena Di Meo, je suis fille d'immigrés italiens, qui mes parents sont là depuis maintenant 48 ans en Suisse, plus que bien intégrés, et je suis née à Vevey.

  • Speaker #0

    On y reviendra aussi sur ton histoire plus familiale.

  • Speaker #1

    Donc, pour vous mettre un peu le contexte, au moment où j'ai décidé de reprendre des études, je prenais un risque. financier aussi parce que je n'avais pas les moyens d'arrêter de travailler. Donc, j'ai diminué mon activité de 100% à 8 ans tout en faisant mon activité d'études en parallèle.

  • Speaker #0

    Tu avais quel âge à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    J'ai commencé, j'avais 27 ans. Donc, à ce moment-là, grosse remise en question. Je commence ce cursus-là avec un projet qui me tenait à cœur. Je voulais faire un audit managérien des financiers d'une ONG à Yaoundé, d'une fondation qui est la Fondation Marie-Jovis. Une femme que j'ai rencontrée sur mon parcours d'infirmière jeune, j'avais 18 ans quand je l'ai rencontrée la première fois, je l'ai re-recontrée à 26-27 ans. Et moi j'ai toujours eu une admiration pour cette femme qui s'est complètement effacée pour vivre sa fondation, d'où son salaire, elle l'a envoyée en Afrique pour mettre en place son orphelinat. Alors je lui ai dit écoute, je fais mon parcours d'études, as-tu envie qu'il te soit utile ? Puis il m'a dit oui, puis on a commencé cette histoire et dans ce cadre-là on a fait une levée de fonds, donc passé 100 000 francs pour envoyer un conteneur qui contenait Un bloc opératoire, tout le matériel médical pour mettre en place un dispensaire en Afrique. De ce dispensaire-là, on a pu faire les vases communicants en louant l'infrastructure aux médecins diplômés sur site et nous permettre d'envoyer les orphelins à l'école pour qu'ils puissent acquérir une éducation académique qui pour nous était le fondement d'une liberté, d'une possibilité, d'un avenir.

  • Speaker #0

    Donc bien avant de créer ta propre entreprise finalement, tu étais déjà dans un mode entrepreneurial à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Oui, mais je ne m'en rendais pas compte sur le moment. Pour moi, c'était de l'action, un outil, je lève des fonds, j'aide et j'avance. Je n'avais pas cette notion entrepreneuriale. Par contre, ce qui m'a perturbée, c'est que dans le cadre de ce parcours, il y a eu deux événements. La première, c'est que j'ai rencontré M. Raphaël Cohen, qui était à la tête, parce qu'il n'est plus actif, se d'a son entrepreneurship et business development à l'HEC de

  • Speaker #0

    Genève. Et puis,

  • Speaker #1

    en partant à la fin de sa formation, il m'avait remis un petit flyer, en me disant peut-être que tu auras envie de poursuivre. Lui, il avait perçu quelque chose que moi, je n'avais pas encore perçu à l'époque. Et puis, j'ai fini mon travail avec Monsion. Et je n'ai pas compris. J'avais ici ces Monsions. Et je me suis dit, oh, wow, OK. Puis, j'ai gardé ça au long coin de la tête. Et puis, dans ce moment-là, j'étais en train de lire un livre qui m'a bouleversée, qui a changé complètement ma vie. Et si Raleigh Dussaini m'écoute, merci. C'est « Mille soleils splendides » de Raleigh Dussaini.

  • Speaker #0

    « Mille soleils splendides » , je n'ai jamais entendu.

  • Speaker #1

    Que je conseille. Il n'est pas évident à lire. mais quand j'ai fermé ce livre J'ai compris que j'étais devenue une femme capricieuse, que j'étais devenue une femme qui cherchait des excuses pour ne pas avancer. Quand il y a des femmes aujourd'hui qui n'accèdent pas à la liberté de penser, à la liberté d'aimer, à la liberté de marier les personnes qu'elles souhaitent, qui n'ont pas le droit d'être visibles, et moi j'avais peur de quoi ? D'échouer, de sortir de mon cadre de statut de fille d'immigré d'Italien, milieu ouvrier, du fait que tout le monde m'attendait dans une case d'infirmière qui allait performer, continuer dans ses spécialisations. Et du coup, j'ai dit OK, go. Et j'ai appelé Raphaël Cohen.

  • Speaker #0

    Donc, ça a été un moment pivot. Et à travers aussi la lecture de ce livre, finalement, quelles sont ces prises de conscience à ce moment-là qui t'ont fait avancer encore d'un pas supplémentaire ?

  • Speaker #1

    Je me suis dite que je n'avais pas le droit de ne pas avancer pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. Je suis née dans un pied libre, en tant que femme libre, qui a le droit d'aller s'asseoir sur des bancs d'école. Et clairement, je me suis dite à ce moment-là... J'avais un projet qui était une maison de soins palliatifs pédiatriques dans ma tête. Mon rêve était d'accompagner la fin de vie pédiatrique différemment. Donc je rêvais d'une maison comme Rive-Neuve pour pouvoir accompagner les parents et les enfants parce qu'on a de la chance de ne pas avoir énormément de décès en Suisse, mais il y en a. C'est un de mes rêves et je me suis dite que si les outils économiques m'ont permis de lever des fonds pour pouvoir mettre en place un dispensaire et accompagner une fondation en Afrique, pourquoi pas aller plus loin et aller chercher une compétence supplémentaire pour utiliser ce véhicule économique pour de bonnes raisons. Et c'est ça qui m'a motivée.

  • Speaker #0

    D'accord. Et comment tu as engagé les prochaines étapes ? Et ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a une forme de vouloir prendre ou reprendre une forme de liberté.

  • Speaker #1

    Oui, puis prendre ma vie en main. Je voulais m'affranchir aussi, c'est par la suite que j'ai compris que j'étais en train de m'affranchir, de m'affranchir des attentes, parce qu'on a tous, on porte tous des attentes et des projections, des regards des gens. Que ce soit dans le milieu du travail, que ce soit mes parents qui ont construit aussi leur vie. Je viens d'une famille qui a sacrifié leurs affects, leur pays, pour leur se donner une chance d'avenir pour leurs propres enfants. Donc eux, ce qu'ils souhaitaient, c'est de me donner une stabilité. Là, je venais perturber leur projection par rapport à moi. Et puis ensuite, ce qui a été important pour moi, c'est qu'on... Et je le dis toujours, je suis reconnaissante d'avoir eu sur mon parcours mes passions. J'ai fait de la fin de vie et... C'est le moment de votre vie où vous êtes le plus authentique. Et vous devez l'être, par respect pour le patient. Chaque matin, quand je me lève, je suis reconnaissante de pouvoir écrire un nouveau chapitre de ma vie. Un nouveau jour. Et face à cette possibilité-là, je me suis dite, laisse tomber tes peurs. Existe, va de l'avant. Au pire, tu vas te relever. C'est tout, tu auras un échec. Et alors ? Par contre, j'ai pris un risque financier. Les petites économies que j'avais, elles sont toutes parties dans mes études. Donc c'était vite vu, si je me plantais, je repartais vraiment de 0 à 0. Et même contexte, je n'avais pas le luxe d'arrêter de bosser. Donc, un week-end sur deux, j'étais ou à l'Uni ou à la clinique. Et puis, j'allais de l'avant.

  • Speaker #0

    D'accord. Tu parles de s'affranchir. Je pense que c'est un élément important où tu mets le doigt sur quelque chose d'extrêmement important. Parce que beaucoup de personnes ont de la peine. Il y a beaucoup de projections qui viennent de l'extérieur. On est beaucoup pollué par ce que... par le regard des autres, par ce que les autres projettent sur nous. Et puis, ça peut être très, très difficile. Et quand on est leader, c'est quelque chose sur lequel il faut beaucoup travailler pour justement se sentir libre, se sentir authentique. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu conseillerais aux personnes qui écoutent, aux leaders, pour se sentir le plus libre et s'affranchir du regard des autres ?

  • Speaker #1

    Je pense que la première chose qu'il faut accepter, c'est de décevoir. On va décevoir. Parce que les gens mettent des attentes. Et quand on ne satisfait pas les attentes, on déçoit. Mais décevoir, ça ne veut pas dire perdre les affects. Ça ne veut pas dire perdre une relation. Décevoir, moi je me suis toujours dit, c'est les gens qui sont déçus d'une attente qu'ils n'ont pas vue avec moi. Mais ce n'est pas mon attente, ni mon envie. J'ai accepté de ne pas être parfaite. J'ai accepté la critique. J'ai accepté de déplaire aussi. Parce que quand on prend des décisions, Il n'y a pas tout un groupe unanime qui va vous dire « Oh, wow, c'est formidable » . Nous, on a eu ce moment aussi en famille, quand j'ai repris les études. Mon père, à juste titre, était inquiet pour moi. Il m'a dit « Mais tu as tout pour toi. Tu as une carrière d'infirmière, tu réussis, tu as un CDI, tu es reconnu dans ce que tu fais, tu as une stabilité, mais pourquoi tu te mets en danger ? Mais tu vas chercher quoi ? » Moi, je faisais l'inverse de ce que lui a fait. Et puis, en plus, qu'on le veuille ou pas, je viens d'un milieu ouvrier, pas du patronat, pas de l'entreprenariat. Donc, c'était aussi trahir nos racines de départ. C'était un peu compliqué, ce changement de statut. Parce que mon père a été ouvrier, ma mère était une ouvrière. Les patrons, c'était un univers à part, avec un contexte à part à l'époque.

  • Speaker #0

    Avec peut-être plus de confrontation aussi. Exactement. Puis,

  • Speaker #1

    à une époque où il y avait plutôt le côté, une hiérarchie très verticale, le patron a une image très négative, et puis l'ouvrier délivre, etc. puis moi tout d'un coup j'avais envie de m'affranchir de ce qu'on était, mais je n'étais pas en train de repousser qui j'étais. Je demandais juste d'exister à ma façon.

  • Speaker #0

    Et comment tu as fait pour les convaincre, si tu cherchais à les convaincre, ou en tout cas peut-être les rassurer ? Eh bien, j'ai fait.

  • Speaker #1

    C'est-à-dire que je n'ai pas suivi leurs conseils dans le sens où je me suis entêtée, je suis arrivée sur le banc de l'université et je suis allée de l'avant. Et c'est dans l'action, le quotidien qu'eux se sont apaisés aussi. Quand ils ont vu que j'étais rassurée. Et qu'à quelque part, je n'étais pas en danger.

  • Speaker #0

    Que ça fonctionnait et que, aussi, tu voyais épanoui.

  • Speaker #1

    Alors oui, ils m'ont vu, en tout cas, dans la dernière année de l'Uni, un peu en souffrance entre quand vous faites des journées de 12 heures à l'hôpital, vous bossez le soir pour travailler vos devoirs, pour les envoyer le lendemain matin. Moi, j'ai perdu un document, j'ai cru que je pleurais. J'ai vécu dans un studio jusqu'à l'âge de 30 ans, parce que financièrement, je ne peux pas me permettre d'avoir un 2,5 ou un 3, parce que je me finançais mes études. Et puis j'avais mon salaire d'infirmière, donc ils m'ont vu faire des sacrifices pour aller au bout de ce rêve.

  • Speaker #0

    Quelles sont les valeurs ? que finalement ta famille, tes parents t'ont donné et que tu gardes profondément encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Le respect du travail, énormément. Moi, mon père, je l'ai toujours vu partir à 6h30 du matin et revenir à 18h30. Il partait avec une blanc et je pense que je peux compter sur mes deux mains, sur 45 ans de carrière, quand est-ce qu'il a été absent. Même avec de la fièvre, il partait bosser. Il devait être vraiment cloué. au lit pour ne pas y aller. Donc le grand respect du travail, la grande force que mes parents ont eue. De ma mère, j'ai beaucoup appris, pas tant du sacrifice. Ma mère m'a démontré quelque chose d'assez fou, parce qu'il ne faut pas oublier que ma mère est arrivée en Suisse en 1979, quand encore on devait s'arrêter à Bric pour la douche sanitaire et le contrôle sanitaire. Ma mère a été mise à nu derrière d'autres femmes pour être contrôlée, pour être autorisée à entrer. Ma mère est arrivée en Suisse quand à l'époque il y avait encore des panneaux qui disaient interdit aux chiens et aux italiens. Donc ma mère a lâché une famille de 12 frères et sœurs d'un pays chaud avec une mère. La vie au quotidien c'était la mère. Et là elle est arrivée en janvier de 1979, dans le froid, dans la neige, avec un non-respect de sa personne. Et j'ai beaucoup appris de sa force.

  • Speaker #0

    Et on se dit ça fait que 46 ans. Et c'était encore ces pratiques à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Exactement. Et c'est pour ça que je me dis, l'histoire, il ne faut jamais l'oublier. On est censé en tirer des enseignements. Et on se rend compte aujourd'hui, au vu de l'actualité, on est en 2025. Je pense que les enseignements n'ont pas été si bien tirés que ça, malheureusement. Mais j'ai beaucoup appris ça. Et c'est pour ça que je revendique mes origines. Je suis naturalisée et j'en suis tellement fière. Parce que je crois que vous ne vous rendez pas compte de ce que c'est d'être une songundo ou non son propre. Son pays d'origine, on n'est pas, on n'appartient pas à l'Italie, on n'appartient pas à la Suisse qui nous a vu naître et grandir. Puis quand j'ai eu mon passeport suisse, j'en ai pleuré, mais je suis fière d'être qui je suis et d'où je suis partie.

  • Speaker #0

    Ce qui est aussi intéressant dans ton histoire et en lisant aussi des articles de presse sur toi, sur ton site web, c'est que tu as pas mal rencontré d'obstacles dans ton parcours. Et si j'ose l'aborder, si tu es d'accord, par rapport aussi à ta taille. Oui,

  • Speaker #1

    bien sûr.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu es d'accord un peu de nous en dire plus ? Et puis surtout aussi, comment... Alors, tu parles... J'ai beaucoup aimé quand tu as dit au tout début, je suis quelqu'un d'ordinaire, têtu. Et je pense que c'est ça aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il fait ? Je pense qu'on est tous des personnes ordinaires. Après, c'est la force de caractère. On va se distinguer par des personnalités. On est tous différents. Mais finalement, ces obstacles, comment tu les as ? T'es passée à travers, outre ces obstacles, et comment ça t'a renforcée ?

  • Speaker #1

    Ma taille a toujours été un complexe petite, mais peut-être pas tant moi. Les gens, c'est les gens qui vous rappellent que vous n'êtes pas grande. Ça revient à la projection, finalement, qu'on disait tout à l'heure. Exactement, les gens vous le rappellent. Donc, vous, vous vivez votre vie, et en tant qu'enfant, alors encore plus innocemment, sans trop de... Puis après, vous avez des remarques. Ah, mais t'es trop petite. Ah, le rez-de-chaussée. Puis vous savez à l'école, à la gym, quand ils vous disaient mettez-vous en ordre de grandeur, puis on vous met au bout, puis vous recevez des remarques à la... Oui. Voilà. On s'est compris. Voilà. Et puis ça vous forge aussi le complexe de nous dire je ne suis pas dans la norme, je ne suis pas normale. Les gens ne savent pas ce que j'ai pu traverser, le pourquoi je faisais ce 1m50 et parce que je fais 1m50 que je revendique. Et je remercie les Eva Langoria qui existent et toutes les petites femmes qui démontrent qu'on peut exister et briller, même si on ne fait pas le 1m75. Mais j'ai eu un pédiatre extraordinaire. Et je crois que je l'ai mis sur le site internet. J'ai eu un pédiatre extraordinaire.

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup aimé cette histoire d'ailleurs.

  • Speaker #1

    Parce que moi, j'étais suivie pendant 10 ans au CHUV toutes les années par rapport à ça. Et qui m'a dit quelque chose qui m'a bouleversée. Et mes parents ont été extraordinaires sur ça. Il a fait venir une femme dans la consultation et m'a dit... Madalena, tu vois cette jeune femme, j'avais 12 ans, je t'ai dit oui, il me dit ça c'est mon infirmière, c'est la plus compétente de toutes, mais pourtant elle fait pas 1m75, elle fait à peine 1m50 ou 1m55, et puis il vit très bien sa vie. Et là il est parti en me disant écoute, réfléchis à ce que tu veux faire par la suite, traitement ou pas traitement, mais sache que tu n'as pas besoin de ces centimètres pour exister, et pour être la femme que tu as envie d'être, ou la petite fille à l'époque. On a beaucoup réfléchi, il est parti en effet Je suis restée avec mes parents, mes parents étaient extraordinaires Même avec leur... peur face au traitement, parce qu'à l'époque où les hormones de croissance, il y avait la maladie de Crossfell-Jacob, les décès l'un derrière l'autre, ils ont été extraordinaires. Ils m'ont donné leur opinion, mais ils m'ont dit, au final, c'est ton choix et on t'accompagnera. Puisque, m'a dit, le monsieur m'avait, peut-être à ce moment-là, je ne m'en étais pas rendu compte, mais ouvert une brèche d'authenticité en me disant, je vais accepter celle que je suis. La vie a voulu que, c'est pas grave, je suis pas moins. que les autres, et peut-être que je suis plus que d'autres. Et j'ai cheminé comme ça en faisant le deuil de ces centimètres perdus. Est-ce que ça t'a donné, selon toi, plus de force, finalement, pour oser, pour aller de l'avant, pour être dans l'action ? Oui, je pense. Alors, pour être honnête, tu as devant toi une femme pour qui personne n'aurait parié un franc sur moi, vraiment. J'étais la fille effacée, j'étais la fille dans mon coin, j'étais la fille qui ne voulait pas déranger, qui voulait rentrer dans le cadre et autres. J'avais pas de... Cette persévérance ou cette détermination ou cette force que tu perçois aujourd'hui. Mais il y a quelque chose qui... Je crois que cette envie de vivre, cette envie d'exister, cette envie de pouvoir laisser quelque chose sur cette terre a été plus forte que ma timidité, mon complexe, etc.

  • Speaker #0

    Comme quoi, ce que tu dis ? Et puis si je crée un pont avec le leadership, on parle toujours, est-ce que c'est plutôt inné ? Est-ce que ça s'apprend ? Est-ce que... Finalement, ce que tu dis par rapport à comment... tu étais plus jeune et qui tu es aujourd'hui, que finalement, ce n'est pas comme tu étais qui te définit pour la vie. Moi, je trouve que c'est un message fort et c'est quelque chose d'hyper important aussi de vraiment relever. C'est que finalement, on nous enferme beaucoup, beaucoup et encore aujourd'hui énormément dans des cases.

  • Speaker #1

    Énormément.

  • Speaker #0

    De dire qu'on ne parie pas un centime sur toi, finalement, je trouve extrêmement dur, extrêmement difficile. Mais c'est encore la réalité pour beaucoup de personnes. Alors, est-ce que c'est plus vis-à-vis des femmes ? C'est aussi quelque chose qu'on peut aborder ou si c'est quel que soit le genre. Mais moi, je trouve que c'est quelque chose où on entend encore trop, trop souvent qu'on se base sur, une nouvelle fois, nos préjugés, une perception qu'on a, quelque chose qu'on projette. Mais c'est souvent de par ses propres peurs, ses propres frustrations. Tu parlais de frustration aussi, qu'on va projeter sur l'autre des choses positives ou négatives, mais finalement qui ne sont pas la réalité. Non, complètement.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de leadership. Moi, je ne crois pas qu'on ait... Alors, je pense qu'on a un terrain. Faire-t-il ou pas. Mais on ne n'est pas leader, on le devient. Et moi, je suis assez persuadée de ça, vu mon vécu. Donc, je ne peux pas incarner le leadership parce que ce n'est pas à 12 ans que tu ne te serais pas dit que ça va devenir un leader demain. Par contre, c'est sûr que quand j'ai fini mes études, j'ai reçu le prix des droits de l'enfant et de la femme. J'étais déjà un peu militante dans l'âme. Donc tout ce qui était cause sociale en classe, c'était moi et j'étais là et j'y allais. C'était les seuls moments où je me sentais digne de prendre la parole et d'exister. Pourquoi, je ne sais pas, mais c'est là où je puisais ma force, c'était pour les causes sociales. Et puis par rapport à ce que tu disais au départ, moi je dis toujours, et j'ai une grande admiration pour Michelle Obama, puis je dis toujours une chose, son livre, moi j'ai eu la chance de l'avoir à Paris, le départ ne définit pas qui on va devenir et qui on est. Le parcours, il est morcelé. On crée des chapitres. De ces chapitres, on en tire des enseignements. Aujourd'hui, je pense que la vraie clé, c'est l'éducation. Ce qu'on va donner à nos enfants, c'est leur donner de la confiance en eux. Apprendre qu'ils sont perfectibles, qu'ils peuvent devenir la meilleure version de eux-mêmes, qu'ils ont le droit d'échouer. Échouer, ce n'est pas un tabou. On a le droit, et tant mieux, parce que c'est de ça qu'on a besoin pour grandir, pour s'améliorer, pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. si aujourd'hui on veut que demain plus de femmes deviennent leaders Commençons par changer la façon dont on éduque nos enfants. Pour moi, c'est la clé, l'éducation. Et d'autant plus pour une femme, que ce soit dans l'éducation financière, que ce soit dans l'éducation de sa posture.

  • Speaker #0

    Et comme tu dis, il n'y a pas un seul modèle. Il n'y a pas un seul chemin aussi qui dessine un leader. Alors oui, je pense qu'il y a, comme tu le dis, je te rejoins quelque chose de l'ordre de l'éducation, qui doit être fort. Et puis aussi, je pense que par rapport à ton parcours et ce que j'entends et ce qui résonne, c'est aussi ta capacité à te remettre en question. Et ça aussi, je pense qu'en leadership, c'est aussi quelque chose qui va façonner son chemin. C'est cette capacité à se regarder soi, à accepter ses failles, à être dans l'authenticité, à persévérer. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de dimensions, mais ça revient toujours aussi à la capacité à bien se connaître et à se remettre en question.

  • Speaker #1

    Oui, et puis moi, il y a une chose que ce que tu as dit me touche particulièrement et ça résonne, c'est que moi quand j'engage quand j'engageais en tout cas des gens Je leur disais toujours, parce que l'avantage de la PME, c'est qu'on s'occupe de la cave et du grenier. Tu fais tout. Exactement. Et dans ce cadre-là, quand j'engage quelqu'un, je dis toujours, moi, j'ai le luxe de vous choisir. Moi, je peux vous choisir. Mais vous n'avez pas le luxe de choisir votre boss. Une fois que vous avez choisi FirstMed, c'est Madalena votre boss. et ce que j'aimais à faire et ce que je fais, et puis je continuerai à faire aussi, c'est que je leur dis toujours Je suis votre manager, mais je suis perfectible. La critique, je suis capable de l'entendre parce que je forge mon leadership et mon management à travers vous aussi. C'est comme ça que je grandis. Donc la critique est toujours bonne à recevoir si elle est constructive. Les attaques méchantes, etc. ne servent à rien. Et pour moi, ça, c'est la partie très importante pour un leader ou un manager d'être capable d'avoir cette remise en question. Et je pense qu'on confond toujours confiance et égo. Aussi pour la femme. On se dit, mais une personne qui a confiance a de l'ego. Alors, pas du tout. Pour les gens qui me connaissent, ce n'est pas une question d'ego chez moi, parce que je n'en ai pas. Par contre, j'ai dû apprendre à avoir confiance. Confiance en moi, dans ce que je vais dire, dans ce que je vais faire. Ça ne veut pas dire qu'à travers mon parcours, je n'ai pas peur. À chaque fois que je prends le micro, j'ai peur. Présentement, j'ai peur. Je suis à la télé, j'ai peur. Mais c'est une peur saine qui devient un moteur pour me dire, il faut que tu donnes le meilleur de toi. parce que tu dois être à la hauteur aussi de la confiance que les gens mettent en toi.

  • Speaker #0

    Et si je crée un point avec ce que tu viens de dire, et si on va un step sur ton parcours, on continue un petit peu ton chemin. Donc, tu as passé du domaine des soins en tant qu'infirmière et tu as, on l'a bien aussi compris à travers ce que tu as dit précédemment, tu as pris la direction et tu as créé l'entreprise FirstMed. Alors,

  • Speaker #1

    je ne l'ai pas créée, moi j'ai repris la direction. Alors, pour la petite anecdote, voilà, moi j'ai eu mon diplôme. Oh la grande surprise de tout le monde, parce que mon année HEC, c'est pas l'année la plus joyeuse de ma vie, pour être honnête, parce que j'étais confrontée aussi aux clichés, je veux dire, les gens qui étaient sur les bancs d'école n'étaient pas du même milieu que moi, etc. Et j'arrive avec ce diplôme, je me suis laissée six mois pour réfléchir à ce que je voulais faire, parce que rendez-vous compte, j'étais diplômée infirmière, ce que moi je savais faire, c'était l'urgence, la pédiatrie, l'ortho, la chire et l'anesthésie, etc. Que j'avais un diplôme en management social et culturel, que j'avais un DAS en entrepreneurship business development. mais alors c'est qui qui veut de cet extraterrestre dans le monde du travail ? Et du coup, je me suis inscrite à une plateforme JobUp et il y avait une offre pour devenir directrice d'école de premier secours. Alors, vous le croirez ou pas, je ne voulais pas ce job parce qu'il était à Genève. Par contre, je voulais de l'entretien. Je voulais d'un exercice, je voulais me donner la capacité de comprendre comment j'étais perçue par le milieu du travail. Et j'ai été acceptée pour le premier round. Je vais à ce rendez-vous. J'enfile ma tête à travers la vitrine pour dire bonjour au fondateur de FirstMed, qui étaient les deux médecins. Et puis, je fais cet entretien. Mais moi, je suis hyper sereine. Je ne veux pas de ce job. J'ai fait mon exercice. Je sors de là en me disant, c'est fini. Va-t-il pas que je reçois le deuxième mail qui me dit, on aimerait bien voir pour le deuxième round.

  • Speaker #0

    C'est souvent comme ça. C'est quand on est un peu détaché, que c'est là que ça fonctionne.

  • Speaker #1

    Là, je n'ai pas tout compris. Je suis, ah bon, super, bel exercice. et je repars avec cette légèreté en me disant cool, c'est un exercice. Parce que j'étais à mille lieux de penser que ces deux hommes qui avaient fondé cette école pouvaient laisser les rênes à une femme qui n'a jamais managé et qui était infirmière. Et à la fin de l'entretien, ils me disent, le job est à vous. Je n'ai pas rien compris à ma vie, mais rien compris. Puis je dis, ok, ok, ok, ok. Puis je dis un oui, sans réfléchir plus que tant. Donc, je quitte Genève pour aller chez mon ancien employeur pour leur dire, voilà, j'ai un emploi, je prends la direction d'une école, mais j'ai besoin de partir dans trois semaines. Ils ont été extraordinaires, ils m'ont libérée avec mes heures suives, les vacances, etc. Et du coup, j'ai vraiment fait la transition. J'ai quitté le terrain de l'infirmière pour arriver devant un ordinateur à First Med à Genève, dont je ne pensais jamais mettre les pieds.

  • Speaker #0

    Mais tu dis finalement, qui voudrait être une extra-tresse comme moi ? Finalement, tu avais déjà un socle de compétences extrêmement intéressant, que ce soit dans ton expérience d'infirmière, que aussi, alors l'expérience peut-être pas professionnelle encore, des études que tu avais achevées.

  • Speaker #1

    Mais sur le moment, je ne m'en rendais pas compte, parce que moi, ce que je faisais au quotidien, c'était... Piquer, poser des voies veineuses, faire des antibios, récupérer des patients en bloc, descendre des patients en bloc, faire des soins, faire la toilette, nurser les patients, répondre aux appels malades, gérer des équipes, être avec mes collègues. Donc ça, je savais, je maîtrisais. Vous me disiez de poser une voie veineuse, alors je ne dirais pas que je le faisais les yeux fermés. Mais c'était easy pour moi de trouver une veine, de piquer, puis de poser ma perf. Mais là, du coup, j'étais devant un écran d'ordinateur, il y avait Excel, j'ai vu l'Excel. Oh, c'est quoi ça, Seigneur Dieu ? Parce que, bien sûr, je l'ai vu durant mes études, mais ce n'était pas mon quotidien. Et là, ça devenait mon quotidien. Et puis, ce qui m'a énormément impressionnée, c'est que tout d'un coup, quand j'ai pris ce rôle là j'étais employée

  • Speaker #0

    Je n'ai pas réalisé que je commençais à incarner l'entreprise dans mon rôle comme si c'était la mienne. Je me mettais la pression de la performance financière, je me mettais la pression que je devais sortir les salaires, je me mettais la pression de la satisfaction des gens de travailler avec FirstMed. Je me mettais la pression comme si c'était moi, FirstMed. Et j'ai dû me forger ma boîte à outils de manager et j'ai dû forger ma nouvelle identité.

  • Speaker #1

    Comment tu as pris ta place ?

  • Speaker #0

    J'ai décidé d'aller sur le terrain. J'ai décidé de ne pas rester sur mon rôle de directrice derrière un écran. J'ai décidé d'aller voir ce qui se passait de la cave au grenier, de dire aux équipes que j'étais là pour apprendre, pour observer, pour les entendre. Ça a pris deux ans pour donner ma couleur à FirstMed. C'est ces deux ans qui m'ont permis de faire des erreurs, parce que j'en ai faites, de faire des choses bien, parce que j'en ai faites aussi, et puis de pouvoir commencer à fédérer les gens autour de la nouvelle manager, de la nouvelle identité aussi de FirstMed dans son management. Et ce qui m'a énormément aidée, c'est que j'ai transposé des compétences de soignante. Au management. Et lesquelles ?

  • Speaker #1

    Tu arrives à nous dire un petit peu ? Oui, concrètement.

  • Speaker #0

    On nous apprend beaucoup l'écoute active en tant qu'infirmière. On nous apprend beaucoup l'empathie. On nous apprend aussi beaucoup le parcours de soins. Et l'entreprise, je l'ai pris comme si c'était un parcours de soins. Un patient, on a un parcours de soins. L'objectif, c'est de retrouver un état de santé normal. Et ce que je voulais à mon entreprise, c'était de lui donner un état de santé optimal, voire performant. Et j'ai fait ce même parallèle-là, mais sur une entreprise avec... C'était à moi de créer mes critères, mes enjeux pour comprendre quand est-ce que ma stratégie de soins était juste ou pas juste, pour rectifier si besoin le traitement. Et c'est comme ça que j'ai abordé l'entreprise. Après, sur l'aspect humain, je suis restée celle que j'étais, une écoute active. J'ai dû juste apprendre un peu plus à m'affirmer pour me dire, mais quand je dis non, ce n'est pas méchant. Je peux dire un non sans être la sorcière de cette équipe. J'avais peur de ne pas être aimée par mes équipes. Moi, j'avais besoin d'avoir l'adhésion. Moi, je vis que de travers ça. si mes équipes adhèrent et sont avec moi, je sais que... Je vais me lever tous les jours, à point d'heure, pour eux. Si je n'ai pas ça, je ne sais pas pourquoi je me lève.

  • Speaker #1

    Et comment tu as fait pour ça ? C'est aussi quelque chose qu'on entend beaucoup. Moi, quand j'étais manager, je l'ai aussi beaucoup ressenti. Voilà, ce besoin. J'avais aussi besoin d'être toujours, de me sentir aimée. Jusqu'au jour où j'ai compris que c'était plutôt, j'étais là pour me faire respecter et pas de chercher l'adhésion. C'est juste impossible d'être acceptée de tout le monde. Et puis, voilà, on n'est pas là pour se faire aimer, mais pour se faire respecter. et Comment tu as fait pour t'affirmer à ce niveau-là, de t'étacher de la partie plutôt amour de l'autre, par rapport au respect, par rapport aussi à ton rôle ?

  • Speaker #0

    Il y a eu plusieurs étapes. Je pense qu'une des premières, c'est que je me suis rendue accessible. Donc accessible à la critique, accessible à l'amélioration. J'ai aussi dit à mes collaborateurs, que ce soit par mail ou autre, que je souhaitais être respectée par eux, qu'on était en train de co-construire quelque chose, une histoire ensemble. Et dans la co-construction, il faut de la bienveillance. Et puis ensuite, quand j'ai débuté, j'avais une vitrine commerciale à Genève et la porte était toujours ouverte, d'été comme hiver. Donc les collaborateurs pouvaient venir spontanément. Moi, j'en ai eu un qui préparait son examen de médecine légale pendant que moi, je travaillais sur mes Excel. Et puis on créait cette cohésion. Puis dans le quartier, à un moment donné, on est devenu une communauté parce que les personnes âgées venaient à 9h prendre le café, ce qui me permettait de checker qu'ils étaient toujours parmi nous. Et du coup, voilà, j'ai créé une sorte de communauté. Merci. Moi j'ai une difficulté, c'est que moi j'ai des équipes nomades. Mes collaborateurs étaient et sont étudiants en médecine ou médecins ou infirmières. Donc explosés à travers les facultés, explosés dans leur activité paramédicale.

  • Speaker #1

    Ils ne sont pas toujours là.

  • Speaker #0

    Jamais là physiquement. Et pourtant, les moments clés, c'est les moments de formation. On fait les formations le week-end et c'est à ce moment-là qu'on crée la vision de l'entreprise, qu'on crée aussi l'adhésion à l'entreprise, aux valeurs de l'entreprise. Cette communauté-là, vous la créez dans ces moments-là. Ce que vous allez... passer à votre collaborateur, et c'est là où je reviens à l'éducation, moi je les forme, je les forme avec une équipe compétente, c'est à ce moment-là que vous passez aussi un peu l'ADN de votre entreprise. Puis c'est à vous de désamorcer les conflits plus rapidement. Ne pas attendre que la pomme pourrisse. Parce que je dis souvent à des managers qui me remontent des problèmes RH, je leur dis toujours, mais vous arrivez à un stade où maintenant vous voulez la remettre en question, voire vous en séparez pour X raisons, ce que je peux entendre, mais vous avez toléré ces attitudes pendant 20 ans. Essayez de comprendre que maintenant, Cette personne ne peut pas comprendre ce qui se passe. Qu'est-ce qui fait que vous avez toléré pendant 20 ans ? C'est à vous de vous remettre en question et de savoir maintenant, vous en faites quoi de ce que vous avez toléré pendant 20 ans ? pour pouvoir accompagner cette transition et s'il y a vraiment besoin de cette transition-là. C'est aussi ça, manager. C'est des avancées des conflits en amont.

  • Speaker #1

    Oui, exactement. Et d'identifier tous ces signaux qui peuvent... Perturber le dynamique. Qui va perturber et qui peuvent vite prendre de l'ampleur dans une organisation. Par rapport à la dimension humaine, on parlait par rapport à ton parcours d'infirmière, de dire, quand je sentais que ce n'était plus vraiment la relation humaine qui était au centre. Donc voilà, j'ai décidé de sortir de ce monde. Comment tu as fait pour maintenir toujours cette proximité humaine avec les collaborateurs tout en dirigeant cette entreprise au niveau de sa performance, au niveau de son développement ? Comment tu as jonglé ou comment tu as trouvé l'équilibre entre ce côté performance et ce côté toujours proximité avec l'humain ?

  • Speaker #0

    Ce qui m'a énormément servi, c'est d'écouter les critiques. les points d'amélioration. Parce que moi, je suis allée sur le terrain avec mes moniteurs, j'ai vu comment ils travaillaient, ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Et je leur dis souvent, la colonne vertébrale d'une entreprise, c'est vous. D'ailleurs, je leur ai écrit dernièrement en disant, le vrai succès aujourd'hui, c'est vous. Que ce soit mon succès à moi ou le succès de l'entreprise, c'est vous. Et je pense qu'un leader doit longtemps, et un manager doit longtemps, un chef d'entreprise, vous pouvez avoir la meilleure idée du monde. La meilleure. Si vous n'avez pas des gens qui sont autour de vous, avec vous qui tirent sur la même corde, parce que vous. vous tirez vous sur la même corde avec eux. Cette idée n'a pas d'âme et ne sera pas viable. Et c'est ce qui nous a aidés. Après, c'est vrai que depuis 2011 jusqu'à présent, j'ai fait de la croissance chaque année et pourquoi on a eu cette croissance-là ? C'est parce qu'on a aussi créé une dynamique. On est une famille, on a un concept où on a envie d'apprendre les gestes, plutôt d'enseigner les gestes qui sauvent, de démocratiser. Il y a aussi la raison pourquoi on le fait.

  • Speaker #1

    La raison d'être.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Tes collaborateurs aussi. Le fameux « why ? »

  • Speaker #0

    Pourquoi on le fait ? Et puis pourquoi ils viennent ? Et puis pour eux, j'ai aussi donné des conditions pour qu'ils se disent « c'est un job qui me va bien, j'ai des études contraignantes, elle nous soutient. » Et je leur dis toujours « ce que j'aimerais quand vous quittez cette entreprise, c'est qu'il y a une chose que vous devez retenir de moi, c'est la capacité de se remettre en question, qu'on est perfectible et que je n'ai jamais attendu la perfection de vous, Qu'est-ce que la direction de l'entreprise t'a appris sur toi-même ? Que j'étais résistante à un point que je ne pensais pas, parce que moi j'ai quitté mon statut d'employée et je suis devenue associée en 2014, donc deux ans après être entrée au sein de l'entreprise. Que la vie entrepreneuriale face à une dette, face à un prêt, quand j'ai racheté des parts, je suis contente de ne pas avoir d'ulcère. Mais je n'ai jamais pensé être auto-investie, c'est-à-dire moi je me lève à 5h du matin et je me couchais à minuit. Donc, j'étais pleinement dédiée à l'entreprise et je n'aurais jamais cru avoir cette capacité de tenir sur 15 ans à ce rythme-là d'investissement humain et physique.

  • Speaker #1

    Comment tu te préserves ? Qu'est-ce que tu mets en place concrètement ? Ça peut aussi aider les personnes qui nous écoutent. On parle beaucoup de la santé mentale maintenant, de toute cette forme d'épuisement. Il y a encore récemment une étude Gallup qui a montré qu'il y avait quand même... 70% des managers qui se disent désengagés, une forme de désengagement. Comment concrètement, toi, tu te préserves de cette pression ? Tu dis, je peux être contente de ne pas avoir d'ulcère. Finalement, qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu fais pour te préserver ?

  • Speaker #0

    Je vais te décevoir, je suis une pire élève. Je n'ai rien fait. Je pense que mon métier d'infirmière m'a aussi appris à travailler dans des conditions pas du tout faciles. Des plannings à 8 ans de 2 heures. ou 72 heures par semaine, alterner trois jours, deux jours, deux nuits, revenir deux jours. Donc, la pression, ça, je connais. J'ai beaucoup appris avec mon métier de séparer l'émotionnel du factuel. Quand vous êtes dans une réa, ce n'est pas l'émotion qu'il faut, c'est du factuel. C'est les automatismes, c'est la réa, etc. Donc, vous fonctionnez. Et puis, l'émotionnel, si vous avez le temps de vous en occuper, vous vous en occupez. Et puis, j'avais fonctionné dans ce mood-là. Puis après, il y a eu un événement dans ma vie en 2020. Alors, tout le monde pensera la pandémie, mais pas que. ma jeune soeur a été atteinte d'un cancer et puis elle va bien et je suis hyper contente évidemment et je suis très très heureuse mais ça vous remet aussi l'église au milieu du village ça vous remet aussi en place vos valeurs, de ce que vous voulez pour la suite parce que le demain n'est plus garanti même si j'avais cette notion déjà du fait que demain n'est pas une garantie pour moi, là d'autant plus quand on est une femme qui arrive au tournant des 42 ans, il y a plein de choses qui font que j'ai réalisé et que j'ai aussi réalisé que vous pouvez donner à 250% une équipe C'est... Il faut savoir faire... Un pas en arrière, c'est pas parce que vous donnez 100%, 80% que vous serez moins bon ou moins performant. Vous avez le droit d'exister en tant que personne.

  • Speaker #1

    Ou moins reconnu aussi, ou se sentir... Je pense que ça peut être, en t'entendant, ça me fait penser aussi à ce qu'on entend beaucoup, c'est de se dire, c'est pas parce que je fais un pas de recul que je me préserve, que je suis moins engagée et que je vais être moins légitime.

  • Speaker #0

    Complètement. Et c'est complètement ça. Après, je n'avais pas tant de problèmes de reconnaissance parce que vraiment, je n'ai pas d'ego. Je pense que pour certains disent que c'est parfois une faiblesse parce qu'on vous marche dessus. Alors oui, clairement, moi, mes plus grandes erreurs et ce que je consécre maintenant de plus en plus à ce que je fais dans le cadre des coachings, la confiance aveugle, c'est fini. Il faut mettre des gardes fous, il faut mettre un cadre, il faut protocoler les choses. Il ne faut pas agir à l'instinct, il ne faut pas agir au ventre. Tout le monde vous vendra du rêve quand vous êtes dans un projet qui peut être bankable demain ou simplement qui est super intéressant. il faut vous dire que c'est pas parce que vous êtes un tout petit peu méfiant que vous n'avez pas le cœur à la bonne place. C'est juste que vous êtes stratégique parce qu'il faut savoir faire la part des choses dans une activité business et dans une activité sociale ou privée. Et ça, pour moi, ça apporte.

  • Speaker #1

    Trouver toujours ce meilleur équilibre. Oui, tout à fait.

  • Speaker #0

    Puis maintenant, c'est sûr que j'essaie de reprendre la place en tant que Madalena, en tant que femme. Et pour ça, je reprends ce que j'aime faire. J'adore lire. Donc, du coup, je suis repassée au livre papier. Plus de liseuse, j'ai besoin de ça. Je prends du temps pour faire du sport, de cuisiner. plutôt des pâtisseries, parce que cuisiner au quotidien, c'est un fait, mais prendre le plaisir de faire des choses un peu plus élaborées, des petites choses comme ça, qui vous sont peut-être anecdotiques, mais qui, dans un quotidien, vous ramènent à vos moments à vous.

  • Speaker #1

    Alors, je prends la balle au bon. Effectivement, aujourd'hui, tu es dans une période intense et particulière, si je peux l'appeler comme ça, puisque tu es dans la transmission, tu remets l'entreprise. Je te propose, si tu es d'accord aussi, de nous en dire un petit peu quelques mots. et puis surtout... de nous dire comment tu vis cette période où tu vas, après de nombreuses années d'engagement à la direction de cette entreprise et aussi en tant qu'associée, comment tu arrives à prendre du recul, à lâcher prise ? J'imagine que c'est aussi un gros défi à ce niveau-là.

  • Speaker #0

    C'est un gros challenge. En effet, on a pris la décision, tu me parlais de comment tu te préserves. Mars 2021, lors d'une assemblée générale, on a pris une décision de vendre l'entreprise. Moi, j'ai annoncé à mes associés qu'il était temps qu'on... que je fasse un pas en arrière, que je décide de prendre soin de ma vie, d'exister en tant que Madalena. Et d'un commun accord, on s'est dit avec mes associés qu'il était temps de vendre, parce que FirstMed est arrivé à maturité, parce que FirstMed va bien. Puis c'est dans ces phases-là que c'est pertinent d'aider une entreprise à encore plus prendre son essor. Et puis d'un commun accord, on s'est mis en route pour ce parcours qu'est la transmission d'entreprise. Et qui s'est donc achevé positivement, puisqu'on a vendu l'entreprise. Mais par contre, ce parcours de transmission d'entreprise, ce n'est pas un parcours si facile. Alors ça, ça mériterait un podcast, mais tout à part.

  • Speaker #1

    J'imagine. Ça serait très intéressant d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Parce que vous vous imaginez, vous vous projetez sur un montant, sur un type de sortie. Vous vous dites, si je vends, je pars, je claque la porte gentiment en disant merci pour tout ce que vous m'avez donné durant ces années. En vérité, ce n'est pas ça. Quand on est une PME, ce qui crée la valeur de la PME, c'est l'humain. J'ai dû faire mon deuil aussi du concept. Oui, on sort et c'est fini, au revoir. J'ai dû me remettre aussi en question dans les deals, etc. Et au final, en effet, j'ai vendu l'entreprise. Nous avons vendu. Là, je reste active en tant que directrice stratégique et innovation pour accompagner First Med dans une nouvelle phase de sa vie, pour écrire un nouveau chapitre, d'accompagner à quelque part mon nouvel associé. C'est le cas, c'est un nouvel associé. qui a une énergie folle et qui va amener, j'en suis sûre, une énergie différente à First Med. L'ADN ne sera pas trahi, mais au contraire, sa vision, son dynamisme, cette fraîcheur va amener quelque chose de nouveau, qui était nécessaire. Le fait de faire un pas en arrière, c'est aussi savoir accepter qu'à un moment donné, on a fait ce qu'on devait faire. C'est success and legacy. Il y a eu un succès, je lègue et je délègue. Et puis, j'ai formé pendant neuf ans mon bras droit. qui est Natacha, et qui maintenant a repris les rênes opérationnels de l'entreprise et à qui je ne peux que souhaiter une aventure aussi pleine et riche, autant humainement qu'au niveau managérial que j'ai pu la vivre. Et je suis heureuse de cette transmission.

  • Speaker #1

    Et on voit aussi que le processus est long. Tu parles de 2021, votre décision, et puis on est en novembre 2025. Donc voilà, c'est un processus long. Est-ce qu'il y a eu, durant ce processus, des étapes un petit peu plus... particulières pour toi, où tu t'es plus remise en question, où tu doutais de ce qui allait potentiellement se passer par rapport à la transmission d'entreprise, où c'était quelque chose que tu as plutôt vécu comme quelque chose d'assez fluide ? Alors moi,

  • Speaker #0

    je vais dire ce que j'ai dit hier à la conférence concernant la transmission d'entreprise. Si vous pensez que vendre une entreprise, c'est comme vendre un vélo sur Ricardo.ch, il faut arrêter. Il y a le process, il faut arrêter, mais maintenant. Parce que c'est un process qui est long. Après, il faut savoir aussi qu'il ne faut pas avoir d'égo. Si vous avez un égo, il ne faut même pas rentrer dans un process comme ça. Vous allez être challengé, vous êtes mis à nu, vous allez être dans la transparence la plus totale. On va vous challenger aussi dans votre gestion administrative, managériale, une due diligence. On va jusqu'au dernier détail, mais ce n'est pas le dernier détail financier uniquement. C'est le fonctionnement, l'âme de l'entreprise. Donc, il faut être capable d'avoir la vulnérabilité d'être mis à nu et d'accepter cette mise à nu qui peut vous remettre aussi en question. Ça a été des moments émotionnels, c'est des up and down tout le temps, parce qu'après, vous rencontrez des gens, ça match ou ça match pas, etc. Mais ce qui m'a été difficile, c'est que... À un moment donné, on se dit, je dois remettre le bébé. Vous avez mis tellement... Moi, j'ai mis mon cœur, ma vie dedans. C'est 15 ans de ma vie complète que je suis en train de repasser. Et c'est sûr que j'en ai pleuré, qu'il y a eu des moments de doute. Est-ce que je fais le bon choix ? Mais c'est un parcours que je ne regrette pas. Est-ce que je l'aurais fait différemment ? Bien sûr, avec l'expérience que j'ai aujourd'hui, j'aurais optimisé ce parcours. Mais bon, je n'avais pas l'expérience. On ne refait pas le chemin. Exactement.

  • Speaker #1

    On peut seulement continuer à avancer.

  • Speaker #0

    Je peux juste utiliser mon expérience, j'espère, pour d'autres.

  • Speaker #1

    Alors que tu dis, tu passes le bébé, est-ce qu'il y a quelque chose que t'aimerais qu'il reste de la pâte de Madalena ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est le côté lien, famille. Ce n'est pas parce qu'on est une équipe explosée en Suisse, qu'on est digitale, etc. Parce qu'évidemment, on est un peu des digitales nomades. Et puis j'ai une équipe qui est nomade, puisqu'on est explosée en Suisse romande. C'est de garder ce lien de famille et puis surtout se rappeler. Je dis toujours à mes médecins et à mes étudiants ou les gens qui sont... Au sein de FirstMed, FirstMed va vous apprendre une chose qui est la chose la plus précieuse. C'est de démocratiser et vulgariser votre langage. C'est de rendre accessible le savoir. C'est de rappeler que le premier maillon de la chaîne de premier secours, ce n'est pas nous en blouse blanche, mais vous le citoyen. C'est vous qui allez pouvoir agir. C'est vous qui allez appeler le 144. Et je leur dis souvent, on vous donne la compétence de demain, auprès d'un patient à qui il faudra expliquer le diabète ou une maladie complexe, de savoir encore plus facilement l'expliquer parce que vous aurez appris à vulgariser et aller à l'essentiel. Et j'ai envie qu'il garde cet aspect-là de ma part. Cette humilité de se dire on est à niveau et on explique les choses calmement et simplement.

  • Speaker #1

    J'aimerais, si tu es d'accord, qu'on parle de leadership, ta vision future. J'aimerais beaucoup t'entendre par rapport à comment tu vois le leadership dans le futur. Alors, il y a déjà des choses que tu as abordées dans cette conversation. La première chose que j'aimerais te demander, c'est quelque chose que j'ai beaucoup aimé entendre de ta bouche. quand on a échangé autour d'un café avant d'enregistrer cet épisode, tu m'as dit « le leadership n'a pas de genre » . Oui. Et moi, j'ai trouvé cette phrase extraordinaire, parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de leadership au féminin. Moi, c'est des notions avec lesquelles je ne suis pas non plus très à l'aise, parce qu'on a toujours, une nouvelle fois, tendance à mettre dans des cases les choses. Donc voilà, j'aimerais juste qu'on explore un petit peu ce que t'en penses. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, cette notion de leadership ? qui n'est pas genrée.

  • Speaker #0

    C'est rappelé que le leadership, c'est un état d'être, un état de fait, c'est une façon de se positionner. Et là, je sors du cadre du leadership parce que là, on est plus dans le côté managériel. Vous avez des femmes qui managent comme des hommes, avec l'agressivité, le cadrage et tout, puis des hommes qui ont une sensibilité, une empathie qu'on dirait féminine. Donc, si on arrêtait juste de genrer le leadership ou le management, ça permettrait juste de se dire qu'ils ont des compétences managériale à avoir. C'est une compétence qu'on peut acquérir. Il y a des choses où on est obligé de genrer, que ce soit dans la médecine, dans les traitements, etc. Et on le voit très bien aujourd'hui que dans la médecine des femmes, la recherche est passablement en retard, etc. Donc il y a des endroits où il faut genrer. Il y a des endroits où je ne vois pas l'intérêt. Bien sûr que je me bats pour l'entrepreneuriat au féminin, mais non pas parce que je veux qu'il soit au féminin, c'est que je veux remettre la place de la femme dans l'économie. Et si je suis obligée de dire « entrepreneuriat au féminin » pour qu'on considère la femme chef d'entreprise, ok, je le mettrai. Mais le leadership, c'est quoi ? C'est incarner. C'est incarner qui on est, c'est incarner le why, c'est incarner son projet, c'est incarner la volonté de tirer ensemble sur la même corde. Et ça, on peut le faire tout aussi bien si on est un homme, une femme. Après, ce qui va diverger aussi, je m'excuse, c'est plus qu'une histoire de genre, c'est l'éducation. Bien sûr. C'est nos qualités intrinsèques. C'est ce qu'on travaille sur soi. Donc c'est pour ça que moi, j'aime bien garder cet aspect-là, de le leadership n'a pas de genre.

  • Speaker #1

    Je trouve ça... J'adore. vraiment je suis je suis Je trouve que c'est extrêmement parlant par rapport à ça. Quels sont pour toi, en termes de leadership, les plus grands enjeux dans les prochaines années qui vont vraiment impacter le leadership de manière générale ?

  • Speaker #0

    L'authenticité. On va avoir un gros problème. Alors, je ne sais pas si c'est tant le leadership que sur l'aspect managérial. Manager une équipe qui utilise des outils IA, comment j'évalue mon collaborateur ? Comment je sais que ce qui est en train d'être fait, vient de lui spontanément, donc d'une démarche intellectuelle qu'il a prémâchée, travaillée, etc. pendant des heures, que le fait qu'il sache bien prompter une problématique et que l'IA nous redonne quelque chose que lui mettra. Le gros challenge, il est là pour moi aujourd'hui, c'est manager avec l'IA. Parce que ce que j'aime dans le management humain actuel sans l'IA, c'est que j'évalue une personne dans sa compétence à elle, dans sa façon d'être et de faire. Avec l'IA, on est biaisé. Je ne sais jamais qui va me répondre. Est-ce que c'est un mail écrit ? Donc là, il y a ça. Après, il y a le côté très authentique, le côté qu'on va de plus en plus nous amener à automatiser ou à robotiser certains postes de travail. Comment on fait pour garder le management humain ? Parce que je lead des humains, je ne lead pas les robots d'Amazon qui, actuellement, sont en train d'emballer des colis. C'est la place du leader. Aujourd'hui, on a une société qui... à cet essor d'automatisation ou de robotisation de certains postes, ce qui m'inquiète.

  • Speaker #1

    Et ce que tu dis par rapport à l'IA, effectivement, est extrêmement important, puis je l'avais également mis pour l'aborder avec toi. Selon toi, comment aujourd'hui, parce que c'est un enjeu, ce que tu disais, il n'y a pas d'humain sans IA.

  • Speaker #0

    Il faut quelqu'un prompt.

  • Speaker #1

    Il faut quelqu'un qui prompte, effectivement. Et ça, je pense, c'est un enjeu, comme tu le dis, qui est extrêmement central. Comment... Aujourd'hui, très concrètement, une entreprise, elle peut faire ou qu'est-ce qu'elle peut faire pour tant donner la place, ça fait partie de notre quotidien et ça va encore se renforcer dans les mois et les années à venir, et essayer de garder la place centrale de l'humain et la proximité avec l'humain. Comment tu vois les choses par rapport à ça et comment les entreprises pourraient le faire ?

  • Speaker #0

    Je crois que les entreprises doivent se rappeler qu'il existe des soft skills. C'est très important de se le rappeler parce qu'on a tendance, on est une société qui acte sur la performance. Donc, qui dit performance dit quelque chose de très analytique, très carré, etc. On a des personnes qui ont des soft skills qu'on sous-exploite. Peut-être qu'on doit aussi revoir ce qu'on cherche à avoir chez nos collaborateurs. Parce qu'une partie de leur tâche sera automatisée, mais il y a peut-être moyen de. Après, si aujourd'hui, je serais à la tête d'une entreprise où il faut intégrer l'IA, mais il faut l'intégrer l'IA, c'est d'identifier les postes. Quel impact ça a sur mon collaborateur ? comment je peux renouveler. Je ne veux pas le remplacer. J'espère que je ne veux pas le remplacer. Ça, c'est le gros challenge. Je ne veux pas le remplacer. Comment je peux utiliser sa force autrement, allouer ses compétences ailleurs et éduquer le collaborateur à l'IA ? Je pense que c'est aussi ça. C'est vraiment, on est à un stade où il faut de l'éducation. Et il faut de l'éducation responsable parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de dérives actuellement. L'IA n'est pas que salutaire. On salue les avancées, mais il y a aussi un côté qui moi m'inquiète. tout ce qu'on voit actuellement, les suicides liés à l'IA, les jeunes qui se font des amis imaginaires avec l'IA, les partenaires de vie via l'IA, il y a des dérives. Et je pense qu'il faut adopter un code éthique quand on est une entreprise qui utilise l'IA et avoir des warnings.

  • Speaker #1

    Oui, il y a beaucoup de choses à travers l'IA qui peuvent se construire de faux. Complètement, toute une carrière. Voilà, donc c'est vrai que j'ai l'impression, alors ça c'est tout à fait personnel, qu'il y a quand même pas mal d'organisations, d'entreprises qui mettent encore pas mal les pieds contre le mur. Alors que finalement, je pense qu'il faut absolument pouvoir intégrer ça, parce que si l'entreprise n'intègre pas de manière transparente l'IA dans ses process, dans son entreprise, il y aura forcément les personnes, les individus qui vont le faire de manière un peu détournée. Donc là aussi, il y a des risques. Et puis, une autre chose, alors je ne sais pas ce que tu en penses, mais ça, c'est tout à fait aussi personnel. Moi, j'ai un peu l'impression qu'autant on est dans quelque chose d'étonnant, assez disruptif avec l'IA, mais autant j'ai l'impression que ça va nous ramener peut-être quelque chose de beaucoup plus humain, un besoin d'être beaucoup plus proche de l'humain. Je ne sais pas si tu le ressens aussi. Une nouvelle fois, c'est vraiment un sentiment très personnel dans les discussions que j'ai avec les entreprises.

  • Speaker #0

    Il y a deux aspects. Sur ce que tu disais sur l'IA et l'intégration pour les entreprises, je vais parler quand on est entrepreneur, pas de leader, pas de manager en tant qu'entrepreneur. Si on met les pieds au mur, ça veut dire qu'on veut rater. Ou qu'on se sabote l'avenir et l'opportunité de l'avenir. Il y aura toujours un concurrent qui fera mieux, il y aura toujours un concurrent qui ira plus vite. On ne peut pas mettre les pieds au mur en disant « je ne veux pas de l'IA » . Alors ça, c'est déjà pas du tout salutaire pour la vision entrepreneuriale de l'entreprise. Ce qui est salutaire, c'est de se poser la question de comment je l'intègre, de quelle est sa plus-value, et où je la... Vraiment, pour moi, c'est une analyse et une éthique à adopter. Donc sur cet aspect-là, je te rejoins pleinement. Sur l'autre aspect, je vais être transparente avec toi, je suis un peu mitigée. Je suis un peu mitigée parce que les gens vivent derrière les écrans, de plus en plus. C'est pour ça que je soutiens énormément la culture. Les endroits où on se retrouve tous ensemble, c'est dans une salle où on peut rire à l'unisson sur un sketch ou sur une phrase. Moi, j'aime les spectacles, j'aime les expositions. Vous êtes obligés d'aller sur un endroit, vous déplacer et vous retrouver. Et ça, j'aime assez. Moi, ce qui m'angoisse, c'est qu'on vit à travers Zoom, énormément. Toutes les réunions, 98% des réunions sont Zoom. Ce que je n'apprécie moins dans Zoom, c'est qu'au final, vous avez l'impression peut-être que la réunion s'est mal passée parce que vous avez eu un ressenti, parce que la personne a posé le regard un peu de travers, etc., On désamorce la tension quand on est... en physique et plus difficilement en Zoom. Mais j'espère en effet que ce que tu disais se concrétise vraiment et qu'on continue à se rencontrer sur des choses, comme je dis, sur les loisirs, sur l'envie de se retrouver. Il faut que nous, managers et leaders, on soit vigilants sur la partie team building. À nous de recréer des moments où on se retrouve. Parce que le télétravail prend un essor fou. Il y en a certaines personnes qui ne sont pas revenues au bureau. À nous d'être vigilants, à garder l'humain au cœur de nos entreprises.

  • Speaker #1

    Je pense alors, effectivement, une nouvelle fois, comme je disais, c'est quelque chose de très personnel. Ce que je ressens, alors je pense qu'on en est encore de loin pas là. Et puis, on va encore traverser des moments justement où ce fossé va encore peut-être encore un peu se creuser. Mais je me dis que peut-être c'est ce qui va renforcer. À un moment donné, les gens en auront vraiment marre que tout passe au niveau de la technologie, au niveau de l'intelligence artificielle. Donc, je me dis que ça peut être aussi une opportunité. Les gens, à un moment donné, ils auront tellement marre qu'ils diront qu'on veut retrouver ce côté humain. Et on le voit. Alors, effectivement, ce côté télétravail a enlevé beaucoup de liens sociaux dans les entreprises. Mais je vois aussi des entreprises qui essayent de recréer. Et on voit cette problématique qui s'est un petit peu installée et qui essaye de mettre en place des événements. Plus de séances en présentiel, vraiment qu'essaye de redonner du lien, de recréer du lien entre les collaborateurs, entre les équipes, même si ce n'est pas facile parce qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui sont habituées à travailler à distance et qui ont de la peine à revenir au bureau ou en tout cas en présentiel. Et il y a ceux qui ne veulent pas du tout travailler à la maison et qui veulent absolument garder ce lien. Donc, effectivement, c'est un défi pour les entreprises de trouver un juste équilibre en gardant cette flexibilité, mais aussi en mettant... au centre ce lien social qui est hyper important.

  • Speaker #0

    Pour moi, l'essentiel d'une entreprise, c'est avant tout l'humain. Et si on ne fait plus d'humain, puis que tout le monde est loin et tout le monde est robotisé, est-ce qu'on peut encore l'appeler entreprise ? Je ne sais pas. Comme on l'a entendu à l'époque, les entreprises, c'est les gens. C'est les gens qui le font, qui font la définition d'entreprise, pour moi.

  • Speaker #1

    L'avenir nous le dira.

  • Speaker #0

    On verra.

  • Speaker #1

    On arrive gentiment au bout de cette conversation. Pour boucler un petit peu la boucle, j'aimerais te demander, quand tu regardes ton parcours, de quoi es-tu la plus fière ?

  • Speaker #0

    C'est une bonne question. Est-ce que j'ai une fierté ? Oui, je pense que ma plus grande fierté, c'est que je me suis toujours battue pour ce qui me semblait juste, que ce soit pour la médecine digitale. Je suis montée jusqu'à Berne, quand j'ai voulu démocratiser cette accessibilité aux urgences. Il y a plein de choses pour lesquelles je me suis battue. qui n'ont pas toujours eu des issues positives, parce que quand vous êtes dans le milieu politique, ce n'est pas forcément là que vous allez faire bouger des pierres. Je pense que je suis fière de ne jamais avoir abandonné. Là, je te raconte une histoire qui peut sembler super, mais j'aimerais que les gens retiennent une chose. Avoir une photo dans un magazine, faire une interview, c'est de la paillette, c'est très joli. Mais ma réalité, elle est cabossée. J'ai les genoux, mais on sent. Je suis tombée, pas une fois, pas deux. mais je suis tombée plus de 50 fois. J'ai reçu des coups. Et là où je suis la plus fière, c'est d'avoir été capable d'en faire des forces, de me relever, de m'améliorer, d'accepter la critique pour en faire, j'espère, quelque chose qui m'amène à être la meilleure version de moi-même.

  • Speaker #1

    Et tu es ordinaire. Complètement. Complètement. Et c'est ça aussi qui est important pour moi avec mes invités sur le podcast. Moi, j'aime recevoir des personnes. Enfin, une nouvelle fois, alors bien sûr que tu as un côté... publique par rapport à ton parcours, par rapport à ce que tu as construit au fil des années. Mais moi, je reçois d'abord une personne ordinaire et qui partage son parcours, qui peut en inspirer d'autres, qui peut ouvrir des paroles, qui peut allumer quelques lumières aux personnes qui écoutent. Mais pour moi, ce qui est hyper important, c'est d'avoir en face de moi, de pouvoir partager. C'est ça aussi que j'aime, me nourrir de personnes ordinaires.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup. Si j'ose, il y a une chose, que si quelqu'un m'écoute, J'aimerais une chose qu'ils doivent absolument retenir de moi. Si je prends la parole, c'est pas pour moi. C'est pas pour raconter une histoire. Si je prends la parole, c'est pour le faire pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. C'est pour pouvoir être peut-être cette voix qui va être... d'impulsion, de courage, de se dire ok, si elle, elle y est arrivée, moi je peux y arriver aussi. Parce que moi, je vous le dis, on n'aurait pas parié un franc, je n'ai rien fait d'extraordinaire, j'ai juste essayé d'améliorer un quotidien, d'essayer d'aller au bout des idées. Donc j'aimerais que s'il y a quelque chose qu'il faut retenir de moi, c'est ça. C'est que si moi j'y suis arrivée,

  • Speaker #1

    mais tout le monde peut y arriver. Il n'y a pas un chemin unique,

  • Speaker #0

    il n'y a pas une recette. et puis il y a une chose que j'aimerais dire aux femmes mettez-vous pas la pression, on n'attend pas de vous d'être parfaite Et puis, on n'attend pas de vous que vous soyez toutes des entrepreneurs. On attend juste de vous que vous soyez heureuses dans ce que vous voulez faire et accomplir ce que vous voulez faire.

  • Speaker #1

    Mettez-vous pas de pression sur ça. Et si tu devais adresser un message aux femmes et aux hommes, aux managers qui nous écoutent, qu'est-ce que tu aimerais leur dire en particulier ? Alors, tu as déjà donné beaucoup de messages,

  • Speaker #0

    mais une chose qui va nous permettre de boucler la boucle ? Que dans le rôle de manager, on a des phases. Et dans ces phases-là, on peut être plus ou moins bon. Et dans les phases moins... Il faut être capable d'aller se confronter à la critique, de comprendre ce qui ne va pas. La remise en question ne remettra pas en question tous les bienfaits faits en amont. Il y a parfois la capacité et l'humilité de se dire peut-être que j'arrive à la fin d'un chapitre et c'est soit moi qui ne suis plus à la bonne place, soit avec mes collaborateurs, j'ai perdu un lien et que je peux reconstruire. Je pense que parfois, si je vous parlais du début de mon histoire, j'étais aigrie au lieu de faire peser mon aigreur sur les autres, juste prendre le temps d'être un peu,

  • Speaker #1

    de faire une introspection sur soi. Ça sera le mot de la fin ? Je te remercie infiniment. Merci Magali, c'était agréable l'échange. Je te remercie pour ton temps, une nouvelle fois, et puis aussi pour tes propos hyper authentiques. Et ça, je trouve, tu parlais d'authenticité d'ailleurs tout à l'heure, ça je trouve que c'est quelque chose qui est d'autant plus important aujourd'hui. On parlait de l'IA, on parlait de la technologie, on parlait de cette place centrale de l'humain, et on peut s'autoriser dans les entreprises, que ce soit en tant que leader, en tant que manager, et aussi en tant que... collaborateurs à être authentiques. C'est important.

  • Speaker #0

    Merci infiniment de ta présence.

  • Speaker #1

    Et à tout bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner pour ne rien manquer des prochains. Et surtout, venez me retrouver sur LinkedIn pour continuer la discussion. J'adorerais connaître votre point de vue et échanger avec vous. À très vite pour un nouvel épisode d'Entre nous.

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Description

Et si notre manière de manager trouvait sa source dans notre histoire, nos valeurs et nos expériences de vie ?


Dans cet épisode d’Entre Nous, j’ai le plaisir de recevoir Maddalena di Meo, ancienne infirmière devenue entrepreneure, dirigeante et administratrice.

Un parcours riche, traversé par le sens du service, la résilience et l’envie d’impacter positivement le monde du travail.


De ses racines familiales à la direction de Firstmed, de la vente de son entreprise à sa réflexion sur la transmission, Maddalena partage avec sincérité ce que ces étapes lui ont appris sur le leadership humain et la gestion d’équipe.


Elle se bat pour rendre le monde du travail plus humain en encourageant une approche managériale basée sur le DEI (Diversité, Egalité et Inclusion)


Dans cette conversation :

  • Comment son histoire familiale et son éducation ont posé les bases de son parcours

  • Ce que le métier d’infirmière lui a appris du leadership et de la relation à l’autre

  • Les défis et apprentissages de son parcours d’entrepreneure et de dirigeante

  • Ce que la vente et la transmission de son entreprise lui ont révélé sur la confiance et le lâcher-prise

  • Sa vision d’un management ancré dans l’humain, le courage et la bienveillance


Que vous soyez manager, RH ou collaborateur, cet épisode vous apportera des clés précieuses pour mieux comprendre les enjeux humains derrière la performance.


🎧 Très bonne écoute !


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Transcription

  • Speaker #0

    Manager aujourd'hui, c'est naviguer dans un monde qui change vite, complexe, exigeant, parfois même déroutant. Ici, pas de recette miracle, parce qu'un bon manager ne cherche pas la perfection. Il apprend, il s'adapte et il ose. Je suis Magali Vanet, coach, consultante et formatrice en management. Entre nous, c'est le podcast des managers où on parle vrai, du terrain, des défis, des doutes et des réussites. Toujours avec une seule intention, partagée avec... vous des réflexions et des outils concrets issus de mes 20 ans de management et de ce que j'observe chaque jour avec mes clients. Parfois en solo, parfois avec des invités du terrain, mais toujours dans l'authenticité et le partage, pour vous donner des clés utiles et actionnables. Alors, prêt à souffler un peu, à sortir la tête du guidon et avancer dans votre rôle ? C'est parti pour un nouvel épisode d'Entre nous. Et dans ce nouvel épisode, aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Madalena Dimeo, qui est associée et directrice de la société FirstMed, qui est une école de premiers secours active en Suisse romande. Après plus de dix ans comme infirmière, Madalena se forme à l'Université de Genève, dans le domaine de l'entrepreneuriat et du business. Et en 2011, elle prend la direction de cette école, FirstMed, et on devient, quelques années plus tard, associé. et administratrice. Et comme vous l'entendrez dans les premières minutes de notre échange, elle ne veut pas qu'on parle d'elle et de son parcours comme quelque chose d'extraordinaire. Mais elle se décrit volontiers comme une femme ordinaire et têtue. Et pourtant, et vous l'entendrez, en l'écoutant, on comprend vite que derrière cette simplicité, il y a un vrai courage, beaucoup de cœur et beaucoup d'engagement. Dans cet épisode avec Madalena, on a parlé de ses racines italiennes, de sa famille, de ses valeurs, mais aussi des obstacles qu'elle a surmontés et de la manière dont elle s'est affranchie du regard des autres. Elle nous partage aussi ce que son métier d'infirmière lui a appris sur le management et comment elle a su entreprendre avec courage, sensibilité, authenticité et tout ça en laissant. de côté son égo. Aujourd'hui, Madalena vit une étape charnière, la vente et la transmission de l'entreprise qu'elle a dirigée pendant près de 15 ans. Alors, elle nous explique dans cet épisode, avec beaucoup de sincérité, mais aussi pas mal d'émotion, ce que représente ce passage de relais et comment elle vit cette transition, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle nous a aussi parlé de sa vision du leadership. Un leadership non-genré, comme elle aime le dire, est profondément humain. Et c'est ce qu'elle défend d'ailleurs avant tout, c'est l'idée forte de remettre l'humain au centre du monde du travail. Et c'est aussi à quoi elle souhaite désormais consacrer son énergie et son engagement. C'est accompagner les entreprises à redonner du sens, du lien, de l'humain. Et vous l'entendrez, tout au long de cet épisode, on découvre une femme forte. sensible et terriblement inspirante. Alors vous pouvez retrouver Madalena Dimeo sur LinkedIn et sur son site web madalena-dimeo.ch D'ailleurs, les liens sont dans la description de l'épisode. Bon, allez, place maintenant à cet échange avec Madalena. Hello Madalena !

  • Speaker #1

    Bonjour Magali !

  • Speaker #0

    Je suis très très contente de te recevoir aujourd'hui. Merci pour le temps que tu m'accordes pour ce podcast. Je sais que c'est une période particulière et intense pour toi. Donc d'autant plus merci vraiment de prendre le temps de cet échange. Je me réjouis vraiment beaucoup de cette conversation toutes les deux. Mais moi aussi, merci en tout cas de l'invitation. C'est un vrai plaisir d'être à tes micros. Et c'est vrai que je suis ton parcours entrepreneurial maintenant depuis plusieurs années. Et puis, j'avais vraiment envie de t'entendre, de pouvoir échanger avec toi sur ce parcours, sur comment tu l'as construit. Et je pense que ça peut aussi donner beaucoup d'impulsion, beaucoup d'inspiration aux personnes qui nous écoutent, aux auditeurs. Et puis, on nous écoute à travers ce podcast bien au-delà de la Suisse romande. Donc, je me réjouis de t'entendre et de pouvoir partager toute cette conversation avec les auditeurs du podcast. Pour commencer, pour lancer la conversation, je te propose peut-être pas de te présenter de manière un peu traditionnelle, mais plutôt que tu nous racontes un petit peu ton parcours à travers les principales étapes qui font que tu es la personne, la leader que tu es aujourd'hui, si ça va pour toi.

  • Speaker #1

    Bien sûr, alors avant toute chose, vous n'allez pas... Entendre l'histoire d'une femme extraordinaire, mais d'une femme ordinaire, têtue. Je suis une infirmière devenue entrepreneur un peu par hasard, un peu par frustration. C'est l'histoire d'une femme qui a toujours rêvé d'être infirmière, depuis l'âge de 3 ans. J'ai aimé ce métier et je suis devenue infirmière et la vie m'a amenée à devenir entrepreneur un peu par hasard. La frustration de mon métier ? Parce que... Quand j'ai choisi de soigner, j'ai choisi de soigner des gens, des histoires, des parcours de vie, d'être auprès d'eux. L'économie est entrée dans ce domaine des soins et j'ai vu l'évolution de la façon dont on soignait les gens. Et quand vous aviez une charge de 4 patients, puis vous finissez votre carrière avec 12 patients, avec une seule infirmière, on n'est plus dans la qualité, on est dans la performance et dans l'exécution automatisée. Et moi, ça me frustrait énormément. Et quand on est face à une frustration, il y a deux options. soit on devient aigri parce qu'on est frustré puis on devient cette collègue insupportable parce qu'au final, on n'est pas bien avec soi, on n'est pas bien avec ce qu'on vit au quotidien et du coup, on le fait, on reporte ça sur les autres ou bien je me responsabilisais puis je faisais quelque chose de cette frustration et c'est là que mon parcours a débuté. Comment il a débuté, tu vas me dire ? Exactement ! Comment il a débuté ? J'ai toujours voulu faire du social, je détestais l'économie et ses outils économiques mais j'ai réalisé que ces outils pouvaient être utiles et servir les causes. s'ils étaient bien utilisés. Donc, j'ai commencé mon cursus de réorientation professionnelle en faisant une formation en management social et culturel. Pour la petite anecdote, moi je m'appelle Madalena Di Meo, je suis fille d'immigrés italiens, qui mes parents sont là depuis maintenant 48 ans en Suisse, plus que bien intégrés, et je suis née à Vevey.

  • Speaker #0

    On y reviendra aussi sur ton histoire plus familiale.

  • Speaker #1

    Donc, pour vous mettre un peu le contexte, au moment où j'ai décidé de reprendre des études, je prenais un risque. financier aussi parce que je n'avais pas les moyens d'arrêter de travailler. Donc, j'ai diminué mon activité de 100% à 8 ans tout en faisant mon activité d'études en parallèle.

  • Speaker #0

    Tu avais quel âge à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    J'ai commencé, j'avais 27 ans. Donc, à ce moment-là, grosse remise en question. Je commence ce cursus-là avec un projet qui me tenait à cœur. Je voulais faire un audit managérien des financiers d'une ONG à Yaoundé, d'une fondation qui est la Fondation Marie-Jovis. Une femme que j'ai rencontrée sur mon parcours d'infirmière jeune, j'avais 18 ans quand je l'ai rencontrée la première fois, je l'ai re-recontrée à 26-27 ans. Et moi j'ai toujours eu une admiration pour cette femme qui s'est complètement effacée pour vivre sa fondation, d'où son salaire, elle l'a envoyée en Afrique pour mettre en place son orphelinat. Alors je lui ai dit écoute, je fais mon parcours d'études, as-tu envie qu'il te soit utile ? Puis il m'a dit oui, puis on a commencé cette histoire et dans ce cadre-là on a fait une levée de fonds, donc passé 100 000 francs pour envoyer un conteneur qui contenait Un bloc opératoire, tout le matériel médical pour mettre en place un dispensaire en Afrique. De ce dispensaire-là, on a pu faire les vases communicants en louant l'infrastructure aux médecins diplômés sur site et nous permettre d'envoyer les orphelins à l'école pour qu'ils puissent acquérir une éducation académique qui pour nous était le fondement d'une liberté, d'une possibilité, d'un avenir.

  • Speaker #0

    Donc bien avant de créer ta propre entreprise finalement, tu étais déjà dans un mode entrepreneurial à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Oui, mais je ne m'en rendais pas compte sur le moment. Pour moi, c'était de l'action, un outil, je lève des fonds, j'aide et j'avance. Je n'avais pas cette notion entrepreneuriale. Par contre, ce qui m'a perturbée, c'est que dans le cadre de ce parcours, il y a eu deux événements. La première, c'est que j'ai rencontré M. Raphaël Cohen, qui était à la tête, parce qu'il n'est plus actif, se d'a son entrepreneurship et business development à l'HEC de

  • Speaker #0

    Genève. Et puis,

  • Speaker #1

    en partant à la fin de sa formation, il m'avait remis un petit flyer, en me disant peut-être que tu auras envie de poursuivre. Lui, il avait perçu quelque chose que moi, je n'avais pas encore perçu à l'époque. Et puis, j'ai fini mon travail avec Monsion. Et je n'ai pas compris. J'avais ici ces Monsions. Et je me suis dit, oh, wow, OK. Puis, j'ai gardé ça au long coin de la tête. Et puis, dans ce moment-là, j'étais en train de lire un livre qui m'a bouleversée, qui a changé complètement ma vie. Et si Raleigh Dussaini m'écoute, merci. C'est « Mille soleils splendides » de Raleigh Dussaini.

  • Speaker #0

    « Mille soleils splendides » , je n'ai jamais entendu.

  • Speaker #1

    Que je conseille. Il n'est pas évident à lire. mais quand j'ai fermé ce livre J'ai compris que j'étais devenue une femme capricieuse, que j'étais devenue une femme qui cherchait des excuses pour ne pas avancer. Quand il y a des femmes aujourd'hui qui n'accèdent pas à la liberté de penser, à la liberté d'aimer, à la liberté de marier les personnes qu'elles souhaitent, qui n'ont pas le droit d'être visibles, et moi j'avais peur de quoi ? D'échouer, de sortir de mon cadre de statut de fille d'immigré d'Italien, milieu ouvrier, du fait que tout le monde m'attendait dans une case d'infirmière qui allait performer, continuer dans ses spécialisations. Et du coup, j'ai dit OK, go. Et j'ai appelé Raphaël Cohen.

  • Speaker #0

    Donc, ça a été un moment pivot. Et à travers aussi la lecture de ce livre, finalement, quelles sont ces prises de conscience à ce moment-là qui t'ont fait avancer encore d'un pas supplémentaire ?

  • Speaker #1

    Je me suis dite que je n'avais pas le droit de ne pas avancer pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. Je suis née dans un pied libre, en tant que femme libre, qui a le droit d'aller s'asseoir sur des bancs d'école. Et clairement, je me suis dite à ce moment-là... J'avais un projet qui était une maison de soins palliatifs pédiatriques dans ma tête. Mon rêve était d'accompagner la fin de vie pédiatrique différemment. Donc je rêvais d'une maison comme Rive-Neuve pour pouvoir accompagner les parents et les enfants parce qu'on a de la chance de ne pas avoir énormément de décès en Suisse, mais il y en a. C'est un de mes rêves et je me suis dite que si les outils économiques m'ont permis de lever des fonds pour pouvoir mettre en place un dispensaire et accompagner une fondation en Afrique, pourquoi pas aller plus loin et aller chercher une compétence supplémentaire pour utiliser ce véhicule économique pour de bonnes raisons. Et c'est ça qui m'a motivée.

  • Speaker #0

    D'accord. Et comment tu as engagé les prochaines étapes ? Et ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a une forme de vouloir prendre ou reprendre une forme de liberté.

  • Speaker #1

    Oui, puis prendre ma vie en main. Je voulais m'affranchir aussi, c'est par la suite que j'ai compris que j'étais en train de m'affranchir, de m'affranchir des attentes, parce qu'on a tous, on porte tous des attentes et des projections, des regards des gens. Que ce soit dans le milieu du travail, que ce soit mes parents qui ont construit aussi leur vie. Je viens d'une famille qui a sacrifié leurs affects, leur pays, pour leur se donner une chance d'avenir pour leurs propres enfants. Donc eux, ce qu'ils souhaitaient, c'est de me donner une stabilité. Là, je venais perturber leur projection par rapport à moi. Et puis ensuite, ce qui a été important pour moi, c'est qu'on... Et je le dis toujours, je suis reconnaissante d'avoir eu sur mon parcours mes passions. J'ai fait de la fin de vie et... C'est le moment de votre vie où vous êtes le plus authentique. Et vous devez l'être, par respect pour le patient. Chaque matin, quand je me lève, je suis reconnaissante de pouvoir écrire un nouveau chapitre de ma vie. Un nouveau jour. Et face à cette possibilité-là, je me suis dite, laisse tomber tes peurs. Existe, va de l'avant. Au pire, tu vas te relever. C'est tout, tu auras un échec. Et alors ? Par contre, j'ai pris un risque financier. Les petites économies que j'avais, elles sont toutes parties dans mes études. Donc c'était vite vu, si je me plantais, je repartais vraiment de 0 à 0. Et même contexte, je n'avais pas le luxe d'arrêter de bosser. Donc, un week-end sur deux, j'étais ou à l'Uni ou à la clinique. Et puis, j'allais de l'avant.

  • Speaker #0

    D'accord. Tu parles de s'affranchir. Je pense que c'est un élément important où tu mets le doigt sur quelque chose d'extrêmement important. Parce que beaucoup de personnes ont de la peine. Il y a beaucoup de projections qui viennent de l'extérieur. On est beaucoup pollué par ce que... par le regard des autres, par ce que les autres projettent sur nous. Et puis, ça peut être très, très difficile. Et quand on est leader, c'est quelque chose sur lequel il faut beaucoup travailler pour justement se sentir libre, se sentir authentique. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu conseillerais aux personnes qui écoutent, aux leaders, pour se sentir le plus libre et s'affranchir du regard des autres ?

  • Speaker #1

    Je pense que la première chose qu'il faut accepter, c'est de décevoir. On va décevoir. Parce que les gens mettent des attentes. Et quand on ne satisfait pas les attentes, on déçoit. Mais décevoir, ça ne veut pas dire perdre les affects. Ça ne veut pas dire perdre une relation. Décevoir, moi je me suis toujours dit, c'est les gens qui sont déçus d'une attente qu'ils n'ont pas vue avec moi. Mais ce n'est pas mon attente, ni mon envie. J'ai accepté de ne pas être parfaite. J'ai accepté la critique. J'ai accepté de déplaire aussi. Parce que quand on prend des décisions, Il n'y a pas tout un groupe unanime qui va vous dire « Oh, wow, c'est formidable » . Nous, on a eu ce moment aussi en famille, quand j'ai repris les études. Mon père, à juste titre, était inquiet pour moi. Il m'a dit « Mais tu as tout pour toi. Tu as une carrière d'infirmière, tu réussis, tu as un CDI, tu es reconnu dans ce que tu fais, tu as une stabilité, mais pourquoi tu te mets en danger ? Mais tu vas chercher quoi ? » Moi, je faisais l'inverse de ce que lui a fait. Et puis, en plus, qu'on le veuille ou pas, je viens d'un milieu ouvrier, pas du patronat, pas de l'entreprenariat. Donc, c'était aussi trahir nos racines de départ. C'était un peu compliqué, ce changement de statut. Parce que mon père a été ouvrier, ma mère était une ouvrière. Les patrons, c'était un univers à part, avec un contexte à part à l'époque.

  • Speaker #0

    Avec peut-être plus de confrontation aussi. Exactement. Puis,

  • Speaker #1

    à une époque où il y avait plutôt le côté, une hiérarchie très verticale, le patron a une image très négative, et puis l'ouvrier délivre, etc. puis moi tout d'un coup j'avais envie de m'affranchir de ce qu'on était, mais je n'étais pas en train de repousser qui j'étais. Je demandais juste d'exister à ma façon.

  • Speaker #0

    Et comment tu as fait pour les convaincre, si tu cherchais à les convaincre, ou en tout cas peut-être les rassurer ? Eh bien, j'ai fait.

  • Speaker #1

    C'est-à-dire que je n'ai pas suivi leurs conseils dans le sens où je me suis entêtée, je suis arrivée sur le banc de l'université et je suis allée de l'avant. Et c'est dans l'action, le quotidien qu'eux se sont apaisés aussi. Quand ils ont vu que j'étais rassurée. Et qu'à quelque part, je n'étais pas en danger.

  • Speaker #0

    Que ça fonctionnait et que, aussi, tu voyais épanoui.

  • Speaker #1

    Alors oui, ils m'ont vu, en tout cas, dans la dernière année de l'Uni, un peu en souffrance entre quand vous faites des journées de 12 heures à l'hôpital, vous bossez le soir pour travailler vos devoirs, pour les envoyer le lendemain matin. Moi, j'ai perdu un document, j'ai cru que je pleurais. J'ai vécu dans un studio jusqu'à l'âge de 30 ans, parce que financièrement, je ne peux pas me permettre d'avoir un 2,5 ou un 3, parce que je me finançais mes études. Et puis j'avais mon salaire d'infirmière, donc ils m'ont vu faire des sacrifices pour aller au bout de ce rêve.

  • Speaker #0

    Quelles sont les valeurs ? que finalement ta famille, tes parents t'ont donné et que tu gardes profondément encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Le respect du travail, énormément. Moi, mon père, je l'ai toujours vu partir à 6h30 du matin et revenir à 18h30. Il partait avec une blanc et je pense que je peux compter sur mes deux mains, sur 45 ans de carrière, quand est-ce qu'il a été absent. Même avec de la fièvre, il partait bosser. Il devait être vraiment cloué. au lit pour ne pas y aller. Donc le grand respect du travail, la grande force que mes parents ont eue. De ma mère, j'ai beaucoup appris, pas tant du sacrifice. Ma mère m'a démontré quelque chose d'assez fou, parce qu'il ne faut pas oublier que ma mère est arrivée en Suisse en 1979, quand encore on devait s'arrêter à Bric pour la douche sanitaire et le contrôle sanitaire. Ma mère a été mise à nu derrière d'autres femmes pour être contrôlée, pour être autorisée à entrer. Ma mère est arrivée en Suisse quand à l'époque il y avait encore des panneaux qui disaient interdit aux chiens et aux italiens. Donc ma mère a lâché une famille de 12 frères et sœurs d'un pays chaud avec une mère. La vie au quotidien c'était la mère. Et là elle est arrivée en janvier de 1979, dans le froid, dans la neige, avec un non-respect de sa personne. Et j'ai beaucoup appris de sa force.

  • Speaker #0

    Et on se dit ça fait que 46 ans. Et c'était encore ces pratiques à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Exactement. Et c'est pour ça que je me dis, l'histoire, il ne faut jamais l'oublier. On est censé en tirer des enseignements. Et on se rend compte aujourd'hui, au vu de l'actualité, on est en 2025. Je pense que les enseignements n'ont pas été si bien tirés que ça, malheureusement. Mais j'ai beaucoup appris ça. Et c'est pour ça que je revendique mes origines. Je suis naturalisée et j'en suis tellement fière. Parce que je crois que vous ne vous rendez pas compte de ce que c'est d'être une songundo ou non son propre. Son pays d'origine, on n'est pas, on n'appartient pas à l'Italie, on n'appartient pas à la Suisse qui nous a vu naître et grandir. Puis quand j'ai eu mon passeport suisse, j'en ai pleuré, mais je suis fière d'être qui je suis et d'où je suis partie.

  • Speaker #0

    Ce qui est aussi intéressant dans ton histoire et en lisant aussi des articles de presse sur toi, sur ton site web, c'est que tu as pas mal rencontré d'obstacles dans ton parcours. Et si j'ose l'aborder, si tu es d'accord, par rapport aussi à ta taille. Oui,

  • Speaker #1

    bien sûr.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu es d'accord un peu de nous en dire plus ? Et puis surtout aussi, comment... Alors, tu parles... J'ai beaucoup aimé quand tu as dit au tout début, je suis quelqu'un d'ordinaire, têtu. Et je pense que c'est ça aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il fait ? Je pense qu'on est tous des personnes ordinaires. Après, c'est la force de caractère. On va se distinguer par des personnalités. On est tous différents. Mais finalement, ces obstacles, comment tu les as ? T'es passée à travers, outre ces obstacles, et comment ça t'a renforcée ?

  • Speaker #1

    Ma taille a toujours été un complexe petite, mais peut-être pas tant moi. Les gens, c'est les gens qui vous rappellent que vous n'êtes pas grande. Ça revient à la projection, finalement, qu'on disait tout à l'heure. Exactement, les gens vous le rappellent. Donc, vous, vous vivez votre vie, et en tant qu'enfant, alors encore plus innocemment, sans trop de... Puis après, vous avez des remarques. Ah, mais t'es trop petite. Ah, le rez-de-chaussée. Puis vous savez à l'école, à la gym, quand ils vous disaient mettez-vous en ordre de grandeur, puis on vous met au bout, puis vous recevez des remarques à la... Oui. Voilà. On s'est compris. Voilà. Et puis ça vous forge aussi le complexe de nous dire je ne suis pas dans la norme, je ne suis pas normale. Les gens ne savent pas ce que j'ai pu traverser, le pourquoi je faisais ce 1m50 et parce que je fais 1m50 que je revendique. Et je remercie les Eva Langoria qui existent et toutes les petites femmes qui démontrent qu'on peut exister et briller, même si on ne fait pas le 1m75. Mais j'ai eu un pédiatre extraordinaire. Et je crois que je l'ai mis sur le site internet. J'ai eu un pédiatre extraordinaire.

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup aimé cette histoire d'ailleurs.

  • Speaker #1

    Parce que moi, j'étais suivie pendant 10 ans au CHUV toutes les années par rapport à ça. Et qui m'a dit quelque chose qui m'a bouleversée. Et mes parents ont été extraordinaires sur ça. Il a fait venir une femme dans la consultation et m'a dit... Madalena, tu vois cette jeune femme, j'avais 12 ans, je t'ai dit oui, il me dit ça c'est mon infirmière, c'est la plus compétente de toutes, mais pourtant elle fait pas 1m75, elle fait à peine 1m50 ou 1m55, et puis il vit très bien sa vie. Et là il est parti en me disant écoute, réfléchis à ce que tu veux faire par la suite, traitement ou pas traitement, mais sache que tu n'as pas besoin de ces centimètres pour exister, et pour être la femme que tu as envie d'être, ou la petite fille à l'époque. On a beaucoup réfléchi, il est parti en effet Je suis restée avec mes parents, mes parents étaient extraordinaires Même avec leur... peur face au traitement, parce qu'à l'époque où les hormones de croissance, il y avait la maladie de Crossfell-Jacob, les décès l'un derrière l'autre, ils ont été extraordinaires. Ils m'ont donné leur opinion, mais ils m'ont dit, au final, c'est ton choix et on t'accompagnera. Puisque, m'a dit, le monsieur m'avait, peut-être à ce moment-là, je ne m'en étais pas rendu compte, mais ouvert une brèche d'authenticité en me disant, je vais accepter celle que je suis. La vie a voulu que, c'est pas grave, je suis pas moins. que les autres, et peut-être que je suis plus que d'autres. Et j'ai cheminé comme ça en faisant le deuil de ces centimètres perdus. Est-ce que ça t'a donné, selon toi, plus de force, finalement, pour oser, pour aller de l'avant, pour être dans l'action ? Oui, je pense. Alors, pour être honnête, tu as devant toi une femme pour qui personne n'aurait parié un franc sur moi, vraiment. J'étais la fille effacée, j'étais la fille dans mon coin, j'étais la fille qui ne voulait pas déranger, qui voulait rentrer dans le cadre et autres. J'avais pas de... Cette persévérance ou cette détermination ou cette force que tu perçois aujourd'hui. Mais il y a quelque chose qui... Je crois que cette envie de vivre, cette envie d'exister, cette envie de pouvoir laisser quelque chose sur cette terre a été plus forte que ma timidité, mon complexe, etc.

  • Speaker #0

    Comme quoi, ce que tu dis ? Et puis si je crée un pont avec le leadership, on parle toujours, est-ce que c'est plutôt inné ? Est-ce que ça s'apprend ? Est-ce que... Finalement, ce que tu dis par rapport à comment... tu étais plus jeune et qui tu es aujourd'hui, que finalement, ce n'est pas comme tu étais qui te définit pour la vie. Moi, je trouve que c'est un message fort et c'est quelque chose d'hyper important aussi de vraiment relever. C'est que finalement, on nous enferme beaucoup, beaucoup et encore aujourd'hui énormément dans des cases.

  • Speaker #1

    Énormément.

  • Speaker #0

    De dire qu'on ne parie pas un centime sur toi, finalement, je trouve extrêmement dur, extrêmement difficile. Mais c'est encore la réalité pour beaucoup de personnes. Alors, est-ce que c'est plus vis-à-vis des femmes ? C'est aussi quelque chose qu'on peut aborder ou si c'est quel que soit le genre. Mais moi, je trouve que c'est quelque chose où on entend encore trop, trop souvent qu'on se base sur, une nouvelle fois, nos préjugés, une perception qu'on a, quelque chose qu'on projette. Mais c'est souvent de par ses propres peurs, ses propres frustrations. Tu parlais de frustration aussi, qu'on va projeter sur l'autre des choses positives ou négatives, mais finalement qui ne sont pas la réalité. Non, complètement.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de leadership. Moi, je ne crois pas qu'on ait... Alors, je pense qu'on a un terrain. Faire-t-il ou pas. Mais on ne n'est pas leader, on le devient. Et moi, je suis assez persuadée de ça, vu mon vécu. Donc, je ne peux pas incarner le leadership parce que ce n'est pas à 12 ans que tu ne te serais pas dit que ça va devenir un leader demain. Par contre, c'est sûr que quand j'ai fini mes études, j'ai reçu le prix des droits de l'enfant et de la femme. J'étais déjà un peu militante dans l'âme. Donc tout ce qui était cause sociale en classe, c'était moi et j'étais là et j'y allais. C'était les seuls moments où je me sentais digne de prendre la parole et d'exister. Pourquoi, je ne sais pas, mais c'est là où je puisais ma force, c'était pour les causes sociales. Et puis par rapport à ce que tu disais au départ, moi je dis toujours, et j'ai une grande admiration pour Michelle Obama, puis je dis toujours une chose, son livre, moi j'ai eu la chance de l'avoir à Paris, le départ ne définit pas qui on va devenir et qui on est. Le parcours, il est morcelé. On crée des chapitres. De ces chapitres, on en tire des enseignements. Aujourd'hui, je pense que la vraie clé, c'est l'éducation. Ce qu'on va donner à nos enfants, c'est leur donner de la confiance en eux. Apprendre qu'ils sont perfectibles, qu'ils peuvent devenir la meilleure version de eux-mêmes, qu'ils ont le droit d'échouer. Échouer, ce n'est pas un tabou. On a le droit, et tant mieux, parce que c'est de ça qu'on a besoin pour grandir, pour s'améliorer, pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. si aujourd'hui on veut que demain plus de femmes deviennent leaders Commençons par changer la façon dont on éduque nos enfants. Pour moi, c'est la clé, l'éducation. Et d'autant plus pour une femme, que ce soit dans l'éducation financière, que ce soit dans l'éducation de sa posture.

  • Speaker #0

    Et comme tu dis, il n'y a pas un seul modèle. Il n'y a pas un seul chemin aussi qui dessine un leader. Alors oui, je pense qu'il y a, comme tu le dis, je te rejoins quelque chose de l'ordre de l'éducation, qui doit être fort. Et puis aussi, je pense que par rapport à ton parcours et ce que j'entends et ce qui résonne, c'est aussi ta capacité à te remettre en question. Et ça aussi, je pense qu'en leadership, c'est aussi quelque chose qui va façonner son chemin. C'est cette capacité à se regarder soi, à accepter ses failles, à être dans l'authenticité, à persévérer. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de dimensions, mais ça revient toujours aussi à la capacité à bien se connaître et à se remettre en question.

  • Speaker #1

    Oui, et puis moi, il y a une chose que ce que tu as dit me touche particulièrement et ça résonne, c'est que moi quand j'engage quand j'engageais en tout cas des gens Je leur disais toujours, parce que l'avantage de la PME, c'est qu'on s'occupe de la cave et du grenier. Tu fais tout. Exactement. Et dans ce cadre-là, quand j'engage quelqu'un, je dis toujours, moi, j'ai le luxe de vous choisir. Moi, je peux vous choisir. Mais vous n'avez pas le luxe de choisir votre boss. Une fois que vous avez choisi FirstMed, c'est Madalena votre boss. et ce que j'aimais à faire et ce que je fais, et puis je continuerai à faire aussi, c'est que je leur dis toujours Je suis votre manager, mais je suis perfectible. La critique, je suis capable de l'entendre parce que je forge mon leadership et mon management à travers vous aussi. C'est comme ça que je grandis. Donc la critique est toujours bonne à recevoir si elle est constructive. Les attaques méchantes, etc. ne servent à rien. Et pour moi, ça, c'est la partie très importante pour un leader ou un manager d'être capable d'avoir cette remise en question. Et je pense qu'on confond toujours confiance et égo. Aussi pour la femme. On se dit, mais une personne qui a confiance a de l'ego. Alors, pas du tout. Pour les gens qui me connaissent, ce n'est pas une question d'ego chez moi, parce que je n'en ai pas. Par contre, j'ai dû apprendre à avoir confiance. Confiance en moi, dans ce que je vais dire, dans ce que je vais faire. Ça ne veut pas dire qu'à travers mon parcours, je n'ai pas peur. À chaque fois que je prends le micro, j'ai peur. Présentement, j'ai peur. Je suis à la télé, j'ai peur. Mais c'est une peur saine qui devient un moteur pour me dire, il faut que tu donnes le meilleur de toi. parce que tu dois être à la hauteur aussi de la confiance que les gens mettent en toi.

  • Speaker #0

    Et si je crée un point avec ce que tu viens de dire, et si on va un step sur ton parcours, on continue un petit peu ton chemin. Donc, tu as passé du domaine des soins en tant qu'infirmière et tu as, on l'a bien aussi compris à travers ce que tu as dit précédemment, tu as pris la direction et tu as créé l'entreprise FirstMed. Alors,

  • Speaker #1

    je ne l'ai pas créée, moi j'ai repris la direction. Alors, pour la petite anecdote, voilà, moi j'ai eu mon diplôme. Oh la grande surprise de tout le monde, parce que mon année HEC, c'est pas l'année la plus joyeuse de ma vie, pour être honnête, parce que j'étais confrontée aussi aux clichés, je veux dire, les gens qui étaient sur les bancs d'école n'étaient pas du même milieu que moi, etc. Et j'arrive avec ce diplôme, je me suis laissée six mois pour réfléchir à ce que je voulais faire, parce que rendez-vous compte, j'étais diplômée infirmière, ce que moi je savais faire, c'était l'urgence, la pédiatrie, l'ortho, la chire et l'anesthésie, etc. Que j'avais un diplôme en management social et culturel, que j'avais un DAS en entrepreneurship business development. mais alors c'est qui qui veut de cet extraterrestre dans le monde du travail ? Et du coup, je me suis inscrite à une plateforme JobUp et il y avait une offre pour devenir directrice d'école de premier secours. Alors, vous le croirez ou pas, je ne voulais pas ce job parce qu'il était à Genève. Par contre, je voulais de l'entretien. Je voulais d'un exercice, je voulais me donner la capacité de comprendre comment j'étais perçue par le milieu du travail. Et j'ai été acceptée pour le premier round. Je vais à ce rendez-vous. J'enfile ma tête à travers la vitrine pour dire bonjour au fondateur de FirstMed, qui étaient les deux médecins. Et puis, je fais cet entretien. Mais moi, je suis hyper sereine. Je ne veux pas de ce job. J'ai fait mon exercice. Je sors de là en me disant, c'est fini. Va-t-il pas que je reçois le deuxième mail qui me dit, on aimerait bien voir pour le deuxième round.

  • Speaker #0

    C'est souvent comme ça. C'est quand on est un peu détaché, que c'est là que ça fonctionne.

  • Speaker #1

    Là, je n'ai pas tout compris. Je suis, ah bon, super, bel exercice. et je repars avec cette légèreté en me disant cool, c'est un exercice. Parce que j'étais à mille lieux de penser que ces deux hommes qui avaient fondé cette école pouvaient laisser les rênes à une femme qui n'a jamais managé et qui était infirmière. Et à la fin de l'entretien, ils me disent, le job est à vous. Je n'ai pas rien compris à ma vie, mais rien compris. Puis je dis, ok, ok, ok, ok. Puis je dis un oui, sans réfléchir plus que tant. Donc, je quitte Genève pour aller chez mon ancien employeur pour leur dire, voilà, j'ai un emploi, je prends la direction d'une école, mais j'ai besoin de partir dans trois semaines. Ils ont été extraordinaires, ils m'ont libérée avec mes heures suives, les vacances, etc. Et du coup, j'ai vraiment fait la transition. J'ai quitté le terrain de l'infirmière pour arriver devant un ordinateur à First Med à Genève, dont je ne pensais jamais mettre les pieds.

  • Speaker #0

    Mais tu dis finalement, qui voudrait être une extra-tresse comme moi ? Finalement, tu avais déjà un socle de compétences extrêmement intéressant, que ce soit dans ton expérience d'infirmière, que aussi, alors l'expérience peut-être pas professionnelle encore, des études que tu avais achevées.

  • Speaker #1

    Mais sur le moment, je ne m'en rendais pas compte, parce que moi, ce que je faisais au quotidien, c'était... Piquer, poser des voies veineuses, faire des antibios, récupérer des patients en bloc, descendre des patients en bloc, faire des soins, faire la toilette, nurser les patients, répondre aux appels malades, gérer des équipes, être avec mes collègues. Donc ça, je savais, je maîtrisais. Vous me disiez de poser une voie veineuse, alors je ne dirais pas que je le faisais les yeux fermés. Mais c'était easy pour moi de trouver une veine, de piquer, puis de poser ma perf. Mais là, du coup, j'étais devant un écran d'ordinateur, il y avait Excel, j'ai vu l'Excel. Oh, c'est quoi ça, Seigneur Dieu ? Parce que, bien sûr, je l'ai vu durant mes études, mais ce n'était pas mon quotidien. Et là, ça devenait mon quotidien. Et puis, ce qui m'a énormément impressionnée, c'est que tout d'un coup, quand j'ai pris ce rôle là j'étais employée

  • Speaker #0

    Je n'ai pas réalisé que je commençais à incarner l'entreprise dans mon rôle comme si c'était la mienne. Je me mettais la pression de la performance financière, je me mettais la pression que je devais sortir les salaires, je me mettais la pression de la satisfaction des gens de travailler avec FirstMed. Je me mettais la pression comme si c'était moi, FirstMed. Et j'ai dû me forger ma boîte à outils de manager et j'ai dû forger ma nouvelle identité.

  • Speaker #1

    Comment tu as pris ta place ?

  • Speaker #0

    J'ai décidé d'aller sur le terrain. J'ai décidé de ne pas rester sur mon rôle de directrice derrière un écran. J'ai décidé d'aller voir ce qui se passait de la cave au grenier, de dire aux équipes que j'étais là pour apprendre, pour observer, pour les entendre. Ça a pris deux ans pour donner ma couleur à FirstMed. C'est ces deux ans qui m'ont permis de faire des erreurs, parce que j'en ai faites, de faire des choses bien, parce que j'en ai faites aussi, et puis de pouvoir commencer à fédérer les gens autour de la nouvelle manager, de la nouvelle identité aussi de FirstMed dans son management. Et ce qui m'a énormément aidée, c'est que j'ai transposé des compétences de soignante. Au management. Et lesquelles ?

  • Speaker #1

    Tu arrives à nous dire un petit peu ? Oui, concrètement.

  • Speaker #0

    On nous apprend beaucoup l'écoute active en tant qu'infirmière. On nous apprend beaucoup l'empathie. On nous apprend aussi beaucoup le parcours de soins. Et l'entreprise, je l'ai pris comme si c'était un parcours de soins. Un patient, on a un parcours de soins. L'objectif, c'est de retrouver un état de santé normal. Et ce que je voulais à mon entreprise, c'était de lui donner un état de santé optimal, voire performant. Et j'ai fait ce même parallèle-là, mais sur une entreprise avec... C'était à moi de créer mes critères, mes enjeux pour comprendre quand est-ce que ma stratégie de soins était juste ou pas juste, pour rectifier si besoin le traitement. Et c'est comme ça que j'ai abordé l'entreprise. Après, sur l'aspect humain, je suis restée celle que j'étais, une écoute active. J'ai dû juste apprendre un peu plus à m'affirmer pour me dire, mais quand je dis non, ce n'est pas méchant. Je peux dire un non sans être la sorcière de cette équipe. J'avais peur de ne pas être aimée par mes équipes. Moi, j'avais besoin d'avoir l'adhésion. Moi, je vis que de travers ça. si mes équipes adhèrent et sont avec moi, je sais que... Je vais me lever tous les jours, à point d'heure, pour eux. Si je n'ai pas ça, je ne sais pas pourquoi je me lève.

  • Speaker #1

    Et comment tu as fait pour ça ? C'est aussi quelque chose qu'on entend beaucoup. Moi, quand j'étais manager, je l'ai aussi beaucoup ressenti. Voilà, ce besoin. J'avais aussi besoin d'être toujours, de me sentir aimée. Jusqu'au jour où j'ai compris que c'était plutôt, j'étais là pour me faire respecter et pas de chercher l'adhésion. C'est juste impossible d'être acceptée de tout le monde. Et puis, voilà, on n'est pas là pour se faire aimer, mais pour se faire respecter. et Comment tu as fait pour t'affirmer à ce niveau-là, de t'étacher de la partie plutôt amour de l'autre, par rapport au respect, par rapport aussi à ton rôle ?

  • Speaker #0

    Il y a eu plusieurs étapes. Je pense qu'une des premières, c'est que je me suis rendue accessible. Donc accessible à la critique, accessible à l'amélioration. J'ai aussi dit à mes collaborateurs, que ce soit par mail ou autre, que je souhaitais être respectée par eux, qu'on était en train de co-construire quelque chose, une histoire ensemble. Et dans la co-construction, il faut de la bienveillance. Et puis ensuite, quand j'ai débuté, j'avais une vitrine commerciale à Genève et la porte était toujours ouverte, d'été comme hiver. Donc les collaborateurs pouvaient venir spontanément. Moi, j'en ai eu un qui préparait son examen de médecine légale pendant que moi, je travaillais sur mes Excel. Et puis on créait cette cohésion. Puis dans le quartier, à un moment donné, on est devenu une communauté parce que les personnes âgées venaient à 9h prendre le café, ce qui me permettait de checker qu'ils étaient toujours parmi nous. Et du coup, voilà, j'ai créé une sorte de communauté. Merci. Moi j'ai une difficulté, c'est que moi j'ai des équipes nomades. Mes collaborateurs étaient et sont étudiants en médecine ou médecins ou infirmières. Donc explosés à travers les facultés, explosés dans leur activité paramédicale.

  • Speaker #1

    Ils ne sont pas toujours là.

  • Speaker #0

    Jamais là physiquement. Et pourtant, les moments clés, c'est les moments de formation. On fait les formations le week-end et c'est à ce moment-là qu'on crée la vision de l'entreprise, qu'on crée aussi l'adhésion à l'entreprise, aux valeurs de l'entreprise. Cette communauté-là, vous la créez dans ces moments-là. Ce que vous allez... passer à votre collaborateur, et c'est là où je reviens à l'éducation, moi je les forme, je les forme avec une équipe compétente, c'est à ce moment-là que vous passez aussi un peu l'ADN de votre entreprise. Puis c'est à vous de désamorcer les conflits plus rapidement. Ne pas attendre que la pomme pourrisse. Parce que je dis souvent à des managers qui me remontent des problèmes RH, je leur dis toujours, mais vous arrivez à un stade où maintenant vous voulez la remettre en question, voire vous en séparez pour X raisons, ce que je peux entendre, mais vous avez toléré ces attitudes pendant 20 ans. Essayez de comprendre que maintenant, Cette personne ne peut pas comprendre ce qui se passe. Qu'est-ce qui fait que vous avez toléré pendant 20 ans ? C'est à vous de vous remettre en question et de savoir maintenant, vous en faites quoi de ce que vous avez toléré pendant 20 ans ? pour pouvoir accompagner cette transition et s'il y a vraiment besoin de cette transition-là. C'est aussi ça, manager. C'est des avancées des conflits en amont.

  • Speaker #1

    Oui, exactement. Et d'identifier tous ces signaux qui peuvent... Perturber le dynamique. Qui va perturber et qui peuvent vite prendre de l'ampleur dans une organisation. Par rapport à la dimension humaine, on parlait par rapport à ton parcours d'infirmière, de dire, quand je sentais que ce n'était plus vraiment la relation humaine qui était au centre. Donc voilà, j'ai décidé de sortir de ce monde. Comment tu as fait pour maintenir toujours cette proximité humaine avec les collaborateurs tout en dirigeant cette entreprise au niveau de sa performance, au niveau de son développement ? Comment tu as jonglé ou comment tu as trouvé l'équilibre entre ce côté performance et ce côté toujours proximité avec l'humain ?

  • Speaker #0

    Ce qui m'a énormément servi, c'est d'écouter les critiques. les points d'amélioration. Parce que moi, je suis allée sur le terrain avec mes moniteurs, j'ai vu comment ils travaillaient, ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Et je leur dis souvent, la colonne vertébrale d'une entreprise, c'est vous. D'ailleurs, je leur ai écrit dernièrement en disant, le vrai succès aujourd'hui, c'est vous. Que ce soit mon succès à moi ou le succès de l'entreprise, c'est vous. Et je pense qu'un leader doit longtemps, et un manager doit longtemps, un chef d'entreprise, vous pouvez avoir la meilleure idée du monde. La meilleure. Si vous n'avez pas des gens qui sont autour de vous, avec vous qui tirent sur la même corde, parce que vous. vous tirez vous sur la même corde avec eux. Cette idée n'a pas d'âme et ne sera pas viable. Et c'est ce qui nous a aidés. Après, c'est vrai que depuis 2011 jusqu'à présent, j'ai fait de la croissance chaque année et pourquoi on a eu cette croissance-là ? C'est parce qu'on a aussi créé une dynamique. On est une famille, on a un concept où on a envie d'apprendre les gestes, plutôt d'enseigner les gestes qui sauvent, de démocratiser. Il y a aussi la raison pourquoi on le fait.

  • Speaker #1

    La raison d'être.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Tes collaborateurs aussi. Le fameux « why ? »

  • Speaker #0

    Pourquoi on le fait ? Et puis pourquoi ils viennent ? Et puis pour eux, j'ai aussi donné des conditions pour qu'ils se disent « c'est un job qui me va bien, j'ai des études contraignantes, elle nous soutient. » Et je leur dis toujours « ce que j'aimerais quand vous quittez cette entreprise, c'est qu'il y a une chose que vous devez retenir de moi, c'est la capacité de se remettre en question, qu'on est perfectible et que je n'ai jamais attendu la perfection de vous, Qu'est-ce que la direction de l'entreprise t'a appris sur toi-même ? Que j'étais résistante à un point que je ne pensais pas, parce que moi j'ai quitté mon statut d'employée et je suis devenue associée en 2014, donc deux ans après être entrée au sein de l'entreprise. Que la vie entrepreneuriale face à une dette, face à un prêt, quand j'ai racheté des parts, je suis contente de ne pas avoir d'ulcère. Mais je n'ai jamais pensé être auto-investie, c'est-à-dire moi je me lève à 5h du matin et je me couchais à minuit. Donc, j'étais pleinement dédiée à l'entreprise et je n'aurais jamais cru avoir cette capacité de tenir sur 15 ans à ce rythme-là d'investissement humain et physique.

  • Speaker #1

    Comment tu te préserves ? Qu'est-ce que tu mets en place concrètement ? Ça peut aussi aider les personnes qui nous écoutent. On parle beaucoup de la santé mentale maintenant, de toute cette forme d'épuisement. Il y a encore récemment une étude Gallup qui a montré qu'il y avait quand même... 70% des managers qui se disent désengagés, une forme de désengagement. Comment concrètement, toi, tu te préserves de cette pression ? Tu dis, je peux être contente de ne pas avoir d'ulcère. Finalement, qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu fais pour te préserver ?

  • Speaker #0

    Je vais te décevoir, je suis une pire élève. Je n'ai rien fait. Je pense que mon métier d'infirmière m'a aussi appris à travailler dans des conditions pas du tout faciles. Des plannings à 8 ans de 2 heures. ou 72 heures par semaine, alterner trois jours, deux jours, deux nuits, revenir deux jours. Donc, la pression, ça, je connais. J'ai beaucoup appris avec mon métier de séparer l'émotionnel du factuel. Quand vous êtes dans une réa, ce n'est pas l'émotion qu'il faut, c'est du factuel. C'est les automatismes, c'est la réa, etc. Donc, vous fonctionnez. Et puis, l'émotionnel, si vous avez le temps de vous en occuper, vous vous en occupez. Et puis, j'avais fonctionné dans ce mood-là. Puis après, il y a eu un événement dans ma vie en 2020. Alors, tout le monde pensera la pandémie, mais pas que. ma jeune soeur a été atteinte d'un cancer et puis elle va bien et je suis hyper contente évidemment et je suis très très heureuse mais ça vous remet aussi l'église au milieu du village ça vous remet aussi en place vos valeurs, de ce que vous voulez pour la suite parce que le demain n'est plus garanti même si j'avais cette notion déjà du fait que demain n'est pas une garantie pour moi, là d'autant plus quand on est une femme qui arrive au tournant des 42 ans, il y a plein de choses qui font que j'ai réalisé et que j'ai aussi réalisé que vous pouvez donner à 250% une équipe C'est... Il faut savoir faire... Un pas en arrière, c'est pas parce que vous donnez 100%, 80% que vous serez moins bon ou moins performant. Vous avez le droit d'exister en tant que personne.

  • Speaker #1

    Ou moins reconnu aussi, ou se sentir... Je pense que ça peut être, en t'entendant, ça me fait penser aussi à ce qu'on entend beaucoup, c'est de se dire, c'est pas parce que je fais un pas de recul que je me préserve, que je suis moins engagée et que je vais être moins légitime.

  • Speaker #0

    Complètement. Et c'est complètement ça. Après, je n'avais pas tant de problèmes de reconnaissance parce que vraiment, je n'ai pas d'ego. Je pense que pour certains disent que c'est parfois une faiblesse parce qu'on vous marche dessus. Alors oui, clairement, moi, mes plus grandes erreurs et ce que je consécre maintenant de plus en plus à ce que je fais dans le cadre des coachings, la confiance aveugle, c'est fini. Il faut mettre des gardes fous, il faut mettre un cadre, il faut protocoler les choses. Il ne faut pas agir à l'instinct, il ne faut pas agir au ventre. Tout le monde vous vendra du rêve quand vous êtes dans un projet qui peut être bankable demain ou simplement qui est super intéressant. il faut vous dire que c'est pas parce que vous êtes un tout petit peu méfiant que vous n'avez pas le cœur à la bonne place. C'est juste que vous êtes stratégique parce qu'il faut savoir faire la part des choses dans une activité business et dans une activité sociale ou privée. Et ça, pour moi, ça apporte.

  • Speaker #1

    Trouver toujours ce meilleur équilibre. Oui, tout à fait.

  • Speaker #0

    Puis maintenant, c'est sûr que j'essaie de reprendre la place en tant que Madalena, en tant que femme. Et pour ça, je reprends ce que j'aime faire. J'adore lire. Donc, du coup, je suis repassée au livre papier. Plus de liseuse, j'ai besoin de ça. Je prends du temps pour faire du sport, de cuisiner. plutôt des pâtisseries, parce que cuisiner au quotidien, c'est un fait, mais prendre le plaisir de faire des choses un peu plus élaborées, des petites choses comme ça, qui vous sont peut-être anecdotiques, mais qui, dans un quotidien, vous ramènent à vos moments à vous.

  • Speaker #1

    Alors, je prends la balle au bon. Effectivement, aujourd'hui, tu es dans une période intense et particulière, si je peux l'appeler comme ça, puisque tu es dans la transmission, tu remets l'entreprise. Je te propose, si tu es d'accord aussi, de nous en dire un petit peu quelques mots. et puis surtout... de nous dire comment tu vis cette période où tu vas, après de nombreuses années d'engagement à la direction de cette entreprise et aussi en tant qu'associée, comment tu arrives à prendre du recul, à lâcher prise ? J'imagine que c'est aussi un gros défi à ce niveau-là.

  • Speaker #0

    C'est un gros challenge. En effet, on a pris la décision, tu me parlais de comment tu te préserves. Mars 2021, lors d'une assemblée générale, on a pris une décision de vendre l'entreprise. Moi, j'ai annoncé à mes associés qu'il était temps qu'on... que je fasse un pas en arrière, que je décide de prendre soin de ma vie, d'exister en tant que Madalena. Et d'un commun accord, on s'est dit avec mes associés qu'il était temps de vendre, parce que FirstMed est arrivé à maturité, parce que FirstMed va bien. Puis c'est dans ces phases-là que c'est pertinent d'aider une entreprise à encore plus prendre son essor. Et puis d'un commun accord, on s'est mis en route pour ce parcours qu'est la transmission d'entreprise. Et qui s'est donc achevé positivement, puisqu'on a vendu l'entreprise. Mais par contre, ce parcours de transmission d'entreprise, ce n'est pas un parcours si facile. Alors ça, ça mériterait un podcast, mais tout à part.

  • Speaker #1

    J'imagine. Ça serait très intéressant d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Parce que vous vous imaginez, vous vous projetez sur un montant, sur un type de sortie. Vous vous dites, si je vends, je pars, je claque la porte gentiment en disant merci pour tout ce que vous m'avez donné durant ces années. En vérité, ce n'est pas ça. Quand on est une PME, ce qui crée la valeur de la PME, c'est l'humain. J'ai dû faire mon deuil aussi du concept. Oui, on sort et c'est fini, au revoir. J'ai dû me remettre aussi en question dans les deals, etc. Et au final, en effet, j'ai vendu l'entreprise. Nous avons vendu. Là, je reste active en tant que directrice stratégique et innovation pour accompagner First Med dans une nouvelle phase de sa vie, pour écrire un nouveau chapitre, d'accompagner à quelque part mon nouvel associé. C'est le cas, c'est un nouvel associé. qui a une énergie folle et qui va amener, j'en suis sûre, une énergie différente à First Med. L'ADN ne sera pas trahi, mais au contraire, sa vision, son dynamisme, cette fraîcheur va amener quelque chose de nouveau, qui était nécessaire. Le fait de faire un pas en arrière, c'est aussi savoir accepter qu'à un moment donné, on a fait ce qu'on devait faire. C'est success and legacy. Il y a eu un succès, je lègue et je délègue. Et puis, j'ai formé pendant neuf ans mon bras droit. qui est Natacha, et qui maintenant a repris les rênes opérationnels de l'entreprise et à qui je ne peux que souhaiter une aventure aussi pleine et riche, autant humainement qu'au niveau managérial que j'ai pu la vivre. Et je suis heureuse de cette transmission.

  • Speaker #1

    Et on voit aussi que le processus est long. Tu parles de 2021, votre décision, et puis on est en novembre 2025. Donc voilà, c'est un processus long. Est-ce qu'il y a eu, durant ce processus, des étapes un petit peu plus... particulières pour toi, où tu t'es plus remise en question, où tu doutais de ce qui allait potentiellement se passer par rapport à la transmission d'entreprise, où c'était quelque chose que tu as plutôt vécu comme quelque chose d'assez fluide ? Alors moi,

  • Speaker #0

    je vais dire ce que j'ai dit hier à la conférence concernant la transmission d'entreprise. Si vous pensez que vendre une entreprise, c'est comme vendre un vélo sur Ricardo.ch, il faut arrêter. Il y a le process, il faut arrêter, mais maintenant. Parce que c'est un process qui est long. Après, il faut savoir aussi qu'il ne faut pas avoir d'égo. Si vous avez un égo, il ne faut même pas rentrer dans un process comme ça. Vous allez être challengé, vous êtes mis à nu, vous allez être dans la transparence la plus totale. On va vous challenger aussi dans votre gestion administrative, managériale, une due diligence. On va jusqu'au dernier détail, mais ce n'est pas le dernier détail financier uniquement. C'est le fonctionnement, l'âme de l'entreprise. Donc, il faut être capable d'avoir la vulnérabilité d'être mis à nu et d'accepter cette mise à nu qui peut vous remettre aussi en question. Ça a été des moments émotionnels, c'est des up and down tout le temps, parce qu'après, vous rencontrez des gens, ça match ou ça match pas, etc. Mais ce qui m'a été difficile, c'est que... À un moment donné, on se dit, je dois remettre le bébé. Vous avez mis tellement... Moi, j'ai mis mon cœur, ma vie dedans. C'est 15 ans de ma vie complète que je suis en train de repasser. Et c'est sûr que j'en ai pleuré, qu'il y a eu des moments de doute. Est-ce que je fais le bon choix ? Mais c'est un parcours que je ne regrette pas. Est-ce que je l'aurais fait différemment ? Bien sûr, avec l'expérience que j'ai aujourd'hui, j'aurais optimisé ce parcours. Mais bon, je n'avais pas l'expérience. On ne refait pas le chemin. Exactement.

  • Speaker #1

    On peut seulement continuer à avancer.

  • Speaker #0

    Je peux juste utiliser mon expérience, j'espère, pour d'autres.

  • Speaker #1

    Alors que tu dis, tu passes le bébé, est-ce qu'il y a quelque chose que t'aimerais qu'il reste de la pâte de Madalena ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est le côté lien, famille. Ce n'est pas parce qu'on est une équipe explosée en Suisse, qu'on est digitale, etc. Parce qu'évidemment, on est un peu des digitales nomades. Et puis j'ai une équipe qui est nomade, puisqu'on est explosée en Suisse romande. C'est de garder ce lien de famille et puis surtout se rappeler. Je dis toujours à mes médecins et à mes étudiants ou les gens qui sont... Au sein de FirstMed, FirstMed va vous apprendre une chose qui est la chose la plus précieuse. C'est de démocratiser et vulgariser votre langage. C'est de rendre accessible le savoir. C'est de rappeler que le premier maillon de la chaîne de premier secours, ce n'est pas nous en blouse blanche, mais vous le citoyen. C'est vous qui allez pouvoir agir. C'est vous qui allez appeler le 144. Et je leur dis souvent, on vous donne la compétence de demain, auprès d'un patient à qui il faudra expliquer le diabète ou une maladie complexe, de savoir encore plus facilement l'expliquer parce que vous aurez appris à vulgariser et aller à l'essentiel. Et j'ai envie qu'il garde cet aspect-là de ma part. Cette humilité de se dire on est à niveau et on explique les choses calmement et simplement.

  • Speaker #1

    J'aimerais, si tu es d'accord, qu'on parle de leadership, ta vision future. J'aimerais beaucoup t'entendre par rapport à comment tu vois le leadership dans le futur. Alors, il y a déjà des choses que tu as abordées dans cette conversation. La première chose que j'aimerais te demander, c'est quelque chose que j'ai beaucoup aimé entendre de ta bouche. quand on a échangé autour d'un café avant d'enregistrer cet épisode, tu m'as dit « le leadership n'a pas de genre » . Oui. Et moi, j'ai trouvé cette phrase extraordinaire, parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de leadership au féminin. Moi, c'est des notions avec lesquelles je ne suis pas non plus très à l'aise, parce qu'on a toujours, une nouvelle fois, tendance à mettre dans des cases les choses. Donc voilà, j'aimerais juste qu'on explore un petit peu ce que t'en penses. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, cette notion de leadership ? qui n'est pas genrée.

  • Speaker #0

    C'est rappelé que le leadership, c'est un état d'être, un état de fait, c'est une façon de se positionner. Et là, je sors du cadre du leadership parce que là, on est plus dans le côté managériel. Vous avez des femmes qui managent comme des hommes, avec l'agressivité, le cadrage et tout, puis des hommes qui ont une sensibilité, une empathie qu'on dirait féminine. Donc, si on arrêtait juste de genrer le leadership ou le management, ça permettrait juste de se dire qu'ils ont des compétences managériale à avoir. C'est une compétence qu'on peut acquérir. Il y a des choses où on est obligé de genrer, que ce soit dans la médecine, dans les traitements, etc. Et on le voit très bien aujourd'hui que dans la médecine des femmes, la recherche est passablement en retard, etc. Donc il y a des endroits où il faut genrer. Il y a des endroits où je ne vois pas l'intérêt. Bien sûr que je me bats pour l'entrepreneuriat au féminin, mais non pas parce que je veux qu'il soit au féminin, c'est que je veux remettre la place de la femme dans l'économie. Et si je suis obligée de dire « entrepreneuriat au féminin » pour qu'on considère la femme chef d'entreprise, ok, je le mettrai. Mais le leadership, c'est quoi ? C'est incarner. C'est incarner qui on est, c'est incarner le why, c'est incarner son projet, c'est incarner la volonté de tirer ensemble sur la même corde. Et ça, on peut le faire tout aussi bien si on est un homme, une femme. Après, ce qui va diverger aussi, je m'excuse, c'est plus qu'une histoire de genre, c'est l'éducation. Bien sûr. C'est nos qualités intrinsèques. C'est ce qu'on travaille sur soi. Donc c'est pour ça que moi, j'aime bien garder cet aspect-là, de le leadership n'a pas de genre.

  • Speaker #1

    Je trouve ça... J'adore. vraiment je suis je suis Je trouve que c'est extrêmement parlant par rapport à ça. Quels sont pour toi, en termes de leadership, les plus grands enjeux dans les prochaines années qui vont vraiment impacter le leadership de manière générale ?

  • Speaker #0

    L'authenticité. On va avoir un gros problème. Alors, je ne sais pas si c'est tant le leadership que sur l'aspect managérial. Manager une équipe qui utilise des outils IA, comment j'évalue mon collaborateur ? Comment je sais que ce qui est en train d'être fait, vient de lui spontanément, donc d'une démarche intellectuelle qu'il a prémâchée, travaillée, etc. pendant des heures, que le fait qu'il sache bien prompter une problématique et que l'IA nous redonne quelque chose que lui mettra. Le gros challenge, il est là pour moi aujourd'hui, c'est manager avec l'IA. Parce que ce que j'aime dans le management humain actuel sans l'IA, c'est que j'évalue une personne dans sa compétence à elle, dans sa façon d'être et de faire. Avec l'IA, on est biaisé. Je ne sais jamais qui va me répondre. Est-ce que c'est un mail écrit ? Donc là, il y a ça. Après, il y a le côté très authentique, le côté qu'on va de plus en plus nous amener à automatiser ou à robotiser certains postes de travail. Comment on fait pour garder le management humain ? Parce que je lead des humains, je ne lead pas les robots d'Amazon qui, actuellement, sont en train d'emballer des colis. C'est la place du leader. Aujourd'hui, on a une société qui... à cet essor d'automatisation ou de robotisation de certains postes, ce qui m'inquiète.

  • Speaker #1

    Et ce que tu dis par rapport à l'IA, effectivement, est extrêmement important, puis je l'avais également mis pour l'aborder avec toi. Selon toi, comment aujourd'hui, parce que c'est un enjeu, ce que tu disais, il n'y a pas d'humain sans IA.

  • Speaker #0

    Il faut quelqu'un prompt.

  • Speaker #1

    Il faut quelqu'un qui prompte, effectivement. Et ça, je pense, c'est un enjeu, comme tu le dis, qui est extrêmement central. Comment... Aujourd'hui, très concrètement, une entreprise, elle peut faire ou qu'est-ce qu'elle peut faire pour tant donner la place, ça fait partie de notre quotidien et ça va encore se renforcer dans les mois et les années à venir, et essayer de garder la place centrale de l'humain et la proximité avec l'humain. Comment tu vois les choses par rapport à ça et comment les entreprises pourraient le faire ?

  • Speaker #0

    Je crois que les entreprises doivent se rappeler qu'il existe des soft skills. C'est très important de se le rappeler parce qu'on a tendance, on est une société qui acte sur la performance. Donc, qui dit performance dit quelque chose de très analytique, très carré, etc. On a des personnes qui ont des soft skills qu'on sous-exploite. Peut-être qu'on doit aussi revoir ce qu'on cherche à avoir chez nos collaborateurs. Parce qu'une partie de leur tâche sera automatisée, mais il y a peut-être moyen de. Après, si aujourd'hui, je serais à la tête d'une entreprise où il faut intégrer l'IA, mais il faut l'intégrer l'IA, c'est d'identifier les postes. Quel impact ça a sur mon collaborateur ? comment je peux renouveler. Je ne veux pas le remplacer. J'espère que je ne veux pas le remplacer. Ça, c'est le gros challenge. Je ne veux pas le remplacer. Comment je peux utiliser sa force autrement, allouer ses compétences ailleurs et éduquer le collaborateur à l'IA ? Je pense que c'est aussi ça. C'est vraiment, on est à un stade où il faut de l'éducation. Et il faut de l'éducation responsable parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de dérives actuellement. L'IA n'est pas que salutaire. On salue les avancées, mais il y a aussi un côté qui moi m'inquiète. tout ce qu'on voit actuellement, les suicides liés à l'IA, les jeunes qui se font des amis imaginaires avec l'IA, les partenaires de vie via l'IA, il y a des dérives. Et je pense qu'il faut adopter un code éthique quand on est une entreprise qui utilise l'IA et avoir des warnings.

  • Speaker #1

    Oui, il y a beaucoup de choses à travers l'IA qui peuvent se construire de faux. Complètement, toute une carrière. Voilà, donc c'est vrai que j'ai l'impression, alors ça c'est tout à fait personnel, qu'il y a quand même pas mal d'organisations, d'entreprises qui mettent encore pas mal les pieds contre le mur. Alors que finalement, je pense qu'il faut absolument pouvoir intégrer ça, parce que si l'entreprise n'intègre pas de manière transparente l'IA dans ses process, dans son entreprise, il y aura forcément les personnes, les individus qui vont le faire de manière un peu détournée. Donc là aussi, il y a des risques. Et puis, une autre chose, alors je ne sais pas ce que tu en penses, mais ça, c'est tout à fait aussi personnel. Moi, j'ai un peu l'impression qu'autant on est dans quelque chose d'étonnant, assez disruptif avec l'IA, mais autant j'ai l'impression que ça va nous ramener peut-être quelque chose de beaucoup plus humain, un besoin d'être beaucoup plus proche de l'humain. Je ne sais pas si tu le ressens aussi. Une nouvelle fois, c'est vraiment un sentiment très personnel dans les discussions que j'ai avec les entreprises.

  • Speaker #0

    Il y a deux aspects. Sur ce que tu disais sur l'IA et l'intégration pour les entreprises, je vais parler quand on est entrepreneur, pas de leader, pas de manager en tant qu'entrepreneur. Si on met les pieds au mur, ça veut dire qu'on veut rater. Ou qu'on se sabote l'avenir et l'opportunité de l'avenir. Il y aura toujours un concurrent qui fera mieux, il y aura toujours un concurrent qui ira plus vite. On ne peut pas mettre les pieds au mur en disant « je ne veux pas de l'IA » . Alors ça, c'est déjà pas du tout salutaire pour la vision entrepreneuriale de l'entreprise. Ce qui est salutaire, c'est de se poser la question de comment je l'intègre, de quelle est sa plus-value, et où je la... Vraiment, pour moi, c'est une analyse et une éthique à adopter. Donc sur cet aspect-là, je te rejoins pleinement. Sur l'autre aspect, je vais être transparente avec toi, je suis un peu mitigée. Je suis un peu mitigée parce que les gens vivent derrière les écrans, de plus en plus. C'est pour ça que je soutiens énormément la culture. Les endroits où on se retrouve tous ensemble, c'est dans une salle où on peut rire à l'unisson sur un sketch ou sur une phrase. Moi, j'aime les spectacles, j'aime les expositions. Vous êtes obligés d'aller sur un endroit, vous déplacer et vous retrouver. Et ça, j'aime assez. Moi, ce qui m'angoisse, c'est qu'on vit à travers Zoom, énormément. Toutes les réunions, 98% des réunions sont Zoom. Ce que je n'apprécie moins dans Zoom, c'est qu'au final, vous avez l'impression peut-être que la réunion s'est mal passée parce que vous avez eu un ressenti, parce que la personne a posé le regard un peu de travers, etc., On désamorce la tension quand on est... en physique et plus difficilement en Zoom. Mais j'espère en effet que ce que tu disais se concrétise vraiment et qu'on continue à se rencontrer sur des choses, comme je dis, sur les loisirs, sur l'envie de se retrouver. Il faut que nous, managers et leaders, on soit vigilants sur la partie team building. À nous de recréer des moments où on se retrouve. Parce que le télétravail prend un essor fou. Il y en a certaines personnes qui ne sont pas revenues au bureau. À nous d'être vigilants, à garder l'humain au cœur de nos entreprises.

  • Speaker #1

    Je pense alors, effectivement, une nouvelle fois, comme je disais, c'est quelque chose de très personnel. Ce que je ressens, alors je pense qu'on en est encore de loin pas là. Et puis, on va encore traverser des moments justement où ce fossé va encore peut-être encore un peu se creuser. Mais je me dis que peut-être c'est ce qui va renforcer. À un moment donné, les gens en auront vraiment marre que tout passe au niveau de la technologie, au niveau de l'intelligence artificielle. Donc, je me dis que ça peut être aussi une opportunité. Les gens, à un moment donné, ils auront tellement marre qu'ils diront qu'on veut retrouver ce côté humain. Et on le voit. Alors, effectivement, ce côté télétravail a enlevé beaucoup de liens sociaux dans les entreprises. Mais je vois aussi des entreprises qui essayent de recréer. Et on voit cette problématique qui s'est un petit peu installée et qui essaye de mettre en place des événements. Plus de séances en présentiel, vraiment qu'essaye de redonner du lien, de recréer du lien entre les collaborateurs, entre les équipes, même si ce n'est pas facile parce qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui sont habituées à travailler à distance et qui ont de la peine à revenir au bureau ou en tout cas en présentiel. Et il y a ceux qui ne veulent pas du tout travailler à la maison et qui veulent absolument garder ce lien. Donc, effectivement, c'est un défi pour les entreprises de trouver un juste équilibre en gardant cette flexibilité, mais aussi en mettant... au centre ce lien social qui est hyper important.

  • Speaker #0

    Pour moi, l'essentiel d'une entreprise, c'est avant tout l'humain. Et si on ne fait plus d'humain, puis que tout le monde est loin et tout le monde est robotisé, est-ce qu'on peut encore l'appeler entreprise ? Je ne sais pas. Comme on l'a entendu à l'époque, les entreprises, c'est les gens. C'est les gens qui le font, qui font la définition d'entreprise, pour moi.

  • Speaker #1

    L'avenir nous le dira.

  • Speaker #0

    On verra.

  • Speaker #1

    On arrive gentiment au bout de cette conversation. Pour boucler un petit peu la boucle, j'aimerais te demander, quand tu regardes ton parcours, de quoi es-tu la plus fière ?

  • Speaker #0

    C'est une bonne question. Est-ce que j'ai une fierté ? Oui, je pense que ma plus grande fierté, c'est que je me suis toujours battue pour ce qui me semblait juste, que ce soit pour la médecine digitale. Je suis montée jusqu'à Berne, quand j'ai voulu démocratiser cette accessibilité aux urgences. Il y a plein de choses pour lesquelles je me suis battue. qui n'ont pas toujours eu des issues positives, parce que quand vous êtes dans le milieu politique, ce n'est pas forcément là que vous allez faire bouger des pierres. Je pense que je suis fière de ne jamais avoir abandonné. Là, je te raconte une histoire qui peut sembler super, mais j'aimerais que les gens retiennent une chose. Avoir une photo dans un magazine, faire une interview, c'est de la paillette, c'est très joli. Mais ma réalité, elle est cabossée. J'ai les genoux, mais on sent. Je suis tombée, pas une fois, pas deux. mais je suis tombée plus de 50 fois. J'ai reçu des coups. Et là où je suis la plus fière, c'est d'avoir été capable d'en faire des forces, de me relever, de m'améliorer, d'accepter la critique pour en faire, j'espère, quelque chose qui m'amène à être la meilleure version de moi-même.

  • Speaker #1

    Et tu es ordinaire. Complètement. Complètement. Et c'est ça aussi qui est important pour moi avec mes invités sur le podcast. Moi, j'aime recevoir des personnes. Enfin, une nouvelle fois, alors bien sûr que tu as un côté... publique par rapport à ton parcours, par rapport à ce que tu as construit au fil des années. Mais moi, je reçois d'abord une personne ordinaire et qui partage son parcours, qui peut en inspirer d'autres, qui peut ouvrir des paroles, qui peut allumer quelques lumières aux personnes qui écoutent. Mais pour moi, ce qui est hyper important, c'est d'avoir en face de moi, de pouvoir partager. C'est ça aussi que j'aime, me nourrir de personnes ordinaires.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup. Si j'ose, il y a une chose, que si quelqu'un m'écoute, J'aimerais une chose qu'ils doivent absolument retenir de moi. Si je prends la parole, c'est pas pour moi. C'est pas pour raconter une histoire. Si je prends la parole, c'est pour le faire pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. C'est pour pouvoir être peut-être cette voix qui va être... d'impulsion, de courage, de se dire ok, si elle, elle y est arrivée, moi je peux y arriver aussi. Parce que moi, je vous le dis, on n'aurait pas parié un franc, je n'ai rien fait d'extraordinaire, j'ai juste essayé d'améliorer un quotidien, d'essayer d'aller au bout des idées. Donc j'aimerais que s'il y a quelque chose qu'il faut retenir de moi, c'est ça. C'est que si moi j'y suis arrivée,

  • Speaker #1

    mais tout le monde peut y arriver. Il n'y a pas un chemin unique,

  • Speaker #0

    il n'y a pas une recette. et puis il y a une chose que j'aimerais dire aux femmes mettez-vous pas la pression, on n'attend pas de vous d'être parfaite Et puis, on n'attend pas de vous que vous soyez toutes des entrepreneurs. On attend juste de vous que vous soyez heureuses dans ce que vous voulez faire et accomplir ce que vous voulez faire.

  • Speaker #1

    Mettez-vous pas de pression sur ça. Et si tu devais adresser un message aux femmes et aux hommes, aux managers qui nous écoutent, qu'est-ce que tu aimerais leur dire en particulier ? Alors, tu as déjà donné beaucoup de messages,

  • Speaker #0

    mais une chose qui va nous permettre de boucler la boucle ? Que dans le rôle de manager, on a des phases. Et dans ces phases-là, on peut être plus ou moins bon. Et dans les phases moins... Il faut être capable d'aller se confronter à la critique, de comprendre ce qui ne va pas. La remise en question ne remettra pas en question tous les bienfaits faits en amont. Il y a parfois la capacité et l'humilité de se dire peut-être que j'arrive à la fin d'un chapitre et c'est soit moi qui ne suis plus à la bonne place, soit avec mes collaborateurs, j'ai perdu un lien et que je peux reconstruire. Je pense que parfois, si je vous parlais du début de mon histoire, j'étais aigrie au lieu de faire peser mon aigreur sur les autres, juste prendre le temps d'être un peu,

  • Speaker #1

    de faire une introspection sur soi. Ça sera le mot de la fin ? Je te remercie infiniment. Merci Magali, c'était agréable l'échange. Je te remercie pour ton temps, une nouvelle fois, et puis aussi pour tes propos hyper authentiques. Et ça, je trouve, tu parlais d'authenticité d'ailleurs tout à l'heure, ça je trouve que c'est quelque chose qui est d'autant plus important aujourd'hui. On parlait de l'IA, on parlait de la technologie, on parlait de cette place centrale de l'humain, et on peut s'autoriser dans les entreprises, que ce soit en tant que leader, en tant que manager, et aussi en tant que... collaborateurs à être authentiques. C'est important.

  • Speaker #0

    Merci infiniment de ta présence.

  • Speaker #1

    Et à tout bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner pour ne rien manquer des prochains. Et surtout, venez me retrouver sur LinkedIn pour continuer la discussion. J'adorerais connaître votre point de vue et échanger avec vous. À très vite pour un nouvel épisode d'Entre nous.

Description

Et si notre manière de manager trouvait sa source dans notre histoire, nos valeurs et nos expériences de vie ?


Dans cet épisode d’Entre Nous, j’ai le plaisir de recevoir Maddalena di Meo, ancienne infirmière devenue entrepreneure, dirigeante et administratrice.

Un parcours riche, traversé par le sens du service, la résilience et l’envie d’impacter positivement le monde du travail.


De ses racines familiales à la direction de Firstmed, de la vente de son entreprise à sa réflexion sur la transmission, Maddalena partage avec sincérité ce que ces étapes lui ont appris sur le leadership humain et la gestion d’équipe.


Elle se bat pour rendre le monde du travail plus humain en encourageant une approche managériale basée sur le DEI (Diversité, Egalité et Inclusion)


Dans cette conversation :

  • Comment son histoire familiale et son éducation ont posé les bases de son parcours

  • Ce que le métier d’infirmière lui a appris du leadership et de la relation à l’autre

  • Les défis et apprentissages de son parcours d’entrepreneure et de dirigeante

  • Ce que la vente et la transmission de son entreprise lui ont révélé sur la confiance et le lâcher-prise

  • Sa vision d’un management ancré dans l’humain, le courage et la bienveillance


Que vous soyez manager, RH ou collaborateur, cet épisode vous apportera des clés précieuses pour mieux comprendre les enjeux humains derrière la performance.


🎧 Très bonne écoute !


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Transcription

  • Speaker #0

    Manager aujourd'hui, c'est naviguer dans un monde qui change vite, complexe, exigeant, parfois même déroutant. Ici, pas de recette miracle, parce qu'un bon manager ne cherche pas la perfection. Il apprend, il s'adapte et il ose. Je suis Magali Vanet, coach, consultante et formatrice en management. Entre nous, c'est le podcast des managers où on parle vrai, du terrain, des défis, des doutes et des réussites. Toujours avec une seule intention, partagée avec... vous des réflexions et des outils concrets issus de mes 20 ans de management et de ce que j'observe chaque jour avec mes clients. Parfois en solo, parfois avec des invités du terrain, mais toujours dans l'authenticité et le partage, pour vous donner des clés utiles et actionnables. Alors, prêt à souffler un peu, à sortir la tête du guidon et avancer dans votre rôle ? C'est parti pour un nouvel épisode d'Entre nous. Et dans ce nouvel épisode, aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Madalena Dimeo, qui est associée et directrice de la société FirstMed, qui est une école de premiers secours active en Suisse romande. Après plus de dix ans comme infirmière, Madalena se forme à l'Université de Genève, dans le domaine de l'entrepreneuriat et du business. Et en 2011, elle prend la direction de cette école, FirstMed, et on devient, quelques années plus tard, associé. et administratrice. Et comme vous l'entendrez dans les premières minutes de notre échange, elle ne veut pas qu'on parle d'elle et de son parcours comme quelque chose d'extraordinaire. Mais elle se décrit volontiers comme une femme ordinaire et têtue. Et pourtant, et vous l'entendrez, en l'écoutant, on comprend vite que derrière cette simplicité, il y a un vrai courage, beaucoup de cœur et beaucoup d'engagement. Dans cet épisode avec Madalena, on a parlé de ses racines italiennes, de sa famille, de ses valeurs, mais aussi des obstacles qu'elle a surmontés et de la manière dont elle s'est affranchie du regard des autres. Elle nous partage aussi ce que son métier d'infirmière lui a appris sur le management et comment elle a su entreprendre avec courage, sensibilité, authenticité et tout ça en laissant. de côté son égo. Aujourd'hui, Madalena vit une étape charnière, la vente et la transmission de l'entreprise qu'elle a dirigée pendant près de 15 ans. Alors, elle nous explique dans cet épisode, avec beaucoup de sincérité, mais aussi pas mal d'émotion, ce que représente ce passage de relais et comment elle vit cette transition, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle nous a aussi parlé de sa vision du leadership. Un leadership non-genré, comme elle aime le dire, est profondément humain. Et c'est ce qu'elle défend d'ailleurs avant tout, c'est l'idée forte de remettre l'humain au centre du monde du travail. Et c'est aussi à quoi elle souhaite désormais consacrer son énergie et son engagement. C'est accompagner les entreprises à redonner du sens, du lien, de l'humain. Et vous l'entendrez, tout au long de cet épisode, on découvre une femme forte. sensible et terriblement inspirante. Alors vous pouvez retrouver Madalena Dimeo sur LinkedIn et sur son site web madalena-dimeo.ch D'ailleurs, les liens sont dans la description de l'épisode. Bon, allez, place maintenant à cet échange avec Madalena. Hello Madalena !

  • Speaker #1

    Bonjour Magali !

  • Speaker #0

    Je suis très très contente de te recevoir aujourd'hui. Merci pour le temps que tu m'accordes pour ce podcast. Je sais que c'est une période particulière et intense pour toi. Donc d'autant plus merci vraiment de prendre le temps de cet échange. Je me réjouis vraiment beaucoup de cette conversation toutes les deux. Mais moi aussi, merci en tout cas de l'invitation. C'est un vrai plaisir d'être à tes micros. Et c'est vrai que je suis ton parcours entrepreneurial maintenant depuis plusieurs années. Et puis, j'avais vraiment envie de t'entendre, de pouvoir échanger avec toi sur ce parcours, sur comment tu l'as construit. Et je pense que ça peut aussi donner beaucoup d'impulsion, beaucoup d'inspiration aux personnes qui nous écoutent, aux auditeurs. Et puis, on nous écoute à travers ce podcast bien au-delà de la Suisse romande. Donc, je me réjouis de t'entendre et de pouvoir partager toute cette conversation avec les auditeurs du podcast. Pour commencer, pour lancer la conversation, je te propose peut-être pas de te présenter de manière un peu traditionnelle, mais plutôt que tu nous racontes un petit peu ton parcours à travers les principales étapes qui font que tu es la personne, la leader que tu es aujourd'hui, si ça va pour toi.

  • Speaker #1

    Bien sûr, alors avant toute chose, vous n'allez pas... Entendre l'histoire d'une femme extraordinaire, mais d'une femme ordinaire, têtue. Je suis une infirmière devenue entrepreneur un peu par hasard, un peu par frustration. C'est l'histoire d'une femme qui a toujours rêvé d'être infirmière, depuis l'âge de 3 ans. J'ai aimé ce métier et je suis devenue infirmière et la vie m'a amenée à devenir entrepreneur un peu par hasard. La frustration de mon métier ? Parce que... Quand j'ai choisi de soigner, j'ai choisi de soigner des gens, des histoires, des parcours de vie, d'être auprès d'eux. L'économie est entrée dans ce domaine des soins et j'ai vu l'évolution de la façon dont on soignait les gens. Et quand vous aviez une charge de 4 patients, puis vous finissez votre carrière avec 12 patients, avec une seule infirmière, on n'est plus dans la qualité, on est dans la performance et dans l'exécution automatisée. Et moi, ça me frustrait énormément. Et quand on est face à une frustration, il y a deux options. soit on devient aigri parce qu'on est frustré puis on devient cette collègue insupportable parce qu'au final, on n'est pas bien avec soi, on n'est pas bien avec ce qu'on vit au quotidien et du coup, on le fait, on reporte ça sur les autres ou bien je me responsabilisais puis je faisais quelque chose de cette frustration et c'est là que mon parcours a débuté. Comment il a débuté, tu vas me dire ? Exactement ! Comment il a débuté ? J'ai toujours voulu faire du social, je détestais l'économie et ses outils économiques mais j'ai réalisé que ces outils pouvaient être utiles et servir les causes. s'ils étaient bien utilisés. Donc, j'ai commencé mon cursus de réorientation professionnelle en faisant une formation en management social et culturel. Pour la petite anecdote, moi je m'appelle Madalena Di Meo, je suis fille d'immigrés italiens, qui mes parents sont là depuis maintenant 48 ans en Suisse, plus que bien intégrés, et je suis née à Vevey.

  • Speaker #0

    On y reviendra aussi sur ton histoire plus familiale.

  • Speaker #1

    Donc, pour vous mettre un peu le contexte, au moment où j'ai décidé de reprendre des études, je prenais un risque. financier aussi parce que je n'avais pas les moyens d'arrêter de travailler. Donc, j'ai diminué mon activité de 100% à 8 ans tout en faisant mon activité d'études en parallèle.

  • Speaker #0

    Tu avais quel âge à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    J'ai commencé, j'avais 27 ans. Donc, à ce moment-là, grosse remise en question. Je commence ce cursus-là avec un projet qui me tenait à cœur. Je voulais faire un audit managérien des financiers d'une ONG à Yaoundé, d'une fondation qui est la Fondation Marie-Jovis. Une femme que j'ai rencontrée sur mon parcours d'infirmière jeune, j'avais 18 ans quand je l'ai rencontrée la première fois, je l'ai re-recontrée à 26-27 ans. Et moi j'ai toujours eu une admiration pour cette femme qui s'est complètement effacée pour vivre sa fondation, d'où son salaire, elle l'a envoyée en Afrique pour mettre en place son orphelinat. Alors je lui ai dit écoute, je fais mon parcours d'études, as-tu envie qu'il te soit utile ? Puis il m'a dit oui, puis on a commencé cette histoire et dans ce cadre-là on a fait une levée de fonds, donc passé 100 000 francs pour envoyer un conteneur qui contenait Un bloc opératoire, tout le matériel médical pour mettre en place un dispensaire en Afrique. De ce dispensaire-là, on a pu faire les vases communicants en louant l'infrastructure aux médecins diplômés sur site et nous permettre d'envoyer les orphelins à l'école pour qu'ils puissent acquérir une éducation académique qui pour nous était le fondement d'une liberté, d'une possibilité, d'un avenir.

  • Speaker #0

    Donc bien avant de créer ta propre entreprise finalement, tu étais déjà dans un mode entrepreneurial à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Oui, mais je ne m'en rendais pas compte sur le moment. Pour moi, c'était de l'action, un outil, je lève des fonds, j'aide et j'avance. Je n'avais pas cette notion entrepreneuriale. Par contre, ce qui m'a perturbée, c'est que dans le cadre de ce parcours, il y a eu deux événements. La première, c'est que j'ai rencontré M. Raphaël Cohen, qui était à la tête, parce qu'il n'est plus actif, se d'a son entrepreneurship et business development à l'HEC de

  • Speaker #0

    Genève. Et puis,

  • Speaker #1

    en partant à la fin de sa formation, il m'avait remis un petit flyer, en me disant peut-être que tu auras envie de poursuivre. Lui, il avait perçu quelque chose que moi, je n'avais pas encore perçu à l'époque. Et puis, j'ai fini mon travail avec Monsion. Et je n'ai pas compris. J'avais ici ces Monsions. Et je me suis dit, oh, wow, OK. Puis, j'ai gardé ça au long coin de la tête. Et puis, dans ce moment-là, j'étais en train de lire un livre qui m'a bouleversée, qui a changé complètement ma vie. Et si Raleigh Dussaini m'écoute, merci. C'est « Mille soleils splendides » de Raleigh Dussaini.

  • Speaker #0

    « Mille soleils splendides » , je n'ai jamais entendu.

  • Speaker #1

    Que je conseille. Il n'est pas évident à lire. mais quand j'ai fermé ce livre J'ai compris que j'étais devenue une femme capricieuse, que j'étais devenue une femme qui cherchait des excuses pour ne pas avancer. Quand il y a des femmes aujourd'hui qui n'accèdent pas à la liberté de penser, à la liberté d'aimer, à la liberté de marier les personnes qu'elles souhaitent, qui n'ont pas le droit d'être visibles, et moi j'avais peur de quoi ? D'échouer, de sortir de mon cadre de statut de fille d'immigré d'Italien, milieu ouvrier, du fait que tout le monde m'attendait dans une case d'infirmière qui allait performer, continuer dans ses spécialisations. Et du coup, j'ai dit OK, go. Et j'ai appelé Raphaël Cohen.

  • Speaker #0

    Donc, ça a été un moment pivot. Et à travers aussi la lecture de ce livre, finalement, quelles sont ces prises de conscience à ce moment-là qui t'ont fait avancer encore d'un pas supplémentaire ?

  • Speaker #1

    Je me suis dite que je n'avais pas le droit de ne pas avancer pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. Je suis née dans un pied libre, en tant que femme libre, qui a le droit d'aller s'asseoir sur des bancs d'école. Et clairement, je me suis dite à ce moment-là... J'avais un projet qui était une maison de soins palliatifs pédiatriques dans ma tête. Mon rêve était d'accompagner la fin de vie pédiatrique différemment. Donc je rêvais d'une maison comme Rive-Neuve pour pouvoir accompagner les parents et les enfants parce qu'on a de la chance de ne pas avoir énormément de décès en Suisse, mais il y en a. C'est un de mes rêves et je me suis dite que si les outils économiques m'ont permis de lever des fonds pour pouvoir mettre en place un dispensaire et accompagner une fondation en Afrique, pourquoi pas aller plus loin et aller chercher une compétence supplémentaire pour utiliser ce véhicule économique pour de bonnes raisons. Et c'est ça qui m'a motivée.

  • Speaker #0

    D'accord. Et comment tu as engagé les prochaines étapes ? Et ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a une forme de vouloir prendre ou reprendre une forme de liberté.

  • Speaker #1

    Oui, puis prendre ma vie en main. Je voulais m'affranchir aussi, c'est par la suite que j'ai compris que j'étais en train de m'affranchir, de m'affranchir des attentes, parce qu'on a tous, on porte tous des attentes et des projections, des regards des gens. Que ce soit dans le milieu du travail, que ce soit mes parents qui ont construit aussi leur vie. Je viens d'une famille qui a sacrifié leurs affects, leur pays, pour leur se donner une chance d'avenir pour leurs propres enfants. Donc eux, ce qu'ils souhaitaient, c'est de me donner une stabilité. Là, je venais perturber leur projection par rapport à moi. Et puis ensuite, ce qui a été important pour moi, c'est qu'on... Et je le dis toujours, je suis reconnaissante d'avoir eu sur mon parcours mes passions. J'ai fait de la fin de vie et... C'est le moment de votre vie où vous êtes le plus authentique. Et vous devez l'être, par respect pour le patient. Chaque matin, quand je me lève, je suis reconnaissante de pouvoir écrire un nouveau chapitre de ma vie. Un nouveau jour. Et face à cette possibilité-là, je me suis dite, laisse tomber tes peurs. Existe, va de l'avant. Au pire, tu vas te relever. C'est tout, tu auras un échec. Et alors ? Par contre, j'ai pris un risque financier. Les petites économies que j'avais, elles sont toutes parties dans mes études. Donc c'était vite vu, si je me plantais, je repartais vraiment de 0 à 0. Et même contexte, je n'avais pas le luxe d'arrêter de bosser. Donc, un week-end sur deux, j'étais ou à l'Uni ou à la clinique. Et puis, j'allais de l'avant.

  • Speaker #0

    D'accord. Tu parles de s'affranchir. Je pense que c'est un élément important où tu mets le doigt sur quelque chose d'extrêmement important. Parce que beaucoup de personnes ont de la peine. Il y a beaucoup de projections qui viennent de l'extérieur. On est beaucoup pollué par ce que... par le regard des autres, par ce que les autres projettent sur nous. Et puis, ça peut être très, très difficile. Et quand on est leader, c'est quelque chose sur lequel il faut beaucoup travailler pour justement se sentir libre, se sentir authentique. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu conseillerais aux personnes qui écoutent, aux leaders, pour se sentir le plus libre et s'affranchir du regard des autres ?

  • Speaker #1

    Je pense que la première chose qu'il faut accepter, c'est de décevoir. On va décevoir. Parce que les gens mettent des attentes. Et quand on ne satisfait pas les attentes, on déçoit. Mais décevoir, ça ne veut pas dire perdre les affects. Ça ne veut pas dire perdre une relation. Décevoir, moi je me suis toujours dit, c'est les gens qui sont déçus d'une attente qu'ils n'ont pas vue avec moi. Mais ce n'est pas mon attente, ni mon envie. J'ai accepté de ne pas être parfaite. J'ai accepté la critique. J'ai accepté de déplaire aussi. Parce que quand on prend des décisions, Il n'y a pas tout un groupe unanime qui va vous dire « Oh, wow, c'est formidable » . Nous, on a eu ce moment aussi en famille, quand j'ai repris les études. Mon père, à juste titre, était inquiet pour moi. Il m'a dit « Mais tu as tout pour toi. Tu as une carrière d'infirmière, tu réussis, tu as un CDI, tu es reconnu dans ce que tu fais, tu as une stabilité, mais pourquoi tu te mets en danger ? Mais tu vas chercher quoi ? » Moi, je faisais l'inverse de ce que lui a fait. Et puis, en plus, qu'on le veuille ou pas, je viens d'un milieu ouvrier, pas du patronat, pas de l'entreprenariat. Donc, c'était aussi trahir nos racines de départ. C'était un peu compliqué, ce changement de statut. Parce que mon père a été ouvrier, ma mère était une ouvrière. Les patrons, c'était un univers à part, avec un contexte à part à l'époque.

  • Speaker #0

    Avec peut-être plus de confrontation aussi. Exactement. Puis,

  • Speaker #1

    à une époque où il y avait plutôt le côté, une hiérarchie très verticale, le patron a une image très négative, et puis l'ouvrier délivre, etc. puis moi tout d'un coup j'avais envie de m'affranchir de ce qu'on était, mais je n'étais pas en train de repousser qui j'étais. Je demandais juste d'exister à ma façon.

  • Speaker #0

    Et comment tu as fait pour les convaincre, si tu cherchais à les convaincre, ou en tout cas peut-être les rassurer ? Eh bien, j'ai fait.

  • Speaker #1

    C'est-à-dire que je n'ai pas suivi leurs conseils dans le sens où je me suis entêtée, je suis arrivée sur le banc de l'université et je suis allée de l'avant. Et c'est dans l'action, le quotidien qu'eux se sont apaisés aussi. Quand ils ont vu que j'étais rassurée. Et qu'à quelque part, je n'étais pas en danger.

  • Speaker #0

    Que ça fonctionnait et que, aussi, tu voyais épanoui.

  • Speaker #1

    Alors oui, ils m'ont vu, en tout cas, dans la dernière année de l'Uni, un peu en souffrance entre quand vous faites des journées de 12 heures à l'hôpital, vous bossez le soir pour travailler vos devoirs, pour les envoyer le lendemain matin. Moi, j'ai perdu un document, j'ai cru que je pleurais. J'ai vécu dans un studio jusqu'à l'âge de 30 ans, parce que financièrement, je ne peux pas me permettre d'avoir un 2,5 ou un 3, parce que je me finançais mes études. Et puis j'avais mon salaire d'infirmière, donc ils m'ont vu faire des sacrifices pour aller au bout de ce rêve.

  • Speaker #0

    Quelles sont les valeurs ? que finalement ta famille, tes parents t'ont donné et que tu gardes profondément encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Le respect du travail, énormément. Moi, mon père, je l'ai toujours vu partir à 6h30 du matin et revenir à 18h30. Il partait avec une blanc et je pense que je peux compter sur mes deux mains, sur 45 ans de carrière, quand est-ce qu'il a été absent. Même avec de la fièvre, il partait bosser. Il devait être vraiment cloué. au lit pour ne pas y aller. Donc le grand respect du travail, la grande force que mes parents ont eue. De ma mère, j'ai beaucoup appris, pas tant du sacrifice. Ma mère m'a démontré quelque chose d'assez fou, parce qu'il ne faut pas oublier que ma mère est arrivée en Suisse en 1979, quand encore on devait s'arrêter à Bric pour la douche sanitaire et le contrôle sanitaire. Ma mère a été mise à nu derrière d'autres femmes pour être contrôlée, pour être autorisée à entrer. Ma mère est arrivée en Suisse quand à l'époque il y avait encore des panneaux qui disaient interdit aux chiens et aux italiens. Donc ma mère a lâché une famille de 12 frères et sœurs d'un pays chaud avec une mère. La vie au quotidien c'était la mère. Et là elle est arrivée en janvier de 1979, dans le froid, dans la neige, avec un non-respect de sa personne. Et j'ai beaucoup appris de sa force.

  • Speaker #0

    Et on se dit ça fait que 46 ans. Et c'était encore ces pratiques à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Exactement. Et c'est pour ça que je me dis, l'histoire, il ne faut jamais l'oublier. On est censé en tirer des enseignements. Et on se rend compte aujourd'hui, au vu de l'actualité, on est en 2025. Je pense que les enseignements n'ont pas été si bien tirés que ça, malheureusement. Mais j'ai beaucoup appris ça. Et c'est pour ça que je revendique mes origines. Je suis naturalisée et j'en suis tellement fière. Parce que je crois que vous ne vous rendez pas compte de ce que c'est d'être une songundo ou non son propre. Son pays d'origine, on n'est pas, on n'appartient pas à l'Italie, on n'appartient pas à la Suisse qui nous a vu naître et grandir. Puis quand j'ai eu mon passeport suisse, j'en ai pleuré, mais je suis fière d'être qui je suis et d'où je suis partie.

  • Speaker #0

    Ce qui est aussi intéressant dans ton histoire et en lisant aussi des articles de presse sur toi, sur ton site web, c'est que tu as pas mal rencontré d'obstacles dans ton parcours. Et si j'ose l'aborder, si tu es d'accord, par rapport aussi à ta taille. Oui,

  • Speaker #1

    bien sûr.

  • Speaker #0

    Est-ce que tu es d'accord un peu de nous en dire plus ? Et puis surtout aussi, comment... Alors, tu parles... J'ai beaucoup aimé quand tu as dit au tout début, je suis quelqu'un d'ordinaire, têtu. Et je pense que c'est ça aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il fait ? Je pense qu'on est tous des personnes ordinaires. Après, c'est la force de caractère. On va se distinguer par des personnalités. On est tous différents. Mais finalement, ces obstacles, comment tu les as ? T'es passée à travers, outre ces obstacles, et comment ça t'a renforcée ?

  • Speaker #1

    Ma taille a toujours été un complexe petite, mais peut-être pas tant moi. Les gens, c'est les gens qui vous rappellent que vous n'êtes pas grande. Ça revient à la projection, finalement, qu'on disait tout à l'heure. Exactement, les gens vous le rappellent. Donc, vous, vous vivez votre vie, et en tant qu'enfant, alors encore plus innocemment, sans trop de... Puis après, vous avez des remarques. Ah, mais t'es trop petite. Ah, le rez-de-chaussée. Puis vous savez à l'école, à la gym, quand ils vous disaient mettez-vous en ordre de grandeur, puis on vous met au bout, puis vous recevez des remarques à la... Oui. Voilà. On s'est compris. Voilà. Et puis ça vous forge aussi le complexe de nous dire je ne suis pas dans la norme, je ne suis pas normale. Les gens ne savent pas ce que j'ai pu traverser, le pourquoi je faisais ce 1m50 et parce que je fais 1m50 que je revendique. Et je remercie les Eva Langoria qui existent et toutes les petites femmes qui démontrent qu'on peut exister et briller, même si on ne fait pas le 1m75. Mais j'ai eu un pédiatre extraordinaire. Et je crois que je l'ai mis sur le site internet. J'ai eu un pédiatre extraordinaire.

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup aimé cette histoire d'ailleurs.

  • Speaker #1

    Parce que moi, j'étais suivie pendant 10 ans au CHUV toutes les années par rapport à ça. Et qui m'a dit quelque chose qui m'a bouleversée. Et mes parents ont été extraordinaires sur ça. Il a fait venir une femme dans la consultation et m'a dit... Madalena, tu vois cette jeune femme, j'avais 12 ans, je t'ai dit oui, il me dit ça c'est mon infirmière, c'est la plus compétente de toutes, mais pourtant elle fait pas 1m75, elle fait à peine 1m50 ou 1m55, et puis il vit très bien sa vie. Et là il est parti en me disant écoute, réfléchis à ce que tu veux faire par la suite, traitement ou pas traitement, mais sache que tu n'as pas besoin de ces centimètres pour exister, et pour être la femme que tu as envie d'être, ou la petite fille à l'époque. On a beaucoup réfléchi, il est parti en effet Je suis restée avec mes parents, mes parents étaient extraordinaires Même avec leur... peur face au traitement, parce qu'à l'époque où les hormones de croissance, il y avait la maladie de Crossfell-Jacob, les décès l'un derrière l'autre, ils ont été extraordinaires. Ils m'ont donné leur opinion, mais ils m'ont dit, au final, c'est ton choix et on t'accompagnera. Puisque, m'a dit, le monsieur m'avait, peut-être à ce moment-là, je ne m'en étais pas rendu compte, mais ouvert une brèche d'authenticité en me disant, je vais accepter celle que je suis. La vie a voulu que, c'est pas grave, je suis pas moins. que les autres, et peut-être que je suis plus que d'autres. Et j'ai cheminé comme ça en faisant le deuil de ces centimètres perdus. Est-ce que ça t'a donné, selon toi, plus de force, finalement, pour oser, pour aller de l'avant, pour être dans l'action ? Oui, je pense. Alors, pour être honnête, tu as devant toi une femme pour qui personne n'aurait parié un franc sur moi, vraiment. J'étais la fille effacée, j'étais la fille dans mon coin, j'étais la fille qui ne voulait pas déranger, qui voulait rentrer dans le cadre et autres. J'avais pas de... Cette persévérance ou cette détermination ou cette force que tu perçois aujourd'hui. Mais il y a quelque chose qui... Je crois que cette envie de vivre, cette envie d'exister, cette envie de pouvoir laisser quelque chose sur cette terre a été plus forte que ma timidité, mon complexe, etc.

  • Speaker #0

    Comme quoi, ce que tu dis ? Et puis si je crée un pont avec le leadership, on parle toujours, est-ce que c'est plutôt inné ? Est-ce que ça s'apprend ? Est-ce que... Finalement, ce que tu dis par rapport à comment... tu étais plus jeune et qui tu es aujourd'hui, que finalement, ce n'est pas comme tu étais qui te définit pour la vie. Moi, je trouve que c'est un message fort et c'est quelque chose d'hyper important aussi de vraiment relever. C'est que finalement, on nous enferme beaucoup, beaucoup et encore aujourd'hui énormément dans des cases.

  • Speaker #1

    Énormément.

  • Speaker #0

    De dire qu'on ne parie pas un centime sur toi, finalement, je trouve extrêmement dur, extrêmement difficile. Mais c'est encore la réalité pour beaucoup de personnes. Alors, est-ce que c'est plus vis-à-vis des femmes ? C'est aussi quelque chose qu'on peut aborder ou si c'est quel que soit le genre. Mais moi, je trouve que c'est quelque chose où on entend encore trop, trop souvent qu'on se base sur, une nouvelle fois, nos préjugés, une perception qu'on a, quelque chose qu'on projette. Mais c'est souvent de par ses propres peurs, ses propres frustrations. Tu parlais de frustration aussi, qu'on va projeter sur l'autre des choses positives ou négatives, mais finalement qui ne sont pas la réalité. Non, complètement.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de leadership. Moi, je ne crois pas qu'on ait... Alors, je pense qu'on a un terrain. Faire-t-il ou pas. Mais on ne n'est pas leader, on le devient. Et moi, je suis assez persuadée de ça, vu mon vécu. Donc, je ne peux pas incarner le leadership parce que ce n'est pas à 12 ans que tu ne te serais pas dit que ça va devenir un leader demain. Par contre, c'est sûr que quand j'ai fini mes études, j'ai reçu le prix des droits de l'enfant et de la femme. J'étais déjà un peu militante dans l'âme. Donc tout ce qui était cause sociale en classe, c'était moi et j'étais là et j'y allais. C'était les seuls moments où je me sentais digne de prendre la parole et d'exister. Pourquoi, je ne sais pas, mais c'est là où je puisais ma force, c'était pour les causes sociales. Et puis par rapport à ce que tu disais au départ, moi je dis toujours, et j'ai une grande admiration pour Michelle Obama, puis je dis toujours une chose, son livre, moi j'ai eu la chance de l'avoir à Paris, le départ ne définit pas qui on va devenir et qui on est. Le parcours, il est morcelé. On crée des chapitres. De ces chapitres, on en tire des enseignements. Aujourd'hui, je pense que la vraie clé, c'est l'éducation. Ce qu'on va donner à nos enfants, c'est leur donner de la confiance en eux. Apprendre qu'ils sont perfectibles, qu'ils peuvent devenir la meilleure version de eux-mêmes, qu'ils ont le droit d'échouer. Échouer, ce n'est pas un tabou. On a le droit, et tant mieux, parce que c'est de ça qu'on a besoin pour grandir, pour s'améliorer, pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. si aujourd'hui on veut que demain plus de femmes deviennent leaders Commençons par changer la façon dont on éduque nos enfants. Pour moi, c'est la clé, l'éducation. Et d'autant plus pour une femme, que ce soit dans l'éducation financière, que ce soit dans l'éducation de sa posture.

  • Speaker #0

    Et comme tu dis, il n'y a pas un seul modèle. Il n'y a pas un seul chemin aussi qui dessine un leader. Alors oui, je pense qu'il y a, comme tu le dis, je te rejoins quelque chose de l'ordre de l'éducation, qui doit être fort. Et puis aussi, je pense que par rapport à ton parcours et ce que j'entends et ce qui résonne, c'est aussi ta capacité à te remettre en question. Et ça aussi, je pense qu'en leadership, c'est aussi quelque chose qui va façonner son chemin. C'est cette capacité à se regarder soi, à accepter ses failles, à être dans l'authenticité, à persévérer. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de dimensions, mais ça revient toujours aussi à la capacité à bien se connaître et à se remettre en question.

  • Speaker #1

    Oui, et puis moi, il y a une chose que ce que tu as dit me touche particulièrement et ça résonne, c'est que moi quand j'engage quand j'engageais en tout cas des gens Je leur disais toujours, parce que l'avantage de la PME, c'est qu'on s'occupe de la cave et du grenier. Tu fais tout. Exactement. Et dans ce cadre-là, quand j'engage quelqu'un, je dis toujours, moi, j'ai le luxe de vous choisir. Moi, je peux vous choisir. Mais vous n'avez pas le luxe de choisir votre boss. Une fois que vous avez choisi FirstMed, c'est Madalena votre boss. et ce que j'aimais à faire et ce que je fais, et puis je continuerai à faire aussi, c'est que je leur dis toujours Je suis votre manager, mais je suis perfectible. La critique, je suis capable de l'entendre parce que je forge mon leadership et mon management à travers vous aussi. C'est comme ça que je grandis. Donc la critique est toujours bonne à recevoir si elle est constructive. Les attaques méchantes, etc. ne servent à rien. Et pour moi, ça, c'est la partie très importante pour un leader ou un manager d'être capable d'avoir cette remise en question. Et je pense qu'on confond toujours confiance et égo. Aussi pour la femme. On se dit, mais une personne qui a confiance a de l'ego. Alors, pas du tout. Pour les gens qui me connaissent, ce n'est pas une question d'ego chez moi, parce que je n'en ai pas. Par contre, j'ai dû apprendre à avoir confiance. Confiance en moi, dans ce que je vais dire, dans ce que je vais faire. Ça ne veut pas dire qu'à travers mon parcours, je n'ai pas peur. À chaque fois que je prends le micro, j'ai peur. Présentement, j'ai peur. Je suis à la télé, j'ai peur. Mais c'est une peur saine qui devient un moteur pour me dire, il faut que tu donnes le meilleur de toi. parce que tu dois être à la hauteur aussi de la confiance que les gens mettent en toi.

  • Speaker #0

    Et si je crée un point avec ce que tu viens de dire, et si on va un step sur ton parcours, on continue un petit peu ton chemin. Donc, tu as passé du domaine des soins en tant qu'infirmière et tu as, on l'a bien aussi compris à travers ce que tu as dit précédemment, tu as pris la direction et tu as créé l'entreprise FirstMed. Alors,

  • Speaker #1

    je ne l'ai pas créée, moi j'ai repris la direction. Alors, pour la petite anecdote, voilà, moi j'ai eu mon diplôme. Oh la grande surprise de tout le monde, parce que mon année HEC, c'est pas l'année la plus joyeuse de ma vie, pour être honnête, parce que j'étais confrontée aussi aux clichés, je veux dire, les gens qui étaient sur les bancs d'école n'étaient pas du même milieu que moi, etc. Et j'arrive avec ce diplôme, je me suis laissée six mois pour réfléchir à ce que je voulais faire, parce que rendez-vous compte, j'étais diplômée infirmière, ce que moi je savais faire, c'était l'urgence, la pédiatrie, l'ortho, la chire et l'anesthésie, etc. Que j'avais un diplôme en management social et culturel, que j'avais un DAS en entrepreneurship business development. mais alors c'est qui qui veut de cet extraterrestre dans le monde du travail ? Et du coup, je me suis inscrite à une plateforme JobUp et il y avait une offre pour devenir directrice d'école de premier secours. Alors, vous le croirez ou pas, je ne voulais pas ce job parce qu'il était à Genève. Par contre, je voulais de l'entretien. Je voulais d'un exercice, je voulais me donner la capacité de comprendre comment j'étais perçue par le milieu du travail. Et j'ai été acceptée pour le premier round. Je vais à ce rendez-vous. J'enfile ma tête à travers la vitrine pour dire bonjour au fondateur de FirstMed, qui étaient les deux médecins. Et puis, je fais cet entretien. Mais moi, je suis hyper sereine. Je ne veux pas de ce job. J'ai fait mon exercice. Je sors de là en me disant, c'est fini. Va-t-il pas que je reçois le deuxième mail qui me dit, on aimerait bien voir pour le deuxième round.

  • Speaker #0

    C'est souvent comme ça. C'est quand on est un peu détaché, que c'est là que ça fonctionne.

  • Speaker #1

    Là, je n'ai pas tout compris. Je suis, ah bon, super, bel exercice. et je repars avec cette légèreté en me disant cool, c'est un exercice. Parce que j'étais à mille lieux de penser que ces deux hommes qui avaient fondé cette école pouvaient laisser les rênes à une femme qui n'a jamais managé et qui était infirmière. Et à la fin de l'entretien, ils me disent, le job est à vous. Je n'ai pas rien compris à ma vie, mais rien compris. Puis je dis, ok, ok, ok, ok. Puis je dis un oui, sans réfléchir plus que tant. Donc, je quitte Genève pour aller chez mon ancien employeur pour leur dire, voilà, j'ai un emploi, je prends la direction d'une école, mais j'ai besoin de partir dans trois semaines. Ils ont été extraordinaires, ils m'ont libérée avec mes heures suives, les vacances, etc. Et du coup, j'ai vraiment fait la transition. J'ai quitté le terrain de l'infirmière pour arriver devant un ordinateur à First Med à Genève, dont je ne pensais jamais mettre les pieds.

  • Speaker #0

    Mais tu dis finalement, qui voudrait être une extra-tresse comme moi ? Finalement, tu avais déjà un socle de compétences extrêmement intéressant, que ce soit dans ton expérience d'infirmière, que aussi, alors l'expérience peut-être pas professionnelle encore, des études que tu avais achevées.

  • Speaker #1

    Mais sur le moment, je ne m'en rendais pas compte, parce que moi, ce que je faisais au quotidien, c'était... Piquer, poser des voies veineuses, faire des antibios, récupérer des patients en bloc, descendre des patients en bloc, faire des soins, faire la toilette, nurser les patients, répondre aux appels malades, gérer des équipes, être avec mes collègues. Donc ça, je savais, je maîtrisais. Vous me disiez de poser une voie veineuse, alors je ne dirais pas que je le faisais les yeux fermés. Mais c'était easy pour moi de trouver une veine, de piquer, puis de poser ma perf. Mais là, du coup, j'étais devant un écran d'ordinateur, il y avait Excel, j'ai vu l'Excel. Oh, c'est quoi ça, Seigneur Dieu ? Parce que, bien sûr, je l'ai vu durant mes études, mais ce n'était pas mon quotidien. Et là, ça devenait mon quotidien. Et puis, ce qui m'a énormément impressionnée, c'est que tout d'un coup, quand j'ai pris ce rôle là j'étais employée

  • Speaker #0

    Je n'ai pas réalisé que je commençais à incarner l'entreprise dans mon rôle comme si c'était la mienne. Je me mettais la pression de la performance financière, je me mettais la pression que je devais sortir les salaires, je me mettais la pression de la satisfaction des gens de travailler avec FirstMed. Je me mettais la pression comme si c'était moi, FirstMed. Et j'ai dû me forger ma boîte à outils de manager et j'ai dû forger ma nouvelle identité.

  • Speaker #1

    Comment tu as pris ta place ?

  • Speaker #0

    J'ai décidé d'aller sur le terrain. J'ai décidé de ne pas rester sur mon rôle de directrice derrière un écran. J'ai décidé d'aller voir ce qui se passait de la cave au grenier, de dire aux équipes que j'étais là pour apprendre, pour observer, pour les entendre. Ça a pris deux ans pour donner ma couleur à FirstMed. C'est ces deux ans qui m'ont permis de faire des erreurs, parce que j'en ai faites, de faire des choses bien, parce que j'en ai faites aussi, et puis de pouvoir commencer à fédérer les gens autour de la nouvelle manager, de la nouvelle identité aussi de FirstMed dans son management. Et ce qui m'a énormément aidée, c'est que j'ai transposé des compétences de soignante. Au management. Et lesquelles ?

  • Speaker #1

    Tu arrives à nous dire un petit peu ? Oui, concrètement.

  • Speaker #0

    On nous apprend beaucoup l'écoute active en tant qu'infirmière. On nous apprend beaucoup l'empathie. On nous apprend aussi beaucoup le parcours de soins. Et l'entreprise, je l'ai pris comme si c'était un parcours de soins. Un patient, on a un parcours de soins. L'objectif, c'est de retrouver un état de santé normal. Et ce que je voulais à mon entreprise, c'était de lui donner un état de santé optimal, voire performant. Et j'ai fait ce même parallèle-là, mais sur une entreprise avec... C'était à moi de créer mes critères, mes enjeux pour comprendre quand est-ce que ma stratégie de soins était juste ou pas juste, pour rectifier si besoin le traitement. Et c'est comme ça que j'ai abordé l'entreprise. Après, sur l'aspect humain, je suis restée celle que j'étais, une écoute active. J'ai dû juste apprendre un peu plus à m'affirmer pour me dire, mais quand je dis non, ce n'est pas méchant. Je peux dire un non sans être la sorcière de cette équipe. J'avais peur de ne pas être aimée par mes équipes. Moi, j'avais besoin d'avoir l'adhésion. Moi, je vis que de travers ça. si mes équipes adhèrent et sont avec moi, je sais que... Je vais me lever tous les jours, à point d'heure, pour eux. Si je n'ai pas ça, je ne sais pas pourquoi je me lève.

  • Speaker #1

    Et comment tu as fait pour ça ? C'est aussi quelque chose qu'on entend beaucoup. Moi, quand j'étais manager, je l'ai aussi beaucoup ressenti. Voilà, ce besoin. J'avais aussi besoin d'être toujours, de me sentir aimée. Jusqu'au jour où j'ai compris que c'était plutôt, j'étais là pour me faire respecter et pas de chercher l'adhésion. C'est juste impossible d'être acceptée de tout le monde. Et puis, voilà, on n'est pas là pour se faire aimer, mais pour se faire respecter. et Comment tu as fait pour t'affirmer à ce niveau-là, de t'étacher de la partie plutôt amour de l'autre, par rapport au respect, par rapport aussi à ton rôle ?

  • Speaker #0

    Il y a eu plusieurs étapes. Je pense qu'une des premières, c'est que je me suis rendue accessible. Donc accessible à la critique, accessible à l'amélioration. J'ai aussi dit à mes collaborateurs, que ce soit par mail ou autre, que je souhaitais être respectée par eux, qu'on était en train de co-construire quelque chose, une histoire ensemble. Et dans la co-construction, il faut de la bienveillance. Et puis ensuite, quand j'ai débuté, j'avais une vitrine commerciale à Genève et la porte était toujours ouverte, d'été comme hiver. Donc les collaborateurs pouvaient venir spontanément. Moi, j'en ai eu un qui préparait son examen de médecine légale pendant que moi, je travaillais sur mes Excel. Et puis on créait cette cohésion. Puis dans le quartier, à un moment donné, on est devenu une communauté parce que les personnes âgées venaient à 9h prendre le café, ce qui me permettait de checker qu'ils étaient toujours parmi nous. Et du coup, voilà, j'ai créé une sorte de communauté. Merci. Moi j'ai une difficulté, c'est que moi j'ai des équipes nomades. Mes collaborateurs étaient et sont étudiants en médecine ou médecins ou infirmières. Donc explosés à travers les facultés, explosés dans leur activité paramédicale.

  • Speaker #1

    Ils ne sont pas toujours là.

  • Speaker #0

    Jamais là physiquement. Et pourtant, les moments clés, c'est les moments de formation. On fait les formations le week-end et c'est à ce moment-là qu'on crée la vision de l'entreprise, qu'on crée aussi l'adhésion à l'entreprise, aux valeurs de l'entreprise. Cette communauté-là, vous la créez dans ces moments-là. Ce que vous allez... passer à votre collaborateur, et c'est là où je reviens à l'éducation, moi je les forme, je les forme avec une équipe compétente, c'est à ce moment-là que vous passez aussi un peu l'ADN de votre entreprise. Puis c'est à vous de désamorcer les conflits plus rapidement. Ne pas attendre que la pomme pourrisse. Parce que je dis souvent à des managers qui me remontent des problèmes RH, je leur dis toujours, mais vous arrivez à un stade où maintenant vous voulez la remettre en question, voire vous en séparez pour X raisons, ce que je peux entendre, mais vous avez toléré ces attitudes pendant 20 ans. Essayez de comprendre que maintenant, Cette personne ne peut pas comprendre ce qui se passe. Qu'est-ce qui fait que vous avez toléré pendant 20 ans ? C'est à vous de vous remettre en question et de savoir maintenant, vous en faites quoi de ce que vous avez toléré pendant 20 ans ? pour pouvoir accompagner cette transition et s'il y a vraiment besoin de cette transition-là. C'est aussi ça, manager. C'est des avancées des conflits en amont.

  • Speaker #1

    Oui, exactement. Et d'identifier tous ces signaux qui peuvent... Perturber le dynamique. Qui va perturber et qui peuvent vite prendre de l'ampleur dans une organisation. Par rapport à la dimension humaine, on parlait par rapport à ton parcours d'infirmière, de dire, quand je sentais que ce n'était plus vraiment la relation humaine qui était au centre. Donc voilà, j'ai décidé de sortir de ce monde. Comment tu as fait pour maintenir toujours cette proximité humaine avec les collaborateurs tout en dirigeant cette entreprise au niveau de sa performance, au niveau de son développement ? Comment tu as jonglé ou comment tu as trouvé l'équilibre entre ce côté performance et ce côté toujours proximité avec l'humain ?

  • Speaker #0

    Ce qui m'a énormément servi, c'est d'écouter les critiques. les points d'amélioration. Parce que moi, je suis allée sur le terrain avec mes moniteurs, j'ai vu comment ils travaillaient, ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Et je leur dis souvent, la colonne vertébrale d'une entreprise, c'est vous. D'ailleurs, je leur ai écrit dernièrement en disant, le vrai succès aujourd'hui, c'est vous. Que ce soit mon succès à moi ou le succès de l'entreprise, c'est vous. Et je pense qu'un leader doit longtemps, et un manager doit longtemps, un chef d'entreprise, vous pouvez avoir la meilleure idée du monde. La meilleure. Si vous n'avez pas des gens qui sont autour de vous, avec vous qui tirent sur la même corde, parce que vous. vous tirez vous sur la même corde avec eux. Cette idée n'a pas d'âme et ne sera pas viable. Et c'est ce qui nous a aidés. Après, c'est vrai que depuis 2011 jusqu'à présent, j'ai fait de la croissance chaque année et pourquoi on a eu cette croissance-là ? C'est parce qu'on a aussi créé une dynamique. On est une famille, on a un concept où on a envie d'apprendre les gestes, plutôt d'enseigner les gestes qui sauvent, de démocratiser. Il y a aussi la raison pourquoi on le fait.

  • Speaker #1

    La raison d'être.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Tes collaborateurs aussi. Le fameux « why ? »

  • Speaker #0

    Pourquoi on le fait ? Et puis pourquoi ils viennent ? Et puis pour eux, j'ai aussi donné des conditions pour qu'ils se disent « c'est un job qui me va bien, j'ai des études contraignantes, elle nous soutient. » Et je leur dis toujours « ce que j'aimerais quand vous quittez cette entreprise, c'est qu'il y a une chose que vous devez retenir de moi, c'est la capacité de se remettre en question, qu'on est perfectible et que je n'ai jamais attendu la perfection de vous, Qu'est-ce que la direction de l'entreprise t'a appris sur toi-même ? Que j'étais résistante à un point que je ne pensais pas, parce que moi j'ai quitté mon statut d'employée et je suis devenue associée en 2014, donc deux ans après être entrée au sein de l'entreprise. Que la vie entrepreneuriale face à une dette, face à un prêt, quand j'ai racheté des parts, je suis contente de ne pas avoir d'ulcère. Mais je n'ai jamais pensé être auto-investie, c'est-à-dire moi je me lève à 5h du matin et je me couchais à minuit. Donc, j'étais pleinement dédiée à l'entreprise et je n'aurais jamais cru avoir cette capacité de tenir sur 15 ans à ce rythme-là d'investissement humain et physique.

  • Speaker #1

    Comment tu te préserves ? Qu'est-ce que tu mets en place concrètement ? Ça peut aussi aider les personnes qui nous écoutent. On parle beaucoup de la santé mentale maintenant, de toute cette forme d'épuisement. Il y a encore récemment une étude Gallup qui a montré qu'il y avait quand même... 70% des managers qui se disent désengagés, une forme de désengagement. Comment concrètement, toi, tu te préserves de cette pression ? Tu dis, je peux être contente de ne pas avoir d'ulcère. Finalement, qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu fais pour te préserver ?

  • Speaker #0

    Je vais te décevoir, je suis une pire élève. Je n'ai rien fait. Je pense que mon métier d'infirmière m'a aussi appris à travailler dans des conditions pas du tout faciles. Des plannings à 8 ans de 2 heures. ou 72 heures par semaine, alterner trois jours, deux jours, deux nuits, revenir deux jours. Donc, la pression, ça, je connais. J'ai beaucoup appris avec mon métier de séparer l'émotionnel du factuel. Quand vous êtes dans une réa, ce n'est pas l'émotion qu'il faut, c'est du factuel. C'est les automatismes, c'est la réa, etc. Donc, vous fonctionnez. Et puis, l'émotionnel, si vous avez le temps de vous en occuper, vous vous en occupez. Et puis, j'avais fonctionné dans ce mood-là. Puis après, il y a eu un événement dans ma vie en 2020. Alors, tout le monde pensera la pandémie, mais pas que. ma jeune soeur a été atteinte d'un cancer et puis elle va bien et je suis hyper contente évidemment et je suis très très heureuse mais ça vous remet aussi l'église au milieu du village ça vous remet aussi en place vos valeurs, de ce que vous voulez pour la suite parce que le demain n'est plus garanti même si j'avais cette notion déjà du fait que demain n'est pas une garantie pour moi, là d'autant plus quand on est une femme qui arrive au tournant des 42 ans, il y a plein de choses qui font que j'ai réalisé et que j'ai aussi réalisé que vous pouvez donner à 250% une équipe C'est... Il faut savoir faire... Un pas en arrière, c'est pas parce que vous donnez 100%, 80% que vous serez moins bon ou moins performant. Vous avez le droit d'exister en tant que personne.

  • Speaker #1

    Ou moins reconnu aussi, ou se sentir... Je pense que ça peut être, en t'entendant, ça me fait penser aussi à ce qu'on entend beaucoup, c'est de se dire, c'est pas parce que je fais un pas de recul que je me préserve, que je suis moins engagée et que je vais être moins légitime.

  • Speaker #0

    Complètement. Et c'est complètement ça. Après, je n'avais pas tant de problèmes de reconnaissance parce que vraiment, je n'ai pas d'ego. Je pense que pour certains disent que c'est parfois une faiblesse parce qu'on vous marche dessus. Alors oui, clairement, moi, mes plus grandes erreurs et ce que je consécre maintenant de plus en plus à ce que je fais dans le cadre des coachings, la confiance aveugle, c'est fini. Il faut mettre des gardes fous, il faut mettre un cadre, il faut protocoler les choses. Il ne faut pas agir à l'instinct, il ne faut pas agir au ventre. Tout le monde vous vendra du rêve quand vous êtes dans un projet qui peut être bankable demain ou simplement qui est super intéressant. il faut vous dire que c'est pas parce que vous êtes un tout petit peu méfiant que vous n'avez pas le cœur à la bonne place. C'est juste que vous êtes stratégique parce qu'il faut savoir faire la part des choses dans une activité business et dans une activité sociale ou privée. Et ça, pour moi, ça apporte.

  • Speaker #1

    Trouver toujours ce meilleur équilibre. Oui, tout à fait.

  • Speaker #0

    Puis maintenant, c'est sûr que j'essaie de reprendre la place en tant que Madalena, en tant que femme. Et pour ça, je reprends ce que j'aime faire. J'adore lire. Donc, du coup, je suis repassée au livre papier. Plus de liseuse, j'ai besoin de ça. Je prends du temps pour faire du sport, de cuisiner. plutôt des pâtisseries, parce que cuisiner au quotidien, c'est un fait, mais prendre le plaisir de faire des choses un peu plus élaborées, des petites choses comme ça, qui vous sont peut-être anecdotiques, mais qui, dans un quotidien, vous ramènent à vos moments à vous.

  • Speaker #1

    Alors, je prends la balle au bon. Effectivement, aujourd'hui, tu es dans une période intense et particulière, si je peux l'appeler comme ça, puisque tu es dans la transmission, tu remets l'entreprise. Je te propose, si tu es d'accord aussi, de nous en dire un petit peu quelques mots. et puis surtout... de nous dire comment tu vis cette période où tu vas, après de nombreuses années d'engagement à la direction de cette entreprise et aussi en tant qu'associée, comment tu arrives à prendre du recul, à lâcher prise ? J'imagine que c'est aussi un gros défi à ce niveau-là.

  • Speaker #0

    C'est un gros challenge. En effet, on a pris la décision, tu me parlais de comment tu te préserves. Mars 2021, lors d'une assemblée générale, on a pris une décision de vendre l'entreprise. Moi, j'ai annoncé à mes associés qu'il était temps qu'on... que je fasse un pas en arrière, que je décide de prendre soin de ma vie, d'exister en tant que Madalena. Et d'un commun accord, on s'est dit avec mes associés qu'il était temps de vendre, parce que FirstMed est arrivé à maturité, parce que FirstMed va bien. Puis c'est dans ces phases-là que c'est pertinent d'aider une entreprise à encore plus prendre son essor. Et puis d'un commun accord, on s'est mis en route pour ce parcours qu'est la transmission d'entreprise. Et qui s'est donc achevé positivement, puisqu'on a vendu l'entreprise. Mais par contre, ce parcours de transmission d'entreprise, ce n'est pas un parcours si facile. Alors ça, ça mériterait un podcast, mais tout à part.

  • Speaker #1

    J'imagine. Ça serait très intéressant d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Parce que vous vous imaginez, vous vous projetez sur un montant, sur un type de sortie. Vous vous dites, si je vends, je pars, je claque la porte gentiment en disant merci pour tout ce que vous m'avez donné durant ces années. En vérité, ce n'est pas ça. Quand on est une PME, ce qui crée la valeur de la PME, c'est l'humain. J'ai dû faire mon deuil aussi du concept. Oui, on sort et c'est fini, au revoir. J'ai dû me remettre aussi en question dans les deals, etc. Et au final, en effet, j'ai vendu l'entreprise. Nous avons vendu. Là, je reste active en tant que directrice stratégique et innovation pour accompagner First Med dans une nouvelle phase de sa vie, pour écrire un nouveau chapitre, d'accompagner à quelque part mon nouvel associé. C'est le cas, c'est un nouvel associé. qui a une énergie folle et qui va amener, j'en suis sûre, une énergie différente à First Med. L'ADN ne sera pas trahi, mais au contraire, sa vision, son dynamisme, cette fraîcheur va amener quelque chose de nouveau, qui était nécessaire. Le fait de faire un pas en arrière, c'est aussi savoir accepter qu'à un moment donné, on a fait ce qu'on devait faire. C'est success and legacy. Il y a eu un succès, je lègue et je délègue. Et puis, j'ai formé pendant neuf ans mon bras droit. qui est Natacha, et qui maintenant a repris les rênes opérationnels de l'entreprise et à qui je ne peux que souhaiter une aventure aussi pleine et riche, autant humainement qu'au niveau managérial que j'ai pu la vivre. Et je suis heureuse de cette transmission.

  • Speaker #1

    Et on voit aussi que le processus est long. Tu parles de 2021, votre décision, et puis on est en novembre 2025. Donc voilà, c'est un processus long. Est-ce qu'il y a eu, durant ce processus, des étapes un petit peu plus... particulières pour toi, où tu t'es plus remise en question, où tu doutais de ce qui allait potentiellement se passer par rapport à la transmission d'entreprise, où c'était quelque chose que tu as plutôt vécu comme quelque chose d'assez fluide ? Alors moi,

  • Speaker #0

    je vais dire ce que j'ai dit hier à la conférence concernant la transmission d'entreprise. Si vous pensez que vendre une entreprise, c'est comme vendre un vélo sur Ricardo.ch, il faut arrêter. Il y a le process, il faut arrêter, mais maintenant. Parce que c'est un process qui est long. Après, il faut savoir aussi qu'il ne faut pas avoir d'égo. Si vous avez un égo, il ne faut même pas rentrer dans un process comme ça. Vous allez être challengé, vous êtes mis à nu, vous allez être dans la transparence la plus totale. On va vous challenger aussi dans votre gestion administrative, managériale, une due diligence. On va jusqu'au dernier détail, mais ce n'est pas le dernier détail financier uniquement. C'est le fonctionnement, l'âme de l'entreprise. Donc, il faut être capable d'avoir la vulnérabilité d'être mis à nu et d'accepter cette mise à nu qui peut vous remettre aussi en question. Ça a été des moments émotionnels, c'est des up and down tout le temps, parce qu'après, vous rencontrez des gens, ça match ou ça match pas, etc. Mais ce qui m'a été difficile, c'est que... À un moment donné, on se dit, je dois remettre le bébé. Vous avez mis tellement... Moi, j'ai mis mon cœur, ma vie dedans. C'est 15 ans de ma vie complète que je suis en train de repasser. Et c'est sûr que j'en ai pleuré, qu'il y a eu des moments de doute. Est-ce que je fais le bon choix ? Mais c'est un parcours que je ne regrette pas. Est-ce que je l'aurais fait différemment ? Bien sûr, avec l'expérience que j'ai aujourd'hui, j'aurais optimisé ce parcours. Mais bon, je n'avais pas l'expérience. On ne refait pas le chemin. Exactement.

  • Speaker #1

    On peut seulement continuer à avancer.

  • Speaker #0

    Je peux juste utiliser mon expérience, j'espère, pour d'autres.

  • Speaker #1

    Alors que tu dis, tu passes le bébé, est-ce qu'il y a quelque chose que t'aimerais qu'il reste de la pâte de Madalena ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est le côté lien, famille. Ce n'est pas parce qu'on est une équipe explosée en Suisse, qu'on est digitale, etc. Parce qu'évidemment, on est un peu des digitales nomades. Et puis j'ai une équipe qui est nomade, puisqu'on est explosée en Suisse romande. C'est de garder ce lien de famille et puis surtout se rappeler. Je dis toujours à mes médecins et à mes étudiants ou les gens qui sont... Au sein de FirstMed, FirstMed va vous apprendre une chose qui est la chose la plus précieuse. C'est de démocratiser et vulgariser votre langage. C'est de rendre accessible le savoir. C'est de rappeler que le premier maillon de la chaîne de premier secours, ce n'est pas nous en blouse blanche, mais vous le citoyen. C'est vous qui allez pouvoir agir. C'est vous qui allez appeler le 144. Et je leur dis souvent, on vous donne la compétence de demain, auprès d'un patient à qui il faudra expliquer le diabète ou une maladie complexe, de savoir encore plus facilement l'expliquer parce que vous aurez appris à vulgariser et aller à l'essentiel. Et j'ai envie qu'il garde cet aspect-là de ma part. Cette humilité de se dire on est à niveau et on explique les choses calmement et simplement.

  • Speaker #1

    J'aimerais, si tu es d'accord, qu'on parle de leadership, ta vision future. J'aimerais beaucoup t'entendre par rapport à comment tu vois le leadership dans le futur. Alors, il y a déjà des choses que tu as abordées dans cette conversation. La première chose que j'aimerais te demander, c'est quelque chose que j'ai beaucoup aimé entendre de ta bouche. quand on a échangé autour d'un café avant d'enregistrer cet épisode, tu m'as dit « le leadership n'a pas de genre » . Oui. Et moi, j'ai trouvé cette phrase extraordinaire, parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de leadership au féminin. Moi, c'est des notions avec lesquelles je ne suis pas non plus très à l'aise, parce qu'on a toujours, une nouvelle fois, tendance à mettre dans des cases les choses. Donc voilà, j'aimerais juste qu'on explore un petit peu ce que t'en penses. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, cette notion de leadership ? qui n'est pas genrée.

  • Speaker #0

    C'est rappelé que le leadership, c'est un état d'être, un état de fait, c'est une façon de se positionner. Et là, je sors du cadre du leadership parce que là, on est plus dans le côté managériel. Vous avez des femmes qui managent comme des hommes, avec l'agressivité, le cadrage et tout, puis des hommes qui ont une sensibilité, une empathie qu'on dirait féminine. Donc, si on arrêtait juste de genrer le leadership ou le management, ça permettrait juste de se dire qu'ils ont des compétences managériale à avoir. C'est une compétence qu'on peut acquérir. Il y a des choses où on est obligé de genrer, que ce soit dans la médecine, dans les traitements, etc. Et on le voit très bien aujourd'hui que dans la médecine des femmes, la recherche est passablement en retard, etc. Donc il y a des endroits où il faut genrer. Il y a des endroits où je ne vois pas l'intérêt. Bien sûr que je me bats pour l'entrepreneuriat au féminin, mais non pas parce que je veux qu'il soit au féminin, c'est que je veux remettre la place de la femme dans l'économie. Et si je suis obligée de dire « entrepreneuriat au féminin » pour qu'on considère la femme chef d'entreprise, ok, je le mettrai. Mais le leadership, c'est quoi ? C'est incarner. C'est incarner qui on est, c'est incarner le why, c'est incarner son projet, c'est incarner la volonté de tirer ensemble sur la même corde. Et ça, on peut le faire tout aussi bien si on est un homme, une femme. Après, ce qui va diverger aussi, je m'excuse, c'est plus qu'une histoire de genre, c'est l'éducation. Bien sûr. C'est nos qualités intrinsèques. C'est ce qu'on travaille sur soi. Donc c'est pour ça que moi, j'aime bien garder cet aspect-là, de le leadership n'a pas de genre.

  • Speaker #1

    Je trouve ça... J'adore. vraiment je suis je suis Je trouve que c'est extrêmement parlant par rapport à ça. Quels sont pour toi, en termes de leadership, les plus grands enjeux dans les prochaines années qui vont vraiment impacter le leadership de manière générale ?

  • Speaker #0

    L'authenticité. On va avoir un gros problème. Alors, je ne sais pas si c'est tant le leadership que sur l'aspect managérial. Manager une équipe qui utilise des outils IA, comment j'évalue mon collaborateur ? Comment je sais que ce qui est en train d'être fait, vient de lui spontanément, donc d'une démarche intellectuelle qu'il a prémâchée, travaillée, etc. pendant des heures, que le fait qu'il sache bien prompter une problématique et que l'IA nous redonne quelque chose que lui mettra. Le gros challenge, il est là pour moi aujourd'hui, c'est manager avec l'IA. Parce que ce que j'aime dans le management humain actuel sans l'IA, c'est que j'évalue une personne dans sa compétence à elle, dans sa façon d'être et de faire. Avec l'IA, on est biaisé. Je ne sais jamais qui va me répondre. Est-ce que c'est un mail écrit ? Donc là, il y a ça. Après, il y a le côté très authentique, le côté qu'on va de plus en plus nous amener à automatiser ou à robotiser certains postes de travail. Comment on fait pour garder le management humain ? Parce que je lead des humains, je ne lead pas les robots d'Amazon qui, actuellement, sont en train d'emballer des colis. C'est la place du leader. Aujourd'hui, on a une société qui... à cet essor d'automatisation ou de robotisation de certains postes, ce qui m'inquiète.

  • Speaker #1

    Et ce que tu dis par rapport à l'IA, effectivement, est extrêmement important, puis je l'avais également mis pour l'aborder avec toi. Selon toi, comment aujourd'hui, parce que c'est un enjeu, ce que tu disais, il n'y a pas d'humain sans IA.

  • Speaker #0

    Il faut quelqu'un prompt.

  • Speaker #1

    Il faut quelqu'un qui prompte, effectivement. Et ça, je pense, c'est un enjeu, comme tu le dis, qui est extrêmement central. Comment... Aujourd'hui, très concrètement, une entreprise, elle peut faire ou qu'est-ce qu'elle peut faire pour tant donner la place, ça fait partie de notre quotidien et ça va encore se renforcer dans les mois et les années à venir, et essayer de garder la place centrale de l'humain et la proximité avec l'humain. Comment tu vois les choses par rapport à ça et comment les entreprises pourraient le faire ?

  • Speaker #0

    Je crois que les entreprises doivent se rappeler qu'il existe des soft skills. C'est très important de se le rappeler parce qu'on a tendance, on est une société qui acte sur la performance. Donc, qui dit performance dit quelque chose de très analytique, très carré, etc. On a des personnes qui ont des soft skills qu'on sous-exploite. Peut-être qu'on doit aussi revoir ce qu'on cherche à avoir chez nos collaborateurs. Parce qu'une partie de leur tâche sera automatisée, mais il y a peut-être moyen de. Après, si aujourd'hui, je serais à la tête d'une entreprise où il faut intégrer l'IA, mais il faut l'intégrer l'IA, c'est d'identifier les postes. Quel impact ça a sur mon collaborateur ? comment je peux renouveler. Je ne veux pas le remplacer. J'espère que je ne veux pas le remplacer. Ça, c'est le gros challenge. Je ne veux pas le remplacer. Comment je peux utiliser sa force autrement, allouer ses compétences ailleurs et éduquer le collaborateur à l'IA ? Je pense que c'est aussi ça. C'est vraiment, on est à un stade où il faut de l'éducation. Et il faut de l'éducation responsable parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de dérives actuellement. L'IA n'est pas que salutaire. On salue les avancées, mais il y a aussi un côté qui moi m'inquiète. tout ce qu'on voit actuellement, les suicides liés à l'IA, les jeunes qui se font des amis imaginaires avec l'IA, les partenaires de vie via l'IA, il y a des dérives. Et je pense qu'il faut adopter un code éthique quand on est une entreprise qui utilise l'IA et avoir des warnings.

  • Speaker #1

    Oui, il y a beaucoup de choses à travers l'IA qui peuvent se construire de faux. Complètement, toute une carrière. Voilà, donc c'est vrai que j'ai l'impression, alors ça c'est tout à fait personnel, qu'il y a quand même pas mal d'organisations, d'entreprises qui mettent encore pas mal les pieds contre le mur. Alors que finalement, je pense qu'il faut absolument pouvoir intégrer ça, parce que si l'entreprise n'intègre pas de manière transparente l'IA dans ses process, dans son entreprise, il y aura forcément les personnes, les individus qui vont le faire de manière un peu détournée. Donc là aussi, il y a des risques. Et puis, une autre chose, alors je ne sais pas ce que tu en penses, mais ça, c'est tout à fait aussi personnel. Moi, j'ai un peu l'impression qu'autant on est dans quelque chose d'étonnant, assez disruptif avec l'IA, mais autant j'ai l'impression que ça va nous ramener peut-être quelque chose de beaucoup plus humain, un besoin d'être beaucoup plus proche de l'humain. Je ne sais pas si tu le ressens aussi. Une nouvelle fois, c'est vraiment un sentiment très personnel dans les discussions que j'ai avec les entreprises.

  • Speaker #0

    Il y a deux aspects. Sur ce que tu disais sur l'IA et l'intégration pour les entreprises, je vais parler quand on est entrepreneur, pas de leader, pas de manager en tant qu'entrepreneur. Si on met les pieds au mur, ça veut dire qu'on veut rater. Ou qu'on se sabote l'avenir et l'opportunité de l'avenir. Il y aura toujours un concurrent qui fera mieux, il y aura toujours un concurrent qui ira plus vite. On ne peut pas mettre les pieds au mur en disant « je ne veux pas de l'IA » . Alors ça, c'est déjà pas du tout salutaire pour la vision entrepreneuriale de l'entreprise. Ce qui est salutaire, c'est de se poser la question de comment je l'intègre, de quelle est sa plus-value, et où je la... Vraiment, pour moi, c'est une analyse et une éthique à adopter. Donc sur cet aspect-là, je te rejoins pleinement. Sur l'autre aspect, je vais être transparente avec toi, je suis un peu mitigée. Je suis un peu mitigée parce que les gens vivent derrière les écrans, de plus en plus. C'est pour ça que je soutiens énormément la culture. Les endroits où on se retrouve tous ensemble, c'est dans une salle où on peut rire à l'unisson sur un sketch ou sur une phrase. Moi, j'aime les spectacles, j'aime les expositions. Vous êtes obligés d'aller sur un endroit, vous déplacer et vous retrouver. Et ça, j'aime assez. Moi, ce qui m'angoisse, c'est qu'on vit à travers Zoom, énormément. Toutes les réunions, 98% des réunions sont Zoom. Ce que je n'apprécie moins dans Zoom, c'est qu'au final, vous avez l'impression peut-être que la réunion s'est mal passée parce que vous avez eu un ressenti, parce que la personne a posé le regard un peu de travers, etc., On désamorce la tension quand on est... en physique et plus difficilement en Zoom. Mais j'espère en effet que ce que tu disais se concrétise vraiment et qu'on continue à se rencontrer sur des choses, comme je dis, sur les loisirs, sur l'envie de se retrouver. Il faut que nous, managers et leaders, on soit vigilants sur la partie team building. À nous de recréer des moments où on se retrouve. Parce que le télétravail prend un essor fou. Il y en a certaines personnes qui ne sont pas revenues au bureau. À nous d'être vigilants, à garder l'humain au cœur de nos entreprises.

  • Speaker #1

    Je pense alors, effectivement, une nouvelle fois, comme je disais, c'est quelque chose de très personnel. Ce que je ressens, alors je pense qu'on en est encore de loin pas là. Et puis, on va encore traverser des moments justement où ce fossé va encore peut-être encore un peu se creuser. Mais je me dis que peut-être c'est ce qui va renforcer. À un moment donné, les gens en auront vraiment marre que tout passe au niveau de la technologie, au niveau de l'intelligence artificielle. Donc, je me dis que ça peut être aussi une opportunité. Les gens, à un moment donné, ils auront tellement marre qu'ils diront qu'on veut retrouver ce côté humain. Et on le voit. Alors, effectivement, ce côté télétravail a enlevé beaucoup de liens sociaux dans les entreprises. Mais je vois aussi des entreprises qui essayent de recréer. Et on voit cette problématique qui s'est un petit peu installée et qui essaye de mettre en place des événements. Plus de séances en présentiel, vraiment qu'essaye de redonner du lien, de recréer du lien entre les collaborateurs, entre les équipes, même si ce n'est pas facile parce qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui sont habituées à travailler à distance et qui ont de la peine à revenir au bureau ou en tout cas en présentiel. Et il y a ceux qui ne veulent pas du tout travailler à la maison et qui veulent absolument garder ce lien. Donc, effectivement, c'est un défi pour les entreprises de trouver un juste équilibre en gardant cette flexibilité, mais aussi en mettant... au centre ce lien social qui est hyper important.

  • Speaker #0

    Pour moi, l'essentiel d'une entreprise, c'est avant tout l'humain. Et si on ne fait plus d'humain, puis que tout le monde est loin et tout le monde est robotisé, est-ce qu'on peut encore l'appeler entreprise ? Je ne sais pas. Comme on l'a entendu à l'époque, les entreprises, c'est les gens. C'est les gens qui le font, qui font la définition d'entreprise, pour moi.

  • Speaker #1

    L'avenir nous le dira.

  • Speaker #0

    On verra.

  • Speaker #1

    On arrive gentiment au bout de cette conversation. Pour boucler un petit peu la boucle, j'aimerais te demander, quand tu regardes ton parcours, de quoi es-tu la plus fière ?

  • Speaker #0

    C'est une bonne question. Est-ce que j'ai une fierté ? Oui, je pense que ma plus grande fierté, c'est que je me suis toujours battue pour ce qui me semblait juste, que ce soit pour la médecine digitale. Je suis montée jusqu'à Berne, quand j'ai voulu démocratiser cette accessibilité aux urgences. Il y a plein de choses pour lesquelles je me suis battue. qui n'ont pas toujours eu des issues positives, parce que quand vous êtes dans le milieu politique, ce n'est pas forcément là que vous allez faire bouger des pierres. Je pense que je suis fière de ne jamais avoir abandonné. Là, je te raconte une histoire qui peut sembler super, mais j'aimerais que les gens retiennent une chose. Avoir une photo dans un magazine, faire une interview, c'est de la paillette, c'est très joli. Mais ma réalité, elle est cabossée. J'ai les genoux, mais on sent. Je suis tombée, pas une fois, pas deux. mais je suis tombée plus de 50 fois. J'ai reçu des coups. Et là où je suis la plus fière, c'est d'avoir été capable d'en faire des forces, de me relever, de m'améliorer, d'accepter la critique pour en faire, j'espère, quelque chose qui m'amène à être la meilleure version de moi-même.

  • Speaker #1

    Et tu es ordinaire. Complètement. Complètement. Et c'est ça aussi qui est important pour moi avec mes invités sur le podcast. Moi, j'aime recevoir des personnes. Enfin, une nouvelle fois, alors bien sûr que tu as un côté... publique par rapport à ton parcours, par rapport à ce que tu as construit au fil des années. Mais moi, je reçois d'abord une personne ordinaire et qui partage son parcours, qui peut en inspirer d'autres, qui peut ouvrir des paroles, qui peut allumer quelques lumières aux personnes qui écoutent. Mais pour moi, ce qui est hyper important, c'est d'avoir en face de moi, de pouvoir partager. C'est ça aussi que j'aime, me nourrir de personnes ordinaires.

  • Speaker #0

    Merci beaucoup. Si j'ose, il y a une chose, que si quelqu'un m'écoute, J'aimerais une chose qu'ils doivent absolument retenir de moi. Si je prends la parole, c'est pas pour moi. C'est pas pour raconter une histoire. Si je prends la parole, c'est pour le faire pour toutes ces femmes qui ne peuvent pas. C'est pour pouvoir être peut-être cette voix qui va être... d'impulsion, de courage, de se dire ok, si elle, elle y est arrivée, moi je peux y arriver aussi. Parce que moi, je vous le dis, on n'aurait pas parié un franc, je n'ai rien fait d'extraordinaire, j'ai juste essayé d'améliorer un quotidien, d'essayer d'aller au bout des idées. Donc j'aimerais que s'il y a quelque chose qu'il faut retenir de moi, c'est ça. C'est que si moi j'y suis arrivée,

  • Speaker #1

    mais tout le monde peut y arriver. Il n'y a pas un chemin unique,

  • Speaker #0

    il n'y a pas une recette. et puis il y a une chose que j'aimerais dire aux femmes mettez-vous pas la pression, on n'attend pas de vous d'être parfaite Et puis, on n'attend pas de vous que vous soyez toutes des entrepreneurs. On attend juste de vous que vous soyez heureuses dans ce que vous voulez faire et accomplir ce que vous voulez faire.

  • Speaker #1

    Mettez-vous pas de pression sur ça. Et si tu devais adresser un message aux femmes et aux hommes, aux managers qui nous écoutent, qu'est-ce que tu aimerais leur dire en particulier ? Alors, tu as déjà donné beaucoup de messages,

  • Speaker #0

    mais une chose qui va nous permettre de boucler la boucle ? Que dans le rôle de manager, on a des phases. Et dans ces phases-là, on peut être plus ou moins bon. Et dans les phases moins... Il faut être capable d'aller se confronter à la critique, de comprendre ce qui ne va pas. La remise en question ne remettra pas en question tous les bienfaits faits en amont. Il y a parfois la capacité et l'humilité de se dire peut-être que j'arrive à la fin d'un chapitre et c'est soit moi qui ne suis plus à la bonne place, soit avec mes collaborateurs, j'ai perdu un lien et que je peux reconstruire. Je pense que parfois, si je vous parlais du début de mon histoire, j'étais aigrie au lieu de faire peser mon aigreur sur les autres, juste prendre le temps d'être un peu,

  • Speaker #1

    de faire une introspection sur soi. Ça sera le mot de la fin ? Je te remercie infiniment. Merci Magali, c'était agréable l'échange. Je te remercie pour ton temps, une nouvelle fois, et puis aussi pour tes propos hyper authentiques. Et ça, je trouve, tu parlais d'authenticité d'ailleurs tout à l'heure, ça je trouve que c'est quelque chose qui est d'autant plus important aujourd'hui. On parlait de l'IA, on parlait de la technologie, on parlait de cette place centrale de l'humain, et on peut s'autoriser dans les entreprises, que ce soit en tant que leader, en tant que manager, et aussi en tant que... collaborateurs à être authentiques. C'est important.

  • Speaker #0

    Merci infiniment de ta présence.

  • Speaker #1

    Et à tout bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner pour ne rien manquer des prochains. Et surtout, venez me retrouver sur LinkedIn pour continuer la discussion. J'adorerais connaître votre point de vue et échanger avec vous. À très vite pour un nouvel épisode d'Entre nous.

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