Speaker #0Il y a des femmes qu'on décrit comme fortes, celles sur qui on peut compter, celles qui tiennent quand tout s'écroule, celles qui ne lâchent jamais. Mais à quel moment cette force est devenue une obligation ? Et surtout, à quel prix ? Je suis Aude Jeandrot, spécialiste en Shiatsu, en mémoire du corps, je travaille sur les dynamiques inconscientes. Dans ce podcast, et si tu t'écoutais autrement, je t'aide à comprendre ce que ton corps exprime et ce que tu portes. parfois même sans t'en rendre compte. Aujourd'hui, dans ce nouvel épisode, on parle de ces femmes qui prennent très tôt un rôle familial, qui portent une responsabilité immense, souvent par loyauté. Ce que tu ressens si tu fonctionnes comme ça, à être la femme forte de la famille ? Et bien souvent, tu vas te dire, si je ne le fais pas, personne ne le fera. Je dois tenir. Je n'ai pas le droit de m'effondrer. Les autres ont besoin de moi. Je peux encaisser. Si tu te dis ces phrases, et dans certains cas c'est tous les jours que tu te dis ces phrases, eh bien c'est que tu penses être indispensable à l'équilibre familial. Et c'est des femmes comme toi que je vois souvent arriver complètement épuisées par ce qu'elles portent. Parce que l'impact d'être la femme forte de la famille, c'est souvent que tu peux vivre des relations déséquilibrées, même dans ta vie sentimentale et dans ta vie amicale, où tu te retrouves à... porter les autres. À faire en te disant que si tu ne fais pas, ils ne feront pas. Tu peux avoir des difficultés à construire des choses pour toi. Tu vas construire pour les autres, tu vas déployer de l'énergie, de l'argent pour les autres, mais souvent pas ou peu pour toi. Tu t'épuises, ça tu constates bien ton niveau de fatigue. Mais tu n'arrives pas à faire autrement que d'être cette femme forte qui porte. Et ton corps, lui, il parle. Que ce soit par le poids, par la douleur, par la fatigue, on y reviendra. ton corps s'exprime. Parce que dans ce cas-là, être forte c'est une identité qui t'empêche de vivre. Et ce qui me frappe quand je reçois des femmes comme toi au cabinet, c'est que au début elles veulent changer, mais elles sont toujours ramenées à cette responsabilité tellement elle est ancrée en elles. C'est un processus qui prend du temps. Je vais te donner un exemple. Cette femme, elle est deuxième dans sa famille, elle a une grande sœur. Sa mère lui a toujours dit Merci. qu'elle n'était pas désirée, que la seule qu'elle a voulu, c'était sa sœur aînée. Très tôt, elle lui apprend à être responsable de sa grande sœur, en lui disant qu'elle est plus fragile. Donc elle est punie à la place de l'aînée quand il y a une bêtise de faite, même si la mère sait très bien que c'est l'aînée, c'est la deuxième qui prend parce qu'elle est plus forte. Donc on la met dans cette responsabilité-là. Et sa mère lui dit, tu es forte, tu peux encaisser. Donc c'est ce qu'elle fait avec sa sœur. Et puis, vers l'âge de 10 ans, Elle surprend son père dans la rue avec une autre femme. Elle comprend qu'il y a quelque chose de bizarre. Elle en parle à sa mère. Et à partir de ce jour-là, sa mère lui dit « Si ton père me trompe, c'est de ta faute. C'est parce que tu n'es pas une fille assez gentille. Tu dois faire plus, tu dois plus nous aider. Et tu dois faire en sorte que ton père ne me trompe plus. » Donc elle se retrouve responsable de sa sœur aînée. Elle se trouve responsable du couple de ses parents et de son dysfonctionnement. C'est énorme en fait. Et ce qu'il y a derrière ça ? Si tu prends un peu de recul, c'est qu'elle n'a pas de place pour elle. Elle est une fonction. Elle doit être la personne forte responsable du lien familial, responsable du couple des parents, responsable de sa sœur. Mais elle, là-dedans, elle n'existe pas. Et c'est ce que son corps va traduire au fil du temps. Parce qu'à l'âge adulte, ce rôle ne s'arrête pas. Sa mère l'appelle quand son père a une nouvelle maîtresse. Sa mère l'appelle quand son père a des problèmes. Sexualité. Elle se retrouve au milieu de tout. Elle est responsable quand sa sœur a une dépression, elle doit se déplacer, quel que soit son niveau de fatigue et le temps de trajet que ça lui prend, elle doit se déplacer pour s'occuper de sa sœur. Et sa mère l'appelle pour vérifier que c'est fait et qu'elle a bien pris soin de sa sœur. Même le jour où elle a une grippe, sa mère lui dit mais on n'en a rien à faire que tu sois malade, c'est pas grave, il faut que tu ailles t'occuper de ta sœur. Donc ça va très loin. Et son corps va traduire ça avec une prise de poids qui se fait de manière importante, vers la vingtaine, et son corps ne dysfonctionne pas à ce moment-là. Il répond à l'injonction de sa mère, « Sois forte » , son corps devient fort. Et en plus, bénéfice secondaire, ça lui permet de prendre une place qu'on ne lui donne pas, parce que son corps devient imposant, parce que ses proches se mettent à lui faire des réflexions sur son corps et sur son poids. Donc ça veut dire qu'il commence à la voir en fait. Mais elle s'épuise et elle n'a pas de vie à elle au milieu de tout ça. Et c'est là que le travail autour des mémoires du corps prend tout son sens. Parce que c'est remettre du lien entre ce que son corps dit et son histoire. Ce n'est pas en perdant du poids qu'elle va se libérer, mais en comprenant ce qu'elle porte. Parce que dans cette loyauté à l'injonction de sa mère soit forte, il y a aussi la peur de trahir sa mère et la peur de ne plus être aimée si elle arrête. d'être cette femme forte qu'on lui a donné l'ordre d'être. Je vais te donner un deuxième exemple. Cette fille-là est l'aînée, elle a un petit frère, ses parents sont en couple. Sauf que son père, très tôt, fait preuve de beaucoup de violence verbale envers sa mère et son frère en disant qu'ils sont fragiles, que ce sont des pauvres créatures qui ne feront jamais rien de leur vie. La maman est déjà sans doute détruite par une histoire de couple. par l'histoire du couple avant la naissance des enfants. Et donc, cette petite fille apprend très tôt qu'elle doit être forte pour son père, pour sa mère, pardon, et pour son frère, pour les protéger du père. Et c'est ce qu'elle fait. Elle se met dans ce rôle de protectrice qui est épuisant, parce que du coup, elle aide son petit frère pour les devoirs. Elle va même le chercher à l'école quand sa maman ne peut pas. Et au moment où le père va divorcer pour aller avec une femme plus jeune, il va être encore plus odieux. avec son ex-femme et son fils, qui fait que sa protection à elle monte d'un cran. Elle va même gérer les papiers du divorce. Elle va même gérer les courses, la vie quotidienne, parce que sa mère s'effondre complètement. Son frère part en dépression. Donc elle est la seule à tenir debout dans cette tempête qui va durer des années. Parce que le père fait durer le divorce autant qu'il peut pour continuer à faire le plus de mal possible à son ex-femme et à son fils. Et là, son corps, quand elle vient me voir, elle me parle de tension forte au niveau du ventre. Et c'est effectivement là que ça se joue pour elle, parce qu'en fait, elle ne digère pas ce qui se passe et ce qui s'est passé. Et c'est son ventre qui traduit ça, que c'est trop lourd à porter, qu'elle n'en peut plus. Son ventre traduit une surcharge invisible. Et c'est quelque chose que je vois souvent en séance, cette surcharge invisible au niveau du ventre. Parce qu'en fait, elle protège. sa mère, son frère depuis qu'elle est petite. Mais elle, elle s'oublie, elle n'arrive pas à construire sa vie parce que quand elle va se mettre en couple, et elle a essayé plusieurs fois, elle tombe sur des hommes qu'elle a besoin de protéger, de sauver. Et donc elle se retrouve à nouveau à être dans ce rôle de protectrice et par finir par ne plus avoir d'espace pour elle au sein de ce couple. Et c'est là où elle a besoin de comprendre finalement qu'elle ne sait pas qui elle est en dehors de ce rôle de protectrice. Et c'est sa manière à elle d'être la femme forte de la famille, c'est de protéger. Mais en lui enlevant cette identité de protectrice, elle comprend bien qu'elle a besoin de se reconstruire, elle. Et ça prend du temps, on a travaillé huit séances pour réussir à faire lâcher ça, et pour réussir à découvrir ce qu'elle a envie pour elle et ce dont elle a besoin, elle. Parce que ce mécanisme de femme forte de la famille, c'est important que tu comprennes que tu n'es pas née comme ça, tu n'es pas née forte, tu l'es devenue. on t'a appris à l'être, voire on t'a ordonné de l'être. Tu n'as pas forcément eu le choix. C'est un rôle familial imposé. C'est aussi, tu le vois bien dans les deux exemples, et je trouve que c'est très fréquent, une responsabilité précoce. Tu ne deviens pas la femme forte, la protectrice de ta famille à l'âge adulte. Les bases sont souvent posées dans l'enfance. C'est aussi une loyauté. Tu ne deviens pas la femme forte par plaisir, mais parce que Tu penses que c'est comme ça que tu es loyal. Dans les deux cas, on voit que c'est à la mère, mais ça peut être aussi au père. Ce n'est pas systématiquement la mère. Il ne faut pas schématiser. Tu deviens loyal à un des membres de la famille. Des fois, ça peut même être à aucun des parents, mais à un frère ou une sœur que tu t'estimes devoir protéger. Donc, cette loyauté, elle t'empêche de vivre ta vie. Parce que si tu lâches cette loyauté, tu as l'impression de trahir. Et donc, tu ne peux pas te choisir toi. Et enfin, il y a souvent des peurs. inconsciente, que ce soit la peur de trahir, la peur d'être rejetée de la cellule familiale la peur de ne pas être aimée dans le premier cas on comprend bien que le seul moment où sa mère s'occupe d'elle c'est quand elle joue ce rôle de femme forte, donc les seuls moments où elle a l'impression d'avoir des miettes d'amour c'est quand elle est forte donc elle se dit inconsciemment que si elle arrête de l'être, elle n'aura plus du tout d'amour et ça l'effraie, donc elle reste dans ce rôle jusqu'à ce qu'elles comprennent ce qui se joue. Et toi, aujourd'hui, je voudrais vraiment que tu comprennes que si tu es dans cette posture de femme forte, de femme protectrice, ce n'est pas ta nature, c'est une stratégie d'adaptation. Et ce n'est pas du tout la même chose, tu le comprends bien. Et dans le travail que je propose, comme avec ces deux femmes, on vient déconstruire ce rôle. Pas tellement mentalement, parce que souvent, soit elles ont déjà compris en arrivant. la partie mentale, soit elle la comprenne très vite en science, mais c'est surtout dénouer ce qui s'est mémorisé, les empreintes que tu as dans ton corps de ce schéma familial qui t'imprègne dans lequel tu as grandi, infusé. Et c'est là où ce que dit ton corps est extrêmement précieux. Parce que cette fatigue un peu chronique, quand tu portes trop, c'est un indice. Ce poids que tu prends parce que tu dois tenir Le coup à tout prix et aussi prendre ta place, c'est un révélateur. Ton ventre qui se tend parce que tu ne digères pas ce qui se passe, et franchement, dans les deux histoires, c'est indigeste. Et je pourrais t'en donner plein d'autres des histoires, et la tienne aussi si tu écoutes ça. C'est indigeste, ce rôle de femme forte qu'on t'a imposé. Et enfin, la respiration est aussi un indicateur de cette impossibilité de lâcher. Respirer à fond, c'est lâcher. et donc ta respiration elle est souvent courte tu as souvent ou l'inspire ou l'expire qui sont extrêmement courts tu n'arrives plus à reprendre ton souffle comprends que ton corps traduit ton histoire il porte les choses et donc il te donne ces manifestations-là tant que tu n'écoutes pas ce que ça vient te dire et le lien avec ton histoire et si tu étais forte, non pas par envie mais parce qu'on ne t'a pas laissé le choix Qu'en penses-tu ? Et je te dirais même, tu n'as pas été forte, tu as surtout été seule. Et donc tu n'as pas eu le choix pour survivre que de tenir le coup. Qu'est-ce que ça te fait d'entendre ça ? Comment ça te fait réagir dans ton corps ? Et les peurs ? Les tiennes, c'est lesquelles ? Pose-toi la question, si tu arrêtes d'être forte, qu'est-ce que tu crains ? Tu crains quoi ? Que tout s'écroule ? De perdre l'amour ? D'être égoïste ? De trahir ? Prends ce temps d'être honnête avec toi. Si j'arrête d'être forte, c'est quoi le risque ? La loyauté dans ce rôle imposé de femme forte devient un piège parce que tu es fidèle à un schéma familial et pas à toi-même et pas à tes besoins. Tu es fidèle à la place qu'on t'a imposée dans ce schéma familial pour tenir cette situation en équilibre. Ok, mais à quel prix pour toi ? Tu peux arrêter de te sacrifier et te choisir toi. Pour ça, tu peux essayer de te demander ce que tu portes et qui t'épuise. Tu peux aussi te dire qui je suis. Si j'arrête de porter, si j'arrête d'être la femme forte, la colonne vertébrale de ma famille, qui je suis ? Et tu peux essayer en exercice, la prochaine fois qu'on vient te solliciter, de ne pas intervenir, de décliner. Et dans ces cas-là, est-ce que tu y arrives ou est-ce que ce n'est pas possible ? Si tu y arrives, est-ce que tu culpabilises ? Cet exercice, il n'a pas pour but absolument de réussir à ne pas intervenir, mais à voir comment ça te fait réagir dans ton corps, dans ta tête, quelle réaction ça. Et ça, ça va être un début important de prise de conscience. Mais sache que ce travail pour sortir de cette posture de femme forte imposée, c'est souvent quelque chose qui est compliqué à faire seul. C'est souvent... un travail qui demande d'être accompagné parce que l'empreinte, la mémoire est profonde et ancienne. Tu ne peux difficilement défaire toute seule un schéma qui remonte à l'enfance. Mais déjà, si tu arrives à prendre conscience toute seule de ce qui se passe et de ce qui te bloque, tu as fait une partie du travail. Et après, pour dénouer et pouvoir vivre autre chose, c'est là où tu peux te faire accompagner. Parce que être forte, ce n'est pas un problème, mais l'obligation d'être forte s'en est un. et c'est plus la même chose. Tu n'as pas à porter pour être aimé et tu as le droit d'apprendre à t'écouter et à faire ce qui est bien pour toi. Si tu veux creuser ce sujet, tu peux écouter l'épisode 5 qui parle du mode guerrière qui est une autre façon d'être cette femme forte. N'hésite pas à partager cet épisode à une amie, à une proche qui est dans cette posture de femme forte et qui peut avoir besoin d'écouter ça pour prendre conscience qu'elle a le droit de se libérer et de vivre autre chose. Si tu as des questions, je te réponds avec plaisir. Sinon, je te dis à la semaine prochaine pour le nouvel épisode. Prends soin de toi et passe une belle semaine.