- Speaker #0
Allô Chef, c'est le podcast qui donne la parole à la nouvelle génération de restaurateurs installés en Aveyron. A chaque épisode, un nouvel invité face à nous. Je m'appelle Océane Gué, restauratrice, chef d'orchestre d'Allô Chef. A mes côtés, Lola Cross, journaliste à l'écoute de son territoire et à l'origine du podcast Finta. Nous tenons à remercier notre sponsor du jour, qui fait partie de nos meilleurs collaborateurs au quotidien pour la qualité de ses produits dans nos cuisines. Le Manoir Alexandre fabrique à Espalion des spécialités charcutières et produits à base de canards gras. Le goût de leurs produits, ils le doivent à l'expérience et à l'implication quotidienne de leur équipe. Plus qu'une équipe, une vraie famille, des personnalités uniques et passionnées. SEMA Saveur distribue ses produits auprès des professionnels des métiers de bouche depuis plus de 50 ans. Allô chef ! Ça commence maintenant !
- Speaker #1
On se retrouve avec Angie Ferral, à la tête du bistrot Le Bourg à Rodez. Avec Océane, on a cuisiné Angie sur ce métier passion, dans lequel elle est tombée enfant, bien inspirée par sa maman et sa mamie avant elle. Mais pour commencer, comme à tous les restaurateurs, je lui ai d'abord demandé de me raconter son bistrot, comme elle le décrirait à quelqu'un qui n'y est jamais venu.
- Speaker #2
Alors, décrire mon affaire, un bistrot festif, de retrouvailles, de marché. D'amis.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi ? Concrètement, ils ressemblent à quoi ?
- Speaker #2
Ils ressemblent à... Alors je dis nous parce qu'il y a mon associé qui fait partie de l'aventure avec moi. Et ils ressemblent à nous deux.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
C'est-à-dire, à côté de la campagne, parce que je suis issue de la campagne, où il n'y a pas de prise de tête, on vient comme on est, et de donner cet élan très chaleureux qu'on m'a inculqué.
- Speaker #1
Ok. Donc quand tu dis qu'on te l'a inculqué, c'est que tu as grandi dans une famille qui a entrepris aussi. Est-ce que tu peux me parler de ta famille, de ton enfance et de qui t'a transmis le goût d'entreprendre dans la restauration ?
- Speaker #2
Alors ça a commencé plus avec ma grand-mère parce que du coup c'était son restaurant. Et donc ma mère a repris après les rênes quand ma grand-mère a arrêté l'activité. Et donc, j'ai grandi avec ça, avec les casseroles, les fouets. Et donc, c'était mes premiers jouets en étant petite. Et donc, j'ai toujours été dans ce café-restaurant de famille à Pruynes, donc dans le Valon de Martiac.
- Speaker #1
C'était quoi comme affaire ?
- Speaker #2
Un restaurant de campagne. Aujourd'hui, ça s'appelle Chez Chantal, parce que c'est ma maman qui a repris les rênes. Et voilà, donc très traditionnel. Et forcément, tout ce qui est en découpe de l'Aveyron, le chouardier, les riz d'agneau, le stockfish, les chevroies à l'oseille, voilà.
- Speaker #1
Ça veut dire que toi, dès petite, tu y étais vraiment ? Tu donnais un coup de main en sachant que tu voudrais faire ça aussi ? Ou c'est venu plus tard ?
- Speaker #2
Alors, je pense que je l'avais déjà en moi, parce que j'ai un petit frère qui, lui, n'est pas du tout passionné par la restauration. Et du coup, je suis née quand même un petit peu en avance de moi, parce que je pense que ma maman avait beaucoup de travail. Et donc, ça a fait qu'elle n'a pas pu s'arrêter, puisqu'à l'époque, c'était aussi compliqué de pouvoir prendre un congé maternité. Et donc, ce qui est venu, c'est que j'étais tout le temps dans le café. Et j'ai grandi avec les clients. Souvent, ils me gardaient aussi, parce qu'elle, elle était obligée de travailler. Et voilà.
- Speaker #1
Est-ce que tu as toujours vu chez ta mère de la passion, de l'envie, un amour de ce métier ? Ça a toujours été un plaisir pour elle ?
- Speaker #2
Toujours un plaisir et surtout, j'ai l'impression que c'est inné encore plus que chez moi parce qu'elle a tout le temps le sourire, elle n'est jamais en colère, elle ne va jamais se fâcher sur quoi que ce soit et elle dégage cette énergie hyper positive que les gens adorent et puis moi je l'ai toujours admirée dans la façon de se comporter dans ce métier.
- Speaker #1
Et toi, quel a été ton parcours ? Alors à quel moment tu choisis cette voie ?
- Speaker #2
Assez rapidement parce que j'avais ça en moi, je pense, et j'avais envie de me perfectionner, d'apprendre plus que ce qu'elle, elle a appris, parce qu'elle a repris l'affaire familiale de ma grand-mère et de pousser un peu plus sur les connaissances aussi des produits. Donc c'est pour ça que je suis vite arrivée en école hôtelière à Villefranche-de-Rouergue, où là j'ai passé quatre ans, où j'ai appris au sein de l'école, mais aussi en entreprise et en stage. où les stages étaient différents que ce que je pouvais connaître de la restauration traditionnelle et de campagne, où je suis partie dans des étoilés, donc le service n'était pas le même, avec beaucoup plus de rigueur sur le service ou ce côté professionnel qu'il fallait mettre des fois peut-être plus au carré sur l'attitude ou le contact avec la clientèle qui des fois était moins familier que ce qu'on pouvait connaître à la campagne. Donc 4 ans d'école hôtelière avec des stages multiples et après du coup en sortie d'école hôtelière, j'ai eu ma première affaire à Campioc pendant 3 ans, j'avais 20 ans. Donc là en alliance avec la mairie, je cherchais forcément quelqu'un pour redynamiser le village. Donc 3 ans formidables, incroyables jeunes mais très enrichissants. Après j'ai voulu me former dans la brasserie parce que c'était quelque chose que je n'avais pas vu. Ma grand-mère me parlait extrêmement bien de Paris parce qu'elle y avait travaillé une vingtaine d'années. J'ai grandi avec cette idée de Paris, du service, de la restauration. Je me suis dit pourquoi pas tester moi aussi la vie parisienne. Par contre, ça m'a donné des codes et une rigueur de beaucoup d'heures accomplies, de travail, d'accueil, d'engraissement, de s'occuper de tout. Et ensuite, ma vie parisienne, du coup, j'ai décidé de rentrer quand même en Aveyron. Forcément, parce qu'on est quand même bien ici. J'ai travaillé au commerce pendant trois belles années.
- Speaker #1
À Rodès ?
- Speaker #2
À Rodès, exactement. Et après, du coup, les patrons que j'avais sur Paris nous ont fait la proposition, avec mon associé, avec Pierre, de reprendre la compagnie qu'eux venaient d'acquérir, du coup, l'ancien PMU Place d'Armes. Donc, des travaux ont été faits. Et la première fois, j'ai dit non. parce que je ne m'en sentais pas forcément capable de gérer une si grosse affaire avec autant d'employés. Et puis du coup, mon associé d'aujourd'hui est revenu me voir quelques mois après parce que lui était parisien et est descendu en Aveyron pour le projet. Et il m'a dit, écoute, je reviens te voir, mais est-ce que ça ne t'intéresse pas de quand me tenter l'aventure ? Et finalement, la deuxième fois, je me suis dit, en discutant fortement avec ma mère qui est toujours mon pilier d'un... dans ce métier, me dit écoute ça te revient deux fois, tu fais comme tu veux mais réfléchis-y quand même. Et donc là je dis bon pourquoi pas, terroriser à l'idée le premier jour d'arriver, de passer la porte en me disant là t'es patronne et t'as une vingtaine de salariés, c'était assez intense les premiers mois. Et voilà donc on a fait six belles années extraordinaires à la compagnie où on a créé aussi un lieu de vie, des clients formidables, des gens qui nous ont suivis, encouragés. On a créé aussi de belles animations parce que forcément, issus du monde rural, on aime les choses festives, on aime les rencontres. Et du coup, de là est née la feria en alliance avec les deux autres bistrots de la Place d'Armes. Une belle ferveur.
- Speaker #1
10 000 personnes quand même.
- Speaker #2
Un bel événement qui a su, dans le temps, durer. Et donc, voilà, de temps en temps, il a fallu qu'on change de date parce que c'était un petit peu compliqué pour nous d'arriver à ce qu'allait et de trouver la bonne date. Et voilà, il n'y a pris que des bons souvenirs et que de très très belles choses à la compagnie. Et la compagnie s'est arrêtée donc en juin dernier, un peu de repos et de recul sur ces six longues et belles années quand même, parce qu'au final j'ai l'impression que ça fait le double, voire même plus d'années qu'on a travaillé dans cette entreprise. Et finalement, il y a eu le temps du coup des voyages, de prendre un peu de temps pour soi, et de se dire qu'en fait je n'avais pas envie de faire autre chose que ce métier. Et que ça coulait aussi un peu dans mes veines.
- Speaker #1
Tu as hésité quand même ?
- Speaker #2
Pas hésité. Je me suis dit, toujours dans la restauration, mais je me suis dit, il faut de l'énergie. Il faut que les gens aussi nous suivent. Il faut plein de choses. Il fallait un temps. Il fallait un temps pour se recentrer. Et aujourd'hui, du coup, on a repris le bourg depuis début janvier. Et en fait, quand on voit l'élan, même les clients qui reviennent nous voir et qui sont contents de... De nous retrouver derrière un comptoir, ça fait plaisir. Et je pense qu'on est, ou même je suis, à l'endroit où je devais être dans ce métier.
- Speaker #1
Là, tu es la seule parmi cette série de podcasts à ne pas entreprendre un couple, puisque Pierre, c'est ton associé, mais ce n'est pas ton conjoint. C'est quoi la recette d'une bonne association ?
- Speaker #2
La confiance, je pense. La confiance à tout point, de savoir s'écouter. Après, il a su dompter un peu en moi et me canaliser sur mon caractère.
- Speaker #0
La compatibilité, on en revient toujours là à la compatibilité des personnalités.
- Speaker #2
Et différent, on est complètement différent. Lui, c'était un Parisien, moi je suis d'ici, il est beaucoup plus calme, il est beaucoup plus posé. Du coup, il a su m'apaiser énormément. Et puis après, il y a la confiance dans le travail, financière aussi, qui rentre forcément en jeu. Et puis après, à vrai dire, c'est comme un couple. Il y a des jours où, oui, bon. Il y a des jours où il ne fallait pas être dans les parages ou au bureau avec nous, à la compagnie, parce qu'on n'était pas en accord et qu'après il faut savoir s'écouter. Et c'est une force aussi parce que, sur une affaire comme la compagnie, qui était quand même une très grosse affaire, on ouvre un 7-7, on continue. Donc, quand on rentrait chacun chez soi, on n'était pas ensemble. Donc, il y avait cet avantage aussi où on pouvait souffler, couper chacun de son côté. Voilà, le lendemain, une bonne nuit de sommeil, c'était passé et on passait à autre chose. Mais je ne me verrais pas associée à quelqu'un d'autre. Alors, dans d'autres projets, pourquoi pas, parce que j'ai vraiment envie encore d'entreprendre et de faire plein de choses. J'aimerais me dédoubler tous les jours pour faire plein de choses différentes. Associée à quelqu'un d'autre, pourquoi pas, sur d'autres projets. Mais garder ce binôme avec Pierre, s'il m'accepte encore de nombreuses années, pourquoi pas.
- Speaker #1
Et donc là, vous vous relancez sur un projet qui est quand même différent. Le Bourg n'a pas la même histoire, ni la même capacité, ni la même place dans Rodès que la compagnie. Ce sont des affaires vraiment différentes. Qu'est-ce que vous conservez dans votre recette ? Qu'est-ce que vous laissez de côté ? Où est l'essentiel pour vous dans cette nouvelle affaire ?
- Speaker #2
L'essentiel est de... Pour le coup, je pense que c'est la même chose qu'à la compagnie, c'est juste que les volumes sont plus petits, la plage horaire aussi, même si dans l'idée, on a l'intention de développer un petit peu plus la plage horaire, du moins sur l'été. Après, je pense que la recette, on aime ce qu'on fait, donc de donner des moments de partage, que les gens se sentent bien, de donner du bonheur aux gens, parce que souvent on l'oublie, parce que de plus en plus, il faut... On devient aussi des gestionnaires parce qu'on ne peut plus travailler le métier comme ma mère le faisait ou continue à le faire parce qu'elle est chez elle et parce que c'est une autre époque. Mais malgré tout ça, qu'il faut quand même qu'on soit des businessmen ou de gérer nos affaires sur les coefs, on se rend compte aussi qu'il faut garder quand même cette âme-là et c'est de la travailler au maximum, de donner ce que nous, on a envie de donner dans l'endroit où on est.
- Speaker #1
Et la gestion, ça s'apprend sur le terrain ? Tu l'as prise où, toi ?
- Speaker #2
La gestion, je l'ai apprise quand même à l'école, parce que moi j'avais vraiment cette idée de transmettre et de faire plaisir sans forcément trop regarder les co-œuvres, parce que ma mère ne les calculait pas, et d'ailleurs aujourd'hui un peu plus, parce que forcément la marge se réduit de plus en plus. Mais oui, surtout à l'école, dans les stages, dans les entreprises dans lesquelles j'ai été, et puis parce que ça évolue et qu'on est obligé de faire attention.
- Speaker #1
Est-ce que tu savais, toi, d'entrée, que tu voulais ta propre affaire ? C'était évident que tu allais te monter un jour ?
- Speaker #2
Pareil, je reviens là-dessus, mais je pense que le fait d'avoir grandi dans un lieu chaleureux, où je la voyais tellement aussi, je parle de ma maman, tellement ravie d'être là, qu'en fait, pour moi, je pense que c'est plutôt une évidence. Pas dans le fait où je me suis autant éclatée quand j'étais salariée. Mais l'avantage d'être à son compte, c'est qu'on fait les choses comme on les entend. Alors des fois, c'est la bonne recette, des fois, c'est la mauvaise. Je pense qu'il faut tout le temps se remettre en question pour arriver à faire les choses comme il faut. Mais dans l'idée, je pense que ça, je l'ai en moi et je vais jamais entreprendre.
- Speaker #0
Elle t'a transmis cette passion, ta maman, finalement, d'entreprendre, d'être dans ce métier, de le vivre et de te projeter là-dedans.
- Speaker #2
Complètement.
- Speaker #1
Et reprendre son affaire à elle, ça fait partie des possibilités ?
- Speaker #2
Oui, des fois, c'est des discussions en bas de famille. Ou comme à Noël, encore, on en a eu à reparler. Bon, elle me met zéro pression là-dessus. Il y a quelques années, on était plus à en parler. Finalement, les événements ont fait que, après, la campagne est arrivée, donc on n'en parle plus trop. Bon, là, des fois, elle me remet un petit peu le pied en me disant, bon, mais elle ne me met pas du tout de pression par rapport à ça. Pourquoi pas un jour ? J'ai encore des choses à faire ailleurs, je pense. Je ne vais pas du tout faire mal l'idée de repartir à Pouyne un jour. Mais il y a encore des projets. Je me sens bien à la ville aussi, malgré tout. Et par contre, pour me ressourcer, je vais dans mon vallon natal, entre guillemets, avec des petits coins très stratégiques pour reprendre de l'énergie, de l'imagination, enfin tout ça, se reconcentrer sur soi-même, oui.
- Speaker #1
C'est quoi les différences que tu vois, les plus grandes différences entre une affaire en ville et une affaire à la campagne ?
- Speaker #2
En vrai, il n'y en a pas tellement. Je pense que c'est comment on fait le métier et comment on le transmet. La clientèle peut être différente, mais du temps qu'on reste la même personne au final, je n'ai pas l'impression qu'il y ait une différence. Alors, j'ai envie de dire, des fois, il y a plus de monde, il y a plus de passages à la ville, mais après, en soi, je n'ai pas l'impression que ce soit. dans le différent qui est un si gros fossé entre les deux.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord avec ça. En effet, c'est vrai que tout nous ressemble finalement, que ce soit en réalité.
- Speaker #2
Moi, je le perçois comme ça. Je n'ai pas de changement à être à la campagne ou à la ville. Je pense que c'est la personne qu'on est qui fait que...
- Speaker #0
Ce qu'on transmet au lieu, finalement.
- Speaker #1
Même dans la proximité avec les clients ?
- Speaker #2
Oui, pour moi, c'est la même. Après, je veux dire, dans ma campagne, il y a des gens qui m'ont vu grandir. Donc, c'était des clients, mais c'était aussi des voisins, des amis. Ça fait toute une atmosphère en campagne qui est magnifique à vivre parce qu'il y a tout un côté humain et de proximité avec les voisins qui est incroyable. Et puis, au final, on se rend compte que c'est... On est une grande famille. Mais ça, on peut le revivre quand même à la ville aussi. Là, ce qui fait plaisir, c'est qu'il y a des gens de la campagne qui viennent. Et on sait qu'ils viennent à Rodès moins souvent. Mais dès qu'ils viennent, ils viennent faire un coucou. Et du coup, ça, c'est des moments... Et ça fait tellement plaisir de les accueillir dans un autre lieu, qui est la ville. Après, Rodès reste une ville, mais c'est aussi, pour moi, un grand bourg, au final.
- Speaker #1
Ce qu'on abordait aussi dans la série, avec ceux qui ont plutôt des affaires en campagne, c'est le fait d'être vraiment une pièce majeure du village, un chénon vraiment essentiel dans le lien social, dans l'animation du village, dans le maintien des services publics qui vont avec parfois. En ville, tu n'as pas trop ce rapport-là, voire même tu es une affaire parmi d'autres. Alors quand même, est-ce que ça ne change pas dans le positionnement, dans le fait de trouver sa place à soi parmi d'autres affaires ?
- Speaker #2
J'en rejoins ce que je viens de dire, je n'ai pas tellement l'impression. parce que, le sujet s'écarte un peu, mais même entre nous, alors je dis cafetiers, peint-portes, restaurateurs, j'ai l'impression que déjà, ça fait plusieurs années que, alors je ne peux pas parler d'avant parce que je n'étais pas impliquée, mais entre nous tous, il y a une bonne ambiance qui règne, on s'entend tous très bien, on se donne des conseils, où il y a de l'entraide entre nous. Je pense que non, je n'ai pas l'impression. Je pense que ça reste très... C'est l'âme de chacun, en fait. On va dans tel ou tel endroit, à Rodez ou à la campagne, peu importe, mais c'est aussi pour trouver un moment de convivialité. Puis je pense que les patrons, dans les affaires même à Rodez, c'est pour ça que je dis que ça reste quand même une ville, mais ça reste un gros village, vont à tel ou tel endroit parce qu'ils ont... Alors forcément, il y a l'offre de la restauration qui compte, mais il y a aussi, on va chez telle ou telle personne, quand même. Donc le restaurant, dans le moment, il n'a pas... vraiment de nom, ça s'appelle Chez Chantal. Mais on peut dire de Rodez, on va aux centrales, on va à la compagnie, on va au coq. Mais aussi, on va souvent quand même chez quelqu'un. Ou même, je trouve que les patrons donnent aussi cet élan, même par rapport aux salariés. Les gens aussi viennent pour des salariés, pas que pour un lieu. Et ça, je trouve qu'on le retrouve, du moins à Rodez, j'ai l'impression qu'on le retrouve quand même fortement. Après, je pense que... C'est notre rôle aussi, chef d'entreprise, d'amener ça. C'est-à-dire, c'est une anecdote, mais je me rappelle quand on a repris la compagnie, au début, c'est vrai qu'on me peut terroriser quand même par la grandeur du bouclard, pour le coup. Mais très vite, même à mon staff, quand on finissait des longues journées de travail, souvent on prenait le temps de discuter, de manger un petit bout à la fin. Et je leur disais, je leur disais à tous... Je n'ai pas envie que les gens viennent à la compagnie. Et je n'ai pas envie non plus que les gens viennent à la compagnie que pour Engie ou que pour Pierre. Mais moi, ce qui était important, c'est qu'on avait un très beau staff et les gens, j'avais envie qu'ils viennent pour Grégory, pour Brice, pour Léo, et j'en passe. Mais là, voilà, ça faisait partie de notre staff. Mais c'était important pour moi de transmettre ça, de ce que j'ai reçu comme éducation face au métier. Et on n'est pas que des porteurs d'assiettes. Moi, j'ai souvent défendu... Merci. Oh, et fort mon métier, parce que c'est un des plus beaux métiers. On est censé quand même donner du bonheur aux gens et que les gens, quand ils poussent la porte, qu'ils se sentent bien et qu'eux oublient leurs soucis. Pour le coup, c'est notre métier premier, c'est ça, c'est de donner du bonheur, de pouvoir les libérer de plein de choses, des tracas de la semaine, de la famille et des fois des choses bien plus graves. Mais c'est vraiment ce que je laisse paraître de ce que j'ai envie de transmettre et de donner, en fait.
- Speaker #1
Tu dis les porteurs d'assiettes, ça me rappelle ton parcours. Pourquoi tu as choisi le service et pas la cuisine, toi ?
- Speaker #2
Alors, j'ai fait un peu des deux. Mais des fois, la cuisine me manque parce que j'ai envie de retoucher à la cuisine. La salle, parce qu'il y a ce contact, quand même. Alors, j'ai fait de la cuisine dans d'autres restaurants, mais malheureusement, quand on met la blouse et qu'on reste vraiment derrière, alors des fois, ça peut faire du bien. Mais au final, le problème, c'est qu'on ne voit pas forcément les clients. Et dans ce contact, que ce soit avec les locaux ou même des touristes, d'échanger, c'est quand même très enrichissant.
- Speaker #0
Finalement, tu t'es découvert plus au niveau du contact client devant que ce que tu aurais pu être derrière en cuisine. Oui,
- Speaker #2
mais j'ai des lacunes en cuisine parce qu'il faut que j'apprenne toutes ces belles recettes de ma mère. D'ailleurs, à Noël, je lui ai offert un livre qui porte bien son nom, les recettes de grand-mère. Et elle me dit, je veux bien te le remplir, mais il faut que tu viennes en cuisine pour vraiment. Mais voilà, en vieillissant, je me rends compte qu'il ne faut pas perdre cette richesse de ma grand-mère, mais même de mon arrière-grand-mère. Et si un jour, je venais reprendre le restaurant à Prines, ça ferait quatre générations de femmes. Donc, il y a aussi ce côté un peu féministe, mais aussi très important. Parce que c'est vrai que souvent, les femmes dans ce métier, souvent, les gens disent, c'est plus dur parce que... Il faut tenir le rythme, il faut tenir la cadence. Mais au final, pas tant que ça.
- Speaker #1
Comment ça s'explique que ce soit une histoire de femme ? Justement, ce n'est pas hyper courant ? Sur quelle génération en tout cas ?
- Speaker #2
Ça, je n'ai pas trop la réponse.
- Speaker #1
Il faisait quoi les grands-parents ? Mon grand-père,
- Speaker #2
si par contre. Mon grand-père, lui, était plus au service ou au comptoir avec les copains. Mais c'était surtout la cuisine. La cuisine, c'était souvent... C'était ma grand-mère pour le coup.
- Speaker #0
C'était maman, mamie.
- Speaker #2
Oui, c'est ça, exactement.
- Speaker #0
Comme à la maison.
- Speaker #2
Comme à la maison.
- Speaker #1
Et là, au bourg, vous avez changé d'échelle, c'est ce que tu dis, ça veut dire qu'avec Pierre, ton associé, vous vous retrouvez à la tête d'un staff qui n'est pas celui que vous aviez à la compagnie. Est-ce que ça redistribue vos rôles dans l'entreprise ? Oui,
- Speaker #2
parce que là, on devient un peu couteau suisse, même si on l'était à la compagnie, mais là, il faut être multifonction. Alors, il y a des fois, ça fait bizarre parce qu'on a tellement eu cette habitude pendant six ans. de rythme très soutenu, où là, on se rend compte que ça peut être un peu plus cool, un peu plus à taille humaine, pour le coup, et d'avoir plus le temps de pouvoir aussi profiter dans le sens d'amener vraiment notre touche sur des choses qu'en grosse brasserie, on a moins le temps de faire et de pouvoir encore plus discuter avec la clientèle.
- Speaker #1
Mais d'un autre côté, ça repose un peu plus sur vous. Vous pouvez moins déléguer, c'est ça ?
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Vous avez une équipe qui est constituée comment au Bourg ? Alors,
- Speaker #2
en... Un garçon en salle et un cuisinier. Voilà, donc forcément, ça change. C'est sûr.
- Speaker #1
Et avec une grande amplitude, parce qu'on est quand même sur la place du Bourg, avec un marché hebdomadaire deux fois par semaine.
- Speaker #2
Oui, oui, après, ça reste une belle affaire. Et elle est quand même assez... La plage horaire est assez importante, parce que finalement, cette place du Bourg, elle vit autant le matin, tôt et très tôt, du coup, pour les cafés, les déjeuners avec les deux marchés semaine, mais aussi le soir. pour ce côté plus festif qu'on retrouve avec des habitués du quartier.
- Speaker #1
Quelle a été ta plus grande leçon que t'as donné ce métier et que tu retiennes encore aujourd'hui ?
- Speaker #2
La plus grande leçon ? Je ne sais pas si je peux dire que j'ai une leçon. J'ai juste l'impression qu'il faut le faire avec amour. C'est la plus... C'est la seule chose vraiment que je retiens. Par contre, si à un moment donné, on en a marre ou qu'on ne veut plus faire ça, je pense qu'il faut arrêter.
- Speaker #0
Il faut savoir dire stop,
- Speaker #2
tout à fait.
- Speaker #1
Parce que c'est impossible de le faire sans amour ? Parce que quoi ?
- Speaker #2
Je pense qu'on peut le faire, mais à un moment donné, je pense qu'on s'épuise. On s'épuise ou on s'étouffe ou je ne sais pas trop. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas le faire. Mais pour le faire toute une vie entière... Je pense que pour moi, il faut vraiment ce côté passion. Ça n'engage que mon sentiment personnel. Mais je pense qu'il y a un moment où peut-être on va s'orienter vers autre chose. Il faut que ça anime, forcément.
- Speaker #1
Tu as fait partie de cet élan parisien qui est revenu sur Rodez suite à l'ouverture du musée Soulages notamment, mais dans les années qui ont suivi en tout cas. de toutes ces affaires qui ont été reprises par des couples, soit d'Aveyroné de Paris, soit de personnes qui ont fait leurs armes à Paris avant d'arriver sur Rodès, et qui, à vue de l'extérieur, donnaient vraiment un élan à Rodès et à la restauration dans Rodès. Est-ce que c'est une vie d'esprit ? Est-ce que tu te sens faire partie de cet élan ? Et qu'est-ce qu'il a apporté à Rodès ?
- Speaker #2
Alors, il a apporté, je pense, à Rodès un nouveau souffle, pour le coup, positif, parce que des affaires... ont été reprises, ont été menées à bien, évoluées. Ça a donné quand même un élan pour la restauration dans notre ville. Après, je ne suis pas du même moule, parce que les éducations sont complètement différentes par rapport au métier. Je pense qu'il faut de tout pour arriver à constituer quelque chose de la restauration qui puisse être et convenir à tout le monde surtout.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'elle t'a appris, toi, ton expérience parisienne ?
- Speaker #2
La rigueur, je dirais. La rigueur, l'intensité au travail, parce que ça faisait des belles journées. C'était aussi de travailler, moi j'étais dans un très beau quartier, donc de travailler une clientèle différente. qui finalement ne change pas guère plus que ce qu'on peut côtoyer même à Rodez, mais voilà, de la travailler différemment. Et puis après, il y a forcément ce service au plateau, de longues heures, une tenue aussi irréprochable comme on peut rencontrer dans le luxe, mais différemment dans la brasserie, parce qu'il y a forcément, il faudra une activité à la cadence et soutenue quand même.
- Speaker #1
Et quel conseil tu donnerais à... des jeunes qui voudraient se lancer dans ce métier, qui hésitent, qui peuvent avoir peur justement d'une cadence, d'un rythme en décalé ?
- Speaker #2
Alors là, je rejoins notre amie Sébastien. Gâche ? Oui, gâche, exactement. Sur le sujet, c'est-à-dire que moi, je pense qu'en fait, il faut faire ce métier, mais comme on nous a appris, il ne faut pas compter nos heures. Enfin, compter nos heures, si, forcément, il faut bien que toutes les heures fassent... sans rémunérer. Mais je veux dire, pour avoir envie de faire ce métier, il faut avoir envie de partager des choses avec quelqu'un, avec des gens, avec des collègues. Et pas de se dire qu'on est un métier où on va... Il faut pointer, forcément. Mais pour moi, c'est pas ce métier-là qu'il faut faire si on a envie de... Alors, je sais pas... peut-être le besoin d'aide pour mes amis.
- Speaker #0
En gros, si on ne veut pas travailler pour travailler, faire ses heures, repartir chez soi et finalement ne pas se sentir concernée par ce qu'on fait et vraiment le vivre, pour le vivre en entreprenant, il faut s'investir. Ça passe par les heures, entre guillemets. Je pense que quand on aime ce qu'on fait, on n'a pas besoin de compter les heures et que l'investissement passe par là, le premier investissement. Il ne faut pas avoir peur parce qu'on est nombreux à le faire. Et si on le fait, C'est qu'on aime ce qu'on fait, et quand on aime ce qu'on fait, j'estime que ça vient naturellement, que c'est assez simple finalement.
- Speaker #2
Puis on a une vie avec les collègues. Donc moi j'étais salariée aussi, à mon compte, mes salariés, les deux côtés m'ont plu forcément. Mais ce qui est important, c'est vrai qu'on fait un métier en décalé, qui moi personnellement ne m'a jamais finalement empêchée de vivre ma jeunesse ou de profiter comme les autres, différemment je veux dire. Mais au final avec les collègues, il y a des choses qu'on se comprend entre nous, parce qu'on a des horaires en décalé. Ça ne veut pas dire pour ça qu'on est malheureux. Et au final, je me suis rendue compte, maintenant en vieillissant, parce que forcément, il y a des soirées qu'on loupe plus jeunes, ou on en fait tout un monde parce qu'on aurait loupé la soirée du siècle. Mais maintenant, avec du recul, quand j'ai une soirée, de week-end ou quoi que ce soit, avec des amis, je vais en profiter beaucoup plus et vivre dans l'instant présent. Alors qu'au final, on aurait tous nos vendredis soirs, tous nos samedis soirs. Des fois même, on se lasse parce qu'on ne sait même plus quoi faire. Alors que finalement... Nous, quand on a vraiment une soirée, on en profite vraiment jusqu'au bout. Et après, il y a ce lien qui se crée avec les collègues, parce que des fois, le métier est dur, comme d'autres métiers, bien sûr. Mais là, je parle d'une autre. Mais on se serre les coudes. Donc ça, c'est quand même... En fait, moi, je l'ai souvent pris comme un sport, un sport collectif, où il y a forcément un capitaine, donc souvent le patron ou le maître du bateau, entre guillemets. Et derrière, il peut y avoir un capitaine ou même le meilleur joueur de l'équipe. Mais si derrière, on n'est pas accompagné... Là, je parle vraiment du côté professionnel en étant à mon compte. Mais si derrière, on n'a pas tous nos petits soldats, entre guillemets, ou ce qui constitue, imaginons, une équipe de foot, et bien s'il n'y a pas de gardien, on ne va pas forcément prendre des buts. Et là, c'est la même chose. Donc si on est tous ensemble et concernés par ce qu'on fait dans un bon élan, on ne peut qu'au final gagner des matchs ou gagner sur le terrain dans notre métier de la restauration.
- Speaker #0
Je te rejoins là-dessus. C'est beaucoup l'esprit d'équipe, de partage, de se reconnaître à travers notre équipe aussi, de se comprendre parce que finalement, on vit la même vie et que finalement, c'est ce qui nous rassemble. Et on est nombreux, donc on est loin d'être exclus du reste du monde.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai. Mais on est bien. J'ai envie de dire venez parce qu'on fait un super beau métier et on n'a pas l'air d'être malheureux quand même.
- Speaker #0
Je pense qu'on fait même plus la fête que la plupart de nos coupés.
- Speaker #2
on mange bien,
- Speaker #1
on boit bien c'est ça et puis tu te rends compte qu'il y a quand même beaucoup de gens qui ont des rythmes décalés dans le boulot aussi donc la vie sociale est aussi en soirée, la nuit, en semaine pour d'autres merci Angie merci Finta,
- Speaker #2
merci à tous
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode d'Allochef. Allochef, c'est le podcast qui donne la parole à la nouvelle génération de restaurateurs installés en Aveyron. Ce podcast est initié par Allochef, réalisé par Lola Cross du podcast Finta, l'Aveyron par ses voix, et mixé par Fox Studio à Bozoul.
- Speaker #0
La réalisation de cette série n'aurait pas été possible sans le soutien financier de 6 entreprises locales, Montvertex, la Maison Conquée, la Cave Rutten, le Manoir Alexandre, la Manufacture de l'Aïeul en Aubrac, et la coopérative Jeunes Montagnes, sans oublier le restaurant La Route d'Argent à Beauzoule.
- Speaker #1
Mais surtout, derrière Allo Chef se cache une atelier-restauratrice beauzoulaise, Océane Gué.
- Speaker #0
Avec moi, plongez au cœur de l'action dans les coulisses de vos tables préférées en Aveyron. Retrouvez tous les contenus, audios et vidéos à venir sur Instagram, sur le compte Allo Chef Aveyron. Vous trouverez le lien dans la description de ce podcast et à bientôt pour déguster le prochain épisode.