Speaker #0# Entre-temps — Carnets d'été #5 : On ne voit la cohérence d'un cycle qu'en regardant en arrière, on en commence un nouveau en faisant confiance à ce qui est devant
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Le 19 août 2017, je fais une rencontre que je qualifierais de fortuite, mais qui va changer beaucoup de choses dans ma vie. À ce moment-là, je ne sais pas encore. Ce que je voudrais partager avec vous, c'est que parfois les moments décisifs ne se donnent pas comme des moments décisifs. Et je pense que c'est normal, parce qu'on se rend compte, lorsqu'on regarde en arrière, comment tous ces points, tous ces petits moments, se sont liés pour arriver à une situation particulière.
Je ne sais pas si vous avez eu, vous aussi, cette expérience — où à un moment dans votre vie, vous traversez quelque chose, un événement, sans savoir qu'il va changer quelque chose, parfois même en profondeur. Et c'est bien plus tard, quand on regarde en arrière, qu'on voit la cohérence de ce qui s'est passé. Ces moments, ce n'est pas qu'ils sont fortuits ou improbables, c'est surtout qu'ils ne sont pas planifiés — et pourtant ils vont influencer le reste de votre vie.
Ça s'est passé il y a neuf ans.
Je vous parle toujours depuis le Mexique, et je vous donne en avant-première — pour celles et ceux qui me suivent — que nous avons depuis plusieurs années travaillé avec d'autres personnes sur une école de soutien pour les enfants ici. On voulait faire évoluer cette école vers quelque chose de plus structurel : pouvoir y apporter beaucoup plus d'activités, mais aussi recevoir davantage d'enfants. Pour ça, il était nécessaire d'avoir une personne à temps plein. Nous avions une personne à temps partiel, qui travaillait toujours dans un collège. Je vous ai déjà parlé de cette personne.
Et aujourd'hui, ce matin, grande décision. Je ne vais pas dire que c'était inespéré, mais c'était quelque chose de réfléchi depuis très très longtemps, parce que ça a d'énormes implications. Cette personne a accepté la direction de Babel, la direction de cette école. Elle va y travailler uniquement avec les enfants. C'était un risque énorme qu'on est en train de prendre, parce qu'il n'y aura pas d'autres revenus que ceux de l'école. Et comme j'ai eu l'occasion de vous le dire, on est sur des tarifs très bas parce qu'on veut vraiment aider le plus d'enfants possible. C'est un challenge qu'on est en train de relever : est-ce que cette école est viable ? Moi j'y crois énormément, la directrice y croit également, on prend un risque énorme, mais je pense que l'aventure le vaut. Parce qu'un sourire d'un enfant qui réussit son examen pour entrer en secondaire, d'un jeune qui réussit son entrée à l'université et qui vous le dit — ça vaut tous les risques du monde.
Voilà, je voulais vous le partager, avec beaucoup d'émotion.
Bonjour, je suis Jean-Claude, Chronotier et artisan du temps. Ici, dans *Entre-temps*, je vous aide à transformer votre emploi du temps en allié, pas à pas, sans pression. Mon objectif ? Vous donner des clés simples mais puissantes pour plus de clarté, de sérénité et une vie alignée avec ce qui compte vraiment pour vous. Bienvenue dans *Entre-temps*, le podcast pour reprendre la main sur votre temps et sur votre vie.
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Bienvenue dans *Entre-temps* — et oui, dans *Entre-temps* aussi, il y a l'émotion, l'émotion du temps. Aujourd'hui, c'est un peu un épisode anniversaire. Il aurait dû paraître la semaine passée, il serait tombé pile-poil sur le 19, mais l'agenda du temps en a décidé autrement.
Vous l'avez déjà compris : c'est un épisode un peu plus personnel, un peu plus intérieur. Mais on va quand même avoir nos carnets traditionnels, puisque nous sommes en période de vacances qui se terminent tout doucement.
On va parler des coulisses du livre, et je vous parlerai bien sûr de cette rencontre en 2017 qui a déclenché toute une série de choses sans que je le sache, et qui a porté aussi sur une transformation. Dans les carnets de ToKiMā, on parlera du cycle de la chrysalide — de cette insécurité qui est parfois nécessaire si on veut se transformer. Dans les carnets du temps, on regardera ensemble cette tentation qu'on a parfois de vouloir tout changer en pensant que ça va aller mieux. Eh bien non, ce n'est pas toujours la bonne réponse — parfois il faut y aller pas à pas. Et depuis le Mexique, je vous parlerai de ce que ça signifie pour moi, un nouveau cycle. Neuf ans, c'est la fin d'un cycle. Il y a quelque chose d'autre qui va peut-être naître. Je ne sais pas encore ce que c'est — mais on y va.
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Pas mal de choses se passent en écoutant un podcast, en lisant un livre, ou en regardant ce que d'autres personnes font à distance. Mais je peux vous dire qu'il se passe encore autre chose quand on a l'occasion de se parler en direct, d'être en contact réel. Comme il y a des personnes qui m'écoutent un peu partout dans le monde, je ne peux pas proposer d'être dans une réunion physique avec vous — mais ça me plairait énormément.
C'est pour ça que je vous propose, chaque mercredi à 19h, heure de Paris, heure de Belgique, un moment où on peut se rencontrer. J'ouvre une session Zoom. C'est ouvert, c'est gratuit, c'est ouvert à toute personne qui écoute ce podcast. Vous pouvez y déposer quelque chose qui vous trotte dans la tête depuis un bout de temps, une question, un commentaire sur l'épisode que vous venez d'écouter ou sur un autre, ou parler d'un sujet sur votre temps. Ce sera un très grand plaisir de pouvoir vous y accueillir et d'échanger avec vous de vive voix. Vous me verrez, je pourrai vous voir — ou pas, c'est comme vous voulez.
Si vous ne savez pas comment me rejoindre, allez sur le site oruposa.com, vous y trouverez un onglet podcast et en parcourant un peu la page, vous verrez un petit bouton qui vous permettra de participer à la réunion à l'heure dite. À très bientôt.
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*Mon ami le chien continue à s'inviter dans le podcast. J'ai beau refaire parfois le passage, il se tait et puis il recommence à aboyer. Donc voilà, il est avec nous dans cette aventure.*
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## Carnet 1 — Les coulisses du livre : neuf ans de transformation
Dans les carnets du livre — puisque le livre va parler de transformation et de changement durable — je voulais vous parler de ces neuf années qui ont été pour moi une transformation assez énorme. Une série de transformations, bien entendu.
Vous savez que j'ai perdu mon emploi à l'âge de 61 ans, pratiquement. C'était pour moi un moment où je me suis dit : mais qu'est-ce que je vais faire ? Parce que ma pension, ma retraite comme on dit en France, c'était encore quatre ans. J'ai dû me reconvertir, passer d'un statut de salarié vers l'entrepreneuriat. Je ne savais pas trop comment le faire, alors je me suis lancé. Et très rapidement j'ai vu que ce que je faisais, c'était essayer de recopier ce que j'avais fait pendant plus de 35 ans, mais dans une échelle beaucoup plus petite. J'ai dit non, ce n'est pas vraiment ce que je veux faire. Donc, après une année de tâtonnements, j'ai dit : Jean-Claude, il faut que tu sois plus entrepreneur.
Une des premières choses que j'ai dû apprendre, c'est qu'un entrepreneur a un produit, des services qu'il va proposer. Et c'est comme ça qu'est venu le sujet du temps — parce que c'est quelque chose que j'avais vécu pendant plus de 35 ans. Et dans tout ce que j'avais préparé, notamment pendant cette année de travail avec de petites cellules, c'est le temps qui a retenu mon attention. J'ai décidé de développer des services et des produits en relation avec le temps.
Et là, quelques mois après, je me suis rendu compte que c'était un environnement avec une concurrence énorme. Il y avait des millions de pages sur Internet, en toutes les langues, qui vous parlaient de comment gérer son temps. Je me suis dit : Jean-Claude, où es-tu allé mettre le doigt ? C'est très concurrentiel.
Ça a été la seconde grande transformation. Me dire : si tu veux te démarquer dans ce marché très bien occupé, il va falloir que tu trouves quelque chose de différent de tout ce que les autres disent. Et je me suis posé énormément de questions sur ce qui avait fait ma vie, mon expérience, ma relation au temps pendant toutes ces années. Et voilà, j'ai lâché le mot : une relation au temps. Qu'est-ce que c'est que cette relation au temps ? Comment on peut la vivre ? Et dans une relation, on vit pas mal de choses — de l'émotion, du cœur, des croyances, toute une série de choses qui n'ont strictement rien à voir avec la mécanique de la gestion du temps.
C'est de là qu'est venue toute cette approche qui va plus loin que la technique, plus loin que les méthodes traditionnelles, et qui pose des questions sur les émotions, sur comment on réagit avec sa relation au temps en fonction du moment dans lequel on se trouve. Est-ce que son corps, son cerveau, influencent sa manière d'être ? Est-ce que des événements extérieurs peuvent également influencer sa manière d'être en relation avec son temps ? Et c'est de là aussi qu'est venue toute ma recherche sur les énergies. Comment peut-on mettre ces énergies au service de ses activités pour être dans le bon niveau d'énergie pour pouvoir les faire ?
C'est une transformation continuelle. Et j'aurai l'occasion d'en parler dans ce livre qui est en partie final — je suis en train de le relire encore une fois, non pas pour me faire plaisir, mais parce que j'ai envie que ça reflète réellement ce que j'ai envie de partager avec vous.
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## Carnet 2 — ToKiMā : le cycle de la chrysalide
Dans les carnets de ToKiMā, j'aimerais vous parler du cycle et du cycle du cocon — de cette insécurité qui est nécessaire.
Vous savez que l'emblème de ma société OruPosa, c'est le papillon, c'est la transformation de la chenille en papillon. Transformation, encore une fois. Et cette image me revient très souvent au cours de ces dernières années — et en particulier ces neuf années dont je vous ai parlé.
Pourquoi ? Parce que c'est un moment de transformation. Quand on passe de quelque chose à autre chose, il y a un moment d'insécurité. Dire : je quitte mon boulot et je vais dans une entreprise qui m'est propre et je vais voir comment je peux en vivre. Il y a un risque, on ne sait jamais si ça va fonctionner ou pas. C'est ce que j'appelle un moment suspendu.
Pourquoi suspendu ? Parce que la chenille, quand le moment est venu de se transformer, s'accroche et forme sa chrysalide. À l'intérieur de ce cocon, elle va se transformer. Mais pendant ce moment, elle est vulnérable. Un oiseau peut manger le cocon, ou il peut tomber, ou des intempéries peuvent tout compromettre. Il y a une probabilité, parfois importante, que le processus ne se termine pas. Mais lorsqu'il se termine, et que la chenille est transformée en papillon et qu'il sort, là on est dans quelque chose qui est complètement différent.
Et si on se penche un peu plus sur le processus, ce n'est pas simplement une pause pour la chenille — c'est une vraie dissolution. Un papillon, ce n'est pas une chenille avec deux ailes. Quand vous regardez la chenille d'un papillon monarque et que vous voyez le papillon monarque, ce sont deux choses complètement différentes. Et pourtant, c'est le même animal. Tout ça s'est fait à l'intérieur, les tissus se sont décomposés, recomposés, et ça s'est refait entièrement. Dans le silence, sans bruit. C'est quelque chose de très intérieur.
Nos transformations sont exactement les mêmes. C'est quelque chose qui se passe surtout de l'intérieur. Il y a parfois des pressions externes, mais si on veut se transformer, c'est surtout une énergie intérieure qui est nécessaire.
Pendant ce temps de transformation, le papillon en devenir dépend entièrement de cette défense passive : le camouflage, le choix de l'endroit où il s'est positionné, parfois une coque particulière qui résiste à la pluie ou au vent. Il ne bouge pas, il n'y a pas d'activité extérieure, tout se passe à l'intérieur. Et ça prend du temps. Mais cette chenille en transformation fait aussi confiance à ce qui se passe en elle. Et ça, c'est important.
Quand on se lance dans une transformation, dans quelque chose de nouveau, il y a un moment d'insécurité qui est flagrant. Il ne faut pas essayer de l'éviter, il ne faut pas essayer de ne pas le reconnaître. Il y a une insécurité — mais le plus important, c'est de se faire confiance. De savoir qu'on est bien préparé, qu'on y a réfléchi. Et bien entendu, il peut y avoir des imprévus — mais on peut y aller avec une relative confiance. Pas une confiance aveugle, c'est une confiance réaliste. Pas de dire "l'univers va m'aider" comme j'ai parfois entendu — non, c'est avoir confiance en ses capacités, en ses compétences, en ce que l'on veut réaliser, en sa vision, en ce que l'on peut apporter au monde.
Pendant cette transformation, il faut aussi accepter qu'on va traverser quelque chose entre deux — ce que j'ai appelé le cocon — sans trop savoir vers quoi on va en sortir. On ne peut pas le savoir. Si vous m'aviez demandé, même pas il y a trois ans, comment seraient mes activités aujourd'hui, jamais je n'aurais pu vous le dire.
Et puisqu'on parle de ToKiMā, et que ToKiMā a une inspiration japonaise, dans la tradition japonaise, les cycles ne sont pas des ruptures. C'est un passage. On passe d'un cycle à un autre, un peu comme le cocon. Il y a un passage entre la chenille qui rampe et le papillon qui va voler. Ce n'est pas vraiment une rupture, c'est ce qui va nourrir le renouveau, quelque chose qui va commencer et qui va donner un espace tout à fait différent.
Imaginez ce que voit une chenille dans son arbre, sur ses feuilles. Et imaginez ce que voit un papillon lorsqu'il s'envole de cet arbre et peut aller sur d'autres arbres, survoler toute la forêt. C'est ça, le cycle. Ce n'est pas simplement un vide à combler — c'est pour le papillon comme pour nous un nouveau territoire que l'on va habiter. On ne va pas simplement le traverser, on va le faire à notre rythme.
Et c'est de ça que vient ToKiMā. *Toki*, c'est le moment présent, ce moment qui peut être parfois inconfortable. *Ki*, c'est notre force, notre énergie qui nous dit de faire confiance à nos connaissances, à notre expérience — cette énergie qui va nous rendre plus fiables dans ce que l'on va faire. Et *Mā*, il nous dit qu'il y a quelque chose entre les deux. Ce n'est pas une erreur de parcours, c'est une étape nécessaire.
J'ai appris quelque chose d'assez étonnant d'une personne qui élève des papillons. Pour faire sortir un papillon de sa chrysalide, il ne faut pas l'aider. Le fait de savoir sortir par lui-même, ça fait partie de l'expérience. Et ça renforce ses ailes, ça renforce la puissance du vol. Si on aide le papillon à sortir, on ne lui rend pas forcément un bon service parce qu'il ne renforce pas les muscles qui lui permettront de voler. Ce n'est pas forcément douloureux, mais ça demande un effort. Et donc, quand je vois des collègues qui vous disent que vous allez pouvoir gagner sept heures sans effort, je suis un peu sceptique. Moi, j'ai toujours dû faire des efforts pour gagner quelque chose. Retrouver du temps pour soi, pouvoir habiter son temps, ça demande un certain effort. Et cet effort est nécessaire pour pouvoir s'envoler, un peu comme le papillon.
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## Carnet 3 — Faut-il vraiment tout changer pour aller mieux ?
Ça m'a inspiré quand j'ai préparé cet épisode. Est-ce qu'il faut changer tout pour se sentir mieux ?
Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé. Moi, ça m'est arrivé à deux ou trois reprises dans ma carrière. Je me sentais un peu perdu. Parfois complètement débordé par les activités. Et ce débordement finalement crée quoi ? Il vous épuise. Et à ce moment-là, j'avais envie de tout plaquer. Vraiment tout réorganiser, tout reconstruire à partir de zéro. C'était comme si la solution devait être radicale.
Je ne vais pas dire que je ne l'ai pas fait, parce que j'ai changé une fois de société. Et là, je suis reparti — pas à zéro, parce qu'on a quand même son expérience derrière soi, mais j'ai reconstruit quelque chose depuis le début.
Mais ce n'est pas toujours nécessaire. Cette impression qu'il faut tout refaire, ce n'est pas forcément la bonne route.
Pourquoi je vous dis ça ? Parce que à un certain moment, quand je pensais qu'il fallait que je change complètement ma façon de faire, ma méthode de travail, mes relations, je voulais tout chambouler parce que je n'étais pas content des résultats. Et je me suis rendu compte que j'investissais énormément d'énergie pour changer des choses qui, parfois, fonctionnaient. Ils ne fonctionnaient peut-être pas comme je le voulais, mais il ne suffisait pas de tout changer, il suffisait peut-être de bouger un peu le curseur.
Vous savez, comme quand vous faites un réglage de balance sonore, vous avez une table de mixage et vous bougez le son légèrement vers l'avant ou vers l'arrière pour avoir une meilleure sonorité. Eh bien, c'est exactement la même chose. Avant de tout bazarder, c'est de se dire : qu'est-ce que je pourrais changer légèrement ? Par exemple, apprendre à dire non à une demande que vous considérez de trop ou qui n'est pas pour vous. Ou dire simplement que les réunions du matin ne vous conviennent pas parce que vous êtes plutôt de l'après-midi, et voir si on peut changer ça. Ce sont des petits ajustements, rien de grand, mais qui vont vous donner un autre souffle, une autre sonorité, quelque chose qui sera plus en adéquation avec vous.
Et il y a aussi une différence entre ce besoin de mouvement et de rupture complète. On confond parfois un peu les deux. Ce besoin de bouger un petit peu, et ce besoin de rupture, de tout changer. Pourquoi c'est important ? Parce que parfois, simplement bouger un petit quelque chose va éviter une rupture complète. Qu'est-ce que ça coûte, une rupture complète ? Il faut reconstruire quelque chose. On jette et on recommence. Ça coûte en énergie. Ça coûte aussi émotionnellement, parce que si vous mettez à la poubelle quelque chose que vous avez développé vous-même, ce n'est pas évident. Mais parfois il le faut. Simplement, ce n'est pas toujours nécessaire.
Et en plus de l'énergie, vous allez consommer énormément de temps pour pouvoir reconstruire. J'en ai vécu un exemple assez parlant avec les CRM, ces outils de gestion de la relation client qu'on donne à la force de vente. Combien de fois j'ai essayé de convaincre des directions de ne pas changer vers une nouvelle technologie. Ça faisait à peine deux ans qu'on avait installé le système en place, et ça avait demandé une énergie folle à la force de vente — une centaine de personnes rien qu'en Europe — pour se réapproprier l'outil. Et finalement, eux n'en avaient pas plus. C'était une fonction marketing qui trouvait quelque chose d'intéressant en plus, mais le vendeur, lui, enregistrer des informations, ce n'est pas sa priorité première. Parfois, simplement changer un petit peu le curseur est suffisant pour avoir les bénéfices qu'on en escompte.
Donc voilà, si vous êtes dans ce désir de tout balancer, prenez une pause et dites-vous : là où ça coince, juste ce point-là, juste cet endroit qui semble résister, est-ce que je pourrais faire quelque chose qui irait dans le bon sens ? Ça n'a pas besoin d'être parfait, c'est juste un petit mieux. Vous allez voir : parfois, cette réponse vous évite de gros, gros changements.
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## Depuis le Mexique : neuf ans, une rencontre, et un nouveau cycle
Vous savez maintenant que je suis au Mexique, et je voulais y être particulièrement parce que nous avions une décision importante à prendre. Et ça se combine bien — on ne l'a pas fait exprès, je vous le promets — c'est une fin de cycle. Neuf ans, c'est une fin de cycle.
Comment tout ça a commencé ? Tout ça a commencé par une rencontre fortuite, parce que je désirais apprendre l'espagnol. J'ai rencontré des gens d'un peu partout en Amérique Latine, parce que je me suis rendu compte qu'il y a plus de 400 millions de personnes qui parlent l'espagnol en Amérique latine, alors qu'il y en a que 60 millions en Espagne. J'ai eu pas mal de contacts avec des Argentins, des Colombiens, des Chiliens et des Mexicains. Et c'est au Mexique qu'à un certain moment j'étais en contact avec plusieurs personnes, des maestras, comme elles s'appellent ici, qui donnent cours dans des communautés très pauvres qui habitent dans la montagne. Et il y en avait une qui avait également une école de soutien. À l'époque, c'était simplement une pièce dans sa maison où elle recevait les petits étudiants qui avaient des problèmes, et elle les aidait après sa journée de travail.
Vous vous souvenez de Maria, je vous en ai parlé dans un des épisodes. Elle se levait à 5h30 et terminait au collège vers 15h30. À 17h, elle devait être de nouveau chez elle pour pouvoir donner ses cours jusqu'à 20h, 21h. Et puis seulement prendre son repas du soir, faire ce qu'elle avait à faire au niveau du ménage ou préparer ses cours du lendemain. Et puis il était temps d'aller dormir, il était presque minuit. Et le lendemain, à 5h30, on se lève et on recommence.
Un jour, elle me dit : « Jean-Claude, j'ai vraiment l'impression que ma vie, ce n'est que le travail et dormir. Je ne fais rien entre les deux. »
Ça m'a un peu bouleversé. Parce que quand je lui ai demandé de m'expliquer ce qu'elle faisait, ma première réaction en interne, sans rien lui dire, c'est de me dire : je ne peux rien faire pour toi. Je ne vois pas comment je peux t'aider.
Et je me suis souvenu de ce que je viens de vous dire. Il ne faut pas tout jeter. C'est-à-dire : qu'est-ce qu'on pourrait changer, qui serait bien ? Et je lui ai posé cette question. « OK, quelle est la partie dans ta journée où tu penses avoir le plus de contrôle ? » Elle a réfléchi et m'a dit : « C'est le matin. Le matin, je peux mieux contrôler ce que j'ai à faire. Je me lève à 5h30, mais à 6h30, je dois absolument quitter ma maison pour prendre mon bus. »
Je dis : « OK. Et qu'est-ce qui fait que le matin tu n'as pas de temps ? » « Ben, parce qu'il faut que je fasse toute une série de choses : la vaisselle, repasser les linges, donner à boire aux plantes. » Je lui dis : « Je comprends tout ça. Et quelles sont pour toi les activités les plus importantes, les essentielles pour que tu puisses aller travailler au collège ? » Et elle m'a dit : « Il faut que je m'habille, je me prépare, que je petit-déjeune, que je prépare mon casse-croûte pour aller travailler et que je m'assure que j'ai tout ce que je dois prendre pour le collège. »
Alors, comme toute première étape, qu'est-ce qui est réellement essentiel ? Je lui ai proposé de calculer le temps que prenaient ces cinq activités essentielles. Elle a fait le calcul et m'a dit : « Ça devrait me prendre entre 45 et 50 minutes. » J'ai dit : « Ben c'est parfait. Tu as une heure — tu te lèves à 5h30, tu dois partir à 6h30 — il te reste 10 minutes de marge. »
Elle dit : « Oui mais j'ai pas mal d'autres choses à faire aussi. » Je dis : « OK, mais ces choses-là, tu vas les mettre après. Après tes choses essentielles. Tu commences d'abord par être complètement prête pour partir travailler. Et quand tu es complètement prête, s'il te reste du temps — 10 ou 15 minutes — tu peux repasser une ou deux chemises, donner à boire aux plantes, remettre ta vaisselle en place. Et quand l'heure arrive, tu peux laisser tout comme c'est, et tu prends simplement tes affaires pour partir, parce que tu es prête. »
Une semaine après, j'ai eu un feedback qui m'a fait très plaisir. Elle me dit : « J'ai vraiment l'impression que chaque matinée maintenant est plus sereine, j'ai un peu l'impression de mieux contrôler ma journée. » Je dis : « C'est magnifique. » Elle dit : « Oui, mais il y a eu un effet complémentaire que je ne pensais pas. J'arrive au collège beaucoup plus détendue et déjà moins stressée. Et donc, je commence ma journée dans un environnement beaucoup plus agréable qu'auparavant. »
C'est ce que j'ai appelé l'effet boule de neige. Vous réglez un certain problème en amont, et il y a toute une série de choses en aval qui vont également être impactées positivement.
Ensuite, la deuxième étape qu'on a faite ensemble. « Qu'est-ce qui te ferait plaisir d'avoir — par exemple, une journée ou une soirée un peu plus légère ? » Elle me dit : « J'aimerais bien avoir ça le lundi et le vendredi. » Alors on a essayé de voir s'il était possible de réorienter les cours qu'elle donnait le soir, de les remettre sur le mardi, le jeudi et le vendredi, pour avoir un horaire complet et permettre d'avoir un lundi en soirée et un vendredi en soirée libres. Il faut savoir qu'elle travaillait également tout le samedi de 8h à 19h, et parfois aussi le dimanche. On a donc envisagé que le dimanche n'aurait pas d'activité professionnelle.
Étape par étape, petit à petit, nous sommes arrivés à ce que toutes ces matinées commencent déjà un peu plus sereinement, que deux soirées soient libérées et que les activités soient reconcentrées pendant la semaine. Et ça a permis de voir que des choses petit à petit étaient possibles — et c'est ce qui nous a conduit à aujourd'hui, où cette personne est à même de dire : j'arrête mes activités complètes au niveau professionnel salarié, et je me lance dans la direction complète de cette école de soutien aux enfants.
Ce que j'en ai retenu, c'est qu'on a commencé avec ce qu'on avait, là où on était. On n'a pas attendu que les conditions soient parfaites. On a essayé de faire avec ce qu'on avait, là où on pouvait le faire, une contrainte après l'autre. Et aujourd'hui, je vois que si on fait confiance aux premières étapes sans exiger de voir le tout, ça peut nous apporter une belle route, une belle avancée. On ne se limite pas à ce qu'on voit directement, mais à ce qu'on espère voir aussi. Et on va au-delà de la tension qu'il y a au début d'un cycle — parce qu'on se projette, on essaie de planifier, on essaie de savoir où on va — et parfois il faut aussi lâcher prise. Mais pas trop, parce que sinon on dérive. C'est de trouver le bon équilibre entre les deux. Et je pense qu'avec Maria, c'est ce que nous avons trouvé. J'en suis très heureux.
Neuf ans. Neuf ans depuis le moment où on s'est rencontrés jusqu'au moment où elle prend la direction d'une école. C'est assez incroyable.
Et je dirais, pour la première fois depuis très longtemps, je n'ai pas besoin de savoir ce qu'il va arriver dans les détails pour pouvoir commencer. Ça, c'est une grande leçon. Jamais je n'aurais cru, il y a neuf ans, que je serais ici aujourd'hui à vous parler de ce moment qui est un moment qu'on attend depuis très longtemps. Mais on y a travaillé. On n'est pas resté assis sur une chaise en attendant que ça arrive. On a fait que cet événement puisse arriver.
Pas à pas, sans tout changer, avec les contraintes qu'on a, une à la fois. Et le résultat est assez incroyable.
On passe d'une personne qui avait un agenda qui commençait à 5h30 le matin et se terminait à minuit, sans interruption, à maintenant une personne qui va pouvoir avoir toutes ses matinées libres pour des activités qui lui sont propres, un début d'après-midi pour renforcer la communication et les projets de l'école, et un moment d'activité professionnelle entre 16h et 20h — puis une soirée relativement libre, sans les préparations énormes de la veille, puisqu'elles auront été faites pendant la journée. Si vous comparez les deux, on est sur quelque chose de tout à fait différent. On était sur une chenille qui est devenue un papillon.
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## Le mantra de cet épisode
*On ne voit la cohérence d'un cycle qu'en regardant en arrière. On en commence un nouveau en faisant confiance à ce qui est devant.*
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Vous l'avez certainement remarqué : c'était un épisode un peu différent, un peu plus personnel, plus intérieur. Un moment de neuf ans après une rencontre qui a changé beaucoup de choses.
Je suis toujours au Mexique et je suis moi-même, comme on dit, à la porte d'entrée d'un nouveau cycle — avec, je vous l'avoue sans m'en cacher, une sensation un peu étrange. À la fois on est content de quelque chose qui se termine, mais de quelque chose de nouveau qui arrive. Et en même temps, on sait qu'on ne maîtrise pas tout, mais on se fait confiance.
C'est ce que j'aimerais vous laisser aujourd'hui. Cette idée simple : on n'a pas besoin de tout changer pour aller mieux. Parfois, on a besoin simplement de voir une partie de la route, et on peut commencer à marcher. Je n'avais pas besoin de comprendre tout le cycle pour pouvoir le traverser. Je l'ai découvert pas à pas, et chaque étape apportait quelque chose de nouveau.
Faire confiance à ce qui se passe en vous et comment vous le ressentez — c'est déjà énorme.
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La semaine prochaine, je vous parlerai encore des coulisses du livre, on abordera si ce n'est pas encore fait le temps collectif — c'est-à-dire ce qui se passe quand deux temps individuels se rencontrent — et je vous parlerai aussi de ce que j'ai appris ici au Mexique sur la façon de fonctionner avec des ressources limitées.
Si cet épisode vous a touché, si vous traversez vous aussi des moments de transition, l'Heure du Temps vous attend chaque mercredi à 19h, heure belge. Et si vous sentez que vous voulez entrer dans un nouvel espace, il y a le cercle HeHo qui reprend en septembre. Le *Souffle du Temps* également — j'ai une bonne nouvelle : la retraite de septembre est fixée, ce sera à l'Abbaye de Maredsous, deux belles journées en petit groupe pour faire le point sur ce qui compte vraiment. Vous retrouverez toutes les informations sur le site oruposa.com — un onglet HeHo, un onglet Souffle du Temps. Et si vous avez le moindre doute, vous pouvez m'envoyer un petit message à jc@oruposa.com, je vous répondrai dans les 48 heures.
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Ici, dans *Entre-temps*, on ne cherche pas à remplir le temps, on apprend à l'habiter.
Je suis Jean-Claude, Chronotier. Prenez soin de vous, et prenez soin de votre temps, parce que ce n'est rien d'autre que votre vie.
À très bientôt dans *Entre-temps*.
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*Merci d'avoir pris ce moment Entre-temps avec moi. Si cet épisode a résonné en vous, je vous invite simplement à le partager avec quelqu'un qui pourrait en bénéficier — ou encore mieux, à me laisser un petit mot. Vos retours sont précieux et ils nourrissent cette belle aventure du temps. Tous les épisodes et des ressources complémentaires sont disponibles sur **oruposa.com**, rubrique podcast.*
*Et surtout, prenez bien soin de votre temps — car au fond, ce n'est rien d'autre que votre vie.*
*À très bientôt dans Entre-temps.*