Speaker #1c'est la plus difficile. Parce que quand on est en plein combat, comme la première fois où j'ai échangé avec toi, on est épuisé, forcément, on perd nos cheveux avec la chimiothérapie, ça se voit physiquement, on a le tablafar, on n'a plus de cils, sourcils, c'est juste difficile, mais ça se voit. Donc tout l'entourage est là, tout le monde est là, on est entre guillemets pris en charge, et puis on est dans le combat, on n'a pas le temps de réfléchir, donc de toute façon, il faut y aller. Moi, il faut savoir que j'ai... J'étais très mal parce que j'avais perdu mon papa six mois auparavant. Je n'ai pas pu faire le deuil de mon papa justement parce que ce cancer est arrivé. Donc, je me suis battue et du coup, j'ai mis de côté le deuil de mon papa. Et j'étais en plein combat. Et quand les gros traitements s'arrêtent, on se retrouve seul face à ce tsunami. Et en fait, les autres autour ont l'impression qu'on va mieux. Les cheveux ont repoussé, on a bonne mine, on a des cils. On essaie de reprendre soin de soi et d'extérieur, tout va bien. On sourit et tout va bien. Et moi, je trouve que c'est là que c'est le plus difficile, l'après-cancer. Parce qu'à l'intérieur, tout est détruit, tout est à reconstruire. En fait, c'est comme le soldat qui va à la guerre et qui revient et est complètement traumatisé par tout ce qu'il a vécu. Et la dépression, elle arrive après et pas pendant la guerre. Et c'est exactement ce qui m'est arrivé à moi. Moi, j'ai eu l'impression d'aller bien. J'ai eu l'impression d'avancer. Mon mari qui... qui a été à mes côtés non-stop pendant tous ces traitements lourds, n'avait qu'une envie, c'est de tourner la page, d'oublier le cancer. Mais moi, je n'y arrivais pas. Moi, j'avais toujours ces traumas en moi. En plus, je suis sous hormonothérapie que je ne supporte pas. Donc, prendre ce comprimé tous les matins me renvoie à mon propre cancer. Et puis, il y a cette épidermoclèse, moindre examen, mammographie, douleur. On a peur que le cancer revienne. Donc, l'après est vraiment très difficile et la dépression arrive souvent. pour beaucoup de personnes. Et dans tous ces effets secondaires du post-cancer, il y a l'hormonothérapie. Voilà, moi je me souviens quand j'étais sous chimio, dans la salle d'attente, mon mari les feuilletait un magazine, c'était une grande actrice ou une célébrité, je ne sais plus qui, qui parlait de l'hormonothérapie, qui disait qu'on n'en parlait pas assez et qu'on devrait, qu'on sous-estimait les effets secondaires de l'hormonothérapie parce qu'elle, elle avait dû le stopper tellement c'était insupportable. Et je me souviens d'avoir dit à mon mari, oh là là, j'ai... peur quand je devrais prendre l'hormonothérapie et il m'a dit, on verra d'ici là, effectivement, j'étais dans la chimio, j'avais encore le temps de voir venir. Mais l'hormonothérapie, c'est un petit comprimé, donc moi, j'ai commencé par le tamoxyphène. Donc, en fait, l'hormonothérapie, c'est pour stopper, justement, pour éviter que le cancer ne revienne quand on a un cancer du sein comme moi qui est hormonodépendant. Donc, j'ai commencé par le tamoxyphène et heureusement que j'avais le recul nécessaire, que j'avais lu quand même des choses parce qu'au bout d'un mois, j'avais des tendances suicidaires. Mais vraiment, ce n'était pas de la déprime, des pressions. Au début, je ne savais pas trop parce qu'il y a le deuil de mon papa qui revenait. Mais là, c'était vraiment, je me levais le matin et je cherchais un moyen de me supprimer. Je n'avais quoi ? Rien. Je ne voulais rien. Je voulais juste en finir. Donc, j'ai appelé ma radiothérapeute qui m'a dit, on arrête de suite. Pendant une semaine, je n'ai rien pris. Et après, elle m'a mis sous Nolvadex qui est une hormonothérapie avec la même molécule mais qui n'est pas générique. Alors, le Nolvadex, je le supporte un peu mieux. Je n'ai pas de tendance suicidaire, mais par contre, les effets secondaires sont bien là et moi, j'ai du mal à supporter. Alors attention, je parle à mon nom, à moi, mais chaque personne réagit différemment. Certaines personnes supportent très bien leur monothérapie, d'autres moins bien. Voilà, je ne veux pas inquiéter des personnes, ça dépend des personnes. Les effets les plus connus sont comme les effets de la ménopause, c'est-à-dire les bouffées de chaleur, beaucoup de fatigue, des douleurs articulaires, musculaires. Et moi, j'ai... J'ai effectivement énormément de fatigue. J'ai beau dormir presque 12 heures par nuit, je n'arrive pas à me reposer. Je suis fatiguée dès le réveil et j'ai vraiment cette sensation d'être enfermée dans le corps d'une vieille dame de 80 ans. J'ai vraiment des douleurs atroces. J'essaye de bouger, de faire du sport, mais il y a des moments où je n'y arrive plus tellement je suis épuisée. Et puis, ça joue beaucoup sur le mental, sur le moral. Après, moi, je me suis posé plusieurs questions parce qu'effectivement, il y a cette histoire de deuil de mon papa. J'ai été dans le déni pendant tout le combat. mon cerveau n'était pas capable de gérer ces deux choses, le cancer et le deuil. Donc, j'ai mis le deuil de mon papa de côté. Mais une fois que les gros traitements sont terminés, forcément, le deuil est revenu. Donc, je me suis dit, il y a un peu des deux. Et j'ai accepté de me faire aider. Ça, c'est important. J'ai été voir plusieurs psychologues, j'ai été voir des magnétiseurs, des hypnothérapeutes. J'ai vu plein, plein, plein de personnes, mais rien ne m'a aidée. Et à chaque fois, j'avais des psychologues, en plus remboursés, parce qu'on a droit quand même à des psychologues. C'est certains psychologues qui sont remboursés par la sécu par rapport à ça. Et il y en avait une qui m'écoutait, qui faisait que m'écouter, qui me disait, vous êtes très bien auto-analysée, vous avez vécu vraiment énormément de traumas pour une seule personne, c'est normal, mais ne me donnez pas de solution. Donc, ça ne m'aidait absolument pas. Et j'en ai trouvé une autre qui est vraiment formidable, qui, elle, m'a donné les clés pour aller mieux. elle m'a déjà dit que dans un premier temps il fallait que j'accepte tout que je n'allais pas bien, qu'il fallait que je le dise. Parce que voilà, moi j'ai un sourire de façade et à chaque fois ça va, ça va. Mais elle me disait, vous souriez trop pour une personne qui va bien. Accepter de pleurer et accepter de l'aide. Parce que moi je voulais m'en sortir toute seule. Je ne voulais pas d'aide. Et je ne voulais surtout pas de béquilles chimiques, comme on dit. Parce que quand mon père est décédé, où j'étais extrêmement mal, mon médecin traitant m'avait mis sous antidépresseur, anxiolytique, etc. Parce que je pense qu'il avait peur que je fasse une bêtise. Il avait raison. Mais ça m'a trop sonné, j'ai eu l'impression de faire de l'attaque Icardi, je n'étais plus moi-même, j'avais la tête qui tournait, donc j'ai voulu tout stopper. Et depuis, je ne voulais pas entendre parler d'antidépresseurs. Et cette psychologue m'a expliqué qu'il existait des antidépresseurs très légers, qui n'abrutissaient pas, et elle m'a dit « Quel est le but de votre démarche ? Pourquoi vous êtes venue voir ? » Et moi, je lui ai expliqué que je veux vivre et non survivre et être heureuse. Et elle me dit « Alors, qu'est-ce qui est important ? C'est d'arriver à l'objectif ? » d'arriver au bout de ce chemin. Ce n'est pas comment vous allez traverser ce chemin, comment vous allez avancer. Et si quelqu'un vous aide pour avancer, peu importe, l'important, c'est d'atteindre l'objectif de vivre et d'être heureuse. Et j'ai compris qu'effectivement, il fallait que j'accepte de l'aide de cette psychologue, il fallait que j'accepte une béquille chimique. Donc, je suis sous antidépresseur léger. On a un petit peu augmenté avec mon médecin traitant, mais j'en ai besoin pour tenir. Parce qu'il y a cette hormonothérapie qui joue beaucoup sur mon moral. Et c'est ce que me dit la psychologue, c'est vraiment difficile parce qu'en fait, il faut choisir entre santé physique et santé mentale. Et j'ai voulu l'acheter plusieurs fois à la poubelle, cette hormonothérapie. Plusieurs fois. Mais mes enfants, mon mari, il leur sortait tout le temps. Et mon fils m'a même écrit un petit message de surdusant. On s'en sortira ensemble. Mais c'est vrai que ça joue sur l'humeur. Je suis excécrable, je m'énerve vite, je me rends compte que je... C'est invivable pour l'entourage. Je ne m'angoisse d'un rien. Si j'ai des choses à faire, d'un coup, je suis oppressée, je ne suis pas bien, j'ai des sueurs. Et puis, ça stoppe la mélatonine, donc on dort très mal. Il y a vraiment énormément d'effets secondaires dont on ne parle pas assez. Et voilà, je pense qu'il faut accepter d'en parler. Il faut parler de l'hormonothérapie, il faut parler de l'après-cancer, qui est extrêmement difficile. Alors, dans tout ce qui est après-cancer, avec l'hormonothérapie et tout ce que ça engendre, Je trouve ça extrêmement difficile et plusieurs fois, j'ai eu l'impression de perdre pied. Je suis tombée, j'ai coulé et j'ai eu l'impression que je ne m'enlèverai jamais. Donc, je remercie cette psychologue qui m'a aidée à accepter que je ne vais pas bien. J'essaie d'en parler aussi sur les réseaux. La dépression, c'est un sujet tabou. On n'en parle pas. Ça nous renvoie à notre propre mort, à notre mal-être. Cancer et dépression, ce n'est pas des sujets qu'on va aborder. Et puis, c'est souvent très péjoratif. accepter qu'on ne va pas bien, accepter qu'on va mal, demander de l'aide, ce n'est pas facile. On a envie de s'entourer de personnes qui ont le moral, qui sourient, qui vont bien, qui avancent. On a envie d'être cette personne-là qui avance, qui va bien, et pas cette personne qui pleure, qui ne va pas bien, qui n'arrive pas à s'en remettre. Moi, combien de fois j'ai entendu « Allez, on oublie ton cancer, il faut aller de l'avant, tu es guéri, maintenant tout va bien, et puis ton père, ça fait quatre ans qu'il est décédé, tu passes à autre chose » . Mais on ne peut pas. Je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas. Mon père, je suis en plein deuil, je suis en train de le faire parce que j'ai été dans le déni pendant quatre ans. Et mon cancer, je ne peux pas ne pas y penser. J'y pense tous les jours, puisque je le ressens dans mon corps, puisque je souffre, puisque j'ai ces traumas, puisque j'ai peur, j'ai des amis qui sont touchés par le cancer, j'ai peur de les perdre, j'ai perdu ma mère d'un cancer à l'âge de 17 ans, donc ça marque très jeune, ma tante. Je ne peux pas vivre sans le cancer. Alors certes, il faut avancer, puis on peut tous mourir du jour au lendemain, mais c'est vrai que ce n'est pas facile. Mon corps a changé aussi, alors j'ai de la chance avec l'endothérapeute. puis certaines prennent énormément de poids. Moi, j'ai pris 3 kilos que j'ai du mal à perdre. Voilà, mon corps n'est plus le même. Mais je fais un travail dessus, j'essaie de l'accepter parce qu'on a tous nos défauts. Voilà, je vois ma cellulite, je voudrais être différente. J'aimais tellement ma poitrine, maintenant elle n'est plus symétrique. Voilà, mon sein gauche est déformé, mais j'ai la chance d'avoir mes deux seins pour l'instant. Voilà, je me rends compte que j'ai beaucoup de chance d'être comme je suis et puis j'essaie de m'accepter. Et puis ce corps, il a quand même donné la vie trois fois. J'ai trois enfants merveilleux que j'ai eus par césarienne. Il a été mutilé, il a été malmené pendant tous les traitements, parce que ça non plus, on n'en parle pas trop, mais dès qu'on rentre dans le système de l'hôpital, avec les opérations, la chimiothérapie, la radiothérapie, on est manipulé non-stop, notre corps ne nous appartient plus. Et c'est difficile aussi de se rapproprier ce corps qui a été malmené, qui a été piqué, recousu, découpé, c'est difficile. L'après-cancer, je trouve qu'il y a beaucoup de choses à accepter. Alors quand je regarde en arrière, parfois je me dis, voilà, j'ai quand même réussi. Il faut mesurer le parcours qu'on a fait parce que moi, je n'ai pas confiance en moi. J'ai toujours l'impression de ne rien réussir. Ma plus belle réussite, c'est mes enfants. Mais quand je regarde en arrière, je me souviens du tout premier rendez-vous chez l'oncologue. Mon mari était avec moi et heureusement qu'il était avec moi parce qu'il a commencé à écrire sur une feuille tout mon protocole. Et il a commencé à parler de toutes ces chimiothérapies, après les 33 séances de radiothérapie, après un an de thérapie ciblée, après 5 à 10 ans d'hormonothérapie. Et je me suis dit, mais je n'y arriverai jamais, je me suis écroulée. Et je me dis, si, j'ai réussi à le faire. Mon mari, c'est ce qu'il m'a dit un jour où je me suis écroulée, j'avais l'impression d'être bonne à rien. Il m'a dit, tu as réussi, tu te rends compte, tu as réussi. Mais pour moi, le plus difficile, c'est l'après-cancer. Je trouve que quand on est en mode combat, c'est comme un combattant. un boxeur, il est sur le ring. Alors, il est KO à chaque chimio, mais il remonte, il combat. Mais quand tout s'arrête, l'après, pour moi, c'est le plus difficile parce que notre propre entourage ne se rend pas compte. Et il ne peut pas se rendre compte. Et je ne veux pas. Mais nous, on est toujours resté cette personne qui a vécu des traumas. Je parle de cette métaphore du soldat qui revient de la guerre, mais c'est vraiment ça. Tout est à reconstruire, il est en décalage. Et c'est là qu'il y a eu beaucoup de dépression. Et moi, je suis en plein dedans. Et j'ai du mal. à me reconstruire. J'essaye d'avancer, je me raccroche à tout ce que je peux. Mes enfants, les shootings photos que je fais aussi grâce à Instagram, ça m'aide aussi parce que j'essaye de retrouver ma féminité. Je ne me suis jamais trouvée très jolie mais avec le cancer, ça a été difficile et en fait, ce que j'essaye de dire à toutes ces femmes qui traversent cette tempête, on en sort. Bien sûr qu'on en sort grandies, plus fortes. Moi, mon mari me disait tout ça. tout le temps, tu seras comme le phénix, tel le phénix qui renaît de ses cendres. Et oui, j'ai ce sentiment de renaître. Je ne suis plus la même Vanessa qu'il y a quatre ans. Ça, c'est certain. Je suis quelqu'un de différent. Je n'ai plus les mêmes objectifs. Je n'ai plus les mêmes attentes de la vie. Je veux vivre différemment, plus fort, autrement. Mais je veux surtout être heureuse. Et là, pour le moment, je suis sur ce chemin. C'est encore un long combat. Pour moi, c'est un deuxième combat. Et je compte le gagner également. Mais ce combat-là est un peu plus long et plus difficile. parce qu'il est incompris et méconnu et tabou et qu'il demande de la patience et du temps. Voilà, donc à toutes ces femmes qui sont en plein combat, surtout protégez-vous dans l'après-cancer. N'hésitez pas à en parler, c'est surtout ça. Acceptez que vous allez mal, acceptez que vous êtes fatiguées. Les traitements nous usent, nous fatiguent et il reste des années encore dans notre corps, dans notre sang. Donc il faut accepter qu'on ne va pas bien. Et demandez de l'aide, ne pas hésiter à se faire aider. Moi, je sais que si je n'avais pas cette aide de cette psychologue et ces antidépresseurs, je pense que je ne serais pas là aujourd'hui, je n'y arriverais pas. Donc voilà, ce n'est pas une tare, ce n'est pas une honte, ce n'est pas une faiblesse de demander de l'aide. Au contraire, je pense que demander de l'aide et accepter qu'on ne va pas bien, dire qu'on ne va pas bien, c'est une force. Il faut être capable de le faire et voilà. Donc je souhaite bon courage à toutes ces femmes qui traversent cette période-là et puis je pense que ça vaut le coup de se battre parce que comme disait ma petite maman, la vie est belle. Je le redis tout le temps, mais c'est vrai, elle est belle. Alors, elle est faite de haut et de bas. Elle nous met à l'épreuve, elle nous met à terre. On tombe, ce n'est pas facile, mais la lumière est au bout du tunnel et il faut s'accrocher.