Speaker #0Tu as dit non, une fois, peut-être à une amie, à ta mère ou à une collègue. Et là, au lieu de te sentir soulagée, tu t'es sentie horrible, égoïste, coupable, comme si tu avais fait quelque chose d'affreux, de mal. Et pourtant, tu n'as rien fait de mal, tu t'es juste écoutée, tu as écouté tes limites. Alors, pourquoi ça fait si mal ? Je suis Aude Jeandrot, spécialiste en Shiatsu et en mémoire du corps. Avec mon podcast, et si tu t'écoutais autrement, j'accompagne chaque semaine les femmes qui s'oublient, qui ont besoin de retrouver leur place et d'arrêter de culpabiliser. Aujourd'hui, on parle de quelque chose que j'entends très souvent lors des séances, l'incapacité à poser ses limites sans se sentir nulle, voire mauvaise. Sophie dit non à sa soeur qui lui demande pour la troisième fois ce mois-ci de garder ses enfants. Elle dit non parce qu'elle est fatiguée. Parce qu'elle a besoin de se reposer, c'est très chargé en ce moment dans son travail et elle est vraiment épuisée. Et pourtant, quand elle raccroche la pelle, le film démarre tout de suite dans sa tête, pas à la télé mais bien dans sa tête. Elle se dit qu'elle a été égoïste, qu'elle a dû décevoir sa sœur et peut-être ses neveux et nièces, qu'elle aurait dû faire un effort qu'elle aurait pu prendre sur elle et c'est parti, en boucle. Tout le scénario défile. Tout ce script écrit à l'avance et qui s'enchaîne. C'est épuisant en fait, cette petite voix. Et tu t'es peut-être déjà dit toutes ces choses-là, toi aussi, que tu étais nulle parce que tu avais osé refuser ou alors tu acceptes à contre-cœur et tu regrettes mais tu acceptes quand même. Ce n'est pas un problème de conscience, en réalité c'est un schéma que tu portes et qui se met en route, comme ce film dont je parlais pour Sophie. On peut prendre un autre exemple. Tu reçois un message d'une amie, un SMS, et tu ne réponds pas immédiatement parce que tu n'as peut-être pas l'énergie là maintenant de lire le message, d'y réfléchir et d'y répondre. Tu n'as peut-être tout simplement pas envie. Et tu culpabilises, tu te dis que tu n'es pas une bonne amie, que tu devrais répondre, que tu devrais être disponible. Et pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu te dis tout ça ? D'où vient ce mécanisme ? Tu te sens égoïste parce que tu oses dire non et parfois même tu penses que tu vas être égoïste rien qu'à l'idée de peut-être dire non et je ne parle même pas de le faire dans certains cas. Eh bien, cette sensation d'être égoïste, c'est vraiment une loyauté invisible que tu as apprise très tôt. Dans le cas de Sophie, si nous restons sur cet exemple, eh bien pour elle, sa croyance c'est qu'elle doit absolument être utile aux membres de sa famille c'est ce qui définit son existence l'utilité pour ses proches c'est là sa loyauté invisible ma place dans la famille c'est d'être utile aux autres donc si je crois ça si je crois que ma place dans la famille c'est d'être utile aux autres comme Sophie et bien dans ces cas là dire non c'est quasiment impossible et les rares fois où je vais y arriver je vais forcément enchaîner ma boucle Je suis nul, je suis égoïste, j'aurais pu faire un effort, etc. Dans ton histoire à toi, dans ton enfance, dans ta famille, qu'est-ce que tu as intégré comme règle silencieuse ? Parce que c'est ça la loyauté invisible. C'est une règle silencieuse à laquelle tu réponds. Quelle place tu t'es vue assignée ? Ou tu as prise parce que tu croyais que c'est ce qu'on attendait de toi ? Ou peut-être qu'on te l'a carrément donnée ? Tous les cas de figure sont possibles. Ce qui est important là maintenant, c'est pas d'où ça vient, c'est quelle est la règle à laquelle tu réponds. Parce que cette règle, elle te fait croire que si tu n'es pas utile à l'autre, dans le cas de Sophie, eh bien tu ne vas pas être aimée. Donc elle, elle se dit, je dois me rendre disponible pour être aimée, je dois me rendre utile et je ne dois pas décevoir. Cette règle, tu ne l'as pas choisie. C'est-à-dire que elle s'installe pour te protéger. Même si dans les circonstances dans lesquelles tu as grandi, tu as adopté cette règle, ce n'est pas un choix, c'est une réaction à une situation, une souffrance qu'il y avait chez toi, dans ta famille. Et cette règle était à ce moment-là la seule possibilité pour te protéger, pour survivre à ce qui se passait. Parce que le fait de décevoir, de risquer de décevoir ses parents, par exemple, ça fait peur. Si je les déçois, S'ils me trouvent nulle, s'ils ne me trouvent pas utile, ils ne vont plus m'aimer. Donc dire non dans ces cas-là, c'est dangereux, parce que c'est décevoir, parce que c'est ne pas être aimé. Et c'est pas concevable de vivre sans amour, surtout l'amour de ses proches. Donc dire non, ce n'est pas possible parce que ce serait rompre le lien. Et c'est pour ça que tu te retrouves à dire oui, même quand tu n'en as pas envie, et que tu penses que tu serais égoïste de dire non. Et là, ton corps est aussi une boussole par rapport à ça. C'est-à-dire que dans ta tête, le mécanisme est vraiment ancré. C'est presque un réflexe. Donc ça peut être compliqué. de réagir avant que ça se mette en place, parce que c'est vraiment intégré. Par contre, ton corps te donne une info. Ton corps, lui, ne va pas te mentir. Donc, quand tu dis oui, alors que tu as envie de dire non, essaie de faire attention à ce que tu ressens dans ton corps. Est-ce que c'est ta gorge qui se serre ? Est-ce que c'est ton ventre qui se noue ? Parce que la zone que tu vas sentir en tension, ça va être ton signal, ça va être ta boussole. La prochaine fois qu'on va te poser une question, écoute ton corps et tu sauras quelle est la bonne réponse pour toi il ya des moments la réponse est oui je peux te rendre service il ya des moments la réponse elle est non et c'est pas que je suis égoïste c'est que je n'ai pas la disponibilité pour ça et c'est pas du tout la même chose donc ton corps il enregistre à chaque fois que tu dis oui alors que tu veux dire non et à chaque fois il t'envoie une info corporale une information de tension pardon Si tu ne l'écoutes pas, elle va s'amplifier cette sensation. Elle peut être de plus en plus forte. Jusqu'à ce qu'enfin tu écoutes ton corps. Et souvent, moi en séance, les tensions qui reviennent sur ces femmes comme toi, qui pensent qu'elles sont égoïstes, en disant non, eh bien on va avoir les épaules qui remontent, quand elles font, tu sais, la tortue pour rentrer dans leur maison comme si elles n'étaient pas là. Ces épaules qui remontent pour se protéger. On a aussi très souvent l'oppression thoracique parce que la respiration est impactée, parce qu'elles ont comme le souffle coupé tellement elles ne s'écoutent pas. Ton corps en fait vient te donner une information qui est, attention tu es en train de t'oublier, ce n'est pas ce dont tu as besoin aujourd'hui. Parce que quand tu dis non, ce n'est pas que tu abandonnes l'autre, c'est que tu choisis Ce qui est bien pour toi, et ça ne s'exclut pas, tu n'es pas obligé de mettre les deux en opposition. Si on reprend l'exemple de Sophie, sa sœur lui dit, est-ce que tu peux garder les enfants vendredi ? C'est la troisième fois ce mois-ci, elle est fatiguée, on l'a vu tout à l'heure, donc elle répond non. Elle pourrait très bien dire, écoute, là cette semaine, j'ai eu énormément de boulot, je ne peux pas, mais si tu veux, la semaine prochaine, avec plaisir. Donc c'est important de comprendre que tu n'es pas obligé d'être dans une opposition complète. Tu peux trouver une réponse qui te convient, si c'est ok pour toi, dans le cas de Sophie par exemple, de garder les enfants la semaine prochaine. Ça peut être sur la réunion par exemple, on t'invite à une réunion tardive au travail, tu es épuisé ou tu as un rendez-vous perso que tu ne peux pas déplacer. Tu dis non, ça ne veut pas dire que tu ne veux jamais de réunion tardive au travail, ça veut dire que ce soir-là, ce n'est pas possible pour toi. Et ce n'est plus la même chose. Donc tu peux arrêter d'opposer les besoins des autres et tes besoins à toi. Il y a des moments où tu peux répondre aux besoins des autres et il y a des moments où tu réponds à tes besoins à toi. Il faut que tu trouves ton équilibre et il faut que tu trouves ce qui est juste pour toi. Parce que cette limite du dire non, il faut vraiment... tu comprennes que ce n'est pas un mur c'est juste à un instant donné tu fais une réponse qui n'est pas valable pour toute ta vie et c'est un acte de respect envers toi et envers l'autre de dire non et alors quand la culpabilité se met là-dedans et bien la culpabilité c'est parce que tu vas enfreindre une règle que tu crois devoir suivre et la culpabilité c'est un signal d'alarme que ta règle n'est pas bonne Il y a déjà un épisode qui existe au sujet de cette culpabilité, qui est l'épisode 50. Si tu as besoin d'explorer la culpabilité parce qu'elle est très forte chez toi, associée à cette croyance que tu serais égoïste de dire non, tu peux aller écouter cet épisode-là, il complétera très bien celui d'aujourd'hui. Et en attendant, tu peux déjà mettre en place des choses pratiques. Je vais t'en conseiller plusieurs. La première chose que tu peux faire, c'est une pause avant de répondre. C'est-à-dire que quand on te demande un service, Tu ne réponds pas tout de suite, tu t'accordes un temps. Par exemple, je vérifie si je suis disponible et je te redis. Ça te laisse un espace pour prendre du recul et faire le point. Il y a rarement besoin d'une réponse tout de suite maintenant. Ensuite, comme je te l'ai dit tout à l'heure par rapport au corps, utilise ton corps comme une boussole. Donc apprends à sentir. Il y a des fois, parce qu'on ne change pas de schéma, comme ça on a un claquement de doigts. Il y a des fois où tu vas encore dire oui alors que tu vas dire non. Fais attention à ce que tu ressens dans ton corps. Et cette sensation-là, chez toi, elle sera signe des moments où tu bascules en n'écoutant pas tes besoins, en ne les respectant pas. Et enfin, tu peux reformuler. Quand tu commences à te dire dans ta tête « je suis égoïste » , dis-toi à la place une phrase comme « je prends soin de moi » . et j'en ai le droit. Je prends soin de moi et j'en ai le droit. Cette phrase, tu peux l'adapter, tu peux remplacer par les mots qui résonnent plus pour toi. Et c'est des exercices qui peuvent paraître basiques, mais si tu les fais réellement au quotidien, ça va progressivement changer les choses. Et le côté progressif est important parce que tu ne sors pas d'un schéma de l'enfance comme ça. Il y a des fois, tu vas te rater, et c'est normal, on ne change pas une habitude sans se louper. Prends l'exemple de l'enfant qui apprend à marcher. Il ne marche pas du jour au lendemain. Il tombe sur sa couche, il se relève, il tremble un peu, il recommence et il essaye jusqu'à ce qu'il y arrive. Eh bien, toi, c'est pareil. Avec ce schéma intégré dans l'enfance, tu ne vas pas le changer si tu as 30, 40 ans comme ça. Regarde depuis combien de décennies tu l'utilises. Donc, prends le temps d'utiliser les outils que je t'ai proposés. Accepte de te tromper. parce que ça fait partie du processus. Quand tu te trompes, tu peux regarder si c'est toujours avec les mêmes personnes ou si c'est dans le même genre de demande. C'est aussi un indice pour toi de la règle que tu crois devoir suivre. Donc n'oublie pas, tu poses tes limites et ça ne se fait pas en un jour parce que le schéma est bien ancré. Tu peux écouter l'épisode 50 sur la culpabilité parce que souvent, la culpabilité en disant non et la culpabilité d'exister pour soi sont les deux facettes d'un même mécanisme. Et si tu sens que tu es prête à bouger sur ce sujet, tu peux me retrouver sur mon site internet www.audjandro.fr D'ici là, je te souhaite une belle semaine et je te donne rendez-vous lundi prochain pour un nouvel épisode. Prends soin de toi !