- Speaker #0
Allô Chef, c'est le podcast qui donne la parole à la nouvelle génération de restaurateurs installés en Aveyron. A chaque épisode, un nouvel invité face à nous. Je m'appelle Océane Gué, restauratrice, chef d'orchestre d'Allô Chef. A mes côtés, Lola Cross, journaliste à l'écoute de son territoire et à l'origine du podcast Finta. Nous tenons à remercier notre sponsor du jour, qui fait partie de nos meilleurs collaborateurs au quotidien et sur nos tables. C'est un objet qui traverse le temps sans jamais perdre son tranchant. Le couteau de l'Aïol. Depuis plus de 30 ans, l'entreprise L'Aïol en Aubrac perpétue au cœur de l'Aveyron un savoir-faire artisanal d'exception. Chaque couteau est façonné à la main par des artisans passionnés. En soutenant cet épisode, L'Aïol en Aubrac soutient aussi la création et les valeurs du territoire. Rendez-vous sur l'aïol-en-aubrac.fr, sur Facebook et Instagram. Allô chef ! Ça commence maintenant !
- Speaker #1
On se retrouve avec Justine Munoz, à la tête de l'auberge du lac à Mandai. Avec Océane, on a cuisiné Justine sur un enjeu majeur des restaurateurs aujourd'hui, comment concilier sa vie personnelle avec un métier aussi prenant, comment sacraliser des moments de famille tout en s'épanouissant dans son affaire. Mais avant d'arriver à ce sujet, comme à tous les restaurateurs, j'ai d'abord demandé à Justine de me raconter son restaurant, comme elle le décrirait à quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds.
- Speaker #2
C'est une auberge. Ça s'appelle l'Auberge du Lac, mais c'est vraiment une auberge. C'est un lieu de vie, d'échange, de gens qui vivent sur place et d'autres qui sont juste de passage. On a la chance d'avoir le restaurant, mais aussi la partie chambre. Donc c'est vraiment ça, c'est un lieu de vie, d'échange et de rencontre. L'auberge au sens littéral, comme à l'époque. Vraiment cette définition-là. Elle est située dans un tout petit hameau, parce qu'on peut parler de hameau, Mandail, qui est à équidistance entre Espallion et Saint-Genest-Zolte. On surplombe le barrage de Castelnau-la-Soute, donc sur le Lot. Voilà, donc un village de 70 âmes.
- Speaker #1
C'est une affaire que vous avez reprise en 2019. Avec quelle envie est-ce que vous y êtes arrivée ? Qu'est-ce que vous voulez faire de celui qui était quand même déjà bien installé ? C'était une institution déjà dans le hameau ?
- Speaker #2
Oui, c'était déjà bien installé. Donc nous, on avait eu la chance d'y travailler pour l'ancien propriétaire avant. Jamais en même temps, mais on y a eu travaillé tous les deux. Donc c'était quelque chose qu'on mûrissait depuis. C'était un projet de longue haleine. Ça faisait un moment qu'on y était, qu'on projetait. Avec l'ancien propriétaire, on avait une relation quasi filiale. Donc c'est vrai que ça s'est fait aussi naturellement. La décision, elle s'est prise. On a un peu poussé le... La décision, parce qu'au moment où on planait d'avant, on a attendu notre premier bébé. Et le deal, c'était soit on l'habitue dès le début à grandir dans un restaurant, donc dans cette auberge, parce que c'était vraiment le restaurant qu'on voulait. Mais soit dès le début, on l'habitue et elle grandit là-dedans. mais on ne l'habitue pas par contre à avoir... Je ne sais pas comment dire, un cadre plus traditionnel. J'enseignais dans un lycée en hôtellerie-restauration. Anthony était chez un traiteur. Donc c'était beaucoup plus cadré, beaucoup plus 35 heures, on va dire. Donc dès le début, on voulait que notre enfant grandisse dans cette ambiance. Donc on a un peu poussé l'ancien propriétaire dehors, en lui disant que c'est soit maintenant, soit pas du tout. Donc, c'est pour ça qu'on a eu Andrea, notre première, en janvier 2019. Et on ouvrait l'auberge en avril.
- Speaker #1
Tu es associée avec ton époux, Anthony. Anthony, lui, il est originaire du hameau de Mandaï. En tout cas, il a des attaches familiales qui remontent.
- Speaker #2
Son papa est né à Mandaï. Après, ses parents l'avisent et que son père est parti vivre sur Odesse avec sa maman. Donc, il a grandi sur Odesse. Mais il avait ses attaches sur Mandaï et les grands-parents. La vie associative, ils l'avaient sur Mandail. Donc c'est pour ça que, voilà, c'était quand même... Leur vie était là-bas, les week-ends étaient là-bas, les vacances étaient là-bas. C'est pour ça que son premier job, ça a été là-bas aussi, chez Philippe. Donc voilà.
- Speaker #1
Est-ce qu'on se sent attendu au tournant quand on est attaché au village ? On n'arrive pas en terrain inconnu où on est complètement libre peut-être ? Ou est-ce que c'est une force ?
- Speaker #2
C'est une force. Ce n'est pas attendu au tournant. Ça a été beaucoup de soutien. Les gens étaient contents de nous voir arriver, d'avoir un fils du pays, parce qu'il faut être honnête, c'était quand même un fils du pays. Donc, c'est beaucoup de soutien. Attendu au tournant, non. On n'a pas vu les choses comme ça. Honnêtement, non. Par contre, on sait qu'on est à notre place parce qu'on a eu des moments où on a eu besoin de soutien et où on a été plus que soutenus. Et on n'aurait pas eu ce soutien-là si ça n'avait pas été là, clairement. Et on n'y serait peut-être plus.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas arrivé. Mais vous êtes toujours là.
- Speaker #2
Que du positif. Donc en fait, on sait qu'on a fait le bon choix en étant là.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça a de particulier de s'investir dans une affaire de campagne, une auberge de campagne ? Ce sont des engagements particuliers, tu le dis. Vous avez voulu élever votre fille. dans cet univers-là, c'est aussi un univers qui engage et qui fait que toute la famille est à les deux pieds dans l'affaire.
- Speaker #2
L'engagement, c'est un peu le mot aussi qui fait partie de notre vie. Parce qu'avant d'être engagée dans l'auberge, on avait un engagement avec la vie associative locale. Je suis encore coprésidente de l'association du foyer rural du village. En fait, c'est là, on sait tout l'intérêt qu'un commerçant... Pas dans ce genre de coin, quoi. Parce qu'en fait, il y a des personnes, on est les seules personnes qui voient de la journée parce qu'ils viennent boire un café au comptoir ou même ils voient juste de la lumière. Mais pour eux, il y a une vie dans le village. Là, on le voit, on est sur une période où on est fermé. Au moment des fêtes de fin d'année, on ferme, on prend un mois et demi. Ils nous le disent.
- Speaker #0
C'est triste. Oui, donc, il nous tarde que vous réouvrez.
- Speaker #2
Voilà, ça fait partie de...
- Speaker #0
Du réconfort.
- Speaker #2
Ouais, ouais, ouais. Mais c'est... Oui, voilà. Et puis, on voulait aussi que notre fille grandisse, que le village vive. Donc, en fait, c'est en amenant des jeunes qui ont des enfants, qui vont faire vivre l'école locale. C'est la pelote de laine qui se déroule. Il y a l'école, après, il y a l'association des quilles, qui a d'ailleurs un très bon résultat. Mais voilà, en fait, c'est toute cette vie-là qu'on attend. Et qu'on le cherche, nous, on cherchait ça aussi. Parce qu'en fait, moi, je suis d'un village. Un martiaque, ça reste un village. Mais on n'a pas la même place. Si vous voulez, là, on existe pour nous. Les gens, ils viennent à l'Auberge du Lac, mais ils viennent aussi chez Antoine Juju.
- Speaker #1
C'est un projet évident pour vous que d'avoir votre propre affaire ?
- Speaker #2
Oui. Enfin, oui. Si, si, il faut être honnête, on a... On savait que si on voulait travailler ensemble, on n'a jamais travaillé ensemble avant, à part pour des extras, des choses comme ça. Mais on voulait travailler ensemble parce qu'on voulait se voir. Et c'est vrai que quand on n'est pas sur la même affaire, c'est toujours un peu plus compliqué, parce que pas forcément les mêmes horaires et tout ça. Même si aujourd'hui, ça évolue beaucoup aussi de ce côté-là. Mais voilà, on avait envie d'être ensemble, d'évoluer ensemble. Et puis bon, Mandaï, ça a été... De toute façon, c'était une évidence. Le jour où il m'y a mené... Je savais que je voulais vivre ici. Et même avant de reprendre l'auberge, on a traversé des épreuves très compliquées. Et Bémandaï était là, en fait. On s'est aperçu qu'on existait à un endroit.
- Speaker #0
C'était votre foyer, finalement. C'est votre bulle à vous, finalement, Bémandaï.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
C'est parfois ce qui peut effrayer des nouvelles générations dans la restauration, le fait... d'être attachée à son affaire et de ne pas arriver à gérer une vie privée à côté, une vie de famille, comme si votre vie de famille n'existait que dans l'auberge. Alors, comment est-ce que vous vous êtes organisée ? Comment on arrive à protéger une vie de famille, si c'est l'envie, ou en tout cas à scinder les deux ?
- Speaker #2
Alors, scinder, ce n'est pas le mot, parce qu'en fait, ce n'est pas possible de scinder les deux, là, effectivement. Mais la chance qu'on a, c'est d'être en 2025 aussi, je pense. Même avant, mais... Nous, on a réussi à... Enfin, on pense avoir réussi à ce que notre vie familiale et notre vie professionnelle soient vraiment mêlées. Et le fait qu'on soit aussi à Mandaï, ça aide à ça, c'est vrai. Les enfants ont grandi. Nous, Andrea, elle avait son parc au milieu des clients. Il y a eu des fois, eh bien oui, elle n'a pas souvent pleuré. Mais en fait, tout le monde avait levé notre fille. Mais c'est vraiment cette ambiance de... De vie de commerçant où elle n'a pas connu autre chose. Donc de toute façon, ils n'ont pas connu autre chose.
- Speaker #0
Le fait qu'ils grandissent dans un lieu comme ça, dans un métier comme celui-là, les rend pas moins épanouis pour autant parce que ce qui compte, c'est de nous voir épanouis. Et finalement, on passe du temps avec eux,
- Speaker #2
malgré tout. Moi, je pense honnêtement, par rapport aux autres parents d'élèves, qu'on passe beaucoup plus de temps avec eux parce qu'ils ont leur place avec nous. Combien de fois Andréa est venue, et Armand aussi. Andréa est plus grande, donc déjà, on a plus de recul, mais elle est venue cuisiner un peu. Elle est plus chez les carottes. Elle vient nous aider des fois pour le service le week-end parce qu'elle aime ça. Parce que pendant ce temps-là, ce n'est pas le travail qu'elle tombe, mais elle partage un moment avec nous. C'est juste ça. Elle voit ses parents. Le matin, on a organisé les choses de façon à faire qu'on est toujours tous les quatre avant d'aller à l'école. On fait le petit déjeuner tous les quatre ensemble. Et après, on va faire le petit déjeuner pour les clients de l'auberge. le soir on est là pour les accueillir au bus le week-end on a de la chance, on a papi et mamie sur place ou ma maman qui monte de temps en temps pour s'en occuper mais dans tous les cas ils font partie intégrante de l'auberge, de grandir au milieu les gens ne sont pas choqués de voir des enfants et nous ils savent qu'il y a du travail papa et maman ils travaillent, oui mais en fait ils travaillent mais ils aiment ça et rien que de nous voir épanouir les enfants pour eux c'est pas dur fin Et puis, c'est la normalité.
- Speaker #1
Pour eux,
- Speaker #0
c'est normal.
- Speaker #1
Ils ont grandi dedans. Ça veut quand même dire de mettre un cadre. Tu me le disais, c'est la première année où vous arrivez à couper vraiment au moment de Noël. Il faut imposer des limites. Il faut fermer la porte à des moments.
- Speaker #2
En fait, le plus dur, c'est de nous mettre à nous les limites et de s'entendre parce qu'il y a des fois où, combien de fois, on n'a qu'à fermer là. Mais non, on ne peut pas fermer parce que qu'est-ce qu'ils vont dire ? Mais en fait, les gens, ils nous comprennent. Les gens, ils comprennent parce que déjà, les gens voient évoluer la profession aussi. On n'a pas du tout les mêmes établissements qu'il y a 30 ans. Les gens comprennent qu'on a une vie aussi à côté. Et le fait qu'ils connaissent nos enfants aussi, ils sont plus sensibles à ça. Ils nous disent, c'est sûr qu'il faut que vous en profitiez. Ça, à l'époque, les premiers temps qu'on était à l'auberge, on l'entendait beaucoup moins. On attendait. Ah, mais vous fermez le mercredi. Ah bon ? Mais c'est dommage. Et les ouvriers, où est-ce qu'ils vont aller ? Mais les ouvriers, ils le trouvent, ils s'adaptent et ils le comprennent. Voilà. Alors, il y a des fois qu'on arrive à fermer aussi les week-ends parce que nous aussi, on a des amis qui se marient. Nous aussi, on a... Alors, des fois, ah mais on voulait venir. Mais oui, bon. Mais les gens le comprennent, ça, aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, ils le diront toujours.
- Speaker #2
Oui, oui. Puis bon, voilà, on est de moins en moins nombreux. à avoir des affaires dans les coins un peu reculés. Donc forcément, les gens comprennent que s'ils veulent garder un peu leurs affaires dans les petits coins, il faut aussi qu'ils soient un peu plus souples. Nous, combien de fois on entend, on rigole parce qu'on dit, on entend souvent parce que le Nord-Aveyron, il y a l'histoire avec tous les Aveyronais de Paris. Et qu'est-ce qu'ils ont bossé, les Aveyronais de Paris ? Oui, mais les Aveyronais de l'Aveyron qui avaient des restaurants, ils bossaient aussi beaucoup. Mais on ne leur en le dit pas. pas en fait.
- Speaker #0
Puis tu sais aussi, moi qui les côtoie également en tant que toi, c'est vrai que les Aveyronais de Paris, comme tu dis aussi, ils n'ont pas toujours tous beaucoup de famille.
- Speaker #2
Et je sais que c'est des regrets. Moi je sais qu'on a eu côtoyé des gens qui avaient papa et maman avaient leur resto à Paris et du coup ils vivaient en Aveyron parce que papa et maman ne pouvaient pas s'en occuper. Nous ça c'est quelque chose nos enfants n'ont pas fait nos choix. Donc on ne veut pas leur faire subir nos choix. On regarde toujours l'éducation qu'on a eue, ce qu'on a envie de reproduire et ce qu'on n'a pas envie de reproduire. Parce qu'en fait, comme je dis, nous, on a eu des parents qui viennent d'un milieu, soit ouvriers, mais les moments qu'on passe avec les enfants sont peut-être un peu moins nombreux, mais par contre sont peut-être plus qualitatifs. Ils sont intensifs. Oui, voilà. On privilégie beaucoup plus les moments. C'est riche de moments. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Quel a été, toi Justine, ton parcours avant d'arriver jusqu'à l'auberge dont tu as parlé, de ton moment prof ? Oui,
- Speaker #2
prof c'est un grand mot. J'ai enseigné la restauration au lycée. D'ailleurs, on s'est rencontrés, on était au lycée Saint-Joseph à Villefranche-de-Rouerga, où pour ma part, j'ai fait le BEP et le bac pro. Après, je suis partie travailler. J'ai essayé un petit peu l'hôtellerie, la partie hôtelière que je n'avais pas vue à l'école. J'étais plutôt restée sur le... J'avais étudié la restauration, le service. Donc après, je suis partie un peu en hôtellerie. Je me suis essayée à la vente, le commerce qui ne m'allait pas du tout. Voilà, puis après, j'ai travaillé à... pour les trois quarts de mon temps à Mandaï. J'ai fait six saisons avant qu'on reprenne. Voilà. Et un complément. J'étais aussi enseignante au lycée hôtelier pendant trois ans. Voilà. Donc, commercialisation et services en restaurant, en fait. Voilà. C'était mon souhait de passer le concours. Puis finalement... Ça ne me correspondait pas. J'aimais ce que je faisais, mais tout en gardant mon boulot à côté. Parce que pour moi, il fallait que ça bouge. Ce n'était pas possible de faire que l'enseignement. Tu as eu un rappel au retour aux sources ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #2
j'ai passé mon BTS en candidat libre. J'étais enceinte d'Andréa, donc juste avant qu'on reprenne l'auberge.
- Speaker #1
C'est marrant quand tu dis que le commerce ne t'allait pas du tout.
- Speaker #2
Moi, j'ai l'impression que c'est lié. c'est pas pareil j'étais dans le commerce c'était la bijouterie donc rien à voir mais moi en fait le fait d'avoir un but de devoir faire un chiffre de même poser un chiffre enfin je sais pas c'était plus naturel en fait moi les clients ils viennent à nous quand ils viennent au restaurant ils viennent on va pas déjà aller les chercher presque à la rue et il y aura forcément il n'y a pas une obligation de résultat voilà c'est ça tu vends du plaisir et tu vends pas un produit à...
- Speaker #0
Avec une exigence.
- Speaker #2
C'est ça. Moi, de savoir qu'à la fin, il fallait que je fasse tant de chiffres d'affaires, que si un client voulait tel produit, il fallait que j'essaie de lui vendre celui d'en-dessus. La garantie. Ça, c'était plus du tout. C'est pas du tout dans mon ADN. Moi, j'aime le faire avec naturel. Et d'ailleurs, je ne suis pas très douée pour la vente additionnelle. Enfin, c'est pas... Voilà, c'est...
- Speaker #1
Pourtant, oui, tu as quand même ces contraintes. Oui, bien sûr.
- Speaker #2
Mais à la fois, on ne le voit pas comme ça. Et d'ailleurs, c'est peut-être ce qui fait qu'on n'est pas...
- Speaker #1
Et si le client revient, c'est que la recette est bonne. La fidélité, c'est une façon de connaître. Après,
- Speaker #2
c'est certain que la cuisine, il fait beaucoup, ça, j'y suis pour rien.
- Speaker #1
Si on en parle de la cuisine, c'est quel type de cuisine ? Comment tu la décrirais ?
- Speaker #2
Traditionnelle. Anthony fait du pain au dessert. Il fait tout. Donc forcément, c'est assez intense. Mais voilà, c'est la cuisine de grand-mère. Les charcuteries à l'ancienne. La cuisson au feu de bois. Voilà, du traditionnel.
- Speaker #0
C'est de la cuisine fait maison, vraiment avec un intérêt de travailler le produit brut. Il travaille vraiment les choses avec le cœur et il y a une façon de le faire qu'on retrouve un peu moins maintenant, vraiment à l'ancienne, comme mamie. Et ça, c'est bien d'y retrouver des fois. Ça amène de l'âme et de la générosité dans sa cuisine et je l'invite à aller le découvrir.
- Speaker #2
Après, il aime travailler. Lui, le parcours qu'il a eu a été... Il a la chance d'avoir aussi une formation de boucher, qui fait qu'il peut travailler les viandes, il sait travailler les viandes de A à Z. Donc ça aussi, c'est une chance. Mais la viande aussi, tu la respectes aussi en l'utilisant entièrement. Donc de faire ses bouillons, de faire tout ça. Bon, après, on est nombreux à le faire aussi. Mais bon, voilà. Après, on n'est que tous les deux, donc c'est différent aussi. C'est une carte assez restreinte. Oui, elle est restreinte, mais les gens sont contents de retrouver les...
- Speaker #0
Mais des faits maison.
- Speaker #2
Oui, et puis le goût à l'ancienne, la poitrine farcie. Alors, elle n'est pas très jolie. Elle n'est pas très... Mais bon, il y a le...
- Speaker #0
Le goût compte.
- Speaker #1
Ce n'est pas Instagramable.
- Speaker #2
Ce n'est pas Instagramable. Je ne suis pas sûre que ce soit Instagramable, mais bon.
- Speaker #1
Il en faut pour tout le monde.
- Speaker #2
Oui, on a la chance de travailler avec nos producteurs, mais qu'on a... Voilà, notre copine Célia, à qui on a acheté, on va dire, le jeune Beauvais, parce que ce n'est plus un veau, mais... Elle est à 2 km. Célia, moi, j'adore qu'elle vienne manger et que les gens disent « Oh là là, c'est elle ! » Donc, elle rougit dans tous ses états, mais c'est une chance qu'on a. On a notre producteur de truites, on a les légumes à 5 hommes. Alors nous, on va dire que le marché vient à nous. On a la chance d'avoir papi et mamie qui vont au marché pour nous. Mais on a quand même ce contact avec tout le monde. On a toujours nos producteurs d'agneaux, de cochons.
- Speaker #0
On est un département incroyable. On est très bien mis à l'aile. Belle proximité.
- Speaker #2
On ne se verrait pas être ailleurs qu'ici. Surtout le nord-américain. Oui, c'est clair.
- Speaker #1
Et après, comment s'articule l'activité hôtelière aussi ? Parce que ça vous oblige quand même à être sur deux rythmes simultanés ? Oui,
- Speaker #2
c'est ça. Et c'est pareil, on a réussi à le faire évoluer un peu comme on voulait aussi. Donc, nous, c'est quatre chambres. Donc, c'est vraiment entre la chambre d'hôte et l'hôtel. D'ailleurs, on n'a pas vraiment de casquette officielle. Donc, on a les quatre chambres. Donc, on peut leur faire le petit déjeuner et le repas du soir. Alors là, cette année, on fait évoluer l'offre parce que le repas du soir, pour justement partager un peu plus de moments avec nos enfants, parce que des moments à quatre, on n'en avait pas beaucoup quand même. Du coup, le soir, on va faire un coin autonome où les gens pourront se faire réchauffer ce qu'on aura préparé. Mais du coup, ils le feront seuls sur la terrasse avec la vue quand il fera beau, à l'intérieur au chaud quand le temps ne le permettra pas. Mais voilà, toujours avec la cuisine d'Anthony. Ils auront ce service parce qu'il ne faut pas qu'on oublie qu'on est un peu loin de tout. Donc, ce n'est pas facile de reprendre la voiture à chaque fois. Et puis, de toute façon, autour de nous, on n'a pas grand monde qui peut aussi pallier à ça. Mais les gens le comprennent. Les gens, déjà, ils sont contents d'avoir quelque chose pour le soir. Et puis, en fait, ils nous rencontrent quand même. Donc, quand on va venir les accueillir, qu'ils vont voir les enfants, ils savent que de toute façon, c'est pour eux qu'on le fait aussi. Et ça se passe super bien. Après, le week-end, par contre, on a le côté auberge de village où le vendredi soir, le samedi soir, il y a les locaux, il y a les clients de passage de l'hôtel, les clients qui sont en chambre aussi dans le village parce qu'il y a des gîtes, des chambres d'hôtes. Voilà, et on arrive à avoir cet équilibre-là.
- Speaker #1
C'est une activité saisonnière pour vous ?
- Speaker #2
Non, on ferme un mois et demi au moment des fêtes, mais sinon, c'est à l'année. On a aussi notre clientèle locale. L'année, les gens du village pour le café, le kyr, du dimanche, du vendredi matin. Pour les associations qui sont énormes avec nous parce qu'elles jouent vraiment le jeu. On a nos habitués du week-end, nos habitués des vacances parce qu'on a des gens qui reviennent pour les vacances et qui reviennent à chaque fois avec qui on a lié. Plus qu'une amitié pour certains.
- Speaker #1
Est-ce que ça veut dire que vous vivez sur place ? Je ne vous ai pas demandé.
- Speaker #2
On a la maison à 50 mètres. On a racheté l'ancienne école du village. Et oui, de toute façon, on serait obligés. On n'a pas le choix. Et on ne veut pas. On aurait eu le choix, ça aurait été la même chose. Il faut qu'on soit sur place de toute façon. Après, rien que pour l'amplitude, on y est de 7h30 le matin. un peu plus tard, un peu plus tôt dans la matinée pour certains jours. Mais il faut qu'on soit sur place.
- Speaker #1
Tu l'évoquais tout à l'heure, il y a peut-être de moins en moins d'affaires à la campagne, en tout cas, qui résistent et qui gardent la porte ouverte. Qu'est-ce que tu dirais à des jeunes générations, à des jeunes chefs d'entreprise dans la restauration, dans l'hôtellerie, en ruralité ?
- Speaker #2
Il y a tout à gagner à être en ruralité. Pour moi, c'est clair. Déjà, c'est la qualité de vie. Rien que nous, Rodez, pour nous, c'est déjà trop. Ça bouge déjà trop pour nous. Mais on a une qualité de vie de calme. Et à la fois, on a une vraie vie. Les locaux sont... On existe pour les personnes qu'on est. On n'est pas que l'auberge du lac. On n'est pas que...
- Speaker #0
Il n'y aura pas ce même intérêt vis-à-vis de la clientèle et des gens du coin qu'il y aura en ville. Et puis en plus, investir en ruralité, moi je trouve que c'est important. Ça fait vivre un village. Il y a un vrai intérêt là-dessus.
- Speaker #2
Les gens comptent sur nous comme on compte sur eux. C'est vraiment un échange. Une place qu'on retrouve rarement ailleurs. C'est-à-dire que si demain on ferme, là on sait que le village va en bâtir. On se doit d'y être, comme eux se doivent entre guillemets de venir.
- Speaker #0
Et d'être là pour vous.
- Speaker #2
Et voilà, on a eu la chance de vivre ça. Parce qu'en fait ça a été un gros coup dur à l'époque. Mais aujourd'hui avec le recul, ce n'est plus un coup dur. C'est une période qui nous a fait grandir, mais qui nous a fait comprendre qu'on est encore plus qu'on était à notre place.
- Speaker #1
Et que vous étiez aimée aussi.
- Speaker #2
Et aimée, c'est ça.
- Speaker #1
Oui, un vrai maillon du village. Oui, oui.
- Speaker #2
On y est comme on serait à la maison. Oui, c'est chiant. Et d'ailleurs, c'est rigolo parce que des fois, on est à la maison, on est fermé.
- Speaker #0
C'est l'auberge.
- Speaker #2
Et ils viennent de chez nous boire un café. C'est l'auberge, c'est l'hostel. On a vécu à l'époque à Bourréjoule et on avait Michel Regour. qui était l'ancienne restauratrice. Son fils a repris l'entreprise, a évolué différemment. Mais c'est rigolo parce que Michel, les gens, même dix ans après qu'elle ait arrêté, s'arrêtaient chez elle à boire le café, mais ils rentraient comme dans l'auberge de Bréjoul. Ils rentraient, ils s'asseyaient. « Je te fais un café ? » Oui, oui. Mais c'est tout à fait cette image-là.
- Speaker #1
C'est ce que nous glisse Anthony, qui n'est quand même pas loin des micros. L'amplitude horaire n'est pas un souci dans le sens où vous avez l'impression de recevoir comme si vous receviez à la maison, la porte est ouverte. Et ce n'est pas du travail ressenti de 7h à 23h. C'est ce qu'il nous dit. On lui a confisqué le micro.
- Speaker #2
On est les premiers à dire « oh là là » . Oui, oui. Voilà, mais en fait, c'est clair.
- Speaker #0
On vit dans ce lieu.
- Speaker #2
Oui, oui, c'est ça.
- Speaker #1
Quelle est la plus grande leçon ? que tu as donné ce métier et qui te guide encore aujourd'hui ? C'est la question à 1000 euros.
- Speaker #2
Non, mais c'est de savoir, de s'être trouvé cette place. Moi, j'ai commencé, on a commencé à exister, on a réussi, on a commencé à s'épanouir. Parce qu'en plus, même les peu de fois où j'ai eu les week-ends, je trouvais ça super. On a l'habitude maintenant d'avoir des jours de repos en semaine qui sont beaucoup plus calmes. On fait plein de choses. On a tout ouvert. Non, non, c'est pas pareil.
- Speaker #0
Et travailler un dimanche, je ne sais pas ce que tu en penses, mais personnellement, c'est une journée où il y a une ambiance particulière. Moi,
- Speaker #2
j'aime ça le dimanche. C'est des habitués, c'est familial. Tu as les papis et mamies qui rigolent parce qu'ils râlent. Ils mettent du temps à avoir des places parce que parfois, on n'a pas une grosse capacité. On leur dit, mais venez la semaine, vous pouvez venir la semaine. Ah mais non, moi j'ai l'habitude du dimanche. Mais c'est ça qu'on recherche, c'est cette vie-là.
- Speaker #1
Et pour le coup, c'est des affaires qui sont viables et enviables quand elles sont vécues en couple. Vous avez besoin de les vivre ensemble pour...
- Speaker #2
Donc, combien de fois on nous dit, ah là là, mais ça doit être dur. On s'est eu posé la question, parce que la vie fait que. Mais on ne se verrait pas travailler. C'est pareil. Ne plus travailler. C'est fait pour être en forme. Et puis on a tous, on a notre aussi, chacun a son coin. C'est-à-dire qu'il a sa cuisine, j'ai ma salle. Alors des fois, je vais lui dire, tu devrais faire ça comme ça. Alors il me regarde, je ne savais pas que tu étais cuisinière. Non, je rigole.
- Speaker #3
Ce n'est pas vrai. Il faut du conflit.
- Speaker #2
Ce n'est pas vrai. Non, mais chacun a son domaine. L'un apporte à l'autre, et je pense qu'on s'entend, on s'écoute. Et puis c'est sûr que ça a fait évoluer notre couple, mais c'est un bon ciment.
- Speaker #1
C'est un projet de vie,
- Speaker #2
on peut parler de ça comme ça. De vie, de famille, parce que vraiment, les enfants, ça forge encore notre façon de faire évoluer l'auberge. Et puis on est contents, moi, Andrea, qu'elle vienne en salle le samedi ou le dimanche. C'est des beaux moments. Armand, quand c'est pareil, il vient mettre un peu la main à la pâte, aider à faire le pain. C'est des beaux moments. Merci beaucoup,
- Speaker #1
Justine.
- Speaker #2
Merci à toi. Merci à Océane.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Océane, est-ce que tu veux avoir le mot de la fin ?
- Speaker #0
Le mot de la fin, c'est qu'on peut avoir une vie privée, une vie sociale. On peut combiner les deux dans ce métier. C'est important de pouvoir l'appuyer parce que c'est dur. C'est beaucoup d'investissement, mais beaucoup de métiers en ont. finalement on s'intéresse beaucoup à la restauration parce que c'est un métier qui est très très mis en avant en termes de médiatisation mais finalement on peut allier tout, il faut savoir si ça nous correspond, je pense que c'est très important de se poser les bonnes questions et en fait c'est pas grave si ça nous correspond pas, de tout, de pas se sentir capable c'est pas grave je pense que si c'est fait pour nous il faut être capable de se dire bon mais je vais y arriver c'est de l'organisation il faut prendre à la cool Et pour rebondir ce que dit Justine, ils le font très bien, je trouve, de gérer leur vie de famille et leur vie professionnelle. Parce qu'en fait, il faut vivre avec sa famille à travers son métier. Et les enfants ne sont pas plus malheureux. Et on arrive à trouver du temps libre, à avoir ses amis sur les horaires qui nous le permettent. Et c'est des moments, finalement, qui restent authentiques et qui sont vécus à fond.
- Speaker #2
Pour un épanouissement professionnel, je pense qu'il faut être épanoui dans sa vie de famille. Et pour sa vie de famille, il faut être épanoui professionnellement. Donc c'est essentiel.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode d'Allo Chef. Allo Chef, c'est le podcast qui donne la parole à la nouvelle génération de restaurateurs installés en Aveyron. Ce podcast est initié par Allo Chef, réalisé par Lola Cross du podcast Finta, l'Aveyron par ses voix, et mixé par Fox Studio à Bouzoul.
- Speaker #0
La réalisation de cette série n'aurait pas été possible sans le soutien financier de 6 entreprises locales, Montvertex, la Maison Conquet, la Cave Rutten, le Manoir Alexandre, la Manufacture de l'Aïol en Aubrac et la Coopérative Jeune Montagne, sans oublier le restaurant La Route d'Argent à Beausoul.
- Speaker #1
Mais surtout, derrière Allo Chef, se cache une atelier restauratrice beausoulaise, Océane Gué.
- Speaker #0
Avec moi, plongez au cœur de l'action, dans les coulisses de vos tables préférées en Aveyron. Retrouvez tous les contenus audio et vidéos à venir sur Instagram, sur le compte Allo Chef Aveyron. Vous trouverez le lien dans la description de ce podcast. Et à bientôt pour déguster le prochain épisode !